Archive for novembre, 2011




Jusqu’ici, les méthodes de hacking cérébral que nous avons survolées dessinent une image morcelée et souvent incohérente du cerveau : les diverses fonctions (la mémoire, la perception, l’action, la décision, l’émotion) semblent toutes inextricablement imbriquées les unes dans les autres sans pour autant que ce réseau complexe d’interactions ne dessine une totalité compréhensible.
L’expérience mystique reste l’apanage d’une rare catégorie de praticiens chevronnés. La plupart des croyants se contentent d’une approche plus légère : participation aux rites, adoption de divers mythes… Mais ces pratiques ont-elles aussi une répercussion dans le cerveau ?
Via coachingentreprise.wordpress.com



Il est possible aussi d’agir sur la Dopamine, qui gère, entre autres, la concentration, le plaisir et la motivation. Parmi les nombreux ingrédients capables d’augmenter le niveau de cette précieuse molécule, on en mentionnera un qu’on trouve naturellement dans le thé, la L-Théanine, qui agit sur les niveaux de stress et augmente les capacités de concentration.
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Comprendre le fonctionnement du cerveau est l’un des enjeux de la convergence des technologies à la fois parce qu’il est devenu un objet de technologie, mais également parce l’étude de son fonctionnement permet d’envisager des technologies pour dépasser ses limites. C’est ce que va essayer de nous faire comprendre Rémi Sussan dans ce dossier d’InternetActu.

Jusqu’ici, les méthodes de hacking cérébral que nous avons survolées dessinent une image morcelée et souvent incohérente du cerveau : les diverses fonctions (la mémoire, la perception, l’action, la décision, l’émotion) semblent toutes inextricablement imbriquées les unes dans les autres sans pour autant que ce réseau complexe d’interactions ne dessine une totalité compréhensible. Pourtant, ce n’est pas notre expérience quotidienne : je ne suis pas un ensemble plus ou moins emberlificoté de fonctions, "je" suis présent, et c’est cette présence qui me définit plus que l’état de ma mémoire de travail ou les produits chimiques qui circulent entre mes synapses. C’est ce que le philosophe australien David Chalmers appelle le "problème difficile" : celui qui est posé par le passage des fonctions multiples découvertes par les sciences cognitives à l’existence d’une conscience de soi capable de ressentir l’expérience. Autrement dit, pourquoi chacun d’entre nous a-t-il la sensation d’exister en tant qu’individu et n’est pas qu’une simple machine à traiter les informations ? Et que dire des activités humaines les plus importantes, tels l’art, la culture, la spiritualité ?

La religion, justement, parlons-en. On l’aime ou on la déteste, mais une chose est sûre : d’un point de vue neuroscientifique, c’est un sujet compliqué ! Elle constitue un terrain idéal d’investigation pour comprendre les fonctions les plus complexes du cerveau. Elle est donc un bon moyen de se frotter au "problème difficile" qu’évoquait Chalmers. Au coeur du phénomène religieux se trouve "l’expérience de signification" : lors de certaines activités, grâce à certaines croyances, le monde devient porteur de sens. Peu importe que ce sens soit porté par des croyances obsolètes ou contradictoires entre elles. Y a-t-il une chimie, une biologie de la signification ? Notre expérience spirituelle a-t-elle des fondements biologiques, chimiques, cognitifs qui l’expliquent au moins en partie ? Si nous pouvions agir à ce niveau là du cerveau, travailler directement sur nos motivations les plus profondes et notre perception du monde cela vaudrait certainement tous les systèmes de jeux cognitifs du monde, non ?…

Les débuts troublés de la neurothéologie

Le paradis par Jérôme Bosch

Si le mot "neurothéologie" est nouveau, l’idée, elle ne l’est pas. C’est même à cause d’elle que se sont déroulés les premiers débats et conflits politiques sur le "hacking" du cerveau.

Tout a commencé dans les années 60, lorsque les adeptes des drogues psychédéliques comme le LSD, la psilocybine ou la mescaline ont prétendu que ces molécules était capables de "brancher" directement les zones du cerveau activant le sens du sacré. L’une des expériences les plus connues dans ce domaine est celle de Walter Pahnke. Celui-ci, sous la houlette de ses directeurs de thèses Timothy Leary et Richard Alpert, fit absorber à une équipe d’étudiants en théologie une dose de psilocybine, tandis qu’un groupe témoin se voyait distribué un placebo (de la vitamine B3). 9 sujets sur 10 proclamèrent alors avoir eu une expérience mystique (ce que n’éprouvèrent pas les sujets du groupe test, évidemment). Bien sûr, c’était une époque (1963) où le sujet était abordé plutôt calmement ; l’époque où les expériences d’Aldous Huxley avec la mescaline recevaient une critique favorable de la National Review, organe de presse des conservateurs américains. C’était avant les hippies, les Beatles et les Stones, avant que Richard Nixon ne dise du directeur de thèse de Panhke, Timothy Leary, "qu’il était l’homme le plus dangereux des Etats-Unis" et ne le fasse jeter en prison. Après une longue période de tabou et d’hystérie, les choses tendent à se calmer, et en 2006 une équipe de la John Hopkins Universitya confirmé les travaux de Panhke : 60 % des sujets prenant de la psilocybine décrivirent avoir éprouvé une sensation de type mystique, et pour un tiers, il s’agissait même de l’expérience spirituelle la plus significative de leur vie.

