Category: Conscience culturelle


Les 8 Clés de développement de l’IFIC

 

La clé de développement de notre institut passe par la création d’une infrastructure d’apprentissage efficace« Clé de développement qui peut être utilisée en toute circonstance comme pour le développement de l’IFIC et en particulier dans nos micros-projets personnels, professionnels ou relationnels ou encore dans le contexte professionnel, amical ou familial. »

Voici 8 fondements de base pour développer les principes d’intelligence collective et de conscience collective des diverses technologies sociales  :

1 Création d’un noyau dur apprenant :

 Ce noyau dur (de 3 à 7 personnes) au sein de l’IFIC ou partout ailleurs doit refléter au mieux l’ensemble de l’IFIC pour donner un sens; des chercheurs en IC, des enseignants apprenants, des industriels de la production et du service soucieux de développer l’apprenance, des chefs d’entreprise, des coachs praticiens du collectif, formateurs en technologies, des consultants en organisations, des bénévoles du monde solidaire, des thérapeutes, des clients curieux, des sportifs de la zone, des spirituels ouvert et non dogmatiques, etc. Bref ce noyau dur est composé de passionnés dont la raison d’être est de contribuer à l’émergence de l’intelligence collective par la pratique.

2 Pratiquez, pratiquez, pratiquez :

Pratiquez les outils sociaux partout où nous avons les deux pieds en dedans et en dehors de l’IFIC:

Professionnel : Produire une performance d’excellence dans son environnement immédiat dans un contexte collectif et introduire de nouveaux outils, processus, règles favorisant l’IC au quotidien.

Personnel : être un agent de changement reconnu par l’exemple et être son propre leader par un développement personnel de qualité. Reconnaitre l’importance d’un travail sur soi. Pratiquez quotidiennement des exercices favorisant votre feeling, votre perception du tout, votre finesse.

Relationnel : Améliorer la qualité relationnelle entre tous par la réflexion, le dialogue et l’action. Connaitre et intégrer les outils de communication avancée et les principes de base invariants des technologies sociales. Se créer aussi ses propres outils.

3 Trouver des terrains d’exercices et des outils :

Sans s’exercer rien ne peut émerger.  L’IFIC est un excellent terrain d’apprentissage. Apprendre les nouvelles technologies, en découvrir, les tester, repérer les outils les plus efficaces en fonction du contexte et pratiquez sur des terrains d’exercice partout où vous le pouvez. Partagez vos retours d’expérience et feedbacks  comme un jeu d’entraide et faites-vous superviser pour affiner vos approches.

4 Créer une architecture d’apprentissage en interne :

Sortez de l’IFIC est pratiquez. Quel que soit le lieu, créez un noyau apprenant entre copains, amis, agents de changement, passionnés, en famille, en coupleDétectez les environnements favorisants les espaces de réflexion, de partage, d’entraide, d’engagement. Participez, créez et favorisez ces lieux en présentiel ou à distance au travers de vos micro-projets ou vos communautés. Exercez-vous tout le temps. Et dans votre quotidien tout simplement.

5 Des principes partagés et un objectif :

Incarner une raison d’être de l’IFIC et une vision qui rassemble. La qualité de l’objectif et de l’intention dépend du contenu de l’IFIC et de la qualité des liens que nous partageons tous ensemble. Construire l’objectif sur les aspirations les plus élevées de l’ensemble des membres.

6 Incarnez notre passion et notre raison d’être :

L’auto-organisation ne s’organise pas toute seule, elle implique de créer activement ses propres conditions d’évolution. Impulsez, inspirez ne suffit pas si personne ne tient le tout.Créez et investissez-vous dans un espace qui vous passionne et vous inspire par exemple les micro-projets IFIC. Organisez-vous et partagez avec les autres espaces et créez du lien avec tous les espaces de façon transversale.  Nommez  la personne qui tient le tout.

7 Centrez-vous sur les perceptions et que les perceptions :

Repérez les « Que puis-je apporter ? »  et les « Que puis-je prendre, recevoir ? » et les répartir dans les espaces IFIC (pionnier, apprenants, actions, ou étendu). Plus l’espace est élevé en terme d’expérience plus le don est important. Impératif pour conforter une organisation comme l’IFIC :

1.      Apport d’un don initial à l’IFIC  d’un capital intellectuel partagé qui donne le ton (qui suis-je et qu’est-ce que j’apporte ?).

2.      Instaurez des pratiques partagées permettant de percevoir (les principes de base)

3.      Reconnaitre et apprécier les contributions de chacun au champ de connaissances communes.

8 La création de valeurs et un capital

Créez le capital intellectuel et relationnel de l’IFIC et proposez des programmes de formations aux nouveaux outils et méthodes. Participez ensemble aux programmes d’ingénierie sociale pour accompagner ou coacher les organisations. Contribuez à promouvoir l’IFIC par la circulation des compétences et le renforcement de l’IFIC.

Recruter des membres pour créer un noyau en IC

Les 7 capacités nécessaires pour faire partie d’un noyau fort.

Outre les pré-requis, les principes émergents de l’IC, l’éthique et règles déontologiques, la posture des membres repose sur sept capacités essentielles de leadership qu’un noyau fort cultive et intègre. Sans l’apprentissage de ces capacités il n’y aura aucune intelligence collective mis en œuvre.

 

1. Capacité à maintenir l’espace : écouter ce que la vie vous appelle à faire

Le membre doit apprendre à créer ou “maintenir un espace” où les autres membres sont invités.

La clef pour créer un tel espace est l’écoute :

·         de vous même (ce que la vie vous appelle à faire),

·         des autres (en particulier de ceux qui peuvent se relier à cet appel)

·         de ce qui émerge du collectif que vous rassemblez.

Mais il exige aussi une intention forte. Votre attention doit être constamment orientée sur la potentialité la plus haute du groupe. Vous pouvez même être lerévélateur si vous laissez intentionnellement beaucoup d’espace pour que les autres puissent contribuer. Tout commence par le principe d’inachevé. Vous invitez les autres à composer avec l’intention commune.

2. Capacité à observer : être attentif avec l’esprit grand ouvert

La deuxième capacité est d’observer avec l’esprit ouvert en suspendant la voix du jugement. Cela signifie de faire taire l’habitude de juger à partir de l’expérience passée. Suspendre la voix du jugement c’est ouvrir un nouvel espace de questionnement et d’étonnement. Sans cette suspension il serait futile de tenter de pénétrer là où se trouve le meilleur potentiel. Combien il est difficile de lâcher nos idées et croyances préexistantes, même lorsque que nous nous trouvons dans le lieu du plus haut potentiel.

3. Capacité à ressentir: se relier à son cœur

La troisième capacité est de se relier à des forces de changement plus profondes en ouvrant son cœur. C’est l’essence même de la percé collective: faciliter unprocessus d’ouverture. Ce processus implique d’accorder trois instruments : un esprit ouvert, un cœur ouvert et une volonté ouverte.

L’autre type de connaissance liée à l’ouverture du cœur et de la volonté est atteint au moyen d’ensembles interconnectés (plutôt que de parties contingentes isolées). Pour éveiller cette autre capacité de connaissance chez les individus, équipes et organisations, il est plus productif de faire travailler les gens sur des projets et des contextes réels, qui leur tiennent à cœur, émotionnellement riche et positif, et de les soutenir par des méthodes et des outils qui cultivent l’ouverture du cœur. Elle ne devient disponible que quand nous cultivons notre capacité à apprécier et aimer.

4. Capacité d’être dans la présence et le silence : se relier à la source la plus profonde de son moi et de sa volonté

La quatrième capacité est de se mettre en lien avec la source la plus profonde de son soi et de sa volonté. Tandis qu’un cœur ouvert nous permet de voir une situation à partir de l’ensemble, l’ouverture de la volonté nous rend capable de commencer à agir à partir du tout émergeant.

Lorsque nous travaillons sur une organisation pendant un certain temps, il vient un moment où les choses changent, où ce n’est plus nous seul qui créons. Nous nous sentons reliés à quelque chose de beaucoup plus profond, une puissance avec laquelle nos actions co-créent. En même temps, nous nous sentons emplis deconfiance et d’attention alors que notre perception s’élargit. Nous ressentons les choses d’une autre façon, dans un amour pour le monde et pour ce qui vient, sachant alors intuitivement ce que nous devons faire. Nos intentions savent ce que nous devons ajouter ou enlever et comment la forme doit se manifester. D’une certaine façon il est facile de créer ainsi guidé par l’ensemble. Et dans ces moments là nous ressentons un fort sentiment de gratitude et d’humilité.

5. Capacité à cristalliser : Accéder au pouvoir de l’intention

Un noyau initial engagé va dans le monde avec son intention, ce qui crée un champ d’énergie qui commence à attirer les gens, les opportunités et les ressources qui mettent les choses en route; une dynamique s’édifie. Le groupe de base fonctionne comme un vecteur inspirant pour que le tout se manifeste.

Vous pouvez presque tout faire avec 5 personnes. Avec seulement une personne c’est dur, mais si vous la mettez avec quatre autres, vous avez une force d’intervention. Tout à coup vous avez des forces vives pour réaliser presque tout ce qui est latent ou à votre portée. Favoriser et cristalliser le travail en groupe de 5.

 6. Capacité à modéliser : Intégrer la tête, le cœur et la main

La sixième capacité est l’alignement ou la faculté créatrice d’intégrer la tête, le cœur et la main. Réunir intentionnellement l’intelligence de la tête, du cœur et de la main lors d’applications pratiques est une des clefs de l’IC.

On voit lors de cette étape un détail intéressant, l’ordre dans lequel le nouveau émerge dans l’esprit humain:

·         Le nouveau commence par une émotion ou un sentiment indifférencié.

·         Ce sentiment devient un sens du «quoi» : une nouvelle compréhension ou idée. Le «quoi» est relié à un contexte, un problème ou un défi où il pourrait produire une innovation révolutionnaire (le «où» : contexte).

·         Alors seulement on commence à développer une forme dans laquelle le «quoi» et le «où» sont encadrés par une structure rationnelle et une forme de représentation (le «pourquoi» : raisonnement rationnel).

Cet enchaînement se retrouve dans presque n’importe quelle sorte de percée collective. Pour qu’une nouvelle idée émerge, les autres conditions doivent être présentes. En bref, se connecter à son meilleur potentiel et amener de puissantes idées innovantes requiert d’apprendre à accéder à l’intelligence du cœur et de la « main », pas seulement à celle de la tête.

7. Capacité à exécuter : Jouer au-delà de vous même

La septième capacité est d’apprendre à jouer au-delà de vous même. Jouer au-delà de vous-même exige d’écouter et de jouer à partir d’ailleurs, à partir de la périphérie. Il vous faut déplacer votre écoute et votre jeu, de l’intérieur de vous, à bien au-delà de vous.

Les deux choses essentielles permettant de jouer au-delà de nous même dans nos systèmes, organisations et sociétés sont:

·         Des meneurs qui rassemblent les bonnes équipes (des gens en ligne de front reliés par la même chaîne de valeurs),

·         Une technologie sociale qui permet à une réunion de décideurs de passer des débats à la création collective.

Conclusion

Les sept capacités d’un membre sont les conditions indispensables au processus d’intelligence collective et à la dynamique d’un groupe.

4 principes pour développer la capacité à voir l’ensemble. 

La première étape consiste à entrer dans un espace d’écoute collective et sentir de façon globale le paysage qui se  dégage du tout. Cela commence par une dynamique positive et une mise en énergie pour se connecter à l’ensemble.

1 Concrétisez l’intention  avant une rencontre :

L’intention est initiée depuis un bon moment suivant un protocole de questionnement simple (voir google site). Nous savons qu’une grande partie d’une rencontre se prépare collectivement préalablement. La veille au soir de la rencontre prendre le temps de la construction de l’intention commune. Entrez dans le silence et exprimer en une seule phrase, ce que vous considérez être l’objectif ultime, puis replongez dans le silence pour sentir votre phrase. La communiquer à tous sur une plateforme.

Exemple IFIC : structurer et architecturer l’organisation de façon rythmée.

2 Partagez son contexte

Mettre en énergie positive chaque participant au travers de l’expression de ses aspirations et inspirations positives. Nous avons tous été en lien avec chacun sans exception par des coups de fil, mails, sms, skype ou en face à face. Pendant ces entretiens chacun a pu raconter son histoire, ses passions et joies ou échanger sur des solutions alternatives positives. L’importance de regarder les hauts potentiels et amplifier ce que nous aimons le plus en nous.

3 Suspendre le jugement et s’émerveiller d’être différent

Se mettre en petit groupe (2 à 3) et immerger les participants à l’intérieur des histoires individuelles positives de leur vie (un moment de vie extraordinaire).  Intéressez-vous à l’univers de l’autre etressentez l’émotion de joie avec des questions ouvertes. Notez les adjectifs positifs de l’entretien et reformuler avec les mêmes mots en collectif. Qu’est ce qui relie votre propre vécu au groupe ? (évitez les projections)

4 Entrez dans l’espace de la cognition collective

Entrer dans le dialogue et l’émergence collective en grand groupe et évaluer le niveau de potentiel de  à 10. Sentir la capacité à voir collectivement à partir du centre et sentir la connaissance d’ensemble qui émerge de l’intelligence du cœur. Développer cette faculté cognitive et saisir la réalité non seulement d’un point de vue individuel mais en tant qu’observateur global mais aussi d’un point de vue de sapropre source en même temps. Sentir la conscience du groupe qu’à partir de l’intérieur de soi.

 

PS: Cela s’appelle aussi la Métacommunication systèmique ou autrement dit la communication d’ensemble dans le présent sur les relations qui se créent ou pas. Au fond c’est communiquer sur la communication en accueillant le monde en soi sans aucun jugement et analyse, puis écouter/ressentir/voir l’ensemble de ce qui émerge des profondeurs de soi en lien avec le groupe. L’observation consiste à observer les liens négatifs qui envahissent la sphère collective, génèrent du stress et emprisonnent et les liens positifs qui stimulent la joie, provoque le plaisir, enthousiasme, donnent de l’énergie et libèrent le groupe dans la créativité et la performance sans effort. (* voir fonctionnement du cerveau et posture)

Les 4 leviers pour renforcer notre capacité à fonctionner à partir de notre propre source intérieure.

 

Devenir fondamentalement libre et en capacité de créer collectivement n’apparait que lorsque le moi authentique se révèle lors de l’entrée dans le champ de la présence. C’est la caractéristique essentielle pour une absence de manipulation et de pratiques manipulatoires.  Il existe deux moi l’un authentique en sommeil au fond de soi et l’autre moi actuel  accessible aux champs sociaux. Toutes ces pratiques consistent à réduire l’espace entre ces deux moi et laisser émerger notre moi authentique.

1 Choisir une pratique : (voir protocole sur Google sites)

Il n’existe pas de recette standard comme des pratiques normées.  A chacun de découvrir par lui-même ce qui lui convient ou pas. Toutes pratiques personnalisées semblent l’apanage des personnes avancées dans le monde  du développement de l’intelligence collective et de l’émergence de la conscience avancée. La plupart de ces personnes se lèvent tôt le matin et pratiquent dans le calme de nuit en silence pendant un certain temps  pour se relier à une source profonde de leur être. Ce moment est un moment avec soi-même, avec sa propre créativité et sa propre inspiration. D’autres méditent ou contemplent ou font toutes ces formes d’accès à soi. La pratique se continue dans la journée et le soir selon le désir de connexion.

2 Créer un cercle de présence :

Créez un groupe de soutien mutuel comme un GEMIC (voir protocoles Google sites) pour la poursuite des questionnements intimes de chacun  et d’échanges et partages des difficultés. Le principe est la création d’un espace rythmé aux dates qu’il convient pour tous pour expérimenter, pratiquer, accueillir la connaissance (audio café IC ou en présentiel si les contraintes géographiques le permettent). Plusieurs groupe peuvent coexister suivant des thématiques et sont co-réguler collectivement de façon autonome.

3 Développer les pratiques de croissance collective

Pratiquer des temps de silence ou de dialogue inspirant qui donne accès aux sources les plus profondes de la conscience et de l’attention collectives dans la vie quotidienne. Ces pratiques de présence collective sont utilisées comme des portes d’entrée vers la source profonde de la créativité et de la sagesse collectives.

4 Faites ce que vous aimez et aimez ce que vous faites.

Quel est mon travail la maintenant ? Ce que je fais doit être réellement important et je rétroagis sur l’essentiel de mon travail (voir protocole 10/50 sur Google sites).  Créer une différence positive en rétroaction sur l’essentiel de ce vous faites vraiment et cela en lien avec votre intention.


La participation à un programme de 8 semaines de méditation de pleine conscience (mindfulness meditation) semble apporter des changements mesurables dans des régions du cerveau associées à la mémoire, la conscience de soi, l’empathie et le stress, selon une étude publiée en janvier dans la revue Psychiatry Research: Neuroimaging.

“Bien que la pratique de la méditation soit associée à une sensation de calme et de détente physique, les praticiens ont longtemps prétendu que la méditation procure aussi des avantages cognitifs et psychologiques qui persistent toute la journée”, explique Sara Lazar du Massachusetts General Hospital.


“Cette étude montre que des changements dans la structure du cerveau pourraient sous-tendre certaines des améliorations signalées et que les gens ne se sentent pas mieux seulement parce qu’ils ont passé du temps à relaxer.”

Des études précédentes de l’équipe de Lazar et d’autres ont montré des différences structurelles entre les cerveaux de praticiens de la méditation et de personnes ne la pratiquant pas. Mais elles ne montraient pas que ces différences étaient effectivement produites par la méditation.

Dans la présente étude, Lazar et Britta Hölzel de l’Université Giessen (Allemagne) ont pris des images cérébrales de 16 personnes qui ont pris part, pendant 8 semaines, à un programme deréduction du stress basé sur la pleine conscience (Mindfulness-Based Stress Reduction). Cette approche intègre la méditation de pleine conscience qui consiste à porter intentionnellement attention aux sensations, émotions et états d’esprit sans porter de jugement de valeur. En plus de rencontres de groupe hebdomadaire, les participants ont pratiqué la méditation 27 minutes par jour en moyenne. Les images cérébrales des participants étaient comparées à celles de personnes ne participant pas au programme.

Les images cérébrales ont montré une augmentation de densité de la matière grise dans l’hippocampe, une région importante pour l’apprentissage et la mémoire, et dans les structures associées à la conscience de soi, l’empathie et l’introspection.

Les réductions de stress rapportées étaient aussi en corrélation avec une diminution de la densité de matière grise dans l’ amygdale, qui joue un rôle important dans l’anxiété et le stress.

Bien qu’aucun changement n’ait été observé dans l’insula, une structure associée à la conscience de soi, comme identifié dans des études antérieures, les auteurs suggèrent que la pratique de la méditation à plus long terme pourrait être nécessaire pour produire des changements dans cette région.

“Il est fascinant de constater la plasticité du cerveau et que, en pratiquant la méditation, nous pouvons jouer un rôle actif pour le changer et accroître notre bien-être et notre qualité de vie.” commente Hölzel.

Voyez également:

 Qu’est-ce que la méditation et la psychothérapie de pleine conscience (mindfulness)?
 La thérapie cognitive de pleine conscience pour le traitement de la dépression

Via Scoop.itFonctionnement du cerveau et états de conscience avancés

Quant l’être humain parvient à positionner son esprit « antérieurement à toute détermination de lui-même par lui-même, hors de tout signe, concept, jugement et choses pensées à propos de l’existence, mais n’étant pas de « l’existence» (selon la définition proposée par l’existentialisme) il serait selon moi en état de béatitude, de nirvana, d’extase…
Via mecaniqueuniverselle.net

Via Scoop.itFonctionnement du cerveau et états de conscience avancés

Conscience et amour dans la philosophie de l’avenir humain | L’homme, la sensation, la perfection et l’époché – Aime et fait ce que voudras, Bergson, Saint Augustin, Spinoza, Nietzsche, existence…
Via mecaniqueuniverselle.net

Via Scoop.itDémocratie participative

La montée de la consommation collaborative et de l’économie du partage, les facteurs économiques, les motivations sociales, le nouveau paradigme qui s’annonce.   Sans que nous nous en rendions forcément compte, nous nous mettrions donc à moins posséder, à privilégier l’usage et à partager davantage. Dans un contexte de crise économique durable et de défiance vis-à-vis des grandes entreprises, ces expériences d’échange et de partage réussies interrogent nos comportements traditionnels de consommation. « Nous nous dirigeons vers une économie où l’accès aux biens s’impose sur leur possession
Via consocollaborative.com

” Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres, c’est ainsi qu’on ne fait de tort à personne. Il y a même des circonstances où l’on doit honorer en autrui la croyance qu’on ne partage pas “

Traduction simultanée en français 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 … Read More

via Gnothi Seauton (Connais-toi, toi-même)


Une valeur est une force intérieure à la fois physique et psychologique. Cette force s’exprime par descomportements au quotidien. Un ensemble de valeurs constitue une culture et cette culture se matérialise donc par un ensemble de comportements. Par exemple, la valeur “sécurité” induit des comportements, la valeur “risque” induit d’autres comportements très différents des comportements sécuritaires. Partager l’information ou la garder, ce sont également des comportements qui résultent de valeurs qui ensemble forment une culture.

En quoi la culture impacte l’efficacité collective ? Existe-t-il une efficacité culturelle ? Peut-il y avoir efficacité collective sans efficacité culturelle ?

J’ai trouvé des réponses à ces questions dans le « Petit précis d’efficacité collective – Travailler autrement – Tome 1 ». Il s’agit d’un ouvrage collectif parrainé par Microsoft France réalisé et produit par Richard D. Collin, Visiting Professor, titulaire de la Chaire Efficacité Collective, Travail Collaboratif et en Réseau, Organisations Innovantes & IKIE (Institute for the Knowledge & Intangible Economy) à Grenoble Ecole de Management, Directeur Associé de http://www.nextmodernity.com . Vous pourrez découvrir en ligne le texte complet du Petit Précis d’efficacité collective en le téléchargeant sur
http://www.nextmodernity.com/microsoft/telechargement.htm. Ce document propose des contenus très intéressants en particulier les témoignages de Martin Roulleaux Dugage (directeur KM de Schneider Electric) et Benedikt Benenati (directeur développement des organisations de Danone).

Au fil des pages, certaines contributions abordent implicitement la question de l’efficacité culturelle. Voici 4 extraits significatifs :

Extrait 1 : « D’après une étude désormais célèbre de Geert Hofstede, publiée au début des années 80 et réactualisée à plusieurs reprises, la société française dans son ensemble présente la particularité intéressante d’être à la fois individualiste et hiérarchique, deux traits qui en général s’excluent mutuellement chez nos voisins européens. La conséquence logique en est le manque d’appétit naturel de nos organisations pour les modes de travail collaboratifs, et la difficulté à faire aboutir les changements de comportement destinés à améliorer la situation.
- En parallèle, une étude e-Business Watch de mai 2005 révèle sans surprise que les organisations françaises sont à la fois en avance sur leurs voisins en termes d’accès à haut débit et de mise en place d’ERP, et en retard sur l’accès à Internet et aux outils de collaboration et de partage. On parle donc bien d’un “mal français” lié aux mentalités managériales et aux habitudes de travail à plusieurs, plutôt qu’à des problèmes de rythme d’équipement.
- Le défi est d’autant plus important pour nos organisations que de nombreux emplois sont en jeu : si les talents individuels ne trouvent pas moyen de s’exprimer à travers le collectif qui les entoure, en toute bonne logique économique ces emplois vont migrer vers des zones où leur coût de revient est moins élevé. Il ne tient qu’à nous de faire évoluer nos habitudes pour que le “génie français” se traduise par des emplois dans notre pays, des exportations soutenues vers nos partenaires internationaux, et de la création de richesse pour tous nos concitoyens. »
Extrait de l’éditorial de Marc Devillard, Directeur des Opérations Marketing, Microsoft France (page 2 du précis)

Extrait 2 : « Dans son best seller “Le Capital Intellectuel : la nouvelle richesse des organisations”, Tom Stewart, qui a la responsabilité éditoriale de la Harvard Business Review, souligne que pour gagner du temps, faire des économies et réduire les coûts, être plus disponible auprès de ses clients et produire mieux, les règles d’or suivies par les entreprises qui gagnent dans cette économie de la connaissance sontcelles qui développent le mieux une culture de partage et de confiance, de droit à l’erreur, de l’écoute des autres et de chacun, d’appropriation et d’usage des technologies, d’adaptation et de changement rapide. De nombreuses études et enquêtes soulignent que c’est dans ces directions que travaillent de nombreuses firmes et institutions en Europe; et que si des freins naturellement existent, la ”viscosité” culturelle est moindre qu’en France ou parfois on peut imaginer que coopérer c’est bon pour les autres. Parce que, chez nous, le changement ça concerne souvent les autres. Un de nos défis est de s’affranchir des quelques freins naturels qui nous sont spécifiques, qui pèsent et nous empêchent souvent d’avancer vite pour s’adapter aux exigences de l’efficacité collective.
Les quelques questions suivantes, sans encore de réponse complète, soulignent bien les paradoxes spécifiques de la société et de nos entreprises et institutions françaises :
- Comment partager nos informations et connaissances alors que souvent notre éducation nous conduit à systématiquement punir les “copieurs” ?
- Comment éviter de penser à la place des autres alors que la culture d’une partie de l’élite française est construite sur ce modèle ?
- Comment percevoir que la richesse est dans la circulation et le flux d’information et de connaissances alors que notre mentalité nationale d’épargnant nous fait penser à tort que c’est en capitalisant dans des “bas de laine” d’informations et de connaissances statiques que nous devenons “riche” ?
- Comment faire vivre vraiment des communautés d’experts ou d’apprentissages et plus largement le travail collaboratif alors que nos comportements individualistes et de défiance à priori sont souvent des freins majeurs au partage ?
- Comment prendre des risques alors que la viscosité sociale aussi bien que la culture d’ingénieur ou technocratique propre à notre pays ne facilite pas des approches sociétalement novatrices sur le “travailler autrement”?
Sommes-nous vraiment prêt à prendre à notre compte – individuellement et collectivement – une transformation qui s’appuie sur une “networking attitude” généralisée, une organisation performante et des technologies innovantes ? »
Extrait de la contribution de Richard Collin, Président ICCE, page 7 et 8.

Extrait 3 : « Où sont apparus l’ordinateur, le fax, les réseaux, le téléphone portable ? Dans l’entreprise et les organisations, quelles soient publiques ou privées, de production ou de recherche, civiles ou militaires. C’était le temps où les étudiants, en arrivant en entreprise, vivaient un saut de qualité dans les conditions de travail, les technologies, les machines qui étaient mises à leur disposition pour travailler et communiquer. Ils passaient du papier/crayon à l’ordinateur, et du bachotage personnel au travail d’équipe.
Aujourd’hui, c’est l’inverse. Le futur diplômé, téléphone portable en poche, ordinateur portable wifi dans le dos, s’est essayé au blog, a collaboré à des wikis ou autres outils collaboratifs en ligne, reçoit ses relevés de compte par SMS, téléphone via skype, “chat“ avec Messenger, etc. En moins d’un an en France, mySpace, les podcast, videocast et autres netvibes ont été massivement adoptés par les nouvelles générations. S’y ajoutent, au fur et à mesure que s’approche l’heure de chercher son premier poste, l’utilisation de plateformes de réseaux sociaux. Et puis, à l’occasion d’un stage ou du premier poste en entreprise, c’est le plus souvent la douche froide. Et la taille du pommeau est souvent proportionnelle à celle de l’entreprise. Désenchantement technologique ? Pas seulement. Culturel aussi. Les barrières technologiques sont le miroir des cloisons organisationnelles et culturelles dans les modes et les codes de comportement : valeur accordée à l’information et à sa détention, difficulté des échanges, non-valorisation du partage, hypervalidation, hyperformalisation. Prenons l’exemple des blogs en entreprise, qui ont en général deux ennemis principaux : la DSI, dont le pouvoir de résolution ne permet pas de “voir“ un outil aussi peu cher et peu complexe, et la DIRCOM (interne) qui a souvent fonction de Direction du Contrôle de la Communication Interne, c’est-à-dire s’assurer que la douche (encore) qui va du haut vers le bas mouille bien toutes les têtes.
Le choc est d’ailleurs aussi du côté de l’entreprise, à la hauteur de cette fracture technologique et culturelle : les managers ne digèrent pas facilement ces étudiants qui leur posent des questions incongrues et leur parlent avec des mots barbares, incompréhensibles comme RSS, ou synonymes de désordre, d’affectif et d’exhibition comme “blog“. […]
On a coutume de dire qu’en nos temps de développement technologique extrêmement rapide, l’homme devient le facteur lent. C’est vrai. Mais il faut préciser que c’est l’homme-fonction qui est surtout le facteur lent : ce qui est dur à changer n’est pas tant le comportement personnel que le rôle à réinventer dans la fonction qui vous a été assignée ou la mission qui vous a été confiée. Certes, il y a un décalage de génération, mais il n’est pas tant dû à l’agilité neuronale présumée des jeunes générations qu’à leur non-inscription dans des rôles fonctionnels et des habitudes relationnelles, sans compter la valeur attribuée aux informations que l’on détient.
En fait, le facteur lent c’est l’organisation. Nous avons été élevés dans la culture du facteur d’échelle et du coût marginal. Plus grand, plus efficace, plus puissant. La grande structure est plus stable sur les vagues de l’océan marché. Mais quand il s’agit de changer, de s’adapter et de surfer, la PME est plus souple. Et comme les nouvelles technologies sont bon marché et faciles à implémenter, les nouveaux modèles de management peuvent s’y diffuser plus rapidement.
Mon hypothèse de départ est ici qu’un changement fondamental doit s’opérer dans les organisations et les entreprises pour pouvoir répondre au double défi de l’efficacité individuelle et de sa transformation en efficacité du groupe, qu’il soit équipe, département, entreprise ou institution. Ce changement est dans le rapport à la connaissance, et dans son traitement. Il est indissociable du rapport aux personnes et à leur management. Cette prise de conscience est visible, mais il est difficile de changer de paradigme : passer de “knowledge is power”, écrit il y a près de 400 ans par Bacon, à “knowledge sharing is power”, ne peut être décrété ni programmé. Il en est de même pour la culture du control/ command. Et surtout, c’est la coexistence des paradigmes qu’il est difficile mais nécessaire d’admettre : quelle information à préserver, laquelle à partager, où est efficace le “control/command”, où le “probe/sense” ? »
Extrait de la contribution de Marc de FOUCHECOUR, Professeur, ENSAM – Associé ICCE, page 50 à 53.

Extrait 4 : Les outils nécessitent une culture du collaboratif partagée par tous les acteurs :
« – Confiance : “On constate souvent que ces outils sont utilisés dans l’objectif inverse par le management et se traduit par flicage au lieu de confiance, et obligatoire au lieu de reconnaissance.”
- Reconnaissance : “Une vraie reconnaissance du travail collectif par les politiques RH des entreprises : actuellement, la reconnaissance est uniquement individuelle”
- Adhésion aux valeurs du partage et des échanges : “Tout le monde n’est pas prêt à travailler de manière collaborative. Beaucoup de personnes pensent encore qu’elles ont plus intérêt à garder l’information qu’à la partager.”
- Compétences partagées : “Je vais passer beaucoup de temps à m’y habituer sans retour notable si mes collègues ne font pas la même chose” »
Extrait de la contribution de Yves DURON & Fabien LAIR, Nextmodernity – Donnezvotreavis.com, page 91 à 92.

En complément de ces extraits, je vous invite à lire ou relire le chapitre 6 de mon livre : « Vouloir coopérer : Comprendre l’impact des valeurs sur la coopération »

Au vu de ce qui précède, je ne pense pas que l’on puisse dissocier l’efficacité collective de l’efficacité culturelle. Cette notion d’efficacité culturelle va peut-être vous choquer. Comment peut-on oser associer la notion d’efficacité et de culture ? Sacrilège ? Crime ? Outrage ? Ou conclusion logique que l’on peut tirer des contenus qui précèdent ? Entre sacrilège et logique, vous êtes partagé ? C’est normal ! La culture est sacrée. Personne n’a envie de changer de culture et encore moins de la rendre plus efficace. D’ailleurs, ça n’a aucun sens pour vous en tant qu’individu ! Mais cela peut en avoir lorsque les organisations, les pays sont en compétition dans ce qu’on appelle la mondialisation. Pour rester compétitif, il faut parfois savoir faire évoluer sa culture pour qu’elle soit un levier du développement durable et non un frein.

La performance d’une organisation est liée à 3 dimensions :
1. La culture, c’est-à-dire l’ensemble des valeurs d’une organisation qui se traduit au quotidien par des comportements comme par exemple partager l’information ou la garder.
2. Les compétences techniques, managériales et relationnelles.
3. Les modes d’organisation, de fonctionnement, la stratégie et les technologies.

L’erreur serait de réduire l’efficacité collective à une bonne organisation, à des outils performants et à des compétences pour savoir bien utiliser ces outils. L’importance de la culture est mise en avant dans les 4 extraits que j’ai choisis. Dans une optique d’efficacité culturelle, certaines entreprises essaient de développer une culture entrepreneuriale comme Siemens, d’autres une culture orienté client comme Orange (avant son rachat par France Telecom), ou encore une culture de l’innovation comme Apple ou HP. Faire évoluer sa culture, devenir plus efficace culturellement peut donc parfaitement s’inscrire dans une stratégie d’entreprise.
De même qu’une culture de l’innovation va valoriser les comportements qui sont adaptés à la créativité, une culture de l’intelligence collective doit valoriser les comportements qui sont adaptés aux coopérations intellectuelles. Parfois les comportements adaptés sont juste un ajout à la culture existante. Ils l’enrichissent. Parfois, ces comportements viennent en choc frontal avec la culture existante. Sauf erreur de ma part, il me semble que les 4 extraits présentés décrivent un choc frontal.

La contribution de Marc de Fouchecour (extrait 3) est très éclairante. Elle décrit implicitement un conflit intergénérationnel qui se matérialise par une fracture culturelle. Chaque génération défend sa culture. C’est normal. Pour sortir de ce conflit, il faudra attendre que la nouvelle génération prenne le pouvoir pour imposer sa propre culture. Si rien ne change, l’évolution culturelle sera donc lointaine… 15 ans ? 30 ans ? Voilà le temps qu’il faudra attendre pour espérer une efficacité collective dans une économie du savoir en France. Peut-on attendre aussi longtemps ? C’est une autre question. D’autres pays auront moins de difficultés, en particulier l’Amérique du Nord. Au Canada où je réside, j’observe une efficacité culturelle au niveau individuel, qu’on ne retrouve pas forcément au niveau organisationnel, c’est-à-dire que les individus sont plus prêts à coopérer que l’organisation ne leur permet. Dans cette situation, il suffit simplement de travailler sur les dimensions compétences, organisation, fonctionnement et outils pour retrouver une efficacité collective. Il y a donc un potentiel culturel qui ne demande qu’à s’exprimer. Il y a des défis à relever en Amérique du Nord comme ailleurs, mais rien d’insurmontable, d’autant qu’il existe 2 centres de recherche sur l’intelligence collective (un au Canada, à l’université d’Ottawa, depuis juin 2002 et l’autre aux Etats-Unis, au MIT à Boston, depuis octobre 2006).

Dans une économie industrielle et commerciale, la France a fait preuve d’une grande efficacité culturelle. C’est une partie de sa culture qui a fait sa force. Elle a donc du mal aujourd’hui à comprendre, et surtout à entendre, que cette même culture fera sa perte dans une économie du savoir. On ne change pas des valeurs qui gagnent ou plutôt …qui ont gagné ! Son déclin récent est attribué à des problèmes conjoncturels (la force de l’euro,…) ou structurels (les délocalisations,…). Mais son déclin est aussi dû à des problèmes culturels, à ce que l’on pourrait appeler une inefficacité culturelle.

Le paradoxe et la complexité de la situation est que l’économie du savoir ne remplace pas l’économie industrielle et commerciale. Elle s’y ajoute. L’économie du savoir a d’ailleurs toujours existé, par exemple quand le chasseur inventait un nouveau piège ou l’agriculteur une nouvelle méthode de production. Jusqu’à présent, l’économie du savoir était indissociable de l’économie agraire ou industrielle. D’une certaine manière, elle était connexe aux autres économies. Aujourd’hui la logique s’inverse progressivement. C’est l’industriel qui devient connexe au savoir. L’économie du savoir prend son autonomie et devient dans le même temps le moteur des autres économies, à travers les biotechnologies par exemple (le savoir donne sa force à l’agraire).
A mélange d’économies, on obtient un mélange de cultures. On se retrouve ainsi dans un paradoxe culturelcar certaines valeurs peuvent coexister, d’autres sont totalement opposées comme le sont les valeurs “sécurité” et “risque”.

Quelle que soit la complexité du paradoxe, je pense que l’efficacité culturelle dans une économie industrielle et commerciale est liée à des valeurs et qu’une partie de ces mêmes valeurs est responsable de l’inefficacité culturelle dans l’économie du savoir. Je crois qu’il y a une confusion mentale entre l’efficacité culturelle dans une économie industrielle et dans une économie du savoir. Et qu’enfin, on cherche des responsabilités sur le structurel et sur le conjoncturel pour mieux oublier le culturel qu’on sacralise par ailleurs avec des concepts marketing comme « l’exception culturelle ».

Nous n’avons pas conscience de nos valeurs. C’est pourquoi les dirigeants d’entreprises peuvent affirmer de bonne foi que l’efficacité culturelle existe. Le culturel étant acquis, le besoin exprimé se résume alors à des logiciels, des méthodes ou des compétences. Cependant, l’efficacité culturelle n’est ni un acquis éternel, ni un objet divin, dont on ne pourrait pas discuter. Une organisation doit être capable de prouver son efficacité culturelle par des faits observables et indiscutables. Les organisations devraient donc faire preuve de réalisme et d’humilité en initiant une dynamique de questionnement sur leurs pratiques pour démontrer la réalité de leur efficacité culturelle.

Culture / Valeurs / CroyancesAdd comments

Avril2007

Article publié le 8 avril 2011

Pour citer cet article : Pascal Michon, « Les neurosciences face à la question de la pensée. Contribution à l’émergence d’un paradigme rythmique », Rhuthmos, 8 avril 2011 [en ligne]. http://rhuthmos.eu/spip.php?article319

Une observation des neurosciences même aussi superficielle que celle menée précédemment permet d’y mettre au jour une mutation fondamentale à la fois des objets, des modes d’observation et des formes conceptuelles. Il reste que cette mutation épistémologique est loin d’être achevée. Non seulement, nous observons dans ces sciences des hésitations et, parfois, quelques retours vers des positions antérieures, mais il n’est pas sûr que les solutions adoptées pour faire face au défi que leur lance le primat du rythme soient toutes aussi adéquates à la tâche qui leur est assignée.
Je voudrais montrer que les neurosciences gagneraient certainement de ce point de vue à s’inspirer de modèles utilisés dans des sciences apparemment très éloignées d’elles comme la poétique. Ce faisant j’espère convaincre de l’intérêt que nous aurions à généraliser les pratiques de confrontation, d’emprunt voire d’hybridation conceptuels entre disciplines et à participer ainsi, au deux sens du terme, à l’émergence du paradigme rythmique.

