Category: Communauté


Via Scoop.itDémocratie participative

article intéressant et apportant des éléments pour la mise en place de démarches  : Concertation : les Français disent «oui, mais…»MoniteurLe premier «baromètre de la concertation» (1) dresse un état des lieux inédit sur la démocratie participative.
Via www.lemoniteur.fr

La pensée unique et l’émergence d’un nouvel ordre, de nouveaux égrégores virtuels en émergence sur les réseaux.

Le nouveau monde virtuel est en marche à l’image  de la découverte de l’Amérique en 1492 du temps de Christophe Colomb.

Christophe Colomb fut ridiculisé, honni, excommunié pendant sept ans, pour avoir annoncé un nouveau monde continental ; ne dois-je pas m'attendre aux mêmes disgrâces en annonçant un nouveau monde social ? Ch. Fourrier, Oeuvres complète L'Internet constitue un nouvel univers à côté de celui que nous connaissons, c'est-à-dire le monde matériel. L'espace virtuel est bel et bien un deuxième monde qui a généré son propre milieu social. Mais il ne constitue qu'un reflet et ne s'oppose donc pas au premier monde. Au contraire, les deux mondes interagissent l'un sur l'autre formant ainsi une interconnexité permanente. L'avènement de ce nouvel espace social qu'est l'Internet a pour conséquence que le monde tel que nous le connaissons se double aujourd'hui d'un nouveau monde virtuel qui n'existe pas seulement in vacuo de manière statique à côté du monde matériel. Au contraire, les deux mondes interagissent l'un sur l'autre.

Vidéo qui fait réfléchir….à prendre avec recul et interrogations.

Notre ignorance fait de nous, notre pire ennemi. Les communautés par essence sont l’expression de la  nature et du vivant.

Faut-il réglementer le nouvel espace, le deuxième monde….

MBA Management – 2009-2011
Comment l’intelligence collective peut développer l’innovation participative, aux ministères français de l’Économie, des Finances et de l’Industrie et du Budget, des Comptes publics, de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat ?
Audrey Jammes
Directeur de recherche: Mario Cayer
Maître de stage: Françoise Waintrop

Article par Jammes Audrey 2011

Pour mettre en place un système d‟innovation, qui fonctionne, soit pérenne et permette réellement le développement des innovations, une organisation a besoin de développer la confiance de ses collaborateurs en la hiérarchie, daccorder des formations, du temps et un droit à lerreur à ses collaborateurs. Les collaborateurs sont aussi plus à même de participer s‟ils visualisent leur place dans l‟organisation et ce qu‟ils peuvent lui apporter. Il peut être aussi bénéfique de donner envie aux collaborateurs de se développer et de développer leur propre organisation. La direction doit donc aussi leur offrir la possibilité de communiquer, verticalement mais aussi horizontalement et de permettre ainsi le partage didées. Il peut être préférable d‟impliquer les personnes dans la mise en place de leurs propres idées. Enfin, elle doit assurer une rapidité de réponse face aux propositions.

Un dispositif d‟intelligence collective favorise les conversations. Cela permet à chacun d‟apprendre à se connaître et à mieux comprendre le fonctionnement de lorganisation et le rôle de chacun. C‟est aussi par la conversation que les collaborateurs peuvent construire des projets et des stratégies ensemble. Enfin, le partage des idées et des émotions a un effet de catharsis, renforce les liens et permet finalement à chacun de reprendre espoir et de renouveler sa motivation, collectivement. Par ailleurs, l‟implantation d‟un tel système est censée démontrer une certaine ouverture de la hiérarchie, qui accepte qu‟elle n‟a pas toutes les réponses et que celles-ci se trouvent partout, en chacun de ses collaborateurs.

À partir de ces conclusions, on peut établir des liens entre innovation participative et intelligence collective. Un dispositif d‟intelligence collective est une réelle opportunité pour les collaborateurs de converser, dapprendre à se connaître et à se comprendre et donc à mieux visualiser leur place et leur rôle dans lorganisation, de leur donner envie de la développer et de leur donner la possibilité de communiquer, ce que nécessite un système d‟innovation participative. Des méthodes d‟intelligence collective telle que la Future Search Conference,world café, IA, théorie U, open space tecnology, art de la récolte, etc.. en particulier, offrent la possibilité aussi aux collaborateurs de construire ensemble et donc de partager leurs idées, ce que requiert un système d‟innovation participative. Enfin, la mise en place d‟un dispositif d‟intelligence collective favorise les regains d‟espoir et de motivation puisque les collaborateurs reprennent confiance en leur organisation et en leur hiérarchie. En effet, il s‟agit bien dune démonstration découte, dintérêt et douverture de la part de la hiérarchie que de mobiliser les collaborateurs sur leur temps de travail pour leur demander leurs avis et sentiments. Cela favorise également chez les collaborateurs leur volonté de communiquer, ensemble et avec leur hiérarchie. Or un système d‟innovation participative repose aussi sur la confiance, la fluidité et louverture des communications. Quant aux besoins de formation, de temps, de rapidité de réponse et de possibilité de participer à la mise en oeuvre pour les collaborateurs, ils seront facilités par une hiérarchie ouverte à la modification de ses politiques, de son organisation et qui modifiera aussi son discours.

La culture française, surtout celle des ministères, est très ancrée chez de nombreux collaborateurs, sur toute l‟échelle hiérarchique. Elle souffre d‟un certain scepticisme et de fortes habitudes organisationnelles, notamment dues à la sélection par concours de la plupart de ses collaborateurs, sélectionnés plus pour leurs connaissances techniques que pour leur savoir-faire et leur savoir-être. Puisqu’‟il est actuellement impossible de changer cette culture, il nous faut nous y adapter et trouver des solutions qui permettent à l‟administration d‟évoluer en douceur et donc de lintérieur. Il ne s‟agit pas d‟introduire de nouvelles règles et procédures mais plutôt de donner la possibilité à chacun de prendre la place quil se doit, celle dacteur actif et réceptif de son administration. Le développement de l‟intelligence collective permet en effet à chacun de mieux prendre sa place, de se sentir plus utile à son organisation mais aussi de sentir que cette organisation lui apporte beaucoup. Ainsi, mes recommandations s‟articulent sur deux fronts.

Implanter un dispositif d’intelligence collective petit à petit

Le front consiste à implanter un dispositif d‟intelligence collective d‟abord dans un service ou une direction, avec la méthode la plus approprié en fonction du besoin. Il pourrait être soutenu par un consultant professionnel de l‟intelligence collective. Pour être un succès, il faut toutefois s’assurer que la direction est vraiment en demande d’une telle méthode et est ouverte au changement. Si l‟expérience connaît du succès, il serait alors très bénéfique pour d‟autres services ou directions de réaliser les changements bénéfiques qui ont pu s‟opérer. Par exemple, des réunions déchange et de partage sur cette expérience pourraient être organisées en plus d‟un rapport de synthèse largement diffusé. En effet, les autres administrations pourraient prendre la décision de suivre ce bon exemple et d‟expérimenter ce type de dispositif d‟intelligence collective. La réussite de ces dispositifs sont ensuite très engageants pour le développement de système d‟innovation participative. Ces systèmes sont effectivement plus assurés d‟être menés et soutenus par des personnes réellement ouvertes à l‟innovation et au partage.

Développer la communication et les formations sur la notion de management puis sur l’innovation

Parallèlement, un deuxième front pourrait être mené, celui de développer la communication et loffre de formations sur le management, dans un premier temps, puis sur l‟innovation dans un second temps. La communication sur le management devrait permettre d’augmenter le nombre de personnes suivant les formations sur ce sujet. Elle devrait reposer sur l’importance de la gestion des hommes et sur l’importance des équipes dans l’atteinte des objectifs. Elle pourrait se faire par les médias habituels de l‟administration (intranet, newsletters…) et un séminaire de type Appreciative inquiry pourrait également être organisé pour donner l‟occasion aux différents managers de même niveau hiérarchique de communiquer ensemble sur leur rôle et sur ce qu‟ils pourraient faire pour mieux le remplir et s‟y sentir plus à l‟aise. Un tel événement pourrait sensibiliser plus fortement les managers quant à leur rôle et leur donnerait l‟opportunité d‟essayer de nouvelles pratiques de gestion qu‟ils auront découvertes par les discussions. À partir de là, il pourrait se développer une communauté de pratique entre ces managers de même niveau hiérarchique, leur permettant alors de se rencontrer à nouveau et d‟apprendre des uns des autres et de développer de nouvelles façons de réfléchir leur rôle et donc de le remplir. Après l‟organisation de ce premier séminaire, l‟administration pourrait ensuite communiquer plus fortement sur l‟innovation et particulièrement sur le besoin de l‟administration d‟être ouverte à de nouvelles manières dagir. C‟est actuellement un besoin réel de l‟administration française de faire des économies de temps et dargent, et d‟identifier notamment les pratiques administratives de l‟étranger qui peuvent être importées. Pour réaliser un tel projet d‟implantation et d‟expansion de l‟intelligence collective puis d‟innovation participative dans l‟administration du ministère, les directeurs généraux des différentes directions et le cabinet du ministre n‟ont besoin que d‟assumer leur besoin et le fait que les meilleures réponses se trouvent chez eux, chez leurs collaborateurs. Ensuite, la promotion de l’innovation chez les managers devrait nécessiter la modification des fiches de poste et des critères d’évaluation, en intégrant la curiosité et l’ouverture intellectuelles, la capacité à innover et à s’adapter au changement et en accordant des primes collectives, liées à l’innovation. À la suite des dispositifs d‟intelligence collective, les systèmes d‟innovation participative qui devraient être les plus utiles et pertinents sont ceux qui concernent un large spectre de collaborateurs, c‟est-à-dire les systèmes d‟innovation opérationnelle ou d‟innovation stratégique. En effet, ce sont des systèmes qui peuvent être décidés par la haute hiérarchie et qu‟un service ou une direction seule peut plus difficilement mettre en place.

MBA Management – 2009-2011
Comment l’intelligence collective
peut développer l’innovation participative,
aux ministères français de l’Économie, des Finances et de l’Industrie et
du Budget, des Comptes publics, de la Fonction publique et de la Réforme
de l’Etat ?
Audrey Jammes
Directeur de recherche: Mario Cayer
Maître de stage: Françoise Waintrop

(Langelier, 2005) mars 2007, par Jean Heutte

Déjà en 1988, Arie de Geus, alors coordonnateur mondial de la planification chez Shell, écrivait que « le véritable avantage concurrentiel de la compagnie de demain réside en la capacité de ses dirigeants à apprendre plus rapidement que ses concurrents ».

Huit ans plus tard Jack Welch reprenait ce même thème. Dans sa lettre aux actionnaires contenue dans le rapport annuel de 1996, il indiquait que le comportement de sa compagnie (General Electric) était « dicté par un credo fondamental : que la supériorité concurrentielle d’une organisation réside dans sa capacité et sa motivation d’apprendre de toute source et de rapidement traduire cet apprentissage en action ».

Le grand dictionnaire terminologique propose le terme entreprise apprenante pour désigner une « organisation où sont établis des processus permanents de gestion des savoirs dans le but de favoriser le développement et le transfert des connaissances détenues collectivement en vue de constituer un réservoir de leviers stratégiques dans lequel elle peut puiser pour créer de la valeur et s’ajuster ainsi à la concurrence ».

Il s’agit donc d’une capacité organisationnelle réelle et essentielle : l’entreprise apprend et s’adapte en conséquence.

Le thème de l’apprentissage organisationnel est abondamment développé par Sumantra Ghoshal et Christopher A. Bartlett dans leur ouvrage The Individualized Corporation. Les auteurs indiquent, que les animaux sociaux que nous sommes sont naturellement enclins à interagir et à apprendre les uns des autres : pendant des milliers d’années, les familles, les clans, les communautés ont évolué comme collectivités d’apprentissage où la capacité de chacun de partager et de synthétiser des connaissances formait la base des liens sociaux et constituait le moteur du progrès collectif. Curieusement, remarquent-ils, l’entreprise moderne s’est donné des structures qui contraignent, empêchent ou même tuent cet instinct naturel.

Ce qu’il faut, au contraire, c’est développer cette capacité de relier entre elles les initiatives dispersées et de mettre en commun l’expertise disséminée au moyen d’un processus continu d’action et d’apprentissage nourri des relations entre les gens.

Les organisations dont les employés sont devenus des « spécialistes en collaboration » ont trois caractéristiques en commun :

  1. Elles ont consenti un investissement substantiel dans le développement de leurs ressources, recrutant les meilleurs employés et leur donnant les moyens de hausser et d’élargir leurs compétences.
  2. Elles ont déployé les outils, créé les processus et développé les relations interpersonnelles nécessaires pour assurer un flot horizontal continu d’information intégré dans un processus collectif d’apprentissage partagé.
  3. Cela les a conduites au développement d’un fort sentiment de confiance, tant parmi les collègues qu’entre supérieurs et subordonnés.

C’est ce véritable réseau horizontal qui permet de maintenir la circulation des idées et des connaissances au-delà des frontières que nous imposent les structurelles fonctionnelles classiques que nous connaissons depuis plusieurs décennies ou les réorganisations basées sur les unités d’affaires produits-marchés que nous connaissons depuis une quinzaine d’années !

L’apprentissage est un acte individuel, certes, mais indissociable de sa composante sociale. « On apprend toujours seul, mais jamais sans les autres » nous rappelle Philippe Carré dans une jolie formule. Quant aux entreprises, elles doivent, pour demeurer concurrentielles, maintenir les conditions nécessaires à la création, à la dissémination, au renouvellement et à la réutilisation des connaissances de leurs employés. Les communautés de pratique intentionnelles contribuent puissamment à cette chaîne d’événements pour le bénéfice des équipes, des départements ou des groupes fonctionnels dont leurs membres font partie. Pour peu qu’on favorise l’émergence et l’essor de ces communautés, leurs échanges informels se transformeront éventuellement en idées de produits, en processus améliorés ou en applications novatrices.

D’ailleurs, peut-être n’est-ce pas un hasard que ce sont souvent de petites unités autonomes de grandes compagnies qui sont à l’origine d’idées qui ont révolutionné leur entreprise.

Il est bien fini ce temps où les patrons, seuls à tout savoir, contrôlaient en permanence le labeur de leurs ouvriers ignares !

Maintenant, comme l’a remarqué Steve Jobs, cela ne fait aucun sens d’embaucher des candidats extraordinaires pour simplement leur dire quoi faire ; on les choisit justement afin que ce soit eux qui disent à leur employeur comment faire !

P.-S.

source :
Langelier Louis, 2005, guide de mise en place et d’animation de communautés de pratique intentionnelles : travailler, apprendre et collaborer en réseau, Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO)

http://www.cefrio.qc.ca/pdf/GuideCo…

                                                                                                           Par Clark G. KHADIGE, dba, desg
AVERTISSEMENT
Ce second article, comme celui déjà publie dans ce blog, est aussi issu de réflexions personnelles et, donc, n’engagent que l’auteur lui-même. Il n’y aura donc pas aussi d’approche dite scientifique, mais pourrait apporter un complément à la réflexion sur le thème de recherche de l’Intelligence d’Entreprise.
Dans sa vie quotidienne, l’Homme traverse et vit dans différents environnements où les facteurs et les variables qui les composent l’influencent fortement. Certes, toute influence remet en question la manière de penser et de raisonner, les habitudes, les attitudes et les comportements car elle intervient au niveau de la modification du choix et de la prise de décision.
Dans ces environnements, les tendances, les facteurs et les variables sont continuellement mesurés, étudiés et analysés dans différents buts, dont le moindre est la compréhension des comportements humains, sociaux et surtout, des entreprises permettant de prévoir, dans une certaine manière, le processus d’expression et d’action.
Certaines caractéristiques individuelles, ou organisationnelles, restent entièrement influençables, même si elles ne sont pas toujours modifiables. Ici, entre un élément nouveau : si on peut influencer, on ne peut pas nécessairement changer totalement, mais modifier pour un espace de temps déterminé.
Quels sont ces environnements qui influencent, ou qui exercent des forces, sur la personnalité de l’individu, ou celle non moins importante de l’entreprise, et qui lui font adopter une personnalité qui souvent ne reflète pas la sienne propre ?
Dans l’interactivité des éléments et des facteurs qui vivent dans cette pléthore d’environnements, la principale force catalysante qui permet cette vie, reste indéniablement l’Intelligence. On pourrait aussi affubler à cette Intelligence de l’Environnement le qualificatif d’Intelligence Collective Active.
Nous avions défini[1] la force catalysatrice interne de l’environnement, sous deux options :
Ø  Intelligence de l’Environnement : capacité qu’un environnement a de s’adapter, d’évoluer, de changer et de modifier ses caractéristiques en fonction de facteurs influents d’origine sociale, culturelle, idéologique, politico-légaux et technologique.
Ø  Intelligence Environnementale : capacité d’un environnement à pouvoir agir sur l’évolution, la modification et  l’adaptation de ses composants en fonction des conditions et des objectifs émergents et sous l’influence de facteurs existant, actifs ou inattendus.
Sous l’influence de cette force catalysatrice, un environnement vit et développe ce que cet article pourrait qualifier de personnalité. Certains d’entre eux ont été sélectionnéset sont proposés ci-dessous :
1 – L’ENVIRONNEMENT FAMILIAL :  
C’est, peut-être, l’environnement qui a le plus d’influence sur l’individu. C’est dans la famille que les habitudes de comportement sont prises, habitudes qui marquent les traits principaux de caractère et de personnalité. C’est aussi dans ce milieu que toutes les traditions ancestrales, les coutumes villageoises, les croyances sont enseignées et conservées au fil des ans, et transmises aux générations qui suivent. On en observe même leur conservation, lors de l’immigration des individus vers des pays étrangers. Elles restent ancrées dans l’esprit et ne disparaissent totalement que dans les générations qui suivent et qui, elles, ont adoptées de nouvelles traditions et coutumes conformes au nouvel environnement national.
Dans ces pays d’immigration, le caractère et la diversité des cultures enrichissent d’un côté le pays hôte, créant aussi des situations conflictuelles, mais tendent, ou laissent supposer et prévoir, vers une culture à caractère universel.
Mais, c’est dans cette cellule de base, que les valeurs morales, sociales et humaines de la société sont apprises. On remarque qu’elles sont d’autant plus importantes et vivantes dans les couches sociales inférieures à la moyenne, alors que plus on remonte au-dessus de cette moyenne moins elles apparaissent comme étant des règles de vie constantes. Le pouvoir, la position sociale, le cadre et le rang professionnel ont tendance à éclipser ces valeurs au second ou troisième rang. Une fois de plus, le problème de la nature humaine se pose.
L’ensemble de ces valeurs consistent principalement dans le respect des autres, l’honnêteté, la franchise, l’égalité sociale, la justice, etc… Considérons cependant que ces valeurs se rencontrent plus fortement dans les couches d’âge supérieur, à partir de 35-40 ans. Elles sont prises en considération, par les autres couches, à des niveaux d’importance différents et ne deviennent des règles de vie que beaucoup plus tard.
Est-ce dû principalement à un problème de revenus, de style ou de qualité de vie qui ne permettent pas l’accès soit à l’éducation poussée soit à des produits de qualité supérieure ? Cela peut-il être expliqué par les facteurs ou les variables inhérents à la condition sociale ? Est-ce une question d’éducation reçue dans la cellule de base qu’est la famille ?
D’autre part, cette famille représente un creuset de croyances et de comportement social qui se transmettent de génération en génération.
Tous ces facteurs vont se retrouver dans le comportement professionnel, dans l’entreprise, dans l’environnement de travail et dans l’environnement relationnel. Autant de perceptions qui se rencontrent, autant de portes ouvertes vers des relations humaines et professionnelles coopératrices, coordinatrices, synchronisatrices et conflictuelles.
Ainsi[2], l’Intelligence Familiale serait cette faculté qu’une famille a de comprendre cet ensemble de valeurs, de les transmettre dans les environnements sociaux voisins, de les utiliser, (ou d’agir en fonction), dans le concept de la continuité du développement de la civilisation humaine. Elle réside aussi, dans les réactions que la famille adopte dans le concept de la survie, de la prospérité, du dépassement des obstacles et de l’atteinte de ses objectifs égoïstes, égotistes ou individuel.
2 – L’ENVIRONNEMENT DEMOGRAPHIQUE :
C’est l’environnement le plus riche en informations sur la structure de la population, son explosion démographique locale et mondiale, le vieillissement de la population, la croissance des ménages familiaux et non familiaux, la mobilité géographique, (l’attrait des grandes villes, l’urbanisation, la croissance des banlieues), le niveau d’éducation croissant, la composition ethnique diversifiée, l’appartenance aux communautés idéologiques, etc…
Certaines caractéristiques sont intéressantes à étudier :
Ø  L’évolution de la structure socio-professionnelle, principalement en étudiant les changements d’habitude de consommation, de style et de qualité de vie dûs à des changements survenus dans l’échelle professionnelle, (promotion ou transfert de poste), ou tout simplement dûs à une réorientation professionnelle totale, (changement de nature du travail, ou changement d’Entreprise), permet à des individus, ou groupes d’individus, d’accéder à des niveaux sociaux auxquels ils aspirent.
Ø  L’accroissement des revenus, permettant ainsi l’accès à des produits de qualité supérieure, entraînant ainsi des changements au niveau des styles de vie.
Ø  L’urbanisation, dont l’étude approfondie concerne surtout l’accroissement de la population des villes au détriment des régions rurales. (Ce qui entraîne, de facto, la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement de produits agricoles, et/ou de politique sociale gouvernementale de réintégration des régions rurales abandonnées, etc…),
Ø  L’élévation du niveau d’instruction, permettant ainsi aux consommateurs d’être plus rationnels et moins conditionnés.
Il faut aussi prendre en considération les appartenances à des sous-groupes formés par un intérêt commun comme le professionnalisme, la culture, l’idéologie politique ou religieuse, etc…pour finir vers un sentiment d’appartenance totale à une nation, avec les valeurs inhérentes au patriotisme et au nationalisme, en passant par les tendances extrémistes ou fanatiques. D’où une approche compréhensive et distincte entre :
Ø  La production nationale : achat, consommation et utilisation de produits fabriqués localement et conformisme à une entité nationaliste, soutenance de l’économie locale,
Ø  La production étrangère : achat, consommation et utilisation de produits importés, perception de qualité supérieure, et tentative de distinction sociale.
L’environnement démographique est peu influençable quant à l’accroissement de la population, malgré les efforts des gouvernements afin de maintenir, au minimum, un taux de population constant en dépit de la réticence des individus, qui, influencés par leurs conditions de vie, (ou par d’autres facteurs strictement personnels), refusent d’avoir une famille nombreuse. Notons que les environnements de consommation, économique, technologique et sociale ont une grande influence sur leur prise de décision puisqu’ils sont directement liés aux conditions de vie et de travail.
Intelligence Démographique : faculté d’une société ou d’un groupe à pouvoir mesurer et contrôler sa croissance démographique.
3 – L’ENVIRONNEMENT SOCIAL :
Quand on parle d’environnement social, il faudrait surtout comprendre, dans le contexte qui nous intéresse, les différentes relations qui existent ou qui s’établissent entre les individus d’une même société et/ou ceux de sociétés diverses. Dans cet environnement c’est l’Intelligence Relationnelle qui prime, qui agit et qui dessine les relations humaines diverses.
Ces Relations Humaines, il faut bien les appeler par leur nom, sont très importantes du point de vue de l’influence qu’elles exercent. Tout peut changer d’une minute à l’autre. Tout dépend de l’état psychologique de chacun, des relations de bon voisinage qu’il peut ou sait établir, et surtout de son niveau culturel. Tout dépend aussi du degré de certitude de chacun.
Les facteurs principalement intéressants dans cet environnement concernent surtout :
Ø  L’environnement résidentiel et de voisinage : les relations de voisinage sont celles qui sont les plus influentes au niveau des foyers, et au niveau du choix et de l’utilisation des produits de consommation usuels. C’est le royaume du « bouche-à-oreilles » où tout se dit et où tout est possible, commérages compris. C’est aussi l’environnement de l’influence personnelle par excellence.
Ø  L’environnement professionnel et concurrentiel : le contact quotidien avec les différentes professions exercées dans l’environnement social local ou en contact avec l’étranger. Ainsi, tout individu aura un comportement « naturel » avec son épicier, son boucher, son boulanger, etc… puisqu’il établit des relations régulières avec eux. La relation sera beaucoup plus teintée d’un caractère « familial » ou amical, puisque des liens vont se faire et que l’échange va dépasser le simple seuil d’économique.
Ø  L’environnement de travail où se côtoient amitiés, inimitiés, jalousies de toutes sortes, conflits d’origines diverses, incompétences face à des compétences affirmées, mais où aussi voisinent des relations de coopération, d’échange, de coordination, d’assistance, etc. Tout ce qui, finalement, va influencer des attitudes et des comportements et modifier la personnalité de l’individu. En conséquences directes, on pourrait parler d’épanouissement professionnel et culturel mais aussi, et surtout, de stress et de renoncement a des aspirations sociales.
Cependant, lors de la fréquentation d’un environnement professionnel d’un autre voisinage, les relations changent totalement de visage. Les relations qui y existent sont plus vraisemblablement basées sur des identifications à d’autres styles ou mode d’action, mais elles sont surtout teintées de défis inconscients, de productivité personnelle, de facilités d’adaptation, d’identification à une entité professionnelle ou à une entreprise, de compréhension et de participation, d’adhésion à différentes valeurs. Les relations y sont souvent tendues et stressantes.
Les produits les plus concernés par cet environnement sont ceux concernant l’habillement. On a trop tendance à porter une opinion, si ce n’est un jugement, sur la présentation personnelle. Ainsi, la tenue vestimentaire traduit, généralement et avec des exceptions, un niveau social reconnaissable rapidement. Cependant, si elle ne traduit pas un comportement culturel, elle peut traduire, souvent, un certain anti-conformisme social.
C’est donc dans cet environnement social que les différentes relations humaines s’établissent. Elles ne concernent pas seulement celles qui se font dans un même lieu de travail, mais aussi toutes celles qui se font dans différents lieux de rencontre. La fréquentation d’autres groupes socio-culturels, ou non, permet l’établissement de contacts et de relations humaines différentes qui conduisent à une acceptation totale, donc à la création de liens plus étroits, ou à un rejet total d’une des deux parties. Notons que c’est dans cet environnement que se précise principalement les cercles dits de relations sociales :
Ø  Le cercle extérieur qui concerne toutes les relations professionnelles ou sociales éloignées,
Ø  Le cercle moyen ou cercle social qui comprend toutes les relations d’amitié établies dans différents milieux de rencontre,
Ø  Le cercle interne ou cercle intime, qui concerne uniquement les relations profondes d’amitié, d’amour ou d’ordre strictement personnel.
L’environnement social peut être influençable, quand on le comprend dans le sens d’un ensemble complet d’individus. L’apport technologique fait apparaître de nouveaux produits dont la fonction principale est de faciliter la vie de chacun. Plus ce fait se réalise, plus il existe de temps libre utilisé à d’autres activités, principalement celle concernant l’intérêt que l’on doit porter à soi-même, loin des influences étrangères et des activités de fréquentation.
Rappelons-nous un fait de grande importance : tout nouveau produit, (nouveau dans sa conception, son apparition sur le marché ou nouveau dans son utilisation), introduit un nouveau style de vie. Plus un individu sent qu’il peut avoir accès à des revenus plus importants, plus il a tendance à s’approprier des produits qui vont soit changer son image sociale,(en tentant de s’identifier à un niveau social supérieur), soit lui accorder plus de temps à ses loisirs en lui facilitant les choses, donc en lui accordant plus de temps pour lui-même loin du stress et des obligations quotidiennes.
Les facteurs principaux d’influence de cet environnement actif, pourraient se classer suivant quatre groupes :
Ø  L’orientation hédoniste[3] : Jusque vers la moitié des années 60, les valeurs humaines de travail étaient plutôt puritaines et traduisaient une implication totale personnelle teintée de productivité, de recherche, de participation, de sacrifice, d’austérité, de devoir, d’économie et de résignation. Par la suite, ces valeurs ont été petit à petit remplacées par le désir de gagner plus, de travailler moins, d’avoir plus de temps libre donc plus de temps de loisir, de profiter de la vie et d’en réduire corvées et obligations, de dépenser plus, de consommer mieux, de s’identifier à des classes sociales différentes, etc…
Ø  Le désir profond de sécurité : C’est, peut-être, un des résidus des souffrances de la seconde guerre mondiale : “s’assurer une sécurité physique, matérielle et psychologique“. Tout individu reste profondément attaché à la recherche d’une sécurité qui peut se traduire par une appartenance à un groupe social, mais surtout professionnel qui lui rapporte les moyens de subsistance économique. D’où principalement la recherche d’avantages sociaux comme l’assurance-maladie, l’assurance-vieillesse, l’assurance-voiture, la retraite, l’assurance-chômage, etc… tout en considérant la sécurité financière future représentée principalement par le compte bancaire.
Ø  Le libéralisme des mœurs :     Est-ce une réaction ou est-ce une évolution des choses ? Nous avons pu remarquer que c’est surtout après de forts conflits, nationaux ou internationaux, que les mœurs se sont relâchés, marquant ainsi un changement total des comportements de vie. Ainsi c’est à partir de la fin de la Première Guerre franco-allemande de la fin du XIe siècle, que nous assistons à une première dans l’histoire de la participation totale et active de la femme : les salons de littérature, les publications littéraires, la recherche scientifique, etc. C’est après la Première Mondiale qu’une nette tendance de libéralisation apparaît qui se traduit par une communication plus active, une participation sociale et professionnelle de plus en plus forte. La morale rigoureuse du XIXème siècle commence à disparaitre au profit d’une toute nouvelle conception de vie. Une certaine tolérance s’introduit face aux interdits sexuels, et la sexualité commence à prendre une part de plus en plus grande dans la vie de chaque jour : cinéma, publicité, littérature, etc…. La femme sort seule, et fréquente des lieux de socialisation auparavant réservés aux hommes (cabarets, dancings, etc.).
La Seconde Guerre Mondiale a changé le visage de la société et libéralisme et libéralisation s’intensifient. Cette période est caractérisée par un abandon lent des valeurs sociales qui faisaient de la civilisation humaine ce qu’elle était.  C’est le début de l’apparition de la pornographie et de la consommation de drogues à visage ouvert et de leurs conséquences sociales malheureuses.
Ø  Le culte de la jeunesse :           Les jeunes, plus ouverts à l’innovation technologique, à la découverte recherchent une émancipation précoce, sociale, professionnelle et souvent politique. On passe ainsi du phénomène d’imitation des gens d’âge et d’expérience par les jeunes, à un phénomène inverse : le désir de “revenir en arrière“.
Intelligence Sociale :
Ø  Capacité à comprendre les émotions et les attitudes des autres envers soi.
Ø  Capacité à comprendre les tendances, les mouvements et les conditionnements de la société.
Ø  Capacité d’évaluer le jugement dans des situations sociales, la détermination de l’état mental sous-jacent à un message, la mémoire des noms et des visages, l’observation du comportement humain et le sens de l’humour
Ø  Capacité d’une société ou d’une institution à identifier des problèmes, colliger l’information pertinente sur ces problèmes, et diffuser, traiter, évaluer et ultimement agir sur cette information[4].
Ø  L’intelligence sociale comprend des aptitudes appartenant au domaine des opérations comportementales,
Ø  Ensemble de capacités à donner une signification organisée (à valeur prédictive et explicative) aux interactions sociales, aux personnes (y compris soi-même) et à leur fonctionnement,
Ø  L’intelligence sociale, c’est la capacité que l’on a à utiliser son environnement social[5].
Ø  une forme spécifique d’activité cognitive qui traite les relations sociales entre l’Individu et les autres membres de la société, (Alison Jolly et Nicholas Humphrey).
Ø  Capacité de bien s’entendre avec les autres, de convaincre les autres de collaborer avec nous et de gérer les conflits[6]
L’intelligence sociale anime une large part des comportements[7].
4 – L’ENVIRONNEMENT CULTUREL, (OU SOCIO-CULTUREL) :
Tous les acteurs formant l’ensemble d’un marché, (consommateurs, utilisateurs, producteurs, prescripteurs, distributeurs, vendeurs, etc…), sont profondément influencés par leur culture. En fait, tout être humain nait et grandit dans un milieu social à caractère culturel distinct, caractère qui lui permet d’agir, de se comporter et de remplir les tâches qu’attend de lui l’environnement social auquel il appartient.
Sans vouloir revenir sur une définition du mot Culture, certains composants seraient à rappeler, dans ce qui nous intéresse : les traditions, les croyances, les valeurs morales, les connaissances et les partages communs.
Trois facteurs y sont principalement observables :
Ø  Le facteur de l’éducation, ou toutes les connaissances que l’individu acquiert durant sa vie,
Ø  Le facteur de l’enseignement, ou toute la diffusion des connaissances qu’il a vers d’autres pôles de réception,
Ø  Le facteur de culture personnelle que chacun acquiert au fil des ans au contact d’activité ou d’évènements divers.
L’environnement culturel, qui varie d’un pays à l’autre, d’une communauté ou d’une ethnie à l’autre, est difficilement influençable dans le sens où la culture acquise représente un ensemble de croyances, de connaissances, d’habitudes de penser, de moralité, de valeurs morales, etc… Cependant, et comme nous l’avons déjà dit, la fréquentation des communautés d’origine différente, on pourrait se poser la question suivante : existe-t ‘il, à la longue, une osmose possible entre ces sous-cultures dans les pays d’immigration ? Et quel visage cette culture prendrait-elle ?
Par l’observation des influences inter-environnementales, on remarque que c’est particulièrement l’environnement technologique qui sape petit à petit les fondements de l’environnement culturel. Il n’y aura plus, bientôt, de culture nationale ni de conservation de son patrimoine, puisque la technologie, par le réseau internet, non seulement met à la disposition de tous la culture de chaque pays, mais permet l’accès à des cultures diverses. Il n’y aura plus qu’une culture globale, ou mondiale si l’on veut, avec des approches caractéristiques à des régions que l’on déterminera suivant les besoins de la connaissance.
Intelligence Culturelle : faculté de faire émerger des connaissances au départ de déductions, d’inductions ou de conclusions issues de recherches ou d’analyses de connaissances déjà acquises.
5 – L’ENVIRONNEMENT ECONOMIQUE :
L’environnement économique c’est surtout l’ensemble des mouvements économiques concernant la production, la consommation, les ventes internes et externes, les études et analyses concernant les PNB, PIB, etc…
Des critères économiques, seront pris en considération lors d’études et de recherches, comme :
Ø  L’évolution des prix,
Ø  La croissance des revenus, ou leur stagnation,
Ø  Le taux d’inflation, dont la conséquence principale est de pousser le consommateur vers des produits moins chers, les points de vente les plus compétitifs,
Ø  Le taux de croissance de la production,
Ø  Le taux d’emploi : population active, chômage, recyclage, marché noir, etc…
Ø  Les volumes de consommation,
Ø  L’exportation, (production locale totale ou transformée),
Ø  L’importation des produits de consommation ou d’utilisation, important facteur riche en information permettant l’établissement de stratégies Marketing,
Ø  Le PNB, PIB, etc…
Ø  Les voies et moyens de Communications,
Ø  La Communication, en général, prise sous tous ses aspects,
Ø  L’étude des dépenses des consommateurs qui ne sont pas seulement liées au revenu mais également à l’épargne et au crédit,
Ø  Le développement du crédit qui est un des principaux facteurs de croissance de l’économie nationale, puisqu’il permet à de nombreux consommateurs d’acheter au-delà de leurs ressources, et c’est ce qui a permit la création de nouveaux emplois,
Ø  Etc…
Mais les facteurs qui nous intéressent plus spécialement, ici, sont aussi de trois niveaux d’importance, et qui vont nous permettre de mieux comprendre le comportement de l’environnement humain :
Ø  Le facteur de revenus financiers : c’est ce facteur qui va déterminer l’accès et le choix des produits achetés.
Ø  Le facteur des dépenses mensuelles : c’est l’obligation de régler les frais d’entretien et de maintenance de vie classique : factures, loyer, alimentation, etc…
Ø  Le facteur de l’épargne. C ’est un facteur de décision et surtout de choix. En premier lieu, l’épargne représente le « bénéfice » du mois de travail, après avoir réglé les frais fixes, et isolé les montants d’entretien. Ce « bénéfice » sera divisé en deux : la première part restera à la banque, (quand les conditions le permettent), en prévision d’un futur incertain, et la seconde servira aux frais de loisirs : sorties, voyages, vacances, habits, cadeaux, etc…
Nous pourrions peut-être, proposer les équations suivantes :
Ø  Si le revenu est supérieur aux dépenses (R>D) l’épargne individuel se crée,
Ø  Si le revenu est inférieur aux dépenses (R<D) la dette s’installe et crée une boule de neige dont les conséquences sont graves au niveau individuel et même national,
Ø  Si le revenu est égal aux dépenses (R=D) une situation d’insatisfaction, et peut-être d’angoisse, peut apparaitre.
L’environnement économique reste un environnement influençable en lui-même, par les apports, ici encore, de la technologie. Beaucoup de produits font leur apparition et apportent avec eux de nouveaux rapports qualité-prix de plus en plus en faveur de l’individu.
Au lu de ce qui précède, la question de la véracité et de la crédibilité de la définition proposée par différentes sources de l’Intelligence Économique se pose :
Ø  Intelligence Économique, qui se définirait comme l’aboutissement, l’organisation des diverses disciplines liées à la recherche et à la gestion de l’information dans le but de cerner précisément l’environnement concurrentiel de l’entreprise.
Ou
Ø  L’Intelligence Économique serait-elle la capacité des nations de créer des systèmes de production et de distribution de produits et de biens en fonction de la demande[8] des marchés ?
6 – L’ENVIRONNEMENT TECHNOLOGIQUE :
Notre époque est principalement caractérisée par un développement technologique accéléré et unique. Le XXe siècle a été qualifié du terme le siècle de la vitesse et le XXIe aura toutes les chances d’être surnommé le siècle de la technologie. Quelqu’en soit le qualificatif choisi, la technologie exerce une profonde influence aussi bien sur les entreprises que sur le comportement de l’individu.
Dans le premier cas, ce développement va inciter à pratiquer des politiques d’innovations à tous les niveaux, et permettre d’appliquer des méthodes de plus en plus scientifiques.
Dans le second, celui de l’individu, le problème semble plus grave : la technologie va-t’elle trouver des suppléants à l’homme ? Dans cette dimension, comprenons bien ce qui se passe : la technologie facilite à l’extrême, la vie de l’homme et, d’une certaine manière, le rend plus paresseux dans le sens où l’effort mental se réduit petit à petit favorisant (peut-être) le reflexe comportemental physique. L’exemple le plus marquant est montré dans l’observation des étudiants qui inconsciemment se rassurent d’éviter les échecs grâce à Internet. Puisqu’Internet est un immense espace d’information et, à la limite, un merveilleux et complet mode d’emploi, retomber sur ses pieds est plus garanti qu’auparavant. Pourquoi donc, alors se casser la tête ?
Il serait dangereux pour la civilisation de considérer que ce XXIe siècle puisse devenir le siècle de la paresse !
Les principales dimensions de l’évolution technologiques sont :
Ø  L’accélération du progrès technique,
Ø  L’innovation sans limites,
Ø  L’accroissement des budgets de recherches,
Ø  La réglementation croissante de la technologie, (lois, normes de sécurité et de santé, etc…),
C’est l’environnement qui connaît, d’autre part, un bouleversement perpétuel constant et continu en ce qui concerne l’état et l’évolution des techniques et matériels de production. Il ne peut donc être fixe ni dans le temps, ni dans l’espace, ni même dans le produit qu’il fabrique et auquel il donne naissance.
S’il offre l’avantage de la découverte et de l’application de nouvelles manières de produire plus et plus facilement, grâce à un équipement de plus en plus modernisé, et d’offrir des coûts de production inférieurs, il n’en n’offre pas moins des inconvénients majeurs, et dont le moindre est le changement rendant obsolète le matériel de pointe.
Ce qui nous intéresse de considérer c’est, tout d’abord, le facteur dit de « computérisation » ou ce phénomène envahissant de l’ordinateur, non plus au niveau professionnel, mais bien à celui de la maison. On assiste de plus en plus au fait que l’ordinateur s’infiltre dans la vie quotidienne. Cela aurait pu commencer par le fait du père de famille qui s’équipe d’un PC afin de poursuivre son travail chez lui, puis par celui des enfants d’abord intéressés par la technologie des jeux puis par celui d’Internet.
Mais cela va encore plus loin. Il existe des « programmes » qui font « marcher » la maison par une diffusion d’instructions aux différents objets fonctionnels : réveil matin, électro-ménager, sécurité, éclairage, etc…
D’autre part, un autre facteur commence à s ’introduire fortement dans les industries nationales : la robotisation, ou le remplacement de la main d’œuvre humaine par la machine. Cela fait déjà plusieurs années que beaucoup d’industries fonctionnent au moyen de robots, principalement l’industrie automobile où la main-d’œuvre humaineest réduite à sa plus simple expression. Cela veut-il dire qu’un jour l’Homme sera inutile ? Inactif ?
L’environnement technologique, s’il a un rôle d’influence important sur les autres types d’environnements, n’en est pas moins influençable par les exigences de plus en plus contraignantes des consommateurs. Ces derniers agissant sur une forte demande de produits plus fonctionnels, plus «libéralisant », vont agir sur l’évolution des techniques de production.
Intelligence Technologique : capacité d’une entreprise à choisir et à utiliser la technologie comme moyen de développement et d’évolution
7 – L’ENVIRONNEMENT INSTITUTIONNEL OU POLITICO-LEGAL :
Cet environnement est représenté par toutes les institutions officielles étatiques, qui créent l’ensemble des lois et des règlements relatifs à la société, à la production, la distribution, la vente, l’exportation, etc… de tous les produits. Il est aussi reconnu sous le nom d’Environnement Légal, puisque ces institutions contrôlent les normes de production, de qualité et de sécurité qu’elles imposent dans le cadre de la protection des consommateurs et des entreprises.
C’est un environnement qui affecte de plus en plus les décisions commerciales. Le système politique et son arsenal législatif, réglementaire et administratif définit le cadre dans lequel les activités sont mises en œuvre. Il est de plus en plus appelé à intervenir fréquemment dans la vie de la consommation, de la production et de la qualité de vie. Son intervention est surtout marquée par les politiques de crédits, les taxes et impositions et les principes de protection de la production nationale.
Cet environnement, dans le cadre qui nous intéresse, comporte trois facteurs, (encore !) :
Ø  Le facteur Loi : où les règlements de vie en société régis par l’Etat et les institutions concernées,
Ø  Le facteur Législation : où le besoin en nouvelles lois pour développer les relations économiques et sociales internationales,
Ø  Le facteur Droit : où les droits de chacun doivent prévaloir.
L’environnement politico-légal est peu influençable par l’apparition de nouveaux produits à caractères d’influence sur le comportement, car aucun produit ne peut être un facteur de lois. Par contre, il est très important de considérer que les propriétés nouvelles, les implications et les effets de produits de conception nouvelle, les ingrédients utilisés (particulièrement dans la production des médicaments) peuvent agir sur la décision de créer des lois de protection de la société, comme cela a été le cas lors du vote des lois contre l’utilisation, en France et en Europe, d’hormones dans l’élevage des poulets et des bovins, abandon d’éléments de conservation à tendance cancérigène, etc…
Intelligence Institutionnelle :
-        Pour mieux réguler les systèmes et organisations dans un monde en réseau[9],
-        Ensemble d’Intelligences relatives aux institutions
-        Intelligence d’Entreprise
Intelligence Légale ou Intelligence de la Loi : Capacité d’un système de droits et d’obligations, de régulariser des comportements d’individus ou d’entreprises conforme à des intérêts personnels ou collectifs dans une optique de protection.
Intelligence Politique : faculté de concevoir et d’appliquer des procédures ou des plans en fonction d’intérêts idéologiques, nationaux, d’entreprises ou personnels.
8 – L’ENVIRONNEMENT ECOLOGIQUE, (OU NATUREL) :
L’espace de vie, cet environnement naturel qui nous entoure et qui procure les principes mêmes de la vie, représente surtout ce cadre dont nous avons besoin et sans lequel nous ne serions pas. C’est à cause de la grande activité industrielle, que l’on a commencé à s’inquiéter sur les conséquences de l’activité industrielle sur le cadre naturel. Comme exemple, nous pouvons citer la catastrophe de Tchernobyl, l’émanation de gaz toxiques par certaines usines de transformation, l’effet de serre, le réchauffement climatique, etc…
La nature, qui est la source de toute vie, doit être protégée aussi bien des déchets industriels que des déchets individuels que la voirie a dans beaucoup de pays, des problèmes à faire disparaître. Ceci devrait faire appel à une plus grande responsabilisation individuelle. La pollution fait rage et est la source d’épidémies souvent ravageuses.
On parlera donc de responsabilité sociale.
Intelligence Ecologique : capacité d’un environnement à se protéger contre la pollution issue aussi bien des déchets individuels ou industriels et de régénérer un système de vie équilibré et autoprotectioniste.
9 – L’ENVIRONNEMENT PROFESSIONNEL :
Cet environnement consiste surtout dans l’appartenance à des types de profession bien déterminée. Etre ingénieur, médecin, avocat, c’est appartenir à des ordres qui ont une culture, des règlements qui servent à protéger une conception de vie professionnelle, à la développer et à l’entretenir.
Dans cet environnement professionnel, diverses relations s’établissent et influencent constamment le comportement social puisqu’il est, lui aussi, souvent, entaché de « compétitivité » professionnalo-sociale. Cette influence va principalement agir sur le choix et la décision d’action dans le cadre particulier d’un certain conformisme social. « Faire comme tout le monde » mais avoir sa propre personnalité, c’est-à-dire ses propres critères de choix et d’action.
Intelligence Professionnelle : faculté issue de l’expérience professionnelle tirée d’une seule activité, permettant d’appliquer des méthodes de travail éprouvées,
10 – L’ENVIRONNEMENT DE TRAVAIL :
Cet environnement concerne particulièrement le lieu de travail, l’Entreprise qui emploie. Quand une Entreprise engage un personnel, elle insère différentes politiques dites « de personnel » afin de créer un certain bien-être physique et psychologique adéquat et dans le but de maximiser la participation des effectifs humains qui composent sa principale ressource stratégique.
Dans cet environnement, les relations qui vont s’établir sont de trois sortes :
Ø  Celles ayant rapport avec l’administration de l’Entreprise et qui sont fortement marquées par le respect de la hiérarchie. Sans vouloir vraiment parler de niveaux de relations, notons que dans beaucoup d’Entreprises la relation est entachée du principe « autorité suprême – état de soumission » plus ou moins lourde à supporter. Dans ce cas l’influence est directe et la pression constante.
Ø  Celles ayant rapport avec les pairs, où les relations d’influence sont plutôt marquées par des rapports d’équilibre. Cependant, c’est un niveau où les conflits sont souvent observés, et souvent courants. Les rapports de force, d’influences et de recommandations sont en constante opposition et d’importance. Ils créent des tensions sociales lors d’évaluations et de promotions. Des facteurs de déception, de mécontentement, d’avis différents, d’opposition de conception des choses, des jalousies, etc… qui apparaissent et rendent les relations inter-sociales tendues ou difficiles.
Ø  Celles ayant, enfin, rapport avec les subordonnés. Elles ressemblent à celles de l’administration, mais où la pression se fait parfois plus sentir dû au fait de l’exécution des tâches. Cependant, il est important de noter que dans ce cas précis, les relations entre pairs subordonnés sont de quatre catégories : professionnelles, sociales, de complicité et d’intimité. C’est à ce niveau que les influences sont plus marquées car elles se rapportent le plus souvent aux conditions de vie beaucoup plus qu’aux conditions de travail. Prenons, par exemple, le cas extrême du mécontentement. Par complicité et par solidarité, il se répand rapidement. Dans ce cas on parlera beaucoup de sociabilisation organisationnelle car dans le règlement des conflits, la direction des Ressources Humaines devra prendre en considération le fait que le conflit, s’il existe entre deux individus, a une solution qui concernera aussi l’ensemble du personnel.
Dans cet environnement, l’Intelligence Relationnelle est le principal catalyseur de coopération et de coordination aussi bien des activités que des relations humaines.
Ainsi, dans cet environnement les relations inter-personnelles vont se classer en plusieurs types distincts :
Ø  Les relations professionnelles d’échanges d’information ou de techniques de travail, de coopération, d’assistance et de coordination des efforts,
Ø  Les relations sociales qui réunissent les employés entre eux sur un sujet aussi bien interne, (conditions de travail, etc…), qu’externe et qui aboutissent souvent sur des relations extra-professionnelles, c’est-à-dire les fréquentations hors lieu de travail. Ceci se traduit par la fréquentation de mêmes lieux de loisirs et la participation dans des activités communes,
Ø  Les relations personnelles d’amitié, donc un échange plus profond entaché de confiance et d’estime socio-culturo-professionnel,
Ø  Les relations de complicité qui se traduisent particulièrement par l’adoption d’une même attitude face à un problème individuel ou commun. Cet dans ces relations que naissent les accords d’arrêt de travail pour grèves, revendications ou manifestations quelconques. Elles sont souvent sources de conflits professionnels et hiérarchiques,
Ø  Les relations d’intimité ou l’établissement de liens personnels.
Ø  Les relations conflictuelles, dont nous avons parlé plus haut, et mises en relief par des rivalités internes de postes, d’autorité, de pouvoir, de responsabilités, de chevauchement de tâches, etc…
Dans cet environnement, la note la plus importante est celle ayant rapport au phénomène enseignement – apprentissage. Au contact des autres, chacun peut développer ses connaissances, ses compétences et ses aptitudes tout en diffusant son propre savoir. Le facteur de rectification des procédés personnels de travail ainsi que les non moins importants d’auto-correction et d’auto-adaptation engage l’individu a une auto-évolution constante, basée sur sur une auto-évaluation constante. Apprendre soi-même et apprendre aux autres directement ou par observation sont des phénomènes observables couramment, mais à des niveaux différents dépendant de la volonté d’échange établie entre les membres d’une même équipe, d’un même groupe ou de l’ensemble des ressources humaines.
11 – L’ENVIRONNEMENT DES LOISIRS :
L’environnement des loisirs qui, par excellence, est un environnement de défoulement, de relaxation, d’oubli mais surtout de distractions et d’évolution culturelle personnelle. Mais il est trop souvent teinté aussi de défis, d’image personnelle, mais aussi de conception de vie et de choix plus libre. D’où le sentiment total d’indépendance, de liberté de choix et surtout l’esprit d’aventure qui dicte une forte prise de décision en faveur d’un type de loisirs particulier.
Dans cet environnement certains facteurs agissent sur le comportement et la prise de décision :
1.        L’emploi et les conditions qui s’y rapportent,
2.      L’état et l’évolution des conditions de vie individuelle et/ou collective,
3.       Le niveau et la qualité de vie,
4.      Les lieux de loisirs et leur sélection en fonction de leur fréquentation,
5.      La disponibilité de revenus substantiels ou suffisants à l’accessibilité de produits variés aussi bien dans leur valeur que dans leur qualité,
6.      La disposition, ou la prédisposition à l’achat,
7.      La pollution,
8.      La santé,
9.      Etc,
12 : L’ENVIRONNEMENT DE CONSOMMATION :
Cet environnement est aussi, et peut-être, celui qui porte une très grande influence sur le comportement de l’individu. Ce dernier se trouve constamment en contact avec différents types de produits et services de fonctionnalité et de qualité différente aussi bien que de leur pays d’origine. Suivant l’état de ses revenus financiers, il n’a accès qu’à une simple catégorie de produits ou de services et tente d’en acquérir de meilleur au prix de sacrifices et de privations. Ici encore, rappelons que les produits et services appartiennent à des catégories différentes et qui s’obtiennent différemment :
Ø  Ceux qui ont une fonctionnalité certaine, et qui s’adressent avant tout à l’individu rationnel,
Ø  Ceux qui sont conçus et qui s’achètent en fonction d’une image sociale
Ø  Ceux qui servent à faciliter les tâches quotidiennes, comme l’électro-ménager automatique et l’ordinateur professionnel,
Ø  Ceux qui ne concernent que les loisirs et dont le but est le défoulement, la relaxation mais qui souvent font appel à la performance et à l’endurance,
Ø  Ceux qui sont recherchés en fonction de rivalités diverses,
Ø  Ceux qui sont achetés par les autres,
Ø  Etc…
C’est la technologie de pointe qui, concevant des produits et services nouveaux, élève le niveau de vie et plus le produit est performant, plus le service est complet, plus l’individu a une tendance certaine à vouloir se l’approprier.
Notons aussi un point important : le style de vie importé. Ainsi, au contact des produits, et des marques étrangères, non compris les marques et produits étrangers fabriques localement, une culture de vie différente est importée. Ainsi, beaucoup de jeunes veulent vivre à la mode américaine, ou adoptent d’autres styles de vie (extrême-orientale principalement) avant de revenir aux traditions nationales qui, si elles ne sont pas totalement reprises, influent sur le comportement individuel.
Pourrait-on alors parler de personnalité de consommation en ajout à la personnalité des consommateurs ?
13 – L’ENVIRONNEMENT GEOGRAPHIQUE :
Environnement très proche de l’environnement écologique, il se distingue par la nature du pays : montagnes, plaines, bords de mer ou mixte et par des caractéristiques climatiques. Les facteurs qui s’y découvrent sont assez nombreux, mais distinguons ceux qui ont une influence directe :
Ø  Le facteur de distances entre d’un côté le lieu résidentiel et le lieu professionnel et de l’autre le lieu de résidence et celui des loisirs. Il prend donc en considération principalement la variable temps et celui de la correspondance des moyens de transports.
Ø  Le facteur des saisons, donc les variables à considérer sont les produits correspondants,
Ø  Le facteur climatique, enfin, qui lui va influencer fortement le choix des produits, et celui des loisirs, mais qui influence surtout les types d’agriculture, donc les types de produits consommables,
14 – L’ENVIRONNEMENT DE L’ENTREPRISE :
Si une Entreprise est affectée par son environnement, la réciproque est aussi vraie : elle affecte grandement cet environnement. Ce dernier est formé de nombreux événements qui sont soit créés par elle, soit subis. L’action de l’Entreprise peut être donc un risque d’événements, (risque positif ou négatif), pour l’entourage dans lequel elle existe et fonctionne.
Les événements que crée l’Entreprise peuvent être imaginaires, impossibles, probables, incertains, avec un impact mineur ou des conséquences majeures.
Mais la présence d’une Entreprise dans une région rurale, lui apporte avantages et inconvénients :
  1. Un développement certain au niveau de l’infrastructure de la région : voies et moyens de transports, extension des lieux de résidences, implantation d’hôtels, augmentation de la consommation en ressources hydro-électriques et en carburants, etc….
  2. Un développement moderne des techniques de télécommunication,
  3. Un développement sensible de l’activité humaine : nouveaux emplois et résorption du chômage régional,
  4. Un développement économique mesurable par l’apparition de petites et moyennes entreprises plus ou moins en relations professionnelles avec l’Entreprise principale existante dans cette région,
  5. Un développement accru de l’activité culturelle : écoles, formation professionnelle, séminaires de tous genres,
  6. Un développement important de la vie sociale par la création de lieux de loisirs, divertissements et distractions, (restaurants, cinémas, clubs, etc…),
  7. Une augmentation de la pollution,
  8. Des conflits sociaux, politiques, ethniques, religieux, etc…
Intelligence de l’Entreprise : faculté d’une entreprise à comprendre, à appliquer, à agir et à réagir, à analyser les informations qu’elle recueille afin d’optimiser ses moyens de réussite et de performance.