D’un autre côté, force est de reconnaître que les évènements des années 60 ont montré que les extases théologiques étaient loin de toucher la majorité des utilisateurs de psychédéliques, qui y voyaient plutôt un bon moyen pour s’éclater. En fait, l’usage de ces produits semble hautement dépendre du contexte de la séance, et des attentes de leurs utilisateurs. D’ailleurs, le peuple guerrier des aztèques était très friand de ces psychédéliques et cela ne les a pas pour autant converti au Flower Power. Une preuve de plus que ces produits ne nous permettent pas de faire l’impasse sur la culture, la personnalité. Les "problèmes difficiles" nous échappent toujours…

Reste que ces molécules nous donnent peut-être quelques indices sur la manière dont l’expérience spirituelle se manifeste dans le cerveau. Leur mode d’action est encore un peu mystérieux, mais il semblerait bien qu’ils aient pour point commun (à part la mescaline, légèrement différente) de posséder une structure chimique ressemblant à un important neurotransmetteur, la sérotonine, impliquée dans la régulation de l’humeur.

A cause de cette similarité, le psychédélique peut agir de deux façons : il peut être unantagoniste de la sérotonine, c’est-à-dire inhiber son usage dans le cerveau, ou unagoniste, c’est-à-dire activer sa production.

Le problème, c’est qu’il semble bien que les chercheurs aient du mal à se mettre d’accord sur l’effet obtenu. Certains symptômes (excitation, montée du rythme cardiaque, émotions très fortes) laissent à penser qu’il s’agirait d’un antagoniste. Mais toute la gamme des effets "extatiques", mystiques, pourrait plutôt indiquer qu’il s’agit d’un agoniste.

Allan Hobson, l’un des plus grands spécialistes du rêve, penche plutôt pour la solution antagoniste. Comme il l’explique dans son livre The Dream Drugstore, les drogues psychédéliques nous placeraient dans un état proche de celui du rêve, mais les yeux ouverts. Cet état se caractérise effectivement par un blocage de la sérotonine, qui du coup laisse le champ libre aux centres émotionnels du cerveau. Cela a pour effet de faire ressortir les sensations primaires d’angoisse et de peur liées à la survie. Ce qui explique que la plupart des rêves soient plutôt inquiétants, même lorsqu’il ne s’agit pas de cauchemars et que bien des "voyages" au LSD commencent comme des "mauvais trips". Et les extases mystiques ? Hobson ne s’étend pas dessus, mais note que la sérotonine a aussi tendance à inhiber ladopamine, la molécule qui nous récompense lorsque nous avons réussi quelque chose. Du coup, les montagnes russes émotionnelles pourraient parfois être ponctuées par des "shoots" ponctuels de dopamine libérée par le blocage de la sérotonine.

Il se pourrait bien que la sérotonine, en dehors de toute prise de drogue, joue un rôle fondamental dans l’expérience religieuse. En effet une équipe d’expérimentateurs suédois a soumis une série de patients à un questionnaire de personnalité avec une série d’interrogations sur leur "rapport à la transcendance". Ils ont découvert que ceux qui avaient le plus haut score dans ce domaine possédaient une moins grande densité de récepteurs à la sérotonine. Pour le concepteur de l’expérience, Lars Farde, la sérotonine servirait de filtres à un certain nombre de pensées et sensations qui seraient plus libres de parvenir à la conscience lorsque son action est inhibée, permettant d’éprouver des expériences ou des perceptions inusuelles. Mais ce n’est qu’une hypothèse, car on n’est pas sûr qu’une densité moindre de récepteurs à la sérotonine implique obligatoirement une quantité moindre de sérotonine dans le cerveau.

Bref, si on sait que la sérotonine joue un rôle important, on ignore encore lequel exactement. Et elle n’agit certainement pas seule, dans une complexe interaction avec les autres neurotransmetteurs : dopamine, noradrénaline, acétylcholine, etc. Notre cerveau semble plus sensible au cocktails qu’aux substances pures.

