Category: conscience



Etre prisonnier au fond d’une caverne est une image assez adéquate pour représenter notre capacité à reproduire le passé et à ne voir que les ombres fugitives de nos projections sur le mur de notre caverne (espace secondaire de conscience limité par nos croyances).

Comment voir la réalité première de ce qui se trouve à l’extérieur de la caverne ?Lundi

Lorsque nous passons du reproduire des vieux schémas mentaux, ou voir à partir de projections de schémas passés, au voir à partir de l’extérieur, du neuf, nous retournons l’esprit agile de façon systémique et nous découvrons une faille, un nouvel éclairage, éclairant le dehors de la caverne :

1         Se retourner en se déplaçant dans les contextes.

2         Réaliser qu’il existe autre chose que ce que nous projetons en suspendant    notre jugement et en s’étonnant.

3         Se demander à quoi ressemble la réalité dehors en se remettant en question.

Lorsque nous passons du voir à partir de l’extérieur au percevoir à partir de l’intérieur nous sortons de la caverne pour surgir dans une perception nouvelle de la réalité :

1         Nous plongeons dans le détail concret en s’immergeant et en activant ses propre sens.

2         Nous redirigeons notre attention et nous commençons à appréhender la réalité en percevant l’intérieur du champ où se forme la réalité.

3         Nous déployons une nouvelle faculté cognitive d’où émergence une intelligence profonde et inspirante.

Ainsi nous saisissons la réalité première au dehors de la caverne, non seulement du point de vue individuel de l’observateur, mais aussi du point de vue de l’ensemble et du tout.



Dernières actualités concernant la méditation de pleine conscienceLa méditation de pleine conscience consiste à porter intentionnellement attention aux expériences internes ou externes du moment présent, sans porter de jugement de valeur.

Alors qu’elle tire ses origines de la tradition bouddhiste, les travaux de Jon Kabat-Zinn de l’Université du Massachusetts (États-Unis), vers la fin des années 1990, ont été influents pour promouvoir son intégration à différentes formes de psychothérapie.

La prudence est de mise toutefois. La méditation de pleine conscience est mise de l’avant dans de multiples approches non sérieuses, ésotériques et spirituelles diverses. Les charlatans et sectes sont nombreux dans ce domaine. Au consommateur d’être prudent et de s’informer.


Jon Kabat-Zinn a développé la psychothérapie dite de « réduction du stress basée sur la pleine conscience (Mindfulness-Based Stress Reduction) pour la gestion du stress, de l’anxiété et de la douleur chronique chez les personnes atteintes de maladies. Cette approche a été reprise et étudiée par plusieurs équipes américaines.

La méditation de pleine conscience a aussi été intégrée à la psychothérapie cognitive pour la prévention des rechutes en dépression, à la psychothérapie comportementale dialectique (de Marsha Linehan) pour le traitement du trouble de la personnalité limite (borderline) et à lathérapie d’acceptation et d’engagement (« Acceptance and Commitment Therapy » de Steven C. Hayes, utilisée en thérapie de couple).

Intégrée à la psychothérapie cognitive ou de réduction de stress, la méditation de pleine conscience vise:

  • à améliorer la conscience du moment des sensations corporelles, des pensées, et des émotions;
  • à améliorer l’acceptation des émotions négatives avec une attitude d’auto-compassion;
  • des objectifs spécifiques tels que, par exemples, prendre conscience de la spirale de pensées et d’émotions négatives qui peut favoriser une rechute en dépression, stopper cette spirale en développant une nouvelle attitude envers ces pensées et émotions.

 

Une telle thérapie intègre souvent d’autres techniques que la méditation et vise d’autres objectifs tels que développer des stratégies d’adaptation.

Une différence importante de la psychothérapie cognitive de pleine conscience et la psychothérapie traditionnelle est que l’accent est davantage mis sur l’acceptation sans jugement des pensées et des émotions négatives plutôt que sur leur changement. (L’approche traditionnelle est représentée dans cet article: Anxiété, dépression, colère : remettre en question les pensées automatiques).

Voici des exemples d’expérimentation de psychothérapie utilisant la méditation de pleine conscience:

Gestion de la douleur chronique:
 La thérapie de réduction du stress basée sur la pleine conscience pour la fibromyalgie
 Arthrite et rhumatisme: la méditation de pleine conscience (mindfulness) aide à réduire certains symptômes

Prévention des rechutes en dépression:
 La psychothérapie cognitive de pleine conscience pour la prévention des rechutes de dépression
 La thérapie cognitive de pleine conscience efficace pour le traitement de la dépression
 La psychothérapie aide à éviter que les pensées tristes évoluent en dépression

Voyez également:

 Sclérose en plaques: la méditation de pleine conscience pourrait améliorer la dépression et la fatigue
 Comment la méditation réduit-elle la douleur?
 Des effets de la méditation de pleine conscience visibles par imagerie cérébrale



La participation à un programme de 8 semaines de méditation de pleine conscience (mindfulness meditation) semble apporter des changements mesurables dans des régions du cerveau associées à la mémoire, la conscience de soi, l’empathie et le stress, selon une étude publiée en janvier dans la revue Psychiatry Research: Neuroimaging.

« Bien que la pratique de la méditation soit associée à une sensation de calme et de détente physique, les praticiens ont longtemps prétendu que la méditation procure aussi des avantages cognitifs et psychologiques qui persistent toute la journée », explique Sara Lazar du Massachusetts General Hospital.