 Un problème en suspens : l’organisation de la pensée

Je partirai d’une discussion de la conception de la pensée proposée par Gerald Edelman et Giulio Tononi dans leur livre A Universe of Consciousness. How Matter Becomes Imagination paru en 2000. Bien que le modèle théorique présenté par ces derniers représente certainement une avancée épistémologique remarquable, il laisse toutefois un certain nombre de questions sans réponses : il nous fournit une description très puissante des processus neuronaux qui semblent soutenir la conscience ; il nous montre combien ces processus sont à la fois intégrés et différenciés, c’est-à-dire complexes ; il nous montre aussi comment ils progressent au sein du cœur dynamique à l’image de tourbillons de signaux pris dans d’autres tourbillons de signaux, liant cette fois le cœur à ses appendices extérieurs, et comment ils produisent finalement une « scène consciente ». Mais ils ne nous disent pas grand chose sur les moments de « choix » par lesquels, toutes les quelques centaines de millisecondes, le cerveau sélectionnerait un état de conscience particulier parmi des milliards d’autres possibles, assurant ainsi le progrès d’un procès de conscience particulier.
Edelman et Tononi rejettent avec raison toute idée d’un « homuncule » guidant les mouvements du cœur dynamique et sélectionnant chaque état suivant parmi tous les états de conscience possibles, ce qui constituerait une explication purement verbale du type de la « vertu dormitive » du pavot. Les raisons du « choix » doivent être comprises comme immanentes au système composé du cœurdynamique, des routines inconscientes qui lui sont associées, et, au-delà, du corps tout entier de l’individu voire de l’environnement dans lequel il évolue. Mais, sauf erreur de ma part, la seule représentation qu’ils donnent de ce processus de choix immanent se réfère à un procès adaptatif d’adéquation entre des circuits neuronaux plus ou moins stabilisés et la réalité extérieure : « L’ensemble de relations dynamiques entre des groupes de neurones fonctionnellement spécialisés doit d’abord être développé, sélectionné et raffiné au cours d’un long processus d’adaptation au monde extérieur. Ce processus prend place pendant l’évolution, le développement et l’expérience à travers de nombreux mécanismes de variation, sélection et amplification différentielle qui accompagnent les interactions continues entre le corps, le cerveau et l’environnement […] Il devient, au cours du temps, adapté et relié à la structure statistique de l’environnement. » (Edelman-Tononi, 2000, p. 137)
Il faut ouvrir ici une parenthèse : il est juste de signaler que pour Edelman et Tononi, contrairement à ce que soutient quant à lui Changeux sur des bases sélectionnistes par ailleurs relativement proches, ce processus d’adéquation ne se traduit pas par des représentations du monde extérieur qui seraient stockées et réutilisées quand cela est nécessaire, mais seulement par une transformation progressive et adaptative de l’ensemble de l’activité neuronale qui, bien qu’elle varie sans cesse, constitue, comme l’avait déjà vu Bergson, un flux continu depuis les premiers mois de la vie de l’embryon jusqu’à la mort de l’individu : « Les signaux extrinsèques convoient de l’information non pas tant par eux-mêmes que par la manière dont ils modulent les signaux intrinsèques échangés à l’intérieur d’un système neuronal résultant d’une expérience antérieure. En d’autres mots, un stimulus agit non pas tant en ajoutant d’importantes quantités d’information extrinsèques qui serait à intégrer qu’en amplifiant l’information intrinsèque résultant des interactions neuronales sélectionnées et stabilisées par la mémoire au cours des rencontres précédentes avec l’environnement. » (Edelman-Tononi, 2000, p. 137)
Autrement dit, la mémoire ne devrait pas être vue comme une fonction séparée du cerveau, localisée dans des zones précises, qui permettrait de stocker des souvenirs et de les retrouver lorsque cela serait nécessaire. Elle constitue une modalité parmi d’autres du travail de ce dernier qui, lorsqu’il est confronté aux nécessités d’une situation particulière, recrée un ou plusieurs états de conscience qu’il a déjà connu(s) dans le passé. Un souvenir serait donc « similaire » à des états de conscience précédents non pas dans le sens où il serait supporté par les mêmes circuits neuronaux – il est même très probable que des circuits à chaque fois différents soient impliqués lorsqu’un souvenir est « rappelé » – mais uniquement dans la mesure où il produirait les mêmes conséquences mentales et motrices. La similarité serait dans le résultat ou dans la « cause finale » comme aurait dit Aristote (Edelman-Tononi, 2000, p. 93).
Une telle similarité téléologique serait rendue possible, selon Edelman et Tononi, par le fait que le cerveau tisserait sans cesse de grandes quantités de circuits neuronaux plus ou moins redondants, qui constitueraient de très vastes « répertoires » dans lesquels il pourrait puiser lorsque, sous l’impulsion d’un signal venant du monde, d’une autre partie du cerveau ou du corps, il aurait besoin de reproduire un effet mental ou moteur particulier. Pour le dire autrement, le cerveau serait la source et le lieu d’une profusion de circuits qui auraient la capacité de produire le même résultat. Edelman et Tononi appellent cette propriété « dégénérescence » [degeneracy] (Edelman-Tononi, 2000, p. 86). Cette profusion de circuits serait, elle-même, soumise à un constant processus de transformation au gré des « expériences » qui s’accumulent tout au long de la vie, ainsi que de l’action d’un « système de valeurs » ayant son origine dans le locus coeruleus (Edelman-Tononi, 2000, p. 89). Celui-ci relâcherait des neuromodulateurs fournissant les contraintes nécessaires à ce que ce tri prioritairement destiné à améliorer les capacités de survie de l’individu se fasse également en accord avec les structures qui ont été sélectionnées pendant le temps long de l’évolution de l’espèce.
De ce point de vue, la mémoire serait clairement non représentationnelle (Edelman-Tononi, 2000, p. 93). La mémoire résulterait « d’un accord sélectif qui se produit entre une activité neuronale distribuée et incessante, et différents signaux qui proviennent du monde, du corps et du cerveau lui-même. Les altérations synaptiques qui s’en suivent affectent les réponses futures d’un cerveau particulier à des signaux similaires ou différents. Ces changements se reflètent dans la capacité à répéter un acte mental ou physique après quelque temps malgré un contexte changeant, par exemple, en “rappelant” une image » (Edelman-Tononi, 2000, p. 95). La mémoire aurait donc moins à voir avec un stockage et un déstockage de représentations d’objets ou d’événements qu’avec la création de répertoires de circuits en transformation constante et qui pourraient reproduire des effets passés. Elle constituerait « une forme de recatégorisation constructive pendant que l’expérience a lieu, plutôt qu’une réplique précise d’une séquence précise d’événements » (Edelman-Tononi, 2000, p. 95). Elle impliquerait au fond un capacité à se projeter dans l’avenir : « Tout acte de perception est, d’une certaine manière, un acte de création, et tout acte de mémoire est, en quelque sorte, un acte d’imagination. » (Edelman-Tononi, 2000, p. 101)
On voit en quoi cette conception corrobore les conclusions exposées dans l’article cité plus haut concernant l’évolution générale des études neuroscientifiques. Elle s’inscrit nettement en faux contre toutes les conceptions élémentaristes et prend le parti d’une conception intégralementdynamique et globalisante de la pensée. Mais – et je referme ici la parenthèse –, tout cela ne change rien au problème évoqué plus haut : le « choix » immanent au cœur dynamique et à ses dépendances, c’est-à-dire le principe même du développement de la pensée au sein de la conscience, reste lié à un processus d’adéquation purement statistique à la réalité intérieure ou extérieure.
En dernière analyse, rien dans cette théorie n’explique le fait qu’une pensée ne se développe pas seulement à travers une stratégie de reconnaissance par tâtonnements suivant une logique de l’essai et de l’erreur, mais qu’elle possède aussi une certaine consistance et une cohérence propres, c’est-à-dire une manière particulière de fluer qui ne doit pas nécessairement toutes ses qualités aux contraintes que fait peser sur l’individu la nécessité d’une adéquation correcte avec la réalité extérieure présente ou passée. Le processus de sélection qui permet au cœur dynamique de choisir son prochain état global parmi des milliards ne peut se résumer à un procès progressif d’adéquation avec la réalité ; il doit aussi comprendre des vérifications ou des comparaisons avec des états antérieurs du cœur dynamique, ainsi peut-être qu’avec des états potentiels qui ne sont pas encore actualisés.
En d’autres termes, même si nous acceptons une conception profusionniste et sélectionniste de la pensée, il reste encore à expliquer la cohérence et la consistance que celle-ci tire de la capacité du cerveau (ou plus largement du corps ?) de se rappeler, mais aussi, indissociablement, de vouloir, de désirer et d’imaginer. Ces dernières dimensions de la vie du cerveau sont à peine mentionnées par Edelman et Tononi, et des clés importantes manquent donc encore pour comprendre les forces qui donnent à une succession d’états de conscience une certaine direction, une certaine manière de se développer ou, pour le dire autrement, une suite de raisons de choisir le prochain état de conscience parmi des milliards d’autres.

 La pensée comme mélodie et harmonie d’ensemble

Bien qu’il conserve la douteuse notion de « représentation » qui vient sans cesse freiner le mouvement qui le porte vers une conception pleinement rythmique, et bien qu’il ne prête pas non plus beaucoup d’attention à la volonté, au désir et à l’imagination, Changeux a le mérite de proposer deux concepts pour rendre compte de cette organisation téléologique du flux de la conscience : les concepts de « mélodie » et d’« harmonie d’ensemble ».
Lorsqu’il aborde l’organisation du flux mental à l’intérieur de ce qu’il appelle « l’espace de travail conscient », Changeux commence par noter que « le flux de la conscience est dynamique et continuellement changeant » mais que « ce flux est tout sauf un chaos. Il est, comme Alfred Fessard l’a fait remarquer, “tout à la fois un et multiple en chacun de ses moments” ». Il s’agit d’une « synthèse unifiée et dynamique » qui est à la fois cohérente et diversifiée (Changeux, 2002, p. 116). Afin de rendre compte de ces caractéristiques organisationnelles, il propose alors le concept de « mélodie consciente » : « Les tâches de réponse différée comme la tâche de Stroop, les expériences de rappel de mémoire et d’autres tâches cognitives de planification consciente se développent séquentiellement dans le temps et donnent naissance à des enchaînements temporels, des “mélodies” assez brèves et simples. » (Changeux, 2002, p. 164) La succession des états de conscience n’est en rien un chaos et son organisation fluante serait du même ordre que celle d’une mélodie : « Les neurones de l’espace de travail peuvent entrer en activité de manière organisée [version anglaise : time-ordered sequences] et former des “mélodies” de représentations mentales. Avec la syntaxe, les mélodies du langage se servent de vastes possibilités combinatoires offertes par le réseau neuronal de l’espace de travail. » (Changeux 2002, p. 191)
Changeux reprend ici sans le dire une idée de Bergson exposée dans son Essai sur les données immédiates de la conscience en 1889. Comme on sait, celui-ci y fait remarquer que lorsque nous venons d’entendre une horloge d’une oreille distraite, nous sommes toutefois capables, par un effort d’attention rétrospective, de compter combien de coups ont été frappés jusqu’au moment où nous avons pris conscience de ce qui se passait. Ce phénomène montrerait que la conscience n’est pas composée d’éléments distincts qui seraient ensuite combinés les uns avec les autres mais qu’elle constitue une dynamique immédiatement et simultanément globale et diversifiée, « une durée », « une multiplicité qualitative », analogue à « une phrase musicale » (Bergson, 1889, p. 95) ou mieux encore à une « mélodie ». Une mélodie constitue en effet un type d’organisation qui est à la fois différenciée – on peut en égrener les notes une à une – et synthétique – qu’une seule note change et la mélodie entière est altérée : « Ne pourrait-on pas dire que, si ces notes se succèdent, nous les apercevons néanmoins les unes dans les autres, et que leur ensemble est comparable à un être vivant, dont les parties, quoique distinctes, se pénètrent par l’effet même de leur solidarité ? La preuve en est que si nous rompons la mesure en insistant plus que de raison sur une note de la mélodie, ce n’est pas sa longueur exagérée, en tant que longueur, qui nous avertira de notre faute, mais le changement qualitatif apporté par là à l’ensemble de la phrase musicale. » (Bergson, 1889, p. 75)
Mais Changeux ajoute à cette idée bergsonienne une seconde idée qui lui est propre et qui lui permet d’approfondir encore sa représentation du fonctionnement téléologique de la pensée. Non seulement la succession des états de conscience est organisée comme une mélodie, mais, à certains moments, cette mélodie peut déboucher sur une expérience très particulière : d’un coup, quelque chose fait sens, une illumination traverse le cerveau. La temporalité de la trajectoire mélodique fait place à un élargissement instantané de la pensée ; la progression linéaire se transforme en une sorte de progression en largeur, éphémère mais extrêmement gratifiante.
Pour expliquer ce phénomène Changeux rappelle, tout d’abord, les témoignages de Poincaré et d’Hadamard sur l’importance des incohérences du rêve dans l’élaboration des théories scientifiques : « Il est vraisemblable que le rêve favorise l’action du “générateur de diversité” mental et introduise des associations aléatoires entre représentations éloignées ou même sans lien entre elles. L’activité “paradoxale” du sommeil introduirait un surplus de “variabilité” au cours de l’évolution darwinienne des représentations qui intervient lors de la veille dans l’espace de travail neuronal. » (Changeux, 2002, p. 375) Il est probable par ailleurs qu’au cours de la réflexion « le bricolage des pré-représentations est confronté au projet scientifique visé, aux données disponibles et aux structures conceptuelles effectivement présentes dans le cerveau du scientifique, qu’elles soient innées ou bien qu’elles résultent de l’épigenèse » (Changeux, 2002, p. 375).
Or, grâce à ces confrontations incessantes, il peut parfois se produire – en général à l’improviste – une combinaison harmonique de quelques éléments qui se propage d’un coup – par « transduction » aurait dit Simondon – à tout le matériel mental mobilisé mais jusque-là resté sans liens : « Après de nombreux tâtonnements, à l’occasion d’une nouvelle observation ou d’une nouvelle combinaison de règles formelles, il peut se produire une sorte de “cristallisation” d’un ensemble de pré-représentations, qui envahit l’espace de travail conscient. À ce moment précis, des éléments qui étaient dispersés dans le cerveau une fraction de seconde auparavant se trouvent mis en relation d’un seul coup. Voilà l’illumination dont parle Hadamard dans le cas de la création mathématique. » (Changeux, 2002, p. 375)
La « mélodie » de la conscience se transformerait ainsi, parfois et de manière très fugace, en une « résonance intérieure » ou en un « accord » musical : « La dynamique de l’enchaînement des représentations dans l’espace conscient pourrait se comparer à une “mélodie”. Chaque “note” résultant de la mobilisation parallèle de processus distincts resterait quelque temps “en ligne” dans l’espace de travail jusqu’à l’“accord” final [version anglaise : until a moment of convergence or resolution is reached] […] La mise à l’épreuve d’un enchaînement de “raisons”, d’une mélodie de “formes” ou d’une argumentation de “règles de conduite” pourrait se manifester par une résonance intérieure, une perception organisée et envahissante, répondant à ce que l’architecte de la Renaissance Alberti appelait consensus partium ou le peintre Henri Matisse, “harmonie d’ensemble”. » (Changeux, 2002, p. 376)
Cette « mise en relation d’un seul coup » d’éléments qui étaient, une fraction de seconde auparavant, « dispersés dans le cerveau », la « résonance intérieure » et l’« harmonie mentale » qui en résulteraient seraient la cause du « sentiment de beauté » ressenti, au dire de Poincaré, par un mathématicien lorsqu’il observe une théorie nouvelle qui fonctionne ou de la « satisfaction » éprouvée par toute personne qui réfléchit, « à la vision qu’une idée “marche”, que “la clé ouvre la serrure”, qu’un schéma global fonctionne, que d’un seul coup des éléments divers se mettent en place de façon cohérente » (Changeux, 2002, p. 376). Et ce sentiment de « beauté » ou de « félicité » montrerait que cette résonance s’accompagne très probablement d’importantes gratifications : « Alors, la perception interne de ce phénomène se traduit par un sentiment de nouveauté et d’harmonie qui déclenche probablement un effet de récompense très puissant à l’échelle de l’ensemble du cerveau. » (Changeux, 2002, p. 376)
Ces remarques jettent indubitablement une lumière sur la façon dont la pensée semble se développer. En affrontant sans détours la question de la qualité spécifique d’un flux de conscience, c’est-à-dire de sa manière propre de fluer, Changeux apporte ici un complément très intéressant au travail d’Edelman et de Tononi. Il suggère un début de réponse à la question de ce qui explique les « choix » immanents établis par le cœur dynamique au sein de la profusion des ébauches qu’il produit sans cesse : ceux-ci seraient guidés par l’anticipation et la recherche active de moments d’intégration mentale apportant de fortes récompenses. Changeux ne le dit pas mais on le comprend facilement : l’organisation de la succession des états de conscience serait toujours déjà orientée téléologiquement par l’anticipation d’une intégration différenciée de la totalité des éléments traités. Si nous anticipons un peu, nous pouvons dire la chose suivante : plus la complexité de cette totalité serait grande, plus les gratifications qui lui seraient liées seraient puissantes.
Mais Changeux se heurte alors à de nouveaux problèmes. Les témoignages d’architectes, de peintres et même de mathématiciens qu’il utilise ont le défaut de faire penser que le « consensus partium » ou « l’harmonie d’ensemble », qui s’établissent parfois à l’intérieur de la conscience et qui lui fourniraient en quelque sorte une finalité interne, seraient du même ordre formel que le plan d’un bâtiment, la composition d’un tableau ou même la structure d’une théorie mathématique. Or, ces témoignages ne montrent en réalité rien de tel, mais seulement qu’un architecte, un peintre ou un mathématicien perçoivent un sentiment très fort de félicité quand un bâtiment, une peinture ou une théorie sont achevés d’une manière qui leur semble « harmonieuse ».
Par ailleurs, Changeux a tendance à séparer la question du « consensus partium » de celle des mélodies qui y conduiraient. On retire de sa description l’impression que celles-ci seraient linéaires et inscrites dans la successivité du temps alors que celui-là s’établirait dans l’instant d’une harmonie simultanée. On sent qu’il manque aux neurosciences les ressources théoriques qui leur permettraient de se libérer du dualisme qui les fait utiliser conjointement, mais sans pouvoir véritablement les relier les uns aux autres, des concepts d’organisation purement diachroniques : la mélodie, la phrase, l’enchaînement ; et des concepts purement synchroniques : le plan, la composition, la structure. Dans la mesure où c’est le « même » cœur dynamique qui prend successivement différentes formes, il faut bien que ce soit le même concept qui rende compte de ses états de recherche et de ses états harmoniques. Ainsi manque-t-il aux neurosciences un concept qui leur permette de penser ensemble l’organisation et le mouvement, la linéarité et l’anticipation constante d’une totalité transversale.

 Rythme et mélodie dans la révolution poétique symboliste – Mallarmé

Changeux lui-même suggère, au détour d’une page, que les neurosciences pourraient peut-être, afin de résoudre ce problème, regarder vers la poétique et les sciences sociales : « La consonance des représentations mentales aux objets du monde extérieur ou entre objets mentaux interviendrait de manière critique dans l’imagination scientifique, comme la résonance de la mélodie de sons, de formes ou de mots pour la création artistique, ou la mise en harmonie avec le bien commun d’hypothétiques règles de conduite de l’individu au sein du groupe social. » (Changeux, 2002, p. 377) Malheureusement, il ne va pas plus loin.
M’appuyant sur cette suggestion, je voudrais montrer les profits que les neurosciences pourraient retirer, au moins sur cette question, d’emprunts à la poétique – pour ne pas alourdir le propos, je laisserai ici de côté les sciences sociales.
Afin de bien comprendre en quoi pourraient consister ces emprunts, il nous faut tout d’abord remonter à la révolution poétique qui s’est déroulée au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle. À cette époque, Wagner vient de libérer la musique des conventions quadratiques qui dominaient les productions de Mozart et de Beethoven. S’inspirant de son exemple, Baudelaire, puis Mallarmé et les symbolistes commencent à émanciper l’art poétique des formes d’organisation symétriques et répétitives. Dans la poésie de Mallarmé, fait remarquer l’un des grands historiens de cette mutation croisée, « des signifiants polyvalents sont construits à partir de symboles récurrents qui sont libérés de toute domination des structures hypotactiques [c’est-à-dire subordonnées, par opposition aux structures paratactiques organisées comme des juxtapositions]. “Rien”, “écume”, “musique”, “rêve”, “éventail”, “dentelle” sont quelques-unes des images isolées, arrachées à des contextes banals et juxtaposées avec d’autres images de manière à créer une forme de signifiance qui reste indéfiniment ouverte [an open-ended pattern of meaning] » (Hertz, 1987, p. 24). La métrique et l’organisation poétique traditionnelles en strophes et en vers régulièrement nombrés, ainsi que les manières anciennes dont sont corrélés sens et syntaxe, sont abandonnées car trop rigides pour rendre les « modulations individuelles de l’âme ».
Cette recherche poétique amène Mallarmé et les symbolistes à l’idée que l’effet poétique, dont on pensait jusque-là qu’il devait nécessairement être obtenu par le moyen d’une organisation métrique et versifiée régulière, pouvaient l’être également par d’autres types d’organisation du flux du discours. La symétrie, la succession réglée des temps forts et des temps faibles, le nombre des syllabes toujours identique ou alterné des vers, le retour régulier de la rime, la répartition périodique des strophes ne constituent qu’une forme d’organisation possible parmi des quantités infinies d’autres.
Mais cela ne veut pas dire non plus que toute organisation doive disparaître pour autant car, comme le note David Hertz, « [chez Mallarmé] les mots qui reviennent sont peu nombreux et très soigneusement contrôlés et régulés » (Hertz, 1987, p. 24). Le célèbre poème « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » (1897) associe ainsi une liberté totale à de nouveaux types de contraintes. Du reste, Mallarmé lui-même y insiste : « Très strict, numérique, direct, à jeux conjoints, le mètre, antérieur, subsiste […] Le vers, aux occasions, fulmine, rareté (quoiqu’ait été à l’instant vu que tout, mesuré, l’est). » (Mallarmé, 1894, p. 644)
Apparaît alors la nécessité de trouver un nouveau concept qui puisse faire droit à la fois à la fluidité nouvelle de la poésie acquise par le travail syntaxique mallarméen et l’introduction du « vers libre », et à la persistance du fait que cette liberté n’est en rien une plongée dans l’aléatoire et le non-sens mais qu’elle représente une nouvelle manière, plus individualisée mais pas moins partageable, d’organiser le flux du langage.
On le sait, le concept bergsonien de mélodie joue parfois ce rôle : « Toute âme est une mélodie, qu’il s’agit de renouer » proclame ainsi Mallarmé dans Crise de vers (Mallarmé, 1897, p. 363). Mais le rythme est celui qui est la plus souvent utilisé. Selon Mallarmé, le vers libre et l’organisation souple du flux langagier qu’il rend possible permettent mieux de saisir les dynamiques de « l’âme » que les formes cérémonielles et d’origine sacrale de la poésie traditionnelle, ce qu’il appelle « les grandes orgues générales et séculaires, où s’exalte, d’après un lent clavier, l’orthodoxie » (Mallarmé, 1894, p. 644). Loin d’avoir une fixité et une unité absolues, l’âme est en effet à la fois oscillatoire et plurielle. Elle n’est pas, comme on l’a dit depuis des siècles, une « substance » ; elle constitue un « nœud rythmique » : « Une heureuse trouvaille avec quoi paraît à peu près close la recherche d’hier, aura été le vers libre, modulation (dis-je souvent) individuelle, parce que toute âme est un nœud rythmique. » (Mallarmé, 1894, p. 644) Dans la mesure où il est dominé par l’« instinct de rythmes » (Mallarmé, 1896, p. 383), le poète est ainsi celui qui est en relation la plus directe avec l’humain dans ses profondeurs les moins accessibles.
En adoptant le terme de rythme pour rendre compte de cette organisation du flux du langage poétique – désormais en « vers libres » – Mallarmé en transforme de facto le concept. Celui-ci ne peut plus être identifié, comme on le faisait traditionnellement depuis Platon, à la seule succession de temps forts et de temps faibles répartis suivant des proportions arithmétiques, et doit être compris comme une forme d’organisation pluridimensionnelle où la succession temporelle n’est qu’une dimension parmi d’autres d’un écheveau de séquences, d’associations, d’échos, d’oppositions entrecroisés et de silences. Un concept de forme bien plus complexe que celui de mélodie – et même que celui de rythme au sens musical traditionnel – émerge ainsi de cette lutte entre l’ordre et le hasard qu’illustre le poème du « coup de dés ».
En posant le primat du rythme, Mallarmé cherche, tout comme Bergson avec la mélodie, à penser l’unité d’un flux à la fois linéaire et différencié. Mais, comme ce flux est pour lui langagier, sa totalisation ne peut en aucun cas être analysée à partir de l’exemple d’une phrase sonore asignifiante, comme le fait Bergson. Du fait même qu’il réfléchit à la pratique poétique, il ne lui est pas possible de se placer du point de vue d’une conscience vide et d’une durée pure, et il lui faut adopter celui du développement d’un discours dans lequel chaque élément ne signifie qu’en écho à ce qui a déjà été dit mais aussi, par anticipation, au total de ce qui aura finalement été prononcé.
Du point de vue mallarméen, la focalisation bergsonienne sur la mélodie semble ainsi une réduction du concept d’organisation du flux de la conscience dans lequel la dimension de totalité est indûment soumise à un primat de la linéarité. L’âme, du fait de sa pluralité, de son caractère « oscillatoire » et de son intrication avec l’activité langagière, ne peut être décrite de cette manière et doit être saisie à partir d’un concept de rythme d’emblée pluridimensionnel : « Toute prose d’écrivain fastueux, soustraite à ce laisser-aller en usage, ornementale, vaut en tant qu’un vers rompu, jouant avec ses timbres et encore les rimes dissimulées : selon un thyrse plus complexe. » (Mallarmé, 1894, p. 644)

 La critique rythmanalytique du modèle mélodique – Bachelard

Dans les années 1930, Gaston Bachelard aboutit, à son tour, à une critique du modèle mélodique et à une promotion du concept de rythme. En s’attachant, à travers celui-là, à penser l’unité qualitative d’un processus linéaire différencié, Bergson, reconnaît Bachelard, cherche à combattre toutes les notions d’organisation uniforme et spatialisée du temps produites par la science. Et en ce sens, pourrions-nous ajouter, il poursuit un but qu’il partage avec les symbolistes et des penseurs contemporains comme Simmel ou Tarde. Mais il place cette recherche justifiée sous la lumière douteuse de la durée intime. Contre les abus analytiques, quantitatifs et dominateurs du scientisme du XIXe siècle, il adopte le parti inverse – tout aussi abusif – du continu essentiel, de la qualité pure et de la passivité.
Or, fait remarquer Bachelard, la durée ne peut se percevoir en dehors des instants qualitativement différents qui la peuplent. Ce n’est pas notre continuité intime qui est première et les instants de purs artefacts produits par l’intellect, mais bien la suite plus ou moins régulière des moments saillants de notre vie, qui nous permet de nous sentir durer : « Nous ne savons sentir le temps qu’en multipliant les instants conscients. Si notre paresse détend notre méditation, sans doute il peut rester encore suffisamment d’instants enrichis par la vie des sens et de la chair pour que nous ayons encore le sentiment plus ou moins vague que nous durons ; mais si nous voulons éclaircir ce sentiment, pour notre part, nous ne trouvons cet éclaircissement que dans une multiplication de pensées. » (Bachelard, 1931, p. 88) Autrement dit, ce sont les rythmes de notre vie qui permettent de percevoir la durée et non l’inverse : « Les phénomènes de la durée sont construits avec des rythmes, loin que les rythmes soient nécessairement fondés sur une base temporelle bien uniforme et régulière […] Pour durer, il faut donc se confier à des rythmes, c’est-à-dire à des systèmes d’instants. » (Bachelard, 1932, p. IX)
Par ailleurs, la durée est certes qualitative mais cela ne lui donne pas pour autant unité et pureté. Elle est une réalité multiple et diversifiée : « Dès que nous avons été un peu exercé, par la méditation, à vider le temps vécu de son trop-plein, à sérier les divers plans des phénomènes temporels, nous nous sommes aperçus que ces phénomènes ne duraient pas tous de la même façon et que la conception d’un temps unique, emportant sans retour notre âme avec les choses, ne pouvait correspondre qu’à une vue d’ensemble qui résume bien mal la diversité temporelle des phénomènes. » (Bachelard, 1932, p. VII) Et là encore, Bachelard montre la nécessité d’introduire le concept de rythme. La diversité des durées est une diversité des rythmes : « Bref, à notre avis, la continuité psychique pose un problème et il nous semble impossible qu’on ne reconnaisse pas la nécessité de fonder la vie complexe sur une pluralité de durées qui n’ont ni le même rythme, ni la même solidité d’enchaînement, ni la même puissance de continu [...] toute durée véritable est essentiellement polymorphe. » (Bachelard, 1932, p. VIII)
Enfin, le sentiment de durée est toujours le produit d’une reconstruction active et non pas d’une réception passive de ce qui se passe en nous : « La conscience du temps est toujours pour nous une conscience de l’utilisation des instants, elle est toujours active, jamais passive, bref la conscience de notre durée est la conscience d’un progrès de notre être intime. » (Bachelard, 1931, p. 88) Ainsi les moments de résolution et d’intégration du divers mental, auxquels Changeux faisait plus haut référence, doivent-ils se comprendre dans la perspective d’une construction rythmique progressive : « Si nous arrivons ensuite – par une construction savante – à l’uniformité de notre méditation, il nous semble que c’est alors une conquête de plus, car nous trouvons cette uniformité dans une mise en ordre des instants créateurs, dans une de ces pensées générales et fécondes par exemple qui tiennent sous leur dépendance mille pensée ordonnées […] La cohérence de la durée, c’est la coordination d’une méthode d’enrichissement. » (Bachelard, 1931, p. 88-89)
Au scientisme et à la spatialisation du temps pratiquée au XIXe siècle, il ne fallait donc pas opposer une durée continue, unitaire et passive, pensée sous l’égide du concept de mélodie, mais une durée où le continu impliquait toujours du discontinu, une durée multiple et active, organisée par des rythmes différenciés : « Le rythme est vraiment la seule manière de discipliner et de conserver les énergies les plus diverses. Il est la base de la dynamique vitale et de la dynamique psychique. Le rythme – et non pas la mélodie trop complexe – peut fournir les véritables métaphores d’une philosophie de la durée. » (Bachelard, 1932, p. 128)
Généralisant cette conclusion, Bachelard soutenait que l’ensemble de la réalité psychique, sociale et matérielle pouvait finalement être pensé sous l’égide du concept de rythme et il suggérait l’élaboration d’une « rythmanalyse » qui aurait envisagé toutes les difficultés de l’homme du point de vue des rythmes qui le construisent et le déconstruisent sans cesse. Quoi qu’on pense de cette ontologie et du type de projet critique qui lui est lié, du point de vue formel qui seul nous intéresse ici, ces conclusions allaient dans le sens de Mallarmé, qu’il citait d’ailleurs par deux fois en exergue dans L’Intuition de l’instant (Bachelard, 1931, p. 11 et 57). Comme la mélodie, le rythme fusionnait des éléments différenciés dans un tout, mais il comprenait lui-même des pluralités internes, neutralisait l’opposition du continu et discontinu, et opposait son activité et sa puissance de synthèse à la passivité de la réception de la durée.

 Le rythme sans mélodie – la poétique d’Henri Meschonnic

La dernière étape de cette élaboration du concept de rythme et de la déconstruction simultanée de celui de mélodie s’est produite au cours de la seconde moitié du XXe siècle. En dépit de l’avancée qu’elle représentait, la conception bachelardienne restait en effet au moins sur un point non négligeable bien en-deçà des résultats des recherches mallarméennes : le rythme y restait enfermé dans sa définition métrique traditionnelle et considéré comme une simple succession de temps forts et de temps faibles organisée arithmétiquement. Il revient, me semble-t-il, à Henri Meschonnic d’avoir opéré la synthèse des aspects les plus avancés de la conception bachelardienne et de la pointe des travaux symbolistes.
Selon celui-ci, la « littérarité » d’un discours, ce qui lui donne sa qualité littéraire, dépend en effet de ce qu’il appelle son « rythme », c’est-à-dire de « l’organisation des marques par lesquelles les signifiants, linguistiques et extra-linguistiques (dans le cas de la communication orale surtout) produisent une sémantique spécifique, distincte du sens lexical, et [qu’il] appelle la signifiance : c’est-à-dire les valeurs propres à un discours et à un seul. Ces marques peuvent se situer à tous les “niveaux” du langage : accentuelles, prosodiques, lexicales, syntaxiques » (Meschonnic, 1982, p. 216-217).
Comparée à celle de Bachelard, cette conception apporte au moins deux nouveautés. La première concerne le langage. Bien que l’énonciation et le discours intérieur lui imposent tous deux un certain degré de linéarité, l’existence même de la littérature montre qu’il est certainement très superficiel d’aborder celui-ci à travers ce seul facteur, comme on le fait encore très couramment et en particulier dans les neurosciences lorsqu’elles le définissent comme un lexique associé à une série de règles syntaxiques. Ce qui fait sens et parfois nous bouleverse, c’est toujours le système entier des marques qui sont actives dans un discours. Ces marques peuvent être lexicales et syntaxiques, mais elles peuvent tout aussi bien être prosodiques et métriques. La plupart du temps, les sons, leurs oppositions et leurs échos au cours du temps, la disposition des silences, sont plus importants pour la signification et l’effet qu’ils ont sur nous que ce que l’on appelle habituellement le « contenu sémantique » (la référence à un objet, à un événement ou à une idée). Comme l’avait déjà entrevu Mallarmé, le sens est produit par un entrecroisement d’interactions entre les signifiants qui se superposent à la linéarité imposée par l’articulation.
La deuxième conséquence de cette conception concerne la littérature. Contrairement à ce qui est souvent affirmé à partir de considérations idéologiques ou esthétiques, celle-ci ne s’oppose en rien au langage ordinaire. Elle ne constitue qu’un usage maximalisé d’une activité signifiante rythmique, commune à l’ensemble des êtres humains. La puissance informationnelle et suggestive d’un discours dépend du système entier des signifiants qui constitue son « rythme », c’est-à-dire de l’organisation signifiante de son flux. Or, la qualité littéraire d’un discours est à son maximum quand ce rythme porte en soi suffisamment de tensions irrésolues pour que se créent une sorte de réverbération continue et donc un potentiel jamais épuisé pour de nouvelles lectures. Dans ce cas – et seulement dans ce cas –, le discours humain atteint un niveau rythmique grâce auquel il devient absolument unique mais aussi complètement partageable. Le présent contient alors non seulement le passé, mais aussi, au moins d’une manière potentielle, le futur. Et c’est ce qui donne son prix à la littérature pour les êtres humains.
En proposant de considérer les discours à partir de leurs « rythmes » et non plus de leurs « mélodies », Meschonnic se place – sans d’ailleurs vouloir le reconnaître – dans le sillage de Bachelard. Il en adopte clairement la position anti-bergsonienne et certaines de ses prémisses : la volonté de surmonter par le rythme l’opposition continu/discontinu, la pluralité des rythmes et leur caractère synthétisant et actif. Mais en redéfinissant le concept de rythme comme système de marques signifiantes produisant une sémantique spécifique, Meschonnic puise aussi directement à la source mallarméenne, ce qui le fait s’écarter assez vivement de la définition métrique conservée, en dépit de tout, par son prédécesseur. Mu par des questions soulevées par sa pratique de l’écriture et de la traduction, ainsi que par des suggestions provenant de la linguistique de l’énonciation, il introduit ainsi dans les idées bachelardiennes des conceptions provenant du travail de démétrification de la poésie accompli par Baudelaire, les symbolistes et Mallarmé au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.

 La pensée comme rhuthmos langagier

Le lecteur voit peut-être déjà en quoi le modèle formel qui s’esquisse ici peut intéresser les neurosciences. Il peut en effet leur permettre de dépasser la simple juxtaposition d’un bergsonisme plus ou moins conscient (la notion de « mélodie ») et d’un structuralisme plus ou moins avoué (la notion de « consensus partium »), juxtaposition qui leur sert pour le moment de cadre théorique dans leur réflexion sur les processus de pensée.
Tout d’abord, les neurosciences y trouveraient une théorie du langage beaucoup plus opérante que celles qu’elles utilisent couramment, dont les principes lexicalistes et syntaxiques sont pour la plupart obsolètes. Je passe rapidement sur cet aspect mais il est essentiel car on ne laisse pas de s’étonner du caractère plus que rudimentaire des conceptions du langage qui sont mobilisées par les neurosciences, à la fois dans leurs théories, comme chez Changeux, ou dans leurs expériences, comme dans les travaux d’imagerie mentale dont elles sont aujourd’hui friandes.
Ensuite, elles pourraient y puiser des concepts qui devraient leur permettre d’aller bien plus loin qu’elles n’ont pu le faire pour penser l’articulation des instants de conscience ordinaires et des instants d’illumination, de souvenir intense ou de percée imaginative. Vu de la poétique, on comprend mieux ce qui manque aux notions d’ordre empruntées à cet effet par les neurosciences aux différents arts et pourquoi elles restent sans liens avec les formes de progression mentale les plus banales : elles font toutes référence à des formes achevées qui ne possèdent aucune signification propre. Pour parler comme Benveniste, que ce soient les formes architecturales, picturales, mathématiques ou même musicales, ces formes mobilisent des sémiotiques sans sémantique. Autrement dit, elles sont toutes des formes d’organisation extra-langagières et d’une certaine manière extra-temporelles qui dépendent entièrement du langage qui les sémiotise. À partir de la poétique et du primat du langage qu’elle présuppose, on peut en revanche imaginer des solutions théoriques qui permettent de lier ensemble les instants de conscience ordinaires et les instants d’ « harmonie d’ensemble », comme sont liés les discours ordinaires et les discours littéraires.
Enfin, les neurosciences y retrouveraient des notions d’unité dynamique différenciée, d’écho ou de résonance des parties au sein d’un tout, auxquelles elles sont désormais attachées. Le rythme d’un discours, et en particulier d’un discours littéraire, se présente comme un phénomène dynamiquehautement « complexe », très précisément au sens d’Edelman et Tononi : il constitue un système simultanément fluant, différencié et intégré ; il possède des sous-ensembles spécialisés mais chacun d’eux a un effet sur tous les autres, grâce à des interactions constantes (L. Bourassa, 2009). C’est unrhuthmos, pas un skhéma. Ce que sa définition poétique apporte en plus, toutefois, c’est l’idée que le rythme du discours ordinaire est capable de franchir un seuil de complexité qui le rend à la fois absolument unique mais aussi complètement partageable. Le présent contient alors non seulement le passé, mais, au moins d’une manière potentielle, aussi le futur. Une chaîne de réactualisations infinie et non déterminée à l’avance peut alors s’enclencher.
Résumons. Edelman et Tononi pensent, nous l’avons vu, que le développement de la pensée se fait au cours d’une trajectoire de quale en quale, c’est-à-dire d’état de conscience complexe en état de conscience complexe qui seraient spatialisables comme des points dans un espace à N-dimensions. Ils n’en disent pas plus et ne se prononcent pas sur les raisons qui, au fond, motivent cette trajectoire.
Bien qu’il pèche par un représentationnalisme dépassé, Changeux ajoute à cette première conception deux idées importantes : la première, d’origine clairement bergsonienne, est que cette trajectoire n’est pas quelconque, qu’elle ne relie pas seulement des qualia indifférents les uns aux autres, mais qu’elle a elle-même une certaine « qualité synthétique » qui la fait ressembler à une mélodie, c’est-à-dire qu’elle a une unité qui, sans vraiment faire « sens », possède une certaine « cohérence ». La deuxième est que cette trajectoire peut prendre parfois une « qualité synthétique » instantanée qui étend alors transversalement la notion d’un ordre qui n’était jusque-là apparemment que linéaire. De cela, nous avions déjà conclu que cette qualité synthétique instantanée est probablement toujours déjà anticipée dans les moments de conscience ordinaires et que c’est elle qui motive la recherche d’une solution aux problèmes posés. Mais il manque àChangeux un concept qui lui permette de penser ensemble l’organisation et le mouvement, la linéarité et l’anticipation constante d’une totalité transversale, c’est-à-dire la « qualité synthétique d’un flux d’interactions » ou ce que j’ai proposé ailleurs d’appeler tout simplement une « manière particulière de fluer » (Michon, 2007). Les concepts d’organisation diachroniques – la mélodie, la phrase, l’enchaînement – restent séparés des concepts synchroniques – le plan, la composition, la structure – et empêchent de penser l’unité des modulations du cœur dynamique.
Nous pouvons maintenant aller plus loin. La théorie du rythme poétique – au sens qui s’est petit à petit dégagé depuis Mallarmé – fournit, me semble-t-il, un modèle formel qui rend précisément possible de dépasser l’opposition de la mélodie et de la structure, de la diachronie et de la synchronie. Les processus de pensée ne sont probablement pas composés, comme le soutientChangeux, d’une succession de phrases musicales et d’accords, de suites linéaires et d’instants d’élargissement. Ils constituent, vraisemblablement et plus simplement, des séquences d’états du cœur dynamique de complexité variable, éventuellement progressives, dont les modulations sont guidées par la recherche des gratifications associées au dépassement de certains seuils d’intégration-différenciation. Ils se caractérisent donc comme des manières de fluer, des rhuthmoi, plus ou moins complexes. Rien au cours de ces processus ne permet de distinguer des formes d’organisation différentes du cœur : les moments de souvenir intense, d’illumination intellectuelle et d’enthousiasme créatif sont seulement aux séquences d’états de conscience qui les précédent ce que les textes littéraires sont aux discours ordinaires ; nous n’avons jamais affaire qu’à des différences de degré de complexité du cœur dynamique et à la possibilité que celui-ci prenne parfois un aspectsursaturé ou maximalisé.
Ainsi en arrivons-nous à la conclusion suivante : le souvenir intense, l’illumination intellectuelle ou le coup de génie imaginatif qui constituent les guides de tout processus de pensée ne peuvent pas se limiter à des moments d’adéquation réussie avec la réalité présente, ils doivent surtout représenter des moments d’intégration-différenciation maximalisés du cœur dynamique, des sortes de moments de surcomplexification, qui font bien surgir en son sein une forme d’adéquation, mais aussi bien avec le présent qu’avec le passé ou le futur. Dans cet état sursaturé, le cœur dynamique est alors doté d’une énergie potentielle particulière qui fait que l’un et l’autre, l’un ou l’autre, sont alors comme contenus dans le premier. Le cœur peut re-créer un état de conscience antérieur ou créer un état entièrement nouveau qui peut représenter la solution d’un problème actuel ou à l’inverse la production d’un problème qui prendra à l’avenir une importance déterminante.
Cette conclusion fait ressurgir, nous le voyons, une très vieille thèse : celle de la parenté profonde entre le langage et la pensée, mais elle le fait en plaçant celle-ci sous un jour entièrement nouveau. Si nous pouvons penser, ce n’est pas parce que le lexique nous permet de découper le monde en entités logiques manipulables que nous pourrions ensuite, grâce à la syntaxe, organiser en propositions. Ce n’est pas non plus parce que nous disposerions d’un système linguistique qui constituerait la matrice formelle de toute production de sens. C’est parce que le langage nous dote d’une puissance poétique, c’est-à-dire non pas de la capacité de créer des fictions plus ou moins plaisantes, mais de produire des discours dont la « complexité » ou le « rythme », c’est-à-dire la manière de fluer, sont tels qu’ils leur confèrent un potentiel sémantique indéfiniment ouvert, qui nous permet à la fois d’imaginer et de nous souvenir, de recréer le passé et, en un certain sens, de prophétiser le futur. Cette conclusion paraîtra peut-être audacieuse, mais elle n’est pas différente en son fond, non seulement de la position de Bachelard, qui voyait dans le rythme « des passages, des accords, des correspondances toutes baudelairiennes entre la pensée pure et la poésie pure » (Bachelard, 1932, p. X), mais aussi de celle d’Edelman et de Tononi qui notent pour leur part : « Tout acte de perception est, d’une certaine manière, un acte de création, et tout acte de mémoire est, en quelque sorte, un acte d’imagination. » (Edelman-Tononi, 2000, p. 101)

 Conclusions

On voit tout l’intérêt qu’il y aurait à faire à nouveau circuler les concepts transversalement, comme cela a été le cas dans la deuxième moitié du XXe siècle. L’exemple des théories récentes de la pensée produites par les neurosciences qui vient d’être analysé le montre suffisamment : celles-ci pourraient beaucoup gagner, du point de vue même des mutations épistémologiques qui les traversent, si elles acceptaient de s’intéresser à des ressources formelles existantes mais qui leur sont, pour le moment, restées totalement étrangères : par exemple, le concept de rythme tel qu’il a été réélaboré par la poétique, mais aussi, très probablement, tel qu’il commence à être reformulé dans les sciences sociales et sur lequel je n’ai rien pu dire ici faute de place (pour une première approche voir Michon, 2005 et 2007).
L’un des problèmes que les neurosciences n’arrivent pas à traiter concerne la qualité spécifique et pourtant partageable des flux organisés qu’elles observent. En réduisant la pensée à un processus d’adéquation purement statistique à la réalité intérieure ou extérieure, les neurosciences ne rendent pas compte du fait que toute expérience mentale possède une certaine consistance propre, c’est-à-dire une manière particulière de fluer, qui lui est assurée par le jeu de la mémoire, d’une part, de la volonté, du désir et de l’imagination, de l’autre. Or, le modèle formel proposé par la poétique pourrait certainement les aider à répondre à ce problème. En s’appuyant sur ce modèle, on pourrait proposer l’hypothèse suivante : l’illumination intellectuelle, le coup de génie imaginatif ou même le souvenir proustien, tous ces moments qui, par le fait qu’ils sont associés à de fortes gratifications, guident la sélection au sein de la profusion mentale, représenteraient des instants d’intégration-différenciation maximalisés du cœur dynamique qui feraient surgir en son sein une énergie potentielle d’un type particulier. L’imagination, la compréhension et la mémoire seraient ainsi liées à la capacité du cerveau d’atteindre des états neuronaux extrêmement complexes, dominés par une sorte de réverbération interne généralisée permettant, en quelque sorte, au passé, au présent et au futur de refluer les uns sur les autres. Ces états particuliers ne feraient toutefois que maximaliser des possibilités neuronales qui seraient déjà présentes dans les états ordinaires du cœur dynamique.
Les neurosciences pourraient donc trouver dans la poésie une alliée paradigmatique efficace pour comprendre la vie du cerveau. Mais une telle alliance devrait bien sûr être recherchée également dans l’autre sens – le narcissisme des littéraires dût-il en souffrir quelque peu. On pourrait se demander, de ce point de vue, si le lien entre la qualité poétique d’un discours et la maximalisation de sa complexité rythmique, tel qu’il a été repéré par les études de poétique depuis Mallarmé, ne pourrait pas s’expliquer, quant à lui, en fonction des formes de dynamiques neuronales. La poésie apparaîtrait comme une fonction langagière aussi nécessaire à la vie des hommes que les moments de forte complexité le sont à la vie de notre cerveau. On attendrait alors peut-être – qui sait ? – à l’un des fondements neurologiques de l’art.