Zen, mantras et prières

Le jardin zen du Ryoan-JiAprès les drogues, la méditation est devenue un autre sujet d’intérêt et de controverse pour les neurothéologiens. Pourtant, là, l’ambiance devrait être plus calme, me direz-vous. Détrompez-vous ! Les études sur la méditation peuvent s’avérer aussi lourdes de connotations idéologiques que les drogues. Ainsi, lorsque le Dalaï-Lama voulut se rendre à un colloque sur la neuroscience en 2005, une vive protestation se fit entendre de la part d’un groupe de scientifiques qui y voyait une tentative de mainmise de la religion sur la science. Certes, les chercheurs en question étaient d’origine chinoise (mais travaillant aux Etats-Unis), ce qui a du jouer un certain rôle dans leur protestation, cependant cet événement montre bien à quel point ce sujet peut amener à s’interroger sur une possible confusion des genres.

Dans le même ordre d’idées, on peut s’irriter que bon nombre de neuroscientistes travaillant sur le chant de mantras (technique de méditation consistant à chanter un son pendant un temps très long) s’obstinent dans leurs études à nommer cette pratique "TM" (Transcendantal Meditation). Le chant de mantra est aussi vieux que l’Inde, mais on trouve aussi son équivalent dans bien d’autres religions, comme leChristianisme orthodoxe ou l’Islam soufi. "TM", en revanche, est un terme plus récent qui fait ouvertement référence au mouvement fondé par le Maharishi Mahesh Yogi, ex-gourou des Beatles et personnalité fort contestée. C’est dire si dans ce domaine le moindre terme peut être chargé de connotations ! Pourtant, on ne compte plus les études sur les bienfaits de la méditation. Elle améliorerait les facultés d’attention, dissiperait le stress, etc.

Et l’expérience mystique ? Andrew Newberg et son équipe de l’université de Pennsylvanie ont examiné le cerveau de moines bouddhistes lorsque ceux-ci atteignaient le plus haut niveau de leur méditation, le moment où ils avaient l’impression de fusionner avec l’univers entier. Selon cette recherche, les techniques mystiques agiraient sur une petite zone du cerveau qui détermine notre orientation dans l’espace et la conscience des limites de notre corps. En inhibant le fonctionnement de cette zone, nous perdons le sens des limites et entrons dans la conscience cosmique. CQFD. Avons-nous trouvé là une technique qui nous permettrait d’expérimenter les états mystiques sans recourir à la croyance religieuse ?

Ray Kurzweil, qu’on pourrait difficilement suspecter de religiosité exacerbée, propose dans Serons nous immortels ? une technique de méditation "agnostique", inspirée du mantra, mais basée sur des sons sans signification, et bien sûr, sans gourou. Mais est-il possible de poursuivre la pratique (difficile) de la méditation sans aucun contexte mythico-religieux susceptible d’entretenir la motivation du pratiquant ?

Il serait intéressant de faire une étude sur le nombre de méditants purement utilitaristes, qui ne font référence à aucune sorte de culture religieuse et de voir s’il sont en mesure de poursuivre leur pratique pendant des années sans fléchir. Après tout, même le Zen, qui est considéré comme l’approche la plus épurée, la moins religieuse de la méditation, offre en réalité tout un contexte rituel, intellectuel et esthétique susceptible de motiver ses adeptes. De plus, certains pratiquants de la méditation athée recourent peut-être à des facteurs mythologiques inconscients (comme par exemple, chez Kurzweil, le désir de se préparer à l’avènement de la Singularité !). A l’instar des drogues, la méditation n’échappe donc peut-être pas non plus à la question des attentes de ses adeptes et de l’environnement culturel.

Mais si l’Orient ne vous sied pas, les bonnes vieilles méthodes occidentales fonctionnent aussi. L’équipe de Newberg a également scanné le cerveau de nonnes et a trouvé des résultats similaires à ceux trouvé chez les bouddhistes : la même zone du cerveau, que les auteurs nomment "l’aire associative d’orientation" et qui gère notre rapport à l’espace, voyait son activité décroitre. Chaque pratique présente sa spécificité. Ainsi, le moine Zen verra son cortex préfrontal (qui gère la planification) fortement activé, ce qui indique une pratique intense de la concentration. Au contraire, la recherche de Newberg sur des femmes se livrant à la glossolalie, cette prière chantée dans une langue qu’on ne comprend pas, a montré une baisse d’activité du même préfrontal. La glossolalie est une pratique répandue dans certains groupes chrétiens qui consiste, au moment de l’extase, à se mettre à prononcer une suite incompréhensible de syllabes. Un tel type de transe impliquerait, selon Newberg une perte du contrôle exercé habituellement par le préfrontal.