« Cette étude montre que des changements dans la structure du cerveau pourraient sous-tendre certaines des améliorations signalées et que les gens ne se sentent pas mieux seulement parce qu’ils ont passé du temps à relaxer. »

Des études précédentes de l’équipe de Lazar et d’autres ont montré des différences structurelles entre les cerveaux de praticiens de la méditation et de personnes ne la pratiquant pas. Mais elles ne montraient pas que ces différences étaient effectivement produites par la méditation.

Dans la présente étude, Lazar et Britta Hölzel de l’Université Giessen (Allemagne) ont pris des images cérébrales de 16 personnes qui ont pris part, pendant 8 semaines, à un programme deréduction du stress basé sur la pleine conscience (Mindfulness-Based Stress Reduction). Cette approche intègre la méditation de pleine conscience qui consiste à porter intentionnellement attention aux sensations, émotions et états d’esprit sans porter de jugement de valeur. En plus de rencontres de groupe hebdomadaire, les participants ont pratiqué la méditation 27 minutes par jour en moyenne. Les images cérébrales des participants étaient comparées à celles de personnes ne participant pas au programme.

Les images cérébrales ont montré une augmentation de densité de la matière grise dans l’hippocampe, une région importante pour l’apprentissage et la mémoire, et dans les structures associées à la conscience de soi, l’empathie et l’introspection.

Les réductions de stress rapportées étaient aussi en corrélation avec une diminution de la densité de matière grise dans l’ amygdale, qui joue un rôle important dans l’anxiété et le stress.

Bien qu’aucun changement n’ait été observé dans l’insula, une structure associée à la conscience de soi, comme identifié dans des études antérieures, les auteurs suggèrent que la pratique de la méditation à plus long terme pourrait être nécessaire pour produire des changements dans cette région.

« Il est fascinant de constater la plasticité du cerveau et que, en pratiquant la méditation, nous pouvons jouer un rôle actif pour le changer et accroître notre bien-être et notre qualité de vie. » commente Hölzel.

Voyez également:

 Qu’est-ce que la méditation et la psychothérapie de pleine conscience (mindfulness)?
 La thérapie cognitive de pleine conscience pour le traitement de la dépression


Via Scoop.itFonctionnement du cerveau et états de conscience avancés

Quant l’être humain parvient à positionner son esprit « antérieurement à toute détermination de lui-même par lui-même, hors de tout signe, concept, jugement et choses pensées à propos de l’existence, mais n’étant pas de « l’existence» (selon la définition proposée par l’existentialisme) il serait selon moi en état de béatitude, de nirvana, d’extase…
Via mecaniqueuniverselle.net


Via Scoop.itFonctionnement du cerveau et états de conscience avancés

Conscience et amour dans la philosophie de l’avenir humain | L’homme, la sensation, la perfection et l’époché – Aime et fait ce que voudras, Bergson, Saint Augustin, Spinoza, Nietzsche, existence…
Via mecaniqueuniverselle.net


” Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres, c’est ainsi qu’on ne fait de tort à personne. Il y a même des circonstances où l’on doit honorer en autrui la croyance qu’on ne partage pas “

Traduction simultanée en français 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 … Read More

via Gnothi Seauton (Connais-toi, toi-même)


Une observation des neurosciences même aussi superficielle que celle menée précédemment permet d’y mettre au jour une mutation fondamentale à la fois des objets, des modes d’observation et des formes conceptuelles. Il reste que cette mutation épistémologique est loin d’être achevée. Non seulement, nous observons dans ces sciences des hésitations et, parfois, quelques retours vers des positions antérieures, mais il n’est pas sûr que les solutions adoptées pour faire face au défi que leur lance le primat du rythme soient toutes aussi adéquates à la tâche qui leur est assignée.
Je voudrais montrer que les neurosciences gagneraient certainement de ce point de vue à s’inspirer de modèles utilisés dans des sciences apparemment très éloignées d’elles comme la poétique. Ce faisant j’espère convaincre de l’intérêt que nous aurions à généraliser les pratiques de confrontation, d’emprunt voire d’hybridation conceptuels entre disciplines et à participer ainsi, au deux sens du terme, à l’émergence du paradigme rythmique.

