Category: Connaissance



par Créatis expertise comptable, mercredi 15 juin 2011, 09:40

On entend de plus en plus parler d’intelligence collective. Ce concept d’un groupe qui se mobilise autour de la création et du partage de savoirs et de connaissances est difficile à appréhender. Utopie pour les uns, mode performant d’organisation du travail, vecteur de progrès humain entraîné par les TIC dans la vulgarisation des savoirs pour les autres… Pistes de réflexion.

L’intelligence collective est un concept qui a vu le jour à la Renaissance, autour de « L’océan des savoirs », cette quantité incommensurable de connaissances qui fonde notre société. Il a fallu d’abord identifier les limites de cet océan des savoirs, pour tenter d’organiser les compétences. Ce qu’ont tenté d’accomplir les Lumières, via l’Encyclopédie. La  représentation d’intelligence collective a évolué ensuite,  aux 19e et 20e  siècles, autour des révolutions technologiques successives. Mais c’est la révolution Internet qui lui permet d’être plus qu’un concept. Les outils ERP (Enterprise resource planning, support numérique d’organisation dans l’entreprise), les outils web 2.0 (les wikis, les blogs…) l’ont matérialisée.

L’intelligence collective est au cœur de notre quotidien… sans même qu’on le perçoive. Des piliers parmi les plus fondamentaux de notre société reposent sur ce concept. Pour Pierre Lévy, philosophe et professeur en charge d’une chaire d’intelligence collective à l’université d’Ottawa, « les sociétés contemporaines les plus avancées reposent sur des institutions dont le principal moteur est précisément l’intelligence collective : la démocratie, le marché, la science». L’objectif de l’intelligence collective est de regrouper une société, une communauté autour d’activités d’apprentissage, de retours d’expériences, de perceptions et de résolutions de problèmes. Elle fonctionne ainsi comme une plateforme organisationnelle, exploitant les compétences d’un collectif. C’est elle qui formalise le langage et les codes produits par cette mise en commun. C’est elle aussi que repèrent le philosophe Bernard Stiegler et son association Ars Industrialis dans « l’économie de la contribution », où chacun participe à créer le savoir commun. L’intelligence collective organise les apports de chacun et crée le dialogue dans la société.

Des réalités quotidiennes

Par l’intelligence collective, la société se regroupe en communauté, autour d’activités d’apprentissage, de retour d’expériences, de perceptions et de résolutions de problèmes… Car l’information n’est pas seulement ce qui fait sens, reprend Pierre Levy. C’est également ce qui fait forme, ce qui organise… La notion d’intelligence collective est bien sûr soumise aux critiques. Quand une individualité se met au service d’un collectif, elle prend le risque d’appartenir à ces « foules productrices d’inepties » que dénoncent les sociologues du 19e et 20e siècles Tarde et Le Bon . Si cette critique de la culture de masse s’entend, il n’empêche que c’est bien la norme sociale (école, parents, médias…) qui institue la plupart du savoir que l’individu accumule.

L’irruption des TIC, et des outils collaboratifs, peut faire croire que l’intelligence collective n’est qu’une base de données, qui se matérialiserait seulement par des outils tels que les wikis et autres blogs, en une simple plateforme collaborative… Mais l’avènement des technologies de la communication ne doit pas cacher la part humaine. L’outil favorable que représentent les NTIC n’est pas la condition suffisante à la réussite de l’intelligence collective. Il s’agit d’un collectif convergeant vers un but commun : créer un support de connaissances. La dimension sociale est donc cruciale, puisque l’apprentissage et l’appropriation est la condition de cette intelligence collective… Avec Bruno Chaudet, professeur d’information-communication à l’université de Rennes II, qui s’appuie sur l’anthropologue et sociologue Bronislaw Malinowski du 19e et 20e siècles, il faut sans doute souligner la force structurante de  l’intelligence collective, véritable « institution »  qui intègre aussi bien les outils wikis ou ERP que les tables, les murs et les personnes contribuant à la communauté…

Nouvelles pratiques

Il reste que les nouvelles pratiques apparues dans le champ des plateformes collaboratives ont eu un vrai rôle. Une époque est passée, celle de la division taylorienne du travail avec ces routines des savoirs et des savoir-faire qui répondaient à la demande de production et de consommation de masse. Aujourd’hui, la demande est très personnalisée et beaucoup plus flexible. Le travailleur développe son adaptabilité, le travail se recentre sur des temps différents, des projets multiples, des tâches dématérialisées et interactives… Des nouvelles pratiques qu’illustrent les wikis d’entreprise ou les ERP.

L’intelligence collective n’est en tout cas pas la vulgarisation des savoirs, malgré quelques contre-exemples célèbres. La plateforme Wikileaks, sa divulgation d’informations, voire de secrets d’État, sans contrôle ou presque… Ou encore ces multiples plateformes collaboratives où les origines des contributions sont limitées, et les apports succincts… Cela pointe des limites organisationnelles de l’intelligence collective. Il ne faut donc pas tomber dans une vision idyllique…

Vulgarisation de savoirs ?