 Bibliographie

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« Vivre ensemble, mourir ensemble ! ».

« L’enfer, c’est les autres » avait écrit Jean-Paul Sartre pour sa pièce de théâtre Huis clos (1944).

Intuitivement, tous les passionnés de sport savent que derrière tout succès d’une équipe, il y a bien plus qu’une somme de talents individuels.

« Le tout est supérieur à la somme des parties. » (courant de la gestalt). Sportifs et entraîneurs lient fréquemment les succès et les échecs à la cohésion du groupe, de l’équipe.

Un principe bien connu en sport : un groupe soudé est bien plus efficace que des joueurs œuvrant chacun de leur côté. Les exemples de cette nature foisonnent dans les journaux.

L’équipe de France de football lors de la Coupe du Monde 2006 nous offre une illustration de l’impact de la cohésion de groupe sur la performance avec sa légendaire formule « vivre ensemble, mourir ensemble », qui dénote à la fois cette profonde attirance pour le groupe mais aussi cette envie d’avancer dans le même sens, vers un but commun.

Cette volonté d’être Champion du Monde n’est pas la seule émulation lors de cette compétition. Une conjoncture tout à fait particulière va unir et souder ce groupe pour lui permettre de « déplacer des montagnes ». Et c’est justement dans la montagne à Tignes, lors de l’ascension du glacier de la Grande Motte, que cette aventure prend un tournant particulier.

Raymond Domenech, entraîneur de l’équipe de France a pris soin, lors de cette ascension, de former des cordées de quatre joueurs évoluant aux mêmes postes. « Le but est que les membres de la cordée ne fassent qu’un. Si l’un d’entre eux lâche du lest, les autres sont là pour le motiver » avait dit R. Domenech. « Pour Raymond, le mondial a démarré avec l’expédition », confirme l’organisateur de la randonnée.

Rien de tel en effet pour souder un groupe d’être attaché ensemble, au sens premier du terme, et de pouvoir ainsi relever un défi qui nécessite à la fois de se dépasser mais aussi de faire preuve de solidarité, le tout dans un décor hors du commun, pour un objectif peu commun.

Enfin, un autre ingrédient vient s’ajouter ; chaque match joué après les qualifications est un match couperet pour Zinedine Zidane, footballeur emblématique et charismatique qui stoppe sa carrière à la fin du mondial. C’est l’émulsion d’un groupe qui permet de retarder tous les jours un peu plus sa mise en retraite.

La cohésion est en effet essentielle pour l’efficacité collective et individuelle.

Les caractéristiques de la cohésion.

Carron définit la cohésion des groupes comme « un processus dynamique qui se caractérise par la tendance d’un groupe à se serrer les coudes et à demeurer unis dans la poursuite de ses objectifs ».

Une autre définition est proposée par Festinger (1950) qui définit la cohésion comme « l’ensemble des forces qui agissent sur les membres pour les faire demeurer au sein du groupe ».Selon ces auteurs, des forces distinctes agissent sur les membres pour les garder dans le groupe. La première est l’attrait du groupe, qui se rapporte au souhait individuel d’avoir des interactions interpersonnelles avec les autres membres du groupe et au désir de participer à des activités de groupe.La seconde catégorie de force se réfère au bénéfice qu’un membre peut retirer de son association au groupe. Cette seconde catégorie de force est appelée le contrôle des moyens.
Les recherches menées dans ce domaine ont fait ressortir deux concepts permettant de saisir le lien entre la cohésion et le comportement d’un groupe : la distinction entre la cohésion opératoire(phases d’exécution de la tâche) et la cohésion sociale. La cohésion ne se limite pas à l’aspect affectif et social mais elle se réfère aussi à la tâche.
La cohésion opératoire et la cohésion sociale sont deux composantes indépendantes. La cohésion opératoire est le degré de collaboration des membres du groupe dans la poursuite d’un but bien précis.
La cohésion sociale est le degré d’attirance entre les membres du groupe et le degré de satisfaction des membres de ce groupe à évoluer ensemble.
Ces deux composantes sont donc indépendantes dans le sens où les membres d’un groupe peuvent tendre vers un but sans pour autant qu’il y ait un sentiment fort entre les membres de ce groupe. Le monde sportif nous offre des exemples multiples dans ce sens.En 1992, Carron et Spink ont démontré qu’il y a une adhésion plus évidente à un programme d’activités physiques lorsque la cohésion sociale du groupe s’améliore.Modèle conceptuel de la cohésion des équipes sportives de Carron :
les déterminants de la cohésion.
Modèle conceptuel de la cohésion des équipes sportives de Carron
Les facteurs environnementaux, personnels, d’équipe et de leadership sont déterminants dans la cohésion au sein d’un groupe et ceci va fortement influencer les performances.Cohésion et performance.Le concept de performance ne se limite pas au fait de gagner. Il englobe à la fois les résultats positifs mais aussi l’atteinte d’objectifs fixés. Une équipe peut par exemple se fixer comme objectif de se maintenir dans la même division, et cet objectif, s’il est atteint, constitue une performance. La performance peut aussi être rattachée aux notions de transformation et de progression, comme améliorer son revers lifté par exemple.Les recherches ont invariablement montré qu’il existait une forte corrélation entre la cohésion et la performance sportive. Cette corrélation est plus forte pour la cohésion opératoire. Cette relation entre cohésion et performance est circulaire : si la cohésion augmente la performance sportive, le succès renforce la cohésion.De même, les groupes sportifs qui font preuve d’un niveau élevé de cohésion, essentiellement de cohésion opératoire, augmentent leur efficacité collective (Kozub et Mc Donnell, 2000). Mais cette cohésion doit être homogène, c’est-à-dire que l’ensemble du groupe doit être concerné et non pas seulement les plus performants. Par exemple, cette cohésion doit être forte chez les titulaires d’une équipe, mais également chez les remplaçants, si l’entraîneur souhaite augmenter son efficacité collective.
Ainsi la victoire dans une compétition ne revient pas forcement à l’équipe constellée de stars qui réunissent les plus grandes qualités tant sur le plan physique, technique, tactique et mental. Et les exemples sont nombreux.

« Personnellement, je vois l’équipe comme un tissu complexe de compétences et d’émotions où il est difficile d’évaluer les mécanismes de stagnation et de régression. Une équipe marche bien s’il y a une part conséquente d’éléments de liens, d’écoute, d’amour, de joie d’être ensemble, ces choses qui font que l’on se transcende naturellement. Regardez l’équipe de France de football de 1998-2000 : les liens comptaient plus que les compétences. En 2002, c’était l’inverse. Ma préoccupation, quand j’étais entraîneur, était toujours d’extraire le meilleur potentiel relationnel d’un mélange de personnalités. Sur le terrain, il fallait des guerriers, des artistes, des stratèges.»

Daniel Herrero, Toulon et PUC, rugby.

http://www.irbms.com/rubriques/Psychologie/cohesion-de-groupe-facteur-determinant-performances-equipe.php

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Dernier ajout : jeudi 1er septembre 2011.

L’entreprises et les outils collaboratifs

Le paradoxe de Solow nous rappelle que l’outil seul ne sert à rien et peut même avoir un impact négatif sur la productivité des entreprises, si l’on ne tient pas compte des aspect organisationnels. L’aspect essentiel de la refonte d’un site en un outil collaboratif « Web 2.0 » n’est pas l’outil mais l’organisation des équipes.

Car le gain d’efficacité collective liée au déploiement d’outils « Web 2.0 » ne peut être atteint que par la conjonction d’une volonté de la direction et d’une motivation des individus, à l’ère de basculements technologiques et culturels. La récolte optimale des bénéfices du travail collaboratif se situe donc dans un équilibre délicat entre le potentiel technique offert par les outils et la capacité à accompagner le changement auprès des individus utilisateurs.

Les TIC et le paradoxe de Solow

Une enquête a été produite en 2006 sur l’usage des outils collaboratif en entreprises, à l’initiative de Microsoft et en partenariat avec d’autres acteurs des TIC et de l’économie, tel le CIGREF ( Club Informatique des GRandes Entreprises Françaises), la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération), ou le journal La Tribune et bien d’autres.

Il en ressort certains résultats qu’il est intéressant de découvrir dans le cadre de projet Web qui prévoit l’usage d’outils et de moyens collaboratifs.

Rappelons tout d’abord sur le paradoxe de l’économiste Robert Solow, « Prix Nobel d’économie » en 1987 pour son travail sur la théorie de la croissance, actuellement professeur émérite au département économique du MIT (Massachusetts Institute of Technology).

Il fit alors remarquer que l’introduction massive des ordinateurs dans l’économie, contrairement aux attentes, ne se traduisait pas par une augmentation statistique de la productivité. Cette constatation a reçu le nom de paradoxe de Solow, formulé sous la forme : « Vous pouvez voir l’ère informatique partout, sauf dans les statistiques de la productivité » (« You can see the computer age everywhere except in the productivity statistics »).

Cette assertion très provocatrice et controversée a été tournée dans tous les sens par de nombreux chercheurs en économie. Il est établi depuis que les entreprises qui ont mis en place des outils informatiques et dans le même temps se sont réorganisées, ont connu une réelle accélération de leur croissance. Mais à l’inverse, celles qui se sont équipées en informatique sans changer leur organisation ont vu leur productivité décroître… Au niveau global, l’ensemble des entreprises donne un résultat neutre ! La règle de Solow a permis d’élaborer la première règle de l’efficacité collective liée aux TIC  : l’outil seul ne sert à rien et peut même avoir un impact négatif si l’on ne tient pas compte des aspects organisationnels.

Si le Web 2.0 ne pourrait exister sans le développement d’outils informatiques spécifiques, son succès ne réside pas dans l’apparition des outils mais dans la rencontre entre ces outils et des volontés individuelles de s’en servir.

Pour un projet web 2.0, il ne s’agit donc pas seulement de définir le « quoi », mais surtout le « comment » et le « avec quelle organisation » nous implanterons les outils.

Les quatre types de collaborateurs face au travail collaboratif

L’enquête de Microsoft, dont les résultats ont été publié dans le rapport intitulé « Petite précis d’efficacité collective », répartit en quatre groupes les salariés des entreprises interrogées selon leur attitude envers le travail collaboratif. Il faut préciser que cette enquête a porté sur plus de 1400 entreprises, des grandes entreprises, en passant par les PME-PMI et jusqu’aux TPE.

  1. Les individus peu enthousiastes qui résistent
    Ils n’utilisent jamais la messagerie instantanée (ni « chat », ni SMS, ni Skype) ni les réseaux sociaux. Ils trouvent l’accès aux documents produits par les autres d’un accès difficile mais estiment que le travail collaboratif est important pour eux.
  2. Les individus « collaboratifs »
    Ils estiment que le travail collaboratif est important pour eux, pour leur équipe et pour leur entreprise. Ils utilisent à titre privé ou professionnel les TIC (et pas seulement la messagerie asynchrone). Ils pensent que les outils de travail collaboratif vont les obliger à produire plus de résultats.
  3. Les individus motivés qui pensent que les autres résistent
    Ils utilisent les TIC à titre privé mais pensent qu’elles s’opposent à la « culture d’entreprise » et ne sont pas importantes pour leur équipe de travail.
  4. Les individus motivés et impliqués
    Ils sont familiers des réseaux sociaux et voient les TIC comme un accélérateur de performance et de responsabilisation. Ils pensent que l’accès aux informations produites par les collègues est facile d’accès.

Les outils de travail collaboratif, un peu comme les langues d’Esope [1], peuvent être ainsi la pire ou la meilleure des choses.

Basculements technologique et culturel : « knowledge sharing is power »

knowledge sharing is power = le partage de l’information, c’est le pouvoir.

Francis Bacon (1561-1626), homme d’État et philosophe anglais, l’un des pionniers de la pensée scientifique moderne [2] écrivait en 1597 «  le savoir lui-même est pouvoir  ». Le savoir, ou l’information fut très longtemps associée au pouvoir. Aujourd’hui, c’est la circulation du savoir et non sa rétention qui devient le paradigme de la société de l’information. Ce discours, s’il est empreint d’un certain lyrisme n’est est pas moins un certain reflet de la réalité.

A ce jour, les pratiques dites de travail collaboratif se limitent trop souvent à des envois (désordonnés) de méls, avec un usage quasi inexistant des autres outils de type blog, wiki, messagerie instantanée, forum, réseaux sociaux. Les réunions « à l’ancienne » restent dominantes dans les entreprises.

Un fort besoin de formation à ces outils peut être avancé pour justifier la réticence à l’utilisation des nouveaux outils. Mais nous pourrions faire remarquer que les millions d’internautes qui publient des blogs, des wikis, des sites, des articles sur Wikipédia ou de courtes assertions sur Facebook n’ont jamais reçu de formation à ces outils… La motivation a couvert le sentiment de besoin de formation technique.

Parallèlement, lorsque les entreprises recrutent aujourd’hui de jeunes collaborateurs, elles se rendent compte que ceux-ci sont « accros » au mobile, au portable ou l’iPod/iPhone wifi, qu’il se sont peut-être essayés à la rédaction d’un blog, qu’ils reçoivent par SMS leur relevés de comptes, qu’ils utilisent « Skype » ou « MSN Messenger », qu’ils publient sur FaceBook, YouTube ou Flickr. Ce sont ceux que les médias appellent la « génération Y ».

Car tous ces outils « Web 2.0 » se diffusent non pas par l’entreprise (même parfois contre l’entreprise !) mais par une logique de voisinage et de décision individuelle et s’élargissent de l’usage privé à l’usage estudiantin puis professionnel. Ces outils, qui induisent des changements rapides de comportement et d’attitude par rapport à l’information, révèlent souvent une aptitude devenue naturelle au travail collaboratif, au partage d’information en temps réel, à la responsabilisation individuelle.

La « fracture numérique » se trouve aussi entre cette génération Y et les entreprises « d’ancien régime » qui les recrutent et où règne la difficulté des échanges d’information, l’importance de la détention, voire de la rétention de l’information, la non-valorisation du partage, l’hypervalidation, l’hyperformalisation.

Les observateurs des changements sociaux les plus audacieux prédisent la mort du mot « cadre ». Les cadres d’autrefois qui « cadraient » le travail des subalternes vont devenir de simples « passeurs » de savoir ou disparaître.

Cette prise de conscience d’un commencement de basculement technologique et culturel que nous vivons doit nous aider dans nos projets numériques, aussi modestes soient-ils.

Formation techniciste ou méthodologie aux outils du travail collaboratif ?

Alors la formation des équipes d’une organisation au travail collaboratif ne devrait pas se fixer sur les outils mais sur les méthodologies et l’implication individuelle. Car c’est bien cette dernière qui rendra les outils collaboratifs utiles ou inutiles.

Trois axes essentiels sont à suivre pour développer l’implication des équipes :

  1. le développement de la motivation par un bon fonctionnement des mécanismes de la reconnaissance dans le groupe et du plaisir de travailler ensemble ;
  2. la réduction des freins psychologiques (manque de confiance, technophobie, crainte de la censure… etc.) ;
  3. la levée des barrières techniques : formation rassurante, simplicité des outils, clarté des processus de publication et de validation, réactivité dans la demande d’assistance.

Un mauvais outil informatique mis en place peut clairement servir de prétexte à la désimplication pure et simple des équipes détentrice de l’information. Nous sommes tous conscients que la mise en place d’outils collaboratifs peut être un formidable démultiplicateur de l’efficacité collective ou au contraire créer l’effet négatif inverse. Pour générer l’effet positif, il faudra donc s’attarder sur les aspects d’organisation, les méthodes de travail et la motivation individuelle.

L’une des facettes du changement d’organisation est justement de déporter le travail d’édition électronique sur les équipes détentrices de l’information, en « pousser » (je pousse vers une personne ressource l’information que je désire voir en ligne, ou je la pousse directement en ligne sans intermédiaire).

Un changement organisationnel est donc incontournable en amont de l’installation d’outils. Mais la mise en place de nouveaux outils, adossé à un changement organisationnel adéquat obligera-t-elle à « formater » les équipes à ces nouveaux outils ? Devons-nous imposer un même niveau d’usage à tous ou au contraire accepter différents niveaux d’usages, quitte à aller jusqu’au non-usage en certains cas, considérant que ne pas aimer les TIC ou ne pas vouloir s’en servir reste un droit ?

Ce phénomène d’appropriation reste relativement ignoré dans le discours sur l’efficacité des TIC dans l’entreprise et seul le discours techniciste prévaut. Mais l’impact des TIC déborde largement du domaine technique où nous voudrions les contenir. Elles modifient la culture collective, tant par leurs usages domestiques toujours volontaires, que professionnels trop souvent subis ou contraints.

L’introduction des outils collaboratifs ne doit pas être qu’un projet d’équipement et de développement informatique, elle doit être le temps de la réflexion sur l’optimisation des processus de travail existants. La recherche de l’efficacité doit être la recherche de l’équilibre entre les opportunités techniques offertes par les TIC et la maîtrise des processus opérationnels par les individus concernés dans l’entreprise.

Toute organisation doit dresser la carte des « épaisseurs des usages » des équipes et mesurer leur motivation à collaborer à un site qui se voudrait « Web 2.0 ». La récolte optimale des bénéfices du travail collaboratif se situe donc dans un équilibre délicat entre le potentiel technique offert par les outils et la capacité à accompagner le changement auprès des individus utilisateurs.

Attente des utilisateurs, projets des décideurs et impacts individuels

Posons d’ores et déjà une limite au discours sur la nécessité de changement des processus de travail. Si ce besoin de changement est souvent occulté dans les projets numériques par la survalorisation du potentiel des TIC, il serait aberrant d’envisager la refonte totale des processus existants autour des nouveaux outils collaboratifs. Les moyens financiers d’accompagnement au changement seraient trop importants.

Le gain d’efficacité maximum du travail collaboratif se situe donc dans un équilibre délicat entre le potentiel technique offert par les outils et la capacité à accompagner le changement auprès des individus utilisateurs.

Bon nombres de tâche peuvent être désormais facilement informatisables (publier un article technique, une annonce de stage, publier un fil RSS, choisir une date de réunion collective, répondre à une question sur un webforum, corriger une coquille), et c’est justement cette facilité qui renforce le besoin d’accompagnement des utilisateurs au projet d’informatisation, car les individus ressentiront fortement l’impact de l’implantation d’un système collaboratif sur leur champ d’action.

Il paraît en conclusion plus pertinent de mettre l’accent sur les individus plutôt que sur les outils, pour définir le développement du projet collaboratif et l’évolution des pratiques professionnelles au sein d’une entreprise.

Petit Précis d’Efficacité Collective 2009

TIC = Technologie de l’information et de la communication

[1] Ésope était un esclave qui racontait des fables. Le maître d’Ésope lui demande d’aller acheter, pour un banquet, la meilleure des nourritures et rien d’autre. Ésope ne ramène que des langues ! Entrée, plat, dessert, que des langues ! Les invités au début se régalent puis sont vite dégoûtés. « Pourquoi n’as tu acheté que ça ? ». « Mais la langue est la meilleure des choses. C’est le lien de la vie civile, la clef des sciences, avec elle on instruit, on persuade, on règne dans les assemblées… » « Eh bien achète moi pour demain la pire des choses, je veux diversifier et les mêmes invités seront là. » Ésope achète encore des langues, disant que c’est la pire des choses, la mère de tout les débats, la nourrice des procès, la source des guerres, de la calomnie et du mensonge.

[2] Francis Bacon fut un observateur averti de la société, lui aussi très intéressé par l’impact des « nouvelles technologies » de l’époque. Il écrivit en 1620 : « L’imprimerie, la poudre à canon et le compas ont changé la face et l’état du monde […] Des ces trois inventions sont nés d’innombrables changements dans les affaires humaines qu’aucun empire, secte ou étoile n’aurait pu entreprendre. »

http://www.bbs-consultant.net/spip.php?article871

Mais y a-t-il moyen de vivre l’intelligence collective autrement qu’en pianotant sur un ordinateur ? Cette question est devenue un thème dans l’univers du développement personnel. Communication non violente, Gestion par consentement, Sociocratie, Jeu du Tao, Vision partagée, autant de méthodes qui invitent à découvrir, très concrètement, que les rêves individuels ne se réalisent jamais aussi bien qu’en rejoignant une quête collective. Parmi les professionnels qui travaillent sur ce thème, Jean-François Noubel est particulièrement repéré. Cofondateur d’AOL France, consultant en ressources humaines dans différentes entreprises high-tech, nourri de la pensée d’un Pierre Lévy – mais aussi d’un Michael Linton, militant des monnaies libres, ou d’un Howard Rheingold, qui mena des recherches sur l’inspiration créatrice avant de « basculer dans la toile » [1] –, Noubel a fait du passage vers une nouvelle conscience l’objet d’un enseignement [2]. Il distingue trois âges dans l’évolution humaine :

1°) L’intelligence collective originelle, dont les mammifères supérieurs connaissent les prémisses, permet de réussir à plusieurs ce que personne ne peut accomplir seul. Cette intelligence clanique persiste dans tout petit groupe – équipe de sport, orchestre, cercle de brainstorming. Le leadership y repose sur une compétence reconnue par tous et change en fonction des situations. La règle de l’échange y est le don. Mais l’intelligence originelle a ses limites : le nombre et la distance. Il faut être dans le même espace physique, et suffisamment peu nombreux pour pouvoir se sentir, s’entendre, se parler, se toucher.

2°) Avec l’écriture et le patriarcat, est apparue l’intelligence collective pyramidale. Grâce au texte, on a pu éloigner l’émetteur et le récepteur d’un message, dépasser la perception sensorielle directe, créer une mémoire collective, compter et qualifier les individus en fonction d’attributs sociaux… bref, créer la civilisation. Dirigé par une minorité, fondé sur la division du travail, la rareté monétaire, la marchandisation des flux et un système de normes imposées par le sommet, cette intelligence a permis l’avènement de la révolution industrielle – jusqu’au cyberespace. Mais, rigide et impersonnelle, elle a aussi engendré une complexité qui la dépasse désormais…

3°) Nous sommes donc en train de muter vers une toute nouvelle intelligence collective globale, qui retrouve les qualités de l’intelligence originelle, tout en les intégrant au « village planétaire » du cyberespace, dans un véritable esprit de coopération… ce qui est cependant impossible sans un travail personnel d’introspection. Exemple d’intelligence collective globale en émergence : celle des réseaux d’« open money » ou « monnaies sociales », qui permettent à des centaines de milliers de personnes (l’économiste Bernard Lietaer a répertorié un minimum de 5000 monnaies libres en 2010) de se réapproprier l’outil monétaire. Étape décisive, les animateurs du mouvement tentent d’introduire leurs monnaies dans les structures d’Internet. Après le langage html, qui permet d’écrire en hypertexte, et le protocole http, qui permet de dialoguer sur la Toile, verrons-nous naître un programme htcc [3], qui permettra d’échanger librement biens et services, à partir de monnaies inventées par l’intelligence collective ? C’est en tout cas l’une des utopies les plus fortes du moment. Reconnaissons qu’elle nous ramène elle aussi inexorablement au web ! Nous n’en sommes pas sortis.

 

http://www.cles.com/dossiers-thematiques/autres-regards/intelligence-collective-mettons/

Les égrégores sont des entités produites par de puissants courants de pensées collectives et cohérentes.

L’égrégore est une forme-pensée ou champ énergétique construit par un groupe de personne ayant la même intentionnalité, par exemple : groupe de philatélistes, club sportif, syndicat, église, parti politique… ou tout simplement ensemble de personnes pouvant être disséminées sur la planète mais, vivant les mêmes émotions : amour, haine, colère, compassion…

Un ensemble de personnes qui se focalisent sur un même objet, avec une certaine intensité, déploient une énergie mentale, affective, passionnelle, spirituelle… qu’ils mettent en commun. Cette activité concentrée sur un objet en particulier génère une forme pensée ou, champ énergétique composé d’énergie mentale, d’émotionnelle, d’énergie spirituelle.

L’égrégore est une énergie structurée par l’objet sur lequel elle se finalise, et remplie de toutes les émotions que les participants mettent en commun.

Interaction entre les membres du groupe et l’égrégore

L’égrégore condense, rassemble ce que chaque membre y apporte. Et chaque membre, du coup, reçoit de l’égrégore dans lequel il entre, plus que ce qu’il a apporté. Il y a donc interaction entre les membres du groupe et l’égrégore.

Ce sont les membres rassemblés qui constituent l’égrégore, mais cet égrégore va adombrer les membres. Les membres sont donc sous l’ombre, ou a l’ombre de l’égrégore, qui est comme un nuage au-dessus d’eux. Et il y a bien interaction au sens où le membre nourrit l’égrégore, mais l’égrégore agit sur le membre.

Si nous rejoignons par la pensée un égrégore d’amour, nous recevrons en retour de l’amour. Alors que s’il s’agit de colère, il en sera tout autre et, nous recevrons en retour… de la colère !

L’égrégore est constitué par les personnes qui en sont le facteur déclenchant. La puissance de l’égrégore va s’amplifier en fonction du nombre de participants, mais également en fonction de l’intensité de la recherche, de la focalisation de ses membres sur l’objet et, de leur implication existentielle ou passionnelle. En s’impliquant passionnément dans l’objet d’un égrégore, les membres font un apport important d’énergie à l’égrégore.

L’égrégore est une entité vivante

L’égrégore est un concept vitalisé, réelle entité, qui pour être viable, doit être alimenté régulièrement par les membres du groupe se maintenant tous dans la même énergie vibratoire.

C’est pour cela, que les dirigeants de groupes à l’origine d’égrégores, organisent des meetings, des cultes, des rassemblements… Également, afin d’augmenter le pouvoir de l’égrégore, certains ont recours à des rituels qui peuvent consister en des formules, des symboles, des prières, des invocations, des visualisations d’images concrétisatrices, des courants mentaux, des chaînes d’union, brûler de l’encens…

Chaque membre du groupe devient une « cellule » de l’égrégore. Il vit sur le plan physique par l’intermédiaire des êtres humains membres du groupe, et sur le plan astral par la projection astrale de ceux qui y adhèrent.

La vie matérielle de l’égrégore est assurée par le nombre des membres d’un groupe, par leur discipline, leur union, leur stricte observance des rituels, mais aussi par les courants de sympathie ou d’antipathie du monde…

Forme donnée à l’égrégore

Afin de donner à l’égrégore une forme concrète, on en fait une représentation symbolique, qui sera un support de visualisation. Ce signe représente sa nature, ses buts, ses moyens. Nous aurons donc le sceau-de-salomon, l’étoile de David, le pentagramme, la croix latine, le triangle maçonnique, les symboles du Reiki, etc.

Le symbole porte en lui-même une représentation qui parle immédiatement à l’être humain de façon figurée. Tous ces innombrables signes et sceaux ne sont que des représentations de l’égrégore. Ces signes sont à la fois une protection, un support et un point de contact entre les membres. Ils deviennent alors de véritables pentacles.

L’égrégore peut devenir une entité très puissante qui a sa vie propre et elle se détruit difficilement. Si on désire l’éliminer rapidement, il faut avoir recours à l’incinération de tout ce qui la concerne.

Attachement à l’égrégore

Il est également très difficile de se détacher d’un égrégore. Il est prescrit de procéder de façon inverse à celle qui est à l’origine de l’attachement. Ainsi, s’il y a eu une cérémonie d’initiation, lors de la liaison avec l’égrégore, il faudra alors procéder de façon inverse, mais identique pour produire le détachement. Dans la religion catholique, le baptême est annulé par l’excommunication.

Cependant, les réactions de l’égrégore à l’égard de la cellule expulsée sont parfois très dangereuses pour la personne concernée. La meilleure façon de se protéger est d’adhérer à un concept de force équivalente, ne serait-ce que pour un temps… Mais surtout de bien choisir le groupe auquel on adhère, intentionnellement ou non… Les conséquences peuvent être très différentes suivant le groupe.

En tant qu’humain “moyen” ou non initié, la seule chose qu’on puisse faire pour lutter contre un égrégore, c’est savoir se contrôler : sentiments, émotions, pensées. Le fait de penser à un égrégore, on le nourrit. Détester, haïr, aimer, idolâtrer, prier, etc., on le nourrit.

Aspects psychiques et énergétiques de l’égrégore

L’égrégore possède une composante à la foi psychique et énergétique. L’égrégore est une énergie qui contient toutes les vibrations des gens qui le créent, le font vivre… et qui leur échappe.

La concentration des personnes réunies dans un même but, avec les mêmes pensées intenses créées un égrégore qui se constitue, se développe, s’amplifie et devient actif.

Un égrégore est une “boule” d’énergie visualisable dans l’astral qui a été créé la plupart du temps par un groupe d’individus humain. Cette énergie, avec laquelle il est possible d’interagir, possède un caractère qui lui est propre, caractère attribué par ses créateurs. C’est comme un accumulateur d’une énergie possédant ses propres caractéristiques, et motivé par la foi ou la concentration de plusieurs personnes à la fois. Il est alors aisé de comprendre qu’il existe des égrégore de toutes sortes (Égrégore chrétien, égrégore bouddhiste, égrégore islamiste, égrégore sectaire, égrégore satanique, égrégore politique, égrégore syndical, égrégore de guérison, etc.).

Un égrégore peut être perçu comme la résonance vibratoire émise par la psyché d’un groupe de personnes vibrant sur une note déterminée. Les actes, les émotions, les pensées et les idéaux de chaque entité constituant ce groupe, fusionnent pour édifier un tout cohérent, une forme dont les composants sont de nature énergétique. La tradition ésotérique lui donne le nom de « forme pensée aurique».

Bien que d’essence subtile et impalpable, une forme pensée est aussi pénétrante, enveloppante et perceptible qu’une présence matérielle. Ce sont les courants émotionnels, mentaux et spirituels, émanant de l’ensemble des membres d’un groupe qui élaborent une forme pensée, pour ensuite, la structurer.

La notion d’égrégore se rapproche de celle d’inconscient collectif, de conscience collective, de champ morphogénétique ou de champs de conscience opérant entre eux.

Orientation d’un égrégore

Un égrégore est un agrégat de forces constituées de courants vitaux, émotionnels, mentaux et spirituels, suivant la qualité vibratoire de la forme pensée aurique. Ces courants vitaux, créés par le groupe d’individus duquel l’égrégore est issu, pénètrent la conscience du groupe sous forme de désirs, de concepts et d’aspirations.

La patrie, la république, la justice, la guerre, la paix ne sont rien d’autre que des images égrégoriques.

L’égrégore de nature astrale peut être orienté par le mental et nourrit essentiellement par l’énergie émotionnelle, (la forme pensée provoquée par les désirs, les aspirations, les rêves, les décisions, les engagements, les idées, la volonté, d’un ou de plusieurs êtres humains.)

Dans un groupe, on suppose que si les objectifs et les orientations personnelles des participants sont de nature matérielle, les égrégores, leur double subtil, manifestent des intérêts analogues. Si au contraire, les buts et les orientations des personnes constituant un groupe sur le plan physique sont inclusifs, son égrégore sera animé des mêmes intentions.

En se focalisant sur un objectif et en agissant pour lui donner vie, une personne est en mesure de créer un égrégore susceptible de se développer pendant un temps indéterminé. Suivant l’intensité de l’idée émise et du nombre de personnes qui y adhéreront, ce temps peut durer de quelques jours à plusieurs millénaires.

Pour donner deux exemples :

Une association créée par un groupe d’amis, pendant une durée de deux mois autour du projet d’organiser un concert en vue de recueillir des fonds pour réaliser un objectif particulier, va créer un égrégore à durée de vie limitée.

Un égrégore peut être réactivé et transformé au cours des siècles.

L’égrégore de la Franc-Maçonnerie contemporaine, que l’on nomme : spéculative, avait déjà un long passé avant d’être de nouveau réactivé au début du dix-huitième siècle.

La maçonnerie spéculative est un sous-égrégore aurique de celui qui anime l’Esprit de la Maçonnerie qui et beaucoup plus ancien. La Maçonnerie actuelle, fondée en 1717 à Londres, est une émanation aurique de l’Egrégore Maçonnique dont il est difficile de connaître l’origine qui se perd dans la nuit des temps…

Naissance de l’égrégore

L’égrégore est activé par une seule personne à la base et l’idée créatrice fait peut générer l’adhésion d’un nombre important de personnes, lesquelles vont donner vie à l’égrégore.

Selon la recherche ésotérique, un égrégore naîtrait, par exemple, d’une fervente prière collective, d’une thérapie de groupe, d’un projet, d’un rituel qui pourrait être chamanique par exemple. Mais il peut tout autant être la résultante d’extrémismes religieux, politiques ou nationalistes ou même d’un événement traumatisant susceptible d’engendrer une émotion collective puissante et durable tel que les attentats du 11 septembre 2001…

Aspects constructifs de l’égrégore

En Amérique et en Europe, on a expérimenté des “groupes de prières” dans les hôpitaux , qui prient pour la guérison physique des malades qui le leur ont demandé. On s’est aperçu, que des malades atteints de maladies graves, et pour qui priaient ces groupes, se remettaient beaucoup pus rapidement et avaient des chances de guérison beaucoup plus élevées, que des malades qui ne bénéficiaient pas de ces groupes ! Pourquoi ? Tout simplement parce que le “groupe de prières”, par sa dévotion, va canaliser une énergie aurique et faire son propre égrégore que l’on pourrait appeler “énergie de guérison”, et qui va se mêler à l’énergie aurique du malade visé, le rendant ainsi beaucoup plus fort, pour se battre contre la maladie !

Pour le travail, c’est la même chose : vous travaillez dans une entreprise qui vous demande de constituer un groupe afin de réaliser un projet. Si, dans votre groupe, chacun est soudé, “sur la même longueur d’onde aurique”, votre projet sera terminé en un rien de temps, et vous bénéficierez des honneurs de vos employeurs. Par contre, si dans le groupe existent une ou plusieurs “brebis galeuse”, l’énergie développée par votre groupe sera quasiment nulle ou très négative, les idées manqueront, votre travail n’avancera pas et le moral de vos “troupes” sera au plus bas ! Vous essuierez ainsi un cuisant échec auprès de vos responsables. Que se sera-t-il passé ? L’énergie développée par ce groupe à la base “malsain”, sera inexistante, voire malsaine. La meilleure solution aurait donc été que vous fassiez le travail seul, ce qui aurait été plus long, mais beaucoup moins difficile, étant donné que vous n’auriez subi aucune entrave à sa réalisation, contrairement à ce qui se sera passé dans votre groupe aurique négatif.

L’efficacité d’un égrégore repose sur la cohérence du groupe. Cohérence au niveau de l’identité, des objectifs, cohérence dans le temps et par-delà le temps.

Nourriture et mort de l’égrégore…

La puissance d’un égrégore dépend de sa « masse psychique concentrée ou mobilisée ». La puissance et la nature de ces courants émis déterminent la qualité de la forme pensée aurique. Plus elle est alimentée et plus son rayonnement s’étend.

En contrepartie, moins elle est nourrie et plus sa force s’affaiblit. C’est ainsi que les égrégore se créent, se développent, puis s’anémient et disparaissent. La durée de vie d’un égrégore dépend des paramètres identiques à ceux de toutes les institutions humaines. Plus elles sont vitalisées auriquement, plus on leur porte de l’intérêt et plus elles se renforcent. Dans le cas contraire, moins elles sont fertilisées et moins elles sont susceptibles de battre des records de longévité.