 Un problème en suspens : l’organisation de la pensée

Je partirai d’une discussion de la conception de la pensée proposée par Gerald Edelman et Giulio Tononi dans leur livre A Universe of Consciousness. How Matter Becomes Imagination paru en 2000. Bien que le modèle théorique présenté par ces derniers représente certainement une avancée épistémologique remarquable, il laisse toutefois un certain nombre de questions sans réponses : il nous fournit une description très puissante des processus neuronaux qui semblent soutenir la conscience ; il nous montre combien ces processus sont à la fois intégrés et différenciés, c’est-à-dire complexes ; il nous montre aussi comment ils progressent au sein du cœur dynamique à l’image de tourbillons de signaux pris dans d’autres tourbillons de signaux, liant cette fois le cœur à ses appendices extérieurs, et comment ils produisent finalement une « scène consciente ». Mais ils ne nous disent pas grand chose sur les moments de « choix » par lesquels, toutes les quelques centaines de millisecondes, le cerveau sélectionnerait un état de conscience particulier parmi des milliards d’autres possibles, assurant ainsi le progrès d’un procès de conscience particulier.
Edelman et Tononi rejettent avec raison toute idée d’un « homuncule » guidant les mouvements du cœur dynamique et sélectionnant chaque état suivant parmi tous les états de conscience possibles, ce qui constituerait une explication purement verbale du type de la « vertu dormitive » du pavot. Les raisons du « choix » doivent être comprises comme immanentes au système composé du cœurdynamique, des routines inconscientes qui lui sont associées, et, au-delà, du corps tout entier de l’individu voire de l’environnement dans lequel il évolue. Mais, sauf erreur de ma part, la seule représentation qu’ils donnent de ce processus de choix immanent se réfère à un procès adaptatif d’adéquation entre des circuits neuronaux plus ou moins stabilisés et la réalité extérieure : « L’ensemble de relations dynamiques entre des groupes de neurones fonctionnellement spécialisés doit d’abord être développé, sélectionné et raffiné au cours d’un long processus d’adaptation au monde extérieur. Ce processus prend place pendant l’évolution, le développement et l’expérience à travers de nombreux mécanismes de variation, sélection et amplification différentielle qui accompagnent les interactions continues entre le corps, le cerveau et l’environnement […] Il devient, au cours du temps, adapté et relié à la structure statistique de l’environnement. » (Edelman-Tononi, 2000, p. 137)
Il faut ouvrir ici une parenthèse : il est juste de signaler que pour Edelman et Tononi, contrairement à ce que soutient quant à lui Changeux sur des bases sélectionnistes par ailleurs relativement proches, ce processus d’adéquation ne se traduit pas par des représentations du monde extérieur qui seraient stockées et réutilisées quand cela est nécessaire, mais seulement par une transformation progressive et adaptative de l’ensemble de l’activité neuronale qui, bien qu’elle varie sans cesse, constitue, comme l’avait déjà vu Bergson, un flux continu depuis les premiers mois de la vie de l’embryon jusqu’à la mort de l’individu : « Les signaux extrinsèques convoient de l’information non pas tant par eux-mêmes que par la manière dont ils modulent les signaux intrinsèques échangés à l’intérieur d’un système neuronal résultant d’une expérience antérieure. En d’autres mots, un stimulus agit non pas tant en ajoutant d’importantes quantités d’information extrinsèques qui serait à intégrer qu’en amplifiant l’information intrinsèque résultant des interactions neuronales sélectionnées et stabilisées par la mémoire au cours des rencontres précédentes avec l’environnement. » (Edelman-Tononi, 2000, p. 137)
Autrement dit, la mémoire ne devrait pas être vue comme une fonction séparée du cerveau, localisée dans des zones précises, qui permettrait de stocker des souvenirs et de les retrouver lorsque cela serait nécessaire. Elle constitue une modalité parmi d’autres du travail de ce dernier qui, lorsqu’il est confronté aux nécessités d’une situation particulière, recrée un ou plusieurs états de conscience qu’il a déjà connu(s) dans le passé. Un souvenir serait donc « similaire » à des états de conscience précédents non pas dans le sens où il serait supporté par les mêmes circuits neuronaux – il est même très probable que des circuits à chaque fois différents soient impliqués lorsqu’un souvenir est « rappelé » – mais uniquement dans la mesure où il produirait les mêmes conséquences mentales et motrices. La similarité serait dans le résultat ou dans la « cause finale » comme aurait dit Aristote (Edelman-Tononi, 2000, p. 93).