Pour Bruno Chaudet, « Il faut bien s’entendre sur la notion de savoir qui est très complexe. Pour ma part, je prends en compte la définition de la sociologie des sciences et des techniques qui définit qu’un savoir n’en est un que s’il en acquiert le statut socio-symbolique(reconnu et partagé socialement). Dès lors, le savoir est aussi une affaire d’institutions et de contexte social- historique. Ainsi, à propos de ces plateformes collaboratives, plutôt que de vulgarisation, sans doute vaut-il mieux parler de distribution générale de l’expertise. »

 

http://obstest.sciencescom.org/

 


« Savez-vous ce que vous savez ?
Évitez le syndrome de la roue réinventée ! » 

« Prévenez la perte de mémoire organisationnelle »

« Brisez les silos : Suscitez la collaboration »

« Identifiez et transférez vos meilleures pratiques »

« Restez dans la course : Favorisez l’innovation ! »

« Favorisez l’accès aux connaissances  »


Internet en 2049 : maîtres ou esclaves du numérique ?  Benoît Sillard et vous propose de partager votre vision de l’Internet en 2049. Publié le 06/05/2011

Organiser le flux

C’est la condition sine qua non pour réussir à survivre dans la société de l’information et être en mesure de produire une analyse propre. Alors que les sources abondent, aucun utilisateur n’est aujourd’hui en capacité, et ne le sera sans doute jamais, d’absorber toutes ces informations. C’était déjà vrai avec l’imprimerie, mais le numérique rend manifeste cette limite individuelle. Aussi, les utilisateurs doivent, dès aujourd’hui, employer des outils offrant un panel assez large et représentatif des informations qui sortent chaque minute sur la toile.

L’organisation de l’information peut se faire à l’échelle individuelle, mais elle peut aussi utiliser des outils sociaux. Le following sur Twitter utilise massivement ce principe : on repère une source intéressante d’information, qui peut être un expert en son domaine, et on se tient informé de ses réflexions, de ses liens ou de ses publications. Nous ne pouvons pas faire le tri de toutes les informations ; mais nous pouvons en revanche plus facilement constituer un réseau d’amateurs (ou d’experts) qui font chacun le tri dans leur domaine de compétence.

Hiérarchiser l’urgence

Une célèbre étude menée par Hewlett-Packard en 2005 a montré que les cadres d’entreprise incapables de gérer leur temps de connexion se montraient moins efficaces que les autres, et qu’ils perdent même des points de QI ! Mais l’effet dure seulement le temps de la distraction : il s’agit d’une simple perte de concentration. Le problème est exactement le même dans la vie personnelle que dans la vie profes-sionnelle. L’Internet, comme tout moyen de communication, impose ce que Bernard Stiegler nomme une « écologie de l’esprit », une bonne gestion du temps et de l’espace de nos connexions (Ars Industrialis). Nous serons amenés à passer de plus en plus de temps devant les écrans de nos terminaux numériques : cela impose de se fixer, au sein de la journée, de la semaine et de l’année, des périodes de déconnexion permettant de concentrer toute son attention sur la résolution de problème ou la création de contenu. C’est simple à dire mais cela va nous demander une réelle discipline.

Vérifier l’information

Comment connaître la valeur relative d’une information ? Ce point est celui qui soulève le plus de scepticisme sur la valeur de l’Internet : le pire y côtoie le meilleur, et l’usager est condamné à utiliser des sources incertaines s’il ne fait pas appel à des spécia-listes de la vérification et de la qualification de l’information, comme par exemple les journalistes.

Notons d’abord que l’Internet permet de collecter les informations des journalistes eux-mêmes, avec des services comme Google Actualités agrégeant toutes les sources médiatiques gratuites sur un thème. La différence est qu’au lieu d’avoir un journal ou un magazine traitant de tous les sujets d’actualité à la fois, chaque utilisateur peut faire une revue de presse sur les sujets qui l’intéressent. De plus, une source non journalistique n’est pas nécessairement privée de valeur, car bien des amateurs spécialisés connaissent mieux leur domaine de prédilection que des rédacteurs généralistes (voir le chapitre « Le temps du social knowledge »).

Une des voies pour sélectionner des informations est la « popularité ». Une information qui est recommandée par un grand nombre de personnes est intéressante. C’est ainsi que le moteur de recherche Google a intégré dans son algorithme d’indexation de pages un indice de popularité : plus la page est liée par d’autres sites, mieux elle est référencée. Ce système a des limites : ce n’est pas parce que le plus grand nombre trouve un contenu intéressant qu’il l’est. De plus, certains blogueurs influents peuvent travailler de concert avec des entreprises et produire du publireportage, ce qui n’est pas un gage de neutralité et d’objectivité.

Une autre méthodologie a été avancée : le vote direct. C’est le principe des digglike. Chacun peut diffuser son information. Si de nombreux lecteurs « votent » pour elle, elle est valorisée et diffusée sur la home-page du site. Et donc encore plus visible. Là aussi, on peut détourner le système et organiser un vote massif pour un contenu. Camille Gévaudan a souligné à ce sujet que les blogueurs américains ont été conduits à clarifier leurs pratiques par la Federal Trade Commission. Autre pratique née avec le microblogging : le ReTweet (RT). Équivalent pour Twitter du forward d’une messagerie (TR), elle mesure donc maintenant la qualité d’une information à son niveau de « recommandation » puis de circulation. François Guillot a cependant montré que le RT est une « mesure de l’influence » qui ne se confond pas toujours avec la mesure de la pertinence.

Enfin, de nombreux sites publiant des contenus produits par les internautes (User Generated Contents) donnent accès aux profils de ces contributeurs, ce qui permet de se faire une idée du crédit qu’ils peuvent avoir en regardant l’ancienneté de leur participation, leur spécialité et le nombre de leurs contributions.