[1] Voir glossaire des qualificatifs de l’Intelligence dans cgcjmk.blogspot.com
[2] Intelligence Familiale : faculté d’une famille à comprendre une situation et à savoir prendre des décisions au bénéfice de tous les membres.
[3] Hédonisme = Morale qui fait du plaisir un principe ou le but de la vie, (Dictionnaire Larousse).
[4] (Université de Montréal : Bergeron, 2000, p. 3-4)
[6] MULLER J-L., L‘intelligence sociale appliquée au management : décryptage – in Portail de l’Intelligence Collective.
[8] Cette idée sera développée dans un article en préparation L’Intelligence Economique, une autre dimension. NDA.

octobre 2008, par Jean Heutte

Le présent article suggère que oui et, pour ce faire, il présente une vue d’ensemble des recherches qui ont indiqué certaines voies possibles. Si le bonheur dans la vie est déterminé à un quelconque niveau par certaines caractéristiques d’une personnalité, d’un choix ou d’une attitude qui pourraient être modifiées par apprentissage, il est alors raisonnable de penser que le bonheur peut être enseigné.

Pour les chercheurs intéressés par cette possibilité d’une éducation au bonheur, trois questions se posent.
- Pouvons- nous identifier quelques traits propres aux gens heureux qui pourraient être enseignés à d’autres personnes ?
- Est-ce que ces dernières peuvent apprendre à développer ces traits ?
- Si elles le faisaient, deviendraient-elles effectivement plus heureuses ?

Dans une première publication de trois études (Fordyce, 1977), une série de stratégies pour accroître le bonheur a été utilisée sous différentes conditions ; toutes se montrèrent capables d’augmenter le niveau de bonheur des sujets expérimentaux impliqués. Peu après, Lichter, Haye et Kamman (1980) ont démontré un accroissement du bonheur en utilisant des procédures similaires. Dans un article ultérieur Fordyce (1983) rapportait quatre études supplémentaires réussies que nous avions réalisées (incluant une étude avec suivi d’une durée d’un an). Par la suite, Kowal (1986) (étudiant des patients cancéreux de clinique externe), Wade (1993) (étudiant des professeurs de collège) et Fordyce (1994), dans cinq recherches plus récentes (comparant des classes de collège ayant ou non reçu une éducation au bonheur) ont trouvé des résultats significatifs pour ceux qui avaient été éduqués au bonheur.

UN PROGRAMME DE FORMATION AU BONHEUR

En effet, s’il existe certains traits que possèdent les gens heureux que le reste d’entre nous pourrions apprendre, quels sont-ils et comment pouvons-nous enseigner aux autres à les imiter ?
Un regard rapide aux données recueillies sur le bonheur suggère qu’une telle éventualité soit faible. Beaucoup de données recueillies jusqu’à maintenant semblent associer le bonheur avec le succès, la classe sociale, une bonne santé, l’harmonie familiale, le statut occupationnel, les conditions économiques et politiques, le revenu, le niveau d’instruction et, peut-être le plus accablant de tout, avec des facteurs génétiques, la majorité de ces variables pouvant être difficilement modifiées de façon significative par une personne.
Pourtant, au fil des années, certaines caractéristiques associées à l’atteinte du bonheur sont régulièrement apparues ; ces caractéristiques semblent pertinentes comme base de recherche en vue d’une éventuelle éducation au bonheur.

Le trait fondamental Un : être plus actif et demeurer occupé

De nombreuses études montrent que les gens heureux sont activement impliqués dans la vie. Selon ces recherches, les personnes heureuses remplissent leur vie avec de l’activité et, plus important encore, ils passent plus de temps que la plupart des autres personnes à faire des choses qu’ils trouvent agréables et amusantes.

Cinq types d’activités tirés de la recherche sont présentés comme des principes de base :
- des activités agréables soulèvent plus de bonheur que des activités qui ne le sont pas ;
- des activités excitantes, mobilisantes physiquement semblent générer plus de plaisir que des activités sédentaires et tranquilles ;
- des expériences nouvelles tendent à soulever plus de bonheur que des expériences familières ;
- des activités sociales génèrent plus de bonheur que des activités solitaires ;
- une démarche significative est plus satisfaisante que des divertissements triviaux.

Le trait fondamental Deux : passer plus de temps à socialiser

Une donnée solidement établie dans la recherche accumulée sur le bonheur et la satisfaction de vivre est celle de l’importance jouée par le lien social sur le bonheur personnel. En effet, la majorité des études ont rapporté qu’une vie sociale satisfaisante était le facteur le plus contributif au bonheur.

La plus grande partie de l’impact de la vie sociale sur le bonheur d’un individu repose sur des relations proches et intimes. Les études sur ce sujet nous apprennent que les gens heureux présentent un haut degré de participation à des activités sociales, autant à un niveau formel (organisations, clubs, associations, etc.) qu’à un niveau informel (amis, voisins, collègues de travail, famille étendue, etc.) et que ces interactions contribuent à créer des sentiments importants de satisfaction, de soutien et d’appartenance qui ajoutent à leur sensation générale de bonheur.

Le trait fondamental Trois : être productif dans un travail significatif

Dans la recherche, le bonheur et la satisfaction de vivre ont souvent été associés avec un travail significatif et une activité productive. L’enseignement sur ce sujet commence par une revue de la quantité impressionnante de recherches en sciences humaines qui montrent comment la satisfaction de vivre peut être liée à un emploi satisfaisant et, plus spécifiquement, jusqu’à quel point les gens les plus heureux semblent intéressés et satisfaits par leur travail.

Le trait fondamental Quatre : mieux s’organiser

La recherche sur les gens plus heureux a souvent montré qu’ils sont bien organisés, qu’ils ne remettent pas les choses au lendemain, qu’ils sont efficaces et qu’ils planifient. Une telle organisation ne se manifeste pas seulement dans leur approche quotidienne de la vie, mais aussi dans leurs projets à long terme et dans leur sentiment d’orientation dans la vie. Les gens heureux semblent savoir où ils veulent s’en aller et ils semblent posséder les habiletés organisationnelles pour leur permettre de le faire.

Le trait fondamental Cinq : arrêter de se tracasser

L’une des découvertes majeures sur les gens heureux est qu’ils se tracassent beaucoup moins que la majorité des gens. Ainsi, dans nos cours, nous présentons l’inquiétude comme l’ennemi de base du bonheur ; c’est l’attitude qui mine le plus le bonheur de la personne moyenne. Les étudiants sont réintroduits à l’interdépendance entre les concepts de temps et de bonheur. Parallèlement à la discussion antérieure (que le bonheur d’une personne est proportionnel à la quantité de temps investi dans une activité plaisante), le message est maintenant que le bonheur d’une personne est inversement proportionnel à la quantité de temps passé dans des pensées négatives.

Comme l’inquiétude quotidienne est la forme la plus courante de pensées négatives, on demande aux étudiants de répertorier quotidiennement leurs inquiétudes. Après plusieurs semaines, une analyse du pattern des préoccupations individuelles démontre en général à l’étudiant : a) que la majorité des inquiétudes ne se réalisent jamais et que b) la majorité des préoccupations sont très souvent au-dessus de la capacité de contrôle d’une personne. De tels exercices tendent à démontrer aux étudiants la futilité des inquiétudes.

Le trait fondamental Six : bien ajuster ses attentes et ses aspirations

Cette leçon porte sur le rôle que jouent les attentes quotidiennes, ainsi que les ambitions à long terme sur le bonheur. Elle repose sur un des principes de base de la psychologie (confirmé dans la documentation scientifique sur le bonheur) : notre degré de satisfaction dans la vie ne repose pas seulement sur ce qui nous arrive, mais aussi sur ce que nous anticipons. Tenant compte de la recherche, nous centrons l’attention des étudiants sur quatre points cognitifs spécifiques qui démontrent comment les attentes, les aspirations et la réussite affectent le bonheur :

- Ne pas s’organiser pas être désappointé. Ici, nous soulignons la donnée la plus fondamentale de la « théorie des attentes » : des attentes élevées sont rarement satisfaites et conduisent généralement à la déception, alors que des attentes modérées amènent souvent à plus de satisfaction que prévu. De telles déceptions ou satisfactions ont un effet cumulatif sur l’évaluation d’une personne quant à son niveau général de bonheur.

- Les cultures industrielles surestiment le rôle que joue le succès sur le bonheur. Même si le succès semble apporter une contribution au niveau général de bonheur, la recherche indique que son impact (ainsi que son effet à long terme) est relativement mineur (particulièrement lorsqu’on le compare à d’autres facteurs plus influents sur le bonheur, comme la qualité d’une vie familiale et sociale). Des aspirations visant la réussite ne semblent pas rapporter autant que plusieurs d’entre nous le pensons.

- Le bonheur, dans la majorité des cultures modernes, est faussement perçu comme résultant d’une vie réussie et, parce que le succès est quelque chose qui est généralement atteint tard dans la vie (et seulement après plusieurs années de sacrifice et de travail ardu), la plupart des gens, sans le réaliser vraiment, perçoivent le bonheur comme quelque chose qu’ils doivent remettre à plus tard, attendant que cette réussite se réalise enfin. Les gens heureux ne tombent pas dans ce piège culturel. Ils n’attendent pas pour être heureux. Ils voient que « le bonheur est une façon de voyager plutôt qu’un lieu à atteindre ». Nous suggérons ici, comme nous le faisons souvent avec les traits fondamentaux, que le secret d’une vie plus heureuse repose généralement dans le présent et non pas dans un futur différé et incertain.

- Les gens heureux obtiennent ce qu’ils veulent parce qu’ils veulent ce qu’ils sont capables d’avoir ! L’évidence montre que les gens plus heureux ont tendance à choisir des objectifs à l’intérieur de leur capacité, obtenant du fait même succès après succès. Les gens malheureux, eux, présentent des ambitions presque impossibles à réaliser et perçoivent leur vie comme une série d’échecs. Le bonheur semble plus associé à des succès dans des objectifs que l’on peut atteindre qu’à des échecs dans la quête des étoiles.

Le trait fondamental Sept : développer une pensée positive et optimiste

Une pensée positive et optimiste est peut-être le trait le plus caractéristique des gens heureux qui a été rapporté dans la documentation scientifique. Tenant compte de cela, il faut comprendre la relation entre une attitude optimiste et positive et le bonheur : le bonheur d’une personne est perçu comme étant grandement déterminé par le genre de pensées qui habitent son esprit durant une journée. Plus ces pensées sont plaisantes, plus une personne éprouvera des émotions positives.

Le trait fondamental Huit : être orienté dans le présent

Longtemps reconnu comme une caractéristique majeure de l’actualisation de soi, la recherche a trouvé que les personnes heureuses sont très « orientées vers le présent », c’est-à-dire qu’elles investissent plusle présent et semblent extraire un maximum de plaisir de ce qu’offre chaque jour.
Le bonheur est beaucoup plus disponible dans « l’ici et maintenant » que dans le « là ou ensuite ». Les gens heureux semblent mieux apprécier leurs journées que les gens malheureux, surtout parce que leur attention n’est pas colorée par les regrets et les ruminations par rapport au passé ou par les inquiétudes face au futur.

Le trait fondamental Neuf : travailler sur une personnalité saine

En dépit de la critique sociale occasionnelle qui avance que toute personne qui est heureuse dans la société d’aujourd’hui doit « avoir perdu la raison », les résultats dans ce domaine (utilisant pratiquement tous les instruments et tests cliniques standardisés disponibles) ont démontré que les gens heureux sont très sains mentalement et significativement plus libres de symptomatologie et de plaintes psychologiques que la population en général.
Quelques principes de santé mentale de base :
- aimez-vous,
- acceptez-vous,
- connaissez-vous,
- aidez-vous.

Le trait fondamental Dix : développer une personnalité engageante

En plus de l’optimisme, le trait de personnalité le plus rapporté chez les gens heureux est l’extraversion. Ainsi, surtout parce que le bonheur apparaît plus élevé pour ceux qui jouissent d’une vie sociale active : il est important de devenir une personne plus sociable, plus engageante, tant sur le plan cognitif (en expliquant l’importance de l’extraversion comme voie majeure à une vie sociale plus heureuse) que sur le plan comportemental (en termes de techniques comme sourire davantage, reconnaître les autres, initier la conversation, ainsi que d’autres options qui permettraient d’élargir leurs contacts sociaux).

Le trait fondamental Onze : être soi-même

Les recherches de personnalité portant sur les gens heureux rapportent qu’ils ont tendance à demeurer eux-mêmes. Des termes comme « naturel », « spontané », « authentique », « sincère », « à l’aise », « honnête », « expressif », « franc », « réel », « ouvert », ainsi de suite, apparaissent souvent dans la documentation scientifique.

Le trait fondamental Douze : éliminer les sentiments négatifs et les problèmes

Ce trait fondamental est introduit comme avertissement par rapport à tout le reste du cours sur le bonheur. La plus grande partie du contenu éducatif de ce cours s’adresse à une assistance « normale », libre de difficultés psychologiques significatives.

Le trait fondamental Treize : les relations intimes sont la première source de bonheur

Les sondages internationaux ont traditionnellement montré que, de tous les facteurs étudiés, les liens du mariage et de la famille se sont avérés la plus importante source de bonheur, quel que soit le revenu ou le niveau social ; des décades de recherches sur le bonheur l’ont aussi confirmé : « les relations proches sont la première source de bonheur. »

Le trait fondamental Quatorze : valoriser le bonheur

Le trait fondamental final s’intéresse à la place qu’accorde une personne au bonheur dans ses priorités générales. Les gens les plus heureux semblent accorder une plus grande valeur au bonheur, au bien-être subjectif et à des concepts similaires que ne le font d’autres personnes.
En effet, plusieurs personnes heureuses font du bonheur leur plus importante préoccupation dans la vie, alors que les gens plus malheureux tendent à faire peu de cas du bonheur.
De plus, les gens heureux semblent avoir beaucoup réfléchi à leur bonheur, comme en témoigne leur capacité à en donner des définitions plus adéquates. Ils ont une intuition plus pénétrante sur les sources fondamentales du bonheur, une plus grande sensibilité aux émotions heureuses et une meilleure appréciation de celles-ci dans leur vie. Le point ici est que l’atteinte du bonheur peut bien être liée à l’importance du désir d’être heureux et à la valeur que quelqu’un lui accorde.

P.-S.

Fordyce, M. W. (1997) ÉDUCATION AU BONHEUR , Revue québécoise de psychologie, vol. 18, n° 2, 1997 Edison Community College (États-Unis)

Traduit et adapté de l’anglais par Pierre Cousineauhttp://www.rqpsy.qc.ca/ARTICLE/V18/…

Le groupe comme dispositif d’innovation (Peillon, Boucher, Jakubowicz, 2006)

novembre 2008, par Jean Heutte

Le ba peut être vu comme un ensemble de conditions permettant de fonder une communauté cognitive, intellectuelle, mentale, entre des individus qui vont partager non seulement des connaissances, mais aussi des cultures. Le concept de ba intègre en lui-même la dimension humaine de l’apprentissage, et renvoie à un processus ouvert, permettant de dépasser les limites de l’individu.

Le concept de ba

Le ba est conçu comme un espace de création de connaissances, dans une optique selon laquelle cette création n’est pas l’apanage de structures dédiées, mais est rendue possible dans certaines conditions. Cette perspective nous permet d’établir un lien avec certaines théories de la psychologie des groupes. Nous introduisons ainsi la notion d’espace transitionnel, afin de mieux comprendre les conditions favorables au développement des connaissances et des compétences au sein des organisations.

Le ba : espace de création de connaissances
Le concept de ba a été introduit en 1998 par Nonaka et Konno, qui le définissent comme un « contexte partagé » :
« Ba(which roughly means “place”) is defined as a shared context in which knowledge is shared, created and utilized. “Ba” is a place where information is given meaning through interpretation to become knowledge, and new knowledge is created out of existing knowledge through the change of the meanings and the contexts. In other words, “ba” is a shared context in cognition and action. » (Nonaka etal. 2000, p. 8).
Le ba est ainsi compris comme un espace partagé de relations émergentes entre des individus et entre des individus et leur environnement. Il leur permet de partager du temps et de l’espace ; il peut être physique (le bureau ou des lieux de travail dispersés), mental (expériences, idées, idéaux) ou une combinaison des deux. On qualifie de good bales bonnes situations relationnelles, qui rendent créatif et où les interactions sont dynamiques et positives (Fayard, 2003).
Pour Nonaka, le ba est le cadre favorable dans lequel peut s’exercer la « spirale de création de connaissances SECI » qui enchaîne les 4 modes de conversion du savoir basés sur les interactions entre acteurs : socialisation, externalisation, combinaison et internalisation (Nonaka et Takeuchi, 1997). Chaque mode de conversion représente un mécanisme de transfert et de création de connaissances tacites et explicites, fondé sur les interactions entre des individus ayant différents types de connaissances dans différents contextes.
Le point de départ de la création de connaissances est l’individu et en particulier la connaissance tacite dont il est porteur. Pour entrer dans la spirale de création de connaissances, au terme de laquelle la connaissance individuelle est rendue disponible à l’organisation toute entière dans un processus continu, il faut d’abord capter une connaissance essentiellement faite de schémas mentaux, de références personnelles, de croyances et de points de vue, qui forgent la façon dont chacun perçoit le monde. La socialisation est ainsi logiquement le premier processus de création de connaissance, et repose sur le simple fait d’être ensemble, de partager des moments et des idéaux. Nonaka insiste sur l’intuition, l’imagination et le recours aux symboles qui seront nécessaires pour partager des connaissances dont la plus grande part est difficile à exprimer de façon formelle.
C’est pourquoi le ba ne se décrète pas mais requiert une adhésion volontaire. Il est fondamentalement relationnel et ne se construit pas sur le mode du “command and control” propre à un management pyramidal traditionnel. La philosophie du bas’oppose à une idée de création de connaissance hors contexte, de manière individuelle, autonome et en dehors d’interactions humaines. Il s’agit au contraire d’un processus dynamique et ouvert qui dépasse les limites de l’individu ou de l’entreprise, et qui se concrétise au travers d’une plate-forme où l’on use d’un langage commun.