Une telle similarité téléologique serait rendue possible, selon Edelman et Tononi, par le fait que le cerveau tisserait sans cesse de grandes quantités de circuits neuronaux plus ou moins redondants, qui constitueraient de très vastes « répertoires » dans lesquels il pourrait puiser lorsque, sous l’impulsion d’un signal venant du monde, d’une autre partie du cerveau ou du corps, il aurait besoin de reproduire un effet mental ou moteur particulier. Pour le dire autrement, le cerveau serait la source et le lieu d’une profusion de circuits qui auraient la capacité de produire le même résultat. Edelman et Tononi appellent cette propriété « dégénérescence » [degeneracy] (Edelman-Tononi, 2000, p. 86). Cette profusion de circuits serait, elle-même, soumise à un constant processus de transformation au gré des « expériences » qui s’accumulent tout au long de la vie, ainsi que de l’action d’un « système de valeurs » ayant son origine dans le locus coeruleus (Edelman-Tononi, 2000, p. 89). Celui-ci relâcherait des neuromodulateurs fournissant les contraintes nécessaires à ce que ce tri prioritairement destiné à améliorer les capacités de survie de l’individu se fasse également en accord avec les structures qui ont été sélectionnées pendant le temps long de l’évolution de l’espèce.
De ce point de vue, la mémoire serait clairement non représentationnelle (Edelman-Tononi, 2000, p. 93). La mémoire résulterait « d’un accord sélectif qui se produit entre une activité neuronale distribuée et incessante, et différents signaux qui proviennent du monde, du corps et du cerveau lui-même. Les altérations synaptiques qui s’en suivent affectent les réponses futures d’un cerveau particulier à des signaux similaires ou différents. Ces changements se reflètent dans la capacité à répéter un acte mental ou physique après quelque temps malgré un contexte changeant, par exemple, en “rappelant” une image » (Edelman-Tononi, 2000, p. 95). La mémoire aurait donc moins à voir avec un stockage et un déstockage de représentations d’objets ou d’événements qu’avec la création de répertoires de circuits en transformation constante et qui pourraient reproduire des effets passés. Elle constituerait « une forme de recatégorisation constructive pendant que l’expérience a lieu, plutôt qu’une réplique précise d’une séquence précise d’événements » (Edelman-Tononi, 2000, p. 95). Elle impliquerait au fond un capacité à se projeter dans l’avenir : « Tout acte de perception est, d’une certaine manière, un acte de création, et tout acte de mémoire est, en quelque sorte, un acte d’imagination. » (Edelman-Tononi, 2000, p. 101)
On voit en quoi cette conception corrobore les conclusions exposées dans l’article cité plus haut concernant l’évolution générale des études neuroscientifiques. Elle s’inscrit nettement en faux contre toutes les conceptions élémentaristes et prend le parti d’une conception intégralementdynamique et globalisante de la pensée. Mais – et je referme ici la parenthèse –, tout cela ne change rien au problème évoqué plus haut : le « choix » immanent au cœur dynamique et à ses dépendances, c’est-à-dire le principe même du développement de la pensée au sein de la conscience, reste lié à un processus d’adéquation purement statistique à la réalité intérieure ou extérieure.
En dernière analyse, rien dans cette théorie n’explique le fait qu’une pensée ne se développe pas seulement à travers une stratégie de reconnaissance par tâtonnements suivant une logique de l’essai et de l’erreur, mais qu’elle possède aussi une certaine consistance et une cohérence propres, c’est-à-dire une manière particulière de fluer qui ne doit pas nécessairement toutes ses qualités aux contraintes que fait peser sur l’individu la nécessité d’une adéquation correcte avec la réalité extérieure présente ou passée. Le processus de sélection qui permet au cœur dynamique de choisir son prochain état global parmi des milliards ne peut se résumer à un procès progressif d’adéquation avec la réalité ; il doit aussi comprendre des vérifications ou des comparaisons avec des états antérieurs du cœur dynamique, ainsi peut-être qu’avec des états potentiels qui ne sont pas encore actualisés.
En d’autres termes, même si nous acceptons une conception profusionniste et sélectionniste de la pensée, il reste encore à expliquer la cohérence et la consistance que celle-ci tire de la capacité du cerveau (ou plus largement du corps ?) de se rappeler, mais aussi, indissociablement, de vouloir, de désirer et d’imaginer. Ces dernières dimensions de la vie du cerveau sont à peine mentionnées par Edelman et Tononi, et des clés importantes manquent donc encore pour comprendre les forces qui donnent à une succession d’états de conscience une certaine direction, une certaine manière de se développer ou, pour le dire autrement, une suite de raisons de choisir le prochain état de conscience parmi des milliards d’autres.