Faute d’être entretenu et nourri régulièrement, un égrégore se désagrège et meurt car il n’est pas autonome comme on peut le voir.

par : Jean-Paul Thouny

publié par les agents sans secret à l’adresse 10:23

samedi 19 septembre 2009 à 06:09 :: Général :: #8371  translate  ubersetzen  

C’est sans doute le grand défi du XXI° siècle. Si vous y prêtez attention, où que se porte votre regard – défis écologiques, élections politiques, injustices sociales, éducation à la citoyenneté, guerres de religion, exploitation néocoloniale, ou simples attitudes de consommateurs – se pose une question cruciale : l’humanité saurait-elle faire preuve de conscience collective ? Interrogation à la fois évidente et terriblement fugace dès que vous tentez de la cerner. L’INCONSCIENT collectif, on voit bien ce que cela recouvre, pour le meilleur comme pour le pire : chaque groupe humain dicte implicitement à ses membres, dès la naissance, un ensemble de croyances, de valeurs et de comportements, qui les déterminent ensuite à vie – la liberté individuelle consistant ensuite précisément à se défaire de cette pression du groupe. Mais la CONSCIENCE collective, qu’est-ce que cela pourrait être ?

Les plus grands visionnaires, de Bouddha à Jésus, de Platon à Rousseau, de William Blake au chef Seattle, d’Aurobindo à Teilhard, de Hugo à McLuhan, ont évoqué une telle conscience, portée par la métaphore d’un cerveau global, dont chacun de nous serait un neurone. Mais concrètement ? Ce dossier n’épuise pas le sujet, loin de là. Il ouvre juste quelques pistes. Apparemment, déchirements et haines persistent, en toute inconscience. Mais lisez notre enquête : en sourdine, semble se tramer une mutation de fond. Affaire à suivre… de près !

De « l’intelligence » du monde à l’intelligence collective

Au détour d’un chemin, perdues au cœur des hautes vallées de la Sierra Nevada de Santa Marta en Colombie, une centaine de femmes de la communauté des indiens Kogis sont assises à l’ombre d’un manguier. Présences silencieuses, mais « habitées » qui captent l’attention. Jeunes et moins jeunes, anciennes, enfants, regroupées autour d’un chaman (Mamu), elles « pensent » l’esprit, la forme du pont que les hommes construisent quelques mètres en contre bas. Elles nourrissent la pensée, « l’esprit » de ce que devra être ce pont. Le soir, cette pensée sera partagée avec les hommes, les principes (féminin/ masculin, pensées/actions, esprit/matière…) pourront être régulés et nourrir « justement » leurs actions. Expérience du monde et de ses cycles, chaque fois réinventées, chaque fois (re) parcourue..

Ce travail de « pensée » effectué avant, pendant et après la construction du pont (ou la mise en œuvre d’une action), doit permettre à la fois de nourrir la vision partagée de ce qui va être réalisé, en l’occurrence un pont, ou il doit être construit, quand et par qui, mais aussi et surtout de faire « justement » les choses à savoir, en accord avec le corps social qui a la charge de sa réalisation et l’espace naturel (vivant) dans lequel il s’inscrit.

Construit sans chef, d’une portée de plusieurs dizaines de mètres, le pont est réalisé par une centaine de Kogis en moins de 48h. Il ne comporte ni clous ni fils de fer.. Il est prévu pour rester en place pendant plusieurs dizaines d’années.

Construire une vision partagée porteuse de sens et proposer une démarche à la fois « juste » et transformatrice, qui permette d’atteindre un objectif (action, projet, situation, etc.) n’est-ce pas là, le fondement de l’intelligence collective ?

Oui, si l’on admet que l’intelligence collective englobe les règles, principes de fonctionnement (valeurs) qui permettent à un ensemble de personnes (identité) de faire émerger un projet, une action, de construire une situation (l’équilibre) qui les dépasse, tout en étant nourri de l’énergie et de la spécificité de chacun. Oui si l’on comprend que la règle précède la forme, puisque du choix et de l’animation d’un processus, d’une démarche, dépend la qualité et la « pertinence » (justesse) d’un résultat. (le tireur à l’arc dans la tradition Zen).

Dernière société Précolombienne à avoir su préserver sa culture et ses modes de fonctionnement à travers les siècles de notre histoire, la société des indiens Kogis a fait de « l’intelligence collective » un art de vivre qui imprègne les pensées et les actes de ses membres. Comme nombre de sociétés « racines » ou « traditionnelles » à travers le monde, il n’est pas un acte, une parole qui ne soit pensée afin de « pouvoir gérer » et dépasser les problèmes, d’ego, de territoires, les émotions qui obscurcissent l’esprit.

Savoir canaliser le pouvoir et les énergies pour qu’elles restent source de créativité et non génératrices de violence a toujours fait partie de leurs préoccupations « essentielles ».

Une préoccupation issue d’une « expérience » (posture) du monde ( et non pas d’une seule « connaissance ») qui permet de concevoir transmettre et faire vivre un ensemble de mécanismes, processus, (rituels) règles de fonctionnement qui préservent de la folie, qui tiennent à distance les déséquilibres, sources de tensions, de maladies et de mort…Car c’est bien le déséquilibre et la mort que l’intelligence collective, cette « mémoire des possibles » qui se développe entre le passé et le futur » doit permettre de tenir à distance.

Et ce n’est sans doute pas un hasard si c’est aux prémisses d’un XXIème siècle chaotique, aux inégalités criantes, en perte de sens et de repères, ou se multiplient déséquilibres, ruptures et menaces (environnementales, sociétale, politiques etc.) que (ré) apparaît l’impérative nécessité d’une intelligence collective. Car c’est la contrainte (et la menace dont elle est porteuse) qui appelle l’intelligence collective et « la conscience » issue de l’expérience, qui la permet.

Nous voici donc confronté à l’un des plus difficile, mais aussi des plus enthousiasmant défis de notre temps, faire vivre une « intelligence collective »adaptée aux enjeux d’une époque (territoire, culture, représentation etc.), à même de nous permettre de faire face aux déséquilibres issus du fonctionnement de nos sociétés modernes.

Si les Kogis et les peuples « racines » par l’effet miroir qu’ils nous proposent et la mémoire qu’ils ont su préserver, peuvent nous y aider, il nous appartient d’en revisiter les principes, de les (re) parcourir, pour se les réapproprier et en acquérir l’expérience. A 80% urbains, (en 2007, 50% de la population mondiale va vivre en ville),ayant perdu notre relation à l’expérience du monde, à la vie et à nous même, nous avons en grande partie perdu les clés de cette intelligence collective, indispensable à notre survie.

Les Kogis n‘ont jamais rompu ce lien, cette relation au vivant. C’est la nature, et l’expérience fusionnelle qu’ils en ont, qui leur transmet les règles et les principes de vie qui régit leur société et leur permet de maintenir l’équilibre du monde. Temps cyclique, prédominance de l’expérience sur la connaissance, équilibre des contraires, mais aussi humilité, respect, partage, solidarité, circulation, sont des évidences vécues et transmises au quotidien par l’ensemble des membres de la communauté « tout est écrit dans la nature, et notamment la façon dont il convient de maintenir l’équilibre, de canaliser l’énergie entre la vie et la mort, pour éviter le chaos. C’est dans la nature que les lois, et les règles qui régissent notre société prennent leurs racines. C’est là que nous savons comment maintenir le monde en harmonie, comment penser et agir ensemble, afin d’éviter les maladies, les catastrophes naturelles, les grèves et les disputes familiales, car tout est liée. Les règles et les lois occidentales sont faites par les hommes au profit de la société humaine. La loi Kogi est cosmique elle permet de maintenir l’équilibre du monde au service de la vie ».

Faire vivre cette « intelligence collective » la réinventer par choix, accepter l’ouverture qu’appelle l’altérité, quitter ce que nous connaissons pour nous risquer vers l’inconnu du partage et de la construction commune, faire « trembler nos maisons intérieures » c’est bien ce pari, car il est vital, auquel ont choisi de se confronter les membres fondateurs de « L’alliance pour la planète » officiellement crée en mars 2006 à Paris.

Forte de 63 organisations, (WWF, Green Peace, Les Amis de la Terre, la FNH (Fondation Nicola Hulot), Tchendukua Ici et Ailleurs, Ecologie sans frontière etc. L’alliance pour la planète tente de (re) parcourir ce chemin, de réinvestir pas à pas cette intelligence collective du monde, indispensable pour faire émerger ensemble les nouvelles façons d’être et d’agir qu’appelle le monde de demain.

Dans la continuité de la « pensée » Kogi , Il faut pouvoir recréer les champs énergétiques que forme l’interaction de tous les individus membres d’un collectif. L’appartenance à ces champs et les conséquences qui en découlent peuvent être observées à plusieurs niveaux. Le premier est celui de l’identité. Le fait de faire partie du collectif est un élément constitutif et identitaire pour chaque individu. Il ne s’agit pas d’une simple étiquette, mais d’un sentiment profond d’appartenance à un groupe et à ce qui constitue son identité. Ainsi à la question « Qui es tu ? », un Kogi répondra invariablement « nous sommes Kogis, habitants de la Sierra Nevada de Santa Marta ». Le deuxième niveau est celui des valeurs. La valeur de la solidarité par exemple, est une valeur qui relie tous les membres de la communauté Kogi. Elle organise activement toutes les formes que prend le partage au quotidien de la nourriture, du travail et des rituels. Leur « vision » de la solidarité rend possible le développement d’une intelligence collective, car elle oriente chaque individu vers la recherche du bien commun tout en donnant à comprendre les mécanismes collectifs qui permettent le développement et la survie de la communauté.

Le troisième niveau est celui des capacités. Ce que l’on veut, peut et sait faire ensemble doit être en permanence travaillé et partagé par les membres du groupe. Les décisions collectives s’inscrivent alors dans la continuité de ces processus d’appropriation et de partage. Elles se prennent dans une dynamique de construction et de recherche de solution qui révèle un « haut » niveau de compréhension des enjeux d’une décision, reflet d’une vision et d’une compréhension systémique des situations. Une fois construite l’identité, partagées les valeurs et mises en place les compétences, savoir faire et savoir être nécessaire, la conduite des actions, leur exécution ainsi que le partage des informations qu’elle nécessite devient fluide. Le niveau (maturité) d’intelligence collective des situations permet de prendre rapidement des décisions « justes » et pertinentes.

L’intelligence collective ou l’affaiblissement du moi :

Paradoxalement, alors qu’augmente l’urgente nécessité de nouvelles intelligences collectives, nous observons dans nos sociétés occidentales dites « développées » une montée des troubles liés aux difficultés ou aux insuffisances de structuration du moi . Les dérives les plus marquantes sont par exemple l’augmentation des problèmes d’obésité, celles des conduites addictives de tous ordres, ou encore les phénomènes de dépendance et de vassalité dans la formation des « bandes » d’adolescents. Les causes de ces troubles sont multiples et vont au delà de cette réflexion. IL est cependant possible de considérer que ces difficultés sont liées à l’insuffisance des cadres collectifs apprenants, au déficit dans la transmission des savoir faire et des savoir être et à une fuite obsessionnelle devant le risque, le manque, la souffrance de tous ordres. Or l’expérience de la confrontation réussie aux dangers, aux obstacles, source de l’apprentissage et de la structuration du moi, est l’un des facteur majeur de développement de l’intelligence collective . C’est parce que j’ai appris avec les autres à dépasser les épreuves que je peux prendre ma place dans un groupe…

Ce n’est donc qu’au prix d’une intelligence collective volontairement réinvestie, que l’humain pourra réellement prétendre devenir « homo sapiens sapiens ».. ; un homme « sage « capable de choisir son avenir en conscience, et non simplement de le subir. Et comme le rappelle Marco Chaman Kogi :

-« Seuls nous ne pouvons pas protéger la terre, ensemble nous pouvons faire quelques chose. Pour cela il faudrait que nous puissions dialoguer, nous comprendre et nous respecter pour voir ensemble ce que nous pouvons faire. Il n’est plus temps de parler mais d’agir »

Une conscience globale est toujours grosse d’un impérialisme spirituel

Les religions produisent une conscience collective sur la question de la place de l’autre. Avec l’avènement des monothéismes, cela risque à tout moment de faire émerger un totalitarisme. Dans la tradition biblique, tout commence avec la construction de la Tour de Babel…

« Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! faisons des briques, cuisons-les au feu. Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom. » (Genèse 11) Ainsi commence l’histoire de Babel et de sa Tour, chronique biblique que Marie Balmary signala comme le premier cas de totalitarisme : projet et pensée unique, consensus forcené, enfermement communautaire uniformisant dans lequel les hommes renoncèrent au « je » individualiste et adoptèrent un « nous » fusionnel, qui, on peut le supposer, a dû éliminer ses dissidents. Dieu désapprouve. Il n’est pas au ciel. On ne l’atteint pas non plus dans un élan commun mais dans une relation singulière. Il éradique l’unanimisme de cette conscience collective en « confondant leur langage et les dispersant sur toute la face de la terre. »

On retrouvera souvent la tentation unanimiste dans l’Histoire et récemment dans la devise du IIIe Reich : Un seul peuple, une seule nation, un seul führer. La conscience morale de chacun devait s’effacer au profit d’une conscience collective à couleur de nationalisme mystique dont le contenu était asséné par la propagande du parti et imposé par une violence sans merci.

« Tous ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous », proclama le Président George W Bush dans un discours qui préparait l’opinion publique au Patriot Act et préludait à la légalisation de la torture et de la détention illimitée sans procès (vote de la chambre des Représentants et du Sénat le 28 septembre 2006). « Un peuple qui veut sacrifier sa liberté à sa sécurité est un peuple d’esclave, » prévenait Thomas Jefferson qui avait juré fidélité à la même constitution que son successeur. La conscience collective du peuple Américain semble avoir choisit. Entre ce degré de sécurité et conformité il n’y a qu’un pas. Il sera vite franchit. Un animisme obligatoire. Babel n’est plus très loin.

__La place de l’autre __ Religion, dont on tire la racine de relegere / religare, signifie relier, recueillir ou relire. On y désigne un ou des Dieux et y assemble les hommes dans une même foi, autour d’une même lecture, en vue d’un même destin. Les religions sont productrices de conscience collective en cela qu’elles dictent des croyances et des valeurs auxquelles le croyant adhère.

Elles unissent, mais écartent aussi d’un même mouvement ceux qui n’ont pas la même foi, ne nomme pas Dieu du même nom, n’adhèrent pas à la même chapelle, ne lisent pas le même livre, n’ont pas le lien du sang requis, ne célèbrent pas de la même façon. Elles modèlent et recueillent les mêmes (peuple élu, ecclesia, oumma) et désigne les différents, les goyim, les païens, les infidèles. Nous et les autres.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même », propose le Lévitique au peuple hébreu. (Lev 19 19) Réa (Ra), qui dit prochain en hébreu, signifie autre, différent. Ce mot, aperçu pour la première fois dans l’expression « arbre de la connaissance tov va-ra », traduit trop rapidement par bien et mal, signifie plus précisément ce qui est et ce qui est autre. Le prochain est donc tous les autres, y comprit les différents.

Jésus précise le commandement du Lévitique : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, si vous réservez vos saluts pour vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? » (Mt 5 46) « Aimez vos ennemis » (Mt 5 44) « Donne aussi ton manteau… ne tourne pas le dos. » (Mt 5 40) Il nous permet de retrouver le sens de prochain étendu à toute l’humanité, sans condition de réciprocité, dans la conscience que nous sommes frères, nés d’un même père. Dans cet élan, le Dieu unique, tribal, des hébreux prend vocation universelle. On gagne la fraternité mais au prix du sacrifice des autres Dieux et de la tolérance. Le polythéisme était tolérant, par définition. Le Dieu unique est exclusif, voir totalitaire, par principe. On y a vu un progrès. Dieu unique, vérité unique, religion unique, conscience balisée, fraternité sans tolérance, croisades, inquisition, on connaît. Jésus annonçait le royaume et c’est l’Eglise qui est venue ! faisait remarquer Alfred Loisy. Fermeture. Retour à Babel. Dieu mélangea leur langue. Il redistribue les cartes.

Il n’y a de Dieu que Dieu. Mohammed et ses successeurs reprennent l’idée d’un Dieu unique à portée universelle et rassemblent ses fidèles dans la Oumma, communauté des croyants qui évoque une matrice par la racine umm, « mère », et donc une fraternité, mais seulement si Mohammed est son prophète. Tout homme qui ne s’en réclame pas pose un déni à ce Dieu et son envoyé et prend le risque d’être broyé par les ceux qui ne supportent pas la relativité de toute chose et de leur foi. Nous sommes encore frères, mais à condition d’adhérer. Et ensuite de se conformer. Caricature interdite. Blasphème à fleur de peau. Babel, le retour.

Sans la tolérance polythéiste, deux religions à Dieu unique – qui ont chacune vocation à occuper, voir à coloniser, la conscience collective – cohabitent mal. La démocratie laïque tempère encore les impérialismes religieux. « Un homme une voix » est une réponse réaliste à Tu aimeras ton prochain comme toi-même et Il n’y a de Dieu que Dieu. Préférant le respect et l’égalité à l’amour, Dieu et ses révélations, la démocratie consulte le peuple. Il n’y a pas que Dieu. Le peuple est souverain.

En Asie

L’hindouisme et le bouddhisme poussent la frontière de la fraternité au-delà de l’espèce pour y inclure tous les êtres, l’Humain n’étant pas considéré comme une forme de vie à part mais comme un type d’être parmi les autres créatures douées de sensations.

Le monisme de Shankara (Inde, VIIIe siècle) soutient que Brahman est le seul être (rien n’existe en dehors de lui) et remet ainsi en question la notion même d’individu. Il s’explique ainsi : le fil dont on se sert pour tisser une étoffe est le même avant et après qu’on ait tissé l’étoffe. Il y a une différence de forme mais non de substance. De même l’univers est Brahman bien que des formes différentes le manifeste.

L’individu est présenté comme une construction mentale relative aux causes qui la suscite, ou encore comme un processus d’identification temporaire de l’être à une somme de phénomènes (un corps et des tendances faites de désirs, dégoûts, attractions, peurs etc.) qui se transforment constamment jusqu’à épuiser leur force de cohésion. Il n’a pas d’existence réelle. Tout ce qui possède une forme physique ou mentale est fondamentalement illusoire, irréel.

Lorsque Brahman, l’unique Soi-même, incarné dans un corps, s’identifie à ce corps, qu’il croit être distinct de l’univers, il devient inconscient de sa nature universelle. Cette erreur sans commencement, cette méprise, cette ignorance, cette illusion est la cause et l’effet du karma, la Loi de causalité qui enseigne que les actes produisent des effets qui se poursuivent dans une rémanence incommensurable. Mais celui qui renonce à se croire l’auteur de ses actes atteint Moksha, la délivrance, la libération, la connaissance constante et définitive de l’ultime réalité. Union avec Dieu pour les dévots, avec le sans-forme pour les philosophes. Délivrance finale de l’âme individuelle grâce à l’abandon de l’idée d’une âme et d’un être individuel.

Il n’y a ni moi ni autre ; nous sommes le même.

Ainsi Shankara tente-t-il de construire une conscience qui rassemble les individus dans la conscience d’un être unique.

Dans cette « conscience réservoir » (alayavijnana), les actes de chacun se répercutent sur tous et sur soi-même. Métaphoriquement, on dit qu’une vie est semblable à une goutte d’eau qui retourne à l’océan de la vie pour s’y dissoudre. Lorsqu’une nouvelle vie apparaît est-ce la même ou une autre ? C’est à la fois la même et une autre, puisqu’elle porte en elle quelque chose de toutes les autres. Nous sommes fils du passé, et pères de ce qui vient.

Mais le monisme de Shankara est ardu, exigeant et minoritaire. Comment penser « je n’existe pas » ? Les religions hindoues anciennes, fondée sur le Veda ont classé les individus en castes et sous castes, brahmane, kshatriya, vaisya, sûdra, paria et mlécha, le barbare (l’étranger)… L’illusion d’être soi est le point du vue qui domine largement en Inde aussi. Mais on y est tolérant. On y est libre de choisir son Dieu car Dieu est un darshan, un point de vue, une opinion.

Bouddhisme

« Tous les êtres ont été ou seront notre propre mère », affirment à leur manière et dans leur cohérence certains bouddhistes qui croient en l’infinie renaissance de soi-même à travers les espèces, et pour ouvrir un rapport à l’autre emprunt de compassion et de bienveillance. Idéal vécu par les végétariens qui possèdent la conscience que tout ce qui vit mérite compassion et entretiennent un respect sans limite de la vie.

L’enseignement et la pratique bouddhique sont centrés sur la conscience, aussi appelée esprit (semnyi).

L’esprit est un mais il a deux aspects qui se manifestent par deux consciences : Namshé, la conscience ordinaire, dualiste, est le cadre dans lequel se jouent le rapport moi-autre, les émotions et les confusions, et où chacun expérimente le monde, soi-même et l’attachement à soi-même. Et Yéshé, une conscience-sagesse, libre, lucide, déprise des appropriations et des émotions, et que l’on discerne dans l’état de présence, sans élaboration, ni attachement, ni distraction. La nature de l’esprit est vacuité. Disponibilité. Non-dualité. Equilibre.

L’esprit n’appartient ni à l’individu ni à la somme des individus mais il constitue le lien entre tous les individus. Dans sa pratique, le bouddhiste dédie en esprit le mérite de ses actes à tous les êtres, tous étant reliés au même et unique esprit. Point de salut sans le salut de tous. Ainsi, si l’esprit est vacuité, l’acte est compassion.

A la recherche d’une conscience collective spirituelle

Qu’est-ce qui nous unit ? Où est le même dans d’autre ? Comment prendre l’autre en compte ?

L’humanité se cherche une conscience collective « spirituelle » où se définit le rapport à l’autre. Dans sa quête de la vérité, elle a trouvé des différentes réponses forgées par des métaphysiques distinctes, mais un même idéal tissé d’amour et de compassion. Cependant, entre l’idéal et la réalité chacun fait des concessions à l’égoïsme, la peur, l’attachement, l’avidité… et divers autres intérêts.

Lucien Goldmann remarque que « chaque individu fait partie d’un nombre considérable de groupes, de sorte que sa conscience est un mélange unique et spécifique d’éléments de conscience collective différents et souvent contradictoires ; de plus, il subit l’influence de groupes auxquels il n’appartient pas. »

L’économie sans conscience

Le libéralisme est la nouvelle religion sans Dieu à vocation globale. Nous y adhérons sans conversion mais par contamination. Des forces économiques auxquels chacun participe plus ou moins directement s’affrontent dans le ciel du commerce dont la doctrine essentielle est le profit maximum.

Un exemple parmi une multitude : les salariés confient leurs économies à des fonds de pension qui font pressions sur les dirigeant des entreprises qui emploient ces mêmes salariés pour qu’ils débauchent ou délocalisent, et cela pour accroître les bénéfices. Le client est aussi la victime. Mais il n’y a aucun responsable. Et personne ne peut y remédier. Le gérant du fond doit maximiser le profit du fond, sinon les salariés porteront leurs économies ailleurs. Le salarié au chômage n’achète plus rien et ne participe donc plus à la création de richesse. A terme, cela appauvrit l’ensemble. La doctrine du profit maximum est suicidaire. Sans conscience.

Ford, qui avait comprit qu’il faut rémunérer largement ses employés si on veut les transformer en clients, payait les siens presque deux fois plus que les autres constructeurs d’automobiles. Inversement, l’accumulation exagérée de richesse entre peu d’individus détruit le système économique qui a généré ces richesses.

Le libéralisme ne reconnaît ni frère ni prochain, il ne discerne que le client et le concurrent. Il se soucie du droit – et abuse du droit – et aucunement de la justice. Le droit, c’est-à-dire le contrat, la commande, le client, le règlement, les traités internationaux, les concessions obtenues par corruption… sans la justice au sens de ce qui est moralement juste. La fraternité, le respect de la vie et de la Terre, et même la démocratie sont pour lui des idéologies rivales. La conscience collective qu’il promeut est l’absence de conscience. Il n’y a que des individus. Chacun pour soi et que croissent les revenus et le rendement.

Cependant, rien ne dure toujours. L’après-libéralisme n’a pas encore de nom mais il est en marche. Il s’organise autour d’une conscience collective qui s’alarme de l’aveuglement collectif. Il faut d’abord sortir de Babel. C’est toujours ainsi que cela recommence.

sourcenouvellescles.com

Publié par bouddha_hindy


Une nouvelle conscience pour un monde en crise
Vers une civilisation de l’empathie
Date de parution : 27-04-2011

Extrait 1 Extrait 2 Extrait 3
Extrait 4 Extrait 5

Jeremy Rifkin, l’un des penseurs américains les plus stimulants, propose une relecture fascinante de l’histoire de l’humanité dans une perspective sociale et altruiste. Avec un constat: jamais le monde n’a paru si totalement unifié (par les communications, le commerce, la culture) et aussi sauvagement déchiré (par la guerre, la crise financière, le réchauffement de la planète, la diffusion de pandémies) qu’aujourd’hui.
Quels que soient nos efforts intellectuels face aux défis d’une mondialisation accélérée, nous ne sommes pas à la hauteur: l’espèce humaine semble incapable de concentrer vraiment ses ressources mentales collectives pour “penser globalement et agir localement”. Dans son livre le plus ambitieux à ce jour, l’auteur montre que cette déconnexion entre notre vision pour la planète et notre aptitude à la concrétiser s’explique par l’état actuel de la conscience humaine. Nos cerveaux, nos structures mentales, nous prédisposent à une façon de ressentir, de penser et d’agir dans le monde qui n’est plus adaptée aux nouveaux contextes que nous nous sommes créés.
L’humanité, soutient Rifkin, se trouve à l’aube d’une étape cruciale. Tout indique que les anciennes formes de consciences religieuses ou rationnalistes, soumises à trop forte pression, deviennent dépassées et même dangereuses dans leurs efforts pour piloter un monde qui leur échappe de plus en plus. L’émergence d’une conscience biosphérique et ses conséquences sur notre manière déappréhender différemment la société, l’économie ou l’environnement, sera probablement un changement d’avenir aussi gigantesque et profond que lorsque les philosophes des Lumières ont renversé la conscience fondée sur la foi par le canon de la raison.
En retraçant la grande fresque des mutations de notre civilisation, dont le moteur principal est la conscience altruiste de l’être humain, Jeremy Rifkin dévoile des fils conducteurs restés ignorés jusqu’ici. Ces “pages blanches” de l’histoire ainsi mises en lumière nous permettront d’élargir notre conscience afin de relever les défis des décennies à venir.Jeremy Rifkin est l’auteur de plusieurs best-sellers, dont Le Rêve européenLa Fin du travail et Le Siècle biotech. Ses livres ont été traduits dans plus de trente langues. Il conseille l’Union européenne et des chefs d’Etat du monde entier. Il est le président de la Fondation sur les tendances économiques (Foundation on Economic Trends, Washington, D.C.).

Article par Jammes Audrey 2011

Pour mettre en place un système d‟innovation, qui fonctionne, soit pérenne et permette réellement le développement des innovations, une organisation a besoin de développer la confiance de ses collaborateurs en la hiérarchie, daccorder des formations, du temps et un droit à lerreur à ses collaborateurs. Les collaborateurs sont aussi plus à même de participer s‟ils visualisent leur place dans l‟organisation et ce qu‟ils peuvent lui apporter. Il peut être aussi bénéfique de donner envie aux collaborateurs de se développer et de développer leur propre organisation. La direction doit donc aussi leur offrir la possibilité de communiquer, verticalement mais aussi horizontalement et de permettre ainsi le partage didées. Il peut être préférable d‟impliquer les personnes dans la mise en place de leurs propres idées. Enfin, elle doit assurer une rapidité de réponse face aux propositions.

Un dispositif d‟intelligence collective favorise les conversations. Cela permet à chacun d‟apprendre à se connaître et à mieux comprendre le fonctionnement de lorganisation et le rôle de chacun. C‟est aussi par la conversation que les collaborateurs peuvent construire des projets et des stratégies ensemble. Enfin, le partage des idées et des émotions a un effet de catharsis, renforce les liens et permet finalement à chacun de reprendre espoir et de renouveler sa motivation, collectivement. Par ailleurs, l‟implantation d‟un tel système est censée démontrer une certaine ouverture de la hiérarchie, qui accepte qu‟elle n‟a pas toutes les réponses et que celles-ci se trouvent partout, en chacun de ses collaborateurs.

À partir de ces conclusions, on peut établir des liens entre innovation participative et intelligence collective. Un dispositif d‟intelligence collective est une réelle opportunité pour les collaborateurs de converser, dapprendre à se connaître et à se comprendre et donc à mieux visualiser leur place et leur rôle dans lorganisation, de leur donner envie de la développer et de leur donner la possibilité de communiquer, ce que nécessite un système d‟innovation participative. Des méthodes d‟intelligence collective telle que la Future Search Conference,world café, IA, théorie U, open space tecnology, art de la récolte, etc.. en particulier, offrent la possibilité aussi aux collaborateurs de construire ensemble et donc de partager leurs idées, ce que requiert un système d‟innovation participative. Enfin, la mise en place d‟un dispositif d‟intelligence collective favorise les regains d‟espoir et de motivation puisque les collaborateurs reprennent confiance en leur organisation et en leur hiérarchie. En effet, il s‟agit bien dune démonstration découte, dintérêt et douverture de la part de la hiérarchie que de mobiliser les collaborateurs sur leur temps de travail pour leur demander leurs avis et sentiments. Cela favorise également chez les collaborateurs leur volonté de communiquer, ensemble et avec leur hiérarchie. Or un système d‟innovation participative repose aussi sur la confiance, la fluidité et louverture des communications. Quant aux besoins de formation, de temps, de rapidité de réponse et de possibilité de participer à la mise en oeuvre pour les collaborateurs, ils seront facilités par une hiérarchie ouverte à la modification de ses politiques, de son organisation et qui modifiera aussi son discours.

La culture française, surtout celle des ministères, est très ancrée chez de nombreux collaborateurs, sur toute l‟échelle hiérarchique. Elle souffre d‟un certain scepticisme et de fortes habitudes organisationnelles, notamment dues à la sélection par concours de la plupart de ses collaborateurs, sélectionnés plus pour leurs connaissances techniques que pour leur savoir-faire et leur savoir-être. Puisqu’‟il est actuellement impossible de changer cette culture, il nous faut nous y adapter et trouver des solutions qui permettent à l‟administration d‟évoluer en douceur et donc de lintérieur. Il ne s‟agit pas d‟introduire de nouvelles règles et procédures mais plutôt de donner la possibilité à chacun de prendre la place quil se doit, celle dacteur actif et réceptif de son administration. Le développement de l‟intelligence collective permet en effet à chacun de mieux prendre sa place, de se sentir plus utile à son organisation mais aussi de sentir que cette organisation lui apporte beaucoup. Ainsi, mes recommandations s‟articulent sur deux fronts.

Implanter un dispositif d’intelligence collective petit à petit

Le front consiste à implanter un dispositif d‟intelligence collective d‟abord dans un service ou une direction, avec la méthode la plus approprié en fonction du besoin. Il pourrait être soutenu par un consultant professionnel de l‟intelligence collective. Pour être un succès, il faut toutefois s’assurer que la direction est vraiment en demande d’une telle méthode et est ouverte au changement. Si l‟expérience connaît du succès, il serait alors très bénéfique pour d‟autres services ou directions de réaliser les changements bénéfiques qui ont pu s‟opérer. Par exemple, des réunions déchange et de partage sur cette expérience pourraient être organisées en plus d‟un rapport de synthèse largement diffusé. En effet, les autres administrations pourraient prendre la décision de suivre ce bon exemple et d‟expérimenter ce type de dispositif d‟intelligence collective. La réussite de ces dispositifs sont ensuite très engageants pour le développement de système d‟innovation participative. Ces systèmes sont effectivement plus assurés d‟être menés et soutenus par des personnes réellement ouvertes à l‟innovation et au partage.

Développer la communication et les formations sur la notion de management puis sur l’innovation

Parallèlement, un deuxième front pourrait être mené, celui de développer la communication et loffre de formations sur le management, dans un premier temps, puis sur l‟innovation dans un second temps. La communication sur le management devrait permettre d’augmenter le nombre de personnes suivant les formations sur ce sujet. Elle devrait reposer sur l’importance de la gestion des hommes et sur l’importance des équipes dans l’atteinte des objectifs. Elle pourrait se faire par les médias habituels de l‟administration (intranet, newsletters…) et un séminaire de type Appreciative inquiry pourrait également être organisé pour donner l‟occasion aux différents managers de même niveau hiérarchique de communiquer ensemble sur leur rôle et sur ce qu‟ils pourraient faire pour mieux le remplir et s‟y sentir plus à l‟aise. Un tel événement pourrait sensibiliser plus fortement les managers quant à leur rôle et leur donnerait l‟opportunité d‟essayer de nouvelles pratiques de gestion qu‟ils auront découvertes par les discussions. À partir de là, il pourrait se développer une communauté de pratique entre ces managers de même niveau hiérarchique, leur permettant alors de se rencontrer à nouveau et d‟apprendre des uns des autres et de développer de nouvelles façons de réfléchir leur rôle et donc de le remplir. Après l‟organisation de ce premier séminaire, l‟administration pourrait ensuite communiquer plus fortement sur l‟innovation et particulièrement sur le besoin de l‟administration d‟être ouverte à de nouvelles manières dagir. C‟est actuellement un besoin réel de l‟administration française de faire des économies de temps et dargent, et d‟identifier notamment les pratiques administratives de l‟étranger qui peuvent être importées. Pour réaliser un tel projet d‟implantation et d‟expansion de l‟intelligence collective puis d‟innovation participative dans l‟administration du ministère, les directeurs généraux des différentes directions et le cabinet du ministre n‟ont besoin que d‟assumer leur besoin et le fait que les meilleures réponses se trouvent chez eux, chez leurs collaborateurs. Ensuite, la promotion de l’innovation chez les managers devrait nécessiter la modification des fiches de poste et des critères d’évaluation, en intégrant la curiosité et l’ouverture intellectuelles, la capacité à innover et à s’adapter au changement et en accordant des primes collectives, liées à l’innovation. À la suite des dispositifs d‟intelligence collective, les systèmes d‟innovation participative qui devraient être les plus utiles et pertinents sont ceux qui concernent un large spectre de collaborateurs, c‟est-à-dire les systèmes d‟innovation opérationnelle ou d‟innovation stratégique. En effet, ce sont des systèmes qui peuvent être décidés par la haute hiérarchie et qu‟un service ou une direction seule peut plus difficilement mettre en place.

MBA Management – 2009-2011
Comment l’intelligence collective
peut développer l’innovation participative,
aux ministères français de l’Économie, des Finances et de l’Industrie et
du Budget, des Comptes publics, de la Fonction publique et de la Réforme
de l’Etat ?
Audrey Jammes
Directeur de recherche: Mario Cayer
Maître de stage: Françoise Waintrop

(Langelier, 2005) mars 2007, par Jean Heutte

Déjà en 1988, Arie de Geus, alors coordonnateur mondial de la planification chez Shell, écrivait que « le véritable avantage concurrentiel de la compagnie de demain réside en la capacité de ses dirigeants à apprendre plus rapidement que ses concurrents ».

Huit ans plus tard Jack Welch reprenait ce même thème. Dans sa lettre aux actionnaires contenue dans le rapport annuel de 1996, il indiquait que le comportement de sa compagnie (General Electric) était « dicté par un credo fondamental : que la supériorité concurrentielle d’une organisation réside dans sa capacité et sa motivation d’apprendre de toute source et de rapidement traduire cet apprentissage en action ».

Le grand dictionnaire terminologique propose le terme entreprise apprenante pour désigner une « organisation où sont établis des processus permanents de gestion des savoirs dans le but de favoriser le développement et le transfert des connaissances détenues collectivement en vue de constituer un réservoir de leviers stratégiques dans lequel elle peut puiser pour créer de la valeur et s’ajuster ainsi à la concurrence ».

Il s’agit donc d’une capacité organisationnelle réelle et essentielle : l’entreprise apprend et s’adapte en conséquence.

Le thème de l’apprentissage organisationnel est abondamment développé par Sumantra Ghoshal et Christopher A. Bartlett dans leur ouvrage The Individualized Corporation. Les auteurs indiquent, que les animaux sociaux que nous sommes sont naturellement enclins à interagir et à apprendre les uns des autres : pendant des milliers d’années, les familles, les clans, les communautés ont évolué comme collectivités d’apprentissage où la capacité de chacun de partager et de synthétiser des connaissances formait la base des liens sociaux et constituait le moteur du progrès collectif. Curieusement, remarquent-ils, l’entreprise moderne s’est donné des structures qui contraignent, empêchent ou même tuent cet instinct naturel.

Ce qu’il faut, au contraire, c’est développer cette capacité de relier entre elles les initiatives dispersées et de mettre en commun l’expertise disséminée au moyen d’un processus continu d’action et d’apprentissage nourri des relations entre les gens.

Les organisations dont les employés sont devenus des « spécialistes en collaboration » ont trois caractéristiques en commun :

  1. Elles ont consenti un investissement substantiel dans le développement de leurs ressources, recrutant les meilleurs employés et leur donnant les moyens de hausser et d’élargir leurs compétences.
  2. Elles ont déployé les outils, créé les processus et développé les relations interpersonnelles nécessaires pour assurer un flot horizontal continu d’information intégré dans un processus collectif d’apprentissage partagé.
  3. Cela les a conduites au développement d’un fort sentiment de confiance, tant parmi les collègues qu’entre supérieurs et subordonnés.

C’est ce véritable réseau horizontal qui permet de maintenir la circulation des idées et des connaissances au-delà des frontières que nous imposent les structurelles fonctionnelles classiques que nous connaissons depuis plusieurs décennies ou les réorganisations basées sur les unités d’affaires produits-marchés que nous connaissons depuis une quinzaine d’années !

L’apprentissage est un acte individuel, certes, mais indissociable de sa composante sociale. « On apprend toujours seul, mais jamais sans les autres » nous rappelle Philippe Carré dans une jolie formule. Quant aux entreprises, elles doivent, pour demeurer concurrentielles, maintenir les conditions nécessaires à la création, à la dissémination, au renouvellement et à la réutilisation des connaissances de leurs employés. Les communautés de pratique intentionnelles contribuent puissamment à cette chaîne d’événements pour le bénéfice des équipes, des départements ou des groupes fonctionnels dont leurs membres font partie. Pour peu qu’on favorise l’émergence et l’essor de ces communautés, leurs échanges informels se transformeront éventuellement en idées de produits, en processus améliorés ou en applications novatrices.

D’ailleurs, peut-être n’est-ce pas un hasard que ce sont souvent de petites unités autonomes de grandes compagnies qui sont à l’origine d’idées qui ont révolutionné leur entreprise.

Il est bien fini ce temps où les patrons, seuls à tout savoir, contrôlaient en permanence le labeur de leurs ouvriers ignares !

Maintenant, comme l’a remarqué Steve Jobs, cela ne fait aucun sens d’embaucher des candidats extraordinaires pour simplement leur dire quoi faire ; on les choisit justement afin que ce soit eux qui disent à leur employeur comment faire !