Le ba à la lumière des théories de la psychologie des groupes
Le concept japonais de ba présente l’intérêt de désigner les conditions humaines, organisationnelles et relationnelles favorables à l’émergence de l’apprentissage. Afin de mieux expliciter cet ensemble de conditions, nous introduisons certains concepts issus de la psychologie des groupes mettant en évidence les mécanismes psycho-sociaux sousjacents aux processus de création de connaissances. Nous considérons que les conditions favorables à l’émergence de l’apprentissage sont implicitement liées à des phénomènes de psychologie des groupes, et nous nous proposons d’en expliciter certains.
La psychologie des groupes fournit ainsi un cadre qui enrichit et explicite la notion de ba. Deux éléments issus de la psychologie nous paraissent particulièrement pertinents pour faire le lien entre les mécanismes cognitifs à l’œuvre au sein d’un baet les phénomènes psychiques collectifs : les notions « d’espace transitionnel » et « d’environnement favorable ». Les théoriciens de la psychologie des groupes, notamment d’inspiration psychanalytique, n’envisagent pas seulement le groupe sous l’angle des relations entre ses membres, mais aussi comme entité psychique, lieu de convergence des psychismes individuels, et comme « espace transitionnel », marquant l’inscription des individus dans la communauté sociale.
Plusieurs écoles ont mis en évidence, selon des concepts et des dispositifs différents mais comparables, les niveaux d’articulation et de transformation du psychique individuel et collectif, en distinguant ce qui dans le groupe relève de sa tâche explicite, qu’elle soit ou non donnée d’emblée, et ce qui relève de la seule mise en présence de plusieurs individus. Selon ces approches, tout groupe se confronte à de nombreux phénomènes relevant d’un travail psychique (illusion groupale, interfantasmatisation, alliances inconscientes, etc.), et susceptibles de faciliter ou d’entraver la réalisation de la tâche elle-même. Ce travail psychique met notamment en jeu les capacités de symbolisation, de liaison et de transformation individuelle. Dans une perspective similaire, Nonaka (1998) souligne que si les connaissances tacites sont mises en commun dans la phase de socialisation, au sein de ce qu’il appelle “the originating ba” ou “the primary ba”, c’est parce que des sensations, des émotions, des expériences et des modèles mentaux sont essentiellement partagés.
Kaës (1987, 1999) propose d’envisager le groupe comme un espace dynamique, un lieu de transition, où s’expriment à la fois la créativité de ses membres et la possibilité de résolution des conflits. Il s’appuie sur la définition par Winnicott (1971) d’une « aire intermédiaire d’expérience », dont la fonction est de soulager la tension suscitée pour tout être humain par la mise en relation de la réalité du dedans et de la réalité du dehors. L’aire intermédiaire d’expérience est le prolongement dans la vie adulte d’un lieu de retrait intérieur, nécessaire au développement de l’individu, que nous partageons dans la culture, l’art ou le travail scientifique, c’est-à-dire globalement dans toute activité collective. Winnicott y voit une racine naturelle de la constitution des groupes humains.
Si l’on transpose ces travaux au fonctionnement des groupes en entreprise, le groupe n’est plus considéré sous l’angle des interactions qu’il suscite (point de vue psychosociologique), ni sous l’angle d’un objet d’investissement affectif, mais comme espace intermédiaire entre la réalité extérieure, constituée par le travail prescrit, les structures, les règles, les procédures, les consignes auxquels sont soumis les participants, et la réalité interne du travail de chacun, selon la valeur qu’il y attache et la reconnaissance qu’il en reçoit. Dans un tel groupe, on peut considérer le travail comme objet transitionnel que les participants au groupe parviendraient à utiliser pour penser créativement leur relation à l’organisation, cette relation conditionnant largement leurs performances ultérieures, et donc la performance de l’organisation elle-même. la réalité du dedans et de la réalité du dehors. L’aire intermédiaire d’expérience est le prolongement dans la vie adulte d’un lieu de retrait intérieur, nécessaire au développement de l’individu, que nous partageons dans la culture, l’art ou le travail scientifique, c’est-à-dire globalement dans toute activité collective. Winnicott y voit une racine naturelle de la constitution des groupes humains.

En second lieu, tout comme l’espace transitionnel suppose pour exister un « environnement favorable », que Winnicott caractérise par une continuité d’action et une cohérence de comportement, le banécessite des modes de gestion et de management spécifiques présentant des caractéristiques similaires. Selon Nonaka et Takeuchi (1997), un management « middle-up and middle-down », centré sur des individus occupant la fonction de cadres moyens, permet l’utilisation de connaissances tant tacites que codifiées et la mise en valeur des modes de conversion des connaissances.
Créplet (1999) propose ainsi de développer un corpus théorique autour des conditions de management liées aux formes de ba : il s’agirait d’une part, de favoriser un contexte favorable au développement des échanges, à l’autonomie des individus, à la décentralisation, dans lequel le manager serait chargé de promouvoir, déléguer, inciter et coordonner les différents espaces, et d’autre part, de manager l’émergence de la connaissance, en proposant une vision, et en faisant état d’un engagement personnel.

Les apports du concept de ba par rapport à celui de communauté
Le concept de ba nous semble enrichir celui de communauté dans l’explicitation des conditions de l’apprentissage en entreprise, sur plusieurs aspects.
Dans son acception actuelle, la notion de communauté renvoie à des mécanismes essentiellement cognitifs. Le ba nous semble être un concept plus large, faisant intervenir des mécanismes que l’on pourrait qualifier de « psycho-socio-cognitifs ». Si les communautés existent pour faire évoluer les connaissances de leurs membres, le bapermet l’évolution non seulement des connaissances, mais aussi et surtout de la relation des individus à la réalité de l’entreprise : le baest essentiel en ce sens qu’il fournit un espace où les acteurs vont interroger, et dans certains cas reconstruire, l’organisation du travail, notamment afin d’adapter l’organisation prescrite aux contraintes effectives du terrain. Cette fonction innovatrice du banous semble essentielle pour l’amélioration de la performance globale de l’entreprise. Ainsi, au-delà des aspects cognitifs, le bainclut également des mécanismes individuels et collectifs de construction de sens, et a des effets importants sur les aspects conatifs liés aux motivations des acteurs. On peut ainsi considérer qu’il a un impact plus global sur la compétence, individuelle et collective.

Le ba peut être vu comme un ensemble de conditions permettant de fonder une communauté cognitive, intellectuelle, mentale, entre des individus qui vont partager non seulement des connaissances, mais aussi des cultures. Le concept de ba intègre en lui-même la dimension humaine de l’apprentissage, et renvoie à un processus ouvert, permettant de dépasser les limites de l’individu et de l’entreprise.

De plus, la notion de ba est fondamentalement dynamique. Le concept de communauté demeure statique et descriptif d’une réalité, celle d’un mode particulier d’organisation des individus. Le concept de ba, au contraire, ne fait pas référence à une quelconque structure, mais désigne véritablement les mécanismes à travers lesquels la construction de connaissances est rendue possible.

Le ba est le moteur de l’apprentissage.

P.-S.

Source :
Peillon S., Boucher X., Jakubowicz C (2006) Du concept de communauté à celui de « ba » Le groupe comme dispositif d’innovation Revue française de gestion – N°163/2006

C’est dans son travail de thèse, De la division du travail social (1893), qu’Émile Durkheim utilise la notion de solidarité sociale. Celle-ci renvoie au lien moral qui unit les individus d’un même groupe, et qui forme le ciment de la cohésion sociale : pour qu’une société existe, il faut que ses membres éprouvent de la solidarité les uns envers les autres. C’est en examinant les changements dans la forme de ce lien que Durkheim entend expliquer l’évolution des sociétés humaines.

1.  La solidarité mécanique

Les sociétés traditionnelles se caractérisent, selon lui, par une solidarité sociale dite mécanique, qui dérive des ressemblances entre individus. Dans cet univers, les sentiments collectifs sont très forts et clairement définis, suscitant des émotions vives : tout imprégnés d’interdits religieux, les sentiments domestiques, par exemple, sont très réglementés et partagés unanimement par les individus. La conscience collective, c’est-à-dire « l’ensemble des sentiments communs à la moyenne des membres d’une même société », est fortement présente à chacun. En conséquence, tout « crime », c’est-à-dire tout acte qui vient la heurter en froissant les états forts et définis, suscite mécaniquement une réaction énergique et collective, car alors l’infraction soulève chez tous ceux qui sont témoins, ou en savent l’existence, une même et intense indignation. La colère publique est grande parce que les sentiments sont communs, en vertu du fait qu’ils sont universellement respectés. La réaction collective y a par ailleurs une grande unité car « tout le groupe atteint se contracte en face du danger et se ramasse, pour ainsi dire, sur lui-même ». L’émoi gagne de proche en proche et pousse violemment les uns vers les autres tous ceux qui se ressemblent et se trouvent réunis dans un même lieu. Comme tous les individus sont attirés les uns vers les autres et sont attachés à la société – condition d’existence de la conscience collective, qui constitue la plus grande part d’eux-mêmes –, les mobiles collectifs se retrouvent partout et produisent partout le même effet. Et « chaque fois qu’ils entrent en jeu, les volontés se meuvent spontanément et avec ensemble dans le même sens » ; comme toutes les consciences vibrent à l’unisson, elles réagissent toutes de la même façon, mécaniquement, à l’image des molécules des corps inorganiques, qui n’ont pas de mouvement propre.

Une bonne illustration de cette solidarité sociale est la société segmentaire à base de clans, qui est formée par la répétition d’agrégats semblables, lesquels renferment des éléments homogènes en général consanguins, comme chez les Indiens Iroquois et chez les anciens Germains.

Le droit répressif, caractéristique de ce type de solidarité, et qui en est le reflet, est là pour protéger la force de cohésion sociale vitale pour l’existence du corps social. La peine consiste alors dans une douleur, ou tout au moins une diminution infligée à l’agent, elle a pour objet de l’atteindre dans son honneur, sa fortune, sa vie (par exemple sous l’Ancien Régime, une mutilation en place publique) ou sa liberté, et ne se contente pas d’une simple remise des choses en l’état. Elle a bien souvent un caractère expiatoire. C’est le signe qui atteste que les sentiments collectifs demeurent, et que la communion des esprits dans la même foi reste entière.

2.  La solidarité organique

A contrario, le droit restitutif n’exige pas forcément une souffrance de l’agent, mais consiste dans la remise des choses en l’état, dans le rétablissement sous leur forme normale des rapports qui ont été troublés. Tandis que le droit répressif se trouve diffus partout dans la société, le droit restitutif se crée des organes spéciaux (tribunaux, conseils de prud’hommes, etc.). Dans ce cas, les règles que déterminent les sanctions restitutives n’atteignent pas tout le monde, mais concernent des parties restreintes de la société qu’elles relient entre elles (le paiement de dommages et intérêts par exemple).

Ce type de droit révèle une autre forme de lien social dans lequel les individus sont solidaires grâce à un système de fonctions différentes et spéciales qu’unissent des rapports définis, et notamment la division du travail. Caractéristique des sociétés modernes, cette solidarité est dite « organique » parce que l’individu dépend d’autant plus étroitement de la société que les tâches sont divisées. Par ailleurs, l’activité de chacun y est d’autant plus personnelle qu’elle est plus spécialisée. Cette solidarité sociale est semblable à celle que l’on observe chez les animaux supérieurs où chaque organe a sa physionomie spéciale et son autonomie, mais où l’unité de l’organisme est d’autant plus grande que l’individualisation des parties est plus marquée.

La solidarité organique résulte de l’effacement de l’individualité des segments tribaux du fait de l’accroissement de la population et de sa densité. Les rapports sociaux deviennent plus nombreux ; les groupes deviennent plus perméables les uns aux autres car ils ne sont plus dispersés en une multitude de petits foyers distincts, mais rassemblés dans des centres urbains reliés par des voies de communication plus rapides et nombreuses. Chacun est susceptible d’y croiser d’autres personnes venant d’autres horizons et peut ainsi relativiser les règles et coutumes qui lui viennent de ses groupes d’appartenance. Bref, l’accroissement du volume et de la densité de la société va de pair avec les progrès de la division du travail, de telle sorte que la lutte pour la vie soit supportable : Durkheim note que « dans une même ville les professions différentes peuvent coexister sans être obligées de se nuire réciproquement, car elles poursuivent des objectifs différents » ; au contraire, il est inévitable que des organes similaires s’atteignent, entrent en lutte et s’efforcent de se substituer les uns aux autres. La division du travail est donc un « dénouement adouci » de la lutte pour la vie. En ce sens, c’est une loi de l’histoire que la solidarité mécanique perde progressivement du terrain au profit de la solidarité organique.

Dans une société à solidarité organique, enfin, la force de la tradition s’affaiblit dans les consciences, car l’individu a beaucoup plus de chances de quitter le village de ses ancêtres. Si bien qu’à mesure que la société se segmente, les contraintes sociales pesant sur les individus tendent à se relâcher. La conscience collective perd alors de sa force et de sa prépondérance au détriment de la variabilité individuelle. Une vie psychique d’un genre nouveau apparaît, qui transforme en représentations des choses qui auparavant restaient en dehors des consciences parce qu’elles n’affectaient pas l’être collectif. En un mot, on assiste à un phénomène d’individualisation (« individuation », selon le mot de Durkheim).

Jean-Christophe MARCEL

Les Opérations Psychologiques font désormais partie de la large gamme des activités politiques, militaires, économiques et idéologiques qui visent à sécuriser les objectifs nationaux et les intérêts privés. Les Professionnels de l’Intelligence insistent sur l’efficacité des méthodes de manipulation : « Par l’application de techniques sonores PSYOP, dans la communication directe ou dans les communications utilisant les médias, il a été démontré maintes et maintes fois que la séduction de l’intelligence, de la raison et des émotions du public-cible le conduira à penser et à agir comme désiré ».
L’Intelligence est le substitut virtuel à la violence dans la Société de l’Information. La Contre-Intelligence (CI) requiert l’investigation, l’examen systématique et détaillé, et concerne l’identification et la neutralisation de manipulations de l’intelligence par des services, des organisations ou des individus. Cibler l’environnement informationnel inclut l’influence sur la culture, l’industrie cognitive et le domaine artistique, ceci afin de manipuler l’émergence de formes esthétiques et gestuelles symboliques. Dans un conflit de résistance à la culture zombie, il est compréhensible que l’art traditionnel ne puisse plus longtemps se justifier comme une activité à laquelle un individu pourrait se consacrer en solitaire de manière honorable et utile. La morbidité croissante de ce champ de bataille culturel amplifiera l’importance de la ruse, de la mobilité, de la dispersion et de la poursuite d’un tempo opérationnel plus élevé. L’artiste en tant que hacker de la réalité est un opérateur d’intelligence et de contre-intelligence culturelle pour qui devraient être plus appropriées les définitions de cultures cachées ou parallèles que les termes communs de « marginalité » ou « d’underground ». Dans un monde où la propagande proclame son existence, les méthodes d’Intelligence Culturelle contre la monopolisation de la perception et l’homogénéisation des modèles culturels ont développé une grande variété de techniques. Des éléments préexistants dans la société peuvent être utilisés pour provoquer une signification qui ne leur était pas originelle ; et leur transformation débouche sur un message entièrement nouveau qui révèle l’absurdité sous-jacente du spectacle. La pratique de la subversion, mais également le brouillage culturel, le contre-terrorisme sémiotique, les fantômes collectifs, l’invasion des médias, l’exploration spatiale indépendante, et tous les moyens d’expression artistiques connus ont besoin de converger vers un mouvement général de contre-propagande qui doit englober tous les aspects perpétuellement interagissant de la réalité sociale.

L’intelligence territoriale consiste en de multiples approches dont la prise en compte systémique d’un territoire par la mise en réseau de ses acteurs pour sondéveloppement durable, l’amélioration de son attractivité humaine ou entrepreneuriale.

En pratique, cela se traduit, notamment, par des collectes de données complètes sur l’environnement, la confrontation des points de vue des acteurs locaux, la créations de grappes d’entreprises, la définition d’une communication territoriale adaptée à l’ensemble du territoire. Elle consiste aussi en une meilleure compréhension du territoire, de ses enjeux, atouts et problèmes qu’ils soient sociaux, écologiques ou économiques.
L’intelligence territoriale est cependant un concept récent où les définitions peuvent varier selon que l’on est issu d’un domaine d’expertise de la Géographique, de l’Aménagement public, des Sciences de l’Information et de la Communication, des Sciences Economiques ou de Gestion. Dans une perspective de développement économique, l’intelligence territoriale peut trouver ses origines dans les travaux d’Alfred Marshall à propos du développement du concept de district industriel.
Il semblerait qu’il y ait pas moins de sept visions différentes pour définir l’intelligence territoriale (IT):

  1. l’IT en tant qu’intelligence économique pilotée au niveau d’un territoire, qui consiste à sensibiliser des entreprises aux méthodes et outils de l’intelligence économique ou IE (opération collective, cluster d’entreprisespôles de compétitivité, etc.) et à leur fournir tous les moyens pour qu’elles mettent en place une démarche d’IE en leur sein. cf. Intelligence économique territoriale.
  2. l’IT comme utilisation par un territoire (une collectivité ou un groupe de collectivités) des techniques utilisées par l’intelligence économique comme pourrait le faire une entreprise (stratégie, veille, influence,..) qui se traduit par une veille exogène et endogène, des opérations de marketing territorial, en quelque sorte une vision moderne du développement économique (ces deux premières formes ci-dessus de l’IT peuvent d’ailleurs être qualifiées d’intelligence économique territoriale);
  3. l’IT en tant qu’application conjuguée au niveau d’un territoire d’actions d’intelligence économique (veilleprotection informationnelle,influence et lobbying et réseautage), de gestion des connaissances (capitalisation, cartographie, partage et création de connaissances)ou d’autres telles que la prospective, l’innovation ou le marketing. Cette combinaison est proposée par des groupements d’entreprises (grappes/clustersystèmes productifs locaux, associations et pôles de compétitivité) à leur membres ou bien sert de stimulant à une institution associée à un territoire pour permettre aux entreprises de ce territoire d’être plus compétitives. L’IT peut alors être interprétée d’un point de vue tactique ou stratégique ou encore en termes de gestion bottom-up ou top-down.
  4. l’IT comme l’adaptation d’un territoire à de nouvelles formes de management dont l’intelligence économique et le management par projet.
  5. l’IT pour la conduite « intelligente d’un territoire » dans son développement par rapport à son contexte social, géographique, ses ressources et son organisation spatiale qui vient plutôt des experts en matière de gestion géographique des ressources (géographes, urbanistes,..) une vision qui se rapproche plutôt du développement économique durable.
  6. l’IT vue comme un processus informationnel et anthropologique, régulier et continu, initié par des acteurs locaux physiquement présents et/ou distants qui s’approprient les ressources d’un espace en mobilisant puis en transformant l’énergie du système territorial en capacité de projet. De ce fait, l’intelligence territoriale peut être assimilée à la territorialité qui résulte du phénomène d’appropriation des ressources d’un territoire puis aux transferts des compétences entre des catégories d’acteurs locaux de culture différente.
  7. l’IT à la fois comprise comprise, d’une part, comme une démarche, des méthodes et des outils propres au monde des entreprises, que l’on « adapterait » au besoin du développement économique d’un territoire. Il serait plus précis de parler « d’intelligence économique territoriale » ; d’autre part en tant qu’un ensemble de savoirs et de compétences constitutifs d’un territoire, notion même d’intelligence collective, qui porterait l’avenir du territoire selon la démarche plus classique de développement local mais en lui apportant une culture de veille et de stratégie qui lui ont trop souvent fait défaut. »

Les acteurs économiques, entreprises et développeurs s’appuient sur des organisations économiques et sociales de proximité pour redonner un sens aigu au développement local. A l’heure actuelle, les collectivités territoriales irriguent le cœur du tissu économique national qui est composé à plus de 70% de PME-PMI. En effet, c’est bien dans les territoires locaux que sont enracinés les savoir-faire scientifiques, techniques et d’organisation, constituant ainsi le cœur de la production locale et donc de la capacité collective à anticiper pour mieux affronter les mutations et les crises.

A partir de ce constat, des travaux sur les enjeux et perspectives sont apparus au niveau national, touchant aux métiers et formations en intelligence économique (IE) en France. Ces études sont devenues stratégiques et ont donné lieu à l’émergence de nouveaux axes de recherche en IE, tels que l’intelligence territoriale (IT) ou encore les compétences en IE. Cela a commencé par la mise en place d’initiatives régionales en faveur de l’IE à la fin des années 90. Ensuite, la première étude approfondie sur l’IT a été le Rapport Carayon publié en 2003, dont une large part a été consacrée à l’lE et au territoire, avec des propositions de mise en place de dispositifs d’IE en région. Ont été par la suite diffusés le référentiel de formations coordonné par A. Juillet (en 2005) et enfin une première ébauche de liste de métiers de l’IE commanditée également par A. Juillet (en 2006). Ces réflexions ont donné lieu à la mise en place de dispositifs régionaux d’IE (DRIE) (significativement fonctionnels depuis 2003) et des pôles de compétitivité (créés au deuxième semestre 2004 et fonctionnels depuis 2005). Enfin, la circulaire du 21 mars 2007 relative au dispositif d’intelligence économique mis en œuvre au sein des services du Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie est une des concrétisations de ces réflexions.
La région s’inscrit donc dans un rôle fédérateur de l’échelon régional tout en se coordonnant avec l’action de l’Etat pour favoriser le développement des échanges entre collectivités et territoires.

Des discours de méfiance sur tout ce qui ressemble à des études, diagnostics, moyens d’animation, avec l’idée qu’ils sont source de gaspillage d’argent et de temps, émergent régulièrement dans certaines collectivités. Peut-être certains élus pensent-ils que la connaissance, la compréhension d’une situation, sont facteurs de pouvoir, ceux qui les maîtriseraient mieux qu’eux pouvant leur confisquer ce pouvoir. Certes, les procédures mises en place sans interrelations avec les acteurs et les réalités de terrain peuvent produire des processus de décision et de régulation technocratiques (1). Mais en rester là peut conduire à oublier le rôle primordial que l’intelligence collective joue dans la fabrication des territoires, et plus concrètement dans l’élaboration de projets.

Bâtir une intelligence collective entre élus et citoyens

Individuelle ou collective, l’intelligence est construite par l’acquisition et la capitalisation de connaissances pour comprendre une situation, un contexte, et décider et agir en connaissance de cause. Mais elle ne se suffit pas à elle-même. Au-delà de la satisfaction de savoir des érudits, elle est nécessaire, mais non suffisante, pour l’innovation et l’action pour lesquelles elle doit être au service de l’initiative en situation de responsabilité. Elle devient ainsi une pierre constitutive de la compétence qui permet d’agir non seulement en connaissance de cause, mais encore à bon escient (2).

L’intelligence peut être d’abord le fait de citoyens et d’élus, qui ont une volonté d’action collective liée à une démarche d’apprendre et de comprendre ensemble. Les projets de territoires liés à des contrats de pays, des SCOT, les séminaires de travail d’élus, les CLD associant les forces vives du territoire autres que les élus, comme les acteurs économiques ou associatifs, sont autant de lieux pouvant être la scène d’apprentissages collectifs par une connaissance partagée du contexte et de la conjoncture dans lesquels on se trouve, les enjeux du territoire dans lequel on vit… Mais le simple fait de se réunir n’est pas en soi suffisant. La production de connaissance, la manière de travailler ensemble nécessite aussi un accompagnement. Celui-ci relève de l’animation, de la fabrication du lien, de la mobilisation de connaissance. Il est identifié aujourd’hui dans la notion d’ingénierie territoriale, faite d’animateurs du développement local, chargés de mission des intercommunalités, techniciens de bureaux d’études.

Des processus fragilisés par la réforme

Le contexte mouvant de réforme des collectivités donne du relief à ces remarques ou tendances. Car les processus de développement territorial, basés sur la co-construction entre acteurs, pourraient être fragilisés par les réformes actuelles. Pourquoi ?

D’abord parce que cette réforme, malgré son étiquette de décentralisation, avec des compétences plus larges déléguées aux régions et départements, avec la représentation locale plus forte affichée dans le statut des nouveaux conseillers territoriaux, risque d’avoir le goût de la recentralisation étatique. Car si les réformes structurelles maintiennent – voire renforcent – l’apparence de collectivités riches de compétences accrues, la réduction de leur autonomie financière amenuisera inévitablement la marge de manœuvre des élus locaux. Même si les communes et les intercommunalités ne sont pas les plus mal loties dans la mesure où elles récupèrent l’essentiel des recettes de TH et taxes foncières, les taux de la contribution économique territoriale seront décidés à un niveau national. Tout comme pour la quasi-totalité des recettes des régions et des départements. Concrètement, cela veut dire que les élus locaux ne seront plus en situation d’adapter leurs recettes fiscales à leurs projets ou aux besoins en services, équipements des populations. Ils peuvent ainsi se retrouver dépossédés des « moyens de leurs politiques ».

Cette recentralisation par la fiscalité se complète d’une relative financiarisation du développement local. Les collectivités sont mises en concurrence par les appels à projets comme les pôles d’excellence rurale, les pôles de compétitivité. Dans l’application des contrats, la nécessité de rentrer dans les orientations budgétaires de l’État ou des financeurs prend le pas sur les fondements et enjeux du projet construit par les acteurs locaux. Le risque est que la procédure s’impose de plus en plus, conduisant les collectivités à privilégier l’ingénierie financière ou de montage de dossiers au détriment de l’ingénierie d’accompagnement technique et d’animation. Or le rôle et l’efficacité de cette dernière, souvent discrets, sont irremplaçables dans les processus collaboratifs car producteurs de valeur à moyen et long terme. Les considérations purement financières pourraient alors s’imposer face à l’intelligence collective, facteur de réelle autonomie politique. Un mouvement descendant des financeurs vers les collectivités deviendrait alors la règle.

L’intelligence collective est une alternative

Y a-t-il des alternatives ? Oui, si l’intelligence collective devient non seulement possible, mais nécessaire pour les acteurs locaux voulant dégager une marge de manœuvre politique. À ce titre, les régions tiennent une position clé et sont devant un choix stratégique. Ou elles font du mimétisme avec l’État en renforçant leur caractère d’agences de financement du développement local par des cadres rigides de procédures, et risquent de devenir de simples articulations déclinant des moyens dévolus par l’État central. Ou elles mettent en place des figures innovantes de « contrats de confiance » avec les territoires et projets locaux favorisant les conditions de dynamique territoriale. Cela reviendrait à substituer des contrats assis sur « l’obligation de conditions » plutôt que « l’obligation de consommation ». Il s’agirait notamment de soutenir la capacité des acteurs locaux à se doter des moyens d’ingénierie, de formation, de dynamisation des réseaux d’acteurs, favorisant l’apprentissage et l’action collectifs. Un juste milieu serait alors plus facile entre la cohérence du projet et la pêche aux lignes de financements.

Oser l’intelligence collective, c’est la considérer comme un moyen partagé de progresser ensemble. Au-delà des moyens qu’auront demain les territoires pour se développer, c’est le sens de leur développement qui est en jeu… et surtout les lieux où se construit ce sens… de manière centralisée… ou décentralisée.

1. L’ingénierie, signe d’intelligence territoriale ? Claude Janin, Éric Grasset, Dany Lapostolle, Élise Turquin, 2011, Éd Economica.
2. Le modèle de la compétence. Trajectoire historique, enjeux actuels et propositions, Zarifian 

L’avant-garde américaine ne pense qu’à ça !

Par Jocelyn Morisson

De la philosophie à la neurologie en passant par le management, la conscience collective se révèle partout, mais elle reste insaisissable. Le thème est en plein boom, surtout chez les Anglo-Saxons. Ils la cherchent tous : où se cache la conscience collective ? Un patchwork non exhaustif.

Le projet Global Consciousness

Nos consciences pourraient influencer la matière, mais jamais autant que reliées par une émotion partagée.

Des recherches préliminaires menées au Princeton Engineering Anomalies Research (PEAR) Lab ont montré que des individus pouvaient influencer le comportement de machines à produire du hasard : les générateurs de nombres aléatoires (GNA). Selon Roger Nelson, Dean Radin et leurs collègues, l’effet est statistiquement significatif même s’il n’est pas de grande amplitude. En 12 ans, 2,5 millions d’essais ont été réalisés et 67% des participants ont dévié la ligne du hasard. Mais si on demande à deux personnes qui ont un lien affectif de se concentrer en même temps, l’effet est six fois plus élevé qu’avec un individu seul. Robert Jahn et Brenda Dunne ont alors suggéré que la proximité émotionnelle pouvait créer une résonance entre les individus, comme deux ondes en phase amplifient le signal. Ceci a été confirmé avec des expériences impliquant des groupes entiers, à qui on demandait par exemple de méditer ensemble. L’étape suivante a consisté à faire tourner des GNA lors d’événements suivis par des millions de personnes, comme l’ouverture des Jeux Olympiques ou le verdict du procès O.J. Simpson. Là encore, douze études en tout ont montré que l’effet observé a une chance sur 10 000 d’être dû au hasard. Comme le note Dick Bierman, chercheur néerlandais qui a répliqué ces résultats : « Nous ne savons pas si le facteur expliquant ces corrélations dépend d’une émotion partagée, d’une attention partagée ou d’un état spécial de conscience qui pourrait transcender les contraintes de l’espace-temps, mais l’effet est bien là. »

En 1998, Nelson est parvenu à convaincre quarante scientifiques dans le monde d’établir un réseau de GNA, qu’il appela EGG pour “Electro Gaïa Gram”. Son idée était de tester l’hypothèse d’une noosphère telle que décrite par Teilhard de Chardin. Le Global Consciousness Project était né. Les données de l’ensemble du réseau sont agrégées et analysées en regard d’événements mondiaux qui mobilisent l’attention de nombreuses personnes. Les déviations les plus nettes ont été enregistrées à l’occasion des funérailles de Lady Di et des attaques du 11 septembre 2001, deux moments où l’émotion collective a connu un pic mondial. http://noosphere.princeton.edu/

Bon pour la santé !

La communauté, c’est bon pour la santé, mais comment y intégrer la liberté individuelle ?

Plusieurs études ont mis en évidence que l’appartenance à une communauté, appuyée sur un réseau social fort, influe largement sur les indicateurs de santé physique et mentale, et sur la durée de la vie. Par exemple, une communauté d’immigrants installée dans une petite ville américaine avait, malgré des facteurs de risque élevés et identiques, un taux de maladies cardiaques deux fois moins élevé que les villes environnantes. A la génération suivante, alors que le lien communautaire s’était distendu, le taux était le même que les voisins. Des conclusions identiques ont été obtenues avec d’autres affections comme le cancer. Cette évidence est bien sûr connue de longue date par les traditions primordiales et certains courants religieux, mais on peut aussi en faire une lecture post-moderne. Le regain actuel des communautarismes peut ainsi être vu comme un réflexe de survie, purement physiologique. Les “corps” savent qu’ils se porteront mieux au sein de la communauté, et y chercher refuge est donc un réflexe de peur face à la violence du monde, après des décennies de glorification de l’individualisme. Anxiogènes et pathogènes, nos sociétés poussent les individus à se protéger en se (ré)agrégeant par communautés.

Seulement, la communauté peut être la négation de l’individu, comme le souligne Otto Scharmer. Il peut y être subordonné, et diminué dans sa dimension d’être. L’émergence d’une conscience collective doit donc se poser en alternative radicale au communautarisme en ce que l’individu y est au contraire sublimé. Plus l’individu est productif/créatif, plus la collectivité en profite en retour, et plus elle lui offre des conditions favorables à son épanouissement. L’établissement de ce cercle vertueux n’est pas une utopie, c’est un défi.

Génie collectif et nouveau management

Le MIT expérimente la « mise en cohérence » des consciences d’une équipe.

Née au sein de l’école Sloan de management du Massachusetts Institute of Technology (MIT), et émergeante dans les sciences sociales, une nouvelle approche entend encourager les processus d’intelligence collective à l’œuvre dans les groupes. Le tout étant plus que la somme des parties, des intelligences individuelles placées en “cohérence” sur un même objet de réflexion, finissent par faire émerger une forme de conscience de groupe, dont chaque individu devient à son tour conscient. Comment cela se traduit-il concrètement ? « Dans le groupe, j’ai fait l’expérience d’une forme de conscience qui était presque une singularité, raconte cette participante. Comme un abandon des personnalités et une “conjonction” sans aucun sens de conflit. Personne n’était en opposition et tout le monde s’entraidait. » Une autre explique : « Quand quelqu’un d’autre parlait, c’était comme si je parlais. Et quand je parlais, c’était sans ego, comme si ce n’était pas vraiment moi. Quelque chose de plus grand que moi parlait à travers moi. L’atmosphère dans la pièce était comme si nous étions dans une rivière, l’air devenant plus épais. Et dans cet espace, nous avons commencé à créer. » Co-fondateur du Leadership Lab au MIT, Otto Scharmer constate que les personnes font aujourd’hui ces expériences « non plus dans le cadre de “retraites” (ou “stages d’intégration”), mais bien dans le cadre de leur activité professionnelle, en particulier quand le travail est lié aux transformations sociales et à l’innovation. »

L’idée vient des “dialogues” du physicien David Bohm, eux-mêmes adaptés à la sauce management par Peter Senge, auteur de “La 5ème Discipline” en 1990. Pré-requis minimal selon Bohm : le groupe accède à un niveau supérieur de réflexion et de créativité si les participants suspendent leurs préjugés, écoutent avec attention et parlent vrai. Il y voyait une promesse de transformation de l’individu, donc du groupe, et aussi une promesse de guérison pour notre monde fragmenté.

Scharmer et ses collègues du MIT, Peter Senge et Joseph Jaworski, ont lancé une “Global Leadership Initiative” qui vise à sensibiliser des leaders de différents secteurs aux défis mondiaux : sida, malnutrition, gestion de l’eau, changements climatiques…

Résonance de groupe

Le « champ de forme » d’un escadron de pilotes se prépare comme un rituel chamanique.

L’intelligence collective ne serait-elle pas la manifestation des champs morphiques de Rupert Sheldrake ? Selon le biologiste britannique, les modèles de la “complexité émergente” sont trop réductionnistes. Par exemple, ils ne rendent pas compte du comportement simultané de certains groupes d’animaux, comme les bancs de poissons et les volées d’oiseaux. Les modèles informatiques ne parviennent pas à simuler le véritable comportement en supposant une information qui circule “de proche en proche” entre les membres d’un groupe. Les meilleurs modèles sont ceux où l’ensemble du groupe baigne dans un champ d’information. C’est d’ailleurs la sensation des participants aux groupes “d’intelligence collective”. Mais la résonance collective est aussi à l’œuvre dans une équipe de sport, un escadron militaire, une brigade de policiers, etc., comme l’observent les pionniers Jim Rough ou Tom Atlee (fondateur du Co-Intelligence Institute). Ils sont de plus en plus nombreux à vivre des expériences transpersonnelles dans toutes sortes d’activités collectives. Comme une volée d’oiseaux, les pilotes d’une escadrille d’acrobatie aérienne font bloc. Un chercheur a comparé leur rituel de préparation d’un vol, yeux fermés et répétant chaque manœuvre à vide, à celui d’une initiation au sein des tribus traditionnelles de chasseurs. Certaines représentations en vol sont supérieures aux autres, quand chacun est au sommet de son art et s’inscrit dans un mouvement d’ensemble. Les pilotes parlent alors volontiers de l’escadrille comme d’un système autonome.

Ces champs sont aussi capables d’interagir avec d’autres, c’est la résonance morphique. Elle expliquerait pourquoi un groupe ou un individu qui fait une découverte en termes de connaissance ou de capacité, facilite la même découverte par un autre groupe ou individu. On a observé ce processus à l’œuvre dans la réorganisation d’un hôpital, où chaque groupe de travail semblait partir du point où le groupe précédent était parvenu, alors qu’il n’y avait pas eu d’échanges entre eux. Des enseignants rapportent des phénomènes d’apprentissage semblables. Par ailleurs, le comportement collectif des insectes sociaux comme les termites et les fourmis trouve avec les champs morphiques un modèle à la mesure de son mystère.

Ils y ont tous cru, comment les réconcilier ?

Marx, Durkheim ou Bourdieu d’un côté, Teilhard, Aurobindo ou Grof de l’autre, tous ont visualisé une conscience collective. L’Américain Ken Wilber s’attaque à leur synthèse.

Emile Durkheim, père de la sociologie moderne à la fin du XIX° siècle, est le premier à avoir parlé de conscience collective. Les faits sociaux ne sont pas réductibles aux phénomènes vivants, psychiques ou matériels. Ils caractérisent une conscience collective qui exerce une puissance autonome sur l’individu. On le voit dans les phénomènes de foule où l’individu semble dépossédé de sa raison. Poussé à l’extrême, ce raisonnement fait de l’individu une abstraction. Selon Bourdieu, les classes sociales telles que définies par Marx n’existent que dans la mesure où leurs agents constitutifs en ont, individuellement, une conscience collective et qu’ils agissent pour défendre leurs intérêts communs. Ainsi la théorie des classes pourrait s’avérer elle-même responsable de l’existence des classes, puisqu’elle est reconnue collectivement.

Toute autre était l’approche de Pierre Teilhard de Chardin qui voyait l’humanité évoluer vers un seuil critique de réalisation d’une collectivité harmonieuse, donnant naissance à une sorte de méta-conscience. Pour certains, sa vision est le pendant occidental de celle de Sri Aurobindo (avec sa vision du “supramental”) : la révélation de l’univers serait une évolution à la fois physique et spirituelle. Plus la matière prend des formes complexes, plus elle accède à des niveaux de conscience profonds.