A la recherche de la zone Dieu

Après les drogues et la méditation, pourquoi pas l’électronique ? On a vu que la stimulation magnétique transcraniale (TMS) semblait recéler des potentialités intéressantes. Peut-on l’utiliser pour étudier l’expérience mystique ?

Michael Persinger a fait beaucoup parler de lui avec ses expériences sur la TMS. Ce neuroscientiste canadien prétend en effet depuis des années avoir découvert la "zone Dieu" du cerveau. Il suffirait d’appliquer convenablement les ondes sur le crâne du patient pour lui faire prendre conscience de l’existence d’un "Autre" dans lequel, selon la culture, on peut voir Dieu, le Christ ou un esprit. Ses recherches n’ont pas convaincu tout le monde. Le biologiste Richard Dawkins, porte-parole de l’athéisme anglo-saxon (et dont le livre Pour en finir avec Dieu a été traduit récemment en français), a essayé la machine et n’a rien vu du tout, ce qui laisserait à penser que les attentes culturelles jouent un grand rôle dans la machine de Persinger comme dans l’usage des drogues ou la méditation. Une équipe suédoise a également tenté de répéter les expériences de Persinger sans obtenir les résultats escomptés.

L’idée de l’existence d’une "zone Dieu" bien spécifique semble aujourd’hui s’éloigner. Une récente étude de Mario Beauregard de l’université de Montréal sur le cerveau de 14 nonnes carmélites a montré que l’extase mystique produisait des effets sur un grand nombre de zones cérébrales différentes. Un exemple de plus qu’on ne peut pas s’attaquer à des phénomènes mentaux complexes avec des explications trop simples.

Rituels, mythes, sacrements…

Masque Fang du musée du Louvre
L’expérience mystique reste l’apanage d’une rare catégorie de praticiens chevronnés. La plupart des croyants se contentent d’une approche plus légère : participation aux rites, adoption de divers mythes… Mais ces pratiques ont-elles aussi une répercussion dans le cerveau ? Newberg et Aquili expliquent ainsi le rôle du rituel, dans leur livrePourquoi Dieu ne disparaitra pas : celui-ci consiste tout d’abord à adopter un comportement "bizarre", en tout cas différent du quotidien, avec pour conséquence de réveiller l’amygdale (qui réagit en cas de danger), ce qui, combiné à des gestes et des stimuli répétitifs susceptibles de réduire la tension et de provoquer des sensations agréables, donnerait cette caractéristique propre au Sacré d’être à la fois terrifiant et attractif.

Lorsque le rite se base, non plus sur des actions lentes, mais au contraire très rapides (danses frénétiques ou tournoyantes, transes, etc.), le résultat serait un peu différent. La surcharge de stimulation neurale ferait perdre le contrôle à l’hippocampe, dont le rôle de "chien de garde" consiste à réguler le flux d’information. Cela amène cet organe à réagir en baissant la quantité d’informations externes reçues par certaines parties du cerveau, et notamment, cette fois encore, "l’aire associative d’orientation".

L’anthropologue Pascal Boyer s’est intéressé lui aux croyances et aux mythes, et comment notre cerveau les fabrique. Selon les sciences cognitives, le cerveau contiendrait différents modules "précablés" nous aidant à reconnaître ce qui nous entoure. Par exemple, il y aurait un module spécialement consacré à la reconnaissance des visages, un qui reconnaitrait tout ce qui est vivant, etc. Pour Boyer, au centre de la création de mythes se trouve une "violation ontologique" : autrement dit, on active simultanément deux modules du cerveau incompatibles. C’est ce paradoxe qui marque les mémoires et sert de base aux mythes et religions. Par exemple, explique-t-il dans son livre Et l’homme créa les dieux, la grande question à laquelle cherchent à répondre les rites funéraires n’est pas d’ordre métaphysique, mais bien plus pragmatique : "que va-t-on faire du corps ?" En effet, un cadavre, par sa nature même est une violation ontologique des catégories cérébrales. Il s’agit manifestement d’une personne, mais c’est aussi un "objet". Les différents rites et mythes auraient avant tout pour but de conjurer cet inquiétant paradoxe.

Comme on le voit, on aurait tort de se concentrer exclusivement sur les aspects "spectaculaires" de l’expérience mystique. Le simple geste d’assister à une cérémonie, d’allumer un cierge, voire de lire un mythe, une histoire sacrée ou même un conte de fées pourrait être liés à certains modes de fonctionnement de notre cerveau.