La vérification de l’information sur Internet peut donc s’aider de divers « indices » dont aucun ne constitue une preuve formelle de qualité. Néanmoins, le réseau permet de franchir l’étape qui était la plus difficile avant le numérique : la réunion des sources sur un même thème. Lorsqu’un sujet est ainsi éclairé par une consultation régulière des articles de presse, d’encyclopédie, de blogs, il devient plus facile pour l’usager de comparer les niveaux d’expertise, donc de fiabilité, d’observer des opinions ou des interprétations contradictoires, de se forger sa propre analyse.

Concentrer l’attention

Les chercheurs n’ont pas la réputation d’être des gens distraits et futiles. Or Internet a été inventé par les scientifiques pour échanger au plus vite des données et aujourd’hui, l’édition scientifique est celle qui a le plus dématérialisé ses contenus : ses (nombreux) journaux comme ses livres sont numériques de longue date. Cet exemple montre qu’il n’y a aucun lien fatal entre la numérisation des échanges et la distraction des esprits. Internet ne modifie pas fondamentalement la donne par rapport aux anciens médias : une personne qui essaie de réfléchir avec son téléviseur allumé, un magazine posé sur son bureau et un téléphone qui sonne régulièrement aura du mal à se concentrer ! La plupart des tâches que nous avons à mener peuvent être fragmentées : personne n’écrit d’une traite un long article, un rapport ou un livre. Le problème de l’attention relève donc d’une certaine gestion de son temps et de ses capacités cognitives. Le simple fait de pouvoir noter simplement et à tout moment des idées (par exemple sur un smartphone) permet de ne perdre aucune information utile à la tâche en cours, car nos idées jaillissent à tout moment, pas seulement pendant les heures que nous dédions à la réflexion.

Pour l’universitaire américaine Maggie Jackson, auteur de Distracted : The Erosion of Attention and the Coming Dark Age, « nous sommes potentiellement à l’aube d’une renaissance de l’attention, alimentée par une meilleure compréhension des sciences cognitives, sous réserve d’examiner de façon critique l’impact des nouvelles technologies sur nos capacités cognitives ». Selon elle, nous développons en tant qu’humains l’attention dès notre naissance. Cette attention englobe différents aspects : la capacité d’accueillir des stimuli, la capacité de faire le tri parmi les millions de sensations qui nous parviennent, ce qui inclut la conscience (awareness) et la concentration (focus). Une troisième facette de l’attention dirige les processus de connaissance plus complexes, les opérations émotionnelles et la solution de conflit entre les différentes parties du cerveau. Ces trois aspects sont affectés par notre mode de vie moderne, notre nomadisme, notre emploi du temps fragmenté et nos espaces virtuels. Maggie Jackson note que les personnes capables de se concentrer ressentent moins de peur, de frustration et de tristesse au jour le jour, en partie parce qu’elles détachent leur attention des aspects déplaisants de leur vie. A contrario, les problèmes d’attention sont un des principaux obstacles pour atteindre ce profond sentiment de satisfaction qu’éprouvent les personnes qui se concentrent pour réussir un défi.

Produire la synthèse

Le tout est plus que la somme de ses parties : cette assertion se vérifie dans le domaine de l’information. Lors d’un colloque organisé par la Maison des sciences de l’information et de la communication (CNRS) sur le thème « De la société de l’information vers les sociétés du savoir », les intervenants ont souligné la différence entre information, savoir et connaissance. L’information est en quelque sorte la matière première, les briques élémentaires de toute analyse. Mais une simple accumulation d’informations ne produit pas par elle-même de la connaissance ou du savoir : il faut à la fois une pratique dans la durée et une synthèse (évolutive) permettant de distinguer les informations pertinentes ou non, centrales ou périphériques.

L’important n’est pas d’accumuler un maximum d’informations, mais de construire des relations logiques, simples, efficaces entre ces informations pour construire un savoir ou une connaissance. Non pas dans tous les domaines, puisque c’est parfaitement impossible étant donné l’explosion des connaissances scientifiques ou pratiques de l’humanité : nous ne vivons pas dans la société du savoir abstrait, mais dans la société des savoirs concrets. C’est vrai même dans les disciplines les plus généralistes : en science, un spécialiste de la physique des particules n’est pas un spécialiste d’astrophysique ; en philosophie, un expert de la pensée antique n’est pas un maître de la déconstruction post-moderne. Et bien sûr, cette émergence des savoirs spécialisés concerne la vie quotidienne de chacun.

L’Internet ne produit pas la capacité de synthétiser personnellement chaque domaine (il faudrait des centaines de vie pour cela !), mais il permet l’accès à des synthèses déjà réalisées par d’autres. Car nous avons tous des domaines qui nous passionnent et que nous connaissons bien. On parle maintenant de « curation » et de « curators » pour évoquer les personnes effectuant ce travail de tri et de synthèse. La dimension à la fois collective et collaborative de la construction des savoirs s’impose comme l’une des mutations les plus importantes de ce siècle. Apprendre à partager les connaissances est la clé de cette évolution (voir le chapitre « Le temps du social knowledge »).

L’accès rapide à des synthèses de qualité implique enfin que les individus devront surtout exercer leurs talents à s’en inspirer pour faire les bons choix, porter les bons jugements sur les situations auxquelles ils sont confrontés : une vision d’ensemble bien informée est le préalable d’une décision qui repose en dernier ressort sur l’intuition et la vision de l’avenir.