 La pensée comme mélodie et harmonie d’ensemble

Bien qu’il conserve la douteuse notion de « représentation » qui vient sans cesse freiner le mouvement qui le porte vers une conception pleinement rythmique, et bien qu’il ne prête pas non plus beaucoup d’attention à la volonté, au désir et à l’imagination, Changeux a le mérite de proposer deux concepts pour rendre compte de cette organisation téléologique du flux de la conscience : les concepts de « mélodie » et d’« harmonie d’ensemble ».
Lorsqu’il aborde l’organisation du flux mental à l’intérieur de ce qu’il appelle « l’espace de travail conscient », Changeux commence par noter que « le flux de la conscience est dynamique et continuellement changeant » mais que « ce flux est tout sauf un chaos. Il est, comme Alfred Fessard l’a fait remarquer, “tout à la fois un et multiple en chacun de ses moments” ». Il s’agit d’une « synthèse unifiée et dynamique » qui est à la fois cohérente et diversifiée (Changeux, 2002, p. 116). Afin de rendre compte de ces caractéristiques organisationnelles, il propose alors le concept de « mélodie consciente » : « Les tâches de réponse différée comme la tâche de Stroop, les expériences de rappel de mémoire et d’autres tâches cognitives de planification consciente se développent séquentiellement dans le temps et donnent naissance à des enchaînements temporels, des “mélodies” assez brèves et simples. » (Changeux, 2002, p. 164) La succession des états de conscience n’est en rien un chaos et son organisation fluante serait du même ordre que celle d’une mélodie : « Les neurones de l’espace de travail peuvent entrer en activité de manière organisée [version anglaise : time-ordered sequences] et former des “mélodies” de représentations mentales. Avec la syntaxe, les mélodies du langage se servent de vastes possibilités combinatoires offertes par le réseau neuronal de l’espace de travail. » (Changeux 2002, p. 191)
Changeux reprend ici sans le dire une idée de Bergson exposée dans son Essai sur les données immédiates de la conscience en 1889. Comme on sait, celui-ci y fait remarquer que lorsque nous venons d’entendre une horloge d’une oreille distraite, nous sommes toutefois capables, par un effort d’attention rétrospective, de compter combien de coups ont été frappés jusqu’au moment où nous avons pris conscience de ce qui se passait. Ce phénomène montrerait que la conscience n’est pas composée d’éléments distincts qui seraient ensuite combinés les uns avec les autres mais qu’elle constitue une dynamique immédiatement et simultanément globale et diversifiée, « une durée », « une multiplicité qualitative », analogue à « une phrase musicale » (Bergson, 1889, p. 95) ou mieux encore à une « mélodie ». Une mélodie constitue en effet un type d’organisation qui est à la fois différenciée – on peut en égrener les notes une à une – et synthétique – qu’une seule note change et la mélodie entière est altérée : « Ne pourrait-on pas dire que, si ces notes se succèdent, nous les apercevons néanmoins les unes dans les autres, et que leur ensemble est comparable à un être vivant, dont les parties, quoique distinctes, se pénètrent par l’effet même de leur solidarité ? La preuve en est que si nous rompons la mesure en insistant plus que de raison sur une note de la mélodie, ce n’est pas sa longueur exagérée, en tant que longueur, qui nous avertira de notre faute, mais le changement qualitatif apporté par là à l’ensemble de la phrase musicale. » (Bergson, 1889, p. 75)
Mais Changeux ajoute à cette idée bergsonienne une seconde idée qui lui est propre et qui lui permet d’approfondir encore sa représentation du fonctionnement téléologique de la pensée. Non seulement la succession des états de conscience est organisée comme une mélodie, mais, à certains moments, cette mélodie peut déboucher sur une expérience très particulière : d’un coup, quelque chose fait sens, une illumination traverse le cerveau. La temporalité de la trajectoire mélodique fait place à un élargissement instantané de la pensée ; la progression linéaire se transforme en une sorte de progression en largeur, éphémère mais extrêmement gratifiante.
Pour expliquer ce phénomène Changeux rappelle, tout d’abord, les témoignages de Poincaré et d’Hadamard sur l’importance des incohérences du rêve dans l’élaboration des théories scientifiques : « Il est vraisemblable que le rêve favorise l’action du “générateur de diversité” mental et introduise des associations aléatoires entre représentations éloignées ou même sans lien entre elles. L’activité “paradoxale” du sommeil introduirait un surplus de “variabilité” au cours de l’évolution darwinienne des représentations qui intervient lors de la veille dans l’espace de travail neuronal. » (Changeux, 2002, p. 375) Il est probable par ailleurs qu’au cours de la réflexion « le bricolage des pré-représentations est confronté au projet scientifique visé, aux données disponibles et aux structures conceptuelles effectivement présentes dans le cerveau du scientifique, qu’elles soient innées ou bien qu’elles résultent de l’épigenèse » (Changeux, 2002, p. 375).