Le futur de la religion

Peut-on manipuler ces systèmes religieux et mystiques ? On raconte que l’expérience avait été tentée il y a bien longtemps par Hassan Ibn Sabbahle "vieux de la montagne" à la tête de l’ordre des assassins, comme le raconte l’histoire de la forteresse imprenable d’Alamut dans le Nord-Ouest de l’Iran actuel. Pour s’assurer de la part de ses disciples un fanatisme absolu, il leur faisait ingérer une drogue (on a soupçonné le haschich, et on a même prétendu, probablement à tort que le mot "assassin" venait de hashishin), puis les réveillait dans un jardin merveilleux entouré de splendides jeunes Houris. Les soldats étaient persuadés d’avoir vu le paradis et étaient à partir de ce moment prêts à sacrifier leur vie pour le Maitre. Réalité ou légende ? En tout cas, toutes les tentatives pour utiliser ce type de techniques pour effectuer des lavages de cerveau ont pour l’instant échoué : la CIA a essayé dans les années 50 avec le LSD pour peu de résultats. Mais rien n’indique qu’on en restera là.

Rick Strassman, auteur d’un fameux livre sur le DMT (l’un des plus puissants psychédéliques, dont la particularité est d’être produit par le cerveau humain) n’hésite pas à imaginer des manipulations génétiques qui boosteraient notre capacité à produire naturellement cette substance. Selon le magazine Slate : "un généticien intelligent et sans scrupules pourrait nous transformer en mystiques sans notre consentement en produisant un virus capable de provoquer cet effet."

Pour le chimiste Alexander Shulgin, spécialiste des drogues psychédéliques, un accès trop aisé à l’expérience mystique pourrait donner des résultats inquiétants : "Si nous accédons trop facilement à la béatitude mystique", a-t-il expliqué au journaliste de Slate"il n’y aura plus de motivation, plus de désir de changer quoi que ce soit, plus de créativité." Mais l’histoire ne nous montre-t-elle pas au contraire que les mystiques ont toujours disposé d’une énergie redoutable, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire ?

Toujours est-il que si, comme le disent Newberg et Aquili, "Dieu ne disparaitra pas", si le sentiment religieux est une production naturelle de notre neurochimie, alors il est temps de se poser la question du Sacré dans la société future en de nouveaux termes. Allons-nous vers des "designers de religions" comme on parle déjà de "designers de drogues" ? De nouvelles sacralités conçues sur mesure pour manipuler notre taux de sérotonine ou l’activation de notre amygdale ?… Allez savoir !

Rémi Sussan

Ce dossier est paru originellement de janvier à février 2009 sur InternetActu.net. Il a donné lieu à un livre paru chez Fyp Editions : Optimiser son cerveau.


Comprendre le fonctionnement du cerveau est l’un des enjeux de la convergence des technologies à la fois parce qu’il est devenu un objet de technologie, mais également parce l’étude de son fonctionnement permet d’envisager des technologies pour dépasser ses limites. C’est ce que va essayer de nous faire comprendre Rémi Sussan dans ce dossier d’InternetActu.

Lorsqu’on parle d’agir sur le cerveau, le moyen le plus ancien, le plus spectaculaire (ce qui ne signifie pas forcément le plus efficace) passe par la chimie. "Ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est la pipe", disait déjà le poète Roger Gilbert-Lecomte (que l’abus de Laudanum allait tuer prématurément). L’un des premiers textes de l’histoire, le Rig Veda hindou, ne nous dit-il pas : "Nous avons bu le Soma, nous sommes devenus immortels, nous avons connu les dieux." On s’interroge encore sur ce mystérieux Soma : pure métaphore ? Elaboré à partir de l’Amanite tue-mouche, de la psilocybine, ou du cannabis ? Dérivé de l’éphédrine, dans laquelle on a cru voir un moment un parfait exemple de "drogue intelligente" (ou smart drug, désignant des produits toniques avec une toxicité très faible) avant que ses dangers pour la santé n’apparaissent ? On ne saura sans doute jamais…

Toujours est-il que 3000 ans après, le sujet fait encore débat. Il a été relancé il n’y pas bien longtemps lorsque la revue Nature a publié un manifeste coécrit par une équipe de chercheurs sous la houlette du professeur de droit Henry Greely : "Pour un usage responsable des drogues d’amélioration cognitive chez les sujets sains" (.pdf).


Image : Si c’était si simple, par ZebraPaperClip.

Quelles drogues prendre ?

Le cerveau est une machine complexe, les différents produits agissent chacun à leur manière, altérant des fonctions variées.