Ajouter une valeur personnelle

Napoléon disait qu’entre un général doué et un général chanceux, il préférait que ses régiments soient menés au front par les seconds. Une autre manière de dire que, dans les affaires humaines, tout ne se résume pas à la pure rationalité ni à la maîtrise « formelle » d’une situation. C’est aussi vrai dans les domaines les plus rationnels : Henri Poincaré, l’un des plus grands mathématiciens de tous les temps, a écrit des pages célèbres sur le rôle de l’intuition et même du rêve dans la découverte des solu-tions les plus ardues… et les plus analytiques en dernier ressort ! « La logique qui peut seule donner la certitude est l’instrument de la démonstration : l’intuition est l’instrument de l’invention », écrivait-il (La Valeur de la science, 1905). Il va de soi que les artistes, bien plus que les scientifiques, font reposer leur création sur cette intelligence émotionnelle.

À l’avenir, il est probable que cette dimension créative prendra une part de plus en plus importante. L’Internet procure des outils pratiques pour accéder aux analyses d’un thème donné et en produire la synthèse : encore faut-il, à partir de cela, soit ajouter des conceptions nouvelles, soit prendre de bonnes décisions. En ce domaine, la part revient à l’intuition, à l’imagination, à la vision et à l’émotion : il faut être capable de bousculer les schémas et de changer les perspectives.

Bien que d’origine sociale, les connaissances seront donc orientées, triées, utilisées à des fins personnelles. Plusieurs auteurs ont récemment souligné l’importance de ce tournant dans la personnalisation de l’information et du savoir. Une leçon importante des sociétés numériques est que l’individu ne peut plus prétendre à la maîtrise d’une proportion significative de savoirs, tant ceux-ci sont devenus nombreux et accessibles. La conséquence en est l’importance croissante de l’intelligence collective et du travail collaboratif.


8 histoires d’intelligence collective

Emporté par la vague des danseurs

Au début du stage de danse, Anna a mis la vingtaine de participants sur une seule ligne contre un mur et a suggéré d’attendre que « la vague » du groupe nous emporte en avant, sans signal d’elle. Chaque fois nous partions tous à contretemps. Il a fallu une bonne heure de répétition pour que nous commencions à « sentir », à « être » la vague collective. À la fin, c’était hallucinant : nous partions ensemble, absolument synchro, dans un même souffle, un même mouvement en avant. Swinging Mimi

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Tout le village garantit le micro-crédit

Bravo aux Suédois d’avoir attribué le Nobel de la Paix à Muhammad Yunus pour son invention du micro-crédit. Mais le banquier du Bengla Desh aurait aussi bien mérité le Prix Nobel en sciences économiques. C’eût été plus futuriste. Un million de villages bengalis (cent millions de personnes) ont pu envisager d’entrer dans le cercle vertueux du développement grâce à la Grameen Bank. Or, le micro-crédit repose sur une responsabilité collective : quand une villageoise reçoit 50 € pour monter un atelier de couture (!), c’est tout son village qui se porte garant. D’où la difficulté d’imiter le système dans des zones où l’esprit communautaire n’existe plus… Mélik Nguédar

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Cette monnaie révèle notre richesse invisible

Un tissu économique déchiré peut se remplacer lui-même, s’auto-réparer. Des années 1930 aux années 2000, plusieurs exemples étonnants – à Wörgel (Autriche), à Lignères-en-Berry, à Buenos Aires, à Perth (Australie), etc. – ont prouvé qu’à partir d’un certain nombre de participants motivés (trois mille est un bon seuil), même une région en crise économique grave pouvait décoller et devenir riche (!) et s’inventant une monnaie locale. Généralement mal vue et calomniée par les banques (et pour cause : elles « inventent » la monnaie officielle pour leur plus grand profit), la monnaie locale, appelée depuis quelques décennies SEL (système d’échange local), associe la fonction du troc à celle du tissage de liens sociaux. Son intelligence collective révèle à ceux qui se croyaient définitivement pauvres que leurs savoirs respectifs constituent une richesse, à partir du moment où ils sont partagés. Patrice van Eersel

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Après la démocratie, la sociocratie ?

Démocrates, nous avons tendance à penser que les peuples sont habités par une forme de sagesse spontanée. Du Leviathan de Hobbes au Contrat social de Rousseau, en passant par la Main invisible d’Adam Smith, les pères de la démocratie y ont cru, avec raison. Mais la démocratie a un défaut : la majorité y écrase les minorités. C’est dommage, car cette oppression affaiblit l’harmonie d’ensemble. Venus de la pédagogie, des avant-gardistes hollandais (Kees Boeke, Gérard Endenburg) ont inventé la “sociocratie”(mot imaginé par Auguste Comte), où toute objection est considérée a priori comme un enrichissement potentiel et où l’information remonte de bas en haut de la hiérarchie, par une noria de “cercles” indépendants de l’organigramme. Des entreprises hollandaises audacieuses (de l’électromécanique au salon de coiffure), des administrations (dans la police !), des municipalités (en France, à St-Paul de la Réunion !) ont commencé à mettre en application la sociocratie. C’est le meilleur exemple de “démocratie participative”. Bobby Lœwenstein

Contact en France : www.taovillage.com

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Le problème vient de l’affaiblissement du moi !