Or, grâce à ces confrontations incessantes, il peut parfois se produire – en général à l’improviste – une combinaison harmonique de quelques éléments qui se propage d’un coup – par « transduction » aurait dit Simondon – à tout le matériel mental mobilisé mais jusque-là resté sans liens : « Après de nombreux tâtonnements, à l’occasion d’une nouvelle observation ou d’une nouvelle combinaison de règles formelles, il peut se produire une sorte de “cristallisation” d’un ensemble de pré-représentations, qui envahit l’espace de travail conscient. À ce moment précis, des éléments qui étaient dispersés dans le cerveau une fraction de seconde auparavant se trouvent mis en relation d’un seul coup. Voilà l’illumination dont parle Hadamard dans le cas de la création mathématique. » (Changeux, 2002, p. 375)
La « mélodie » de la conscience se transformerait ainsi, parfois et de manière très fugace, en une « résonance intérieure » ou en un « accord » musical : « La dynamique de l’enchaînement des représentations dans l’espace conscient pourrait se comparer à une “mélodie”. Chaque “note” résultant de la mobilisation parallèle de processus distincts resterait quelque temps “en ligne” dans l’espace de travail jusqu’à l’“accord” final [version anglaise : until a moment of convergence or resolution is reached] […] La mise à l’épreuve d’un enchaînement de “raisons”, d’une mélodie de “formes” ou d’une argumentation de “règles de conduite” pourrait se manifester par une résonance intérieure, une perception organisée et envahissante, répondant à ce que l’architecte de la Renaissance Alberti appelait consensus partium ou le peintre Henri Matisse, “harmonie d’ensemble”. » (Changeux, 2002, p. 376)
Cette « mise en relation d’un seul coup » d’éléments qui étaient, une fraction de seconde auparavant, « dispersés dans le cerveau », la « résonance intérieure » et l’« harmonie mentale » qui en résulteraient seraient la cause du « sentiment de beauté » ressenti, au dire de Poincaré, par un mathématicien lorsqu’il observe une théorie nouvelle qui fonctionne ou de la « satisfaction » éprouvée par toute personne qui réfléchit, « à la vision qu’une idée “marche”, que “la clé ouvre la serrure”, qu’un schéma global fonctionne, que d’un seul coup des éléments divers se mettent en place de façon cohérente » (Changeux, 2002, p. 376). Et ce sentiment de « beauté » ou de « félicité » montrerait que cette résonance s’accompagne très probablement d’importantes gratifications : « Alors, la perception interne de ce phénomène se traduit par un sentiment de nouveauté et d’harmonie qui déclenche probablement un effet de récompense très puissant à l’échelle de l’ensemble du cerveau. » (Changeux, 2002, p. 376)
Ces remarques jettent indubitablement une lumière sur la façon dont la pensée semble se développer. En affrontant sans détours la question de la qualité spécifique d’un flux de conscience, c’est-à-dire de sa manière propre de fluer, Changeux apporte ici un complément très intéressant au travail d’Edelman et de Tononi. Il suggère un début de réponse à la question de ce qui explique les « choix » immanents établis par le cœur dynamique au sein de la profusion des ébauches qu’il produit sans cesse : ceux-ci seraient guidés par l’anticipation et la recherche active de moments d’intégration mentale apportant de fortes récompenses. Changeux ne le dit pas mais on le comprend facilement : l’organisation de la succession des états de conscience serait toujours déjà orientée téléologiquement par l’anticipation d’une intégration différenciée de la totalité des éléments traités. Si nous anticipons un peu, nous pouvons dire la chose suivante : plus la complexité de cette totalité serait grande, plus les gratifications qui lui seraient liées seraient puissantes.
Mais Changeux se heurte alors à de nouveaux problèmes. Les témoignages d’architectes, de peintres et même de mathématiciens qu’il utilise ont le défaut de faire penser que le « consensus partium » ou « l’harmonie d’ensemble », qui s’établissent parfois à l’intérieur de la conscience et qui lui fourniraient en quelque sorte une finalité interne, seraient du même ordre formel que le plan d’un bâtiment, la composition d’un tableau ou même la structure d’une théorie mathématique. Or, ces témoignages ne montrent en réalité rien de tel, mais seulement qu’un architecte, un peintre ou un mathématicien perçoivent un sentiment très fort de félicité quand un bâtiment, une peinture ou une théorie sont achevés d’une manière qui leur semble « harmonieuse ».
Par ailleurs, Changeux a tendance à séparer la question du « consensus partium » de celle des mélodies qui y conduiraient. On retire de sa description l’impression que celles-ci seraient linéaires et inscrites dans la successivité du temps alors que celui-là s’établirait dans l’instant d’une harmonie simultanée. On sent qu’il manque aux neurosciences les ressources théoriques qui leur permettraient de se libérer du dualisme qui les fait utiliser conjointement, mais sans pouvoir véritablement les relier les uns aux autres, des concepts d’organisation purement diachroniques : la mélodie, la phrase, l’enchaînement ; et des concepts purement synchroniques : le plan, la composition, la structure. Dans la mesure où c’est le « même » cœur dynamique qui prend successivement différentes formes, il faut bien que ce soit le même concept qui rende compte de ses états de recherche et de ses états harmoniques. Ainsi manque-t-il aux neurosciences un concept qui leur permette de penser ensemble l’organisation et le mouvement, la linéarité et l’anticipation constante d’une totalité transversale.