Les cholinergiques, par exemple, agissent sur les récepteurs de l’Acethylcholine, un neurotransmetteur connu pour son rôle dans la mémoire. Le Piracetam est le plus connu et le plus ancien de ces produits. Un autre produit de cette famille, leDonépézil est utilisé en général pour atténuer les effets de la maladie d’Alzheimer.

Il est possible aussi d’agir sur la Dopamine, qui gère, entre autres, la concentration, le plaisir et la motivation. Parmi les nombreux ingrédients capables d’augmenter le niveau de cette précieuse molécule, on en mentionnera un qu’on trouve naturellement dans le thé, la L-Théanine, qui agit sur les niveaux de stress et augmente les capacités de concentration.

Aujourd’hui, de nouveaux produits font parler d’eux : au premier plan d’entre eux, la Ritaline. Ce produit est d’une efficacité certaine sur les enfants atteints de "Troubles du déficit de l’attention" ou hyperactivité. Mais quel est son effet exact sur des sujets sains ? Pour certains, s’il booste la concentration, ses effets sur la créativité seraient nuls, voire négatifs. Le Modafinil, surtout utilisé pour combattre la fatigue, fait également beaucoup parler de lui. Il agirait à la fois sur la Dopamine, la Sérotonine (qui aide au repos), et la Noradrénaline (qui aide à la concentration). Selon Anders Sandberg, du Future of Humanity Institute d’Oxford et grand spécialiste de ces "nootropiques" comme on appelle ces produits qui modifient la pensée, le Modafinil pourrait bien être considéré comme "la première drogue susceptible réellement d’augmenter l’intelligence". Même si, là encore, cette drogue n’est pas sans effets secondaires (agressivité, anxiété, rôle sur le sommeil…), comme le rapportent certains de ceux qui l’ont testé.

Questions d’éthique ?

Dans leur article pour Nature, les auteurs du manifeste pour les drogues d’amélioration cognitive analysent les réticences à l’idée de généraliser cette classe de médicaments. Ils commencent par rejeter l’objection philosophique selon laquelle l’usage de méthodes chimiques d’amélioration ne serait pas "naturelle".

"L’usage de drogues peut apparaître comme un type d’amélioration spéciale, parce que provoquant des altérations dans le fonctionnement du cerveau, mais on a pu montrer que c’était aussi le cas de toute intervention susceptible d’améliorer la cognition. De récentes recherches ont démontré l’existence de modifications neurales bénéfiques obtenues grâce à l’exercice, la nutrition, le sommeil, ainsi que par la lecture ou l’éducation. Bref, les drogues d’amélioration cognitives sont moralement équivalentes à d’autres méthodes plus familières d’amélioration."

Reste que si les effets sont les mêmes, l’acceptation sociale des drogues, par rapport à d’autres techniques qui nécessitent des efforts ou de l’attention, est encore loin d’être admise.

Dans leur manifeste, les auteurs réclament également une politique responsable et libérale qui laisserait les individus choisir les produits qui leur conviennent, tout en mettant en place des structures politiques qui permettraient d’éviter la coercition ("obliger" certaines personnes à prendre ces drogues) et les fractures économiques (seules les riches auraient accès à ces molécules) ou les abus divers et variés. Ils proposent aussi la mise en place d’un programme de recherche sur l’usage de ces médicaments par des sujets sains. En effet, les auteurs ne versent pas dans l’angélisme. On ne sait pas encore bien quels pourraient être les effets secondaires à long terme de tels produits. De plus, des conséquences acceptables pour une personne malade le sont beaucoup moins pour une personne en bonne santé : par exemple, "un médicament qui restaurerait de bonnes fonctions cognitives chez des personnes atteintes de démence sénile, mais qui causerait de sérieux problèmes médicaux pourrait être jugé suffisamment sûr pour être l’objet d’une prescription médicale, mais les risques seraient inacceptables pour un individu sain cherchant une amélioration".

Les auteurs semblent plus mal à l’aise avec le problème de la coercition. Peut-on forcer certaines personnes et notamment des soldats, ou pire encore des enfants, à prendre ces drogues ? Pour ces chercheurs il faut bien entendu éviter la coercition directe (sauf dans le cas où la prise du produit augmenterait la sécurité de celui qui la prend ou des personnes qui lui seraient associées, par exemple dans le cas d’une molécule qui augmenterait le talent d’un chirurgien lors d’opérations complexes), mais aussi la coercition indirecte, à l’école ou à l’entreprise. Sur ce point, leur recommandation nous semble appartenir au domaine des voeux pieux. Comment peut-on se prévenir de la coercition indirecte, c’est-à-dire de la pression sociale ou de ses pairs ? Comment éviter que les utilisateurs de drogues d’amélioration se trouvent avantagés au sein d’un milieu social où la compétition est la règle (et ce, même si ces produits s’avèrent destructifs à long terme, où s’ils produisent une modification de la personnalité indésirable pour l’usager !) ? Du reste, l’usage même du terme "d’amélioration" peut être interprété comme une forme de coercition indirecte, de pression : en effet, quelle personne saine d’esprit pourrait refuser de se faire "améliorer "? Même si cela ne suffisait pas à résoudre toutes les questions que posent la polémique, un terme plus neutre, comme celui de "modification" ou "d’altération", permettrait peut-être un débat plus équilibré ?