Paradoxalement, alors qu’augmente l’urgente nécessité de nouvelles attitudes collectives, nous observons dans nos sociétés dites « développées » une montée des troubles liés aux difficultés ou aux insuffisances de structuration du moi. Les dérives les plus marquantes sont l’augmentation de l’obésité, les conduites addictives de tous ordres, les phénomènes de dépendance et de vassalité dans la formation des bandes d’adolescents. Les causes de ces troubles sont multiples. Il est cependant possible de les lier à l’insuffisance des cadres collectifs apprenants, au déficit dans la transmission des savoir faire et des savoir être et à une fuite obsessionnelle devant le risque, le manque, la souffrance de tous ordres. L’expérience de la confrontation réussie aux dangers, aux obstacles, source de l’apprentissage et de la structuration du moi, est l’un des facteur majeur de développement de l’intelligence collective. C’est parce que j’ai appris avec les autres à dépasser les épreuves que je peux prendre ma place dans un groupe… Ce n’est qu’au prix d’une initiation volontairement réinvestie, que l’humain pourra réellement prétendre devenir « homo sapiens sapiens ». Un homme sage, capable de choisir son avenir en conscience, et non de le subir.Eric Julien

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La leçon de Lou Reed au public parisien

J’avais 30 ans. C’était la première fois que je voyais chanter Lou Reed depuis la fin du Velvet et l’animal se démenait sur la scène d’un Palais des Sports. J’étais heureux, pourtant quelque chose clochait. Un décalage que je n’aurais su définir. Ça swinguait… mais j’avais mal dans la nuque : pourquoi ? Tout d’un coup, c’est lui qui a explosé, sur scène. Personne n’attendait sa gueulante : « Il y a vraiment un truc bizarre dans cette salle ! Je ne sais pas ce que vous avez, d’ailleurs, dans tout ce pays ! Ma parole, vous êtes coincés ou quoi ? Mais, vous allez vous sortir de cette glue, oui ? Allez, arrachez-moi ces masques, vivez, nom de Dieu ! » L’injonction du chanteur libéra la salle en un éclair. Quelques secondes après, nous ne formions plus qu’un corps, collectif, euphorique. Ce fut l’un des meilleurs concerts de ma vie. Ce souvenir me fait penser à une amie concertiste qui me disait combien les publics pouvaient être différents : certains soirs, elle doit ramer fébrilement pour pousser la salle jusqu’à la catharsis ; d’autres fois, la magie est là, avec mille personnes comme confondues dans une même attention. Marc de Smedt

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La révolution Internet dans les quartiers

Qui aurait prédit la dilatation de la blogosphère il y a encore deux ou trois ans ? La vague des « journaux intimes en ligne » roule follement, formant une sorte d’énorme livre de bord collectif, avec près de dix millions de blogueurs rien qu’en France. Pour le meilleur et pour le pire : blogs fachos, blogs racistes, blogs ultra-violents côtoient toutes sortes de blogs pacifiques, heureusement beaucoup plus nombreux, individuels ou collectifs, appelant à une vie plus conviviale, notamment dans la vie de quartier. À titre d’exemple, faites donc un tour surwww.peuplade.fr – www.paris14.info – www.eiffelsuffren.net -http://forum.toulouse.fr – www.i-canut.com – www.i-lyon9.com – www.i-lyon1.com

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Et vous, qu’en pensez-vous ?

Pendant le mois de septembre 2006, le sondage mensuel du site nouvellescles.com vous a demandé sous quelle forme se manifestait selon vous une conscience collective. Voici les résultats des 1658 réponses reçues :

- un réseau de solidarité : 23,7%
- un groupe de méditation : 18,8%
-  un réseau de résistance : 11,2%
- une ONG humanitaire : 9,7%
- le web : 6,8%
- un grand concert : 6,3%
- autre chose : 5,7%
- les religions : 5,7%
- les classes sociales : 4,5%
- les partis politiques : 2,4%
- l’ONU : 2,6%
- l’État : 1,9%
- rien : 1%

Où l’on voit clairement exprimée, dans les trois réponses à deux chiffres (solidarité 23,7%, méditation 18,8%, résistance 11,2%) la convergence, signalée dès 1995 par la fameuse étude de Paul Ray et Sherry Anderson sur les « Créatifs Culturels » (1), entre l’action sociale et la spiritualité. Cette dernière est plutôt conçue comme laïque, dépassant les frontières des anciennes obédiences – alors que les religions se retrouvent loin derrière (5,7%). La conscience politique n’est plus incompatible avec une démarche spirituelle, mais elle est désormais beaucoup moins portée par les partis (2,4%) ou l’État (1,9%) que par des réseaux de citoyens (34,9% en tout) ou d’ONG (9,7%).


Dans  l’ouvrage  sur  « la  connaissance  créatrice  »  d’ikujiro  Nonaka  et  d’hirotaka Takeuchi (1997), les dirigeants doivent admettre l’importance du savoir tacite et comment il diffère du savoir explicite. Le savoir tacite est individuel, immergé dans l’action, dans les routines, dans un contexte spécifique, lié à l’apprentissage personnel, et de ce fait, il est difficile à formaliser et à communiquer, alors que le savoir explicite, c’est de la connaissance codifiée, transmissible en un langage formel et systématique (production de données au niveau individuel et gestion électronique documentaire au niveau de l’entreprise). Les cadres intermédiaires jouent un rôle clé en transformant le savoir tacite des ouvriers en savoir explicite et en l’incorporant dans les techniques et les produits nouveaux. La fonction première de l’entreprise est de la sorte de créer un avantage concurrentiel basé sur son intelligence collective. L’intelligence collective peut sous certaines conditions, mettre en synergie les ressources cognitives d’un groupe et faire émerger des facultés de représentation, de créations et d’apprentissages supérieurs à celles des individus isolés.