 Rythme et mélodie dans la révolution poétique symboliste – Mallarmé

Changeux lui-même suggère, au détour d’une page, que les neurosciences pourraient peut-être, afin de résoudre ce problème, regarder vers la poétique et les sciences sociales : « La consonance des représentations mentales aux objets du monde extérieur ou entre objets mentaux interviendrait de manière critique dans l’imagination scientifique, comme la résonance de la mélodie de sons, de formes ou de mots pour la création artistique, ou la mise en harmonie avec le bien commun d’hypothétiques règles de conduite de l’individu au sein du groupe social. » (Changeux, 2002, p. 377) Malheureusement, il ne va pas plus loin.
M’appuyant sur cette suggestion, je voudrais montrer les profits que les neurosciences pourraient retirer, au moins sur cette question, d’emprunts à la poétique – pour ne pas alourdir le propos, je laisserai ici de côté les sciences sociales.
Afin de bien comprendre en quoi pourraient consister ces emprunts, il nous faut tout d’abord remonter à la révolution poétique qui s’est déroulée au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle. À cette époque, Wagner vient de libérer la musique des conventions quadratiques qui dominaient les productions de Mozart et de Beethoven. S’inspirant de son exemple, Baudelaire, puis Mallarmé et les symbolistes commencent à émanciper l’art poétique des formes d’organisation symétriques et répétitives. Dans la poésie de Mallarmé, fait remarquer l’un des grands historiens de cette mutation croisée, « des signifiants polyvalents sont construits à partir de symboles récurrents qui sont libérés de toute domination des structures hypotactiques [c’est-à-dire subordonnées, par opposition aux structures paratactiques organisées comme des juxtapositions]. “Rien”, “écume”, “musique”, “rêve”, “éventail”, “dentelle” sont quelques-unes des images isolées, arrachées à des contextes banals et juxtaposées avec d’autres images de manière à créer une forme de signifiance qui reste indéfiniment ouverte [an open-ended pattern of meaning] » (Hertz, 1987, p. 24). La métrique et l’organisation poétique traditionnelles en strophes et en vers régulièrement nombrés, ainsi que les manières anciennes dont sont corrélés sens et syntaxe, sont abandonnées car trop rigides pour rendre les « modulations individuelles de l’âme ».
Cette recherche poétique amène Mallarmé et les symbolistes à l’idée que l’effet poétique, dont on pensait jusque-là qu’il devait nécessairement être obtenu par le moyen d’une organisation métrique et versifiée régulière, pouvaient l’être également par d’autres types d’organisation du flux du discours. La symétrie, la succession réglée des temps forts et des temps faibles, le nombre des syllabes toujours identique ou alterné des vers, le retour régulier de la rime, la répartition périodique des strophes ne constituent qu’une forme d’organisation possible parmi des quantités infinies d’autres.
Mais cela ne veut pas dire non plus que toute organisation doive disparaître pour autant car, comme le note David Hertz, « [chez Mallarmé] les mots qui reviennent sont peu nombreux et très soigneusement contrôlés et régulés » (Hertz, 1987, p. 24). Le célèbre poème « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » (1897) associe ainsi une liberté totale à de nouveaux types de contraintes. Du reste, Mallarmé lui-même y insiste : « Très strict, numérique, direct, à jeux conjoints, le mètre, antérieur, subsiste […] Le vers, aux occasions, fulmine, rareté (quoiqu’ait été à l’instant vu que tout, mesuré, l’est). » (Mallarmé, 1894, p. 644)
Apparaît alors la nécessité de trouver un nouveau concept qui puisse faire droit à la fois à la fluidité nouvelle de la poésie acquise par le travail syntaxique mallarméen et l’introduction du « vers libre », et à la persistance du fait que cette liberté n’est en rien une plongée dans l’aléatoire et le non-sens mais qu’elle représente une nouvelle manière, plus individualisée mais pas moins partageable, d’organiser le flux du langage.
On le sait, le concept bergsonien de mélodie joue parfois ce rôle : « Toute âme est une mélodie, qu’il s’agit de renouer » proclame ainsi Mallarmé dans Crise de vers (Mallarmé, 1897, p. 363). Mais le rythme est celui qui est la plus souvent utilisé. Selon Mallarmé, le vers libre et l’organisation souple du flux langagier qu’il rend possible permettent mieux de saisir les dynamiques de « l’âme » que les formes cérémonielles et d’origine sacrale de la poésie traditionnelle, ce qu’il appelle « les grandes orgues générales et séculaires, où s’exalte, d’après un lent clavier, l’orthodoxie » (Mallarmé, 1894, p. 644). Loin d’avoir une fixité et une unité absolues, l’âme est en effet à la fois oscillatoire et plurielle. Elle n’est pas, comme on l’a dit depuis des siècles, une « substance » ; elle constitue un « nœud rythmique » : « Une heureuse trouvaille avec quoi paraît à peu près close la recherche d’hier, aura été le vers libre, modulation (dis-je souvent) individuelle, parce que toute âme est un nœud rythmique. » (Mallarmé, 1894, p. 644) Dans la mesure où il est dominé par l’« instinct de rythmes » (Mallarmé, 1896, p. 383), le poète est ainsi celui qui est en relation la plus directe avec l’humain dans ses profondeurs les moins accessibles.
En adoptant le terme de rythme pour rendre compte de cette organisation du flux du langage poétique – désormais en « vers libres » – Mallarmé en transforme de facto le concept. Celui-ci ne peut plus être identifié, comme on le faisait traditionnellement depuis Platon, à la seule succession de temps forts et de temps faibles répartis suivant des proportions arithmétiques, et doit être compris comme une forme d’organisation pluridimensionnelle où la succession temporelle n’est qu’une dimension parmi d’autres d’un écheveau de séquences, d’associations, d’échos, d’oppositions entrecroisés et de silences. Un concept de forme bien plus complexe que celui de mélodie – et même que celui de rythme au sens musical traditionnel – émerge ainsi de cette lutte entre l’ordre et le hasard qu’illustre le poème du « coup de dés ».
En posant le primat du rythme, Mallarmé cherche, tout comme Bergson avec la mélodie, à penser l’unité d’un flux à la fois linéaire et différencié. Mais, comme ce flux est pour lui langagier, sa totalisation ne peut en aucun cas être analysée à partir de l’exemple d’une phrase sonore asignifiante, comme le fait Bergson. Du fait même qu’il réfléchit à la pratique poétique, il ne lui est pas possible de se placer du point de vue d’une conscience vide et d’une durée pure, et il lui faut adopter celui du développement d’un discours dans lequel chaque élément ne signifie qu’en écho à ce qui a déjà été dit mais aussi, par anticipation, au total de ce qui aura finalement été prononcé.
Du point de vue mallarméen, la focalisation bergsonienne sur la mélodie semble ainsi une réduction du concept d’organisation du flux de la conscience dans lequel la dimension de totalité est indûment soumise à un primat de la linéarité. L’âme, du fait de sa pluralité, de son caractère « oscillatoire » et de son intrication avec l’activité langagière, ne peut être décrite de cette manière et doit être saisie à partir d’un concept de rythme d’emblée pluridimensionnel : « Toute prose d’écrivain fastueux, soustraite à ce laisser-aller en usage, ornementale, vaut en tant qu’un vers rompu, jouant avec ses timbres et encore les rimes dissimulées : selon un thyrse plus complexe. » (Mallarmé, 1894, p. 644)