P.-S.

source :
Langelier Louis, 2005, guide de mise en place et d’animation de communautés de pratique intentionnelles : travailler, apprendre et collaborer en réseau, Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO)

http://www.cefrio.qc.ca/pdf/GuideCo…

                                                                                                           Par Clark G. KHADIGE, dba, desg
AVERTISSEMENT
Ce second article, comme celui déjà publie dans ce blog, est aussi issu de réflexions personnelles et, donc, n’engagent que l’auteur lui-même. Il n’y aura donc pas aussi d’approche dite scientifique, mais pourrait apporter un complément à la réflexion sur le thème de recherche de l’Intelligence d’Entreprise.
Dans sa vie quotidienne, l’Homme traverse et vit dans différents environnements où les facteurs et les variables qui les composent l’influencent fortement. Certes, toute influence remet en question la manière de penser et de raisonner, les habitudes, les attitudes et les comportements car elle intervient au niveau de la modification du choix et de la prise de décision.
Dans ces environnements, les tendances, les facteurs et les variables sont continuellement mesurés, étudiés et analysés dans différents buts, dont le moindre est la compréhension des comportements humains, sociaux et surtout, des entreprises permettant de prévoir, dans une certaine manière, le processus d’expression et d’action.
Certaines caractéristiques individuelles, ou organisationnelles, restent entièrement influençables, même si elles ne sont pas toujours modifiables. Ici, entre un élément nouveau : si on peut influencer, on ne peut pas nécessairement changer totalement, mais modifier pour un espace de temps déterminé.
Quels sont ces environnements qui influencent, ou qui exercent des forces, sur la personnalité de l’individu, ou celle non moins importante de l’entreprise, et qui lui font adopter une personnalité qui souvent ne reflète pas la sienne propre ?
Dans l’interactivité des éléments et des facteurs qui vivent dans cette pléthore d’environnements, la principale force catalysante qui permet cette vie, reste indéniablement l’Intelligence. On pourrait aussi affubler à cette Intelligence de l’Environnement le qualificatif d’Intelligence Collective Active.
Nous avions défini[1] la force catalysatrice interne de l’environnement, sous deux options :
Ø  Intelligence de l’Environnement : capacité qu’un environnement a de s’adapter, d’évoluer, de changer et de modifier ses caractéristiques en fonction de facteurs influents d’origine sociale, culturelle, idéologique, politico-légaux et technologique.
Ø  Intelligence Environnementale : capacité d’un environnement à pouvoir agir sur l’évolution, la modification et  l’adaptation de ses composants en fonction des conditions et des objectifs émergents et sous l’influence de facteurs existant, actifs ou inattendus.
Sous l’influence de cette force catalysatrice, un environnement vit et développe ce que cet article pourrait qualifier de personnalité. Certains d’entre eux ont été sélectionnéset sont proposés ci-dessous :
1 – L’ENVIRONNEMENT FAMILIAL :  
C’est, peut-être, l’environnement qui a le plus d’influence sur l’individu. C’est dans la famille que les habitudes de comportement sont prises, habitudes qui marquent les traits principaux de caractère et de personnalité. C’est aussi dans ce milieu que toutes les traditions ancestrales, les coutumes villageoises, les croyances sont enseignées et conservées au fil des ans, et transmises aux générations qui suivent. On en observe même leur conservation, lors de l’immigration des individus vers des pays étrangers. Elles restent ancrées dans l’esprit et ne disparaissent totalement que dans les générations qui suivent et qui, elles, ont adoptées de nouvelles traditions et coutumes conformes au nouvel environnement national.
Dans ces pays d’immigration, le caractère et la diversité des cultures enrichissent d’un côté le pays hôte, créant aussi des situations conflictuelles, mais tendent, ou laissent supposer et prévoir, vers une culture à caractère universel.
Mais, c’est dans cette cellule de base, que les valeurs morales, sociales et humaines de la société sont apprises. On remarque qu’elles sont d’autant plus importantes et vivantes dans les couches sociales inférieures à la moyenne, alors que plus on remonte au-dessus de cette moyenne moins elles apparaissent comme étant des règles de vie constantes. Le pouvoir, la position sociale, le cadre et le rang professionnel ont tendance à éclipser ces valeurs au second ou troisième rang. Une fois de plus, le problème de la nature humaine se pose.
L’ensemble de ces valeurs consistent principalement dans le respect des autres, l’honnêteté, la franchise, l’égalité sociale, la justice, etc… Considérons cependant que ces valeurs se rencontrent plus fortement dans les couches d’âge supérieur, à partir de 35-40 ans. Elles sont prises en considération, par les autres couches, à des niveaux d’importance différents et ne deviennent des règles de vie que beaucoup plus tard.
Est-ce dû principalement à un problème de revenus, de style ou de qualité de vie qui ne permettent pas l’accès soit à l’éducation poussée soit à des produits de qualité supérieure ? Cela peut-il être expliqué par les facteurs ou les variables inhérents à la condition sociale ? Est-ce une question d’éducation reçue dans la cellule de base qu’est la famille ?
D’autre part, cette famille représente un creuset de croyances et de comportement social qui se transmettent de génération en génération.
Tous ces facteurs vont se retrouver dans le comportement professionnel, dans l’entreprise, dans l’environnement de travail et dans l’environnement relationnel. Autant de perceptions qui se rencontrent, autant de portes ouvertes vers des relations humaines et professionnelles coopératrices, coordinatrices, synchronisatrices et conflictuelles.
Ainsi[2], l’Intelligence Familiale serait cette faculté qu’une famille a de comprendre cet ensemble de valeurs, de les transmettre dans les environnements sociaux voisins, de les utiliser, (ou d’agir en fonction), dans le concept de la continuité du développement de la civilisation humaine. Elle réside aussi, dans les réactions que la famille adopte dans le concept de la survie, de la prospérité, du dépassement des obstacles et de l’atteinte de ses objectifs égoïstes, égotistes ou individuel.
2 – L’ENVIRONNEMENT DEMOGRAPHIQUE :
C’est l’environnement le plus riche en informations sur la structure de la population, son explosion démographique locale et mondiale, le vieillissement de la population, la croissance des ménages familiaux et non familiaux, la mobilité géographique, (l’attrait des grandes villes, l’urbanisation, la croissance des banlieues), le niveau d’éducation croissant, la composition ethnique diversifiée, l’appartenance aux communautés idéologiques, etc…
Certaines caractéristiques sont intéressantes à étudier :
Ø  L’évolution de la structure socio-professionnelle, principalement en étudiant les changements d’habitude de consommation, de style et de qualité de vie dûs à des changements survenus dans l’échelle professionnelle, (promotion ou transfert de poste), ou tout simplement dûs à une réorientation professionnelle totale, (changement de nature du travail, ou changement d’Entreprise), permet à des individus, ou groupes d’individus, d’accéder à des niveaux sociaux auxquels ils aspirent.
Ø  L’accroissement des revenus, permettant ainsi l’accès à des produits de qualité supérieure, entraînant ainsi des changements au niveau des styles de vie.
Ø  L’urbanisation, dont l’étude approfondie concerne surtout l’accroissement de la population des villes au détriment des régions rurales. (Ce qui entraîne, de facto, la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement de produits agricoles, et/ou de politique sociale gouvernementale de réintégration des régions rurales abandonnées, etc…),
Ø  L’élévation du niveau d’instruction, permettant ainsi aux consommateurs d’être plus rationnels et moins conditionnés.
Il faut aussi prendre en considération les appartenances à des sous-groupes formés par un intérêt commun comme le professionnalisme, la culture, l’idéologie politique ou religieuse, etc…pour finir vers un sentiment d’appartenance totale à une nation, avec les valeurs inhérentes au patriotisme et au nationalisme, en passant par les tendances extrémistes ou fanatiques. D’où une approche compréhensive et distincte entre :
Ø  La production nationale : achat, consommation et utilisation de produits fabriqués localement et conformisme à une entité nationaliste, soutenance de l’économie locale,
Ø  La production étrangère : achat, consommation et utilisation de produits importés, perception de qualité supérieure, et tentative de distinction sociale.
L’environnement démographique est peu influençable quant à l’accroissement de la population, malgré les efforts des gouvernements afin de maintenir, au minimum, un taux de population constant en dépit de la réticence des individus, qui, influencés par leurs conditions de vie, (ou par d’autres facteurs strictement personnels), refusent d’avoir une famille nombreuse. Notons que les environnements de consommation, économique, technologique et sociale ont une grande influence sur leur prise de décision puisqu’ils sont directement liés aux conditions de vie et de travail.
Intelligence Démographique : faculté d’une société ou d’un groupe à pouvoir mesurer et contrôler sa croissance démographique.
3 – L’ENVIRONNEMENT SOCIAL :
Quand on parle d’environnement social, il faudrait surtout comprendre, dans le contexte qui nous intéresse, les différentes relations qui existent ou qui s’établissent entre les individus d’une même société et/ou ceux de sociétés diverses. Dans cet environnement c’est l’Intelligence Relationnelle qui prime, qui agit et qui dessine les relations humaines diverses.
Ces Relations Humaines, il faut bien les appeler par leur nom, sont très importantes du point de vue de l’influence qu’elles exercent. Tout peut changer d’une minute à l’autre. Tout dépend de l’état psychologique de chacun, des relations de bon voisinage qu’il peut ou sait établir, et surtout de son niveau culturel. Tout dépend aussi du degré de certitude de chacun.
Les facteurs principalement intéressants dans cet environnement concernent surtout :
Ø  L’environnement résidentiel et de voisinage : les relations de voisinage sont celles qui sont les plus influentes au niveau des foyers, et au niveau du choix et de l’utilisation des produits de consommation usuels. C’est le royaume du « bouche-à-oreilles » où tout se dit et où tout est possible, commérages compris. C’est aussi l’environnement de l’influence personnelle par excellence.
Ø  L’environnement professionnel et concurrentiel : le contact quotidien avec les différentes professions exercées dans l’environnement social local ou en contact avec l’étranger. Ainsi, tout individu aura un comportement « naturel » avec son épicier, son boucher, son boulanger, etc… puisqu’il établit des relations régulières avec eux. La relation sera beaucoup plus teintée d’un caractère « familial » ou amical, puisque des liens vont se faire et que l’échange va dépasser le simple seuil d’économique.
Ø  L’environnement de travail où se côtoient amitiés, inimitiés, jalousies de toutes sortes, conflits d’origines diverses, incompétences face à des compétences affirmées, mais où aussi voisinent des relations de coopération, d’échange, de coordination, d’assistance, etc. Tout ce qui, finalement, va influencer des attitudes et des comportements et modifier la personnalité de l’individu. En conséquences directes, on pourrait parler d’épanouissement professionnel et culturel mais aussi, et surtout, de stress et de renoncement a des aspirations sociales.
Cependant, lors de la fréquentation d’un environnement professionnel d’un autre voisinage, les relations changent totalement de visage. Les relations qui y existent sont plus vraisemblablement basées sur des identifications à d’autres styles ou mode d’action, mais elles sont surtout teintées de défis inconscients, de productivité personnelle, de facilités d’adaptation, d’identification à une entité professionnelle ou à une entreprise, de compréhension et de participation, d’adhésion à différentes valeurs. Les relations y sont souvent tendues et stressantes.
Les produits les plus concernés par cet environnement sont ceux concernant l’habillement. On a trop tendance à porter une opinion, si ce n’est un jugement, sur la présentation personnelle. Ainsi, la tenue vestimentaire traduit, généralement et avec des exceptions, un niveau social reconnaissable rapidement. Cependant, si elle ne traduit pas un comportement culturel, elle peut traduire, souvent, un certain anti-conformisme social.
C’est donc dans cet environnement social que les différentes relations humaines s’établissent. Elles ne concernent pas seulement celles qui se font dans un même lieu de travail, mais aussi toutes celles qui se font dans différents lieux de rencontre. La fréquentation d’autres groupes socio-culturels, ou non, permet l’établissement de contacts et de relations humaines différentes qui conduisent à une acceptation totale, donc à la création de liens plus étroits, ou à un rejet total d’une des deux parties. Notons que c’est dans cet environnement que se précise principalement les cercles dits de relations sociales :
Ø  Le cercle extérieur qui concerne toutes les relations professionnelles ou sociales éloignées,
Ø  Le cercle moyen ou cercle social qui comprend toutes les relations d’amitié établies dans différents milieux de rencontre,
Ø  Le cercle interne ou cercle intime, qui concerne uniquement les relations profondes d’amitié, d’amour ou d’ordre strictement personnel.
L’environnement social peut être influençable, quand on le comprend dans le sens d’un ensemble complet d’individus. L’apport technologique fait apparaître de nouveaux produits dont la fonction principale est de faciliter la vie de chacun. Plus ce fait se réalise, plus il existe de temps libre utilisé à d’autres activités, principalement celle concernant l’intérêt que l’on doit porter à soi-même, loin des influences étrangères et des activités de fréquentation.
Rappelons-nous un fait de grande importance : tout nouveau produit, (nouveau dans sa conception, son apparition sur le marché ou nouveau dans son utilisation), introduit un nouveau style de vie. Plus un individu sent qu’il peut avoir accès à des revenus plus importants, plus il a tendance à s’approprier des produits qui vont soit changer son image sociale,(en tentant de s’identifier à un niveau social supérieur), soit lui accorder plus de temps à ses loisirs en lui facilitant les choses, donc en lui accordant plus de temps pour lui-même loin du stress et des obligations quotidiennes.
Les facteurs principaux d’influence de cet environnement actif, pourraient se classer suivant quatre groupes :
Ø  L’orientation hédoniste[3] : Jusque vers la moitié des années 60, les valeurs humaines de travail étaient plutôt puritaines et traduisaient une implication totale personnelle teintée de productivité, de recherche, de participation, de sacrifice, d’austérité, de devoir, d’économie et de résignation. Par la suite, ces valeurs ont été petit à petit remplacées par le désir de gagner plus, de travailler moins, d’avoir plus de temps libre donc plus de temps de loisir, de profiter de la vie et d’en réduire corvées et obligations, de dépenser plus, de consommer mieux, de s’identifier à des classes sociales différentes, etc…
Ø  Le désir profond de sécurité : C’est, peut-être, un des résidus des souffrances de la seconde guerre mondiale : “s’assurer une sécurité physique, matérielle et psychologique“. Tout individu reste profondément attaché à la recherche d’une sécurité qui peut se traduire par une appartenance à un groupe social, mais surtout professionnel qui lui rapporte les moyens de subsistance économique. D’où principalement la recherche d’avantages sociaux comme l’assurance-maladie, l’assurance-vieillesse, l’assurance-voiture, la retraite, l’assurance-chômage, etc… tout en considérant la sécurité financière future représentée principalement par le compte bancaire.
Ø  Le libéralisme des mœurs :     Est-ce une réaction ou est-ce une évolution des choses ? Nous avons pu remarquer que c’est surtout après de forts conflits, nationaux ou internationaux, que les mœurs se sont relâchés, marquant ainsi un changement total des comportements de vie. Ainsi c’est à partir de la fin de la Première Guerre franco-allemande de la fin du XIe siècle, que nous assistons à une première dans l’histoire de la participation totale et active de la femme : les salons de littérature, les publications littéraires, la recherche scientifique, etc. C’est après la Première Mondiale qu’une nette tendance de libéralisation apparaît qui se traduit par une communication plus active, une participation sociale et professionnelle de plus en plus forte. La morale rigoureuse du XIXème siècle commence à disparaitre au profit d’une toute nouvelle conception de vie. Une certaine tolérance s’introduit face aux interdits sexuels, et la sexualité commence à prendre une part de plus en plus grande dans la vie de chaque jour : cinéma, publicité, littérature, etc…. La femme sort seule, et fréquente des lieux de socialisation auparavant réservés aux hommes (cabarets, dancings, etc.).
La Seconde Guerre Mondiale a changé le visage de la société et libéralisme et libéralisation s’intensifient. Cette période est caractérisée par un abandon lent des valeurs sociales qui faisaient de la civilisation humaine ce qu’elle était.  C’est le début de l’apparition de la pornographie et de la consommation de drogues à visage ouvert et de leurs conséquences sociales malheureuses.
Ø  Le culte de la jeunesse :           Les jeunes, plus ouverts à l’innovation technologique, à la découverte recherchent une émancipation précoce, sociale, professionnelle et souvent politique. On passe ainsi du phénomène d’imitation des gens d’âge et d’expérience par les jeunes, à un phénomène inverse : le désir de “revenir en arrière“.
Intelligence Sociale :
Ø  Capacité à comprendre les émotions et les attitudes des autres envers soi.
Ø  Capacité à comprendre les tendances, les mouvements et les conditionnements de la société.
Ø  Capacité d’évaluer le jugement dans des situations sociales, la détermination de l’état mental sous-jacent à un message, la mémoire des noms et des visages, l’observation du comportement humain et le sens de l’humour
Ø  Capacité d’une société ou d’une institution à identifier des problèmes, colliger l’information pertinente sur ces problèmes, et diffuser, traiter, évaluer et ultimement agir sur cette information[4].
Ø  L’intelligence sociale comprend des aptitudes appartenant au domaine des opérations comportementales,
Ø  Ensemble de capacités à donner une signification organisée (à valeur prédictive et explicative) aux interactions sociales, aux personnes (y compris soi-même) et à leur fonctionnement,
Ø  L’intelligence sociale, c’est la capacité que l’on a à utiliser son environnement social[5].
Ø  une forme spécifique d’activité cognitive qui traite les relations sociales entre l’Individu et les autres membres de la société, (Alison Jolly et Nicholas Humphrey).
Ø  Capacité de bien s’entendre avec les autres, de convaincre les autres de collaborer avec nous et de gérer les conflits[6]
L’intelligence sociale anime une large part des comportements[7].
4 – L’ENVIRONNEMENT CULTUREL, (OU SOCIO-CULTUREL) :
Tous les acteurs formant l’ensemble d’un marché, (consommateurs, utilisateurs, producteurs, prescripteurs, distributeurs, vendeurs, etc…), sont profondément influencés par leur culture. En fait, tout être humain nait et grandit dans un milieu social à caractère culturel distinct, caractère qui lui permet d’agir, de se comporter et de remplir les tâches qu’attend de lui l’environnement social auquel il appartient.
Sans vouloir revenir sur une définition du mot Culture, certains composants seraient à rappeler, dans ce qui nous intéresse : les traditions, les croyances, les valeurs morales, les connaissances et les partages communs.
Trois facteurs y sont principalement observables :
Ø  Le facteur de l’éducation, ou toutes les connaissances que l’individu acquiert durant sa vie,
Ø  Le facteur de l’enseignement, ou toute la diffusion des connaissances qu’il a vers d’autres pôles de réception,
Ø  Le facteur de culture personnelle que chacun acquiert au fil des ans au contact d’activité ou d’évènements divers.
L’environnement culturel, qui varie d’un pays à l’autre, d’une communauté ou d’une ethnie à l’autre, est difficilement influençable dans le sens où la culture acquise représente un ensemble de croyances, de connaissances, d’habitudes de penser, de moralité, de valeurs morales, etc… Cependant, et comme nous l’avons déjà dit, la fréquentation des communautés d’origine différente, on pourrait se poser la question suivante : existe-t ‘il, à la longue, une osmose possible entre ces sous-cultures dans les pays d’immigration ? Et quel visage cette culture prendrait-elle ?
Par l’observation des influences inter-environnementales, on remarque que c’est particulièrement l’environnement technologique qui sape petit à petit les fondements de l’environnement culturel. Il n’y aura plus, bientôt, de culture nationale ni de conservation de son patrimoine, puisque la technologie, par le réseau internet, non seulement met à la disposition de tous la culture de chaque pays, mais permet l’accès à des cultures diverses. Il n’y aura plus qu’une culture globale, ou mondiale si l’on veut, avec des approches caractéristiques à des régions que l’on déterminera suivant les besoins de la connaissance.
Intelligence Culturelle : faculté de faire émerger des connaissances au départ de déductions, d’inductions ou de conclusions issues de recherches ou d’analyses de connaissances déjà acquises.
5 – L’ENVIRONNEMENT ECONOMIQUE :
L’environnement économique c’est surtout l’ensemble des mouvements économiques concernant la production, la consommation, les ventes internes et externes, les études et analyses concernant les PNB, PIB, etc…
Des critères économiques, seront pris en considération lors d’études et de recherches, comme :
Ø  L’évolution des prix,
Ø  La croissance des revenus, ou leur stagnation,
Ø  Le taux d’inflation, dont la conséquence principale est de pousser le consommateur vers des produits moins chers, les points de vente les plus compétitifs,
Ø  Le taux de croissance de la production,
Ø  Le taux d’emploi : population active, chômage, recyclage, marché noir, etc…
Ø  Les volumes de consommation,
Ø  L’exportation, (production locale totale ou transformée),
Ø  L’importation des produits de consommation ou d’utilisation, important facteur riche en information permettant l’établissement de stratégies Marketing,
Ø  Le PNB, PIB, etc…
Ø  Les voies et moyens de Communications,
Ø  La Communication, en général, prise sous tous ses aspects,
Ø  L’étude des dépenses des consommateurs qui ne sont pas seulement liées au revenu mais également à l’épargne et au crédit,
Ø  Le développement du crédit qui est un des principaux facteurs de croissance de l’économie nationale, puisqu’il permet à de nombreux consommateurs d’acheter au-delà de leurs ressources, et c’est ce qui a permit la création de nouveaux emplois,
Ø  Etc…
Mais les facteurs qui nous intéressent plus spécialement, ici, sont aussi de trois niveaux d’importance, et qui vont nous permettre de mieux comprendre le comportement de l’environnement humain :
Ø  Le facteur de revenus financiers : c’est ce facteur qui va déterminer l’accès et le choix des produits achetés.
Ø  Le facteur des dépenses mensuelles : c’est l’obligation de régler les frais d’entretien et de maintenance de vie classique : factures, loyer, alimentation, etc…
Ø  Le facteur de l’épargne. C ’est un facteur de décision et surtout de choix. En premier lieu, l’épargne représente le « bénéfice » du mois de travail, après avoir réglé les frais fixes, et isolé les montants d’entretien. Ce « bénéfice » sera divisé en deux : la première part restera à la banque, (quand les conditions le permettent), en prévision d’un futur incertain, et la seconde servira aux frais de loisirs : sorties, voyages, vacances, habits, cadeaux, etc…
Nous pourrions peut-être, proposer les équations suivantes :
Ø  Si le revenu est supérieur aux dépenses (R>D) l’épargne individuel se crée,
Ø  Si le revenu est inférieur aux dépenses (R<D) la dette s’installe et crée une boule de neige dont les conséquences sont graves au niveau individuel et même national,
Ø  Si le revenu est égal aux dépenses (R=D) une situation d’insatisfaction, et peut-être d’angoisse, peut apparaitre.
L’environnement économique reste un environnement influençable en lui-même, par les apports, ici encore, de la technologie. Beaucoup de produits font leur apparition et apportent avec eux de nouveaux rapports qualité-prix de plus en plus en faveur de l’individu.
Au lu de ce qui précède, la question de la véracité et de la crédibilité de la définition proposée par différentes sources de l’Intelligence Économique se pose :
Ø  Intelligence Économique, qui se définirait comme l’aboutissement, l’organisation des diverses disciplines liées à la recherche et à la gestion de l’information dans le but de cerner précisément l’environnement concurrentiel de l’entreprise.
Ou
Ø  L’Intelligence Économique serait-elle la capacité des nations de créer des systèmes de production et de distribution de produits et de biens en fonction de la demande[8] des marchés ?
6 – L’ENVIRONNEMENT TECHNOLOGIQUE :
Notre époque est principalement caractérisée par un développement technologique accéléré et unique. Le XXe siècle a été qualifié du terme le siècle de la vitesse et le XXIe aura toutes les chances d’être surnommé le siècle de la technologie. Quelqu’en soit le qualificatif choisi, la technologie exerce une profonde influence aussi bien sur les entreprises que sur le comportement de l’individu.
Dans le premier cas, ce développement va inciter à pratiquer des politiques d’innovations à tous les niveaux, et permettre d’appliquer des méthodes de plus en plus scientifiques.
Dans le second, celui de l’individu, le problème semble plus grave : la technologie va-t’elle trouver des suppléants à l’homme ? Dans cette dimension, comprenons bien ce qui se passe : la technologie facilite à l’extrême, la vie de l’homme et, d’une certaine manière, le rend plus paresseux dans le sens où l’effort mental se réduit petit à petit favorisant (peut-être) le reflexe comportemental physique. L’exemple le plus marquant est montré dans l’observation des étudiants qui inconsciemment se rassurent d’éviter les échecs grâce à Internet. Puisqu’Internet est un immense espace d’information et, à la limite, un merveilleux et complet mode d’emploi, retomber sur ses pieds est plus garanti qu’auparavant. Pourquoi donc, alors se casser la tête ?
Il serait dangereux pour la civilisation de considérer que ce XXIe siècle puisse devenir le siècle de la paresse !
Les principales dimensions de l’évolution technologiques sont :
Ø  L’accélération du progrès technique,
Ø  L’innovation sans limites,
Ø  L’accroissement des budgets de recherches,
Ø  La réglementation croissante de la technologie, (lois, normes de sécurité et de santé, etc…),
C’est l’environnement qui connaît, d’autre part, un bouleversement perpétuel constant et continu en ce qui concerne l’état et l’évolution des techniques et matériels de production. Il ne peut donc être fixe ni dans le temps, ni dans l’espace, ni même dans le produit qu’il fabrique et auquel il donne naissance.
S’il offre l’avantage de la découverte et de l’application de nouvelles manières de produire plus et plus facilement, grâce à un équipement de plus en plus modernisé, et d’offrir des coûts de production inférieurs, il n’en n’offre pas moins des inconvénients majeurs, et dont le moindre est le changement rendant obsolète le matériel de pointe.
Ce qui nous intéresse de considérer c’est, tout d’abord, le facteur dit de « computérisation » ou ce phénomène envahissant de l’ordinateur, non plus au niveau professionnel, mais bien à celui de la maison. On assiste de plus en plus au fait que l’ordinateur s’infiltre dans la vie quotidienne. Cela aurait pu commencer par le fait du père de famille qui s’équipe d’un PC afin de poursuivre son travail chez lui, puis par celui des enfants d’abord intéressés par la technologie des jeux puis par celui d’Internet.
Mais cela va encore plus loin. Il existe des « programmes » qui font « marcher » la maison par une diffusion d’instructions aux différents objets fonctionnels : réveil matin, électro-ménager, sécurité, éclairage, etc…
D’autre part, un autre facteur commence à s ’introduire fortement dans les industries nationales : la robotisation, ou le remplacement de la main d’œuvre humaine par la machine. Cela fait déjà plusieurs années que beaucoup d’industries fonctionnent au moyen de robots, principalement l’industrie automobile où la main-d’œuvre humaineest réduite à sa plus simple expression. Cela veut-il dire qu’un jour l’Homme sera inutile ? Inactif ?
L’environnement technologique, s’il a un rôle d’influence important sur les autres types d’environnements, n’en est pas moins influençable par les exigences de plus en plus contraignantes des consommateurs. Ces derniers agissant sur une forte demande de produits plus fonctionnels, plus «libéralisant », vont agir sur l’évolution des techniques de production.
Intelligence Technologique : capacité d’une entreprise à choisir et à utiliser la technologie comme moyen de développement et d’évolution
7 – L’ENVIRONNEMENT INSTITUTIONNEL OU POLITICO-LEGAL :
Cet environnement est représenté par toutes les institutions officielles étatiques, qui créent l’ensemble des lois et des règlements relatifs à la société, à la production, la distribution, la vente, l’exportation, etc… de tous les produits. Il est aussi reconnu sous le nom d’Environnement Légal, puisque ces institutions contrôlent les normes de production, de qualité et de sécurité qu’elles imposent dans le cadre de la protection des consommateurs et des entreprises.
C’est un environnement qui affecte de plus en plus les décisions commerciales. Le système politique et son arsenal législatif, réglementaire et administratif définit le cadre dans lequel les activités sont mises en œuvre. Il est de plus en plus appelé à intervenir fréquemment dans la vie de la consommation, de la production et de la qualité de vie. Son intervention est surtout marquée par les politiques de crédits, les taxes et impositions et les principes de protection de la production nationale.
Cet environnement, dans le cadre qui nous intéresse, comporte trois facteurs, (encore !) :
Ø  Le facteur Loi : où les règlements de vie en société régis par l’Etat et les institutions concernées,
Ø  Le facteur Législation : où le besoin en nouvelles lois pour développer les relations économiques et sociales internationales,
Ø  Le facteur Droit : où les droits de chacun doivent prévaloir.
L’environnement politico-légal est peu influençable par l’apparition de nouveaux produits à caractères d’influence sur le comportement, car aucun produit ne peut être un facteur de lois. Par contre, il est très important de considérer que les propriétés nouvelles, les implications et les effets de produits de conception nouvelle, les ingrédients utilisés (particulièrement dans la production des médicaments) peuvent agir sur la décision de créer des lois de protection de la société, comme cela a été le cas lors du vote des lois contre l’utilisation, en France et en Europe, d’hormones dans l’élevage des poulets et des bovins, abandon d’éléments de conservation à tendance cancérigène, etc…
Intelligence Institutionnelle :
-        Pour mieux réguler les systèmes et organisations dans un monde en réseau[9],
-        Ensemble d’Intelligences relatives aux institutions
-        Intelligence d’Entreprise
Intelligence Légale ou Intelligence de la Loi : Capacité d’un système de droits et d’obligations, de régulariser des comportements d’individus ou d’entreprises conforme à des intérêts personnels ou collectifs dans une optique de protection.
Intelligence Politique : faculté de concevoir et d’appliquer des procédures ou des plans en fonction d’intérêts idéologiques, nationaux, d’entreprises ou personnels.
8 – L’ENVIRONNEMENT ECOLOGIQUE, (OU NATUREL) :
L’espace de vie, cet environnement naturel qui nous entoure et qui procure les principes mêmes de la vie, représente surtout ce cadre dont nous avons besoin et sans lequel nous ne serions pas. C’est à cause de la grande activité industrielle, que l’on a commencé à s’inquiéter sur les conséquences de l’activité industrielle sur le cadre naturel. Comme exemple, nous pouvons citer la catastrophe de Tchernobyl, l’émanation de gaz toxiques par certaines usines de transformation, l’effet de serre, le réchauffement climatique, etc…
La nature, qui est la source de toute vie, doit être protégée aussi bien des déchets industriels que des déchets individuels que la voirie a dans beaucoup de pays, des problèmes à faire disparaître. Ceci devrait faire appel à une plus grande responsabilisation individuelle. La pollution fait rage et est la source d’épidémies souvent ravageuses.
On parlera donc de responsabilité sociale.
Intelligence Ecologique : capacité d’un environnement à se protéger contre la pollution issue aussi bien des déchets individuels ou industriels et de régénérer un système de vie équilibré et autoprotectioniste.
9 – L’ENVIRONNEMENT PROFESSIONNEL :
Cet environnement consiste surtout dans l’appartenance à des types de profession bien déterminée. Etre ingénieur, médecin, avocat, c’est appartenir à des ordres qui ont une culture, des règlements qui servent à protéger une conception de vie professionnelle, à la développer et à l’entretenir.
Dans cet environnement professionnel, diverses relations s’établissent et influencent constamment le comportement social puisqu’il est, lui aussi, souvent, entaché de « compétitivité » professionnalo-sociale. Cette influence va principalement agir sur le choix et la décision d’action dans le cadre particulier d’un certain conformisme social. « Faire comme tout le monde » mais avoir sa propre personnalité, c’est-à-dire ses propres critères de choix et d’action.
Intelligence Professionnelle : faculté issue de l’expérience professionnelle tirée d’une seule activité, permettant d’appliquer des méthodes de travail éprouvées,
10 – L’ENVIRONNEMENT DE TRAVAIL :
Cet environnement concerne particulièrement le lieu de travail, l’Entreprise qui emploie. Quand une Entreprise engage un personnel, elle insère différentes politiques dites « de personnel » afin de créer un certain bien-être physique et psychologique adéquat et dans le but de maximiser la participation des effectifs humains qui composent sa principale ressource stratégique.
Dans cet environnement, les relations qui vont s’établir sont de trois sortes :
Ø  Celles ayant rapport avec l’administration de l’Entreprise et qui sont fortement marquées par le respect de la hiérarchie. Sans vouloir vraiment parler de niveaux de relations, notons que dans beaucoup d’Entreprises la relation est entachée du principe « autorité suprême – état de soumission » plus ou moins lourde à supporter. Dans ce cas l’influence est directe et la pression constante.
Ø  Celles ayant rapport avec les pairs, où les relations d’influence sont plutôt marquées par des rapports d’équilibre. Cependant, c’est un niveau où les conflits sont souvent observés, et souvent courants. Les rapports de force, d’influences et de recommandations sont en constante opposition et d’importance. Ils créent des tensions sociales lors d’évaluations et de promotions. Des facteurs de déception, de mécontentement, d’avis différents, d’opposition de conception des choses, des jalousies, etc… qui apparaissent et rendent les relations inter-sociales tendues ou difficiles.
Ø  Celles ayant, enfin, rapport avec les subordonnés. Elles ressemblent à celles de l’administration, mais où la pression se fait parfois plus sentir dû au fait de l’exécution des tâches. Cependant, il est important de noter que dans ce cas précis, les relations entre pairs subordonnés sont de quatre catégories : professionnelles, sociales, de complicité et d’intimité. C’est à ce niveau que les influences sont plus marquées car elles se rapportent le plus souvent aux conditions de vie beaucoup plus qu’aux conditions de travail. Prenons, par exemple, le cas extrême du mécontentement. Par complicité et par solidarité, il se répand rapidement. Dans ce cas on parlera beaucoup de sociabilisation organisationnelle car dans le règlement des conflits, la direction des Ressources Humaines devra prendre en considération le fait que le conflit, s’il existe entre deux individus, a une solution qui concernera aussi l’ensemble du personnel.
Dans cet environnement, l’Intelligence Relationnelle est le principal catalyseur de coopération et de coordination aussi bien des activités que des relations humaines.
Ainsi, dans cet environnement les relations inter-personnelles vont se classer en plusieurs types distincts :
Ø  Les relations professionnelles d’échanges d’information ou de techniques de travail, de coopération, d’assistance et de coordination des efforts,
Ø  Les relations sociales qui réunissent les employés entre eux sur un sujet aussi bien interne, (conditions de travail, etc…), qu’externe et qui aboutissent souvent sur des relations extra-professionnelles, c’est-à-dire les fréquentations hors lieu de travail. Ceci se traduit par la fréquentation de mêmes lieux de loisirs et la participation dans des activités communes,
Ø  Les relations personnelles d’amitié, donc un échange plus profond entaché de confiance et d’estime socio-culturo-professionnel,
Ø  Les relations de complicité qui se traduisent particulièrement par l’adoption d’une même attitude face à un problème individuel ou commun. Cet dans ces relations que naissent les accords d’arrêt de travail pour grèves, revendications ou manifestations quelconques. Elles sont souvent sources de conflits professionnels et hiérarchiques,
Ø  Les relations d’intimité ou l’établissement de liens personnels.
Ø  Les relations conflictuelles, dont nous avons parlé plus haut, et mises en relief par des rivalités internes de postes, d’autorité, de pouvoir, de responsabilités, de chevauchement de tâches, etc…
Dans cet environnement, la note la plus importante est celle ayant rapport au phénomène enseignement – apprentissage. Au contact des autres, chacun peut développer ses connaissances, ses compétences et ses aptitudes tout en diffusant son propre savoir. Le facteur de rectification des procédés personnels de travail ainsi que les non moins importants d’auto-correction et d’auto-adaptation engage l’individu a une auto-évolution constante, basée sur sur une auto-évaluation constante. Apprendre soi-même et apprendre aux autres directement ou par observation sont des phénomènes observables couramment, mais à des niveaux différents dépendant de la volonté d’échange établie entre les membres d’une même équipe, d’un même groupe ou de l’ensemble des ressources humaines.
11 – L’ENVIRONNEMENT DES LOISIRS :
L’environnement des loisirs qui, par excellence, est un environnement de défoulement, de relaxation, d’oubli mais surtout de distractions et d’évolution culturelle personnelle. Mais il est trop souvent teinté aussi de défis, d’image personnelle, mais aussi de conception de vie et de choix plus libre. D’où le sentiment total d’indépendance, de liberté de choix et surtout l’esprit d’aventure qui dicte une forte prise de décision en faveur d’un type de loisirs particulier.
Dans cet environnement certains facteurs agissent sur le comportement et la prise de décision :
1.        L’emploi et les conditions qui s’y rapportent,
2.      L’état et l’évolution des conditions de vie individuelle et/ou collective,
3.       Le niveau et la qualité de vie,
4.      Les lieux de loisirs et leur sélection en fonction de leur fréquentation,
5.      La disponibilité de revenus substantiels ou suffisants à l’accessibilité de produits variés aussi bien dans leur valeur que dans leur qualité,
6.      La disposition, ou la prédisposition à l’achat,
7.      La pollution,
8.      La santé,
9.      Etc,
12 : L’ENVIRONNEMENT DE CONSOMMATION :
Cet environnement est aussi, et peut-être, celui qui porte une très grande influence sur le comportement de l’individu. Ce dernier se trouve constamment en contact avec différents types de produits et services de fonctionnalité et de qualité différente aussi bien que de leur pays d’origine. Suivant l’état de ses revenus financiers, il n’a accès qu’à une simple catégorie de produits ou de services et tente d’en acquérir de meilleur au prix de sacrifices et de privations. Ici encore, rappelons que les produits et services appartiennent à des catégories différentes et qui s’obtiennent différemment :
Ø  Ceux qui ont une fonctionnalité certaine, et qui s’adressent avant tout à l’individu rationnel,
Ø  Ceux qui sont conçus et qui s’achètent en fonction d’une image sociale
Ø  Ceux qui servent à faciliter les tâches quotidiennes, comme l’électro-ménager automatique et l’ordinateur professionnel,
Ø  Ceux qui ne concernent que les loisirs et dont le but est le défoulement, la relaxation mais qui souvent font appel à la performance et à l’endurance,
Ø  Ceux qui sont recherchés en fonction de rivalités diverses,
Ø  Ceux qui sont achetés par les autres,
Ø  Etc…
C’est la technologie de pointe qui, concevant des produits et services nouveaux, élève le niveau de vie et plus le produit est performant, plus le service est complet, plus l’individu a une tendance certaine à vouloir se l’approprier.
Notons aussi un point important : le style de vie importé. Ainsi, au contact des produits, et des marques étrangères, non compris les marques et produits étrangers fabriques localement, une culture de vie différente est importée. Ainsi, beaucoup de jeunes veulent vivre à la mode américaine, ou adoptent d’autres styles de vie (extrême-orientale principalement) avant de revenir aux traditions nationales qui, si elles ne sont pas totalement reprises, influent sur le comportement individuel.
Pourrait-on alors parler de personnalité de consommation en ajout à la personnalité des consommateurs ?
13 – L’ENVIRONNEMENT GEOGRAPHIQUE :
Environnement très proche de l’environnement écologique, il se distingue par la nature du pays : montagnes, plaines, bords de mer ou mixte et par des caractéristiques climatiques. Les facteurs qui s’y découvrent sont assez nombreux, mais distinguons ceux qui ont une influence directe :
Ø  Le facteur de distances entre d’un côté le lieu résidentiel et le lieu professionnel et de l’autre le lieu de résidence et celui des loisirs. Il prend donc en considération principalement la variable temps et celui de la correspondance des moyens de transports.
Ø  Le facteur des saisons, donc les variables à considérer sont les produits correspondants,
Ø  Le facteur climatique, enfin, qui lui va influencer fortement le choix des produits, et celui des loisirs, mais qui influence surtout les types d’agriculture, donc les types de produits consommables,
14 – L’ENVIRONNEMENT DE L’ENTREPRISE :
Si une Entreprise est affectée par son environnement, la réciproque est aussi vraie : elle affecte grandement cet environnement. Ce dernier est formé de nombreux événements qui sont soit créés par elle, soit subis. L’action de l’Entreprise peut être donc un risque d’événements, (risque positif ou négatif), pour l’entourage dans lequel elle existe et fonctionne.
Les événements que crée l’Entreprise peuvent être imaginaires, impossibles, probables, incertains, avec un impact mineur ou des conséquences majeures.
Mais la présence d’une Entreprise dans une région rurale, lui apporte avantages et inconvénients :
  1. Un développement certain au niveau de l’infrastructure de la région : voies et moyens de transports, extension des lieux de résidences, implantation d’hôtels, augmentation de la consommation en ressources hydro-électriques et en carburants, etc….
  2. Un développement moderne des techniques de télécommunication,
  3. Un développement sensible de l’activité humaine : nouveaux emplois et résorption du chômage régional,
  4. Un développement économique mesurable par l’apparition de petites et moyennes entreprises plus ou moins en relations professionnelles avec l’Entreprise principale existante dans cette région,
  5. Un développement accru de l’activité culturelle : écoles, formation professionnelle, séminaires de tous genres,
  6. Un développement important de la vie sociale par la création de lieux de loisirs, divertissements et distractions, (restaurants, cinémas, clubs, etc…),
  7. Une augmentation de la pollution,
  8. Des conflits sociaux, politiques, ethniques, religieux, etc…
Intelligence de l’Entreprise : faculté d’une entreprise à comprendre, à appliquer, à agir et à réagir, à analyser les informations qu’elle recueille afin d’optimiser ses moyens de réussite et de performance.