La version faible du concept teilhardien de conscience collective, ou noosphère, est le réseau Internet. Dans sa version forte, elle propose un support de la réalisation spirituelle de l’individu. Selon Teilhard, « rien dans l’univers ne saurait résister à un nombre suffisamment grand d’intelligences groupées et organisées ». L’idée d’une unification croissante des activités intellectuelles et spirituelles des hommes était également soutenue par Jung. Sa proposition d’inconscient collectif a été explorée par certains de ses successeurs, Stanislas Grof en particulier, à grand renfort de psychotropes. L’inconscient collectif se composerait d’archétypes, qui sont des formes ou symboles partagés par toutes les cultures. Quelques voyageurs de cette psychologie transpersonnelle estiment avoir tutoyé l’absolu.

L’un de ceux-là entend aujourd’hui réconcilier toutes ces approches, et effectuer la synthèse entre les savoirs de l’Occident et de l’Orient. L’Américain Ken Wilber, auteur de best-sellers dans tout l’Occident (sauf en France) est le père d’une “psychologie intégrale” dans laquelle la notion de conscience collective est centrale. Pour l’étudier, dit-il, la raison ne suffit pas et l’expérience directe de la “gnose” ( ???) est nécessaire. Il appelle “télé-préhension” la capacité de ressentir les émotions ou de connaître les pensées de quelqu’un. Ceci se produit dans trois domaines : le phénomène “psi” de type perception extrasensorielle ; la manifestation d’un soi transpersonnel et transcendant ; l’empathie harmonique, ou résonance. Là où certaines traditions spirituelles ou ésotériques rejettent le monde physique, le monde des formes, pour ne rechercher que le sans forme, ou l’état non-dual, Wilber pense que le sage est aujourd’hui celui qui évolue en franchissant différentes étapes d’éveil tout en restant bien incarné. Cet éveil évolutif réaliserait l’union du vide et de la forme. « Le nirvana est le samsara pleinement réalisé, dit-il en connaisseur de l’Orient, le samsara est le nirvana pleinement compris. »

Les Echos n° 20528 du 12 Octobre 2009 • page 13

La génération Facebook bouscule les règles de l’entreprise

Une libre expression.
L’Internet n’étouffe aucun débat. Toutes les idées – même les plus subversives – ont leur chance de convaincre, du fait de leur mérite et non du pouvoir (hiérarchique, politique, etc.) de celui qui les émet.

La sollicitation d’une multiplicité d’avis.
Les idées intelligentes trouvent naturellement un public attentif. Les chats et les forums en ligne en constituent les principaux viviers. Les échanges et les sources d’information ne se limitent plus aux quatre murs d’une entreprise.

Un droit reconnu à la contestation.
Les agitateurs de tout poil trouvent aisément leur place dans les communautés en ligne. Ils y sont même célébrés comme des défenseurs des droits numériques inaliénables. Résultat : les pirates sont des héros.

Des capacités qui comptent plus que des diplômes.
Seule compte la contribution apportée. La position sociale, le titre hiérarchique, les diplômes pèsent peu sur la Toile.

De nouveaux profils de leaders.
Tout forum en ligne recèle des leaders qui s’imposent naturellement, sans besoin d’être nommés par aucune autorité supérieure. Dans l’entreprise, les hiérarchies devraient s’en trouver redessinées.

Un partage de l’information.
Le pouvoir ne s’arc-boute plus sur la rétention de l’information. Divulguer une expertise permet d’asseoir une influence, de l’étendre ­rapidement et de gagner en crédibilité.

Un pouvoir légitimé par la connaissance et l’expertise.
Sur le Web, personne n’a le pouvoir de commander ou de sanctionner. Des arguments convaincants, un comportement altruiste et une expertise pointue sont les meilleurs moyens de s’y rendre crédible.

La possibilité de choisir ses tâches…
Qu’il s’agisse de contribuer à un blog ou de travailler sur un projet « open source », chacun doit pouvoir choisir de collaborer selon ses centres d’intérêt.

… ainsi que les membres de son équipe.
Les groupes de travail s’auto-construisent et s’auto-organisent, à l’instar de toute communauté en ligne, où chacun a la liberté de créer des liens avec certains individus et d’en ignorer d’autres.

Des ressources allouées aux projets les plus attractifs.
L’Internet s’assimile à une économie de marché, où des millions d’individus peuvent librement décider de la façon de dépenser leur crédit « temps » et « attention ».

La reconnaissance d’un droit de veto.
Les utilisateurs en ligne n’hésitent pas à attaquer toute décision jugée contraire aux intérêts de la communauté, dont les propriétaires sont bien plus ceux qui l’utilisent que ceux qui l’ont construite.

La valorisation de la coopération.
Les gens donnent d’eux-mêmes si on leur permet de contribuer à quelque chose qui leur tient à coeur. La reconnaissance est un élément indispensable à leur accomplissement.

L’intelligence collective nous parle d’intelligence et l’intelligence d’une expérience humaine complexe difficile à définir. Seule une anthropologie fondamentale peut nous éclairer sur l’intelligence humaine, en théorie et en pratique. L’homme n’existe que dans des communautés humaines qui sont le lieu de toutes les affaires humaines sans lesquelles on ne parlerait pas d’intelligence. Qu’en est-il alors de l’intelligence collective ? Une réalité ou une fiction ? Pas si simple !

Le thème de l’intelligence collective monte en puissance. Il trouve un terrain d’application dans le champ des collectivités humaines : entreprises, territoires, sociétés. S’y associe volontiers la gestion des connaissances et la gestion des compétences, toujours collectives dans les organisations. Peut-on dire qu’une communauté humaine est dotée d’une “intelligence collective” ?

On pourrait entendre par là une capacité de comprendre le monde et de se comprendre, une capacité de connaissance, un talent, des savoir faire, un “génie propre” pourquoi pas ? En effet si on observe une communauté humaine, entreprise ou société il semble qu’elle soit capable de se doter de projets, de les réaliser, d’avoir une capacité d’anticipation, d’information, de compréhension à propos de situations rencontrées et traversées d’avoir même une vocation un “métier” une capacité de service. Et pourtant cette entreprise, ce territoire, cette organisation n’ont pas d’âme, pas de coeur, pas de cerveau, sièges habituels de l’intelligence. On en déduirait volontiers que cette intelligence collective est un leurre et qu’il n’y a d’intelligence qu’individuelle. L’étude des foules et de leurs violence émotionnelle a même pu faire conclure que le collectif était fatalement le lieu de l’archaïsme (exploité par les médias avec l’émotion publique qualifiée d’opinion publique). Tant et si bien que le politique a été assimilé abusivement à la seule question du pouvoir, celui-ci considéré comme l’alpha et l’oméga de toute direction du collectif. Les illusions participatives et pseudo démocratiques n’ont rien arrangé à l’affaire si bien que, dans notre pays particulièrement, l’intelligence du collectif est tombée à pas grand chose. On comprend alors que certains aillent chercher une supposée intelligence collective dans les imaginations cybernétiques a-humaines avant d’être inhumaines.

Différentes figures évoquent une réponse à la question de l’intelligence collective. On observera que tel ou tel dirigeant est la “tête pensante” du collectif ou bien qu’un système d’information doté d’un ordinateur central tient lieu de “cerveau”, à l’entreprise par exemple. Le réseau est aussi la figure d’une trame neuronale dite “intelligente”. La métaphore va bon train mais la mode est plus au réseau qu’à la centralité pensante, la participation de tous devient un critère d’efficacité collective. C’est bien le collectif qui serait alors doté des qualités d’intelligence, de connaissance, de compétence. Cependant on n’a pas vu disparaître les dirigeants, nulle part, même si les méthodes autocratiques laissent la place à plus de démocratie et pour le moins plus de considération pour le rôle et la contribution de chacun dans la performance collective.

Convenons donc à ce stade que l’on puisse dire “tout se passe comme si” les communautés humaines étaient dotées d’intelligence et, bien sûr, de stupidité on le voit bien aussi. Il faut bien prendre acte qu’un fort courant de pensée (pensée humaine il se doit) en vient à considérer que ce sont moins les “agents” que leur agencement qui seraient dotés de ces facultés d’intelligence, acquisition de connaissance, comportements appris par exemple. On en vient à attribuer à quelque configuration logique, neuronale ou informatique, à quelque collection d’individus animés de propriétés élémentaires le caractère de “système intelligent” auto opérant. L’intelligence artificielle, vieille lune régulièrement réactualisée, n’avait-elle pas pour projet de dérober le secret de l’intelligence humaine ?

On assiste d’ailleurs à ce propos à un excellent tour de passe passe intellectuel (comme seul les hommes peuvent en commettre).

Utilisons le modèle de l’ordinateur pour décrire certaines fonctions du cerveau. Analogies, métaphores, modèles formels ont toujours été des instruments de lecture des réalités étudiées. Après force modélisation on en vient à dire que le cerveau fonctionne comme un ordinateur et que ses lois sont celles de l’informatique. De là à dire que l’intelligence est assimilable au fonctionnement des ordinateurs il n’y a qu’un pas vite franchi. Tout ce qui n‘entrait pas dans la grille de lecture initiale (l’ordinateur), ce qui échappait aux modélisations sophistiquées du matériau “saisi par la grille” ayant été éliminé, effectivement tout se passe comme si le fonctionnement des ordinateurs trouvait des analogies dans celui du cerveau. De là à qualifier d’intelligence cette “identité artificielle”, il y a un pas qui ne ressort pas vraiment de l’intelligence.

On nous fait le coup pour les systèmes, les réseaux, si bien que l’analyse du vol des oiseaux, des bourdons ou des bancs de poisson serait l’alpha et l’oméga de la compréhension de l’intelligence collective. Ne va-t-on pas jusqu’à parler de processus de décision multi agent. Ne faut-il pas que leurs contempteurs se rendent aveugles à leur propre expérience décisionnelle (ou se trouvent affligés de certaines carences) ? On observera en général que ces travaux auxquels on peut associer les tentations formelles du web sémantique et les usages galopants du terme “ontologie” ont une caractéristique. Ils reprennent un vocabulaire notionnel dont ils se gardent de questionner le Sens. Ainsi on affecte à des termes un Sens limité à de nouvelles configurations intellectuelles ignorant tout des fondements humains qui les ont justifiés.

Dit autrement c’est une compréhension bien superficielle, un traitement de surface qui prévaut, fort instructif il est vrai en ce qui concerne l’écume des vagues et ses circonvolutions. L’intelligence déclarée naît du déni de l’intelligence humaine. Achevons cette critique en observant enfin que ce sont les hommes qui construisent les modèles mentaux (et combien plus difficilement les modèles matériels) dont ils prétendent qu’ils sont devenu la vérité des choses sans doute par la magie d’une propriété humaine transformant productions mentales en vérité des choses ; N’y aurait-il d’intelligence que mentale, d’effectivité de celle-ci que magique ? Ou bien la magie est-elle le pouvoir conféré aux systèmes et par qui ? (Pensons aux ordinateurs par exemple).

Cela dit nous voulions surtout ici inviter à ne pas prendre le terme “d’intelligence collective” comme une réalité intangible dont il suffit de prononcer le nom pour en confirmer l’existence. La question reste entière qu’est-ce que l’intelligence collective, dans quelles conditions et limites peut-on considérer qu’il y a intelligence collective et, bien sûr, que peut-on faire d’utile humainement parlant avec cette analyse là ?

Nous allons tout d’abord envisager la question “Qu’est-ce que l’intelligence humaine”. Mieux comprendre cela au niveau des personnes que nous sommes nous permettra d’envisager la question des communautés humaines et leur incidence sur l’intelligence personnelle. Enfin il sera temps de considérer ce que peut être l’intelligence collective dans une communauté. Alors et alors seulement il sera possible d’envisager la question des méthodes pour développer l’intelligence collective en rapport avec le Sens du bien commun. Tous ceci est directement dérivé de l’Humanisme Méthodologique, son anthropologie fondamentale, son épistémologie et sa praxéologie.

Penser l’intelligence collective dans une première partie ouvrira à une seconde partie consacrée à la pratique de l’intelligence collective.

 PENSER L’INTELLIGENCE COLLECTIVE

I – QU’EST CE QUE L’INTELLIGENCE HUMAINE

Nous allons d’abord en donner différentes interprétations, différentes conceptions autant de Sens donnés (par les hommes) à cette question. Nous examinerons ensuite une seconde question qui est celle des dimensions ou composantes de l’intelligence humaine dont la variété peut favoriser telle ou telle réduction ou distorsion.

Au préalable néanmoins il nous faut préciser :

- Qu’il s’agit ici d’une interrogation humaine que l’auteur pense pouvoir partager avec d’autres.

- Que l’objet de préoccupation c’est “l’intelligence humaine” telle qu’en tant que personne humaine, nous pouvons en avoir une certaine intelligence,

- Que si le projet se comprend par une recherche de compréhension et d’extension au collectif humain il vise néanmoins à mieux développer l’intelligence humaine pour le bien de l’homme.

Il faut récuser ici toute tentative de nier : l’intention humaine qui porte toujours l’interrogation, l’objet d’expérience humaine qu’est “le phénomène de l’intelligence humaine”, ou le projet implicite ou explicite qui voudrait que l’effort de recherche vise un plus grand bien humainement parlant.

Si cette formulation ne suffit évidement pas à préciser définitivement son enjeu (mais n’est ce pas la recherche d’une meilleure intelligence humaine qui peut permettre de progresser) par contre et sans que l’on puisse le développer ici on reconnaîtra facilement l’oubli sinon le déni que les sciences et particulièrement les sciences humaines portent trop souvent en leur fondement.

Qui parle ? De quoi parle-t-on ? Pourquoi en parle-t-on ? L’homme ; de l’expérience humaine ; pour le bien de l’homme. Si tel n’était pas le cas que celui qui l’affirme le dise et l’assume ouvertement.

1) Sens et conceptions de l’intelligence humaine :

(utilisation d’une carte des Sens et cohérences épistémologique).

La lecture de la carte des Sens et cohérences.

Chaque flèche représente un Sens, voisin, divergeant sinon opposé à d’autres. Pour chaque Sens le lecteur est invité à retrouver dans son expérience personnelle et culturelle l’existence de la position correspondante, caractérisée par les indications fournies. Les voisinages et les positions inverses peuvent aider à ajuster le point de vue.

On verra très vite que l’on ne peut explorer différentes conceptions de l’intelligence humaine d’une façon neutre, abstraite ou indiscutablement évidente. Ce sont là des postures communes tout ce qu’il y a de non neutres. Même une thèse nihiliste réclame pour se soutenir une position humaine non neutre (et qui doit se poser comme non nulle sauf à se nier elle même). De ce fait il ne faut pas considérer non plus que le choix de telle ou telle position est indifférent. Au contraire il engage tout l’homme et le monde de l’homme. On a vu que la vertu administrative et technique pouvait aussi bien servir l’holocauste que n’importe quoi d’autre, une fois qu’elle a choisi l’aveuglement du Sens humain… de l’homme et des choses. Il serait temps de sortir de cette anesthésie maligne de la conscience.

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(1) Descartes, Newton, Einstein et bien d’autres scientifiques, mathématiciens ou philosophes ont témoigné de cette position que l’on n’a cessé de nier en leur nom par la suite. On notera aussi que “l’intelligence du coeur” peut glisser vers le haut ou vers le bas situant ainsi le “coeur” de l’homme et des choses en des lieux bien différents.

(2) L’identification des lois du monde à des modèles mathématiques ou des modèles de la “complexité”. Des raisonnements circulaires devenants cycles naturels. Prendre la carte pour le territoire, le modèle mental construit pour la réalité intangible, c’est tout l’art de l’antihumanisme radical qui s’exerce là.

(3) Objectivisme matérialiste, prétention totalitaire à l’évidence (l’exclusion comme sanction de la non reddition à l’évidence), variante du totalitarisme intellectuel dominateur, ex : mandarins, maîtres à non penser et variante du totalitarisme “naturel” recyclage des a-normaux, (élimination et récupération).

(4) L’intelligence symbolique ne se nourrit ni d’abstraction, ni d’évidence mais d’expérience personnelle et d’expérience commune. Reconnaissant le Sens comme principe d’humanité et aussi d’intelligence humaine, elle reconnaît la possibilité humaine des autres conceptions mais en en discernant le Sens elle engage son choix, ce que ne peuvent évident faire celles qui n’ont pas accès au Sens humain.

C’est dans cette perspective que se pose l’Humanisme Méthodologique et ses propositions comme on le verra par la suite.

2) L’intelligence humaine ou intelligence symbolique

Rappelons le ici, le symbole était une pièce de bois (un anneau) brisé en deux dont chaque partie était détenue par l’un de deux amis et “symbolisait” leur amitié. Le symbole n’existe que par le Sens partagé dans la relation et par tout ce que cela évoque de la relation.

Il y a donc une réalité relationnelle d’un côté re-présentée par un objet auquel un certain usage “symbolique” est affecté et qui renvoie non seulement à la relation mais au Sens redoublé de cette relation, la relation réalisée et la relation “symbolisée”.

Il y a là deux caractéristiques de l’intelligence symbolique :

La capacité humaine de réaliser et de re-présenter symboliquement des situations incarnant un conSensus ou Sens partagé, et la capacité, par ce rapprochement : réalité du phénomène – re-présentation(s) symbolique(s), de révéler le Sens de l’un et l’autre, partagé en commun (processus d’homologie). Nous avons là un apport majeur de l’anthropologie de l’Humanisme Méthodologique.

L’homme est Sens, toute relation humaine est d’abord conSensus et toute réalité est “fait de conSensus” non pas simplement un “construit ensemble” comme le diraient certains (constructivistes) mais un “réalisé par chacun en commun”.

Non seulement l’expérience nommée réalité est actualisation de consensus mais toute réalisation de même Sens, de même consensus lui est “homologue” et en constitue une “re-présentation symbolique” (homologue).

Il en est ainsi du langage (des langages), de l’art, de la science, mais aussi de toutes autres manières de re-présenter l’expérience, c’est-à-dire d’actualiser autrement le Sens en consensus qui les sous-tend.

A quoi sert le discernement ? A accéder au Sens du conSensus, Sens humain, Sens partagé. On verra là la possibilité d’une certaine conscience d’être humain, une certaine conscience de l’altérité, partagée ou partageable, une certaine liberté de Sens (le principe même de la liberté humaine), une certaine autonomie, une certaine maîtrise, une certaine responsabilité (répondre du Sens engagé). Le discernement sert aussi à mieux “réaliser” la réalité selon les différentes dimensions et composantes de l’expérience humaine.

Cependant où se trouve l’intelligence humaine dans ce “réaliser” ? En effet, “réaliser” sans conscience du “réaliser” n’est pas intelligence pas plus que manipuler les pièces de bois du symbole sans conscience de leur signification n’est intelligence du symbole ou de la relation symbolisée.

Il faut donc pouvoir se re-présenter le “réaliser” (au-delà du simple “réalisé”). L’intelligence des choses, des situations apporte ainsi, sur le fond, une certaine maîtrise du “réaliser” dont l’une des caractéristique est la capacité de se re-présenter la réalité, c’est-à-dire de la re-réaliser autrement, par exemple par le langage. Le langage humain est l’exercice de cette re-présentation mais plus largement tout ce qui permet de “réaliser en conscience”.

Le “en conscience” doit être entendu ainsi des deux manières :

- dans la possibilité de re-présentation de l’expérience qui est “réalisation” des choses et du monde. Est-elle autre chose alors que la conscience de l’expérience ? Mais aussi bien l’expérience de la conscience ?

- dans la “conscience d’être”, au lieu même du Sens partagé en consensus avec d’autres, lieu d’où se réalise la réalité.

L’intelligence humaine, intelligence symbolique est donc à la fois re-présentation de l’expérience ainsi réalisée et à la fois discernement du Sens en soi, partagé en consensus, clé de l’expérience réalisée.

Or l’expérience commune montre que cette intelligence symbolique n’est pas donnée d’avance. Etre en devenir, l’homme exerce en l’acquérant l’intelligence humaine et elle passe par des phases, des stades, des âges de la vie et du développement humain. Ils sont tels qu’à chaque stade certains modes de réalisation de l’expérience, certains types de re-présentations de celle-ci sont privilégiés. Grandir, développer son intelligence, c’est peu à peu accéder à la maîtrise d’autres modes de réalisation, d’autres types de re-présentations jusqu’à ce que leur intégration permette le dépassement de toute réalisation, de toute re-présentation avec l’intelligence du Sens.

21) Expérience humaine et re-présentation de l’expérience, les différents modes d’intelligence humaine.

L’anthropologie fondamentale de l’Humanisme Méthodologique met en évidence les dimensions et composantes de l’expérience humaine. Ce sont les différents modes d’expérience du Sens en consensus.

Les trois dimensions structurantes

Inséparables, ce sont à la fois celles de l’expérience et aussi de l’intelligence humaine.

- L’intelligence objective ou analytique, faculté de distinguer, de séparer, de décompter.

Sous-tendue par l’expérience de l’altérité, multiple, et donc du caractère “aléatoire” de ses présences, elle conduit à caractériser le monde et les choses quantitativement (mais aussi de façon quantique). L’appréhension de la multiplicité, la compréhension d’une dimension aléatoire de la complexité naît de cette intelligence analytique. C’est là que le discontinu issu de l’altérité du consensus trouve sa racine et ses re-présentations objectivées.

- L’intelligence subjective ou intuitive est, elle, celle du Sens comme propension, intention, détermination d’une continuité, d’une “persévérance dans l’être, orientée”, qualifier et nommer les choses, c’est leur reconnaître une fin, une raison d’être, un destin significatif pour l’expérience humaine.

L’unité d’un ensemble, le propre d’un phénomène, ce qui permet de comprendre et de dire c’est ceci ou c’est cela, impliquant une position propre dans l’expérience, une intention particulière, un jugement, font de cette dimension de l’expérience celle d’une “détermination” personnelle (ou collective on l’a vu).

Prise de position sur l’existence (et le Sens) des choses, elle est prise de position dans l’existence et vis-à-vis des choses. Persévérance dans le consensus, elle est persévérance dans la présence, c’est à dire détermination et continuité.

- L’intelligence prospective ou rationnelle est la résultante des deux premières. Détermination d’un ordre selon lequel s’ordonnent les choses, comme selon un plan, vers un but.

Elle embrasse et la continuité qui s’étend ici en cheminement temporel, une histoire, et la multiplicité qui s’étend en un espace existentiel ou les distinctions se font distances mais aussi proximité de participation à un “ordre des choses”.

L’intelligence prospective met en perspective, rétrospective-prospective, re-présentant ainsi la tension du Sens en projection, buts et cheminements. Elle combine les facteurs, multiples, aléatoires, discontinus en des formations, des déploiements, des développements. La raison comme mode d’intelligence humaine en est évidemment la modalité privilégiée de re-présentation.

A ce stade voyons bien comme l’expérience du Sens en consensus et sa re-présentation éclairante peuvent être parfois réduits ou distordus avec par exemple l’aléatoire et le multiple comme déterminants, la continuité et le jugement comme facteurs aléatoires, la raison comme cause première et finale de la réalité re-présentée et l’expérience comme seconde à la réalité re-présentée. Les distorsions, les réductions, les inversions sont nombreuses. Toutes se justifient d’un Sens de l’oubli ou du déni du Sens, d’une réduction du symbolique.

“Tiens voilà deux morceaux de bois. Oui ce sont deux morceaux d’un même anneau. Il n’y qu’à les recoller, ou les jeter, ou n’importe quoi d’autre de rationnel”…

Rien de faux là dedans, rien de très intelligent non plus. La sophistication, la complication des re-présentations réalisées, la complexité de la réalité, ses unités et multiplicités, ses enchaînements et développements ne sont pas intelligence. Ils sont expériences humaines re-présentées, actualisation des Sens en ConSensus.

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Trois composantes ou plans de re-présentation

Elles donnent à l’expérience et aux re-présentations de l’intelligence humaine toute leur consistance, leur épaisseur, leur prégnance.

Si elles apparaissent comme modalités de l’intelligence humaine, elles participent aussi de la réalité d’expérience humaine (y en a-t-il d’autre).

- L’intelligence sensible. Entre les dimensions objectives et subjectives de l’intelligence se situe celle d’une re-présentation affective. Re-présentation ressentie de l’affectation réciproque sujet-objet, du vécu de la puissance, motrice, é-mouvante, émotionnelle du conSensus.

L’unité et la diversité des ressentis dans l’empathie, la compassion, le sentiment d’harmonie ou de souffrance avec toute la palette des nuances sont une composante de l’intelligence symbolique. Cependant on voit bien aussi quelques fois, la réduction au réactionnel, à un instinct, à une fusion, à une confusion d’écorché considérés comme formes d’intelligence. Psychoses et délires en donnent quelque fois l’impression.

Ce sont les résonances archaïques de la personnalité qui sont ainsi prises comme des puissances bénéfiques ou maléfiques. On devine facilement que l’on peut développer à partir de cela une part “animale” de l’humanité, l’animalité comme figure idéale de l’intelligence humaine…

- L’intelligence factuelle entre les dimensions objectives et projectives de l’intelligence se situe celle d’une re-présentation des faits, dans le faire, de ce qui se produit dans la re-production.

Intelligence primaire mais aussi première dans le développement humain elle apparaît comme capacité à produire (re-produire) à intervenir dans la réalité factuelle des corps et des choses considérées comme faits, faits de réalisations, faits de conSensus. On n’insistera pas sur “l’intelligence pratique” et cette intelligence habile à “faire ce qu’il faut”, cet art de l’artifice, re-producteur.

La déviance surtout est une considération des faits comme étants produits par un faire. Qui comprendra cela ? La réalité comme produit de la re-présentation au lieu d’être réalisée dans l’expérience et re-présentée par intelligence. Les faits sont faits de conSensus, le “faire” aussi. Le faire ne produit pas les faits, il les re-produits, l’un et l’autre actualisations, présentifications du consensus.

- L’intelligence mentale entre les dimensions subjectives et projectives de l’intelligence se situe celle d’une re-présentation mentale. Elle nous est tellement familière que nous n’en voyons plus toujours les foisonnements, les formes, les schémas, les images, les mots et les textes, les signes et les équations, les formules et les formalismes, les visions et les dessins, les modèles et les compositions d’artifices.

Ce qu’il faut en dire ici c’est d’abord les déviances, communes, la représentation mentale de la réalité comme seule re-présentation (seule intelligence) ou comme réalité certaine (la carte pour le territoire). Si dans une civilisation d’âge secondaire où la raison se plaît aux arrangements mentaux les représentations mentales apparaissent comme prédominantes. Elles ne sont qu’un volet “avancé” des représentations de l’expérience. Affects, faits, figures sont trois facettes de la même re-présentation (nous utilisons l’écriture “re-présentation” pour marquer cette généralité et “représentation” pour spécifier la re-présentation sous le mode mental).

Or la représentation mentale idéalisée n’est pas cause de quoi que ce soit mais redoublement de l’expérience réalisante par une autre expérience réalisée, intelligence humaine de l’expérience par le Sens en consensus qui s’y actualise (présence).

Ce rappel nous introduit à la plénitude de l’intelligence symbolique

L’intelligence symbolique.

Celle-ci naît de l’intégration de l’ensemble des dimensions et composantes ouvrant au discernement du Sens sous-jascent (intelligence du Sens), du Sens en conSensus qui s’inscrit toujours dans la trame des relations et des communautés humaines ;

Le monde comme expérience commune des hommes et la re-présentation du monde, sa re-présentation, comme monde humain (hominescence) fruit de l’intelligence humaine devenue alors intelligence symbolique.

L’intelligence symbolique appréhende d’abord l’expérience selon ses différentes dimensions et composantes.

Elle se la re-présente comme une présentation seconde de la réalité déjà présente à l’expérience.

Se reconnaissant auteur de la re-présentation et interrogeant le Sens de l’expérience que la re-présentation ré-actualise, alors advient (quelque peu) un discernement du Sens en conSensus, au coeur de soi et au coeur de la commune réalité, coeur de la communauté de consensus. Ceci est à méditer.

L’intelligence symbolique utilise l’expérience et sa re-présentation pour accéder au Sens, au consensus collectif sous-jascent à une réalité commune, réalisée “de concert” (mais non à l’identique, l’altérité radicale, l’aléatoire interdisent cette absolue identité d’expérience et donc de réalité alors que le Sens humain partagé semble en déterminer l’unité permettant ainsi un “tout se passe comme si” la réalité commune était une).

Nous voyons poindre l’émergence de l’intelligence symbolique à partir d’un âge de maturescence humain postérieur à l’âge de l’intelligence mentale où la raison faisait loi (semble-t-il). Cette émergence est corrélative de celle d’un discernement des Sens et Consensus humains et donc d’une prégnance nouvelle des relations et communautés humaines, communautés de Sens, communautés d’expériences. Peut-on y ajouter communauté d’intelligence ou intelligence collective ? Nous voici à pied d’oeuvre.

Ce qui a été introduit précédemment repose sur l’anthropologie de l’Humanisme méthodologique. Le lecteur qui voudra approfondir trouvera des textes en ligne plus précis et notamment sur le plan fondamental.

II – L’INTELLIGENCE COLLECTIVE.

Nous allons d’abord travailler sur la question du Sens des conceptions de l’intelligence collective en corrélation avec le Sens des conceptions des communautés humaines (ou inhumaines) et, nous le verrons, les mêmes Sens que ceux des conceptions de l’intelligence humaine du départ.

C’est toujours une perspective épistémologique qui est choisie bien que l’intelligence et toute réalisation lie notamment de façon intime épistémologie et praxéologie comme nous le verrons, encore bien que rapidement ici.

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Si nous considérons que tous ces Sens sont humains alors il s’agit toujours de communautés humaines, engagées ou non dans leur meilleur Sens (le Sens du bien commun).

Pour ce dernier Sens, l’intelligence humaine personnelle ou collective viendrait pour favoriser un discernement qui permette un engagement responsable dans la voie d’un accomplissement humain.

Chacun des trois autres Sens (diagonales) sera caractérisé par :

L’un l’animalité comme modèle de l’intelligence collective (la horde…),

L’autre par la considération des équilibres cycliques comme modèles de l’intelligence “des systèmes” (répétitions structurelles nécessaires).

Le troisième enfin par la “grandeur” des édifications civilisationnelles, marquant des degrés d’intelligence (ex. le progrès social, technique, juridique, identifié aux édifices juridico-techniques et administratifs, les constructions de la raison).

La notion de communauté humaine est une question réglée pour les tenants de chacun de ces trois Sens. Ils s’opposent, se combattent ou s’associent, se méconnaissent. Le quatrième, privilégié par l’Humanisme Méthodologique, se pose sans cesse la question de l’homme et en vient à reconnaître les différentes positions et dispositions humaines possibles pour “régler” la question.

A chaque fois nous reconnaîtrons une conception de la communauté, au fond liée à la conception de l’homme mais dont la conscience est souvent séparée, clivée.

Si on peut dire, de notre point de vue, que les communautés humaines sont de nature humaine, c’est cette “nature humaine” qui est vue par les hommes de façon divergente. Cette pluralité de Sens est signe d’humanité, de choix et le coeur de la problématique de la liberté.

“Un prisonnier est enfermé dans une prison à quatre portes. Elle s’ouvrent toutes en même temps mais elles ne débouchent pas sur les mêmes horizons. L’homme libre envisage les différentes routes et choisit celle où il va être plus autonome, plus humain et renonce aux autres et à leurs attraits éventuels.

L’homme aliéné ne choisit pas pour garder le choix, illusion de liberté, il reste en prison.

L’homme conditionné se précipite par la porte qui correspond à ses certitudes et, satisfaisant sa pulsion, il appelle cela la liberté et les autres voies “aliénation”.

Le Sens de la liberté fruit de l’intelligence humaine est aussi Sens du bien commun (être le rouage d’une machine fruit d’une supposée intelligence fusse-t-elle systémique n’est pas le meilleur indicateur d’intelligence humaine).

Observons que si le Sens (les Sens) est le propre de la personne humaine, l’être de l’homme, son esprit (on y reviendra) et le lieu de tout discernement et donc de toute liberté possible, c’est par le conSensus que se réalise toute réalité, la nôtre, individuelle aussi. C’est dans les communautés humaines auxquelles la personne participe que se réalise une expérience commune, un monde commun et aussi la possibilité de re-présentations.

Il y a là une articulation délicate à saisir.

Si toute expérience et toute re-présentation (pour une intelligence symbolique) et par suite tout discernement sont personnels, ils ne peuvent exister que dans une communauté de consensus avec un “tout se passe comme si” l’expérience était commune, (le monde commun) et comme si des re-présentations pouvaient être aussi partagées ainsi que le niveau de maturité permettant d’aller vers plus de discernement, lui aussi commun.

Ainsi on pourra parler d’intelligence collective, de réalité collective, de monde commun, d’action collective, etc. parce que “tout se passe comme si” il s’agissait d’une personnalité humaine, d’un “sujet communautaire”. Le consensus qui n’est que Sens des personnes partagé pourrait être vu comme l’être de la communauté, son âme, son esprit.

Il faut se garder de cette illusion tout en reconnaissant qu’un “tout se passe comme si” permet une re-présentation salutaire pour l’intelligence humaine celle-ci se fait alors intelligence collective. L’intelligence collective procède donc d’une re-présentation.

Voyons comment l’intelligence symbolique du symbole renvoie à la relation, à son Sens engagé en consensus à ses réalités partagées. Cette re-présentation de l’anneau brisé et rassemblé devient condition d‘intelligence symbolique de la situation. Comparée aux interprétations précédentes on voit bien toute l’épaisseur que prend ce qui était simple morceau de bois, partie d’un anneau brisé dont le Sens ne se retrouve que dans l’histoire de cette relation où il joue un rôle symbolique “d’intelligence collective” on pourrait dire de “bonne intelligence”.

Signe de “bonne intelligence” il est encore plus puisqu’il contribue à cultiver celle-ci, la relation et les hommes en relation. Il est un vecteur d’accomplissement collectif et personnel, il est une re-présentation virtuelle et néanmoins réalité dans la réalité humaine de la relation.

Virtuel ? Oui parce que le “symbole” véhicule et engage le Sens de la relation vers sa poursuite, son accomplissement, qu’il en est le témoin agissant et qu’il transporte et exerce les vertus d’humanité, les signes et les engage. C’est tout ce que dit l’étymologie du radical WIR que l’on retrouve dans les termes World ou Welt qui signifient “âge d’homme”, de l’homme Vir bien évidemment, celui qui porte intention, qui parle Sens et l’engage en conSensus dans le Sens du bien commun.

Qu’est-ce que l’intelligence collective comme intelligence humaine communautaire ?

Tout d’abord le champ de la question de l’intelligence communautaire doit être associé à celui de l’existence de communautés humaines de tous ordres. Il nous faudra penser, à propos d’intelligence, à l’expérience des questions communautaires que nous avons ici à re-présenter. On notera l’émergence simultanée aujourd’hui des questions de Sens, d’humanité de l’homme, de communautés humaines, d’intelligence symbolique et d’intelligence collective en ces temps de mutation. Pour les uns, il n’y a rien là de compréhensible, pour les autres ils le croiront familier sans percevoir le bouleversement, la mutation fondamentale qui se produit.

- Les communautés de proximité : famille, amis, groupes où nous vivons au quotidien et où se réalise une bonne part de notre existence constituent nos mondes familiers. Lorsqu’ils sont engagés dans un Sens du bien commun alors la question de l’intelligence collective mérite d’être posée pour un enjeu qui en vaut la peine.

- Les communautés politiques, territoriales en général, communes, pays, régions, continents, etc. On va voir émerger une nouvelle pensée autre que celle des logiques de frontières, d’aménagement et d’administration des choses avec la question du développement humain, celle des “communautés de communautés”, celle aussi de “l’économie de communauté” alternative aux systèmes, aux proliférations juridiques et toutes formes de nationalismes habituels.

- Les communautés entreprenantes engagées, entreprises, associations, services publics, dès lors que le Sens de leur engagement les justifie. Ce sont des communautés entreprenantes dont la performance est toujours en question.

- Des communautés “virtuelles” que l’on reconnaîtra comme des communautés d’affinités dont Internet a fait exploser le champ des possibles rejoignant aussi la multiplicité des groupements humains de tous ordres.

On notera qu’à chaque communauté son consensus (sur des Sens multiples), la présence, éclairée ou non, d’un Sens du bien commun ; son monde et ses re-présentations c’est-à-dire son “intelligence collective”. Et il y a les communautés de communautés, autant de mondes d’expérience réalisés.

On observera cependant la hiérarchie entre trois niveaux d’expression et d’intelligence communautaire : les communautés de proximité et l’intelligence des affaires quotidiennes. Les communautés élargies et l’intelligence culturelle spécifique à leurs différents mondes. La communauté universelle et l’intelligence universelle qui est celle de l’humanité entière à propos de questions universelles. La confusion ou l’ignorance des niveaux est évidement préjudiciable et certainement pas un signe de discernement. Les communautés scientifiques feraient bien de prendre garde à ces échelles de réalités comme certains physiciens commencent à le soupçonner (Nottale).

Les dimensions de l’intelligence collective.

- Analyser et prendre en compte l’environnement avec ses acteurs et facteurs aléatoires, objectifs.