La clé du savoir se trouve dans « la spirale du savoir » : Les étapes d’apprentissage sont la socialisation, l’externalisation, l’association, et l’internalisation :

-     La socialisation permet de partager implicitement le savoir tacite par exemple

en expérimentant (le partage sur le lieu du travail, l’apprentissage),

-    L’externalisation convertit le savoir tacite en explicite au moyen de concepts, d’analyses, d’hypothèses, de modèles, de métaphores, d’analogies,

-    L’association ou la combinaison transmet le savoir codifié d’une personne à une autre (gestion électronique documentaire, réseaux des connaissances),

-    L’internalisation permet d’intérioriser le savoir explicite en tacite à un niveau plus élevé, en « apprenant en faisant » (l’organisation apprenante).

La gestion des connaissances consiste :

-    à collecter le savoir des personnes de l’organisation par des entretiens et à le rassembler dans des ouvrages de référence (ex : bréviaires de connaissance) et/ou bases de connaissance ;

-    éventuellement  à  mettre  en  forme  et  échanger  ce  savoir  par  le  biais  du système de la Communauté de pratique ;

-    à diffuser ce savoir au sein de l’organisation, notamment (mais pas seulement) par des moyens informatiques.

La stratégie consiste à développer les capacités organisationnelles en vue d’acquérir, d’accumuler et d’exploiter le savoir. Mais, dès lors, que le savoir n’est créé que par des individus, l’entreprise doit faciliter cet apprentissage en stimulant l’apprentissage individuel, en le formalisant et en veillant à ce qu’il se transmette au niveau du groupe. L’apprentissage individuel favorise ainsi l’apprentissage collectif en passant du niveau du groupe et à celui de l’entreprise. Mary Crossan, Henry Lane et Robert White (1997), ont définis « un cadre » de l’apprentissage en entreprise avec quatre processus reliant ces niveaux entre eux. Ils sont appelés :

-    L’intuition qui est subconscient au niveau de l’individu (expériences, images, métaphores…)

-    L’interprétation  qui  est  un  processus  qui  sélectionne  cette  connaissance individuelle et le répand au niveau du groupe (langage, carte cognitive, conversation…)

-    L’intégration qui permet de faire partager cette connaissance au niveau du groupe  et  la  relayer  vers  l’entreprise.  (convictions  partagées,  ajustement mutuel, systèmes interactifs…)

-    L’institutionnalisation qui incorpore ce savoir à l’entreprise en le greffant sur ses systèmes, ses structures, ses routines et ses pratiques (plans, routines, normes, procédures et règles, etc…).

David Garvin  estime que pour devenir apprenante l’organisation doit développer cinq activités :

-    La résolution méthodique de problèmes en groupe,

-    L’expérimentation  de  nouvelles  démarches :  lancer  un  projet,  faire  une expérience pilote, etc., sont des occasions d’apprentissage,

-    T irer les leçons des expériences et des meilleures pratiques : prendre le temps de dresser un bilan des succès comme des échecs,

-    Apprendre avec les autres : clients, partenaires, fournisseurs, etc.,

-    Transférer  les  connaissances :  c’est  un  point  crucial.  Il  faut  mettre  à  la disposition   de    ceux   qui    en   ont    besoin   une    base   qui    rassemble   les connaissances utiles.

Chacune d’entre elles s’accompagne d’une disposition d’esprit, d’une boîte à outils et d’un schéma de comportements spécifiques. Les programmes d’amélioration continue s’efforcent d’obtenir un flux continu de nouvelles idées, même s’il faut pour cela recourir à celles venant de l’extérieur de l’entreprise.

Toutefois, robert Burgelman (2008) a remarqué qu’entre l’intention stratégique (officielle) et son action stratégique : ce que l’entreprise fait réellement, il y a non seulement  un  grand  écart,  mais  cela  constitue  une  source  de  « dissonance stratégique ». L’évolution d’une entreprise est le fruit d’interactions complexes entre différentes forces. Lorsque la divergence se fait trop forte entre intentions et actions, il devient nécessaire d’utiliser le processus de fabrication stratégique pour fixer une nouvelle intention stratégique (Loilier, pp.511, 528, 2007).

Par Philippe Mougel,Sociologue cognitif, chef de projet à Welience et par Aurélien Trioux,
chargé de mission « Mobilité et Territoire », Octobre 2010

La cognitique est une discipline d’ingénierie apportant des compétences, en vue d’une plus grande intégration entre:

  • systémes automatisés
  • facteurs humains
  • gestion du savoir

Ce domaine appartient aux sciences émergentes et convergentes autour de la cognition, de la complexité, et de l’étude des interfaces (à l’instar des bio-nano-technologies, de la robotique, et de la bio-génétique).
Techniquement son savoir est transdiciplinaire, il repose sur:

  • les sciences cognitives (Ia, psychologie, neurosciences, epistémologie, sociologie, anthropologie, linguistique)
  • l’informatiques (programmation, simulation, modèlisation, sbc, ntic, sgc)
  • les sciences de l’automatique (systèmes asservis, optimisation, traitement du signal)

La cognitique doit répondre aux besoins suivants:

  • la réalisation d’interfaces ergonomiques plus transparentes: des IHM cognitivements congruentes, pour une tache précise ou devant faire face à la variabilité interindividuelle…
  • la conception de technologies de la connaissance (recherches, expertise personalisée, visualisation de données complexes, réalité augmentée…)
  • la direction de groupe de spécialistes aux connaissances hétérogénes
  • la réalisation de synthèses informatives ou applicatives, aux frontières de nombreuses disciplines
  • la prise en compte des facteurs humains et de la gestion des connaissances afin d’optimiser les processus d’une entreprise
  • la modèlisation de la cognition en situation, pour résoudre des problèmatiques complexes d’ingénierie humaine ou industrielle