[1] Voir glossaire des qualificatifs de l’Intelligence dans cgcjmk.blogspot.com
[2] Intelligence Familiale : faculté d’une famille à comprendre une situation et à savoir prendre des décisions au bénéfice de tous les membres.
[3] Hédonisme = Morale qui fait du plaisir un principe ou le but de la vie, (Dictionnaire Larousse).
[4] (Université de Montréal : Bergeron, 2000, p. 3-4)
[6] MULLER J-L., L‘intelligence sociale appliquée au management : décryptage – in Portail de l’Intelligence Collective.
[8] Cette idée sera développée dans un article en préparation L’Intelligence Economique, une autre dimension. NDA.

par Créatis expertise comptable, mercredi 15 juin 2011, 09:40

On entend de plus en plus parler d’intelligence collective. Ce concept d’un groupe qui se mobilise autour de la création et du partage de savoirs et de connaissances est difficile à appréhender. Utopie pour les uns, mode performant d’organisation du travail, vecteur de progrès humain entraîné par les TIC dans la vulgarisation des savoirs pour les autres… Pistes de réflexion.

L’intelligence collective est un concept qui a vu le jour à la Renaissance, autour de « L’océan des savoirs », cette quantité incommensurable de connaissances qui fonde notre société. Il a fallu d’abord identifier les limites de cet océan des savoirs, pour tenter d’organiser les compétences. Ce qu’ont tenté d’accomplir les Lumières, via l’Encyclopédie. La  représentation d’intelligence collective a évolué ensuite,  aux 19e et 20e  siècles, autour des révolutions technologiques successives. Mais c’est la révolution Internet qui lui permet d’être plus qu’un concept. Les outils ERP (Enterprise resource planning, support numérique d’organisation dans l’entreprise), les outils web 2.0 (les wikis, les blogs…) l’ont matérialisée.

L’intelligence collective est au cœur de notre quotidien… sans même qu’on le perçoive. Des piliers parmi les plus fondamentaux de notre société reposent sur ce concept. Pour Pierre Lévy, philosophe et professeur en charge d’une chaire d’intelligence collective à l’université d’Ottawa, « les sociétés contemporaines les plus avancées reposent sur des institutions dont le principal moteur est précisément l’intelligence collective : la démocratie, le marché, la science». L’objectif de l’intelligence collective est de regrouper une société, une communauté autour d’activités d’apprentissage, de retours d’expériences, de perceptions et de résolutions de problèmes. Elle fonctionne ainsi comme une plateforme organisationnelle, exploitant les compétences d’un collectif. C’est elle qui formalise le langage et les codes produits par cette mise en commun. C’est elle aussi que repèrent le philosophe Bernard Stiegler et son association Ars Industrialis dans « l’économie de la contribution », où chacun participe à créer le savoir commun. L’intelligence collective organise les apports de chacun et crée le dialogue dans la société.

Des réalités quotidiennes

Par l’intelligence collective, la société se regroupe en communauté, autour d’activités d’apprentissage, de retour d’expériences, de perceptions et de résolutions de problèmes… Car l’information n’est pas seulement ce qui fait sens, reprend Pierre Levy. C’est également ce qui fait forme, ce qui organise… La notion d’intelligence collective est bien sûr soumise aux critiques. Quand une individualité se met au service d’un collectif, elle prend le risque d’appartenir à ces « foules productrices d’inepties » que dénoncent les sociologues du 19e et 20e siècles Tarde et Le Bon . Si cette critique de la culture de masse s’entend, il n’empêche que c’est bien la norme sociale (école, parents, médias…) qui institue la plupart du savoir que l’individu accumule.

L’irruption des TIC, et des outils collaboratifs, peut faire croire que l’intelligence collective n’est qu’une base de données, qui se matérialiserait seulement par des outils tels que les wikis et autres blogs, en une simple plateforme collaborative… Mais l’avènement des technologies de la communication ne doit pas cacher la part humaine. L’outil favorable que représentent les NTIC n’est pas la condition suffisante à la réussite de l’intelligence collective. Il s’agit d’un collectif convergeant vers un but commun : créer un support de connaissances. La dimension sociale est donc cruciale, puisque l’apprentissage et l’appropriation est la condition de cette intelligence collective… Avec Bruno Chaudet, professeur d’information-communication à l’université de Rennes II, qui s’appuie sur l’anthropologue et sociologue Bronislaw Malinowski du 19e et 20e siècles, il faut sans doute souligner la force structurante de  l’intelligence collective, véritable « institution »  qui intègre aussi bien les outils wikis ou ERP que les tables, les murs et les personnes contribuant à la communauté…

Nouvelles pratiques

Il reste que les nouvelles pratiques apparues dans le champ des plateformes collaboratives ont eu un vrai rôle. Une époque est passée, celle de la division taylorienne du travail avec ces routines des savoirs et des savoir-faire qui répondaient à la demande de production et de consommation de masse. Aujourd’hui, la demande est très personnalisée et beaucoup plus flexible. Le travailleur développe son adaptabilité, le travail se recentre sur des temps différents, des projets multiples, des tâches dématérialisées et interactives… Des nouvelles pratiques qu’illustrent les wikis d’entreprise ou les ERP.

L’intelligence collective n’est en tout cas pas la vulgarisation des savoirs, malgré quelques contre-exemples célèbres. La plateforme Wikileaks, sa divulgation d’informations, voire de secrets d’État, sans contrôle ou presque… Ou encore ces multiples plateformes collaboratives où les origines des contributions sont limitées, et les apports succincts… Cela pointe des limites organisationnelles de l’intelligence collective. Il ne faut donc pas tomber dans une vision idyllique…

Vulgarisation de savoirs ?

Pour Bruno Chaudet, « Il faut bien s’entendre sur la notion de savoir qui est très complexe. Pour ma part, je prends en compte la définition de la sociologie des sciences et des techniques qui définit qu’un savoir n’en est un que s’il en acquiert le statut socio-symbolique(reconnu et partagé socialement). Dès lors, le savoir est aussi une affaire d’institutions et de contexte social- historique. Ainsi, à propos de ces plateformes collaboratives, plutôt que de vulgarisation, sans doute vaut-il mieux parler de distribution générale de l’expertise. »

 

http://obstest.sciencescom.org/

 

octobre 2008, par Jean Heutte

Le présent article suggère que oui et, pour ce faire, il présente une vue d’ensemble des recherches qui ont indiqué certaines voies possibles. Si le bonheur dans la vie est déterminé à un quelconque niveau par certaines caractéristiques d’une personnalité, d’un choix ou d’une attitude qui pourraient être modifiées par apprentissage, il est alors raisonnable de penser que le bonheur peut être enseigné.

Pour les chercheurs intéressés par cette possibilité d’une éducation au bonheur, trois questions se posent.
- Pouvons- nous identifier quelques traits propres aux gens heureux qui pourraient être enseignés à d’autres personnes ?
- Est-ce que ces dernières peuvent apprendre à développer ces traits ?
- Si elles le faisaient, deviendraient-elles effectivement plus heureuses ?

Dans une première publication de trois études (Fordyce, 1977), une série de stratégies pour accroître le bonheur a été utilisée sous différentes conditions ; toutes se montrèrent capables d’augmenter le niveau de bonheur des sujets expérimentaux impliqués. Peu après, Lichter, Haye et Kamman (1980) ont démontré un accroissement du bonheur en utilisant des procédures similaires. Dans un article ultérieur Fordyce (1983) rapportait quatre études supplémentaires réussies que nous avions réalisées (incluant une étude avec suivi d’une durée d’un an). Par la suite, Kowal (1986) (étudiant des patients cancéreux de clinique externe), Wade (1993) (étudiant des professeurs de collège) et Fordyce (1994), dans cinq recherches plus récentes (comparant des classes de collège ayant ou non reçu une éducation au bonheur) ont trouvé des résultats significatifs pour ceux qui avaient été éduqués au bonheur.

UN PROGRAMME DE FORMATION AU BONHEUR

En effet, s’il existe certains traits que possèdent les gens heureux que le reste d’entre nous pourrions apprendre, quels sont-ils et comment pouvons-nous enseigner aux autres à les imiter ?
Un regard rapide aux données recueillies sur le bonheur suggère qu’une telle éventualité soit faible. Beaucoup de données recueillies jusqu’à maintenant semblent associer le bonheur avec le succès, la classe sociale, une bonne santé, l’harmonie familiale, le statut occupationnel, les conditions économiques et politiques, le revenu, le niveau d’instruction et, peut-être le plus accablant de tout, avec des facteurs génétiques, la majorité de ces variables pouvant être difficilement modifiées de façon significative par une personne.
Pourtant, au fil des années, certaines caractéristiques associées à l’atteinte du bonheur sont régulièrement apparues ; ces caractéristiques semblent pertinentes comme base de recherche en vue d’une éventuelle éducation au bonheur.

Le trait fondamental Un : être plus actif et demeurer occupé

De nombreuses études montrent que les gens heureux sont activement impliqués dans la vie. Selon ces recherches, les personnes heureuses remplissent leur vie avec de l’activité et, plus important encore, ils passent plus de temps que la plupart des autres personnes à faire des choses qu’ils trouvent agréables et amusantes.

Cinq types d’activités tirés de la recherche sont présentés comme des principes de base :
- des activités agréables soulèvent plus de bonheur que des activités qui ne le sont pas ;
- des activités excitantes, mobilisantes physiquement semblent générer plus de plaisir que des activités sédentaires et tranquilles ;
- des expériences nouvelles tendent à soulever plus de bonheur que des expériences familières ;
- des activités sociales génèrent plus de bonheur que des activités solitaires ;
- une démarche significative est plus satisfaisante que des divertissements triviaux.

Le trait fondamental Deux : passer plus de temps à socialiser

Une donnée solidement établie dans la recherche accumulée sur le bonheur et la satisfaction de vivre est celle de l’importance jouée par le lien social sur le bonheur personnel. En effet, la majorité des études ont rapporté qu’une vie sociale satisfaisante était le facteur le plus contributif au bonheur.

La plus grande partie de l’impact de la vie sociale sur le bonheur d’un individu repose sur des relations proches et intimes. Les études sur ce sujet nous apprennent que les gens heureux présentent un haut degré de participation à des activités sociales, autant à un niveau formel (organisations, clubs, associations, etc.) qu’à un niveau informel (amis, voisins, collègues de travail, famille étendue, etc.) et que ces interactions contribuent à créer des sentiments importants de satisfaction, de soutien et d’appartenance qui ajoutent à leur sensation générale de bonheur.

Le trait fondamental Trois : être productif dans un travail significatif

Dans la recherche, le bonheur et la satisfaction de vivre ont souvent été associés avec un travail significatif et une activité productive. L’enseignement sur ce sujet commence par une revue de la quantité impressionnante de recherches en sciences humaines qui montrent comment la satisfaction de vivre peut être liée à un emploi satisfaisant et, plus spécifiquement, jusqu’à quel point les gens les plus heureux semblent intéressés et satisfaits par leur travail.

Le trait fondamental Quatre : mieux s’organiser

La recherche sur les gens plus heureux a souvent montré qu’ils sont bien organisés, qu’ils ne remettent pas les choses au lendemain, qu’ils sont efficaces et qu’ils planifient. Une telle organisation ne se manifeste pas seulement dans leur approche quotidienne de la vie, mais aussi dans leurs projets à long terme et dans leur sentiment d’orientation dans la vie. Les gens heureux semblent savoir où ils veulent s’en aller et ils semblent posséder les habiletés organisationnelles pour leur permettre de le faire.

Le trait fondamental Cinq : arrêter de se tracasser

L’une des découvertes majeures sur les gens heureux est qu’ils se tracassent beaucoup moins que la majorité des gens. Ainsi, dans nos cours, nous présentons l’inquiétude comme l’ennemi de base du bonheur ; c’est l’attitude qui mine le plus le bonheur de la personne moyenne. Les étudiants sont réintroduits à l’interdépendance entre les concepts de temps et de bonheur. Parallèlement à la discussion antérieure (que le bonheur d’une personne est proportionnel à la quantité de temps investi dans une activité plaisante), le message est maintenant que le bonheur d’une personne est inversement proportionnel à la quantité de temps passé dans des pensées négatives.

Comme l’inquiétude quotidienne est la forme la plus courante de pensées négatives, on demande aux étudiants de répertorier quotidiennement leurs inquiétudes. Après plusieurs semaines, une analyse du pattern des préoccupations individuelles démontre en général à l’étudiant : a) que la majorité des inquiétudes ne se réalisent jamais et que b) la majorité des préoccupations sont très souvent au-dessus de la capacité de contrôle d’une personne. De tels exercices tendent à démontrer aux étudiants la futilité des inquiétudes.

Le trait fondamental Six : bien ajuster ses attentes et ses aspirations

Cette leçon porte sur le rôle que jouent les attentes quotidiennes, ainsi que les ambitions à long terme sur le bonheur. Elle repose sur un des principes de base de la psychologie (confirmé dans la documentation scientifique sur le bonheur) : notre degré de satisfaction dans la vie ne repose pas seulement sur ce qui nous arrive, mais aussi sur ce que nous anticipons. Tenant compte de la recherche, nous centrons l’attention des étudiants sur quatre points cognitifs spécifiques qui démontrent comment les attentes, les aspirations et la réussite affectent le bonheur :

- Ne pas s’organiser pas être désappointé. Ici, nous soulignons la donnée la plus fondamentale de la « théorie des attentes » : des attentes élevées sont rarement satisfaites et conduisent généralement à la déception, alors que des attentes modérées amènent souvent à plus de satisfaction que prévu. De telles déceptions ou satisfactions ont un effet cumulatif sur l’évaluation d’une personne quant à son niveau général de bonheur.

- Les cultures industrielles surestiment le rôle que joue le succès sur le bonheur. Même si le succès semble apporter une contribution au niveau général de bonheur, la recherche indique que son impact (ainsi que son effet à long terme) est relativement mineur (particulièrement lorsqu’on le compare à d’autres facteurs plus influents sur le bonheur, comme la qualité d’une vie familiale et sociale). Des aspirations visant la réussite ne semblent pas rapporter autant que plusieurs d’entre nous le pensons.

- Le bonheur, dans la majorité des cultures modernes, est faussement perçu comme résultant d’une vie réussie et, parce que le succès est quelque chose qui est généralement atteint tard dans la vie (et seulement après plusieurs années de sacrifice et de travail ardu), la plupart des gens, sans le réaliser vraiment, perçoivent le bonheur comme quelque chose qu’ils doivent remettre à plus tard, attendant que cette réussite se réalise enfin. Les gens heureux ne tombent pas dans ce piège culturel. Ils n’attendent pas pour être heureux. Ils voient que « le bonheur est une façon de voyager plutôt qu’un lieu à atteindre ». Nous suggérons ici, comme nous le faisons souvent avec les traits fondamentaux, que le secret d’une vie plus heureuse repose généralement dans le présent et non pas dans un futur différé et incertain.

- Les gens heureux obtiennent ce qu’ils veulent parce qu’ils veulent ce qu’ils sont capables d’avoir ! L’évidence montre que les gens plus heureux ont tendance à choisir des objectifs à l’intérieur de leur capacité, obtenant du fait même succès après succès. Les gens malheureux, eux, présentent des ambitions presque impossibles à réaliser et perçoivent leur vie comme une série d’échecs. Le bonheur semble plus associé à des succès dans des objectifs que l’on peut atteindre qu’à des échecs dans la quête des étoiles.

Le trait fondamental Sept : développer une pensée positive et optimiste

Une pensée positive et optimiste est peut-être le trait le plus caractéristique des gens heureux qui a été rapporté dans la documentation scientifique. Tenant compte de cela, il faut comprendre la relation entre une attitude optimiste et positive et le bonheur : le bonheur d’une personne est perçu comme étant grandement déterminé par le genre de pensées qui habitent son esprit durant une journée. Plus ces pensées sont plaisantes, plus une personne éprouvera des émotions positives.

Le trait fondamental Huit : être orienté dans le présent

Longtemps reconnu comme une caractéristique majeure de l’actualisation de soi, la recherche a trouvé que les personnes heureuses sont très « orientées vers le présent », c’est-à-dire qu’elles investissent plusle présent et semblent extraire un maximum de plaisir de ce qu’offre chaque jour.
Le bonheur est beaucoup plus disponible dans « l’ici et maintenant » que dans le « là ou ensuite ». Les gens heureux semblent mieux apprécier leurs journées que les gens malheureux, surtout parce que leur attention n’est pas colorée par les regrets et les ruminations par rapport au passé ou par les inquiétudes face au futur.

Le trait fondamental Neuf : travailler sur une personnalité saine

En dépit de la critique sociale occasionnelle qui avance que toute personne qui est heureuse dans la société d’aujourd’hui doit « avoir perdu la raison », les résultats dans ce domaine (utilisant pratiquement tous les instruments et tests cliniques standardisés disponibles) ont démontré que les gens heureux sont très sains mentalement et significativement plus libres de symptomatologie et de plaintes psychologiques que la population en général.
Quelques principes de santé mentale de base :
- aimez-vous,
- acceptez-vous,
- connaissez-vous,
- aidez-vous.

Le trait fondamental Dix : développer une personnalité engageante

En plus de l’optimisme, le trait de personnalité le plus rapporté chez les gens heureux est l’extraversion. Ainsi, surtout parce que le bonheur apparaît plus élevé pour ceux qui jouissent d’une vie sociale active : il est important de devenir une personne plus sociable, plus engageante, tant sur le plan cognitif (en expliquant l’importance de l’extraversion comme voie majeure à une vie sociale plus heureuse) que sur le plan comportemental (en termes de techniques comme sourire davantage, reconnaître les autres, initier la conversation, ainsi que d’autres options qui permettraient d’élargir leurs contacts sociaux).

Le trait fondamental Onze : être soi-même

Les recherches de personnalité portant sur les gens heureux rapportent qu’ils ont tendance à demeurer eux-mêmes. Des termes comme « naturel », « spontané », « authentique », « sincère », « à l’aise », « honnête », « expressif », « franc », « réel », « ouvert », ainsi de suite, apparaissent souvent dans la documentation scientifique.

Le trait fondamental Douze : éliminer les sentiments négatifs et les problèmes

Ce trait fondamental est introduit comme avertissement par rapport à tout le reste du cours sur le bonheur. La plus grande partie du contenu éducatif de ce cours s’adresse à une assistance « normale », libre de difficultés psychologiques significatives.

Le trait fondamental Treize : les relations intimes sont la première source de bonheur

Les sondages internationaux ont traditionnellement montré que, de tous les facteurs étudiés, les liens du mariage et de la famille se sont avérés la plus importante source de bonheur, quel que soit le revenu ou le niveau social ; des décades de recherches sur le bonheur l’ont aussi confirmé : « les relations proches sont la première source de bonheur. »

Le trait fondamental Quatorze : valoriser le bonheur

Le trait fondamental final s’intéresse à la place qu’accorde une personne au bonheur dans ses priorités générales. Les gens les plus heureux semblent accorder une plus grande valeur au bonheur, au bien-être subjectif et à des concepts similaires que ne le font d’autres personnes.
En effet, plusieurs personnes heureuses font du bonheur leur plus importante préoccupation dans la vie, alors que les gens plus malheureux tendent à faire peu de cas du bonheur.
De plus, les gens heureux semblent avoir beaucoup réfléchi à leur bonheur, comme en témoigne leur capacité à en donner des définitions plus adéquates. Ils ont une intuition plus pénétrante sur les sources fondamentales du bonheur, une plus grande sensibilité aux émotions heureuses et une meilleure appréciation de celles-ci dans leur vie. Le point ici est que l’atteinte du bonheur peut bien être liée à l’importance du désir d’être heureux et à la valeur que quelqu’un lui accorde.

P.-S.

Fordyce, M. W. (1997) ÉDUCATION AU BONHEUR , Revue québécoise de psychologie, vol. 18, n° 2, 1997 Edison Community College (États-Unis)

Traduit et adapté de l’anglais par Pierre Cousineauhttp://www.rqpsy.qc.ca/ARTICLE/V18/…

Préambule

On envisagera tout d’abord une éthique de la compréhension comme une écologie de l’ouverture dans les projets sociaux complexes. Si les projets sociaux complexes peuvent être considérés comme des systèmes ouverts loin de l’équilibre, à importants flux d’énergie et d’information entraînant une chaotique perte de références, ils nécessitent pour leurs acteurs une réassurance sur des points d’ancrage assez larges tels que l’éthique et la reliance. Lesquels points construisent alors le projet autant qu’ils sont construits par lui.

« L’action intelligente exige la reconnaissance de ce tiers inclus dans la relation entre l’action et la réflexion, entre l’expérience et la connaissance, entre Pragmatiké et Epistémè : l’éthique, ce creuset téléologique sur lequel il nous faut sans cesse souffler consciemment pour que l’expérience qu’éclaire l’éthique puisse se transformer en « nouvelle connaissance transformant les connaissances qui l’ont créée »(Edgar Morin) »[1]

Ethique de la compréhension

La voie de l’éthique est dans la compréhension »
Edgar Morin[2]

« Travailler à bien penser »[3]

Depuis deux ans, l’activité de consultance m’a amenée à accompagner des projets au sein de collectivités territoriales. Celles-ci se voient en effet conférer de nouveaux pouvoirs, dont ceux d’organiser leur action commune, en vue d’une meilleure réponse « de proximité »[4] aux citoyens.
Jusqu’alors, l’Etat, relayé par le Préfet, représentait le seul décideur.
L’action publique connaît désormais un nouveau paysage: elle doit s’organiser dans, par, et avec un territoire.
Outre le fait que ce territoire est le plus souvent à construire comme donnée opérationnelle produisant les nouveaux questionnements de l’action publique, les collectivités locales n’ont que peu la culture d’une réponse partenariale.
Malgré ce, le contexte de leur action peut se percevoir comme complexe: sont effectivement tissés ensemble des logiques différentes d’acteurs, tels que le Département, les Associations locales, la Commune, quelquefois l’intercommunal, le citoyen, les professionnels ; des interactions plus ou moins visibles entre ces acteurs, induites souvent par l’Histoire du territoire ; et des niveaux de décision enchevêtrant le politique, le stratégique et l’opérationnel. Auxquels on peut adjoindre la « duplicité » du niveau stratégique, éclaté entre l’Europe et le Département, le retrait partiel de l’échelon national créant plutôt une situation de « double bind » que de simplification pour les collectivités locales (« inventez, mais dans les limites que l’on vous impose ! »).
« Le problème des relations entre collectivités locales n’était pas déterminant avant 1982, parce que le préfet se situait au centre du système et pouvait à tout instant arbitrer entre les élus locaux(..)La décentralisation et la marginalisation du préfet renouvellent la situation (…) l’ensemble s’inscrit ainsi dans le modèle des « relations intergouvernementales » qui impliquent une certaine collaboration des centres de pouvoir qui ne peuvent s’ignorer. »[5]
Qui ne peuvent s’ignorer mais qui ne savent se reconnaître, habitués qu’ils étaient à l’échange binaire avec l’Etat. Ni avec toi, ni sans toi ! : voilà qui pourrait résumer la nouvelle référence de l’action publique décentralisée.
Tous les acteurs concernés par cette décentralisation veulent /doivent donc construire une autre réponse, sur fond de référence élargie (tel l’élargissement du temps et de l’espace prégnant désormais pour tout citoyen du monde[6]): une réponse locale, certes, mais qui ne peut émerger qu’ en contexte européen, voire mondial : comment l’arrivée de la Chine sur le marché français du textile par exemple pourrait-elle ne pas influencer la vie économique et sociale d’un Département ?
Ces références étendues du paysage de l’action locale appellent une nouvelle logique, un nouveau savoir-faire ensemble. Mais les acteurs recherchent dans leur formatage passé le modèle de cette action locale, alors qu’il est à créer. Si Edgar Morin parle de « dialogique »[7] (« unité complexe entre deux logiques, entités ou instances complémentaires, concurrentes et antagonistes qui se nourrissent l’une de l’autre ») l’action collective décentralisée semble nécessiter au moins une multilogique, tant elle a besoin d’assembler des groupes de contraires conflictuels : le financier/social n’a pas moins d’importance dans le champ d’une décision locale que le juridique/pragmatique ou que le développement durable/intérêt immédiat ou encore que la responsabilité politique/subsidiarité.
Le cheminement vers cette multilogique commence avec l’extension des problèmes à une problématique. C’est-à-dire élargir le cadre de pensée de chacun des acteurs en présence pour leur permettre de se rejoindre en amont. Un projet de territorialisation de l’action sociale[8], par exemple, c’est tout d’abord trouver une meilleure réponse aux problèmes sociaux des usagers de ce territoire. A part l’injonction stratégique, la loi ne dit pas le « comment-faire » (elle ne le sait d’ailleurs pas).
On peut bien entendu en déduire qu’il faut commencer par établir un diagnostic socio-économique du territoire en question.
Mais il se fait que tous les acteurs, qui détiennent un petit bout d’information sur ce territoire où ils oeuvrent, ne savent pas le mettre en commun car ils ne l’ont jamais fait ni n’ont été formés pour cela, puisqu’au fur et à mesure que chacun confronte ses données, un nouveau concept de territoire naît.
Il s’ensuit que chacun fait son diagnostic avec ses informations en croyant qu’il est la réalité exhaustive, qu’il peut donc imposer aux autres acteurs, d’une part parce que la relation d’autorité est rassurante, d’autre part parce qu’elle copie la relation que l’Etat a toujours entretenue avec ses prolongements provinciaux (héritage des fermiers généraux ?)
Tant que lesdits acteurs fonctionneront ainsi, ils répondront en termes de bout de solution .
On assiste donc à l’émiettement des construits, partiels et partiaux (d’autant que chacun défend son appartenance, institutionnelle ou autre, même si en interne, il critique sévèrement cette Institution), renforcés par les cadres de la réponse institutionnelle, à savoir les dispositifs.
Prenons l’exemple de l’insertion –mais on pourrait aussi bien illustrer le propos par la prévention, ou l’éducatif – Alors que le citoyen vit son chômage, ses problèmes de santé, l’absence de logements sociaux, la mise au rebut scolaire progressive de ses enfants[9], comme un Tout, les acteurs du social lui répondent « dispositif » : RMI, RMA, Fonds de solidarité logement, Fond d’aide au paiement de l’énergie, aides aux frais de restauration scolaire, aides aux devoirs, consultations de PMI, …Quand les Institutions ne se partagent pas encore le sous-dispositif en tranches verticales, par service…
Le travail à mener pour les faire cheminer vers une multi ou méta-logique commence donc par leur faire établir une problématique qui revient au sens et non plus à la forme : « qu’est-ce qu’une action sociale sur ce territoire ? », ou « qu’est-ce qu’une action culturelle sur ce territoire ? » ou encore « qu’est-ce que l’évaluation d’une action éducative sur ce territoire ? »
Ainsi peuvent-ils commencer à co-construire une représentation élargie de leur action commune en croisant les cadres de références contextuels, par exemple la logique de la politique jeunesse de l’Etat, la logique de l’évaluation, la logique des acteurs de terrain et de leurs différentes institutions ou appartenances, la logique d’un ou plusieurs dispositifs donnés ( l’Etat les a superposés le plus souvent dans le temps et les Locaux doivent en construire la cohérence).

Alors que peut être « travailler à bien penser » dans ce contexte, que la plupart des acteurs vivent comme chaotique, livrés à cette extension de leur responsabilité sans en trouver le modèle préexistant ?
Comment peuvent-ils passer « d’une logique de guichet à une logique de projet ? »[10]
Ce peut être de comprendre le contexte en acceptant l’innovation de la situation, à savoir l’inadaptation des réponses connues : le croisement d’une organisation centralisée et de solutions localisées ne donne pas de réponse a priori. Les acteurs en sont peu à peu convaincus. Leur reste à inventer de nouvelles opérationnalités, croisant le fond du tableau mondialisé et les rehauts de premier plan au service de citoyens tout proches ( dans la même rue parfois !)
Accepter cette inaptitude des modèles passés est la porte libératrice d’une co-construction de références nouvelles communes de leur action sur le territoire. Cela ne se décrète pas, cela prend du temps, il leur faut aussi résister à la pression des Politiques souhaitant une réponse rapide et visible auprès de leurs électeurs, notamment sur des sujets aussi sensibles que l’action sociale ou l’Education.
Cette courte analyse pour signifier que le principal écueil de la mise en place de ces projets complexes réside bien dans le déformatage intellectuel des acteurs, dans leur résistance à accepter l’absence d’un modèle existant pour leur réponse territorialisée.
Mais une fois que ce paradigme a commencé de chanceler, la co-construction et l’ouverture sont possibles.

Divorce individuel- groupal

Au sein de ces projets, les individus sont, se sentent en rupture de références. Les règles habituelles, formelles et encore affichées ne sont plus opérationnelles, mais le professionnel continue lui d’être évalué par rapport à elles. Dans cette organisation im-pertinente, qui cesse de plus en plus vite de l’être, le sens du « faire » dérive sans cap, l’Homme comme le travail n’y ont plus de sens. Celui-ci est évidé d’un système qui s’auto-ferme peu à peu sur toujours moins de sens. Quand on interroge un professionnel sur un dispositif social ou éducatif, il ne peut en général répondre que par un outil ou un objectif partiel. A la question: « à quoi sert un Contrat éducatif local ? », par exemple, il répondra, selon qu’il appartient à l’Education Nationale ou à une association d’animation: « à apprendre à faire ses devoirs le soir » , ou « jouer au basket ». Le sens transversal de la dimension sociale étendue dont il est pourtant question ne peut être lu, autant dire que le « faire ensemble » qui en découlerait est en conséquence bloqué.
Cela ne veut pas dire que les individus adhèrent à cette éviction du sens de l’action sociale, générée par l’émiettement des réponses face à un contexte qui n’a cessé de s’élargir en se complexifiant. Bien au contraire, beaucoup en souffrent, se sentant écrasés par cette réduction mutilante de leur fonction.
Mais si les individus ont le désir d’élargir la « case » et de poser ensemble une problématique étendue (du style « en quoi pouvons-nous contribuer à améliorer le système éducatif local ? ») le groupe choisit, lui, la fermeture et le repli sur soi, par peur du changement de paradigme, que pourtant il appelle de ses voeux, alors qu’il ne se résout pas à quitter l’ancien. « La crise qu’ouvre le vacillement d’un paradigme, la souffrance qu’elle entraîne ne comportent pourtant pas l’expérience d’un néant théorique, d’un vide conceptuel où un nouvel ensemble théorique convaincant trouverait facilement une place. Au contraire, le paradigme vacillant conserve une importance symbolique considérable dans l’univers conceptuel du système en crise. Il représente encore et malgré tout la sécurité à laquelle on souhaiterait retourner, l’évidence logique et empirique qui organisait le monde, l’identité du groupe. »[11] . L’analyse que font là Yveline Rey et Philippe Caillé s’appliquant aux familles, peut aisément se transférer aux groupes de professionnels devant désormais travailler en milieu complexe, offrant perte individuelle de références du fonctionnement passé, perte d’identité institutionnelle, peur du « faire autrement ensemble ». Parce qu’il reste à inventer, et que pour l’inventer il faut justement renoncer à l’idée même de sécurité, dont le croisement avec le contrat de travail fondait le coeur même du contrat social en Occident : je te donne mon travail, tu me donnes la sécurité.
Pourtant cette fermeture sociétale générant toujours plus du même (que l’on pense aux lignes hiérarchiques supplémentaires que l’on recrée pour mieux répondre aux sollicitations du territoire : en quoi créer des cases supplémentaires permettra-t-il de poser des problématiques élargies ?) supporte et induit la peur individuelle du faire autrement (ensemble). Ce système auto-fermant devient une « société défensive »[12] dont le but est l’auto-protection face à l’incertain. Mais plus le système se ferme à l’incertain et moins il est capable de l’intégrer dans son organisation.
« Une humanité repliée sur elle-même gèrera son triomphe comme un patrimoine à transmettre à des générations futures dépourvues d’audace et de générosité. Ce sont les discours et les pratiques de sécurité qui l’emporteront – qu’ils soient (géo)politiques, religieux, moraux ou psychologiques. Et comme la sécurité absolue (le fameux « risque zéro ») est un leurre, c’est plutôt l’insécurité que suscitera ce désir éperdu. [13]»
Il en résulte peu à peu une rupture du lien individu/société/espèce. Comme le groupe ne (se) permet pas l’ouverture à un nouveau paradigme dans son organisation, ce qui seul libérerait l’individu , celui-ci divorce de plus en plus de l’objectif groupal, tout en ayant conscience qu’il est la priorité de fonctionnement à acquérir, pour que la société renoue avec l’espèce, en une vision élargie et plus présente de l’espèce, concourant à sa sauvegarde. En effet, quelle problématique sociétale pourrait ne pas se relier à l’espèce? Si l’on élargit la problématique en amont, comment ne pas l’étendre au temps futur ? Se préoccuper de poser l’éducatif, le social ou le culturel peut-il s’accommoder du seul court terme ? Voilà qui introduit l’éthique, comme vecteur de sens liant et reliant en une spirale d’ouverture, l’individu, la société et l’espèce, en un nouveau contrat complexe.

Ecologie de l’ouverture

Le contexte entre donc en conflit avec ces projets complexes, que l’on peut voir comme des systèmes ouverts dégradant beaucoup d’énergie et d’information et dont la survie dépend de la permanence des conditions d’ouverture du système. La logique fermante enserrant ces projets complexes, nous l’avons dit, jointe aux représentations et actions groupales autocentrées, bloque l’appel d’air qui enclencherait une auto-éco-ré-organisation par l’ouverture. L’ouverture à une autre représentation du faire ensemble, à la construction d’une vision méta, à l’élaboration d’une plurilogique, à l’aléa comme chance opérationnelle, au paradigme de la complexité enfin, permettrait de commencer à répondre de façon complexe et non réductrice, et donc mortelle pour le système…Il y aurait alors commencement d’ un nouveau contexte où l’ouverture ne serait plus synonyme de peur mais de (sur)vie. L’extension des références que connaît l’individu dans son contexte de vie aujourd’hui s’accommoderait alors d’un élargissement de ses représentations de la société et de l’espèce qui n’a encore jamais existé, mais sur lequel poètes et scientifiques tombent d’accord : « nous sommes frères non seulement des êtres vivants, des plus simples aux plus complexes, mais frères aussi des particules élémentaires, et en même temps des étoiles et du soleil. Je pense qu’on peut trouver là la base sur quoi construire une nouvelle société.[14]»
Alors que le stratégique décrète et que l’opérationnel continue de devoir accommoder, alors qu’il est individuellement conscient de la nécessité d’ouverture pour construire une réponse plus cohérente en situation complexe, l’individu fuit néanmoins devant la responsabilité de faire autrement ensemble, parce qu’elle lui semble trop menaçante. Plus l’individu cherche à sortir de sa case, plus il engendre de peur dans le système, et plus le fonctionnement groupal se referme : la peur d’une exo-référence évidant le sens de l’endo-référence. Et comme la peur s’accroît généralement avec le grade hiérarchique, les « supérieurs » ne sont plus à même de produire l’endo-référence, jadis suffisante comme réassurance du système.
On pourrait schématiser la situation de tels projets complexes ainsi:


Et les projets complexes auto-éco-ré-organisés par l’éthique :

Compréhension de l’éthique

Il faudrait essayer de ressembler un peu à ses idées »
Edgar Morin[15]

Ainsi, si l’extension des références de l’action collective appelle à une dialogique nouvelle responsabilité-solidarité, seule l’éthique peut se comprendre comme point de réassurance dans le pilotage d’une action complexe, d’une part comme vecteur de sens suffisamment en amont, d’autre part comme vecteur de sens gardant le système ouvert, et donc capable de vivre l’aléatoire. L’ouverture fomente l’éthique, qui fomente l’ouverture du système individu/groupe engagé dans un projet complexe.
Mais comment faire accepter l’ouverture à de tels systèmes ?

Injecter l’ouverture

« l’éthique implique la remise en question du statut du sujet connaissant »,
Jacques Lacan[16]

Voici comment on pourrait schématiser la plupart des Organisations professionnelles (administratives mais pas seulement), héritières de ce que nous avons construit à la fin du XIXème siécle :


Les grades hiérarchiques découpent des strates horizontales, les métiers construisent des « silos » de savoir, leur croisement entretiennent des cases enfermant l’individu. La case incite à une représentation individuelle forte, obligeant à s’enfermer pour exister dans le système. La strate hiérarchique incite à une représentation à l’origine par fonctions, mais ce construit collectif s’amenuise peu à peu en situation complexe. Le silo incite à une représentation corporatiste, qui déplaît aux Institutions, qui en fait la combattent. A part de rares corps de métiers, qui s’identifient plus par leur titre que par sa traduction dans le savoir-faire d’une Institution, tels les Psychologues (alors que c’est de moins en moins apparent chez les Médecins) le silo « métier » bloque plutôt une représentation collective de l’action à mener.
On retrouve dans ce reliquat l’organisation rationaliste qui a servi l’action collective pendant quelques siècles avec succès : elle permettait en effet des références fortes, et individuelles, et groupales (voire sociétales : un « chef de bureau » était une fonction signifiante aux yeux de ses proches sur son territoire). Elle permettait à l’Institution la maîtrise des zones d’incertitude.
De nos jours, la case est un vêtement trop serré qui restreint la liberté d’adaptation de l’individu professionnel.
Le cadre, le support dont il a besoin doit lui apporter ouverture et créativité.
Actuellement, sauf révolution, ce système est trop prégnant et faussement sécurisant, ainsi que nous l’avons dit, pour être profondément modifié.
On peut seulement injecter quelques outils d’ouverture et les laisser à l’oeuvre tenter un changement de paradigme, faisant passer le cadre d’action de la case à un collectif fonctionnant sur responsabilité/solidarité.
Ces outils –modestes- me semblent être le réseau et le pilotage par le sens.

On ne peut espérer une substitution complète du quadrillage par le réseau. Mais on peut par-dessus le quadrillage mettre en place des groupes-réseau injectant de l’ouverture et peu à peu constructeur d’un sens plus collectif.
Cette ouverture de la case (sans la supprimer, sous peine que les Institutions ne deviennent totalement inefficaces) permet un travail sur les représentations élargies, créatrice d’une logique étendue et d’une vision « méta », briques de base d’un nouveau référentiel de l’action collective, car à l’intérieur du calque le quadrillage des métiers et des fonctions n’ont plus de sens et disparaissent.


Les individus, par ce « calque » superposé au système existant, ne se mettent pas en péril, tout en générant l’ouverture suffisante pour dégrader de l’énergie et de l’information n quantité, nécessaires à la vie et l’avancée du projet complexe.
Le « calque » réintroduit du sens à l’action collective, autre que celui auto-référent au système hiérarchie-métiers, qui peu à peu s’enferme sur lui-même via les dispositifs, qui tautologiquement, évident le système de son sens et privent les individus de toute vision en amont.
Le « calque » réintroduit peu à peu la construction de sens, en prise sur l’ouverture et l’aléa de l’action.
Que surviennent une loi nouvelle, l’afflux de populations dans le territoire, une urgence accidentelle, et le système s’en saisit comme une donnée ré-organisante plutôt que d’en rester inhibé.
Ce travail sur des représentations élargies va donner naissance à une autre nouvelle forme d’agir ensemble autrement : la compétence collective, autre savoir-faire nécessaire aux projets complexes.
Là encore, si le calque n’existe pas, chacun campe sur sa peur de dévoiler à l’autre un peu de sa compétence individuelle, de crainte qu’il ne la lui vole ! La compétence collective qu’initient ces groupes réseaux ne met pas en cause la compétence de chacun ; elle active plutôt une compétence du groupe qui est « supérieure à la somme des parties ».
Il commence alors à émerger une réaction collective plus performante parce qu’élargie.
Les résistances sont encore nombreuses, et de la part de tous les acteurs : la confiance se construit lentement, la transdisciplinarité est peut être un mot intellectuellement viable, mais reste encore une abstraction dans les faits, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne se peut pas, mais qu’elle est aussi et encore à construire ; les Institutions craignent ces fonctionnements qu’elles ne savent comment encadrer (maîtriser ?), et leur compétence qui est de construire des réponses sociales, ne peut copier les réponses déjà trouvées dans la technologie ou ailleurs…Ce calque n’est naturellement pas une fin en soi, sous peine de s’auto-fermer, mais il évoque bien entendu une ouverture aux partenaires extérieurs, source de méfiance encore plus forte : « Le réseau ne se fait pas par décret et suppose de fortes solidarités inter-entreprises qui ne vont pas de soi et limitent d’autant leurs marges de manoeuvre ; il faut bien des particularités sociales ou géographiques pour obtenir un tel résultat [17]». Et nous retombons sur notre difficulté première : des particularités sociales et géographiques, n’est-ce pas ce que l’on appelle un territoire ? Un territoire doit construire son réseau d’acteurs, afin qu’ils construisent de nouvelles représentations du territoire où ils oeuvrent, qui feront émerger de nouvelles pratiques adaptées au territoire.
Si le calque commence à créer les conditions d’ouverture de ce faire collectif, est-il suffisant pour faire naître le désir de ce faire-autrement-ensemble ?