C’est là un champ de contribution de l’intelligence personnelle à l’intelligence collective que de concourir à distinguer les caractères et critères significatifs d’un univers commun. Bien sur cette dimension ne peut s’abstraire des autres et notamment de la dimension intentionnelle de laquelle dépend la “significativité” en question sans la quelle il n’y a qu’insignifiance.

Des métiers d’observateur, d’analystes vont servir cette intelligence collective permettant à la communauté de se situer dans un contexte et connaître aussi son propre contexte. Evidemment toute une partie de la science y contribue dans sa dimension analytique et descriptive. Il y a difficulté lorsqu’elle se réduit à cette dimension et, pire, réduit la réalité à la seule combinatoire des quanta ou plus trivialement à la quantification et la statistique. Premier visage de l’intelligence collective, première grimace. Néanmoins apparaissent d’ores et déjà des figures de l’intelligence collective au travers de fonctions humaines et de l’exercice de métiers individuels et collectifs qui y contribuent.

- Détermination d’une volonté collective, d’une ambition, d’une orientation, d’une motivation collective

Nous trouverons là le problème de la direction “politique” des communautés, détermination du Sens du bien commun, détermination à s’y engager collectivement, capacité à prendre position.

Les rôles dirigeants et les relais de direction font partie de l’exercice d’une “intelligence politique” de la communauté. Il y a lieu, bien sur, de sortir de cette falsification historique assimilant politique et pouvoir ce qui ne vaut que dans le Sens de la possession et l’animalisme que chacun reconnaître sur les cartes de Sens. L’intelligence collective est aux prises avec ce qui détermine les repères de la communauté, en quelque sorte “l’élection” de ceux qui incarnent le Sens du bien commun de la communauté.

La question se pose évidemment dans des conditions différentes selon les communautés. Cependant plus les communautés se savent humaines, plus la question se pose spécifiquement. A l’inverse plus elles se méconnaissent humaines plus elles vont construire des artifices, des arguments, sinon des arguties pour défaire l’intelligence politique de la communauté et en faire une machinerie ou une machination fallacieuse.

- La projection d’un devenir engagé dans un développement communautaire (humain, cela va sans dire, ou devrait aller sans dire, pour les communautés humaines)

Lorsque des buts sont posés, que les voies et moyens d’y parvenir sont anticipés, que le concours des uns et des autres est appréhendé, que tout ce qui aidera et permettra à la communauté de se mettre en marche, de progresser et de maîtriser quelque peu sa progression, alors on peut parler d’intelligence collective prospective et rationnelle.

Qui ne voit que là aussi c’est une architecture de rôles et d’intelligences personnelles qui sont mobilisées mais aussi que la réalisation communautaire dépasse les possibilités de chacun. Capacité de réalisation commune, capacité de re-présentation de l’expérience prospective constituent cette dimension là de l’intelligence collective. Elle serait évidemment aveugle et sans mobilisation si la détermination de l’orientation et la raison d’être du projet n’étaient pas assurés. Elle serait irréaliste si elle ne savait pas prendre en compte les acteurs et facteurs de l’environnement, éléments contributifs à la réalisation du projet.

L’intelligence collective ici rejoint des compétences que l’on pourrait voir assez ordinaires mais rarement maîtrisées faute d’intelligence du Sens ou par la réduction à un mode opératoire, à une procédure de ce qui relève d’un processus humain de projection et de réalisation.

L’Humanisme Méthodologique en a depuis longtemps développé les conceptions, les voies et les moyens pour tous types de communautés humaines. Il y a là toute une dimension de l’intelligence collective qui touche à la concourance des personnes et des groupes aux buts communs, dans les conditions d’une réalité partagée et selon une intention déterminée. Il s’agit évidemment d’une compétence stratégique, d’une compétence de projet que les questions de management ou de gouvernance tentent d’approcher.

Les trois composantes

- L’intelligence sensible

L’intelligence collective d’une communauté c’est aussi sa sensibilité. Dans un paysage d’inertie à l’essentiel, d‘anesthésie de la sensibilité on en découvre paradoxalement les inversions avec le maniement massif de l’émotion publique et l’emprise que permet l’inquiétement permanent, la glorification de l’expérience émotionnelle, la loi du sentiment et de la sensation. Le maniement de la terreur traduit une compétence efficace dans le sens d’une dégradation de l’intelligence humaine et de l’intelligence collective en particulier. Cela dit le maniement de la crainte et de la menace comme méthode de management des hommes relève de logiques similaires qui ne sont pas révélatrice d’une intelligence collective pas plus que la négation des sensibilités collectives au nom de la raison.

L’intelligence collective de la sensibilité réclame une certaine “éducation” de celle-ci alors que le maniement des foules et des communautés de tous ordres s’est souvent cherché dans l’emprise de l’archaïque. Une “intelligence sensible” qui ne participerait pas de l’intelligence symbolique dans sa re-présentation du vécu avec la visée du discernement du Sens en consensus serait la porte ouverte à des aventures où se perdent ceux qui confondent esprit (ou Sens) et affects.

Nos sociétés ne sembleraient guère évoluées en la matière s’il ne fallait rappeler quel degré de police des relations et de la vie communautaire, quelles subtilités y participent tandis que la fureur et les débordements de l’humanité archaïque en nous même remplissent l’histoire de leurs désastres.

- L’intelligence factuelle

Chaque communauté a su cultiver des usages, des pratiques, des habiletés dans sa réalisation et sa re-présentation de situations et préoccupations à assurer. Un savoir faire communautaire est aussi le fruit d’une intelligence collective irréductible aux savoir faire individuels mais n’existant que dans et par leur concourance.

L’intelligence factuelle ou pratique n’est pas l’art de savoir faire n’importe quoi. Elle est, par l’intelligence symbolique, une contribution à faire exister, co-exister les uns et les autres, ce qu’une économie (communautaire) re-présente. Comment s’articulent les concourances pour la performance collective ? Quelque soit l’enjeu communautaire c’est une question qu’il faut sortir des modèles d’inintelligence humaine fussent-ils accompagnés de force gestion quantitatives et force cadres ordonnateurs qui commandent.

L’intelligence symbolique voit autrement qu’une organisation machinique la concourance d’une communauté de personnes qui n’est pas simple co-opération. Le Sens du consensus en est toujours à la source et le discernement une visée y compris d’un travail manuel et d’une réalisation matérialisante.

- L’intelligence mentale

Si l’intelligence mentale se mesurait à la production de représentations de tous ordres alors nous serions certainement des sociétés très intelligentes. Il y a cependant trop de déviances, trop de troubles dans la conception et la pratique de l’expérience mentale d’une réflexivité purement formelle ou structurelle pour les envisager tous.

Le foisonnement des disciplines, la multiplicité des référencements, la prolifération des lois, des images, des règles, des scènes et d’une certaine communication sont plutôt le signe d’une errance que d’une cohérence.

On a tellement voulu autonomiser le signe, l’image, la forme qu’ils ont pris la place de l’humain alors qu’ils n’en sont qu’un volet de l’expérience.

L’intelligence symbolique réclame un Sens aux mots, aux signes, aux images, aux re-présentations mentales. Ils se font alors langage (humain), médiateurs de la parole (tenue, déterminée) réalisations et révélation du Sens humain en jeu pour l’intelligence symbolique. L’intelligence mentale est une préparation, une intermédiation pour l’accès au Sens et de là le partage de réalités communes par consensus. L’identité collective et ses projections, les représentations du monde et des enjeux communs, l’imagination et la conception des marches de réalisation et de progrès, sont autant de manifestations de cette intelligence collective “mentale”.

L’intelligence symbolique et l’intelligence collective des communautés humaines matures

L’esprit commun, l’esprit du bien commun, le Sens du devenir, de l’ambition, de la vocation même de la communauté c’est à la fois ce qui l’anime et ce qui appelle une intelligence du Sens et des réalités re-présentées.

Intégration des différents modes de l’intelligence collective, l’intelligence symbolique constitue aussi le champ d’exercice et de développement de l’intelligence personnelle qui n’a d’autre enjeu que dans l’accomplissement communautaire.

Nous touchons là à des questions essentielles de l’homme et des communautés humaines qui sont à repenser à l’âge du Sens et du virtuel. L’intelligence collective comme intelligence symbolique vise à la révélation de l’esprit (commun) pour la réalisation de la communauté de Sens (ou esprit).

Nous voyons par là que nous touchons à la question de l’esprit humain seulement réalisé dans la communauté qui le révèle ainsi et révèle l’homme à lui même, à sa liberté.

L’intelligence collective est dans cette re-présentation sans cesse renouvelée, sans cesse réalisée, enrichissant la réalité des richesses humaines, enrichissant les hommes de la découverte de leur humanité par ces réalisations communes. Révélation / réalisation tels sont les termes de l’exercice et la progression de l’intelligence collective. Les différentes dimensions et composantes de celle-ci sont à la fois modes de re-présentation favorisant une maîtrise du développement ou réalisation collective et en même temps les médiations de l’accès au Sens et au consensus.

Loin de l’individualisme, du collectivisme, des positionnements matérialistes ou rationalistes, l’intelligence collective nous invite à une refondation de la conception de l’homme et des communautés humaines mais aussi à un renouvellement des engagements et des pratiques personnelles et communautaires.

C’est la voie de l’Humanisme Méthodologique opposée aux antihumanismes auxquels l’homme est cependant libre de s’aliéner. Ne parlons pas alors d’intelligence comme le font trop souvent les contempteurs de l’évacuation du principe d’humanité L’intelligence collective est ce par quoi les communautés humaines s’accomplissent seul critère de la qualité d’intelligence.

   La co-évolution

La conduite de l’entreprise-réseau  dépend de la capacité des sujets entreprenants, de l’agence stratégique et de chaque nœud pris individuellement à assurer la vitalité de l’ensemble des nœuds en coopération, à sélectionner et à développer les connexions nécessaires, à créer les conditions pour la cohabitation de structures multiples, à favoriser le développement des mécanismes opératoires : tout cela en vue d’atteindre ses objectifs propres (Butera, 1991). Il faut veiller à assurer :

-    la redondance, qui rend le système peu sensible à des pannes ponctuelles

-    la réentrance avec les composants qui s’informent en permanence entre eux,

-    la sélection, où au fil du temps, les comportements efficaces sont dégagés et renforcés.

Une  « entreprise-réseau »  et/ou  un  « réseau  d’entreprises »  n’excluent  pas  les niveaux de responsabilité, la bureaucratie, la division du travail…, mais les intègrent et corrigent leurs effets pervers par une organisation complexe, d’unités autorégulées, d’un flux de transactions informationnelles, financières, servicielles, d’une architecture dynamique en perpétuelle recomposition, d’une animation  de réseau favorisant les échanges, l’apprentissage organisationnel et la co-évolution.

En biologie, le terme « co-évolution » désigne les transformations qui se produisent au cours de l’évolution de deux espèces vivantes suite à leurs influences réciproques. Un réseau d’interactions variées s’établit entre diverses espèces qui vivent dans un même écosystème, c’est-à-dire des espèces en interaction entre elles et avec l’environnement.  Si  pour  survivre,  une  espèce  dépend  de  l’existence  d’autres espèces, ce qui est le cas par exemple de la prédation, de la compétition, du parasitisme, de l’entraide, de la coopération…, toute modification de l’une entraîne une modification des autres.

En socio-biologie, les travaux de charles Lumsden et d’edward Wilson (2005) ont mis en évidence une co-évolution des gènes et de la culture, la transmission culturelle étant fortement influencée par la nature de l’esprit humain et réciproquement, un trait culturel pouvant favoriser l’évolution génétique via la stabilisation de certains gènes qui donnent un avantage sélectif dans le groupe où ce comportement culturel est observé.

Claude Combes (1995) a noté, quant à lui, que l’humanité a introduit des processus nouveaux dans le jeu de la co-évolution, en ayant supprimé ses prédateurs, en domestiquant ou altérant les modes de vie de nombreuses espèces qui l’entourent, en  agissant  sur  le  climat  de  la  planète,  sur  les  paysages.  Les  conséquences  de l’activité  humaine  qui  résulte  d’une  culture  trans-générationnelle  incluant  des savoirs médicaux, vétérinaires et techniques (clonage, génie génétique…) sont donc d’éloigner de plus en plus l’homme des processus de la sélection naturelle.

Richards  Dawkins  (1996) a appelé « mèmes », ces  réplicateurs  comparables  aux gènes, mais responsables de l’évolution de certains comportements animaux et des cultures humaines. Jared Diamond (2000, p.75) compare la société néandertalienne dont  la  culture  aurait  été  rigide  et  monolithique,  aux  sociétés  humaines  plus réactives et innovantes. Ian Tattresall (1999) a décrit les traits cognitifs d’homo sapiens, son aptitude par le langage à former des symboles, lesquels peuvent être ensuite remaniés et mis en ordre par ce mécanisme génératif.

En management stratégique, selon bill McKelvey (1982), la «  co-évolution » permet d’appréhender l’évolution des organisations et leurs interactions avec l’environnement. Alors qu’Ilya Prigogine (2001, 1996, 1979) a remis en cause l’équilibre linéaire de la physique classique en introduisant « la flèche du temps » et en montrant que dans les systèmes dissipatifs, un ordre émergent peut apparaître loin de l’équilibre, et faire décroître l’entropie du système, le « Santa Fe Institute » a montré    que    les    processus    émergents    d’organisation,    c’est-à-dire    d’auto-organisation, sont des mécanismes générateurs d’ordre, résultant des inter- dépendances  entre  les  différents  éléments  qui  composent  le  système  et  de l’existence de feed-back positifs non-linéaires. Ces influences mutuelles et récursives entre les différents éléments définissent un processus de co-évolution.

L’évolution biologique et la production mémétique ont besoin de machines à recopier l’information. Les sociétés humaines et leur développement culturel ont utilisé le copiage manuel des manuscrits, le dessin, la presse d’imprimerie, la photographie, le disque dur de l’ordinateur, la fabrication de logiciels… A chaque copie, transaction, échange, partage, peuvent survenir des modifications, des mutations, qui conduisent à un accroissement de la diversité. Selon que ce message est sélectionné ou non par les utilisateurs, il sera conservé, modifié ou amplifié. Nous disposons de la sorte, selon joël de Rosnay (2010, p.220), des bases d’un système d’évolution sociétale et d’une économie complexe, en rapport avec des principes voisins de ceux de la co- évolution biologique. Que le nœud d’un réseau soit une molécule, un gène, une personne, un mème…, tous présentent des caractéristiques proches, celles de la dynamique des réseaux (barabasi. 2002).

Les organisations n’évoluent pas de façon solitaire, elles co-évoluent et les ordres émergents dans l’entreprise et entre entreprises, apparaissent dans un contexte de sélection   concurrentielle.   Le  management   de  la   dynamique  organisationnelle cherche à créer les conditions pour que des phénomènes auto-organisés puissent émerger des processus de co-évolution entre les différents acteurs, afin de réduire les tensions dissonantes entre leurs valeurs. La variété du système conditionne ses capacités d’adaptation et d’innovation (Kaminska-Labbé, Thomas, 2007).

Travailler en réseau ouvre des opportunités, lorsqu’il s’agit d’innover, de travailler différemment, de faire émerger, d’approfondir et de consolider des démarches nouvelles. Mais faire vivre un réseau suppose des compétences, faute de quoi nombre de réseaux s’éteignent. Il est ainsi nécessaire de partir des besoins perçu du terrain : un réseau ne se décrète pas, il se construit pour répondre à une attente des acteurs  concernés.  Il  se  bâtit  dans  des  démarches  de  projets.  Il  « vit »  pour contribuer à l’atteinte d’objectifs. Il suppose une animation régulière, doté des moyens nécessaires à son fonctionnement. La richesse d’un réseau vient de la diversité de ses membres, l’accaparement du pouvoir l’appauvrit et entrave son fonctionnement. Des règles doivent permettre d’éviter les prises de pouvoir excessives et intempestives. Pour qu’un réseau perdure de façon efficace et non technocratique, chacun de ses membres doit exercer une vigilance sur son fonctionnement et actualiser sans cesse le projet fédérateur qui justifie sa création et son développement.

Quelle serait la différence entre machines artificielles et les machines vivantes ? Nous sommes confrontés à un paradoxe : les éléments des machines artificielles sont bien usinés, perfectionnés, mais se dégradent dès que la machine commence à fonctionner. En revanche, les machines vivantes sont composées d’éléments peu fiables, comme les protéines qui se dégradent sans cesse, mais ces machines possèdent des propriétés de se développer, de se réparer, de se reproduire, de s’auto-régénérer, notamment à partir de cellules souches (indifférenciées) en remplaçant les molécules dégradées et les cellules mortes par des cellules neuves. La bio-inspiration est une piste de recherche qui amène les ingénieurs à s’inspirer de la nature pour développer de nouveaux systèmes artificiels (la biotique). Il concerne tant le monde des végétaux que des animaux et champignons, ou des bactéries et virus, et génère déjà des applications dans des domaines aussi variés que l’aéronautique, la pharmacie, la marine, les matériaux composites, l’intelligence artificielle ou encore les nanotechnologies. La bio-inspiration est une adaptation française du terme biomimicry (bio-mimétisme). De nombreux chercheurs ont emprunté les principes mis en exergue notamment chez les insectes sociaux pour en faire des algorithmes et des projets d’ingénierie pour la résolution de certains problèmes. Ils sont souvent regroupés sous l’appellation « systèmes multi agents » (S.M.A.).

Par différentes stratégies, une « organisation apprenante » viserait à se régénérer continument grâce à la variété des connaissances, des expériences et des compétences individuelles de ses membres et de ses réseaux. Elle faciliterait l’émergence dynamique de nouvelles stratégies, encouragerait les débats et les défis au travers d’une vision commune ou d’une intention partagée. L’objectif du management serait de stimuler les processus qui libèrent les connaissances individuelles et de favoriser le partage des informations de manière que chacun soit sensibilisé aux évolutions de son environnement. Les managers devraient se comporter plus comme des facilitateurs, que comme des supérieurs hiérarchiques. Les flux d’informations et les relations entre les individus devraient être horizontaux autant que verticaux. Il serait nécessaire de rendre les organisations davantage pluralistes, assumant des opinions différentes, voire opposées, permettant d’alimenter   un   débat   collectif.   Gary   Hamel    (2008)   appelle   « organisation résilientes », les organisations qui refusent de se reposer sur leurs succès et sont capables de se réinventer constamment, en imaginant de nouveaux modèles économiques. Elles auraient la capacité d’utiliser les périodes de crises pour se créer des opportunités.

Par Philippe Mougel,Sociologue cognitif, chef de projet à Welience et par Aurélien Trioux,
chargé de mission « Mobilité et Territoire », Octobre 2010

En termes de Management, l’empowerment repose sur trois piliers : vision, autonomie et appropriation. Une équipe responsabilisée sait où elle va (vision), a une marge de manoeuvre suffisante pour y aller (autonomie) et se sent légitime de mener cette action (appropriation).

L’empowerment des collaborateurs présente de nombreux bénéfices pour l’entreprise, il vise à améliorer :

-    La motivation,

-    La qualité du service,

-    La productivité et la compétitivité,

-    La prise de décision,

-    L’engagement et l’implication des salariés.

L’empowerment apporte les bénéfices suivants aux collaborateurs :

-    La satisfaction au travail,

-    La motivation,

-    La diminution du stress.

L’empowerment nécessite un investissement dans le recrutement et la formation. Ainsi, le rôle du manager est d’encadrer cette pratique en :

-    Préparant et acceptant les risques,

-    Préparant les employés par une formation,

-    Définir clairement les limites de la démarche (et notamment financières),

-    Effectuer un suivi individualisé pour chaque employé,

-    Recruter des employés dignes de confiance.

L’ambiance de travail joue un rôle important pour la cohésion des salariés. Les pratiques coopératives du partage de compétences aux gestes de solidarité, en passant par les dons affinitaires, sont favorables à l’instauration d’un climat de collaboration.  Cécile  Dejoux  (2001)  fait  la  promotion  d’un  « management  de la confiance ». On peut distinguer trois formes de confiance :

-    la   confiance  tacite   :   reposant   sur   relations   affectives   inter-personnelle d’empathie  et  de  sympathie,  des  normes,  des  conventions  sociales  et culturelles,

-    la confiance organisationnelle : reposant sur des règles et des engagements,

-    la confiance contractuelle : reposant sur un contrat. Écrit ou oral permettant l’exécution d’une transaction.

Caroline  Mothe  (1999),  évoque  un  certain  nombre  de  caractéristiques  de  la confiance, dans une perspective stratégique de gestion des ressources humaines :

-    c’est    un    élément     important    de    la    relation    inter-personnelle    et    du

développement des carrières managériales,

-    la confiance dans une personne est plus pertinente en termes de prévisibilité des résultats qu’une attitude générale de confiance envers les autres,

-    elle correspond à une attente positive d’une personne,

-    elle apparaît dans des conditions de vulnérabilité et de dépendance,

-    elle  est  généralement  associée  à  la  volonté de coopérer et à  l’attente  de bénéfices tirés de cette coopération,

-    elle est parfois difficile à faire respecter,

-    elle  est  généralement  accompagnée  de  la  reconnaissance  du  devoir  de protéger les droits et les intérêts des autres.

On pourrait rajouter que la confiance est une ressource rare et précieuse, un actif intangible pouvant générer une quasi rente pour laquelle il n’y a pas de marché, elle ne peut être acquise que très lentement, mais détruite très rapidement.

La confiance a des implications positives sur le management :

-    elle facilite les activités de coordination du manager et l’activité de contrôle est mieux vécue,

-    elle permet d’avoir une action positive sur la performance,

-    elle s’oppose à l’opportunisme égoïste et inconséquent des acteurs,

-    elle se bâtit sur une réputation positive,

-    elle  agit  sur  les  comportements  en  favorisant  la  tolérance,  l’ouverture, l’innovation…

-    elle s’apprend en situation,

-    elle constitue le socle du management participatif,

-    elle s’inscrit dans une démarche continue du changement,

-    elle  s’appuie  sur  la  valorisation  de  toutes  les  compétences (individuelles, collectives et organisationnelles) de l’entreprise.

L’information  est la principale richesse des organisations modernes, sous forme de compétences métiers, de savoirs, de savoir-faire, de brevets, de stratégies, de technologies… Dans le fonctionnement traditionnel d’une entreprise, l’information utile (c’est-à-dire organisée) est surtout détenue par les employés de l’organisation, avec  tous  les  aléas  que  cela  peut  comporter  (mutation,  départ  à  la  retraite, démission, licenciement…). D’autre-part, la quantité d’informations disponibles pour les membres d’une organisation est trop importante pour qu’ils puissent rapidement trouver  les  informations  pertinentes  et utiles.  La  gestion  des  connaissances  (en anglais Knowledge Management),  c’est l’ensemble des initiatives, des méthodes et des techniques permettant de percevoir, d’identifier, d’analyser, d’organiser, de mémoriser, et de partager des connaissances entre les membres des organisations en particulier les savoirs créés par l’entreprise elle-même (marketing, recherche et développement) ou acquis de l’extérieur (intelligence économique) en vue d’atteindre un objectif fixé.

La mondialisation et le raccourcissement du cycle de vie des produits obligent les entreprises à repenser leurs modes de production et de gestion des ressources humaines. Pour être plus flexible, efficace, rapide et pour avoir toujours un train d’avance sur ses concurrents, le développement d’une organisation apprenante apparait être une solution. Il s’agit de mettre le salarié au centre de la réflexion, de le considérer comme un partenaire privilégié dans l’acquisition d’un avantage concurrentiel. Les membres du personnel deviennent une équipe d’acteurs de l’efficience organisationnelle, et ensemble, ils apprennent de leurs erreurs. Peter Senge (1990) a popularisé l’idée à savoir que, « les entreprises capables d’apprendre de leur propre expérience obtiennent de meilleurs résultats que celles qui se contentent  de  s’adapter  à  leur  environnement ».  Pour  david  Garvin   (in  « Le knowledge management », 2002, pp. 65, 106), une organisation  apprenante  est « une organisation capable de créer, acquérir, transférer de la connaissance et de modifier son comportement pour refléter de nouvelles connaissances ».

Par Philippe Mougel,Sociologue cognitif, chef de projet à Welience et par Aurélien Trioux,
chargé de mission « Mobilité et Territoire », Octobre 2010
Par Philippe Mougel,Sociologue cognitif, chef de projet à Welience et par Aurélien Trioux,
chargé de mission « Mobilité et Territoire », Octobre 2010

Chez les humains, les phénomènes de foule ont contribué à déconsidérer l’action collective. Serge Moscovici (1981) se demande comment se fait-il que la foule ne réfléchit  pas,  alors  que  chaque  particulier  en  est  capable,  que  la  foule  fait  ce qu’aucun individu par lui-même n’aurait fait, que la foule a des impulsions irrésistibles, des volontés féroces, des entraînements stupides que rien ne semble pouvoir arrêter. Dans une société où les foules jouent un rôle important, l’individu a tendance à perdre son sentiment de soi. Il est submergé par les émotions collectives. Il est soumis à la suggestion des leaders charismatiques, Il a des difficultés à garder son esprit critique, il peut succomber aux « manipulations »…

L’intelligence est souvent limitée par des effets de groupes (conformisme, crainte, fermeture,  absence  de  procédure,  homogénéité idéologique…),  au  point  que l’individu seul peut se révéler plus intelligent que tout un groupe, car exerçant mieux sa pensée critique, que sous l’influence de celui-ci.

Joseph Schumpeter (1951) s’interrogeait sur « l’infantilisation politique ». Comment expliquer que, si souvent, « Le citoyen tombe à un niveau inférieur de performance mentale, dès qu’il entre dans le champ politique. Il argumente et analyse d’une façon qu’il reconnaîtrait immédiatement comme infantile, dans la sphère de ses intérêts réels ».

De nombreux cas de défaillances dans les décisions collectives ont été rapportées. Par exemple :

-    les décisions de groupe, où les membres n’osent pas dire ce qu’ils pensent,

-    la soumission à l’autorité,

-    l’acceptation passive d’un état de fait dont l’individu se doute qu’il mène à une catastrophe (par exemple : la fusée Challenger),

-    les discussions sur les choix et les conséquences des décisions souvent confuses et ne menant à rien,

-    l’avis  des  experts  sans  conséquence  face  à  l’opinion  d’un  groupe  dont  les individus se trompent,

-    les votes populaires, qui portent un dictateur à la tête de l’État,

-    les représentations collectives, qui norment les comportements aux détriments d’une partie stigmatisée de la population…

Les anomalies de marché, portant sur les prix et rendements, sont diverses. On peut par exemple expliquer en partie le phénomène de tendance boursière haussière ou baissière, par une suite de sous-réactions et de sur-réactions   émotionnelles collectives  aux  informations.  Ces  tendances  peuvent  aboutir,  par  effet d’entraînement et d’exacerbation à des niveaux de prix extrêmes, ce qu’on appelle des bulles financières ou krachs.

Les travers de comportement sont :

-    cognitifs (voir les biais cognitifs), liés à la compréhension, à la mémoire, aux habitudes mentales (les « heuristiques »),

-    émotionnels (peurs, envies, admirations, répulsions, fierté…),

-    individuels ou collectifs (mimétismes de groupe ou de foule),

L’exemple des prophéties autoréalisatrices (on me dit que cette action va monter donc j’achète, d’autres en font autant, le cours monte, j’en conclues que mon conseil a eu raison).

Ces  dysfonctionnements  touchent  aussi  les  États  et  les  firmes  (technocratie, bureaucratie, travers idéologiques), ainsi que l’opinion publique et les électeurs dans un système représentatif.

Comme l’a observé christian Morel (2002, p. 244, p. 282), il arrive que les individus prennent collectivement des décisions qui agissent avec constance dans le sens totalement   contraire   au   but   recherché   par   leur   organisation.   Ces   décisions « absurdes »  se  traduisent  par  des  erreurs  persistantes,  qui  peuvent  se  révéler catastrophiques.  Soit  les  acteurs  valident  l’erreur  initiale  et  la  persistance  dans

l’erreur initiale vient de cette validation collective; soit un des acteurs ou groupe d’acteurs   refusent   l’erreur   initiale   et   la   persistance   de   l’erreur   provient   du désaccord,  ou  encore  de  son  maintien  envers  et  contre  tout.  Une  des caractéristiques des erreurs collectives est leur étanchéité. Elles sont protégées des remises en cause extérieures par les mécanismes organisationnels d’un système de défense : l’auto-expertise, le soutien des structures entre elles, la difficile traduction d’une erreur, l’impossible immixtion, l’absence ou l’atténuation des signaux d’alerte dans les instances de coordination… L’humain peut développer par la force de l’échange collectif, une capacité à l’absurde.

Exemple du développement durable -

Six principes qui sous-tendent le modèle de Transition

Il y a, selon moi, six principes qui définissent les spécificités du concept de Transition. Ils ont émergé de l’observation du processus en cours, et je pense qu’ils résument parfaitement ce que cette approche évolutive a d’unique.

Visualisation

Le concept de visualisation a été expliqué en détail dans le chapitre 7. Dans le contexte de ces six principes, la visualisation désigne le fait que l’approche de Transition possède la conviction fondamentale que nous ne pouvons nous diriger vers quelque chose sans imaginer ce que cela fera d’y être. La vision que nous avons en tête quand nous commençons cette tâche détermine dans une large mesure l’endroit où nous arriverons. Travaillons-nous à réaliser la « Techno-explosion » d’Holmgren (voir p. 46), ou peut-être quelque chose de plus réaliste et de plus désirable ? Élaborer une vision claire et attrayante du résultat souhaité est un principe de base du processus de Transition.

Intégration

Nous ne pouvons relever un défi aussi étendu que celui du pic pétrolier et du changement climatique en choisissant de rester dans nos zones de confort, les « verts », ne parlant qu’à d’autres « verts », les hommes d’affaires à d’autres hommes d’affaires, etc. L’approche de Transition cherche à favoriser une intensité de dialogue et d’intégration rarement atteinte auparavant, et elle a commencé à développer des méthodes innovantes pour y arriver. On considère cela comme un principe de base, simplement parce que nous n’avons aucune chance de réussir sans lui.

Conscientisation

La fin de l’Âge du Pétrole est une période déroutante. Nous sommes constamment exposés à un mélange déconcertant de messages. Les médias nous présentent des tittres tels que « D’après une nouvelle étude, le déclin accentué de la production pétrolière entraîne des risques de guerres et de troubles », et « D’après une étude, les émissions de carbone augmentent plus vite que prévu », et en même temps la publicité émet le message contradictoire que le train-train habituel est notre seule perspective, que la mondialisation est le seul modèle capable de nourrir le monde et que le prochain achat nous rendra heureux. Et le constrast est parfois saisissant, avec un article sur la fonte de la couverture glacée de l’Arctique en face d’une publicité pour une nouvelle voiture ou des vols bon marché.

Les médias auxquels nous sommes de plus en plus exposés nous délivrent des messages doubles, qui peuvent nous laisser perplexes. Parfois, de nouvelles Initiatives de Transition estiment qu’elles n’ont pas trop besoin de provoquer de prise de conscience, parce que tout le monde devrait être au courant de ces problèmes aujourd’hui, mais il est essentiel de partir de la supposition que les gens ne connaissent rien sur ces questions. Nous ne devons leur supposer aucune connaissance préalable, et exposer la situation de façon aussi claire, accessible et divertissante que possible, en donnant aux gens les arguments de base pour les laisser formuler leurs propres réponses.

Résilience

Dans le chapitre 3, nous avons exploré le concept de résilience, mais il est utile de rappeler ici qu’en plus du besoin de se diriger rapidement vers une société sans carbone, la reconstruction de la résilience est centrale au concept de Transition. De fait, si l’on s’occupait de l’un sans l’autre, on ne relèverait aucun de ces défis.

Intuitions psychologiques

Des intuitions issues de la psychologie sont également essentielles au modèle de Transition. On comprend que l’un des obstacles principaux à l’engagement est l’impression d’impuissance, d’isolement et d’écrasement que les problèmes écologiques créent souvent. Ces problèmes ne placent pas les gens dans une position d’où ils peuvent entamer une action, que ce soit en tant qu’individu ou en tant que communauté. Le modèle de Transition se sert permièrement de ces intuitions en créant une vision positive (voir principe 1, p. 141), deuxièmement en concevant des lieux sans danger où les gens peuvent parler, digérer et évaluer comment ces questions les affectent, et troisièmement en confirmant les démarches et les actions que les gens ont entreprises et en intégrant au processus autant d’occasions de fêter les réussites que possible. Ce rassemblement – le sentiment de ne pas être la seule personne au monde qui a conscience du pic pétrolier et du changement climatique et qui trouve cela effrayant – est très puissant. Il permet aux gens de sentir qu’ils participent à une réponse collective, qu’il font partie de quelques chose de plus grand qu’eux.

Solutions crédibles et appropriées

Dans le film What a Way to Go: Life at the End of Empire, Tim Bennett parle de ce qu’il appelle le « chapitre heureux », à la fin de la plupart des livres sur l’environnement, qui consacrent neuf chapitres à vous expliquer combien tout est horrible, et un à la fin avec quelques solutions-bonus. De même, j’ai entendu bien des conférences où l’orateur exposait l’ampleur du défi climatique, et terminait par une diapositive où il était question de diminuer nos thermostats et de changer nos ampoules.

Il est important que les Initiatives de Transition, après avoir présenté les arguments du pic pétrolier et du changement climatique, permettent aux gens d’explorer des solutions à une échelle crédible. L’une des raisons de ce qu’on peut appeler le « syndrome des ampoules électriques » est que les gens ne peuvent souvent imaginer que deux niveaux de réponses : soit les individus font des choses chez eux, soit le gouvernement agit à l’échelon national. Le modèle de Transition explore le terrain entre les deux : ce qui peut être accompli au niveau de la communauté.

(Traduction par Guy Morant, d’après The Transition Handbook, de Rob Hopkins)

La coproduction de la ville passera par l’intelligence collective
Serge Soudoplatoff de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), introduisait la première table-ronde sur le thème « Quel sens donner au monde des données ouvertes ? ». Observant les exemples étrangers, l’enseignant et entrepreneur expliquait que passer à l’intelligence collective exigeait un changement profond des modes de gouvernance de l’administration. Ce changement de paradigme va obliger les municipalités à passer à un mode collaboratif, ce qui implique de « dépasser les clivages politiques habituels des partis qui s’affrontent ».

Un constat que ne renie pas Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris chargé de l’innovation : « Nous vivons une période de transformation profonde. Quand il y a ce type de rupture technologique, c’est l’ensemble des secteurs de la société qui sont transformés et il n’y a aucune raison pour que la politique ne soit pas transformée ». L’élu perçoit l’open data comme une brique dans cette nouvelle forme de gouvernance entre gouvernants et gouvernés dans une ville qui serait coproduite. Afin de parvenir à cela, les asymétries d’information actuelles doivent être réduites : « pour lutter contre cette asymétrie de l’information, il faut ouvrir les données afin qu’elles puissent être traitées par tous ». Pour le sociologue des médias, la ville doit se gérer un peu comme une entreprise avec un contrat de performance qu’elle garantirait à ses concitoyens. 
Jusqu’à aujourd’hui, l’organisation de la plupart des villes du monde se fait en silos : des directions puissantes qui communiquent peu entre elles, contribuant ainsi à l’inertie de la puissance publique telle que les citoyens se l’imaginent volontiers. Il apparaît aujourd’hui nécessaire de décloisonner et d’assurer les transversalités entre les différents services de la ville : « ce modèle est une révolution par rapport aux modèles d’organisations dans les villes du monde entier », ajoute-t-il.

Michael Cross, journaliste au Guardian et initiateur du mouvement de l’open data (Free our data) en Europe est revenu sur la transparence permise par l’ouverture des données. Une transparence perceptible notamment depuis l’élection du nouveau gouvernement anglais.

François Bancilhon, CEO du site Data-publica, un annuaire de données lancé en septembre dernier, expliquait quant à lui que l’ouverture des données allait permettre aux citoyens d’accéder en plus grand nombre à l’ensemble des données produites pour pouvoir « optimiser les systèmes, de transport, d’énergie, de livraison de marchandises… et définir les stratégies du futur ». Et ainsi anticiper des catastrophes sanitaires telles que la canicule de 2003 ou le blocage de l’autoroute A6 en décembre dernier.

Avoir confiance en la capacité créative des citoyens
La deuxième table-ronde « L’opendata, on fait comment ? » abordait les expériences concrètes des villes de Rennes, pionnière en France, et d’Edmonton, pionnière au Canada et dans le monde. Xavier Crouan, directeur de l’Information et de l’innovation numérique de la Ville de Rennes et Rennes Métropole, est revenu sur le lancement du concours lancé suite à l’ouverture des données de la ville sur le site data.rennes-metropole en février 2010. « Un accélérateur formidable pour développer des applications,juge-t-il, mais aussi un moyen d’orienter nos politiques publiques sur l’accessibilité ou l’éco-mobilité, par exemple ». A l’issue de ce concours récemment clôturé, 50 applications ont été créées et 43 retenues pour être soumises à un vote du public, dont les résultats seront dévoilés le 30 mars prochain. Pour Xavier Crouan, cette démarche a avant tout permis de faire appel à la « capacité créative des citoyens », qui dessinent ainsi eux-mêmes les services dont ils ont besoin. Ce constant confirmant que l’innovation sociale n’est plus seulement du ressort des institutions mais des citoyens eux-mêmes. Pour Rennes, cette action a permis de « mettre en dynamique des acteurs du territoire qui ne se parlaient pas, autour d’une animation territoriale ».