L’ingénierie cognitive

13L’ingénierie cognitive est une discipline émergeante à l’intersection de la psychologie cognitive, de l’ergonomie et de l’ingénierie. Elle est tout particulièrement née des travaux précurseurs de l’ingénieur danois Jens Rasmussen dans les années 80 (Rasmussen, 1986). L’ingénierie cognitive a comme objectif originel de concevoir des systèmes techniques adaptés à la fois aux opérateurs, à leurs modes de traitement de l’information et aux contraintes relatives aux objets sur lesquels les opérateurs doivent effectuer des transformations, ce qui est appelé domaine de travail. Deux grandes avancées ont été permises dans l’étude des instruments de travail grâce à l’ingénierie cognitive. Tout d’abord, une méthodologie d’étude d’un système de travail a été systématisée. Particulièrement, les travaux de Kim Vicente au Canada (Vicente, 1999) ont permis d’aboutir à une méthode appelée « Cognitive Work Analysis » (CWA). Cette méthode se distingue des méthodes classiques d’analyse du travail par le fait qu’elle souligne l’importance d’une description des contraintes provenant du domaine du travail pour comprendre le comportement des opérateurs ayant à effectuer des tâches. En ce sens, il s’agit d’une approche écologique des activités humaines. Les comportements humains sont considérés comme principalement forgés par les contraintes provenant du domaine sur lequel ils déploient une activité.

14Ensuite, sur la base des résultats d’une CWA, il est possible de concevoir des instruments et notamment des interfaces Homme-Machine dites « écologiques » (Ecological Interface Design – EID), c’est-à-dire affichant de manière claire les contraintes du domaine de travail auxquels les opérateurs doivent s’adapter. De nombreux travaux notamment expérimentaux montrent qu’une interface de ce type améliore la performance des opérateurs notamment en situation imprévue (Vicente, 2002). Ces derniers perçoivent distinctement les contraintes du domaine et donc s’y adaptent de manière plus efficiente que durant des interactions avec des instruments et interfaces classiques qui privilégient certaines informations parmi d’autres au gré des choix souvent intuitifs des concepteurs de système.

15Dans le cadre de notre étude de l’activité d’un barrage au sein d’un écosystème estuarien, nous avons débuté une CWA. Cette approche de gestion intégrée passe par la prise en compte des activités du barrage, instrument central dans la problématique écologique d’envasement et de conflits d’usage. Nous allons donc maintenant présenter les étapes de la CWA.

L’analyse cognitive du travail (Cognitive Work Analysis – CWA)

16Cette méthode se déroule en cinq étapes. Chaque étape correspond à un ensemble de contraintes venant définir un ensemble de degrés de libertés dont disposent les opérateurs pour effectuer leurs activités. Le premier ensemble de contraintes provient du domaine ; c’est-à-dire des objets et des propriétés par lesquels les opérateurs réalisent des transformations. Cette première étape permet de caractériser les fonctions que le système de travail (opérateurs, instruments et organisation) doit respecter pour aboutir à une activité adaptée à l’égard des objets du domaine et de leurs propriétés. L’analyse du domaine de travail se fonde sur deux techniques de modélisation du domaine : la Hiérarchie de Raffinement (HR) ou encore appelée Hiérarchie « Partie-Tout » et la Hiérarchie d’Abstraction (HA) également appelée Hiérarchie « Fins-Moyens ».

17La Hiérarchie de Raffinement décompose le système technique en sous-systèmes et composantes. La Hiérarchie d’Abstraction permet pour sa part de décrire le domaine selon différents points de vue fonctionnels. Habituellement, cinq points de vue ou « niveaux » sont utilisés pour décrire un domaine. Du point de vue le plus abstrait au plus concret, on discerne ainsi :

  • Les objectifs fonctionnels justifient la présence du domaine de travail. Qu’est-ce qui fait que le domaine existe en lui-même ?

  • Les fonctions abstraites représentent les lois et les priorités dirigeant le domaine. Ces lois et priorités confèrent une certaine régularité au comportement fonctionnel du domaine ;

  • Les processus (appelés également fonctions génériques ou généralisées) correspondent au domaine vu sous l’angle des mécanismes qui le définissent.

  • Les fonctions physiques représentent les variables impliquées dans le domaine, dans la mise en œuvre des processus ;

  • Les formes physiques constituent l’ensemble des ressources physiques du domaine ainsi que leurs caractéristiques en termes d’appartenance et de localisation spatiale.

18Des relations de types « fins-moyens » sont identifiables entre les différents niveaux d’une HA. Les niveaux les plus concrets servent de moyens pour atteindre les niveaux les plus abstraits. Une ressource physique sert à manipuler une variable (fonction physique) ; cette variable sert à activer un processus ; ce processus est impliqué dans des lois générales (fonctions abstraites) pour aboutir à un objectif général. Inversement, les niveaux les plus abstraits se spécifient par les niveaux les plus concrets. L’analyse d’un domaine se veut la plus exhaustive possible. Idéalement pour chaque sous-système ou composante identifiée dans la HR, il est possible de présenter les fonctions déployées sous la forme des niveaux de la HA. Pour aboutir concrètement à ce type d’analyse, il est nécessaire de collecter des informations sur le domaine grâce à des entretiens et réunions avec des experts et à travers l’analyse de documents décrivant le domaine (Burns et Hajdukiewicz, 2004).