Reconstruire l’intentionnalité

« l’âme humaine ne peut rien faire s’il n’y a pas à la fois représentation, désir et affect. »
Cornélius Castoriadis

Construire une représentation collective élargie de la réponse sociale redonne certes du sens à celle-ci et conforte ses acteurs, surtout si lesdits acteurs sont encerclés par l’appareil bureaucratique[18]. Mais seul un mélange de confiance et de liberté, peut garantir les conditions d’une créativité collective, peut recréer le désir du faire-autrement-ensemble. A propos de la nature et du fonctionnement de notre moi cognitif, Francisco Varela nous rappelle que : « tout ce qui est rencontré doit être évalué d’une manière ou d’une autre-aimer, ne pas aimer, ignorer- et doit provoquer une réponse ou une autre –acceptation, refus, indifférence. Cette évaluation élémentaire (…) donne naissance à une intention, je serais tenté de dire « désir », cette qualité unique de la cognition vivante.[19]» autrement dit le sujet connaissant a besoin d’un surcroît de signification pour trouver un sens à son statut d’être pensant.
Je constate ce désir, cette revigoration de l’intentionnalité dès lors qu’un groupe a commencé de sortir de ses cases transformant rapidement sa peur en envie. Il renoue alors avec l’ envie de construire, penser, et agir ensemble qu’il avait perdue. A ce moment-là le groupe a besoin de reliance[20] et commence à en créer. Il s’invente un code de solidarité élargie où la responsabilité engageante les uns des autres fait place à toutes les formes de séparation qu’ils s’étaient inventés pour ne pas faire ensemble : de la protection de la case à la maltraitance de l’autre…L’affect jusqu’alors traité comme leur ennemi redevient dicible, montrable, car comment activer le penser-ensemble sans le sentir-ensemble? L’enfermement dans la case a peu à peu fait reculer tout affect, pourtant source basique de construction du sens (cf les travaux de neurobiologistes récents[21]). Cette réintroduction de l’affect permet de renouer avec ce besoin essentiel , « la fascination qu’exerce la question du sens.. tout être humain est impliqué la-dedans[22]», cette fois appliqué au faire collectif. En s’ouvrant à la confiance, le groupe renoue avec ce « surcroît de signification » dont il n’arrivait plus à combler le manque.
Il lui reste à intégrer l’aléatoire dans ce nouveau construit qu’est sa production de sens. Pour cela, il lui faut atteindre un degré supplémentaire de confiance collective: le sentiment de compassion. « Mais il existe d’autres manières de réduire la peur et l’anxiété qui n’abîment pas l’intelligence…donner plus de place à la compassion et à la bonté[23]»


Chaque courbe de la spirale enrichissant les autres paramètres du construit collectif.

Un nouvel esprit éthique

« Ce qui unit l’éthique de la compassion à l’éthique de la compréhension, c’est la résistance à la cruauté du monde, de la vie, de la société, à la barbarie humaine. »
Edgar Morin[24]

La société professionnelle, aux prises avec ces projets complexes, est une métaphore de la société tout court. Le nouveau rapport individu/société/espèce passe lui aussi par des représentations élargies refondant du sens donnant sens au chaos apparent. Ce qui peut se voir comme une problématique élargie se revitalisant par l’éthique via un projet englobant. Les ingrédients sont les mêmes : le lâcher-prise de l’ancien paradigme, une nouvelle dépendance/autonomie comme reliance planétaire, au service d’un projet où le « surcroît de signification » pourrait se glisser et reconstruire. Il manque sans doute un projet suffisamment englobant, même si scientifiques, philosophes, altermondialistes, écologistes et citoyens font de temps à autre et de leur place, le même constat (« c’est à une véritable insurrection des consciences qu’il faut maintenant s’atteler de toutes nos forces. Rassembler les énergies dispersées, les bonnes volontés éparses, changer notre regard sur le monde, le vivant, l’avenir, faire naître une nouvelle espérance, transformer la fatalité qui nous attend en décision librement réfléchie, tourner le dos aux sécurités trompeuses comme aux espérances vaines, admettre que chacun porte en soi une part de vérité et une fraction de solution.[25] »
Pourquoi ne pas se relier autour du nouveau projet de société de sauver l’espèce ? La reliance nous fait encore défaut à échelle élargie, mais elle ne se construit que par un projet ayant suffisamment de sens pour englober et enrôler les énergies.
Encore « à l’âge de fer planétaire[26] » , « nous devons viser à créer les instances planétaires qui seraient en mesure d’affronter les problèmes vitaux, envisager la confédération et la démocratisation planétaires. Evidemment, il est nécessaire que se développe une conscience du destin terrestre commun, ce qui nous indique que la transformation matérielle a besoin d’une transformation spirituelle.[27] »
« Ce nouvel esprit éthique, émancipé des conceptions individualistes du sujet, de l’individu, de la personne et de la responsabilité(…) requiert une activité intellectuelle d’un type particulier qui se situe à mi-chemin entre l’exercice spirituel et l’expérience de pensée.[28] »
On songe à l’expérience de la virtualité du moi dans les enseignements bouddhistes et taoïstes, cités par Varéla[29] et le Dalaï Lama[30] , comme insufflation de l’éthique.
Oui l’éthique se construit et s’alimente par une démarche spirituelle, entre attachements et détachements, entre vide et « surcroît de signification », c’est dans cet entre-deux qu’elle peut s’affranchir de l’ancien paradigme devenu trop étroit.
Comme dans un projet complexe initié par une mini-société professionnelle, cette transformation spirituelle peut se lire également comme la construction du sens d’un nouveau faire-autrement ensemble. Ses représentations commencent à se construire au sein de réseaux émergents de par le monde, qui ont encore du mal à se relier, existant par-dessus le vieux monde tel notre « calque ». Leur vision s’élargit en plurilogiques sans parvenir encore au stade « méta ». Liberté et créativité dues au lâcher prise de l’ancien paradigme transforment la peur de l’aléa en ouverture du système, qui se réassure par l’éthique élargie de la place future que nous construisons à l’homme dans sa biosphère.
Cette problématique complexe, prégnante, et commune à l’espèce est déjà là. C’est la prise de conscience de sa prégnance qui fait encore défaut, et cette prise de conscience étant d’ordre éthique, elle seule peut la faire avancer en réorganisant au passage la dimension planétaire des organisations professionnelles, de la science, et de la société, en les reliant, tel un attracteur étrange de l’action collective, autour de « quelle société peut-on construire ensemble pour sauver l’espèce ? »

[1] Jean-Louis Le Moigne, l’Ethique de la compréhension ou le courage de l’intelligence fraternelle, conférence de clôture, ADREUC, 2004
[2] Amour, Poésie, Sagesse, le Seuil, 1997
[3] Pascal, Pensées , 200-347 H3
[4] Loi constitutionnelle du 28 mars 2003 relative à l’action décentralisée de la République
[5] A.Mabileau, Le système politique local, ed Montchrestien, 1991
[6] cf Evelyne Biausser, Les trois unités en rupture de représentation, ADREUC, 2002
[7] déjà dans l’Introduction à la pensée complexe, ESF,1990
[8] Acte II de la loi de décentralisation
[9] Cf Claude Pair, L’école devant la grande pauvreté, Hachette, 1999
[10] Guy Cauquil, Conduire et évaluer les politiques sociales territorialisées, Dunod, 2004
[11] Les Objets flottants, Fabert, 2004
[12] cf Michel Monroy, La société défensive, PUF, 2003
[13] Dominique Lecourt, Bioéthique et liberté, Puf, 2004
[14] Octavio Paz, Dialogue, ed de l’Aube, 1999
[15] La Méthode, VI, Ethique, p 158
[16] Séminaire XI
[17] in Les stratégies des ressources humaines, Bernard Gazier, La Découverte, 2004
[18] « Les appareils bureaucratiques publics et privés, sont de plus en plus gigantesques et lourds et produisent une inhumanité spécifique e civilisation », Edgar Morin, Ethique, le seuil, 2004
[19] Quel savoir pour l’éthique? La Découverte, 1996
[20] le terme est de Marcel Bolle de Bal et repris par Edgar Morin pour signifier le contraire de déliance.
[21] Biologie des passions, Jean-Didier Vincent, ou L’erreur de Descartes, Antonio Damasio
[22] Dialogue, Cornélius Castoriadis, Ed de l’aube, 1999
[23] Dalaï Lama, cité in Ethique et Education, Jeanne Mallet, Omega Formation, 2003
[24]ibid
[25]Nicolas Hulot, Le syndrome du Titanic, 2004
[26]Edgar Morin, La Méthode, T. V, 2001
[27] Edgar Morin, Ethique, Seuil, 2004
[28] Dominique Lecourt, Bioéthique et liberté, PUF, 2004
[29]op cité
[30]op cité

Préambule

J’ai essayé de dire ici le retour d’expérience d’un processus collectif d’apprentissage enchevêtré.
Nous ne sommes que peu familiarisés avec une pensée et un faire de l’enchevêtré, auxquels semble pourtant nous contraindre la complexité de notre environnement. On verra notamment comment s’enchevêtrent plusieurs niveaux de co-construction cognitive : l’apprentissage du projet, du faire ensemble, de l’auto-organisation par le sens, de l’imprédictible, incitant peu à peu les acteurs à sortir du linéaire en se construisant des références les ré-assurant dans ce lâcher-prise.

Et s’il faut en parler avec sincérité,
Descartes l’ignorait encore.
(…)
Cependant, la plante respire.
Mais que répondra-t-on à ce que je vais dire ? [1]

1. 1- Un choix téléologique[2]

Mais on doit rappeler explicitement les choix idéologiques que privilégie le constructivisme (de la) systémique: phénoménologie, dialectique, téléologie, irréversibilité…[3]

On pourrait se référer à de nombreuses définitions du Constructivisme appliqué à l’enseignement, tant depuis Piaget le terme a parcouru divers courants, « radical », « interactionniste », « socio-constructiviste », « phylogénétique », tous centrés autour de la « croyance[4]» que la connaissance se construit par l’expérience en même temps qu’elle construit notre monde, et qu’il n’y a peut-être pas d’autre chemin, hormis celui qui « se construit en marchant[5]»
J’adopterai, pour fixer les bornes forcément réduites de l’expérience d’enseignement que je veux relater ici, la définition d’Alex Mucchielli: « le constructivisme est une position épistémologique c’est-à-dire un parti-pris sur la connaissance et les modalités d’arriver à cette connaissance[6]».
Pourquoi choisir d’enseigner à des adultes en formation continue le « projet constructiviste » tel que je le fais depuis quelques années ?
En précisant un peu son contexte, contexte qui participe à la construction cognitive dont il va être question et qui la permet: la médiation le plus souvent du Centre National de la Fonction Publique Territoriale, acteur de formation intervenant entre une collectivité et un Consultant, qui me donne une position plus libre que si j’étais directement aux prises avec le client ; un public intervenant dans des projets où la vocation sociale et sociétale est plus importante que la partie technique ; à propos de projets en environnement complexe, où se multiplient les acteurs et les logiques différentes à l’oeuvre.
Ma position d’enseignante s’est depuis longtemps construite autour du mot de Bachelard « Rien n’est donné, tout est construit[7]», essayant d’être un maillon articulatoire, facilitateur, du construit de l’autre (à partir de situations professionnelles et non thérapeutiques toutefois) –et en cela, donc, du mien !
Depuis quelques années, je forme plutôt des fonctionnaires territoriaux, et ce contexte m’a mise dans un écart de positionnement épistémologique d’importance, car la commande repose sur la croyance positiviste qu’il existe un modèle prégnant, et que chaque acteur doit le retrouver. En somme, tout est donné, et la formation doit consister en un formatage pour se couler dans ce modèle.
Je me suis donc retrouvée dans l’écart entre la situation perçue, par les groupes en formation (un malaise), par l’Institution (un dysfonctionnement), par moi (une position positiviste épistémologiquement intenable) ; et la situation souhaitée, par les groupes (s’adapter), l’Institution (l’harmonie), et moi (« croyance » en les hypothèses fondatrices des épistémologies constructivistes).
Cet écart pouvait notamment se lire dans le hiatus entre les réponses d’enseignement proposées, reposant sur des connaissances non interrogées (la « méthodologie de projet » pour le champ en général baptisé « managérial » qui nous occupe) et la complexification du contexte professionnel des acteurs. Un hiatus creusant l’écart entre des contextes sociétaux en mutations très rapides, et le formatage des réponses formatives produisant « toujours plus de la même chose » c’est-à-dire d’inadaptation et de freins au changement.
Allais-je continuer à alimenter des conditions d’auto-production des publics formés de leur « tâche aveugle cognitive[8] » ?
Ce qui soulevait aussi la question de la légitimité de mon enseignement – qu’est-ce que j’enseigne ?- ainsi que mon éthique – qu’est-ce que j’enseigne d’utile ?
Les projets institutionnels se complexifiant (accroissement des acteurs, enchevêtrement des thématiques et des décisions, pour ne citer que le plus apparent de cette complexité), j’ai donc essayé de construire une réponse formative plus pertinente au problème posé de la faisabilité des acteurs au sein de ces projets. La Pensée Complexe d’Edgar Morin[9] m’a semblé extrêmement productive pour décoder cette réalité en marche, parce qu’elle nous permet de renouveler notre paradigme de construction de la réalité, plutôt que de lire celle-ci linéairement avec le paradigme rationaliste, analytique, qui ne nous donne jamais le sens élargi d’une globalité, pourtant désormais nécessaire au « faire ».
Ensuite l’apport des Sciences du design d’Herbert Simon, traduit et commenté par Jean-Louis Le Moigne[10] m’a permis de proposer une « approche constructiviste de projet », qui en répondant mieux au contexte complexe, réduisait du même coup le hiatus épistémologique, éthique et formatif de ma position.

2. Moyen, intention et processus d’apprentissage

Nous pouvons transcender notre prison en étudiant un nouveau langage et le comparant avec le nôtre. Le résultat sera une nouvelle prison. Mais elle sera plus beaucoup plus grande et large.[11] .

De cette situation proprement expérimentale – enseigner aux adultes en formation continue de management cette « approche constructiviste de projet », alors que la plupart ne connaissaient pas le mot « constructivisme » et que le terme « projet » ne signifiait pas un projet ! – j’ai pu constater une certaine forme de cheminement, que je tenterai de relater ici.
Il ne s’agit pas d’une méthode, encore moins d’une méthodologie, bien qu’on y traite d’un projet.
Le postulat de départ est de mettre le groupe en situation de créer une « représentation collective », création qui va être la compétence à la base du processus, celle qui va le rendre possible.
Cette représentation collective d’un objet (une thématique à traiter, une action à mener, une décision à prendre) se fera par le croisement de trois réalités enchevêtrées : le contexte (avec ses contraintes) évolutif de l’objet (thématique, action, décision, etc) ; l’intentionnalité des acteurs par rapport à ce contexte et cette thématique, action, décision, etc (que l’on pourrait voir comme la représentation individuelle de l’objet que chaque acteur a dans sa tête) ; et le projet, qu’il ne faut pas entendre comme un acte défini à l’avance, mais comme une dynamique de cheminement, au sens de « procedere » : aller en avant.
Ces trois facteurs vont s’interpénétrer pour peu à peu construire un champ commun que j’appellerai « représentation collective », qui est un processus d’émergence qui va définir, redéfinir, enrichir, co-construire le sens de l’action, d’où naîtront facilement les modalités pratiques par la suite.


Figure 1 – Les bases du projet constructiviste

Cette causalité circulaire induit un temps processuel et non linéaire, et il faut insister dans la parole formative pour que le déformatage des esprits à ce sujet puisse se produire. Les acteurs en effet ont été formatés dans leur compétence par une méthodologie de projet rationaliste, linéaire, où les étapes bien étanches ne permettaient surtout pas de revenir en arrière pour réorganiser des finalités. De ce fait, la compétence d’adaptation du projet (au sens de ce qui pourrait le maintenir en vie) disparaît : les objectifs du projet sont un produit fini dès le départ de l’action, les moyens sont très peu réorganisés et plutôt vus comme une case en soi. De cette rigidité de cadre, l’inadaptation sourd de partout : moins de moyens met le projet tout entier en péril, puisqu’on ne peut pas revenir en arrière pour redéfinir le sens. Et que dire de l’évaluation dans ce modèle, qui tombera comme un fruit mûr à la fin du cycle…Quel acteur en dira l’échec, alors que sa compétence est en jeu derrière (« celui qui l’écrit est responsable ».. !) ? Le plus souvent, l’acteur (ou le groupe) devant rendre compte de l’évaluation d’un projet, est mis à mal par l’écart qui s’est creusé entre la « réalité » des objectifs de départ et les actions, décisions, signifiant la fin du projet.
Alors que la spirale dégagée par le fonctionnement de co-construction récursif produit peu à peu du sens : sens du projet émergent, sens des acteurs dans ce projet, sens de l’action collective, et de processus en processus, d’émergence en émergence, de l’intelligence collective (pouvant être vue comme une entité supérieure à la somme des parties). Certes, le rythme du groupe est haché, discontinu, voire discordant[12] pour des observateurs qui chercheraient un « programme » pédagogique classiquement découpé en sous-parties bien identifiées, et sans doute l’est-il aussi pour le groupe et son animateur !
L’approche constructiviste de projet est à la fois un thème, un contenu (elle s’appuie sur les concepts des théoriciens cités plus haut) et le système d’apprentissage. Le groupe devient un groupe-projet constructiviste par l’apprentissage de l’approche constructiviste de projet (pendant le temps de la formation et entre les modules).
Le processus à l’oeuvre est produit et producteur, car il permet de construire du collectif par l’apprentissage, et de la connaissance par le collectif.


Figure 2 – l’amplification spiralée du processus

Cette boucle récursive (3) en maillant représentation, affect (intelligence émotionnelle) et désir, (la création d’une représentation collective crée ou renforce les sentiments positifs dans le groupe et le désir de travailler ensemble), fait émerger la confiance, facilitatrice de l’amplification du processus, d’où va émerger de l’intelligence collective, ainsi qu’une nouvelle conscience collective de la responsabilité partagée. La construction de l’éthique se fait alors par le projet et le projet se construit par l’éthique[13]. Tous les groupes ne vont cependant pas jusqu’à ce degré de co-construction.

3. De quel apprentissage parle-t-on ?

Les notions de groupe, d’individu, d’intérieur et d’extérieur sont relatives au point de vue choisi.[14]

Le collectif connaissable est ici celui que le groupe expérimente[15].
Généralement on part de l’apprentissage individuel pour parler de l’apprentissage collectif, dans l’approche constructiviste de projet on voit le collectif former et réorganiser la pensée individuelle.
S’agirait-il d’une « accommodation[16] » du collectif , rendant celui-ci capable d’une meilleure adaptation individuelle en transformant son contexte ?
L’expérience que fait le groupe de se connaître en connaissant, et de connaître en se connaissant, source d’un apprentissage du penser collectif, apparaît comme une nécessité devant se développer dans notre contexte sociétal complexe, où la gestion des savoirs se réorganise. L’extension des réseaux informatiques permet en effet la connexion de neurones humains, jadis impossible de par leur séparation physique, et accélère le rythme de cette connexion. Les TIC induisent non seulement un changement instrumental, mais aussi un changement de type 2 tel que le définit la logique systémique – changement affectant le système- , changement permis par un apprentissage de type 2, selon Bateson[17] et réorganisant l’organisation mentale de la connaissance.
De cette réorganisation non linéaire découle une refinalisation de l’intelligence par la structuration de la connaissance collective. Cette émergence du penser-autrement-pour-faire-ensemble, qui est une nécessité pour les acteurs professionnels, en panne opératoire très souvent aujourd’hui, est probablement une condition pour ce saut qualitatif[18] que la complexité perçue du contexte nous impose, mais que nos formatages passés, et donc toutes les résistances au changement que nous développons pour nous y raccrocher, nous empêchent d’atteindre, ou au mieux en ralentissent le processus d’appropriation.
On peut donc, pour entrer dans plus de précisions, déjà repérer dans le processus d’apprentissage collectif via cette « approche constructiviste de projet » un certain nombre de savoirs développés par et développeurs de l’apprentissage dans le groupe, tous auto-catalytiques, s’auto-produisant de plus en plus au cours du cheminement.
Il s’y co-construit ce que l’on pourrait nommer l’écoute « intelligente[19]», dans le sens où ce n’est pas seulement l’outil de communication inter-individuelle habituel qui est sollicité, même si ce niveau premier est tout à fait nécessaire pour que la suite se produise.
Mais surtout il se produit cette capacité d’ouverture aux représentations et arguments de l’autre, capacité recouvrant à la fois un processus de compréhension (« prendre avec ») de la logique de l’autre, (qui permet d’ouvrir tous nos formatages et résistances développées devant des idées contraires), une acceptation de la juxtaposition possible avec notre propre logique, et sans doute un vague envisagement[20] d’une extension commune.
Dans cet effort de lâcher-prise se trouve ce qui va permettre d’enclencher toute la boucle future de co-construction : à savoir les conditions pour qu’une métalogique commune puisse se créer comme base d’une pensée collective.
Quand le groupe est capable de croiser les différentes logiques à l’oeuvre pour commencer à bâtir une pensée plus large, on voit se développer sa créativité, ce qui veut dire qu’il se permet un espace d’imagination – il prend souvent conscience à cet endroit de ses pannes de symbolique et de la censure qu’a exercée sur lui l’hégémonie de la pensée rationnelle- et d’utopie. La résistance à l’utopie est prégnante dans tous les groupes (« c’est pas réaliste, ça » « on l’a jamais fait », « c’est pas possible »), et certains emploient le mot comme une injure ! Je revendique néanmoins fermement l’utopie dans cette approche, comme un espace libératoire par rapport à la tyrannie du quotidien et du « réel » perçu. L’enseignant (ou le formateur, ou l’accoucheur, les termes sont un peu étroits) a là la responsabilité de libérer cet espace, car bien peu de groupes se l’octroient.
Il se construit alors une nouvelle liberté (de paroles, de relations) dans les échanges, qui va de pair avec de nouvelles dépendances. De même que le groupe avance dans l’ouverture au collectif, il dépend aussi plus du collectif. On voit alors certains membres s’isoler aux pauses, se réfugier dans des résistances qu’ils avaient abandonnées. Néanmoins, par ces interactions plus larges de liberté/dépendance, le groupe produit un processus d’apprentissage de l’individu.
Lorsque ce contexte commence à s’établir, on voit apparaître des « maïeuticiens[21] » ou « garants du sens » ou « pilotes tournants[22] » , c’est là une condition nécessaire pour que le processus s’accroisse, c’est aussi le signe que tous co-construisent et le nourrissent. Les acteurs professionnels réunis pour agir ou décider témoignent d’une censure à questionner le sens collectif (que ce soit par inhibition personnelle ou institutionnelle, par héritage du fonctionnement taylorien : ceux qui pensent et ceux qui exécutent). C’est pourtant ce sens collectivement posé et toujours questionné (« pour quoi faire ? ») qui va peu à peu faire émerger une métavision[23] où l’on commence à voir de l’intelligence collective, parce qu’on peut y enchevêtrer des logiques. (ce n’est pas l’aspect financier, ou l’aspect social, ou l’aspect juridique, ou l’aspect environnemental, qui vont se combattre dans la représentation du problème ou du projet, mais toutes les logiques d’acteur qu’ils recouvrent qui vont s’entremêler et nécessiter une méta compréhension de l’objet)
Il est curieux de voir alors chaque acteur replacer à tour de rôle le collectif dans le projet de sens par cette métavision.
Dans ce processus général d’ouverture, on voit se modifier la notion de frontières : celle de l’interne/externe, celles élevées par les barrières de défense individuelles pour protéger son moi face au collectif. Le groupe peut alors envisager des actions, solutions, projets, etc, en créant d’autres rapports avec l’externe, en sortant des strictes barrières de la fonction, du statut, de l’Institution, ( fonctionnement qui bloque un véritable faire collectif : par exemple les Institutions travaillent « en partenariat », terme qui s’apparente à « chacun chez soi », et l’on a vu récemment en France comment la lourde problématique du logement social se dissolvait dans les « partenariats » entre beaucoup d’acteurs, impuissants à l’envisager comme une « chose commune »).
Pourtant, l’extension du contexte de l’action publique que nous percevons dans la complexité nous induit à élargir nos frontières de fonctionnement. Ce qui ne veut pas dire absence de frontière.
Mais peut-être faut-il penser ensemble d’autres types de frontières que celles d’un établissement, d’une discipline, d’une fonction, pourquoi pas autour d’une problématique à traiter en commun ? Les appartenances diverses encadrant nos actions peuvent se maintenir, car elles sont fondatrices de cadres pour l’individu, à condition qu’elle ne se réduisent pas à un territoire unique de fonctionnement, une prison, tel qu’on le voit pour l’instant avec la centralisation du lien de subordination, juridique, pécuniaire, fonctionnelle, professionnelle, institutionnelle. Actuellement, un acteur est sollicité presque toujours dans une problématique sociétale en tant que porteur d’une logique unique et formatée, celle que l’on attend de son rôle. S’il intervient par exemple dans une problématique éducative, on attendra de lui une parole d’expert s’il est là en tant que professionnel, affective s’il est là en tant que parent, politique s’il est là en tant qu’affilié à un parti, peut-être une parole de citoyen en tant qu’habitant d’un territoire (je crains que cela ne soit rare !)… Mais on ne le pense pas compétent pour croiser toutes ces représentations qui participeraient cependant à l’élaboration d’une problématique complexifiée, et donc à la complexité des réponses[24].
L’expérience dans le groupe de la co-création d’une métalogique et de sa compétence, est transférable à bien d’autres situations où il faut complexifier pour comprendre, décider et agir en environnement complexe.
Au coeur de ce processus d’ouverture des frontières, figure le fonctionnement en réseau et le groupe qui vit cette créativité collective va tenter de la polliniser dans ses autres sphères d’action. Chaque création ou possible initié par le collectif revient sur l’individu sous forme de compétence nouvelle. Dans le fonctionnement en réseau l’individu apprend par le collectif, qui élargit et réorganise son propre traitement de l’information.
La re-construction du savoir collectif se fait en continu (le processus est continu mais pas linéaire, ce qui veut dire qu’il comporte de nombreuses ruptures de phases, mais qui ne sont pas à considérer comme des dysfonctionnements) : en expérimentant un projet constructiviste, le groupe construit un autre réel perçu de sa compétence, qui lui donne confiance en sa capacité opérationnelle.
Peu à peu émerge dans les réponses une interdisciplinarité (même si le terme ne convient pas vraiment à des professionnels et renvoie toujours à des logiques fermées) qui se repère dans un vocabulaire commun (souvent le groupe veut inventer un mot !), une confiance grandissante (source de diminution des barrières de défense), un abandon de sa vérité individuelle comme seul support de pensée pour lire le monde. On voit là le début de constitution d’une transdisciplinarité, que l’on pourrait sans doute appeler aussi Intelligence collective.
En définitive, ce fonctionnement par boucles réorganisatrices (où sont conviés les apports de la cybernétique de second ordre, de l’auto-éco-ré-organisation, et de l’autopoïese) est un apprentissage de l’enchevêtré, qui pose problème à notre « comprendre pour faire » parce que nous ne savons le traiter que par le linéaire.
Alors que nous sommes toujours confrontés à l’enchevêtrement dans notre contexte professionnel (et notamment managérial) : des moyens/fins/moyens ; des procédures/processus/procédures ; de l’opérationnel/stratégique/opérationnel, entre autres. L’un des processus que permet l’approche constructiviste de projet est l’apprentissage (au sens d’apprivoiser, de s’approprier) de la complexité.

4. Une forme fractale d’apprentissage

L’enchevêtrement processuel est devenu la propriété générique par excellence associée au phénomène d’émergence, et ce à tous les niveaux de description.[25] .


Figure 3 – Enchevêtrement des process d’apprentissage

(1) et (2) ont des liaisons de formes fractales[26] : mêmes contours, même structure, focale différente[27].

Or précisément les formes fractales posent problème à notre connaissance parce qu’on sait mal lire ou faire dans l’enchevêtrement, qui nous oblige à rompre avec le principe de causalité, celui-là même qui a formé le « patron » (la forme pour confectionner) par lequel nous avons dessiné le monde et la connaissance que nous en avions.

Dans cette expérience formative, l’on peut constater un certain nombre d’enchevêtrements : celui du processus (construire de la connaissance comme un projet constructiviste ) avec son objet d’apprentissage (l’approche constructiviste de projet) ; celui de l’auto-référentiel avec l’hétéroréférentiel ; celui de l’individuel avec le collectif ; celui du continu et du discontinu ; celui de l’ampliation du sens et de l’incrémentation ( quantité dont on accroît une variable à chaque cycle d’une boucle du programme) des processus…On ne peut décrire aucune de ces données séparément sous peine de leur ôter sens, ni les analyser à l’infini une par une pour appréhender leur méta construction.
On ne peut donc séparer (et quelquefois seulement distinguer) un de ces paramètres d’un autre, tant ils se construisent et s’amplifient ensemble, faisant ainsi émerger un traitement de la réalité différent. Et l’élaboration non linéaire de ce traitement commence de produire une forme d’intelligence collective, produit de et productrice d’apprentissage de l’enchevêtré.

[1] La Fontaine, in Discours à Madame de la Sablière, ed Hachette. La Fontaine ne suivait pas Descartes dans son séparatisme absolu (âme/corps ; homme seule créature possesseur d’esprit et d’âme).
[2] Au sens de capacité à s’autofinaliser.
[3] Jean-Louis Le Moigne, in Le Constructivisme, T1, Ed L’Harmattan, p 137.
[4] «Il existe des croyances religieuses, morales, économiques, etc.. Et il existe aussi des croyances épistémologiques. Les croyances épistémologiques sont très profondément enracinées dans le psychisme humain, probablement d’une manière plus uniforme et plus agissante que les croyances religieuses. Corrélativement, elles sont enracinées dans le langage courant et y affleurent dans ses formes les plus fondamentales (‘’cet arbre est vert’’ – pas ‘’je le vois vert’’ –, ce qui, d’emblée, absolutise nos perceptions humaines). Par cette voie du langage courant les croyances épistémologiques s’infusent constamment dans tous les actes de pensée. Ainsi elles s’auto-entretiennent. Cette réflexivité les charge subrepticement d’une inertie très difficile à vaincre. Car ce qu’on entend souvent est ressenti comme vrai ». Miora Mugur Schachter, Les sources d’une épistémologie générale fondée dans la microphysique, p 3,http://www.mugur-schachter.net/maispourquoi.pdf.
[5] Extrait d’un poème d’Antonio Machado et adopté comme devise de mcxapc, association européenne de modélisation de la complexité, www.mcxapc.org.
[6] Etude des communications : Approches constructivistes, Alex Mucchielli et Claire Noy, Armand Colin.
[7] In La formation de l’esprit scientifique, Vrin
[8] ce terme de Ernst von Foerster pourrait se définir comme ce qui nous empêche de voir que l’on ne sait pas.
[9] Depuis Introduction à la pensée complexe jusqu’aux six tomes de La Méthode où il élabore un nouveau paradigme basé sur la reliance et la complexification au lieu de la disjonction et la réduction.
[10] Cf « Le modèle canonique du processus de décision-résolution organisationnelle », Jean-Louis Le Moigne, in La modélisation des systèmes complexes , Dunod, p 131
[11] Karl Popper, in Karl Popper et la science d’aujourd’hui, p 31 Aubier.
[12] Cf « La formation continue est une musique non écrite », Communication au colloque « Formation et complexité », Lille 2003 www.biausser.fr
[13] Cf « Ethique de la compréhension, compréhension de l’éthique » et « Le projet en environnement complexe, émergence d’intelligence collective »,www.biausser.fr.
[14] Pierre Sonigo, in L’Evolution, EDP Sciences, p 67.
[15] « [l’hypothèse phénoménologique] ne nous dit-elle pas que le réel connaissable est un réel en activité qu’expérimente le sujet »… Jean-Louis Le Moigne, in Les épistémologies constructivistes, PUF,p 72.
[16] Selon Jean Piaget « modification d’un schème existant pour y intégrer une nouvelle situation » in La naissance de l’intelligence chez l’enfant, Delachaux- Niestlé, 1936, L’équilibration des structures cognitives, PUF, 1975
[17] Soit un changement « dans la façon dont le courant d’actions et d’expériences est segmenté et ponctué en contextes », p 267 in Vers une écologie de l’esprit, Seuil
[18] Cf la recherche de Pierre Lévy qui essaie de construire une quatrième couche d’adressage du langage informatique parce qu’il la croit nécessaire au saut qualitatif rendant l’intelligence collective « possible ». www.ieml.org.
[19] ou « reliante » ou à… inventer.
[20] J’emploie ce terme étrange pour signifier qu’il ne s’agit pas encore d’un projet, d’une image ou d’une intention
[21] Ernst von Glazersfed parle du rôle des enseignants comme « sages-femmes dans la naissance de la compréhension » le terme est moins grec, mais l’idée est la même ! in Radical constructivism: A way of knowing and learning, London: Falmer Press.
[22] Aucun des termes ne me satisfait.
[23] Qui n’est celle d’aucun acteur en particulier.
[24] Ce qui indique non seulement notre difficulté à sortir l’autre de la logique où nous le confinons, mais encore que nos représentations sur la légitimité des savoirs doit évoluer, ouvrant les cages trop étroites des catégories entrant dans la prise de décision : expert, politique, scientifique… « Nous sommes tous, scientifiques et citoyens ordinaires, dans une situation non pas de connaissance des choses invisibles, mais d’expérimentation collective », Bruno Latour, Un monde pluriel mais commun, ed de L’Aube, p 36.
[25] Isabelle Stengers, Pour une approche spéculative de l’évolution biologique, EDP Sciences, p 130
[26] « Les fractales possèdent une curieuse propriété mathématique : elles présentent essentiellement la même structure à toutes les échelles.», Michaël Field et Martin Golubitsky, La symétrie du chaos, InterÉditions, p. 160.
[27] Lien d’enchevêtrement que bien des artistes ont essayé de montrer par l’histoire dans l’histoire , le roman dans le roman , le film dans le film, le théâtre dans le théâtre, etc.

Préambule

La juxtaposition d’une contrainte contextuelle (ici juridique) avec un objectif de modernisation opérationnelle (transversalité), m’est apparue comme une injonction paradoxale paralysant la compétence des Professionnels du Social.

La dialogique morinienne semble un mode opératoire pour en sortir, et elle ouvre également ici un sentier dans le territoire encore en friche de l’intelligence professionnelle collective.

Comment concilier l’explication du monde –et ceci dès le niveau des entités et des phénomènes élémentaires- avec la reconnaissance de cette donnée que « le tout est plus que la somme des parties » – Jean-Paul II, Discours à l’Académie pontificale des Sciences, 31/10/92

Les Institutions gérant le champ du social aujourd’hui travaillent de plus en plus en partenariat.

Mais, outre que chaque Institution a plutôt coutume de se préserver de l’externe, la loi interdisant la transmission des informations[1] sur l’individu entre professionnels, crée un contexte d’ouverture/fermeture appelant ceux-ci à entrer dans une pensée dialogique[2], afin de pouvoir créer des réponses par-dessus cet antagonisme.

Cet exemple n’est qu’un parmi beaucoup d’autres à illustrer le dépassement auquel nous convie l’environnement professionnel complexifié d’aujourd’hui, mais il est assez signifiant pour nous permettre de dérouler une lecture plus complète des nouvelles pratiques à initier dans ce contexte.

1. Le contexte dialogique de l’action partenariale

Je considère le développement cognitif comme un essai de la part du sujet de se former et de reformer constamment une sorte de balance entre la proximité et la séparation, l’ouverture et la fermeture, la mobilité et la stabilité, le changement et l’invariance. » – Edith Ackermann, Constructivisme et constructionnisme, quelle différence ?

Depuis longtemps déjà la question s’est posée à propos des écrits en travail social : comment, dès lors que la situation d’un usager nécessite de travailler à plusieurs sur son cas, refuser de transmettre ce qui permettra à l’autre de trouver une solution, de prendre une décision, de se montrer compétent en atteignant les objectifs que son Institution lui a fixés par contrat. Comment construire ensemble une hypothèse de travail avec/sur l’usager ou le patient, sans se donner les moyens de l’argumenter, de la nourrir, de la rendre intelligible et intelligente ?

La loi, il est vrai, est le plus souvent en retard sur les faits, puisqu’elle formalise des pratiques que les Professionnels ont déjà fait émerger de leur réalité mouvante, pressés par les contraintes de celle-ci. Elle se présente officiellement comme un cadre facilitateur de l’action, mais lorsqu’elle va moins vite que les modifications rapides du contexte, elle engendre encore un ralentissement de la décision et de la réaction.

Néanmoins, il n’est pas envisageable de faire sans elle, ou de l’outrepasser, alors qu’elle est encore la référence collective de base pour agir dans les sociétés de droit.

Par ailleurs, le changement de contexte professionnel : l’extension des compétences sociales des Conseils Généraux par la loi de décentralisation (protection de l’enfance, protection maternelle et infantile, programmes d’aides et de secours divers), le partage des compétences et décisions entre les acteurs du social sur un même dispositif ou une même personne (Caisse d’Allocations familiales, Conseil Général, Juges, Associations, Education nationale, etc, et désormais le Maire de la commune, au rôle renforcé par la loi du 5 mars 2007 sur la prévention de la délinquance) ne permet plus un traitement de la réalité découpée comme naguère linéairement par métier, ou en « silo » par Institution, mais appelle des réponses transversales.

Transversalité obligeant les professionnels à partager les informations, non seulement pour transformer ces dispositifs lourds et compliqués en services efficaces vers l’externe, en direction de l’usager, -car ce sont bien les professionnels qui leur donnent vie et relation à la réalité humaine- mais aussi pour pouvoir fonctionner en interne dans leur Institution, chacune n’ayant qu’une information trop partielle sur la problématique à traiter et sur l’usager en question.

Voilà donc l’équation de notre dialogique posée : ne pas faire l’une sans l’autre (pas de partenariat sans la loi), ne pas faire avec l’une ou l’autre (la loi ou le partenariat), mais faire avec l’une et l’autre, ce qui veut dire oublier la logique aristotélicienne du tiers exclus qui nous a si durablement formatés, pour faire coïncider les contraires jadis inconciliables.

Pourtant, dès lors que l’on réfléchit en s’interdisant de réduire l’un des termes à l’autre, on trouve un reliant supérieur aux deux autres qui permet de les conserver en tant que contraires. Qu’est-ce qui rassemble ici à la fois secret professionnel et partenariat, et nécessite cette fermeture/ouverture ?

La protection de l’individu.

Si l’on sépare les deux injonctions, on protégera l’individu sans agir sur son sort, ou on agira sur son sort sans le protéger.

L’objectif supérieur de ces contraires est de protéger l’individu en faisant avancer son sort (et avec lui si possible !)

Cet objectif supérieur[3] induit obligatoirement un environnement « étendu » de l’action : plus de partenaires, plus de décisions communes, plus d’interactions entre les acteurs.

On peut alors assimiler cette extension de l’environnement professionnel du travail social à un changement d’échelle. Or, tout changement d’échelle appelle l’augmentation de la complexité du système qui opère.

Cet environnement étendu, complexe, pose des problématiques complexes elles aussi, c’est-à-dire enchevêtrées, où il est difficile d’isoler une thématique et de la traiter en tant que système fermé.

Les réponses qui risquent d’êtres plus adaptées à cet enchevêtrement des problématiques induisent elles aussi un changement d’échelle, où l’acteur individuel n’a pas suffisamment de « globalité » pour construire une réponse complexe. Il doit alors a minima aller chercher un partage d’informations, d’expériences, de modélisations auprès d’autres acteurs et construire avec eux une réponse partenariale.

La complexité appelle donc l’intelligence collective – ce qui a priori ne devrait pas paraître révolutionnaire, tant il est vrai que l’espèce humaine a certainement toujours fabriqué du collectif pour répondre à ses défis et ses ennemis.

Mais c’est d’une autre forme de collectif dont nous avons besoin aujourd’hui : nous avons à co-construire le sens de ce que nous devons/voulons faire ensemble, car il n’est pas (ou trop peu) donné par les cadres de l’action que nous avons jusqu’alors construits et qui convenaient à une échelle du faire plus réduite, nous en avons ici l’exemple avec la loi qui contredit l’ouverture partenariale pourtant nécessaire à la production de réponses plus complexes.