A Nantes au contraire, ce n’est pas la Ville qui a pris l’initiative d’ouvrir ses données publiques, rappelle Claire Gallon de l’association LiberTIC. A l’inverse de ce qui s’est passé dans d’autres municipalités, c’est une communauté de « valorisateurs » présente sur le terrain, dont beaucoup de développeurs intéressés par le potentiel de cette libération, qui ont effectué un travail de sensibilisation et de lobbying auprès des citoyens. « Grâce à ce travail de mobilisation, on a réussi à interpeller les élus », confirme Claire Gallon. Résultat, Nantes a annoncé amorcé le processus d’ouverture de ses données publiques, le 3 février dernier.

Comme quoi, l’implusion peut aussi venir de la « base électorale » qui y voit aujourd’hui un moyen de pouvoir prendre la parole. Encore faut-il que cette ouverture des données publiques ne soit pas réservé à une élite, les villes devant prendre leur rôle de pédagogue très au sérieux sur ce point. Car comme le rappelle Jean-Louis Missika, « si nous sommes capables de produire de la délibération intelligente, de construire des outils adaptés et d’avoir des gens qui puissent s’en emparer, alors nous entrerons dans un monde où le citoyen ordinaire aura non seulement son mot à dire mais pourra véritablement participer à une décision politique de niveau local ou de niveau national ». Une révolution, cela va sans dire.

Lire aussi :

Crédit photo : RSLN Magazine

 

La créativité managériale : nouveau « Graal » du leader dans un monde complexe ?

vendredi 06 août 2010 11:34

La créativité managériale, qualité de leadership numéro un dans un monde de plus en plus complexe, tel est l’un des enseignements de l’ « IBM Global CEO Study 2010 »

IBM a interrogé 1541 dirigeants et hauts responsables des secteurs public et privé à travers le monde dans le cadre de l’IBM « Global CEO Study ».
La complexité à laquelle les dirigeants et leurs organisations doivent faire face, est aujourd’hui leur principale préoccupation ; d’autant plus que 79% d’entre eux prévoient un accroissement significatif du niveau de complexité dans les cinq années à venir.

Dans ce contexte, l’étude révèle que, pour tirer parti de cette complexité croissante, 60% des dirigeants considèrent que la créativité managériale sera la qualité de leadership la plus importante pour les cinq années à venir.

Qu’entend t’on vraiment par complexité ? Quels sont les concepts et pratiques derrière la notion de créativité managériale ? Quelles sont les implications pour les leaders, leurs organisations et les consultants qui les accompagnent ?
Essayons de donner un éclairage à ces trois questions.

Complexité quand tu nous tiens…
Le fort niveau de complexité provient à la fois de la multiplication et la complexification des facteurs de l’écosystème de l’organisation.
Alors qu’en 2004, les dirigeants nous disaient que les facteurs de marché et de compétitivité étaient les plus importants, ils nous signifient aujourd’hui qu’il faut jongler quotidiennement avec davantage de facteurs et d’inconnues.

Il s’agit des facteurs de marché bien sûr mais aussi, et à jeu presque égal, des facteurs technologiques, humains, réglementaires, de responsabilité sociale et des facteurs macro économiques dans un contexte de plus grande volatilité, d’incertitude et de changements rapides.

Last but not least, à cela s’ajoutent d’autres facteurs comme les désordres climatiques ‘extraordinaires’ dont les occurrences sont plus nombreuses…tel un volcan islandais qui se ‘réveille’, et un secteur du transport aérien qui perd en quelques jours une partie de la marge opérationnelle si difficilement gagnée pendant le reste de l’année…

Finalement, les préceptes d’Edgar Morin, notre grand chantre de la pensée complexe, sont plus que jamais d’actualité!

La créativité managériale : le nouveau « Graal » du leader dans un monde complexe ?

Il n’est finalement pas surprenant que, pour faire face à un monde de plus en plus compétitif, complexe et incertain, la créativité soit la première qualité mise en avant par les dirigeants.
La créativité managériale évoquée dans les réponses des dirigeants interrogés fait référence à un style de management
Le style de management des leaders « créatifs » de demain comprend les quatre caractéristiques suivantes :

1. le « changement continu » est leur leitmotiv.
Le corollaire est qu’ils décident plus vite malgrè les incertitudes, remettent davantage en cause leurs plans stratégiques, les modes opératoires et business models existants même si ceux-ci réussissent bien.
2. Le management par persuasion et influence est largement préféré au management hiérarchique traditionnel ou l’autorité du « Chef » suffit.
3.Leur communication est davantage « virale » que « descendante ».
Ils favorisent et utilisent les réseaux sociaux, blogs et les « table-rondes géantes sur internet » ou se retrouvent collaborateurs et dirigeants de toute l’entreprise pour échanger idées et points de vue sur internet (sessions JAM inventées par IBM).
4. Ils n’hésitent pas à aller hors des sentiers battus, à contre-courant et, pour ce faire, à expérimenter de nouveaux concepts ou idées.

La créativité comme première pierre d’un nouveau paradigme managérial ?

L’on peut se demander si la créativité managériale érigée en style de leadership ne préfigure pas un nouveau paradigme managérial dont elle serait la première pierre.

Gary Hamel préconisait en 2007 dans son ouvrage « The Future of Management » que le management devait changer, que les modèles managériaux actuels avaient vécus ; d’ailleurs, nombre de ses conseils se recoupent avec le style de management du leader « créatif » que les 1541 dirigeants de l’ « IBM Global CEO Study 2010 » ont mis en exergue.

En conséquence, les leaders et le comité de direction aujourd’hui et, par capillarité, les équipes de management puis l’ensemble de l’organisation devront demain développer des aptitudes nouvelles.

Les recettes du passé ne suffisent plus ; et il s’agit d’être encore plus à l’aise avec l’incertitude et la complexité. D’où une nécessité de stimuler encore davantage une créativité intuitive, réflexive et « débridée » pour développer vision, stratégies et tactiques qui soient innovantes et différentiatrices tout en motivant les hommes et donnant du sens à l’action !

C’est un challenge de plus pour les dirigeants et leurs équipes.
Outre des changements individuels, cela nécessitera un changement collectif durable via, notamment, une évolution de la culture d’entreprise qui devra intégrer ce nouveau paradigme.

C’est aussi un challenge pour les consultants qui accompagnent ces organisations. Les interventions à forte valeur ajoutée pourraient se situer à l’interstice du conseil en management et du coaching d’organisation. A nous consultants d’adopter davantage une « posture basse » et d’aider nos clients à accélérer leur transformation en faisant davantage émerger – au sein même de leur organisations -stratégies, solutions et comportements créatifs !

lundi 14 février 2011 17:52 Olivier Zara

Le management “à la française” est encore trop marqué par sa sa vision taylorienne du travail et il doit accepter les grandes ruptures induites par les technologies de l’information et de la communication.

Crédit : FotoliaDans des environnements toujours plus incertains et turbulents, la vieille organisation pyramidale s’efface au profit de l’organisation en réseau. Désormais, le contrat l’emporte sur la contrainte, la responsabilité sur l’obéissance, le désordre sur l’ordre, le risque partagé sur la limitation du hasard, le projet sur la discipline, l’enjeu sur l’objectif quantifié, enfin l’information co-élaborée et échangée sur l’information diffusée et contrôlée.

Sur fond d’avènement d’une société en réseau(x), notre époque est marquée par la convergence de quatre ruptures majeures :

-  une rupture méthodologique, la globalisation devant nous conduire à cesser de penser en binaire dès lors qu’elle nous fait entrer dans une économie de la relation (les liens permanents et fluctuants d’une pensée complexe) ;

une rupture technologique, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (ntic) faisant éclater les unités de temps, de territoire, de fonction, de direction qui avaient structuré notre histoire et elles en redessinent la signification ;

une rupture quantitative basée sur une abondance qui, d’une part, permet de moins en moins à l’individu de faire des choix de type « info-comparatifs » l’obligeant à faire confiance et à déléguer cette responsabilité à un tiers et d’autre part, nous fait sortir chaque jour davantage d’une logique industrielle de la production pour passer à une logique de la solution, de l’usage et de la pertinence ;

enfin, une rupture qualitative due à une économie de l’immatériel dont le fonctionnement est à l’opposé de celui de l’économie matérielle (qualitatif versus quantitatif), la production de biens engendrant des coûts de production, de reproduction, de distribution et de saturation, tandis que la production de services n’a pas de coûts marginaux (reproduction, distribution), pas de saturation, pas de limite de capacité…

TROP DE RETENTION D’INFORMATIONS

Ces ruptures entraînent des mutations comportementales (nouvelles approches du temps, de l’espace, des choix, des relations) et une régulation plus dynamique et plus complexe. Elles sont autant de défis à relever par le management. Au niveau de l’utilisateur, il s’agira de comprendre que les ntic permettent plus mais pas automatiquement mieux (de bons serviteurs mais de mauvais maîtres). Au niveau collectif, la pression concurrentielle permanente, la globalisation économique mais aussi juridique et judiciaire, le défi de la propriété intellectuelle demandent une souplesse et une réactivité qu’il n’est pas simple à mettre en musique et dont le rythme imposé est souvent antinomique avec celui de la pensée stratégique. Ainsi vivons-nous désormais dans le règne de l’info-bésité et dans le culte de l’urgence.

Or, loin d’en avoir pris toute la mesure, le management à la française pense le neuf avec le vieux et plaque sa vision taylorienne du travail à une société du savoir où le contrôle de l’information est un leurre et aboutit inexorablement au stress et à la souffrance, à la démotivation et au ressentiment. Alors que les nouvelles technologies ont été implémentées dans l’entreprise, la formation des managers n’a pas pris la mesure des changements induits.

Le management français assoit généralement son pouvoir sur la rétention d’informations et un fonctionnement en petit cercles de pouvoir : cette volonté de tout contrôler est contre-productive face au déferlement d’informations. Elle n’est pas en mesure de canaliser les flux car elle possède une vision trop restrictive du travail en réseau. Trop importants pour le manager, ce dernier déverse généralement les flux d’information sur son subordonné pour les analyser. Lui-même le vit comme un surcroît de pression. Résultat : l’information sera traitée de façon aléatoire sans forcément en extraire les signaux de risques ou d’opportunités. Or, la connaissance naît d’un partage collectif : c’est de ces informations enrichies par une expérience commune que découlent des décisions opérationnelles.

UNE REVOLUTION POUR EVITER LA REVOLTE

Et après ? Dans notre société d’héritiers restée encore trop pyramidale, les technologies et les modes de management dominants sont en train de désacraliser les lieux de coopération, de connivence et donc, de construction de la connaissance. C’est ainsi que la fuite des cerveaux, ou plutôt l’émigration des travailleurs du savoir vers des cieux plus propices, est largement due à un management déphasé qui, loin d’assouplir les organisations, développe une bureaucratie d’un nouveau genre, insupportable : dans cet univers kafkaïen, l’information est étourdissante, elle étouffe et elle asphyxie dès lors qu’elle n’est pas structurée, hiérarchisée et partagée. Surgissant à l’improviste, elle ne cesse de casser le rythme de travail ou l’attention. Faute de communication, les organisations s’enlisent et le doute s’installe favorisant un climat de défiance, une société d’audit et un accroissement sans précédent du harcèlement moral. Loin de libérer la conscience, la société du savoir l’aliène.

Alors que faire ?

Lâcher prise et cesser de penser le management en termes de recettes.
Oublier l’idéologie de la solution pour lui préférer la dynamique de la communication. Et prendre acte, dans les faits, des mutations en cours.
Abandonner le management issu de la vieille organisation pyramidale pour lui préférer celui de l’organisation en réseau.
Favoriser le contrat, s’appuyer sur la responsabilité de chacun, accepter le désordre et le risque partagé, préférer le projet à la discipline, l’enjeu à l’objectif quantifié, enfin l’information co-élaborée et échangée sur l’information diffusée et contrôlée.

En somme, le management doit effectuer une révolution s’il veut éviter une révolte…

 

Le Web 2.0 en entreprise est censé donner naissance à l’«Entreprise 2.0». Or, la technologie n’est qu’un support de l’intelligence collective et non un moyen de l’obtenir. Du coup, hormis les natives du Web 2.0, la plupart des entreprises oscillent entre pipeau et omerta.

 

jeudi 06 janvier 2011 11:48 Olivier Zara

Vous avez sûrement dû entendre au moins une fois l’expression «Entreprise 2.0» qui fait référence à la mise en œuvre des outils Web 2.0 dans une organisation.

Pourtant, le Web 2.0 ne décrit pas une nouvelle version d’un logiciel mais un concept, celui du Web participatif, du Web de la co-construction, de la co-création, de l’intelligence collective. Et avant lui, le Web 1.0 n’est nullement une ancienne version ou génération de logiciels mais un concept, celui du Web informatif, le Web de l’information et de la communication.

Nous avons besoin du Web 2.0 ET du Web 1.0 et nous en aurons toujours besoin parce que chacun a son utilité dans un contexte ou pour un objectif particulier. Aujourd’hui peu de services sont totalement 1.0 ou totalement 2.0, ils sont souvent hybrides. On pourrait presque dire 1.5 !

Prenons un quotidien classique de presse. C’est un média 1.0 (communication top down d’un seul journaliste vers des milliers de lecteurs) mais à partir du moment où le lecteur peut faire un commentaire (co-construction du contenu proposé par un journaliste puis enrichi par les lecteurs), ce média 1.0 a une petite couche 2.0. Je dis une petite couche parce que cela reste un média 1.0 étant donné que le contenu du journaliste est au cœur du dispositif tandis que les commentaires sont annexes et surtout parce que la plupart des journalistes ne répondent pas aux commentaires et n’entrent pas en conversation, en mode co-construction contrairement à la plupart des «vrais» blogueurs.

IMPLEMENTER LE 2.0 DANS L’ENTREPRISE

Après les médias traditionnels (presse, radio, TV) et sociaux (Facebook, blogosphère, Twittosphère, Youtube, Flickr,…), il est normal qu’on se pose aujourd’hui la question de l’implémentation du Web 2.0 dans l’entreprise.

Un logiciel dont l’ADN est 1.0 peut devenir 2.0 à travers des usages “détournés” ou “inventés”. De même, un logiciel dont l’ADN est 2.0 peut être exclusivement utilisé dans une optique 1.0. Mais, si vous prenez un stylo pour vous peigner, vous serez moins efficace qu’avec un peigne. Ces usages “déviants” sont donc le plus souvent très contre-productifs. Au lieu de gagner du temps collectivement, on en perd ! Un logiciel utilisé dans une entreprise doit absolument s’intégrer dans des processus de management précis tout comme les ERP. Une formation technique à l’outil lui-même ne suffit pas.

Quand une entreprise se crée et que son dirigeant fonctionne dans une logique 2.0, tout va bien. Quand une entreprise est née bien avant la naissance de ces outils, cela se passe moins bien parce que cela induit une transformation partielle de l’organisation. Sur le long terme, tous les dirigeants ont pris conscience que ces outils permettraient d’obtenir une performance collective supérieure à la somme des performances individuelles. Mais, la transformation 2.0 impacte une partie de la culture d’entreprise (certaines valeurs, comportements), les compétences managériales (savoir organiser une réflexion collective dans une logique de co-création), le fonctionnement et l’organisation (superposition des silos et de processus transverses au sein de la même organisation). Et là, ils sont pris de vertige.

Certains dirigeants renoncent : ils vivent une crise existentielle quasi insurmontable… si proche de la retraite. D’autres choisissent la solution de facilité : acheter une solution 2.0. Ainsi naît le web2washing ou pipeau 2.0 qui trouve son origine dans l’omerta 2.0. Qu’est-ce-à-dire ?

L’entreprise 2.0 est pour l’instant un idéal macroscopique et une réalité microscopique. Traduction: beaucoup de bonnes pratiques au niveau local (département, équipe, projet, communauté,…) et pas grand-chose au niveau global (toute l’entreprise) dans la durée. Pourtant, certaines personnes continuent à affirmer le contraire selon 2 dynamiques, le pipeau 2.0 et l’omerta 2.0 qui ont en commun l’achat d’une solution 2.0 :

1. Le pipeau 2.0 ou comment travailler sa marque employeur façon “mousse”
Une entreprise déclarait récemment dans une table ronde : “Nous sommes une entreprise 2.0″. Ayant quelques “amis” dans la place, je me “renseigne” et découvre un grand écart entre ce qu’affirment les dirigeants de l’entreprise et la réalité du salarié en bas de l’échelle ou au milieu. On arrive à cette situation quand on achète une solution 2.0 que peu de personnes utilisent dans la durée, c’est-à-dire au-delà des quelques mois qui suivent la réussite du projet pilote réunissant les geeks de service. A ce moment-là, le seul ROI possible consiste à faire mousser sa marque employeur vis-à-vis des Gen Y. En fait, les dirigeants sont victimes de l’omerta 2.0.

2. L’omerta 2.0 : le pacte de non agression
Après l’euphorie du lancement, quand les geeks et créatifs culturels découvrent que leur contribution au collectif n’est pas prise en compte dans l’entretien annuel d’évaluation, l’omerta s’installe.
Le salarié n’a aucun intérêt à se vanter de ne pas “collaborer” ou à s’en plaindre. Le manager préfère que chacun se concentre sur ses objectifs individuels afin qu’il puisse atteindre ses propres objectifs. La DSI n’a pas intérêt à alerter les dirigeants sur le problème : beaucoup d’argent investi dans une solution informatique à l’abandon. Les éditeurs doivent vendre et ne vont pas faire des études de cas sur ces échecs. Les dirigeants d’une entreprise ne traitent que les problèmes qui remontent à eux, or l’omerta a fait disparaître le problème et ils peuvent donc de bonne foi faire du pipeau 2.0. Bienvenue dans le monde de Candide : tout va pour le mieux !

Pipeau et omerta sont dans le même bateau. Dans une optique de développement durable, il est urgent de couler le bateau. Quand on parle 2.0, il y a une règle simple :

CE QUI N’EXISTE PAS DANS LE REEL, N’EXISTE PAS DANS LE VIRTUEL

Une organisation doit d’abord créer en face à face au quotidien une dynamique participative, de co-construction, de co-création, de connexion des intelligences et des savoirs avant de se poser la question des logiciels. Une solution 2.0 ne change pas la culture, les compétences managériales ou les modes de travail pour une raison très simple : trop peu de personnes utilisent ces solutions dans la durée. Oui, une solution 2.0 pourrait transformer une organisation mais à condition d’être utilisée !
L’organisation hiérarchique pyramidale est le meilleur système pour exécuter des décisions, pour produire, pour les activités courantes. Mais, c’est le pire système qui existe pour prendre des décisions, innover, résoudre des problèmes ou partager des bonnes pratiques. On a donc besoin d’une organisation intelligente… aussi ! On pourrait parler de la mise en place d’une organisation chaordique qui sait faire coexister l’ordre 1.0 et le chaos 2.0. Il faut apprendre à gérer ce paradoxe pour qu’un jour on ne parle plus de pipeau ou d’omerta…

Pour cela, je propose de transformer l’intelligence collective en « temps » et non en espaces / territoires.On ne peut pas faire co-exister un territoire 1.0 et un territoire 2.0 mais on peut faire co-exister un territoire 1.0 avec un temps 2.0. L’intelligence collective deviendrait une sorte d’horloge. Dans ce cadre, mon livre « Le management de l’intelligence collective » décrirait le fonctionnement de cette horloge : quand, pourquoi, comment utiliser cette horloge ?

L ‘expression “Entreprise 2.0″ est à la mode, mais je lui préfère “entreprise intelligente” parce que la technologie n’est qu’un support de l’intelligence collective et non un moyen de l’obtenir. “Entreprise 2.0″ est un concept marketing visant à accélérer la vente de solutions logiciels et conseils à des entreprises 1.0. Cette approche marketing me semble finalement contre-productive puisqu’elle culpabilise l’entreprise dans sa culture et son fonctionnement. Si l’entreprise 1.0 est consciente de l’importance du Web 2.0, elle n’est pas pour autant prête à changer de culture. Nous sommes donc dans une impasse et je vous ai proposé quelques pistes pour en sortir. L’entreprise intelligente, c’est l’organisation qui laisse l’entreprise 1.0 vivre sa vie et qui organise des espaces et des temps 2.0 autour de l’entreprise 1.0.

L’intelligence du corps ou intelligence reptilienne: un outil très important dans la mise en place de l’intelligence collective. Avons nous besoin d’être en contact par l’action collective pour développer l’intelligence collective ?

Espace stéréoscopique pour corps sonore, un entretien d’Enrico Pitozzi avec Isabelle Choinière

Enrico Pitozzi, décembre 2009, section entretiens

Corps médiatisé et degrés de présence

 

Isabelle Choinière, La démence des anges, 2002, photo : Frédérique Bolté

E. P. : Vos compositions interrogent la relation entre le corps et les dispositifs technologiques. Dans la Démence des anges, 2002,  vous avez travaillé avec des corps liés en réseau, dans une forme de « présence à distance ». Pourriez-vous élaborer – aussi du point de vue de la composition technique – sur la réalisation et les implications esthétiques de votre travail en relation au concept de présence ?

I. C. : Pour développer le projet de la Démence j’ai travaillé avec Thierry Fournier, musicien et informaticien formé en partie à l’IRCAM de Paris. Nous avons développé un système qui permet de traiter des informations capturées en temps réel via le réseau par le biais de lignes Internet et de lignes dédiées-ISDN.

Du point de vue temporel, il s’agit d’un traitement de données provenant du mouvement et du corps selon les modèles de transmission en réseau. Dans ce type de traitement, chaque retard dans la transmission a une répercussion sur la qualité du mouvement visualisé. Par exemple si le traitement des données accuse un retard, le mouvement visualisé aura une apparence plutôt mécanique, alors que si le flux des données est constant et régulier, la visualisation rendra un flux plus organique. Nous avons donc expérimenté plusieurs stratégies sur la question de la perception de la corporalité.

Le premier aspect concerne la présence médiatique. Pour rendre compte de l’aspect performatif des corps médiatisés et retransmis en temps réel en image et en son, ou de la corporalité de l’image en temps réel pour le dire autrement, nous avons retenu les services d’une répétitrice, auparavant elle-même danseuse dans la troupe de théâtre québécois multimédia l’Écran Humain. Cette répétitrice, Sophie Michaud, avait l’expérience de la médiatisation de son corps. Au début du travail, il nous était difficile de faire sentir que ce corps projeté en réseau était une vraie personne, une performeuse en temps réel. Sophie a donc travaillé et dirigé chacune des danseuses via sa manifestation médiatique, son corps médié – sous forme vidéo et sonore. Elle nous donnait les instructions via le système de visioconférence, car nous étions dans l’autre pièce. Pour le travail relatif à cette création, nous avions loué deux espaces à proximité l’un de l’autre dans le même théâtre, mais nous avions gardé la même connectique (lignes ISDN et Internet) pour avoir la même situation technologique qu’en représentation. La question du délai dans la transmission d’un lieu à un autre constitue une importante problématique de la présence médiatique. Pour atteindre une présence performative, charismatique à distance, ce problème de décalage devait être surmonté. Nous avons donc corrigé le délai dans la programmation de MAX, en quelque sorte le cerveau qui contrôlait tous les échanges technologiques du spectacle en réseau. Toutefois, lors du travail avec la répétitrice, nous avons conservé un très léger délai pour marquer l’identité d’un corps transmis via le réseau, en contrepoint avec un corps qui serait préenregistré et diffusé en vidéo.

 

Isabelle Choinière, La démence des anges, 2002, photo : Frédérique Bolté

Le deuxième aspect concerne le type de technologie employé. Pour favoriser l’expression et la perception d’un corps vivant, organique, nous avons dû tester une quantité de projecteurs numériques d’une part, et analogues (à trois tubes) d’autre part. Finalement nous avons retenu les projecteurs à tube pour leur qualité de la lumière totalement différente. Celle du projecteur à tube est une lumière vivante, vibrante, tu as l’impression que la lumière respire, les couleurs sont très riches et lumineuses ; tandis que celle du projecteur numérique est plutôt éteinte. L’ensemble de  ce travail nous a porté à réfléchir sur les différentes stratégies pour rendre présent le corps médiatisé. La réalisation du projet a nécessité l’utilisation de projections et donc de dimensions spatiales différentes et simultanées. Un espace réel devant public, et un espace lointain – dans une autre ville ou continent – ou vice-versa, dans une chambre à côté, toutefois présents à travers les projections des traces d’un autre corps provenant d’un espace ailleurs.

E.P. : La présence, en ce sens, se manifeste dans un processus constant de multiplication. Je parlerais donc d’une présence qui se donne par degrés : autant dans ses traces visuelles que dans ses traces sonores, par exemple.

 

Isabelle Choinière, La démence des anges, 2002, photo : Frédérique Bolté

I. C. : Oui, dans La démence des Anges il y a différentes dimensions de présence. Il y a les traces lumineuses – corps de lumière – qui amplifient une région particulière du corps, qui permettent la présence de trou noir; comme des corps noirs qui contournent les corps de lumière. Cette idée du Corps noir me vient de la lecture de Vie et mort de l’Image de Régis Debray. Avec la Démence, j’étais préoccupée par le déplacement du sacré vers les technologies. Plus précisément sur l’idée du démiurge, et la capacité d’être à plusieurs endroits en même temps. Régis Debray produit une analyse de l’évolution de la représentation du corps occidental dans l’histoire du sacré, plus précisément du judéo-christianisme. Avec l’éclairagiste François Roupinian, j’ai travaillé à créer des corps lumineux, avec les éclairages seulement ou en composition avec le travail vidéo par différentes auréoles de lumières,  et des corps noirs, en quelque sorte des masses négatives du corps.

Il y a aussi une dimension de la présence strictement sonore. Les voix et les gestes des interprètes sont captés par une série de microphones et de capteurs placés sur leurs corps. Ces données sont transférées simultanément dans l’espace de la performance et en réseau pour former ce que nous avons nommé un duo à distance. Un corps synthétique se construit donc par le croisement entre les corps physiques, matériels, et leurs projections réciproques, mais également par des effets de persistance rétinienne. Sur scène, les signes des corps sont mêlés aux corps physiques, jusqu’à se confondre.

Cette intervention se développe donc simultanément en deux lieux différents communiquant avec des interfaces de réseau. Dans chaque lieu, on trouve un interprète et des spectateurs. Les deux interprètes engendrent, en temps réel, par leur propre mouvement, le son et l’image projetés, et perçus, à l’intérieur de l’espace de l’autre. Ce processus invite à reconfigurer, par conséquent, la perception du performeur en action et crée une superposition et une confusion de dimensions « réelles ».

Le corps sonore : vers une nouvelle géographie de la perception

Le paradigme de la transformation : corps collectif et empathie

Le corps sonore : vers une nouvelle géographie de la perception

 

Isabelle Choinière, La démence des anges, 2002, photo : Frédérique Bolté

E. P. : À plusieurs occasions, vous avez parlé, par rapport à votre travail, de corps sonore, donc d’un devenir sonore du corps. Pourriez-vous poursuivre plus en détails sur cet aspect de votre production ?

I. C. : Voyons brièvement l’historique de l’évolution de cette idée. Dans la Démence des anges, Je poursuivais le travail amorcé sur le Corps sonore dansCommunion en 1996. À cette étape, je travaillais déjà sur l’idée d’un corps sonore issu du corps réel. Mais ce corps sonore n’était pas un double, mais plutôt une nouvelle manifestation issue d’un apprentissage proprioceptif induit par l’influence de la technologie comme élément de déstabilisation extéroceptif. Bien évidemment, cette transformation de la nature du corps même demande du temps.

Dans Communion, j’ai travaillé la relation avec le son partiellement dans un rapport de causalité. Dans la Démence des anges, on a complexifié cela au niveau des dynamiques en continu, mais aussi en situation de temps réel en réseau, donc de duo à distance. Dans la Démence par contre, nous avons dû développer nos propres senseurs car il n’en n’existait pas pour la dynamique ou la nature du corps en mouvement. Les senseurs disponibles répondaient à des logiques cartésiennes (plan x, y, z) ou autres liées aux besoins des fabricants de voiture, machines diverses. Je voulais donc des capteurs qui me permettent de bouger d’une manière fine, subtile, lente et également qui me permettrait de bouger d’une façon brusque, rapide. Des capteurs qui me donnent accès à toute la gamme de dynamiques du mouvement, pour développer un discours sur la corporalité et non l’appauvrir. Ces capteurs conçus sur mesure ont favorisé une écriture mutante, croisée, avec l’accès à tous les registres nécessaires pour créer de la musique et du mouvement en situation totale d’interdépendance.

E. P. La direction de votre dernier projet de création évolue selon un agencement bien plus développé  entre le mouvement et la spatialisation du son.

 

Isabelle Choinière, 3ème création, phase ll, 2006/8, Danseuses :Isabelle Choinière, Marie-Josée Boulanger, Sophie Goulet-Delisle, Soraïda Caron, Rosalie Famelart, photo : Hugo Lafrance

I. C. : C’est avec la nouvelle création en progrès – Meat Paradoxe, 2008 – que les véritables outils pour enrichir la corporalité, par le biais du corps sonore entre autres, se sont mis en place. Dans les différentes étapes de création, j’ai éprouvé le désir intense de sortir du rapport d’instrumentalisation de la technologie qui enferme la plupart du temps les performeurs. De plus la ferme intention d’enrichir l’expérientiel de la corporalité et d’utiliser les techniques de la somatiques issues de mon bagage d’apprentissage ont servi de déclencheur de la méthode en expérimentation. Nous travaillons donc sur la modification de la corporalité.

Lors de la phase ll qui a eu lieu à l’Université du Québec à Montréal – UQAM, et au centre des arts d’Enghien-les-Bains en France, nous avons commencé à développer l’idée d’une synesthésie sonore. Le but était de construire les relations entre un corps collectif de performeuses, et la création de son en temps réel, ce qui nous sortait justement de cette instrumentalisation. On a alors commencé à développer l’idée du corps sonore collectif. Cette démarche nous permettait de réfléchir sur une structure chorégraphique et des dynamiques artistiques qui parlaient de la complexité et de l’interconnexion dans laquelle le monde actuel nous plonge. Les danseuses ont dû développer un sens élargi d’elle-même tant au niveau du mouvement, au niveau de la production sonore en temps réel, qu’au niveau des relations tissées entre ces deux entités.

À partir de ma rencontre avec la compositrice Dominique Besson en décembre 2007, ce travail a pu trouver une expression au niveau musical. Dominique était intéressée presque autant que moi, à développer un laboratoire où les expressions artistiques seraient transformées par l’expérience de la modification de la corporalité. En avril-mai 2008, nous avons été accueillies au CDC-Centre de développement chorégraphique de Grenoble où nous avons testé de nouvelles dynamiques relationnelles réelles et médiées. Un authentique développement de l’enrichissement de l’expérientiel a pris corps et, suite à cette résidence, la création a pris le nom de Meat Paradoxe.

 

Le Ring : Dominique Besson, Antoine Schmitt et Olivier Koechlin

Pour être en mesure de se concentrer sur la dimension artistique, Dominique a fait faire le développement en temps-réel sur son outil de spatialisation, Le RING, en amont. Pour avoir une description et un témoignage de cette phase de travail tant au niveau artistique que technologique, le lecteur peut accéder à son article, dont l’adresse paraît dans la section Liens Internet.

Quand je parle de corps sonore, je réfère en première instance à une dimension du corps qui est engendrée en temps réel par les danseuses, donc qui entre parfaitement dans le concept de chorégraphie élargie – en référence aux philosophies orientales qui m’ont inspirée – que je développe avec ces derniers projets. Le corps sonore est donc une émanation, une dilatation du corps réel qui en constitue une vibration à laquelle on se réfère d’un point de vue sensoriel pour composer la partition.

E. P. : Ce travail sur la dimension sonore du corps implique nécessairement une redéfinition et une remise en ordre sensorielle des performeuses en direction d’une nouvelle géographie de la perception.

I. C. : Oui, ce qui est extrêmement intéressant, c’est qu’en travaillant sur le corps sonore, on peut intervenir – pour les renouveler – sur la sensorialité et sur la perception des danseuses dans leur développement dans l’espace. Ça nous permet d’un côté d’abandonner des modalités de composition déjà expérimentées, et de l’autre d’approfondir le geste en transformation continue. Ainsi, la sensorialité se réorganise et l’intériorité – une intériorité modifiée, évolutive, en transformation par la déstabilisation induite par l’extérieur technologique – est en quelque sorte médiatisée.

Cela nous permet de sortir de la sclérose chorégraphique et, de mon point de vue l’un des aspects les plus importants du travail avec les technologies, de renouveler son organisation perceptive pour engendrer de nouvelles partitions du geste. C’est aussi une modalité pour déhiérarchiser le corps. Ce qui se passe entre la performeuse et la technologie n’est pas une relation extérieure, celle-ci se fond dans le processus de travail de composition.

E. R. : Cela me fait penser à la composition de l’espace. Pourriez-vous parler de la relation qui s’instaure, du point de vue spatial, entre le corps physique et le fantôme sonore, dont nous avons précédemment parlé ?

I. C. : Je cherche toujours à composer à travers la chorégraphie une relation avec l’espace, mais cette relation n’est pas formelle, elle est plutôt relative, parce qu’elle est en relation avec l’expérience du corps. Depuis ma rencontre avec Dominique Besson, spécialiste du discours sur l’espace, nous avons pu également développer une relation dite ‘relative’ en relation avec le déplacement du son et sa spatialisation. Ce son, dans cette phase du projet, joue le rôle du sixième danseur. Il participe au discours et à la mise en place du corps collectif sonore.

Ici nous sommes dans une forme d’abstraction de la dimension cartésienne de l’espace, en privilégiant par contre une notion corporelle de l’espace, une relation relative de celui-là. Relative par rapport aux danseuses, mais aussi par rapport à l’organisation du déplacement dans l’espace des performeuses à l’unisson, donc du corps collectif, comme dans le travail de l’artiste brésilienne Lygia Clark.

 

Isabelle Choinière, 3ème création, phase ll, 2006/8, Danseuses : Isabelle Choinière, Marie-Josée Boulanger, Sophie Goulet-Delisle, Soraïda Caron, Rosalie Famelart, photo : Hugo Lafrance

Dans la phase ll, 2006, les cinq danseuses redéfinissent à chaque instant leur relation réciproque avec et dans l’espace, en engendrant, par conséquent, une autre structure chorégraphique et un autre type d’organisation des figures d’espace chorégraphique, générant ainsi le corps sonore de la performance. Cette approche de l’organisation des relations dans l’espace est similaire, même si elle ne provient pas de là, à la dynamique de l’essaim ou du swarm en anglais. Le rythme et le positionnement des danseuses dans l’espace sont déterminés en relation l’un avec l’autre et cette relation est perpétuellement en changement, dans une structure tridimensionnelle du geste et des interrelations. Dans la phase lll, réalisée avec Dominique, nous avons complexifié ce rapport en travaillant les figures d’espace chorégraphique en étroite relation avec les figures d’espaces sonores. Nous avons intégré le corps sonore spatialisé dans cette relation dite relative.

E. P. : Du point de vue du dispositif, comment ce premier niveau d’intervention sur le son est-il composé ?

Dans la phase ll, pour le dispositif, nous avons travaillé avec des microphones sans fil, dissimulés sur la tête des danseuses. Le microphone capte la respiration des danseuses pour l’élaborer successivement. Un principe de proprioception ou de synesthésie sonore participe à la complexité de la dynamique du corps collectif de la partition chorégraphique, ce qui a une résonance avec le concept de corps sonore du travail, un niveau de complexité ancré dans le principe du mouvement.
Au sol, nous avons situé des capteurs audio pour capter les vibrations du mouvement. Ces vagues sonores se propagent dans une forme organique qui peut être dynamisée et amplifiée pour créer un nouveau type de proprioception sonore. Une dimension très proche de la manipulation d’une énergie émotionnelle constitue l’espace de jeu.

Si la première forme de captation est liée au souffle ou à la dynamique de certains gestes et d’une conscience collective du geste et du souffle, donc en dehors d’un rapport de causalité, tout le travail au sol concerne une dynamique gestuelle qui passe dans un nouveau niveau du corps. Je parle en particulier de l’articulation des parties inférieures, comme les jambes. Grâce à cet outil, les vibrations se tissent un peu comme une toile d’araignée et permettent aux cinq danseuses en mouvement d’avoir une perception kinesthésique de leur corps et de produire un rendu sonore de ce corps collectif en mouvement.