Des puces aux ondes magnétiques… jusqu’à la lumière

Les amateurs de science-fiction imaginent volontiers une autre manière de changer le cerveau : y introduire des dispositifs électroniques, des implants qui changeraient notre rapport à l’intelligence et feraient de nous des cyborgs mentaux. Une approche dont Kevin Warwick s’est fait le champion, à coup de démonstrations spectaculaires, mais peu innovantes sur le fond (hormis le fait d’être introduites dans le corps).

Mais il existe déjà des technologies électroniques capables de produire des effets sur notre cerveau. Au premier plan desquelles on trouve la stimulation magnétique transcraniale (TMS). Cette opération consiste à envoyer des impulsions électromagnétiques à travers le crâne pour stimuler ou inhiber certaines parties du cerveau. Cette technique est de plus en plus en plus utilisée en thérapie, contre la dépression, et même, selon certaines recherches, comme traitement de l’autisme. Mais certains souhaitent aller plus loin : pour Allan Snyder du Centre pour l’esprit à Sidney, on pourrait utiliser la TMS pour stimuler la créativité. Dans une expérience impliquant 17 sujets, Snyder a ainsi affirmé avoir pu augmenter leur talent de dessinateurs en moins de 15 minutes !

Snyder a été inspiré par l’exemple des savants autistes, comme Kim Peek, qui inspira Rain Man. Ces personnages semblent en général complètement inadaptés à leur environnement, sauf dans un certain domaine dans lequel ils excellent. "Ma recherche", explique-t-il dans le New Scientist (.pdf)"part de l’idée que vous pouvez activer certaines capacités extraordinaires en débranchant une partie du cerveau". Un "débranchement" qu’il obtient précisément grâce à la stimulation magnétique transcraniale.

Vous êtes sceptiques ? Moi aussi. Pourtant Snyder est une personnalité reconnue du monde scientifique – il est même l’un des quatre entrepreneurs à l’origine de la startup Emotiv systems qui commercialise Epok, l’un des premiers casques d’interface cerveau-machine dédié au grand public. Quoi qu’il en soit, la TMS ne pouvait que fasciner les "cognhackers" ! On ne s’étonnera donc pas de l’existence d’un projet openrTMS, qui se propose de construire et publier les spécifications d’un système de TMS en open source, à faire soi même !

Aux ondes magnétiques, on peut aussi rajouter l’influence de la lumière.

Ici encore, on frise apparemment la pseudo-science, mais il y a au moins un cas vérifié et bien documenté. En 1997, 618 adolescents sont hospitalisés à la suite du visionnage d’un épisode des Pokemon dans lequel Pikachu émet une série rapide d’éclairs rouges et bleus. 11 000 adolescents ressentiront un malaise.

Ces enfants sont en fait sujet à une forme assez rare épilepsie, l’épilepsie photosensible… C’est à cause de ce désordre nerveux qu’il existe aujourd’hui un avertissement sur tous les jeux vidéos.

En partant du principe que si quelque chose est assez puissant pour faire du mal aux gens, il peut aussi leur faire du bien (et réciproquement), peut-on utiliser la lumière pour améliorer notre cerveau ? De fait, la première machine de cognhacking fonctionnait sur un principe assez analogue à l’épisode des Pokemon. Créée dans les années 50 par le peintre beatnik Brion Gysin, grand ami de l’écrivain William Burroughs, la "dream machine" était constituée d’un cylindre perforé de divers orifices tournant sur un mécanisme (un tourne-disque 78 tours faisant l’affaire), de façon à exposer le spectateur, les yeux fermés, à 8 à 10 flashs lumineux par secondes. Selon Gysin et Burroughs, cette succession d’images lumineuses était susceptible de provoquer des effets hallucinogènes, voire des crises mystiques, chez les utilisateurs. Il existe aussi des Dream machines en ligne (aucun effet de mon côté, mais peut être n’ai-je pas attendu assez longtemps ?), mais attention si vous êtes sujets à l’épilepsie photosensible ! Environ 1 adulte sur 10 000 serait sensible à cette forme d’épilepsie et ce nombre doublerait chez les enfants.