Or en ouvrant le système, on le soumet aussi à de nouvelles contraintes

2. De nouvelles contraintes pour l’action

Ce que sera le futur dépend en bonne partie de ce que nous saurons faire dans le présent » – Miguel Benasayag et Gérard Schmit, Les passions tristes

Ce paysage complexifié, en obligeant à une production plus collective, engendre d’autres contraintes pour l’action que celles auxquelles était habitué l’individu. Et il n’y a pas que les problématiques qui sont enchevêtrées, les contraintes nouvelles émergeant du partenariat tissent aussi ensemble un maillage complexe autour de l’action en environnement élargi.

L’auto-complexification du système d’information

Ainsi travailler en partenariat aujourd’hui suggère-t-il l’émergence d’un « champ » commun qui va bien au-delà du simple agrégat de pratiques ou de bricolages solutionnaires. Il ne s’agit pas non plus de simplement « partager » l’information, car le nécessaire partage de l’information va alimenter un système informationnel complexe d’interactions, qui risque fort de modifier le système initial de compréhension de chaque acteur. C’est cette rétro-action auto-alimentante de complexité qui va faire que l’information partagée construit un autre système que celui qui apparaissait à chacun des acteurs.

Figure 1 – L’auto-complexification du système d’information

Ce partage de l’information sur l’Autre se heurte en l’état de nos formatages sociétaux d’aujourd’hui[4] à un certain nombre de barrières, de freins issus de nos diversités. Et plus le nombre d’acteurs croît, plus il est difficile de construire sur la diversité.

La diversité nous est d’abord conflictuelle, en témoignent les énormes efforts de temps, de bonne volonté, et de moyens divers accordés au Grenelle de l’environnement, dont la nécessité du sujet n’est en outre pas remise en question…Ou la lente élaboration d’un système d’action commun à l’Europe, via un Parlement de 27 pays, fait de multiples auditions, commissions, débats en séances plénières, itérations permanentes entre les groupes d’acteurs et décideurs. Comment construire ensemble un système d’information commun, qui nous soit vraiment commun, sans passer par ce qui nous apparaît aujourd’hui, filtré autant par l’état insuffisant de nos connaissances sur la construction collective que par l’incapacité individuelle à concevoir un système collectif aussi vaste, autrement que comme un entrelacs de contraintes non maîtrisables dont on ne voit que la complication ?

Il faut sans doute se résoudre à regarder d’un oeil de fourmi ce lent processus de complexification d’une intelligence plus collective, produit et producteur d’une information différente du système, puis d’un système différent…et se résoudre de même à n’y être individuellement qu’un porteur de brindille.

Pourtant le changement d’échelle se profilant (planétarisation), nous oblige déjà à construire « du même » dialogiquement, par-dessus nos diversités, -dont on ne peut souhaiter qu’elles disparaissent – ne serait-ce que pour survivre[5], face au risque de dispersion pouvant résulter de l’accroissement informationnel de nos diversités.

Les diversités micro-culturelles

La confrontation des différents acteurs implique une confrontation des diversités culturelles, ce qui est le plus souvent vécu comme un réseau de contraintes difficile à pénétrer.

On conçoit évidemment à un niveau macro la différence entre un Chinois et un Européen, imaginant fort bien ce qui risque de les opposer. On connaît l’analyse de Geert Hofstede[6] visant à éclaircir le rôle que joue la culture dans le management, l’identité culturelle se définissant à partir de quatre dimensions que sont la distance hiérarchique, le contrôle de l’incertitude, l’individualisme et les valeurs masculines / féminines, dont la combinaison dessine géographiquement dans le monde des ensembles de mentalités, motivations et valeurs différentes.

On a moins étudié le niveau micro alors que les divergences de construit, aboutissant notamment à la lecture de la réalité de l’Autre sur laquelle on va travailler ensemble, entre un éducateur spécialisé, une assistante de service social, et un gestionnaire, semblent tout aussi importantes.

Tout d’abord parce qu’ils appartiennent à des Institutions différentes, qui ont pris le relais de leurs formations initiales pour les accoutumer à décoder l’Autre selon une logique unique.

La pluridisciplinarité veut dire la chose : le désir de faire ensemble, mais à partir de disciplines différentes.

Sauf qu’elle sous-estime l’état de notre enfermement à l’intérieur d’une logique unique, nécessaire porte d’entrée, certes, pour aborder la réalité professionnelle, mais qui se transforme en contrainte forte dès lors qu’il s’agit de savoir en sortir pour partager notre lecture de l’Autre, de son contexte, notre lecture du monde enfin, car c’est de cela dont il est question à travers ce que l’on voit de l’Autre et ce que l’on en dit.

Les langages

Car nous nous disons le monde par le langage, et dans le cas de professionnels, par un jargon (dans l’acception non péjorative de « langue propre à une profession »).

Les Travailleurs sociaux ont un jargon, les Administratifs en ont un autre, les Médecins un autre encore, chaque catégorie a ses codes. Qui parlera par sigles incompréhensibles à quiconque ne travaille pas sur le même dispositif[7], qui par périphrases engendrant l’ambiguïté (« une famille rencontrant des problèmes d’hygiène ou d’alcool », « droit au logement opposable ») pour qui n’a pas la même formation, qui par un terme polysémique auquel chaque catégorie professionnelle attribue une valeur différente (l’« homéostasie » peut ainsi être synonyme de fermeture du système ou de régulation positive, un feed-back « positif » sera connoté comme une amélioration notoire d’un état par variations, ou une permanence peu enviable d’état).

La pluridisciplinarité butte sur cet écueil, qui demande aussi un temps de mise en commun, d’explicitation, un temps de construction collective sur le langage.

Ce que l’on dit ne va pas de soi pour les autres et c’est une contrainte à prendre en compte dans les règles d’un vrai travail en commun, où l’on ne peut se contenter de juxtaposer des informations, sous peine de ne rien créer, de ne rien produire d’autre que la description monadique par chacun de son existant.

La transgression des cases

Les plus nombreuses de nos Organisations professionnelles sont encore construites sur le modèle taylorien de la compétence par « cases » [8], croisement d’un grade hiérarchique et d’une logique métier. Ces cases devraient rester une référence de l’action commune et une facilitation pour la réactivité de la structure à la réalité, pour son adaptation à son contexte. Or, pour différentes raisons culturelles et historiques[9], en France on s’enferme beaucoup dans cette fausse protection individuelle de la case, qui confine de plus en plus à l’asphyxie.

A la place d’ouvrir le système pour l’adapter au changement d’échelle du contexte, on essaie de borner son extension en multipliant les frontières de cases. Autant essayer d’endiguer l’atmosphère pour en protéger la Terre ! Il n’empêche que le vrai travail partagé par plusieurs professionnels ou par plusieurs Institutions sur une même problématique pose la même question, citée plus haut, que la loi. Comment faire dialogiquement par-dessus l’opposition de la case enfermante et de l’ouverture de la frontière ? Comment fonctionner en réseau par-dessus les cases enfermantes ? Il faut bien entendu trouver ce qui rassemble les contraires, l’intérêt ou l’objectif supérieur : c’est qu’ensemble, nous allons créer une réponse (dans son acception large de ressources, solutions, moyens) que nous n’aurions jamais eue tout seuls. Actuellement, s’il est difficile aux structures de se rapprocher pour travailler ensemble, ce sont d’abord les individus qui supportent, au premier degré, la contrainte des paradoxes engendrés par cette extension des acteurs dans un faire commun. Ce sont eux qui trouvent et construisent le sens de ce qu’ils partagent, sans que la structure ne valorise forcément cet effort-là, puisqu’elle continue de ne pas le comptabiliser dans la grille répertoriée des compétences, les évaluations de professionnels demeurant majoritairement individuelles.

Vers une transdisciplinarité ?

On commence donc à travailler en pluridisciplinarité dès lors que l’on sort de la juxtaposition des construits existants. Peut-on imaginer d’aller un peu plus loin, et qu’un partenariat initie de la transdisciplinarité ? C’est Jean Piaget qui invente le terme, ce qui est peu surprenant de la part de celui qui a consacré sa recherche à la question de la construction des connaissances, commencée avec les bases de la psychologie de l’enfant, et terminée avec la création du Centre International d’Épistémologie Génétique de Genève. Une posture transdisciplinaire, dépassant les disciplines, est forcément dialogique. Elle demande donc un langage commun, c’est-à-dire explicité, puisqu’il ne va pas de soi, et cet effort de mise en commun qui paraîtra fastidieux aux experts disciplinaires, relève déjà d’une construction du réel commune, différente, ouvrant sur une pensée collective co-produite par les différents construits individuels, et les dépassant.

Il s’agit là d’un processus gourmand en temps, en explicitation, et en appropriation individuelles et collectives. Les Organisations renâclent toujours à envisager cette phase pourtant nécessaire au « trans ». Elle sera néanmoins obligatoire dès lors que l’on aura besoin d’une représentation collective, dont le point de départ est un sens commun ayant émergé des confrontations disciplinaires. Peut-on faire l’économie de la question : « que voulons-nous faire ensemble ? » en passant directement à « comment allons-nous faire ensemble ? » Posée ainsi la démarche apparaît stupide, alors qu’elle est le reflet de l’ordre suivi si fréquemment dans la réalité professionnelle.

Toute intelligence collective ne peut se constituer que par l’enchevêtrement des construits individuels, et ce processus ne se décrétant pas, on ne peut ni en décider la fin, ni prédire ce qu’il créera.

C’est là que les Organisations professionnelles ne suivent plus. En voulant enserrer ce processus (et bien d’autres aussi) dans un planning et une programmation factuelle, voire procédurale, elles le tuent dans l’oeuf ! On ne maîtrise pas la création individuelle, pourquoi maîtriserait-on la création collective ? Là encore, contrainte paradoxale pour les acteurs : « créez collectivement des ressources qui n’existent pas dans notre échelle habituelle, mais qu’elles entrent dans notre échelle de temps ordinaire » !

Il semble difficile en l’état de notre organisation aujourd’hui, de lui demander d’agir en « trans ». On commence de parler de transversalité comme contrepoint à la seule verticalité, dont on comprend la fonction étouffante pour l’action.

Mais la vision dialogique qu’elle nécessite suppose la reconnaissance dans les habitudes professionnelles du « tiers inclus » [10] alors que nos Institutions fonctionnent encore sur la logique aristotélicienne du « tiers exclus ». Paradoxe encore : le partenariat appelle le tiers inclus, un produit commun supérieur aux appartenances, mais chaque structure partenaire est dans le tiers exclus, c’est-à-dire existe d’abord en étant identifiée différente (si je suis la Caisse d’Allocations familiales, je ne suis pas le Conseil Général…etc. et je m’identifie par cette différence)

On voit donc bien que la mise en partenariat appelle la dialogique, forme de pensée qui seule peut surpasser sans les réduire les contraintes nouvelles, restant paradoxales dans un fonctionnement linéaire.

Les professionnels ne peuvent y parvenir que s’ils se donnent le droit d’avoir de nouvelles pratiques répondant au contexte élargi qu’ils ont eux-mêmes créé par le partenariat.

3. Inventer ensemble pour faire

Il nous faut inventer des moyens de modifier sans cesse notre point de vue et d’adapter rapidement notre façon de penser quand émergent de nouvelles connaissances. Nous pouvons changer le monde dans lequel nous vivons si nous pouvons changer notre mentalité » Muhammad Yunus, Discours de réception du prix Nobel de la Paix, Oslo, 10/12/2006

Car on ne pourra faire autrement avec « toujours plus de la même chose » ! Le contexte général de cette extension d’échelle défie bien évidemment les savoir-faire établis par leur succès d’antan. L’élargissement des acteurs appelle notamment qu’ils co-construisent le sens de leur action commune.

Celui-ci n’est donné exogènement ni par le contexte, ni par les représentations individuelles des acteurs en présence. Ce qu’ils veulent/peuvent faire ensemble émergera de la confrontation de leurs représentations individuelles, du partage de leurs informations, qui viendra à son tour réorganiser celles-ci.

Ce processus enchevêtrant les informations et les représentations de chacun, construit une « représentation collective [11] », de l’ordre de l’émergence[12], qui est un bâti collectif, qu’aucun des acteurs ne possédait en soi.

Ce processus est d’ailleurs assez peu visible du point de vue intérieur individuel, car cette conscience demande à chaque acteur de se voir penser dans le système en même temps qu’il observe le système qui se crée.

Sur le schéma suivant, on peut voir que cette émergence se construit à partir des intentionnalités individuelles (c’est-à-dire la représentation que chaque acteur a du thème lorsqu’il entre dans le champ commun à travailler), du contexte de l’action collective (où entrent la vision des contraintes, des données et des informations qu’ont les acteurs en lien avec l’action à mener), et du projet, qu’il faut entendre non comme une action ponctuelle, mais comme le processus, le cheminement, que les acteurs vont connaître dans et par ce champ commun.

Figure 2 – la représentation collective

La représentation collective est donc une création émergente qui n’est pas figée mais va s’autoalimenter en processus collectifs, tels que la confiance, l’affect ou la créativité, en une sorte de spirale incrémantante[13].

On peut ajouter, d’après nos observations, que cette forme collective comporte le plus souvent trois dimensions qui s’inter-nourrissent.

Une dimension contextuelle : le construit d’un ensemble d’individus sur une problématique les ayant rassemblés en partenariat, s’étaye à partir du contexte dans lequel s’enracine la rencontre du groupe et de la problématique. Celui-ci évoque les contraintes, les données, les informations, l’historique, et sa position, son statut par rapport à la problématique, ce qui fait qu’il est là, bref il aborde la co-construction du sens par ce premier degré, descriptif pourrait-on dire, puisque le groupe va décoder la réalité en énonçant le contexte de celle-ci (décodage contextuel du contexte, qui, en tant que construit immédiat de ces acteurs-là, est donc éminemment modifiable).

Un deuxième degré repérable de co-construction du sens est fonctionnel.

Les acteurs en présence évoquent et cherchent une fonctionnalité, qu’ils appellent « solution », décision ou action, par laquelle ils essayent de créer une meilleure adaptation à leur environnement (ici professionnel), en un cheminement peut-être voisin de l’accommodation[14] piagétienne, mais ici collective. Ils pensent donc ensemble par le biais de se rendre (plus) fonctionnels, c’est souvent un stade où ils mobilisent et énoncent outils, méthodes et expériences pratiques.

Le troisième niveau qui entre dans cette co-construction du sens est l’éthique. Le groupe en vient à se poser des questions éthiques sur le sens de son action, sur son implication humaine : « Pour quoi faire ceci ? », « Quelles vont être les conséquences ? » « Qu’est-ce qu’on veut faire en procédant comme cela ? » sont les questions arrivant spontanément à ce moment. Il y a toujours un individu qui les pose, les autres le suivent en cahotant dans la voie la plus difficile -parce que projective et rompant avec l’illusoire concret de l’urgence-, tout en revenant de temps à autre dans le niveau descriptif pour se rassurer.

Dès qu’un collectif d’individus s’interroge sur le sens de ce qu’ils vont construire ensemble, ils mettent en relation le fonctionnel et le contexte, relation qui dimensionne leur pensée commune dans l’éthique. Ce n’est pas surprenant, dès lors que l’on ancre, à l’instar de von Foerster, l’origine de l’éthique dans l’interdépendance de l’acteur et du système, par opposition à la morale, née de l’indépendance de l’acteur vis-à-vis du système dans lequel il agit[15]. La morale est ainsi une possibilité de l’homme observateur extérieur du monde, alors que l’éthique appartient à une vision systémique où l’homme interagit avec le monde –et donc le crée.

On peut donc avancer que la morale correspond plutôt à une pensée individuelle, et l’éthique, de par la complexité des interdépendances qui la font émerger, à une émergence collective.

Ainsi peut-on observer que le sens co-construit collectivement semble toujours se créer à partir du tissage de ces trois dimensions de la lecture du monde, sorte d’archétype commun aux individualités, et leur offrant un socle qui permet l’élaboration dialogique.

Dans cette co-construction qu’est la représentation collective formée de sens et formant le sens, on peut aussi repérer trois étapes ou moments constitutifs : une première époque où les acteurs expriment leurs opinions et ressentis à propos du thème qui les rassemble. C’est une phase conflictuelle, où l’on jette à la tête de l’autre son individualité, bien décidé à montrer avec elle son appartenance (c’est visible chez les individus comme chez les Institutions) ; une phase ensuite qui semble bloquée, tant les opinions se disent et se répètent en un cercle dont on semble ne jamais sortir.

Puis quelqu’un apporte une information « ouvrante », un peu décalée, une sorte de pas de côté. Et dans cette brèche, plusieurs s’engouffrent en ouvrant subitement leur propre représentation.

Ensuite, le groupe commence à construire une autre réalité, plus large, par croisements successifs d’arguments et de visions qui s’enchevêtrent, laissant apparaître d’autres solutions, une visée commune, et quelquefois l’idée d’un faire différent. C’est une phase de créativité et de liberté, les acteurs s’octroyant alors le droit de se désenclaver de l’immédiateté en ce qu’elle a de castratrice : l’urgence, l’utilitarisme, l’économique, se mêlant en un « prêt-à-penser » de ce qui est bien pour l’autre -puisqu’il s’agit ici de travail social-.

Dans tout champ où une pensée collective est nécessaire, la représentation collective est la brique de base. Quand l’on ne se donne pas les moyens de la faire émerger, on n’aboutit qu’à des juxtapositions plus ou moins conflictuelles, qui ne produiront aucune vraie compétence partenariale.

La congruence des valeurs du groupe, la position éthique à laquelle il a abouti, cette production collective doit pouvoir se pérenniser.

On peut déjà entrevoir quelques outils semblant pérenniser cette co-production fragile.

Après l’émergence de ladite représentation collective, l‘on voit que tout ne peut être traité par implémentations d’interactions collectives.

Une fois le sens co-construit, il faut pour l’organisation de la suite de l’action, revenir à un élément individuel : un facilitateur, un médiateur, un coordonnateur[16], fonction d’autant plus nécessaire que le collectif est grand. Tel un liant pictural, quelqu’un doit faire le media, le lien, le tissu conjonctif, entre les divers acteurs ou partenaires, reliant ce qui ne demande qu’à se disperser naturellement : à savoir l’information, le sens, la représentation collective, se dissolvant dans le retour de chacun dans son Institution, sa fonction, sa temporalité.

Celui-ci sera le « garant logistique du sens », non un chef de projet légitimé par une case hiérarchique.

Une « charte des valeurs » ou « charte éthique » cristallise aussi la pensée collective dans les références et limites du collectif, disant aux yeux du monde : « voilà où nous voulons aller, voilà où nous n’irons pas ». C’est un outil de cohérence interne pour le groupe, qui se donne par là un cadre élargi plus pertinent pour son action (une charte éthique crée une interaction de règles, et permet donc un système plus large) ; et de cohérence externe, puisqu’il donne à montrer l’échelle étendue dans laquelle il va désormais fonctionner.

Une autre nécessité due à l’extension d’échelle partenariale apparaît dans l’organisation de l’action : séparer en trois types d’acteur le pouvoir de faire.

Avec une entité de pilotage (représentant les Institutions différentes certes, mais aussi mixant les niveaux de fonctionnalité différents, tels que technique, administratif, juridique, politique… etc.) ; une entité de « terrain », telle une maîtrise d’usage, mêlant usagers et travailleurs sociaux en l’occurrence ; et une entité de coordination, sorte de maîtrise d’ouvrage , faisant circuler la communication et les différentes avancées fonctionnelles. Aucune ne prime sur les deux autres, chacune tirant sa valeur de l’interdépendance qu’elle va être capable de créer et d’entretenir avec les autres, et qui lui conférera une auto-alimentation spiralée capable de la réorganiser en interne.

L’interaction entre ces trois entités est nécessaire pour continuer à construire le sens du partenariat et de son action, et à le réévaluer par rapport à son contexte changeant.

Il faut également envisager une forme plus nouvelle de circulation des informations. La création collective perd vite de l’information dans ses méandres, et comme l’information est vitale à l’alimentation d’un système complexe, les acteurs vont doublement devoir inventer des formes de communication plus créatives que le compte-rendu. La communication en échelle étendue a été rendue possible par Internet, mais il semblerait que la capacité de communication stable du cerveau humain soit limitée à 150 personnes[17]. Les technologies de l’information, comme toutes les autres technologies, appellent l’acteur humain à questionner le sens de leur interaction avec nos schèmes sociaux. Internet ne crée pas d’information intelligente, mais peut la faciliter. Il nous reste encore beaucoup à inventer en ce domaine, en n’étant plus seulement utilisateur d’un réseau de communication, mais en devenant des réseaux de communicants, où chacun se sent responsable de toute la communication véhiculée par le réseau. C’est encore très difficile au professionnel d’aujourd’hui, qui vit la prolifération de l’information comme un vecteur participant à sa déstabilisation ambiante.

Néanmoins dans le partenariat, les cases s’ouvrent, faisant s’évaporer les références stables du passé. On passe d’un système fermé à semi-fermé, voire ouvert, l’échelle de faisabilité là aussi doit changer, la compétence du système partenarial s’identifiant difficilement aux compétences des individus. Ceux-ci peuvent entrer et sortir dans le travail en réseau et ne sont plus systématiquement présents physiquement dans la durée de la co-production.

Les acteurs et les organisations professionnels en sont encore très gênés : l’individu ne sait comment rattraper son absence physique, le système ne sait comment la lui faire rattraper… On peut gager que la communication numérique pourrait nous faire progresser sur cette forme de carence-là, par des programmes sachant extraire l’information qualitative nécessaire à la perduration de l’auto-construction du système d’information, ce qui permettrait aux acteurs de rester connectés avec la production collective.

A ma connaissance, certes limitée, les modes de fonctionnement partagé de type « wiki » n’existent encore que très peu dans les partenariats institutionnels, et l’acteur comme l’Institution restent encore très prisonniers d’une donnée quantitative des informations à partager, exprimée par la peur de râter « la » bonne information. C’est signifiant, bien entendu, d’une représentation encore très individualiste de l’intelligence, comme si la compétence du système dépendait d’une seule case et d’une seule brindille…

Conclusion

L’aujourd’hui,avec ses minutes qui coulent dans le temps imminent, avec ses événements actuels et toutes ces choses dispersées dans la réalité présente, m’imprègne, et le passé, lentement, recule, se transforme en hier et avant-hier lointains. Je pense à l’heure tangible qui me fait face, à maintenant, à tout ce qui m’attend ». Goli Taraghi

Signer un partenariat, c’est aussi nouer un partenariat, c’est-à-dire lire une réalité commune pour l’inventer ensemble, reliance d’autant plus nécessaire lorsqu’il s’agit de chercher des réponses à la complexité humaine et sociétale, à la perte de confiance généralisée en l’avenir, en soi, de l’individu fragilisé, à l’institutionnalisation de la valeur solidarité ; tout cela qui apparaît comme un défi infini dans un monde trop fini.

Dans l’espace du travail social, la perte de références est là, affleurant sous la surface des certitudes fragiles des professionnels.

L’extension d’échelle que permet le travail en partenariat leur offre pourtant en ce contexte, de co-produire et de renforcer lune éthique forte qui, seule, peut nourrir leurs pratiques et leur donner du sens.

C’est donc un espoir à saisir pour faire émerger une nouvelle forme de confiance dans leurs réponses à ce futur incertain qui les attend, et mordre à nouveau dans « le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui[18]»…

Bibliographie

  • Edith Ackermann, Constructivisme et constructionnisme, quelle différence? Cahier 8 du SRED, Actes du colloque : « Constructivismes : usages et perspectives en éducation »
  • Edgar Morin, La Méthode, T.6, ed Seuil
  • Miguel Benasayag et Gérard Schmit, Les passions tristes, ed La Découverte
  • Miguel Benasayag, La santé à tout prix, ed Bayard
  • Daniel Bollinger et Geert Hosfstede Les différences culturelles dans le management, ed d’Organisation
  • Muhammad Yunus, Vers un nouveau capitalisme, ed JC Lattès
  • Michel Crozier, La société bloquée, ed Points Politique
  • Stuart Kaufmann, At Home in the Universe, ed Oxford University Press
  • Seconde cybernétique et complexité, Rencontres avec Heinz von Foerster, sous la direction Evelyne Andreewsky et Robert Delorme, ed L’Harmattan
  • Robin Dunbar, L’hypothèse du cerveau social, revue des sciences 05/08 http://grit-transversales.org/
  • Goli Taraghi, La Maison de Shemiran, ed Actes Sud
  • Stéphane Mallarmé, Poésies, ed La Pléiade
  • Evelyne Biausser, Ethique de la compréhension, compréhension de l’éthique, Colloque de Cerisy « Intelligence de la complexité » et Le projet constructiviste, une forme fractale d’apprentissage, actes du colloque « Constructivisme et éducation », en cours de publication, ed du SRED, Genèvewww.biausser.fr

[1] art .226-13 du Code pénal, article 9 du code civil, art 8 de la convention européenne des droits de l’homme

[2] « Unité complexe entre deux logiques, entités ou instances complémentaires, concurrentes et antagonistes. Dans la dialogique les antagonismes demeurent et sont constitutifs des entités ou phénomènes complexes » Edgar Morin, La Méthode, T.6

[3] « méta » conviendrait mieux que supérieur pour dire ce pont par-dessus les antagonismes

[4] Je parle des sociétés européennes

[5] « Dans l’époque du post-humain, l’alternative ne se joue pas entre le retour nostalgique de l’homme d’une part, et la dispersion de la vie naturelle et culturelle d’autre part, qui ne conçoit les êtres que comme des agrégats utilisables. Le véritable défi passe par le conflit qui oppose les tendances à la dispersion (… qui détruisent des dimensions de la vie et de la culture) et le développement des multiples agencements homme/nature/environnement/technique. » Miguel Benasayag, La santé à tout prix

[6] Les différences culturelles dans le management, Daniel Bollinger et Geert Hosfstede.

[7] Petit test personnel : savez-vous décoder TSH, PLDU, PLIE, CLIC, PVR ? !

[8] Cf Ethique de la compréhension, compréhension de l’éthique, Evelyne Biausser, www.biausser.fr

[9] Culture du centralisme, motivation d’appartenance et de sécurité, volonté de contrôle de l’incertitude …etc, on peut croiser Michel Crozier et Gert Hofstede, et bien d’autres sans doute, pour comprendre notre résistance forte actuelle au changement.

[10] Le terme est de Stéphane Lupasco, autre épistémologue qui a travaillé sur une logique dynamique du contradictoire

[11] Cf Le projet constructiviste, une forme fractale d’apprentissage, Evelyne Biausser, www.biausser.fr

[12] « Ce qui qualifie un phénomène émergent, c’est une propriété collective qui n’est présente dans aucune des molécules individuelles …dans tous les cas, la notion d’émergence a à voir avec des phénomènes collectifs qui surviennent à un niveau supérieur à celui de leurs constituants. » Stuart Kaufmann, At Home in the Universe,

[13] Cf Le projet constructiviste, une forme fractale d’apprentissage, Evelyne Biausser www.biausser.fr www.biausser.fr.

[14] L’accommodation est un mécanisme consistant à modifier un schème existant afin de pouvoir intégrer un nouvel objet ou une nouvelle situation

[15] « Grâce à mon indépendance [d’observateur du système], je peux dire aux autres comment ils doivent penser et agir : « tu feras, tu ne feras point », c’est l’origine des codes moraux. (…) En raison de mon interdépendance [avec le système] je peux seulement me dire à moi-même comment penser et agir (…) c’est l’origine de l’éthique » in Seconde cybernétique et complexité,

[16] Rôle qui n’est pas limité à un seul individu.

[17] Robin Dunbar, L’hypothèse du cerveau social.

[18] Stéphane Mallarmé, Poésies.

Le groupe comme dispositif d’innovation (Peillon, Boucher, Jakubowicz, 2006)

novembre 2008, par Jean Heutte

Le ba peut être vu comme un ensemble de conditions permettant de fonder une communauté cognitive, intellectuelle, mentale, entre des individus qui vont partager non seulement des connaissances, mais aussi des cultures. Le concept de ba intègre en lui-même la dimension humaine de l’apprentissage, et renvoie à un processus ouvert, permettant de dépasser les limites de l’individu.

Le concept de ba

Le ba est conçu comme un espace de création de connaissances, dans une optique selon laquelle cette création n’est pas l’apanage de structures dédiées, mais est rendue possible dans certaines conditions. Cette perspective nous permet d’établir un lien avec certaines théories de la psychologie des groupes. Nous introduisons ainsi la notion d’espace transitionnel, afin de mieux comprendre les conditions favorables au développement des connaissances et des compétences au sein des organisations.

Le ba : espace de création de connaissances
Le concept de ba a été introduit en 1998 par Nonaka et Konno, qui le définissent comme un « contexte partagé » :
« Ba(which roughly means “place”) is defined as a shared context in which knowledge is shared, created and utilized. “Ba” is a place where information is given meaning through interpretation to become knowledge, and new knowledge is created out of existing knowledge through the change of the meanings and the contexts. In other words, “ba” is a shared context in cognition and action. » (Nonaka etal. 2000, p. 8).
Le ba est ainsi compris comme un espace partagé de relations émergentes entre des individus et entre des individus et leur environnement. Il leur permet de partager du temps et de l’espace ; il peut être physique (le bureau ou des lieux de travail dispersés), mental (expériences, idées, idéaux) ou une combinaison des deux. On qualifie de good bales bonnes situations relationnelles, qui rendent créatif et où les interactions sont dynamiques et positives (Fayard, 2003).
Pour Nonaka, le ba est le cadre favorable dans lequel peut s’exercer la « spirale de création de connaissances SECI » qui enchaîne les 4 modes de conversion du savoir basés sur les interactions entre acteurs : socialisation, externalisation, combinaison et internalisation (Nonaka et Takeuchi, 1997). Chaque mode de conversion représente un mécanisme de transfert et de création de connaissances tacites et explicites, fondé sur les interactions entre des individus ayant différents types de connaissances dans différents contextes.
Le point de départ de la création de connaissances est l’individu et en particulier la connaissance tacite dont il est porteur. Pour entrer dans la spirale de création de connaissances, au terme de laquelle la connaissance individuelle est rendue disponible à l’organisation toute entière dans un processus continu, il faut d’abord capter une connaissance essentiellement faite de schémas mentaux, de références personnelles, de croyances et de points de vue, qui forgent la façon dont chacun perçoit le monde. La socialisation est ainsi logiquement le premier processus de création de connaissance, et repose sur le simple fait d’être ensemble, de partager des moments et des idéaux. Nonaka insiste sur l’intuition, l’imagination et le recours aux symboles qui seront nécessaires pour partager des connaissances dont la plus grande part est difficile à exprimer de façon formelle.
C’est pourquoi le ba ne se décrète pas mais requiert une adhésion volontaire. Il est fondamentalement relationnel et ne se construit pas sur le mode du “command and control” propre à un management pyramidal traditionnel. La philosophie du bas’oppose à une idée de création de connaissance hors contexte, de manière individuelle, autonome et en dehors d’interactions humaines. Il s’agit au contraire d’un processus dynamique et ouvert qui dépasse les limites de l’individu ou de l’entreprise, et qui se concrétise au travers d’une plate-forme où l’on use d’un langage commun.

Le ba à la lumière des théories de la psychologie des groupes
Le concept japonais de ba présente l’intérêt de désigner les conditions humaines, organisationnelles et relationnelles favorables à l’émergence de l’apprentissage. Afin de mieux expliciter cet ensemble de conditions, nous introduisons certains concepts issus de la psychologie des groupes mettant en évidence les mécanismes psycho-sociaux sousjacents aux processus de création de connaissances. Nous considérons que les conditions favorables à l’émergence de l’apprentissage sont implicitement liées à des phénomènes de psychologie des groupes, et nous nous proposons d’en expliciter certains.
La psychologie des groupes fournit ainsi un cadre qui enrichit et explicite la notion de ba. Deux éléments issus de la psychologie nous paraissent particulièrement pertinents pour faire le lien entre les mécanismes cognitifs à l’œuvre au sein d’un baet les phénomènes psychiques collectifs : les notions « d’espace transitionnel » et « d’environnement favorable ». Les théoriciens de la psychologie des groupes, notamment d’inspiration psychanalytique, n’envisagent pas seulement le groupe sous l’angle des relations entre ses membres, mais aussi comme entité psychique, lieu de convergence des psychismes individuels, et comme « espace transitionnel », marquant l’inscription des individus dans la communauté sociale.
Plusieurs écoles ont mis en évidence, selon des concepts et des dispositifs différents mais comparables, les niveaux d’articulation et de transformation du psychique individuel et collectif, en distinguant ce qui dans le groupe relève de sa tâche explicite, qu’elle soit ou non donnée d’emblée, et ce qui relève de la seule mise en présence de plusieurs individus. Selon ces approches, tout groupe se confronte à de nombreux phénomènes relevant d’un travail psychique (illusion groupale, interfantasmatisation, alliances inconscientes, etc.), et susceptibles de faciliter ou d’entraver la réalisation de la tâche elle-même. Ce travail psychique met notamment en jeu les capacités de symbolisation, de liaison et de transformation individuelle. Dans une perspective similaire, Nonaka (1998) souligne que si les connaissances tacites sont mises en commun dans la phase de socialisation, au sein de ce qu’il appelle “the originating ba” ou “the primary ba”, c’est parce que des sensations, des émotions, des expériences et des modèles mentaux sont essentiellement partagés.
Kaës (1987, 1999) propose d’envisager le groupe comme un espace dynamique, un lieu de transition, où s’expriment à la fois la créativité de ses membres et la possibilité de résolution des conflits. Il s’appuie sur la définition par Winnicott (1971) d’une « aire intermédiaire d’expérience », dont la fonction est de soulager la tension suscitée pour tout être humain par la mise en relation de la réalité du dedans et de la réalité du dehors. L’aire intermédiaire d’expérience est le prolongement dans la vie adulte d’un lieu de retrait intérieur, nécessaire au développement de l’individu, que nous partageons dans la culture, l’art ou le travail scientifique, c’est-à-dire globalement dans toute activité collective. Winnicott y voit une racine naturelle de la constitution des groupes humains.
Si l’on transpose ces travaux au fonctionnement des groupes en entreprise, le groupe n’est plus considéré sous l’angle des interactions qu’il suscite (point de vue psychosociologique), ni sous l’angle d’un objet d’investissement affectif, mais comme espace intermédiaire entre la réalité extérieure, constituée par le travail prescrit, les structures, les règles, les procédures, les consignes auxquels sont soumis les participants, et la réalité interne du travail de chacun, selon la valeur qu’il y attache et la reconnaissance qu’il en reçoit. Dans un tel groupe, on peut considérer le travail comme objet transitionnel que les participants au groupe parviendraient à utiliser pour penser créativement leur relation à l’organisation, cette relation conditionnant largement leurs performances ultérieures, et donc la performance de l’organisation elle-même. la réalité du dedans et de la réalité du dehors. L’aire intermédiaire d’expérience est le prolongement dans la vie adulte d’un lieu de retrait intérieur, nécessaire au développement de l’individu, que nous partageons dans la culture, l’art ou le travail scientifique, c’est-à-dire globalement dans toute activité collective. Winnicott y voit une racine naturelle de la constitution des groupes humains.

En second lieu, tout comme l’espace transitionnel suppose pour exister un « environnement favorable », que Winnicott caractérise par une continuité d’action et une cohérence de comportement, le banécessite des modes de gestion et de management spécifiques présentant des caractéristiques similaires. Selon Nonaka et Takeuchi (1997), un management « middle-up and middle-down », centré sur des individus occupant la fonction de cadres moyens, permet l’utilisation de connaissances tant tacites que codifiées et la mise en valeur des modes de conversion des connaissances.
Créplet (1999) propose ainsi de développer un corpus théorique autour des conditions de management liées aux formes de ba : il s’agirait d’une part, de favoriser un contexte favorable au développement des échanges, à l’autonomie des individus, à la décentralisation, dans lequel le manager serait chargé de promouvoir, déléguer, inciter et coordonner les différents espaces, et d’autre part, de manager l’émergence de la connaissance, en proposant une vision, et en faisant état d’un engagement personnel.

Les apports du concept de ba par rapport à celui de communauté
Le concept de ba nous semble enrichir celui de communauté dans l’explicitation des conditions de l’apprentissage en entreprise, sur plusieurs aspects.
Dans son acception actuelle, la notion de communauté renvoie à des mécanismes essentiellement cognitifs. Le ba nous semble être un concept plus large, faisant intervenir des mécanismes que l’on pourrait qualifier de « psycho-socio-cognitifs ». Si les communautés existent pour faire évoluer les connaissances de leurs membres, le bapermet l’évolution non seulement des connaissances, mais aussi et surtout de la relation des individus à la réalité de l’entreprise : le baest essentiel en ce sens qu’il fournit un espace où les acteurs vont interroger, et dans certains cas reconstruire, l’organisation du travail, notamment afin d’adapter l’organisation prescrite aux contraintes effectives du terrain. Cette fonction innovatrice du banous semble essentielle pour l’amélioration de la performance globale de l’entreprise. Ainsi, au-delà des aspects cognitifs, le bainclut également des mécanismes individuels et collectifs de construction de sens, et a des effets importants sur les aspects conatifs liés aux motivations des acteurs. On peut ainsi considérer qu’il a un impact plus global sur la compétence, individuelle et collective.

Le ba peut être vu comme un ensemble de conditions permettant de fonder une communauté cognitive, intellectuelle, mentale, entre des individus qui vont partager non seulement des connaissances, mais aussi des cultures. Le concept de ba intègre en lui-même la dimension humaine de l’apprentissage, et renvoie à un processus ouvert, permettant de dépasser les limites de l’individu et de l’entreprise.

De plus, la notion de ba est fondamentalement dynamique. Le concept de communauté demeure statique et descriptif d’une réalité, celle d’un mode particulier d’organisation des individus. Le concept de ba, au contraire, ne fait pas référence à une quelconque structure, mais désigne véritablement les mécanismes à travers lesquels la construction de connaissances est rendue possible.

Le ba est le moteur de l’apprentissage.

P.-S.

Source :
Peillon S., Boucher X., Jakubowicz C (2006) Du concept de communauté à celui de « ba » Le groupe comme dispositif d’innovation Revue française de gestion – N°163/2006

Les groupes : maillon psychothérapique (Avron, 2002)

février 2008, par Jean Heutte

En France, la psychosociologie est alors fortement marquée par le courant de la gestalt-théorie, à travers les travaux de Kurt Lewin et son modèle structuraliste de la dynamique groupale. Le groupe est, d’une part, considéré comme une totalité dont le fonctionnement a ses propres caractéristiques, indépendamment de ses parties constituantes. D’autre part, il constitue un champ de forces qui tout à la fois produit et résiste au changement. Champ dynamique en quête constante d’un quasi-équilibre. Les applications pratiques viseront la modification de la structure d’ensemble, qui influencera à son tour le changement individuel. De nombreuses expériences de formation dans les entreprises seront faites dans ce sens. À l’université, des groupes de formation sont mis en place pour initier les étudiants à l’approche de la dynamique psycho-sociale.
Didier Anzieu, qui est à la fois professeur de psychosociologie et psychanalyste, va chercher une synthèse ou, plutôt, va essayer de décrypter les phénomènes groupaux observés dans les groupes de formation, dans une perspective psychanalytique. Il fonde en 1962 le ceffrap et poursuit cette recherche avec des collègues psychanalystes. Il proposera lui-même un modèle génétique en considérant certains phénomènes groupaux comme des mouvements collectifs de régression qu’il compare aux positions schizo-paranoïdes et dépressives décrites par Melanie Klein aux premiers mois de la vie. D’une façon plus générale, il assimile le groupe au fonctionnement du rêve, lieu de la réalisation des désirs inconscients infantiles. On sait qu’un membre éminent du ceffrap, René Kaës, situe quant à lui l’analyse groupale dans une perspective plus structuraliste. Il propose un modèle d’intelligibilité des articulations intra-psychiques et inter-psychiques : l’appareil psychique groupal. Dispositif de liaison et de transformation psychiques au principe duquel agissent des organisateurs inconscients, comme les fantasmes originaires, dont la structure interne est considérée elle-même comme groupale.
Parallèlement à ces recherches poursuivies à travers l’expérience des groupes de formation, on se familiarise également, à l’époque, aux expériences plus spécifiquement thérapeutiques menées par les psychanalystes anglais Foulkes et Bion. Foulkes fonde une technique de psychothérapie psychanalytique de groupe. Il met en lumière la création d’une matrice groupale commune et partagée qui permet aux fantasmes individuels d’entrer en résonance.

P.-S.

Source :
AVRON, O. (2002) Gabrielle et le groupe de pyschodrame, in EMPAN (N.48, DECEMBRE 2002)

http://www.cairn.info/revue-empan-2…

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