Nous pourrions dire qu’il y a différents paliers sonores qui se composent organiquement dans la dimension du corps sonore. Cet aspect ne peut pas être directement référé à un corps individuel, mais plutôt à une complexité, à une masse de corps; un corps collectif composé de différentes dimensions entre lesquelles la captation du souffle ou du mouvement au sol est liée à une forme de diffusion sonore, donc à une spatialisation extrêmement rudimentaire. Ici, il n’y a pas encore de travail d’articulation artistique au niveau sonore. Nous avons commencé à l’intégrer vraiment à la phase lll où l’on a remplacé le tapis de micro-vibration par le RING qui était beaucoup plus riche en possibilités. Avec cette phase, le Ring s’oriente « dans la direction d’un système ouvert de spatialisation temps réel doté de fonctions de mémorisation graduelle du signal et des trajectoires. Interfacées comme des entrées temps réel dans le Ring, les cinq sources sonores générées par les danseuses deviennent donc ‘pilotables’ dans l’espace et dans le temps. » (Besson, 2009)

E. P. : Cette dimension temporelle complètement renouvelée caractérise le déplacement du mouvement. Pourriez-vous parler de cet aspect de Meat Paradoxe ?

 

Photo: Jean-François Gratton / Shoot Studio, Montréal 2008

I. C. : Je cherche à décliner un nouveau type de temporalité, surtout en ce qui concerne le mouvement. Je cherche aussi une certaine lenteur jusqu’à l’immobilité si nécessaire, qui donne l’idée d’un temps qui ne passe pas, un temps suspendu. Ce processus est inséré, dans mes travaux, à l’intérieur d’une plus vaste stratégie de déhiérarchisation, d’auto-organisation des repères sensoriels et perceptuels. Ceci enclenche une nouvelle stratégie d’organisation de la structure du corps, pour l’inclure dans un flux de mouvement plus précis et composite, fait de contact, de division, mais où le corps individuel perd sa place prioritaire à l’intérieur du développement de la performance.

Ce qui m’intéresse est un autre type de temporalité; une temporalité collective, parce qu’elle n’est pas liée à un seul corps et donc à l’articulation d’un seul mouvement, mais plutôt à la construction et à la relation de plusieurs mouvements et de temporalités complètement différentes les unes des autres, qui peuvent aller à l’unisson mais aussi se diversifier, se rencontrer et se séparer. Cette temporalité est reliée au mode d’auto-organisation basée sur une stratégie du mouvement transitoire de Trisha Brown, sur une radicalisation de la démarche de Paxton en s’appuyant sur ses techniques de corps tactiles, mais en poussant ses techniques jusqu’à une obsession hypnotique du contact du point de vue des danseuses. Ça veut dire mettre en résonance diverses temporalités dans un même processus de déplacement.

Le paradigme de la transformation : corps collectif et empathie

 

Photo: Jean-François Gratton / Shoot Studio, Montréal 2008

E. P. : En matière de rapprochement des corps dans l’espace, vous parlez d’une masse de corps, donc d’une certaine modalité pour reformuler la forme des corps rapprochés. La proximité spatiale entre spectateur et performeuses ne sert-elle pas aussi pour décomposer la forme du corps dans le flux du mouvement collectif ?

I.C. : Nous sommes à essayer différents modes de réception de ce  matériau sensoriel. Par exemple,  le public circule autour du corps collectif qui est présenté dans un espace circulaire où les spectateurs sont entre l’arène-zone de performance du corps collectif et l’arène (le beigne) des enceintes, soit l’octophonie par laquelle l’espace, qui est leur espace extérieur, est délimité. Depuis la phase lll et le début du travail avec la compositrice Dominique Besson, le travail sur l’espace et sur la perception s’est énormément complexifié. À cette étape, nous avons placé les spectateurs très près des corps. Nous cherchions à provoquer un effet un peu hypnotique devant cette forme complexe, devenue sonore, cette masse qui chante, qui gémit. L’effet immersif, empathique, donc de reconnaissance psycho-corporelle, si on ne prend pas pour acquis que tout le monde sait que la dimension psychologique est intégrée dans la dimension corporelle, était souhaitée. Le spectateur est immergé dans cette forme vivante sonore par la proximité qui lui enlève ses références analytiques. Car il est dans la forme, il est dans la chair, il est dans l’hyper-intime et il est immergé également par le son de cette forme qui se déplace autour de lui, traverse son espace. Il est donc en présence de deux formes auxquelles il n’est pas habitué, qui brouillent ses codes, ses repères et qui bougent autour de lui.

E. P. Je suis intéressé, à ce point, à réfléchir sur une question centrale qui concerne le passage d’un concept de représentation à celui de transformation. Parce que si nous avons la possibilité de travailler sur différentes dimensions, on n’est plus à traiter quelque chose, mais plutôt en train de transformer quelque chose dans autre chose. Tracer une trajectoire dans la matière, en quelque sorte.

I. C. : Ceci est un aspect très intéressant, et je crois que c’est possible. Peut-être est-ce un processus qui peut être acquis pendant et grâce à une certaine expérience avec les technologies. Je dirais même que cela permet que l’on renouvelle la trajectoire dans la matière du corps, du son et de l’espace.Parce que le niveau auquel je fais référence est celui de réussir à comprendre et écouter tous les passages et les transformations sensorielles que les technologies permettent de développer, et cela, à différents niveaux d’intervention. C’est encore une fois un travail d’organisation de la sensorialité, un travail proprioceptif. Et cette modalité d’écouter et d’apprendre par le mouvement dans le corps doit être porté à l’extérieur, transmis au spectateur. On peut alors questionner l’organisation perceptuelle du spectateur : des ondes émotionnelles partent des danseuses pour rejoindre le corps des spectateurs par la médiation du son.

E. P. : Dans ce contexte, on peut affirmer que ce processus de travail sur le corps sonore  redouble la dimension empathique entre le performeur et le spectateur. En autres termes, il y a – à certains niveaux – une relation empathique étonnant entre le performeur et le spectateur. Nous sommes dans une sorte de « cannibalisme du geste » opéré par le spectateur. Le spectateur regarde, et sa perception a un écho directement dans sa corporéité. Le corps sonore spatialisé dans la salle immerge directement le spectateur dans le mouvement qu’il est en train de voir. Ça c’est la transformation qui intervient directement dans la redéfinition de l’organisation perceptive du spectateur.

I. C. : C’est ici que je crois que l’on est en train d’expérimenter une vraie transformation, par le corps collectif sonore, une stratégie d’apprentissage connective et intégrative. Comme vous l’évoquiez, les recherches de Giacomo Rizzolatti sur les systèmes de neurones miroirs me semblent intéressantes, car elles amènent une explication à cette intelligence du corps et l’état non langagier d’auto-organisation auxquels nous faisons appel. C’est cet état non-langagier qui est sollicité pour transmettre les connaissances d’un corps de danseur à un autre et, probablement plus largement, du corps collectif au spectateur. C’est comme vous dîtes une question d’empathie. C’est un processus de transformation mais aussi de contamination.

 

Le Ring : Dominique Besson, Antoine Schmitt et Olivier Koechlin

Pour faire image, je dirais que ça se propage comme une onde. Que la masse des danseuses agit comme une entité qui active ce phénomène, se propage comme une onde qui contamine les autres personnes en place, notamment le public, leur apprend une autre corporalité et les emmène vers une expérience empathique symbiotique. Le temps du changement proprioceptif est long. Comprendre l’effet extéroceptif de la technologie sur des modalités perceptuelles et sensorielles demande un temps d’assimilation, et de notre part, de compréhension de la transformation en cours. C’est pour ça qu’à mon avis, il faut revoir également les modes de production si on veut vraiment réinvestir le sens, l’esthétique, la corporalité dans l’époque de changements qui nous bouleverse mais qui nous amène souvent dans un espace inspirant de révélation.

Note(s)

Cet entretien a été publié en Italien dans le magazine « Art’O_rivista di cultura e politica delle arti sceniche » sous le titre Spazio stereoscopico per corpo sonoro, Art’O, n° 28, été 2009, pp. 58-65. Archée a le plaisir d’en diffuser pour son public une version française révisée par Louise Boisclair, critique d’art, membre de l’équipe rédactionnelle d’Archée et doctorante en sémiologie, à l’UQAM, dont le projet porte sur les effets de l’image interactive sur le corps du spectateur.

 

Si nous considérons qu’un groupe humain, quelle que soit sa nature ou sa taille, constitue un superorganisme, il convient de se poser la question de l’endroit où s’élaborent les décisions qui elles-mêmes commandent ses comportements.
Les scientifiques ont depuis longtemps constaté que les groupes d ‘êtres vivants non humains, insectes sociaux (par exemple essaim d’abeilles), poissons (bancs de harengs), regroupement de mammifères (troupeaux de buffles) adoptent pour s’adapter à des changements du milieu ou pour faire face à des agressions des comportements collectifs semblant manifester une grande intelligence. Mais il s’agit de comportements qui, autant que l’on puisse juger, ne résultent pas de calculs « rationnels » réalisés au niveau du système nerveux central ou du cerveau de quelques individus jouant le rôle de leader, calculs dont les résultats sous forme d’ordres seraient communiqués aux autres par l’intermédiaire de signaux codés jouant le rôle d’un langage de commandement. 

Le groupe face à une situation nouvelle réagit comme s’il s’agissait d’un organisme à lui seul, avec souvent une rapidité de décision qui laisse supposer qu’il est contrôlé par un cerveau commun. D’où la raison pour laquelle on nomme ces groupes des superorganismes. La difficulté tient cependant au fait qu’il n’y a pas de cerveau commun et que le concept de « cerveau distribué » supposé résulter du travail en commun de tous les cerveaux individuels correspond plus à une image qu’à des faits rigoureusement observés. Les neurosciences commencent à comprendre comment les différentes aires cérébrales composant un cerveau individuel entrent en compétition ou coopération pour construire une décision ou une opinion, mais cet exemple n’a pu encore être véritablement transposé à des groupes. Il est difficile d’assimiler les individus qui les composent à des neurones ou groupes de neurones.

Les éthologues échappent à cette difficulté en faisant appel au concept d’émergence. Si un banc de harengs change brutalement de route en présence d’un prédateur, on suppose que des automatismes simples, codées dans les gènes au cours de l’évolution, imposent à chaque poisson de calquer sa vitesse, sa direction et sa distance sur celle d’un ou deux de ses voisins. Il suffirait alors qu’un seul poisson aperçoive un requin et change de route pour que l’ensemble du banc change aussi de route, des milliers de poissons imitant le leader. On verrait donc émerger un comportement collectif intelligent reproduisant à grande échelle le comportement individuel intelligent du poisson pilote. Mais cette explication semble difficilement compatible avec la soudaineté extrême des mouvements du groupe, excluant l’hypothèse d’une propagation nécessairement lente de manœuvres d’évitement d’individus en individus. On serait tenté de supposer au contraire que les poissons partagent en permanence une sorte de conscience de soi commune les conduisant à produire une « pensée » commune laquelle commanderait des comportements communs. Mais où résiderait cette conscience ou plus exactement quels seraient les mécanismes permettant son émergence? Et comment fonctionnerait-elle?

On retrouve des phénomènes analogues, faisant soupçonner l’existence d’une conscience de soi commune, à tous les niveaux de la complexité animale,. Leurs bases physiologiques demeurent encore en grande partie mystérieuse. Les zoologistes ou simples touristes ayant eu l’occasion d’approcher un troupeau de buffles ont plusieurs fois constaté de leur part ce que l’on qualifie d’une imprévisibilité dangereuse. Ils peuvent laisser s’approcher le perturbateur sans réagir, en le regardant avec une sorte d’indifférence (ce qui n’est pas le cas des éléphants sauvages). Mais soudain, d’un seul coup et en masse, le troupeau peut charger l’intrus ou au contraire prendre la fuite. Il est très probable que les signaux d’alerte suscités chez ces animaux par la présence de l’humain n’étaient pas perceptibles par ce dernier. On peut penser aussi que le mâle dominant ayant pris une décision, l’ensemble de la harde l’imite aussitôt. Le fait cependant que tous ensemble décident à un moment donné de passer à l’action de façon coordonnée reste difficilement explicable 1).

La question de l’existence d’une conscience de groupe inconsciente, suggérée par les constatations ou hypothèses qui précèdent, se pose immédiatement à propos des comportements collectifs des sociétés humaines. Pourquoi tel groupe prend-il à tel moment telle décision inattendue, par exemple élire tel chef politique nouveau venu plutôt que tel autre dont la réélection semblait assurée – ou pourquoi, dans un autre domaine, tout à fait d’actualité, le groupe acceptera-t-il des mesures de rigueur et de restriction de consommation jusque là refusées? Si ces décisions collectives se produisaient au terme de longs débats publics et privés, on admettrait facilement qu’il s’agirait là seulement des conséquences de phénomènes plus ou moins bien étudiés relatifs à la formation de l’opinion publique: influences des discours politiques, des travaux d’experts, des accompagnements médiatiques, lesquels finissent à la longue par faire basculer la décision d’une majorité des individus composant la société considérée.

Mais ce n’est généralement pas ce qui semble se passer…On voit souvent au contraire le groupe, qu’il s’agisse d’une nation toute entière ou d’une simple entreprise ou association, prendre brutalement des décisions inattendues qu’aucun observateur, interne ou extérieur au groupe, n’avait prévues a priori. Il est certes toujours facile de trouver des explications a posteriori à ces décisions surprenantes. Le point troublant reste qu’au moment où le groupe se préparait, dans ses profondeurs, à prendre la décision surprenante considérée, aucun des individus constituant ce groupe ne s’était impliqué dans la préparation de la décision. Bien plus, aucun même n’avait pris conscience du fait que la décision était en train d’être prise, dans les profondeurs mystérieuses du superorganisme collectif auquel il appartenait.

Ceci devrait n’avoir pour nous rien de surprenant? Un superorganisme humain, surtout s’il entre dans la catégorie des systèmes anthropotechniques que nous avons récemment décrits 2), ne dispose pas d’une véritable conscience de lui-même, qu’il s’agisse de la conscience de soi primaire ou d’une conscience supérieure aboutissant à des décisions qualifiées de volontaires. Ses ressorts et déterminismes profonds, qu’ils relèvent de la biologie et de l’anthropologie comme de la technologie, sont généralement incompris ou mal analysés par les membres du groupe. Même si un certain nombre de ceux-ci émettent des diagnostics et opinions sur le monde et sur la façon dont il faudrait s’y comporter, rien ne prouve que ces expressions puissent modifier en profondeur la façon dont le groupe réagira finalement.

Les observateurs faisant métier d’analyser les opinion, les décideurs qui s’appuient sur leurs analyses, risquent donc souvent d’être pris à contre-pied par les réactions collectives du groupe. Il s’agit là en particulier du « cauchemar » du législateur. Des lois et règlements censés pris en faveur du bien collectif, comme par exemple tout ce qui vise en principe à augmenter la sécurité automobile, ne sont pas appliqués en fait, pour des raisons considérées aujourd’hui comme difficilement explicables (sinon la fraude poussée par la cupidité). Nous avons dans notre essai précité qualifié de « paradoxe du sapiens » cette incapacité apparente des sociétés humaines à appliquer les mesures préventives pourtant clairement énoncées susceptibles de prévenir les catastrophes diverses pouvant naître de l’emballement des technologies sous la pression de l’esprit de profit.

Le « social mood » de John Casti

Certains chercheurs se demandent aujourd’hui si l’on peut comprendre un peu plus scientifiquement comment les groupes humains se déterminent de façon collective. C’est le cas de John Casti (image ci-contre). Dans un article publié par le NewScientist le 22 mai 2010 p. 30, il reprend les arguments développés dans son livre Mood Matters: From rising skirt lengths to the collapse of world powers Copernicus. 3) .John Casti poursuit des recherches au sein de l”International Institute for Applied Systems Analysis à Laxenburg, en Autriche. Il y développe des indicateurs d’alerte signalant la survenue possible de phénomènes extrêmes au sein des sociétés humaines. On pourrait penser qu’il s’agit là d’une nouvelle version des travaux menés à l’instigation des publicitaires et des cabinets en conseil politique pour tenter de deviner l’opinion. Il nous semble cependant que son approche est un peu plus originale.

Il met l’accès sur ce qu’il appelle le « social mood » d’une population, que l’on pourrait traduire par « sentiment collectif » ou même « humeur collective ». Pourquoi en deux ans, dit-il, la croyance en la force irrésistible de la mondialisation a-t-elle été remplacée par un désir de « relocalisation »? Or selon lui, la façon dont des populations données accueillent les produits ou idées nouvelles dépend en profondeur de la façon dont ces populations se représentent le futur. Ceci étant, ces représentations ne découlent pas de calculs rationnels, mais de sentiments (feelings). Sur la base de quels sentiments les groupes, quels qu’ils soient, se représentent-ils le futur? Globalement, sont-ils optimistes ou pessimistes? Bien évidemment, il faut adapter l’analyse à la longueur du laps de temps considéré. On peut être optimiste quand à l’avenir d’une nouvelle technologie tout en étant pessimiste sur la façon dont à long terme la technologie en général transformera le monde.

Mais comment mesure-t-on l’humeur collective d’une population? Les sondages d’opinions n’ont qu’un intérêt limité car ils ne prennent pas en compte les comportements effectifs. Ils ne tiennent pas compte non plus des effets dits de « group thinking » ou « herding », autrement du fait que des phénomènes de « pensée unique » ou de mode intellectuelle s’imposent généralement aux individus. John Casti pense qu’il faut plutôt faire confiance à des indicateurs « objectifs » tels que les mouvements d’achat-vente sur les marchés d’action. Il s’agirait des « indicateurs d’humeur » (mood meters) les plus efficaces car ils reflètent les paris que les gens (en fait les épargnants) font sur l’avenir. Ils peuvent être collectés et comparés sur des longueurs de temps suffisantes. Les analystes des mouvements de l’économie et de la finance, tels Ralph Nelson Elliott et plus récemment Robert Prechter, ont montré l’importance à cet égard des effets de vagues, se traduisant pas des passages de l’optimisme au pessimisme, et réciproquement, sans justifications sérieuses, dont les conséquences s’imposent à l’évolution politique et sociale globale.

Pour John Casti, le jugement porté sur les évènements mondiaux ou sur les politiques à mettre en oeuvre dépend radicalement de l’humeur sociale dominante au moment où ils se produisent. Le concept de protectionnisme sera ainsi jugé restrictif et xénophobe en période d’expansion économique, vertueux en période de récession et d’aggravation de la concurrence. Il en est de même de processus plus politiques. L’élargissement de l’Union européenne était ressentie comme favorable au temps de la croissance, dangereux aujourd’hui. Il ne faut pas oublier cependant que les prévisions faites sur la bases de feelings ou sentiments collectifs ne résultent que d’estimations probabilistes du futur. Elles ne se traduiront pas nécessairement dans les faits et pourront donc se modifier brutalement si certains de ceux-ci les contredisent.

Cependant, si toutes ces prévisions convergent, même sans bases rationnelles, on peut se préparer à un certain nombre de « tsunamis sociaux ». Or c’est bien le cas aujourd’hui. Entre l’effondrement des marchés, la fin du pétrole, les changements climatiques, l’accélération des migrations de travailleurs pauvres, la généralisation du terrorism, sans oublier la hausse des loyers et la baisse des salaires, il n’apparait pas aujourd’hui de perspectives susceptibles de lutter contre le pessimisme général. L’évolution globale du monde et en tous cas celle de nos civilisations européennes, ne pourront que s’en ressentir. Certains pays font encore preuve d’optimisme concernant l’avenir, comme c’est semble-t-il le cas de la Chine, mais ceci ne tient-il pas à l’importance de propagandes officielles qui ne résisteront pas à l’évocation des grands maux supposés menacer le monde.

Approfondir l’analyse

Les observations de John Casti, relatives à la façon dont se forment les croyances des populations lesquelles orientent à terme l’ensemble de leurs comportements, sont intéressantes et ne peuvent pas laisser indifférents les décideurs. Mais il nous semble qu’elles ne vont pas assez au fond des choses. La question de la façon dont chacun d’entre nous est conditionné par des représentations collectives à fort pouvoir structurant mérite des analyses plus approfondies. S’il est vrai que les contenus cognitifs de nos cerveaux, souvent sans que nous en ayons conscience, sont déterminés par les contenus cognitifs des cerveaux des autres membres du ou des groupes auxquels nous appartenons, il serait indispensable d’identifier les agents d’une telle contamination.

S’agit-il des mèmes, ce que le méméticien précurseur Richard Brodie avait nommé des virus de l’esprit, autrement dit des mots, des images, des discours qui circulent d’un individu à l’autre et s’imposent à leurs esprits en se répliquant sur un mode quasi biologique? S’agit-il d’influences suscitées par la présence réelle ou virtuelle, via les réseaux, d’autres humains pouvant induire des sentiments d’appartenance ou de répulsion partagés par tous les membres d’un même groupe. Concernant l’appartenance, on pourra citer les effets de mode faisant que spontanément chacun adopte les façons de vivre attribuées aux élites ou aux dominants. Concernant la répulsion, il s’agira par exemple du rejet provoqué par l’arrivée sur le territoire dont le groupe s’attribuait la propriété d’un nombre trop grand d’émigrés apportant avec eux des modes de vie différents. Il paraît clair que, chez les humains comme chez les animaux, des réflexes très anciens permettent aux individus de distinguer, sans même en être conscients, ceux qui dans l’ensemble appartiennent à la même « famille » et ceux qui en diffèrent. Les premiers rassurent, les seconds inquiètent. On peut craindre ainsi qu’avec l’aggravation des conditions climatiques, les immigrations de la misère qui en résulteront inévitablement provoquent au sein des populations restées préservées des sentiments d’angoisse ou de rejet aux conséquences incalculables.

Pour notre part, dans la suite de notre essai « Le paradoxe du Sapiens », nous pouvons rappeler l’importance qu’il conviendrait d’attribuer aux comportements induits chez les humains par ce que nous avons nommé le mariage étroit entre l’humain et la technique, c’est-à-dire entre les déterminismes biologiques et anthropologiques toujours actifs dans les sociétés actuelle, et les nouvelles façons de vivre et de penser induites par ces technologies. Nous avons cité l’exemple de la véritable addiction qu’exercent sur leurs possesseurs ou utilisateurs les armes à feux, les automobiles et autres produits manufacturés suscitant un fort sentiment d’identification à l’outil. Nous avions indiqué qu’en ce cas, les neurones dits miroirs observés dans les cortex sensori-moteurs contribuent considérablement à la diffusion par imitation, au sein des populations, de la disponibilité aux outils (affordance). C’est de plus en plus le cas concernant les modèles sociaux répandus en masse par la généralisation des réseaux de télévision, portant dans les villages les plus reculées des visions du monde poussant selon les cas à l’optimisme, au pessimisme voire à la haine de l’autre.

On dénonce de plus en plus une forme d’addiction plus subtile. C’est celle à l’internet interactif. Certains individus ne peuvent plus se passer de recevoir en rafales des messages émis par des correspondants souvent mal identifiés, et d’y répondre. Un article récent du New York Times illustre bien ce phénomène 4). L’auteur de l’article n’hésite pas à évoquer les stimulations endocriniennes que peuvent provoquer les messages en trop grand nombre. Nous citons: « These play to a primitive impulse to respond to immediate opportunities and threats. The stimulation provokes excitement — a dopamine squirt — that researchers say can be addictive. In its absence, people feel bored [...] The technology is rewiring our brains,” said Nora Volkow, director of the National Institute of Drug Abuse and one of the world’s leading brain scientists. She and other researchers compare the lure of digital stimulation less to that of drugs and alcohol than to food and sex, which are essential but counterproductive in excess ».

Ces chercheurs montrent que l’abus de l’informatique et de l’internet, loin de rendre les cerveaux plus actifs et inventifs, tend au contraire à les engourdir, à les rendre moins résistants aux intrusions malveillantes. Nous sommes bien là dans le cas d’une interaction entre le support biologique et l’outil technologique, que les neurosciences observationnelles ont déjà commencé à étudier. Mais bien d’autres causes et conséquences du mariage entre l’anthropologique et le technologique nous échappent encore, alors que celui-ci nous façonne tous les jours à notre insu. Ces influences sont en train de construire dans nos cerveaux et nos corps des contenus cognitifs qui conditionneront la façon dont nous envisagerons le monde, non seulement dans les prochaines minutes mais dans les prochaines années. Dans la suite du « Paradoxe du Sapiens », il y aurait place on le voit pour de très nombreuses autres recherches.

Ceci étant et pour en revenir au thème principal de cet article, il apparaît que dans tous ces cas, des phénomènes extérieurs confortant les comportements dominants créeront généralement un sentiment d’optimisme au sein du groupe. Si à l’inverse, ils semblent les contredire voire les menacer, un pessimisme, sinon une angoisse collective se répandront dans le groupe. On peut facilement imaginer le pessimisme grandissant qui se répand dans les pays soumis au « terrorisme » de l’industrie automobile à l’idée que le pétrole et les voitures iront se raréfiant. On peut aussi imaginer la détresse qui nous atteindrait tous si pour une raison technologique ou à la suite d’une action de guerre, les réseaux de la télévision et de l’internet nous faisaient brutalement défauts. La seule idée que ceci puisse se produire dans les prochaines années suffit à nous assombrir. La crise y est évidemment pour quelque chose. Il y a quelques temps au contraire, nous nous imaginions que le progrès, la marche vers ce que Ray Kurzweil continue à nommer la Singularité, pourrait apporter des réponses à tous nos désirs, y compris les plus fous 5) . Comme quoi, les humeurs, le « mood », changent vite, et radicalement.

Notes
1) Concernant l’intelligence collective des buffles on pourra visionner une vidéo qui a eu un grand succès sur internet http://www.lepost.fr/article/2008/06/23/1212932_la-chasse-aux-lionnes-video-vue-34-millions-de-fois_0_316420.html. Mais en ce cas, comme dans celui du groupe de lions auquel ce troupeau était confronté, il semble que l’on se trouve en présence de formes plus classiques de comportements collectifs, ne faisant pas appel à un mystérieux phénomène de conscience de groupe
2) Baquiast, Le paradoxe du Sapiens, J.P. Bayol 2010
Voir http://www.editions-bayol.com/pages/livres-titres/paradoxe.php
3) Voir http://www.moodmatters.net
4) Voir http://nyti.ms/b0kK8b
5) Voir le film The Singularity is near. A true strory about the future http://www.singularity.com/themovie/index.php

07/06/2010

Les recherches en ethnologie des danses se multiplient depuis une décennie environ. Certains traits récurrents émergent aujourd’hui dans ce champ et parmi eux le fait, à première vue secondaire, que la danse analysée est souvent l’objet d’une pratique parallèle de la part des chercheurs. Si cette particularité n’est pas systématique, elle est parfois stigmatisée de l’extérieur du champ, comme la marque de l’enchevêtrement, voire de la confusion entre les différents registres de la relation à l’objet. De l’intérieur du champ, la pratique de la danse étudiée peut être revendiquée comme une connaissance accrue des réseaux et des nuances techniques. Le fait même de jeter des ponts entre la pratique personnelle et située d’une danse et un objet d’étude qui porte le même nom mais s’étend souvent à des contextes géographiques et sociaux plus vastes, est déjà en soi une construction idéologique. L’idée d’une pratique partagée entre l’ethnologue et le groupe sujet de l’étude semble supposer une position épistémologique particulière.

2À partir de mes expériences pour la préparation d’une thèse en ethnologie sur les danseuses orientales professionnelles au Caire, je tente d’abord de montrer comment la pratique partagée a influencé mes progressions. Mais d’autres registres sur le terrain concourent à modeler des relations d’ordre empathique et soutien­nent des jeux d’inclusion et d’exclusion symboliques. Ces questionnements révèlent une danse socialement définie par des dimensions à la fois naturelles et culturelles. Les instrumentalisa­tions de ces deux aspects élaborent, à travers l’émotion circulant dans le public qui assiste à la danse, des définitions du groupe, de l’empathie et du plaisir esthétique.

Manipulations et conséquences d’une pratique partagée

3L’empathie est présentée en sciences humaines et sociales comme l’instrument d’une disposition personnelle garante de scientificité. Il s’agit de revendiquer une approche du sujet vidée de tout parti‑pris ou élan affectif. C’est ainsi que la définit l’encyclopédie électronique Wikipédia :

« Dans les sciences humaines, l’empathie désigne une attitude envers autrui caractérisée par un effort objectif et rationnel de compréhension intellectuelle des ressentis de l’autre. Excluant particulièrement tout entraînement affectif personnel (sympathie, antipathie) et tout jugement moral ».

4Si dans cette définition l’empathie se place sur le plan interpersonnel, ses rouages se construisent d’abord par un travail sur soi. Dans cette optique, la pratique partagée de la danse pourrait faire naître le soupçon d’une complaisance vis‑à‑vis de l’objet et de ceux qui la pratiquent. De fait, cette pratique partagée a déterminé les évolutions de ma position personnelle vis-à-vis de mon objet d’étude. Avant l’époque où j’ai commencé à m’investir dans des recherches ethnologiques universitaires, la danse tenait dans mon existence le statut d’une pratique de loisir. Ensuite, elle est devenue le contexte d’une observation participante lors de mes recherches de DEA à Marseille (Boukobza, 2002). Enfin elle s’est raréfiée jusqu’à presque disparaître. Le fait d’être une ethnologue étudiant l’objet s’est imposé comme une position incompatible avec une pratique personnelle de l’activité observée et a engendré ces changements dans mon comportement. Le processus d’une prise de distance s’est imposé comme nécessaire d’un point de vue intellectuel et analytique. Dissociation progressive entre les deux registres de relation à l’objet, ce processus a progressivement effectué une décentration, pour reprendre le terme de Jean Piaget. Selon lui, la solution à la spécificité interpersonnelle des sciences humaines et sociales se situe dans ces « décentrations coordinatrices qui dégagent les invariants des variations fonctionnelles établies » (1970 : 47). Car la relation interpersonnelle est cette spécificité des sciences humaines et sociales qui, « ayant l’homme comme objet, en ses activités innombrables, et étant élaborées par l’homme en ses activités cognitives, […] se trouvent placées en cette position particulière de dépendre de l’homme à la fois comme sujet et comme objet » (ibid. : 45). Conçue comme un problème propre à ces disciplines, la relation interpersonnelle rend nécessaire la construction d’une attitude particulière dans la relation à autrui comme à soi‑même, sur le terrain comme dans l’analyse, relation fondée sur la prise de distance, et dont l’empathie telle qu’elle est définie plus haut semble fournir une définition dans l’action.

5La décentration provoquée à l’origine par une démarche méthodologique, se traduisit dans mon cas par l’apprentissage d’être spectatrice, compétence nécessaire dans le contexte de l’étude d’une danse scénique. D’une compétence de l’acteur ou du participant, j’ai accédé à une compétence du spectateur, à contre‑courant du mécanisme de l’apprentissage de l’observation participante qui porte l’ethnologue observateur à devenir acteur. En modelant l’acuité d’un regard spécifique sur l’autre, la distanciation à l’objet a orienté ma pratique de l’enquête et du terrain. J’ai franchi une ligne du regard, et j’en ai de ce même fait acquis une conscience plus nette, en expérimentant moi‑même le caractère mouvant de la ligne symbolique entre observation et participation. Une conséquence de cette progression fut mon attachement aux microanalyses des relations scéniques. Centrale dans le domaine d’une danse professionnelle souvent dite de divertissement, la relation d’ordre scénique existe également dans le cadre d’une pratique de loisir de la danse entre femmes, où elle est recréée par l’alternance entre les statuts de danseuse et de spectatrice de la danse de l’autre, à la manière du bal où l’on a aussi l’occasion d’observer les autres. J’ai consacré une part importante de mon travail à l’étude de ces frontières scéniques et de leurs variations. Comment le public prend‑il part à l’action scénique ? Quelles formes cette participation revêt-elle dans les différents lieux ? Quelles sont les variations observables dans la rigidité ou la porosité de la frontière scénique ? Quelles en sont les conséquences sur le personnage que la danseuse met en scène et, en particulier, sur l’émergence et l’exacerbation d’un érotisme féminin modélisé ? Mon franchissement de la ligne du regard peut être considéré comme un facteur déterminant dans le choix de ces paradigmes d’explication et de définition.

6Comment cette forme de décentration vis‑à‑vis de ma pratique a-t-elle influencé mes relations sur le terrain ? Conçue et présentée comme une technique corporelle partagée, dans des contextes qui débordent du strict cadre de la recherche en cours, la danse fonde l’idée d’une expérience commune entre l’observateur et l’observé. Cette particularité fait émerger d’autres questionnements d’ordre épistémologique, à partir du moment où l’ethnologue révèle cette pratique à ses interlocuteurs sur le terrain. Les relations humaines établies dans le cadre de l’enquête s’orientent d’emblée vers l’idée d’une certaine affinité et la danse fournit un lien immédiat. Une définition basique de l’empathie, ou peut‑être encore l’un de ses pré-requis, apparaît dans un lien de similitude entre deux êtres qui rend possible l’échange et la compréhension mutuelle. Mais des mécanismes de distanciation entre les personnes ainsi rapprochées sont simultanément à l’œuvre. Comment affirmer que la danse pratiquée par le chercheur et celle qu’il observe sont strictement semblables alors même qu’elles sont soumises aux variations culturelles, aux orientations d’écoles, aux contextes des pratiques, voire aux originalités personnelles ? Mes expériences personnelles sur le terrain cairote, au cours d’entretiens ou de conversations ordinaires, m’ont confrontée à des discours qui présentaient parfois la danse dite orientale comme une activité commune entre « eux et moi », mais aussi parfois comme une aptitude chargée de valeurs distinctives. Trait d’union ou bien facteur de différence, la danse permet de construire des relations de similitude ou de distinction entre les sujets observants et les sujets observés. De fait, je me suis présentée à mes interlocuteurs sur le terrain comme une pratiquante de la danse dite orientale. C’est sur cette particularité que se sont fondées nos relations. Je partageais avec les danseuses profession­nelles l’expérience de la danse comme loisir, mais non comme profession. L’intérêt pour la danse nous rapprochait tandis que le contexte professionnel, géographique et technique de son exécution nous distinguait. Cette stratégie de présentation m’a permis de m’extraire en partie des conflits d’intérêts et des compétitions en jeu, tout en délimitant un terrain complice. Ce processus était devenu nécessaire du fait du contexte de l’époque qui avait exacerbé les questions identitaires, puisque des danseuses étrangères entrées en concurrence avec les égyptiennes étaient menacées d’une inter­diction d’exercer leur profession par un dispositif de loi. En tant qu’actrice non impliquée dans les réseaux de pouvoir je faisais naître des paroles d’explication et de jugement comme des velléités de persuasion et déclenchais des registres polémiques pourvoyeurs de discours. Mes contacts avec les danseuses professionnelles ou occasionnelles abondaient souvent dans le sens d’une question des émotions, répétant un discours convenu au Caire à propos d’une expérience féminine de la danse axée sur l’émotivité. De ce fait, la dimension émotive a pris une place cruciale dans mon travail d’analyse. L’émotion s’est progressivement constituée en critère esthétique d’une danse socialement conforme, imposé par le discours collectif. C’est probablement là une conséquence indirecte de la pratique commune qui m’a portée à me positionner en tant que face‑à‑face partageant une certaine émotion esthétique. J’étais associée à une pratique féminine amateur généralement présentée comme un espace d’introspection à la fois corporelle et émotion­nelle, orientant le discours sur le paradigme de l’émotion. J’en ai fait un thème central de mon analyse : la danseuse comme person­nage féminin passionné, à la cinétique extrême, tant extérieure qu’intérieure, dans un environnement social qui condamne certaines manifestations de l’exhibition féminine.

7La décentration veut isoler le chercheur de ses propres posi­tionnements personnels, de ses ressentis et visions situés. Elle construit une forme de neutralité qui peut être interprétée comme une stratégie déployée au sein des possibilités réduites du terrain : installer la confiance dans la relation à l’autre, permettre la recon­naissance de soi en tant que récepteur éligible de la parole. Mais le chercheur occupe‑t‑il réellement cette position surplombante sur les personnes qu’il observe lors de ses recherches ? C’est ce que l’on pourrait déduire de la distinction de Piaget entre le sujet décentré, garant de scientificité, et le sujet égocentrique (op. cit.). Lui‑même nuance cependant cette opposition en soulignant combien l’analyse en sciences humaines demeure la proie des multiples forces à l’œuvre dans l’intellect du chercheur, confronté à des faits complexes dont on ne peut isoler chacun des facteurs de manière expérimentale. L’empathie apparaît alors comme un dispositif tentant d’organiser les relations à soi et aux sujets. Ces relations, distanciées car nourries par un effort réflexif, influencent néan­moins de manière décisive l’orientation des recherches.