En fait, Burroughs et Gysin avaient probablement redécouvert la méthode de Jan Purkinje,présentée par Jonah Lehrer dans le Boston Globe. Ce pionnier des neurosciences (1787-1869) avait coutume, lorsqu’il était enfant, de se placer face au soleil et de déplacer rapidement sa main devant ses yeux, les doigts légèrement écartés. Il pouvait alors faire apparaître des images mentales de plus en plus complexes et précises.

Certains nourrissent beaucoup d’espoirs sur le pouvoir de la lumière. Ainsi l’écrivain Terry Pratchett, bien connu des amateurs de fantasy pour ses livres à l’imagination débridée, a appris récemment qu’il était atteint de la maladie d’Alzheimer à l’âge précoce de 59 ans. Il est en train de tester une étrange machine projetant des flashs de lumière susceptibles, pensent ses concepteurs, de ralentir la progression de sa maladie. Espérons pour lui qu’il s’agit d’une recherche sérieuse, mais certaines analyses permettent d’en douter.

L’usage de ces technologies plus ou moins invasives n’a pas fini de susciter des interrogations, tant à propos de leur efficacité réelle que de leur danger supposé. Les peurs suscitées sont aussi intenses – et justifiées – que les espoirs qu’ils font naitre.Comme le disait dès 2004 le prix Nobel Alan Kandel, il se pourrait que "la capacité de l’humanité à altérer ses fonctions cérébrales pourrait bien transformer l’histoire autant que le développement de la métallurgie à l’âge de fer, de la mécanisation pendant la révolution industrielle ou de la génétique pendant la seconde moitié du XXe siècle."

Toujours est il que, malgré les objections pertinentes des auteurs du manifeste deNature, l’usage de produits chimiques apparait toujours comme une tricherie, contrairement à la mise en place d’un système d’apprentissage et l’usage d’exercices. L’usage de tels produits ne va-t-il pas mettre en danger tout notre échafaudage culturel basé sur la notion de travail, d’effort, de responsabilité ? Et si nos fonctions mentales sont susceptibles d’être si aisément manipulées, qu’en est il de la réalité de notre personnalité, de notre existence même en tant qu’individus ?

Rémi Sussan

Ce dossier est paru originellement de janvier à février 2009 sur InternetActu.net. Il a donné lieu à un livre paru chez Fyp Editions : Optimiser son cerveau.


Suivant les circonstances que la vie nous présentent au fur et à mesure de son déroulement nous pouvons être soit en mesure d’exceller soit être désemparés.Voici cette semaine une autre notion spécifique au coaching génératif d’après Robert Dilts. Il s’agit de deux états rencontrés dans différentes situations de vie selon que nous sommes dans notre zone d’excellence ou à l’inverse en stratégie de survie (combattre, fuir, se figer). Il s’agit de l’état C.O.A.C.H ou de l’état C.R.A.S.H.
Ces états sont aussi appellés flow, état de zone, hyperconscience, illumination, etc….Elles apparaissent plus facilement en état de survie. La présence est vivement intense.
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Fondée par Edgar Morin
et directement inspirée par son oeuvre,
cette association vise à promouvoir
la pensée complexe.
Via www.intelligence-complexite.org



L’exercice du pouvoir a un impact direct sur notre comportement et peut nous faire perdre la tête….
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L’intelligence collective est à la fois une propriété naturelle du vivant social, et une nouvelle discipline de recherche.En tant que propriété du vivant social, l’intelligence collective se manifeste et s’observe dès que des êtres vivants collaborent, intra-espèce ou inter-espèces, que ce soit en petit groupe (à partir de deux), ou en très grand nombre.

SÉMINAIRE D’INTELLIGENCE COLLECTIVE NIVEAU 1

 

Mains IC

FORMULAIRE D’INSCRIPTION

Ce séminaire sera confirmé si un minimum de 15 participants est inscrit

Arrivée des participants :
Mercredi 7 décembre 2011 à partir de 18h00

Séminaire de 3 jours :
Du jeudi 8 décembre 8h00 au samedi 10 décembre en fin de soirée

Départ des participants :
Dimanche 11 décembre matin

Lieu :
10km de Redon – Château de Bezyl

Contacts organisation :
* Fabienne Fichot : +33 6 82 13 94 37 – fa.fichot AT orange.fr
* Corinne Burgalière : +33 6 68 26 68 68 – abckinesio AT gmail.com

Formation professionnelle :
* Caroline Chabot-Laloy : +33 6 18 00 44 91 – caroline AT thetransitioner.org

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