19La deuxième étape de la CWA consiste à analyser les contraintes provenant de la réalisation des tâches par le système de travail. Effectuer une tâche consiste à percevoir des informations et à agir sur le domaine. L’analyse de la tâche décrit ce qui est nécessaire de recevoir comme information et les types d’actions à mener. Cette analyse permet de définir les contraintes en termes de capteurs et d’effecteurs à mettre en œuvre.

20La troisième étape de la CWA relève de l’analyse des stratégies à mettre en œuvre pour effectuer ces tâches. Autrement dit, l’analyse passe de la question «que faire ?» à la question « comment le faire ? ». Une stratégie implique la mise en œuvre de critères pour sélectionner les actions efficaces en fonction du contexte de la tâche.

21La quatrième étape de l’analyse vise à prendre en considération les contraintes socio-organisationnelles. Compte tenu des stratégies à mener, il est nécessaire d’organiser le travail entre des équipes d’opérateurs et un ensemble d’outils et de règles de fonctionnement au sein de l’organisation. Elle induit également des choix en termes d’allocation des tâches entre les opérateurs humains et les systèmes automatiques.

22Enfin, la dernière étape de l’analyse vise à étudier les compétences nécessaires de la part des opérateurs pour s’adapter aux contraintes préalablement étudiées. L’aboutissement de cette démarche permet de définir le champ des activités possibles pour un opérateur donné, une fois qu’est satisfait l’ensemble des contraintes provenant du domaine, de la tâche, des stratégies, de l’organisation sociale et des compétences requises.

Mise en œuvre de la CWA dans l’étude de l’écosystème impliquant le barrage d’Arzal.

23Notre CWA s’est actuellement focalisée sur la première étape de la méthode, c’est-à-dire l’analyse du domaine. Classiquement, les champs d’application de cette méthode d’ingénierie cognitive relèvent de situations de travail dans lesquelles le contrôle du système de travail sur le domaine est bien délimité, comme par exemple dans le contrôle d’une centrale nucléaire, d’un avion, etc. (Vicente, 2002). Cependant, si l’on veut employer cette méthodologie dans le cadre d’un domaine naturel, la situation devient plus complexe : comme nous le verrons par la suite, les limites du domaine sont floues, l’environnement naturel ne dispose que partiellement de finalité fonctionnelle et enfin, de multiples systèmes interagissent avec le domaine naturel (Burns et Hajdukiewicz, 2004).

24Notre analyse s’est effectuée sur la base de documents scientifiques relatifs à l’analyse systémique d’un estuaire, notamment le rapport (PNUE/PAM/PAP, 1999), ainsi qu’à travers des entretiens avec les gestionnaires et opérateurs du barrage. Nous nous sommes également basés sur nos connaissances du site et de son fonctionnementsédimentologique, hydrologique et morphobathymétrique (Goubert, 1997 ; Menier et al., 2001 ; Goubert et al., 2000, 2005 ; Goubert et Menier, 2005 ; Goubert, 2006).

25Une fois que l’analyse du domaine a atteint un niveau de description suffisamment stable, nous nous sommes penchés sur les informations et actions requises pour effectuer les tâches de régulation du cours d’eau au quotidien via le barrage. Cette analyse fondée notamment sur des entretiens et observations du travail des opérateurs a permis d’inférer quelques éléments constituant des contraintes dans la réalisation des tâches et la mise en œuvre de stratégies de régulation du cours d’eau.

Résultats

26La figure 2 présente de manière synthétique l’articulation entre le domaine étudié, les contraintes liées aux tâches de régulation du barrage et celles propres aux stratégies de régulation. L’analyse du domaine a nécessité de mettre en place un modèle composé de trois Hiérarchies d’Abstraction : une hiérarchie propre au système « barrage » décrivant les équipements et fonctionnalités du barrage, une hiérarchie décrivant le domaine naturel, ses composantes et ses lois et enfin, une hiérarchie d’abstraction regroupant les dispositifs et fonctions partagés par les usagers humains de l’écosystème étudié (hormis le barrage).

Figure 2. Analyse du système existant à travers une approche d’ingénierie cognitive.

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27Cette représentation tripartite du domaine est liée au fait qu’il s’agit d’un domaine composite. Burns, Bryant et Chalmers (2005) se sont confrontés les premiers à ce problème durant leur analyse du domaine de travail d’une frégate. La réalisation de tâches sur une frégate nécessite de tenir compte d’un domaine composé à la fois des propriétés propres à la frégate (ses objectifs, ses lois de fonctionnement, processus, variables et équipement), des propriétés de l’environnement naturel avec lequel elle interagit (air, terre, mer) et enfin les propriétés de systèmes avec lesquels elle entrerait en contact (navire ou avion ami ou ennemi).

28Concernant l’analyse de la tâche, la figure 2 montre que les données obtenues par les opérateurs proviennent de la structure fonctionnelle du barrage présente dans le domaine. Cela signifie que les opérateurs ayant à effectuer la tâche perçoivent l’écosystème à travers les possibilités offertes par les équipements constituant le barrage dans la limite de leur champ d’action. Cette évidence a des implications fortes lorsqu’il s’agit de comprendre le point de vue des gestionnaires et opérateurs du barrage sur le plan écologique. Enfin, les stratégies vont tenter de gérer les conflits de priorité entre les trois composantes du domaine pour une prise de décision et une planification des régulations à mener sur la rivière.

29La figure 3 représente le contenu synthétique de la HA tripartite décrivant les fonctions du domaine auquel se confronte le barrage. Nous n’avons présenté ici que les fonctions les plus représentatives de chaque niveau de la HA pour simplifier la démonstration.

Figure 3. Représentation tripartite du domaine.

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