Reconnaître et être reconnue

8Ma compréhension de l’autre demeure filtrée par la manière dont s’est construite mon approche de l’objet. S’agit‑il d’une spécificité liée à la pratique partagée de la danse ? Des expériences similaires semblent indiquer le contraire, vécues sur le plan des jeux de partage et de distinction identitaires situés en dehors de la pratique de la danse. Sur le terrain, l’annonce de mon sujet d’étude a souvent provoqué de la perplexité et l’incompréhension de mes objectifs : étais‑je une élève en quête d’un professeur de danse, une journaliste ? Il était difficile d’expliquer qu’il s’agissait là d’une thèse en sciences sociales et ce en quoi cela consistait. Mes déambulations nocturnes et souvent solitaires dans divers lieux de la danse professionnelle pouvaient sembler farfelues, parfois même louches. Le fait est que mon statut d’étrangère m’a rendue les choses plus faciles. Que je sois française désamorçait en quelque sorte le problème qu’aurait constitué une jeune femme égyptienne circulant seule dans ce type de lieux. Étant le fait d’une étrangère, ma démarche ne portait pas à conséquence et devait trouver une certaine résolution dans mon altérité. J’ai donc retiré des bénéfices de cette différence constatée : l’indulgence d’autrui et une certaine liberté. J’ai finalement profité d’un double statut, en étant à la fois considérée comme une étrangère européenne et intégrée symboliquement à une vaste appartenance identitaire arabe. Ces deux tableaux ont profondément influencé mon expérience de terrain. On peut sans doute vivre son terrain sous le signe de l’expérience étrange, mais ce ne fut pas mon cas. L’impression qui me semble a posteriori prédominante est une sorte de familiarité en partie induite par la pratique partagée. Elle fut aussi la conséquence d’une intégration symbolique que l’on m’accordait souvent d’emblée. Comment expliquer le processus de reconnaissance par les autres d’une similitude en soi ? Il n’est probablement pas la simple conséquence d’une volonté de ma part qu’il en soit ainsi. Ma faculté d’identification sur le terrain rompait en maints endroits, ne serait‑ce qu’en tant que jeune femme coutumière de certaines pratiques vestimentaires et corporelles souvent déplacées dans le contexte du Caire. J’ai adopté le port d’une tunique par‑dessus mes débardeurs et parfois d’un châle. J’ai fini par intégrer de nouveaux gestes du quotidien, liés au comptage par exemple. J’ai tenté en partie de me glisser dans une peau cairote mais celle‑ci demeurait pourtant étrange à mes yeux. J’ai connu pendant mon terrain plusieurs jeunes femmes françaises qui souffraient du fait que les personnes qu’elles rencontraient au Caire ne reconnaissaient pas ce qu’elles considéraient comme leurs origines arabes. Elles étaient perçues comme des étrangères, alors qu’elles cherchaient à être reconnues comme des semblables. La notion d’un vaste ensemble englobant concentré dans l’expression d’identité arabe primait pour elles, dont les familles étaient originaires tant du Mashreq que du Maghreb, ce qui ne semblait pas être toujours le cas pour les Égyptiens et les Égyptiennes qu’elles rencontraient. On leur renvoyait une image d’elles‑mêmes qui les blessait et qu’elles ressentaient comme un rejet cuisant, d’autant plus que cette absence de reconnaissance entrait en confrontation directe avec l’attitude politique du panarabisme égyptien que certaines avaient à l’esprit dans leur démarche vers l’Égypte. La volonté d’une insertion symbolique n’apporte donc pas la garantie d’une reconnaissance par les autres en tant que semblable. Pour quelles raisons j’en ai bénéficié, cela demeure pour moi un mystère. Mais on m’identifiait souvent au premier abord comme Égyptienne, ce que je ne suis pas. Ma traductrice, devenue une amie au fil du temps, m’a révélé qu’elle m’avait d’abord prise pour une Égyptienne qui revenait au pays après une très longue absence, et que c’était également l’impression que lui donnait mon accent en langue égyptienne. Je descends du côté paternel d’une famille juive immigrée de Tunisie, descendance que je n’ai jamais cherché à mettre en avant, mais que mes interlocuteurs intrigués par mes origines familiales ont souvent fait émerger par leurs questionnements, semblant enfin trouver là une explication de leur intuition d’une appartenance commune entre « eux et moi », me rappelant en passant qu’après tout « Dieu est unique », malgré mes protestations d’athéisme. Probablement déterminantes, ces réactions d’autrui m’ont à l’occasion fait ressentir la facilité d’accéder à un état d’intégration dans la société égyptienne. Cette insertion demeurait relative, bien sûr, tout comme le sentiment de familiarité était souvent rompu au quotidien. Mais mon objectif est de les montrer ici comme des impressions dominantes induites par la reconnaissance d’autrui d’une similitude entre « eux et moi », forme de sympathie puisqu’il s’agit de souligner combien la communication est facile entre semblables. Cette reconnaissance par les autres trouvait une justification dans les critères biologisants des origines. De fait, si cette manipulation symbolique de mes origines était souvent touchante, car on me ménageait une place chaleureuse dans un groupe que j’étais venue rencontrer, elle provoquait aussi chez moi des accès de révolte devant ce qui m’apparaissait comme la confiscation du pouvoir de définir ma propre personne. On m’imposait du dehors une étiquette qui me fractionnait. Était‑ce un hasard si j’emportais toujours dans mes bagages, en bouées de secours, des albums de Renaud et de Brassens, afin de reconstituer ma totalité ? Expérience ambiguë donc que d’être le lieu de l’assignation collective d’une identité relativement partagée. La notion de l’empathie semble apparaître dans cette tendance essentialiste de la sympathie. Le déclenchement du mécanisme empathique est corrélé à la reconnaissance de critères de similitude qui réunissent certains individus au sein d’un groupe où, grâce à cette similitude, l’intercompréhension devient permise.

9Si on l’aborde d’un point de vue neurologique, l’empathie est liée à ce qui différencie les espèces vivantes entre elles. La dimension naturelle de l’empathie est pressentie par tous, puisque par expérience nous savons que nous sommes empathiques seulement envers nos semblables, c’est‑à‑dire capables de com­prendre intuitivement leur comportement et leurs sentiments. Lors­que nous sommes empathiques vis‑à‑vis d’un autre animal, c’est dans la mesure où celui-ci nous rappelle le comportement humain. Cette expérience de l’empathie à mon égard sur le terrain interroge la question de l’idéologie identitaire construite par des distinctions entre plusieurs humanités. Elle se présente en partie comme une vision naturaliste des différences culturelles. Le mécanisme neuro­logique des neurones miroirs est l’un des résultats saillants des neurosciences contemporaines. En tant que niveau basique de la communication et de la reconnaissance cognitive des actions et intentions de l’autre, ce mécanisme situe la question de l’empathie à l’échelle de l’espèce humaine. Ces neurones miroirs ont été identifiés chez certains primates à partir de 1996 par les Italiens Giacomo Rizzolatti et Vittorio Gallese. Leur fonctionnement dans le cerveau humain reste l’objet de controverses, mais il est désor­mais établi qu’un système de neurones miroirs est à l’œuvre chez les humains, qui associe dans le même mécanisme le fait de percevoir une action exécutée par l’autre et le fait de l’exécuter soi‑même. Des neurones miroirs s’activent lorsqu’un sujet accomplit une certaine action, et ces mêmes neurones réagissent également lorsque le sujet observe cette action exécutée par un autre membre de son espèce, ou encore lorsqu’il anticipe l’exécution de cette action avant qu’elle ne soit réalisée par autrui. Les neurones miroirs de l’observateur simulent l’action. Ce méca­nisme de « simulation intégrée »ouvre de nouvelles perspectives dans l’appréhension des relations sociales et de notre interaction quotidienne avec cette « multiplicité des “autres moi” qui peuplent notre monde social » (Gallese, 2004).

10L’interaction du système miroir humain avec l’émergence des émotions est un domaine d’études en construction. Il ne s’agit pas de ressentir exactement ce que ressent l’observé, mais néanmoins d’accéder dans une certaine mesure à ce ressenti :

« avec ce méca­nisme nous ne faisons pas que “voir” une action, une émotion ou une sensation. Parallèlement à la description sensorielle des stimuli sociaux observés, les représentations internes des états du corps associés à ces actions, émotions et sensations, sont évoquées chez l’observateur, “comme si” il ou elle accomplissait une action ou ressentait une émotion ou une sensation similaire » (ibid.).

11Pour l’ethnologie et la sociologie, l’individu apparaît comme le produit d’une socialisation, et s’inscrit dans des spécificités individuelles et culturelles par rapport à ses congénères. Le mécanisme des neurones miroirs concerne des fonctionnements basiques et semble au contraire ignorer les frontières culturelles, sociales et psycholo­giques. Si ces deux registres ne ciblent pas strictement les mêmes phénomènes, leur confrontation projette néanmoins les interroga­tions sur l’empathie dans la direction d’une conception des émotions voire du plaisir esthétique qui investit les plans à la fois biologiques et culturels. Cette approche de l’empathie rejoint la définition qu’en donne le Petit Robert, qui distingue le processus empathique de la compassion, définie comme un sentiment qui porte à plaindre l’autre, tandis que la sympathie est une affinité. L’empathie au contraire est une facultéqui permet « de s’identifier à quelqu’un, de ressentir ce qu’il ressent ». Cette définition de l’empathie désigne un possible accès à l’intériorité d’autrui, et souligne la contagion émotionnelle inhérente au processus.

Émotions en circulation

12Je distingue une troisième forme d’empathie sur le terrain cairote des danseuses orientales professionnelles, liée à la notion d’émotions contagieuses. Elle consiste en la pratique scénique d’une surexposition des émotions, qui se présente comme un marqueur identitaire féminin. Sur scène, un code corporel pratiqué par de nombreuses danseuses professionnelles illustre la souffrance amoureuse féminine, par des mimiques et des gestes qui viennent s’accorder avec les paroles des chansons. Lorsque le chanteur évoque la tristesse, la danseuse désigne son cœur avec ses mains, elle vient toucher ses yeux lorsqu’il est question des pleurs ou du regard de l’être aimé. Cet usage concentre l’attention autour du chant et des sentiments qui s’y expriment. L’objectif est de provoquer un plaisir esthétique que le public manifeste par des exclamations de plaisir ou par une participation à la danse, présentée comme spontanée voire impérieuse. Cette communication des sentiments par le chant et la danse mobilise une faculté d’empathie et se situe dans une forme de simulation non aboutie : la souffrance est interprétée comme un jeu, entre le ressenti compassionnel et la distance. Du fait qu’il est figuré, le sentiment de souffrance exprimé est le produit d’une reconstruction. L’émotion qu’il figure n’est pas non plus tout à fait l’expression directe d’un réflexe déclenché par un stimuli de souffrance : elle est, dans une certaine mesure, culturellement marquée. Entre ces deux polarités des sentiments, du réflexe à la figuration, existe une palette de gradients dans la mise en scène des identités des groupes et des genres par les gestuelles et les mimiques. Les approches théoriques des émotions en ethnologie professent un relativisme culturel, les imbriquant dans leur contexte « culturel et social ». Ces approches « mettent en question précisément l’idée reçue selon laquelle les “émotions seraient de l’ordre de l’intériorité, de l’irrationnel, de la nature” »(Lutz & Abu-Lughod, 1990 : 2)1. C’est cette même dimension essentialiste qui sous‑tend l’emploi de la notion d’émotion dans le contexte de la danse orientale au Caire, en la désignant comme une aptitude spécifique à la population féminine égyptienne. L’approche de l’émotion scénique comme une mise en scène des intériorités rapproche l’objet de la notion arabe de arab2. Philippe Vigreux a mis en évidence l’imprécision du genre de l’être aimé dans la chanson égyptienne, héritée du passage des chants sacrés aux chants profanes. Le « masculin devant être considéré comme une métaphore du voile dans la qasīda profane (voile grammatical) ou comme un neutre renvoyant à la figure insais issable, inqualifiable, de l’aimé. La plupart du temps, l’ambiguïté du genre est contournée par la métaphorisation, la métonymisation. La source de l’amour (‘asl al-gharām), ce qui l’a provoqué, n’est pas le spectacle de l’aimé(e) mais d’une partie de sa personne (taille, joue, regard) »(Vigreux, 1991 : 59-60). Les chansons qui accompagnent la danseuse obéissent à ces lois stylistiques, et le fort attachement à la figuration scénique des émotions comme à leur transmission au public rapproche cet événement de la construction d’un arab tel qu’il est défini par Vigreux, en tant que puissant élan émotionnel de nature esthétique et transmis à l’auditoire. Les danseuses envisagent la gestuelle qui désigne les parties du corps évoquées par le chant comme un dialogue avec le public, nécessaire et partie prenante du spectacle, qui prend parfois l’aspect d’une plainte. L’aptitude à installer cette relation d’échange est considérée comme essentielle pour faire une bonne danseuse. Une des danseuses interrogées a comparé cette faculté au charisme, qui est, a‑t‑elle dit, un don de Dieu.

  • 1  Traduction inCrapanzano (1994 : 110).
  • 2  Le arab, lié au chant, est défini par Vigreux comme une « émotion esthétique profonde (dérivé peu(…)

13L’émotion exprimée par la danseuse a vocation à circuler parmi les spectateurs et à émouvoir le public. Celle‑ci soutient une forme de communication qui pourrait être définie comme une « contagion des émotions qui font circuler du liant d’intériorité à intériorité » selon l’expression de Luc Boltanski à propos du spec­tacle de la souffrance et de la compassion (Boltanski, 1993 : 123). À propos des réactions face à la souffrance de l’autre, il oppose une « métaphysique de l’intériorité » compassionnelle, à une « méta­physique du jugement », morale et dénonciatrice des causes de la souffrance. Ces deux réactions sont, selon lui, deux réactions socialement valorisées face au spectacle de la souffrance d’autrui. Au contraire, le plaisir que pourrait provoquer ce spectacle de souffrance est condamné : celui‑ci doit mener à l’action ou à la prise de parole publique. Boltanski évoque le cas spécifique de la souffrance figurée à travers la tragédie grecque. Le spectateur, réduit à l’inaction, rapporte à lui‑même ce qu’il voit, ce qui provoque chez lui le rire ou la compassion. On retrouve dans ce processus le mélange d’identification et de distance qui semble caractériser l’empathie. Car la distanciation naît ici de la conscience d’une dimension figurée dans la situation observée et d’une situa­tion d’extériorité à l’action. Dans le cas de la souffrance amoureuse mise en scène par certaines danseuses orientales, c’est le plaisir du spectateur qui s’en trouve généré et donné à voir par des manifesta­tions verbales ou corporelles. Du côté des danseuses au contraire, plusieurs mécanismes visent à réaffirmer une identification avec le personnage présenté sur scène. Ces mesures ont probablement pour finalité d’alléger l’effet de distance construit par le dispositif scénique. Ils cherchent à souligner la réalité de la situation et des émotions exprimées. Dans leurs discours à l’ethnologue, mais aussi à la télévision ou dans les revues spécialisées, les danseuses déclinent de diverses manières les notions imbriquées de la franchise et de la passion. Par exemple dans le registre d’une relation amoureuse avec la danse, incarnée dans une union avec un membre de l’orchestre ou dans la consécration du quotidien à la construction du passage scénique. La justification du choix de la danse comme profession, qui provoque souvent une rupture familiale et un blâme social, s’effectue également par le recours à l’impétuosité de la passion. Ces discours visent à démontrer que la danse est un choix du cœur, et en ce sens ne peut pas mentir. L’idée de la franchise des émotions exprimées s’appuie sur des modes de présentation de soi qui débordent du cadre scénique. D’autres supports chorégraphiques et scéniques participent à réaliser la circulation des émotions à travers le public. L’appréciation de la danse se concentre souvent, pour les publics d’âge mûr, autour de la lenteur des mouvements, propice selon eux à supporter l’expression émotive et à la susciter. Mais si les danseuses reconnaissent qu’il s’agit là d’une convention, d’une pratique répandue, elles combattent vigoureusement l’idée de jouer un rôle à la manière d’actrices. Les sentiments exprimés sont conçus comme les émanations de leur intériorité et les reflets de leur état d’esprit. Cette véracité est même présentée comme la condition d’une possible communication de ces émotions au public. Par la revendication d’une transparence de leurs affects, elles corroborent l’idée de l’émotion vue comme un « surgissement », comme « la réalité d’un autre ordre », dotée d’une valeur événementielle et, par la contagion, performative » (Boltanski,ibid.).

14À travers ces trois expériences de formes d’empathie rencontrées sur le terrain et à travers leurs influences sur l’étude, deux tendances émergent dans les définitions de la notion. La distance à soi et aux autres est constitutive de l’empathie du champ scientifique, illustrée dans le concept de décentration. D’un autre côté, la relation à l’autre charrie nécessairement avec elle affects et intuitions. Dans le premier cas les émotions sont présentées comme évacuées tandis que dans le dernier elles s’affichent en circulation libre. Les mécanismes de prise de distance et de rapprochement y sont liés, ce que révèle le fonctionnement des neurones miroirs. Ils sont également la proie d’instrumentalisations par les discours identitaires, et l’empathie affichée envers un groupe ou une personne souligne des compatibilités intérieures. Dans le cas de la danse orientale professionnelle cairote, l’émotion circulante est l’occasion d’affirmer une certaine nature féminine comme la possibilité d’une communication esthétique révélant le partage de codes et de valeurs institués.

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Bibliographie

BOLTANSKI L., 1993. La souffrance à distance : morale humanitaire, médias et politique. Paris, Métailié.

BOUKOBZA J., 2002. Les cours de danse orientale à Marseille. Mémoire de DEA d’ethnologie sous la direction de J.-L. BONNIOL, Aix­en­Provence, université de Provence/MMSH.

CRAPANZANO V., 1994. « Réflexions sur une anthropologie des émotions »,Terrain, 22 : 109-117.

GALLESE V., 2004. « Intentional Attenument : the Mirror Neuron System and its Role in Interpersonal Relations » [La mise en phase intentionnelle. Le système miroir et son rôle dans les relations interpersonnelles] trad. A.-M. Varigault.
Disponible sur : http://www.interdisciplines.org/mirror/language/fr, colloque virtuel du programme OMLL intitulé « What do Mirror Neurons Mean ? ».

LUTZ C., ABU-LUGHOD L., 1990. « Introduction: Emotion, Discourse, and the Politics of Everyday Life », in LUTZ C. & ABU‑LUGHOD L. (dir.), Language and the Politics of Emotion. Cambridge, Cambridge University Press.

PIAGET J., 1970. Épistémologie des sciences de l’homme. Paris, Gallimard.

VIGREUX P., 1991. « Centralité de la musique égyptienne », Égypte/Monde Arabe, 7 : 55-101.

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Notes

1 Traduction in Crapanzano (1994 : 110).

2 Le arab, lié au chant, est défini par Vigreux comme une « émotion esthétique profonde (dérivé peut-être de idṭaraba : être troublé) ressentie par le chanteur et transmise à son public » (Vigreux, 1991 : 97).

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Pour citer cet article

Référence électronique

Julie Boukobza, « Pratique partagée et émotions en partage », Journal des anthropologues [En ligne] , 114-115 | 2008 , mis en ligne le 01 décembre 2009, consulté le 06 mars 2011. URL : http://jda.revues.org/301

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Auteur

Julie Boukobza

IREMAM/MMSH, 5 rue du Château de l’Horloge – BP 647 – 13094 Aix-en-Provencejboukobza@hotmail.com

Un célèbre dicton populaire prédit qu’”un bon bâilleur en fait bâiller sept”. Il est coutumier de parler de contagion. Ce terme est adapté aux maladies infectieuses quand, par contact direct ou indirect, un homme sain devient malade en raison de la transmission d’un virus ou d’un microbe. La réplication d’un comportement ne sous-entend aucune transmission d’un agent quelconque. Il semble donc plus précis de parler d’imitation comportementale, de synchronisation d’actions. C’est pouquoi nous userons du terme de réplication pour cet exposé.
L’étude éthologique des primates (10) révèle qu’à certains moments, un groupe entier se met à bâiller ensemble, sans qu’un individu ne puisse percevoir l’autre de quelque manière que ce soit, ni visuellement, ni auditivement, ni olfactivement. Il ne peut donc pas être considéré qu’un tel comportement soit comparable à la réplication interhumaine, mais est lié, par exemple, à la reprise d’activité de façon synchrone, en raison des rythmes circadiens repos – activité. Evidemment, chez l’homme dans certains cas, ces deux variantes peuvent se confondre.
Cette réplication de bâillement est initiée involontairement. Aussi bien le bâilleur n’éprouve aucun désir de faire bâiller, que le spectateur – receveur de la réplication n’a conscience d’un désir de bâiller. Le bâillement de ce dernier est, lui aussi, initié de façon totalement involontaire, mais seulement et seulement si son niveau de vigilance l’autorise. En effet, l’implication dans une tâche intellectuelle soutenue (c’est à dire avec une concentration élévée ou un niveau de vigilance optimum) ne permettra pas le déclenchement du bâillement. Ce point est fondamental pour l’interprètation éthologique humaine du rôle de synchronisation des états de vigilance entre deux individus soumis à la transmission du bâillement.

Comment se déclenche cette réplication ? La vue est un puissant stimulant. Provine (34,35) montre que 55% des spectateurs d’une vidéo montrant 30 bâillements successifs vont bâiller dans les cinq minutes. Le temps de latence varie de quelques secondes à cinq minutes. Temps de latence et durée de la visualisation n’ont pas permis d’établir une règle précise, un type de synchronisation spécifique. Des sourires répétés, en utilisant la même technique que la vidéo des bâillements, n’engendrent que quelques rares sourires, indiquant ainsi la spécificité de la réplication de ce comportement de bâillement.
R. Provine (36,37,38) a également vérifié que le visage du bâilleur n’a aucunement besoin d’être dans un axe visuel précis par rapport à celui qui subit la réplication. Face à face, à 90°, 180°, 270° l’un de l’autre, la réplication a lieu. L’existence d’une susceptibilité à la réplication des aveugles confirme que la vue n’est pas le seul déclencheur stimulant. La vue d’une partie seulement du visage, comme la bouche largement ouverte, ne déclenche pas la réplication. Il existe donc la nécessité d’une perception multimodale de toute la configuration du visage et des temps respiratoires audibles avec une dynamique coordonnée pour que la réplication se réalise. Alors que la présentation de vidéo de bâillements répétés déclenche la réplication, la visualisation de dessins animés, ne comportant qu’une simplification des traits du visage et de la mimique mobile du bâilleur ne permettent pas la réplication.
D’autres mécanismes que la vue et l’audition peuvent déclencher des bâillements: la suggestion, la lecture d’un texte sur le bâillement (vous en ce moment ?), l’évocation par la pensée peuvent ainsi déclencher un bâillement.
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La réplication du bâillement semble se situer à un niveau “basique” car elle est indépendante de la connaissance préalable du déclencheur, indépendante de caractères raciaux, éducatifs, socio-culturels témoignant de l’absence d’intervention mnésique. Il n’y a pas besoin de caractérisation explicite de l’autre pour subir la réplication. Il faut être à un niveau de vigilance intermédiaire entre somnolence et concentration soutenue, percevoir l’autre de façon inconsciente mais être capable de percevoir une chronologie rigoureuse de la cinématique du bâillement par ces composantes visuelles et ou sonores de l’ouverture de bouche, des modifications spécifiques des autres traits faciaux qui s’y associent, des mouvements et bruits de la ventilation reflets de l’inspiration ample et prolongée, de l’acmé, et à un moindre degré de l’expiration (35,36,37).
Quels en sont les substrats neurophysiologiques (20,21)? L’expertise visuelle de reconnaissance faciale (2,11,15) fait intervenir une grande variété de processus, réponses spécifiques à un besoin social: reconnaissance anatomique d’un visage, du sexe, de l’age, de ses composants fixes et mobiles avec critères de vitesse, de coordination, d’harmonie ou de dysharmonie, des expressions qu’ils véhiculent etc… L’examen des déficits corticaux comme la cécité cérébrale (18), la prosopagnosie, par exemple, montre qu’à côté de la perception consciente existe un grand nombre d’informations “d’ambiance” de la scène regardée qui ne franchissent pas le seuil de la conscience mais participent implicitement et obligatoirement à la perception d’ensemble (6).
La perception fait intervenir différentes régions anatomiques des deux hémisphères :
  • - structures du cortex visuel, par trois parties des régions occipito-temporales: gyrus occipital inférieur, gyrus fusiforme latéral, sulcus temporal supérieur. (voir schéma ci-dessous et bas de page)
  • - structures du cortex auditif : noyaux cochléaires du tronc cérébral, noyaux olivaires supérieurs, lemnis latéral vers le colliculus inférieur, corps genouillé médian du thalamus, cortex temporal.
Les structures sous corticales gèrent ces perceptions par des boucles amygdale-thalamus-insula -système limbique, avec des projections vers le tronc cérébral. Les réactions émotionnelles inconscientes sont supportées par ces modalités baptisées modèle perceptuel et moteur desémotions (19).
schéma
Une fois la perception acquise, le déclenchement moteur du réflexe de bâillement est involontaire et résulte de mise en action de boucles motrices sous-corticales noyaux gris – tronc cérébral (16). En parallèle, existe une extraction consciente du déroulement du phénomène, de son stimulus et de sa valence contextuelle par les voies de l’interroception (5) permettant une perception hédoniste consciente. Les voies tronc cérébral – noyau ventro-médian du thalamus – cortex insulaire – cortex orbitofrontal sont alors mises en jeu (11,20).
D’autres comportements se révèlent contagieux : le rire (le rire et le cri pathologiques sont associés à des dysfonctions des voies de communications réciproques – cortex cingulaire préfrontal antérieur – cervelet ), les émotions (19) avec par exemple la peur, génératrice de fuites collectives; d’autres structures corticales sont en jeu.
Après avoir distingué les réactions programmées, communes à tout le monde animal et les réactions émotionnelles élaborées, propres aux primates, il apparaît que la réplication du bâillement peut participer des deux types de comportements (25).
Les réactions programmées sont retrouvées chez tous les mammifères. Elles apparaissent nécessaires à la survie individuelle ou de groupe. Elles sont contagieuses par communication non verbale. Il s’agit d’un processus cognitif de communication directe, immédiat non conscient, engendrant des schémas moteurs innés ou acquis telle la fuite ou l’évitement. Baldwin, en 1894 (3), a baptisé mimétisme ce type de comportement. Le bâillement contagieux ne peut correspondre que pour une part à ce niveau comportemental archaïque. Son automatisme l’en rapproche. Mais son caractère aléatoire, sa latence éventuelle sont bien différents.
Une émotion exprimée par un congénère nécessite un traitement analytique de l’information afin d’être décryptée. Base de la cognition sociale (1,28), l’expression faciale des émotions sous-tend des processus cognitifs élaborés et flexibles. Leurs mises en oeuvre et la réponse adaptée nécessitent un temps de réaction nettement plus important, mal adapté à un réflexe immédiat de survie. Seuls les primates humains manifestent la capacité de percevoir les autres comme des agents intentionnels, avec capacité d’identification. Cette capacité à penser l’autre, à comprendre le raisonnement d’autrui et ses désirs sont cruciaux pour l’acquisition de compétences à une vie sociale (Theory of mind) (12,42). C’est la base de l’empathie réfléchie (7) : comprendre le ressentiment de l’autre, ressentir soi-même ce que l’autre ressent. La réplication du bâillement s’apparente au décryptage d’une émotion, d’un état de vigilance d’autrui à un niveau automatique non conscient permettant une synchronisation d’état de vigilance entre individus, qu’on pourrait qualifier d’empathie instinctive involontaire (43). Cette capacité à partager des émotions avec autrui (résonnance avec des affects inconscients) repose sur une communication implicite, façonnée au cours de l’évolution, dont les mécanismes neurobiologiques commencent à s’éclairer(1,2).( Yearning to yawn: the neural basis of contagious yawning MD Hesse, R Hari)
«L’analyse des substrats neurologiques des comportements montre un caractère modulaire permettant une explication évolutive par accroissement graduel des composants. Des structures neuronales spécifiques sous tendent ce traitement de l’information émotionnelle: l’amygdale, le cortex occipito-temporal, le cortex cingulaire antérieur, le cortex orbitofrontal, avec comme autre caractéristique la prédominance hémisphérique droite» (J Decety) (4,7,8,27). Le cervelet participe également par ses connexions avec les noyaux gris centraux, comme agent de coordination et de modulation de mouvements automatiques innés ou acquis.
Les études d’imagerie cérébrale (4,8), chez l’homme, s’accordent sur l’idée que la perception des mouvements, des actions réalisés par autrui, et l’imagerie mentale de l’action partagent avec la génération de l’action intentionnelle un ensemble de régions cérébrales (8,41). Elles apportent des arguments en faveur de l’hypothèse d’un codage commun perception – action, compatibles avec la notion d’affordance de Gibson (14) : « Gibson désigne ainsi le fait que, dans une situation donnée, l’environnement se prête à une action déterminée: une chaise incite à la positon assise, un ballon attend le coup de pied. Même si l’action n’est pas exécutée, c’est en termes d’action potentielle que l’environnement est perçu. La perception des affordances ne se limite pas aux seules relations avec les objets inanimés et s’étend à la dimension sociale contenue dans l’environnement ». Le bâillement est-il perçu comme une affordance ?
Les travaux de J Decety et de son équipe (8,27) ont identifié les structures corticales engagées lorsqu’un sujet imite les actions réalisées par un expérimentateur ou lorsque ses propres actions sont imitées par l’expérimentateur, comparé à une condition de production d’actions sans imitation : «Comme attendu, en plus des régions impliquées dans le contrôle moteur, un réseau d’activations commun au sein du cortex pariétal et du lobe frontal (les régions préfrontales dorso-médianes) a été détecté entre ces deux conditions d’imitation. Ce réseau d’activations partagées est cohérent avec l’hypothèse d’un codage commun entre les actions du soi et celles d’autrui. Si l’on regroupe les données neurophysiologiques concernant l’implémentation neuronale des trois types d’activité (préparation, simulation et observation pour imiter) qui impliquent les représentations motrices, on s’aperçoit qu’il existe une étroite équivalence fonctionnelle entre elles.»
L’activation du gyrus frontal inférieur dans l’hémisphère gauche (qui correspondrait à la région F5 chez le singe), au cours de l’observation d’actions, peut s’expliquer par une verbalisation silencieuse des sujets. Cette zone appartient en effet à la région de Broca (26) dont la lésion provoque une aphasie de production. Rizzolati (39,40,41) a découvert dans le cortex prémoteur ventral du macaque, dans les aires F4 et F5, des groupes de neurones appelés neurones miroirs dont l’activité est corrèlée à l’observation d’une action d’autrui en fonction de son but, catégorisant les actions à un niveau intentionnel. Ces neurones semblent exister chez l’homme.“The mirror system would allow the observer to get into the mental shoes of the target” V. Gallese.

En juin 2003, R. Hari a présenté le premier travail d’imagerie fonctionelle cérébrale, réalisé lors de la perception du bâillemnt d’autrui. Le sillon temporal supérieur, appartenant à la zone des neurones miroirs, s’active électicement lors de cette perception et n’entre pas en fonction lors de l’observation d’autres mouvements expressifs d’un visage. Il s’agit là de la première preuve scientifique d’un mécanisme neurophysiologique spécifique de la réplication du bâillement.
(Contagious yawning: the role of self-awareness and mental state attribution Platek SM)
Percevoir les actions réalisées par autrui impliquerait un processus de simulation qui permettrait d’en comprendre les intentions. Cette résonance chez l’observateur ne produit pas nécessairement un mouvement ou une action. Un mécanisme inhibiteur, parallèlement activé et qu’on peut situer au niveau frontal, bloquerait le déclenchement moteur mimétique des actions. En effet, l’étude de la pathologie neurologique humaine des dysfonctionnements frontaux (26) retrouve deux circonstances où l’imitation non inhibée perturbe les comportements:
-1°) La maladie de Gilles de la Tourette, touchant le cortex préfrontal, les ganglions de la base et le système limbique, associe trois éléments principaux: les tics, la rare coprolalie, et l’écholalie/échopraxie;
-2°) Le syndrome préfrontal ou prémoteur associe une aphasie kinétique (lésions hémisphère gauche), et des troubles de la sélectivité des schémas moteurs alors que les fonctions supérieures sont respectées. (désautomatisation des activités avec persévérations et imitation rudimentaire et erronée des derniers mouvements de la personne face au malade, cétopraxie).
La réplication du bâillement serait-il un comportement non inhibé, de façon physiologique, et se rapprochant par ses mécanismes de ces pathologies ?
A quel âge, chez l’homme, la réplication du bâillement apparaît-elle ? Piaget, dès 1951(29,32), avait montré que l’imitation du bâillement par le bébé n’apparait qu’au cours de la deuxième année de vie, alors que les nouveaux-nés bâillent fréquemment, prolongeant ainsi ce comportement apparu précocement au cours de la vie foetale. Meltzoff propose une interprétation ontogénique à cette discordance. Dans les six premiers mois de la vie, le bébé est capable d’imiter les mouvements des mains parce qu’il voit les mains d’autrui comme les siennes. Par contre, il n’a pas la perception consciente de lui-même comme individu ni perception des mouvements de son visage. Lorsque le test du miroir indique qu’il a sa propre perception d’individu autonome, qu’il acquiert la capacité de se reconnaître dans le miroir, son développement mental de l’imitation s’achève par la capacité à imiter des mimiques, expliquant ainsi qu’il devienne sensible à la réplication du bâillement au cours de la deuxième année de vie seulement. L’unique étude systématique des enfants indique, elle, que cette réplication n’ait observé qu’à près l’âge de 5 ans (Anderson & Meno 2003).
La réplication du bâillement chez les chimpazés
Bien que le bâillement soit répandu chez tous les vertébrés, sa réplication n’a été rapportée jusqu’alors que chez les humains (Lehmann 1979; Baenninger 1987; Smith 1999). Cette capacité est sous-tendue par les mécanismes neuropsychologiques de la théorie de l’esprit (Theory of Mind) , puissant moyen de communication inter-indiviudelle à la base de l’empathie. Un travail récent a ainsi pû montrer que cette capacité à subir la réplication était d’autant plus nette que la personnalité est empathique par opposition aux personnalités schizoïdes très peu sensibles (Platek et al. 2003). L’équipe de recherche dirigée par James Anderson de l’Université de Stirling (GB) a , pour la première fois, réussi à retrouver cette capacité à la réplication des bâillements chez les chimpanzés, nos proches parents phylogénétiques, lorsqu’ils regardent un enregistrement vidéo d’un congénère qui bâille. Cette découverte est un pas de plus pour montrer que nous partageons avec des primates non-humains des traits évolutifs communs pour la capacité à percevoir la conscience de soi-même et de celle des autres.
La photo ci-dessous montre le reflet de l’écran vidéo où se déroule le bâillement d’un chimpanzé et visualise le bâillement du chimpanzé spectateur. Voir cette vidéo.
contagious yawning
En résumé, admettant que le développement du cortex frontal (moteur) et préfrontal (prémoteur) est spécifique aux bipèdes, on peut donc proposer que la réplication du bâillement est une véritable échokinésie, pour reprendre ce mot inventé par JM Charcot, que l’on peut caractériser par trois critères :
-la réplication serait une spécificité humaine interprétée comme un mimétisme comportementale
-alors que l’observation d’un comportement moteur d’autrui est mimée par les aires motrices de l’observateur et le plus souvent non suivi d’actes moteurs par inhibition frontale, le bâillement serait-il, lui, sous certaine condition de niveau de vigilance, le résultat d’un comportement non inhibé ?
-la réplication aurait conféré un avantage sélectif en permettant une synchronisation efficace des niveaux de vigilance entre les membres d’un groupe. Elle participerait d’une forme d’empathie instinctive involontaire, probablement apparue tardivement au cours de l’évolution des hominidés.
Archaic behavior and the communicative act Meerloo J 1955 et pdf
Imitation et intersubjectivité : voir un site de l’INSERM Prof Jean Decety (PETscann et IRM fonctionnelle)
lire les articles de J Decety sur ce site
Théorie de l’esprit, empathie et… bâillement C Derouesné
Contagious yawning: the role of self-awareness and mental state attribution Platek SM, SR Critton, et al
Yearning to yawn: the neural basis of contagious yawning Schurmann M, Hari R et al
Contagious yawning and the brain Platek S,Mohamed F, Gallup G
Cortical systems for the recognition of emotion in facial expressions R Adolphs, A Damasio
Human facial expressions as adaptations: evolutionary questions in facial expression research KL Schmidt
Neurophysiological mechanisms underlying the understanding and imitation of action G Rizzolati, V Gallese
From the perception of action to the understanding of intention J Decety
Imitation and the definition of a meme Susan Blackmore
La communication chez les primates BL Deputte
Imiter pour découvrir l’humain J Decety et J Nadel
A PET exploration of the neural mechanisms involved in reciprocal imitation J Decety, T Chaminade, J Grèzes, AN Meltzoff
Is perceptual anticipation a motor simulation ? A PET study T Chaminade, D Meary, JP Orliaguet, J Decety
Does the End Justify the Means? A PET Explorationof the Mechanisms Involved in Human Imitation T Chaminade, AN. Meltzoff, J Decety
Naturaliser l’empathie J Decety
Neural correlates of feeling sympathy J Decety et T Chaminade T
Functional imaging of theory of mind: the role of the STS Gallagher HL
Resonance behaviors and mirror neurons G Rizzolatti, V Gallese
Reafferent copies of imitated actions in the right superior temporal cortex M Iacoboni
Imitation of facial and manual gestures by human neonates Meltzoff AN, Moore MK
Rational imitation in preverbal infants G Gergely
Imitation et agentivité J Proust
La communication chez les primates BL Deputte
The perception-behavior expressway:automatic effects of social perception on social behavior
The temporal relationship between reduction of early imitative responses and the development of attention mechanisms Nakagaw A
A clinical and psychological study of echo-reactions Srengel Ed, Vienna MD, Edin LR 1947
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