 La critique rythmanalytique du modèle mélodique – Bachelard

Dans les années 1930, Gaston Bachelard aboutit, à son tour, à une critique du modèle mélodique et à une promotion du concept de rythme. En s’attachant, à travers celui-là, à penser l’unité qualitative d’un processus linéaire différencié, Bergson, reconnaît Bachelard, cherche à combattre toutes les notions d’organisation uniforme et spatialisée du temps produites par la science. Et en ce sens, pourrions-nous ajouter, il poursuit un but qu’il partage avec les symbolistes et des penseurs contemporains comme Simmel ou Tarde. Mais il place cette recherche justifiée sous la lumière douteuse de la durée intime. Contre les abus analytiques, quantitatifs et dominateurs du scientisme du XIXe siècle, il adopte le parti inverse – tout aussi abusif – du continu essentiel, de la qualité pure et de la passivité.
Or, fait remarquer Bachelard, la durée ne peut se percevoir en dehors des instants qualitativement différents qui la peuplent. Ce n’est pas notre continuité intime qui est première et les instants de purs artefacts produits par l’intellect, mais bien la suite plus ou moins régulière des moments saillants de notre vie, qui nous permet de nous sentir durer : « Nous ne savons sentir le temps qu’en multipliant les instants conscients. Si notre paresse détend notre méditation, sans doute il peut rester encore suffisamment d’instants enrichis par la vie des sens et de la chair pour que nous ayons encore le sentiment plus ou moins vague que nous durons ; mais si nous voulons éclaircir ce sentiment, pour notre part, nous ne trouvons cet éclaircissement que dans une multiplication de pensées. » (Bachelard, 1931, p. 88) Autrement dit, ce sont les rythmes de notre vie qui permettent de percevoir la durée et non l’inverse : « Les phénomènes de la durée sont construits avec des rythmes, loin que les rythmes soient nécessairement fondés sur une base temporelle bien uniforme et régulière […] Pour durer, il faut donc se confier à des rythmes, c’est-à-dire à des systèmes d’instants. » (Bachelard, 1932, p. IX)
Par ailleurs, la durée est certes qualitative mais cela ne lui donne pas pour autant unité et pureté. Elle est une réalité multiple et diversifiée : « Dès que nous avons été un peu exercé, par la méditation, à vider le temps vécu de son trop-plein, à sérier les divers plans des phénomènes temporels, nous nous sommes aperçus que ces phénomènes ne duraient pas tous de la même façon et que la conception d’un temps unique, emportant sans retour notre âme avec les choses, ne pouvait correspondre qu’à une vue d’ensemble qui résume bien mal la diversité temporelle des phénomènes. » (Bachelard, 1932, p. VII) Et là encore, Bachelard montre la nécessité d’introduire le concept de rythme. La diversité des durées est une diversité des rythmes : « Bref, à notre avis, la continuité psychique pose un problème et il nous semble impossible qu’on ne reconnaisse pas la nécessité de fonder la vie complexe sur une pluralité de durées qui n’ont ni le même rythme, ni la même solidité d’enchaînement, ni la même puissance de continu [...] toute durée véritable est essentiellement polymorphe. » (Bachelard, 1932, p. VIII)
Enfin, le sentiment de durée est toujours le produit d’une reconstruction active et non pas d’une réception passive de ce qui se passe en nous : « La conscience du temps est toujours pour nous une conscience de l’utilisation des instants, elle est toujours active, jamais passive, bref la conscience de notre durée est la conscience d’un progrès de notre être intime. » (Bachelard, 1931, p. 88) Ainsi les moments de résolution et d’intégration du divers mental, auxquels Changeux faisait plus haut référence, doivent-ils se comprendre dans la perspective d’une construction rythmique progressive : « Si nous arrivons ensuite – par une construction savante – à l’uniformité de notre méditation, il nous semble que c’est alors une conquête de plus, car nous trouvons cette uniformité dans une mise en ordre des instants créateurs, dans une de ces pensées générales et fécondes par exemple qui tiennent sous leur dépendance mille pensée ordonnées […] La cohérence de la durée, c’est la coordination d’une méthode d’enrichissement. » (Bachelard, 1931, p. 88-89)
Au scientisme et à la spatialisation du temps pratiquée au XIXe siècle, il ne fallait donc pas opposer une durée continue, unitaire et passive, pensée sous l’égide du concept de mélodie, mais une durée où le continu impliquait toujours du discontinu, une durée multiple et active, organisée par des rythmes différenciés : « Le rythme est vraiment la seule manière de discipliner et de conserver les énergies les plus diverses. Il est la base de la dynamique vitale et de la dynamique psychique. Le rythme – et non pas la mélodie trop complexe – peut fournir les véritables métaphores d’une philosophie de la durée. » (Bachelard, 1932, p. 128)
Généralisant cette conclusion, Bachelard soutenait que l’ensemble de la réalité psychique, sociale et matérielle pouvait finalement être pensé sous l’égide du concept de rythme et il suggérait l’élaboration d’une « rythmanalyse » qui aurait envisagé toutes les difficultés de l’homme du point de vue des rythmes qui le construisent et le déconstruisent sans cesse. Quoi qu’on pense de cette ontologie et du type de projet critique qui lui est lié, du point de vue formel qui seul nous intéresse ici, ces conclusions allaient dans le sens de Mallarmé, qu’il citait d’ailleurs par deux fois en exergue dans L’Intuition de l’instant (Bachelard, 1931, p. 11 et 57). Comme la mélodie, le rythme fusionnait des éléments différenciés dans un tout, mais il comprenait lui-même des pluralités internes, neutralisait l’opposition du continu et discontinu, et opposait son activité et sa puissance de synthèse à la passivité de la réception de la durée.

 Le rythme sans mélodie – la poétique d’Henri Meschonnic

La dernière étape de cette élaboration du concept de rythme et de la déconstruction simultanée de celui de mélodie s’est produite au cours de la seconde moitié du XXe siècle. En dépit de l’avancée qu’elle représentait, la conception bachelardienne restait en effet au moins sur un point non négligeable bien en-deçà des résultats des recherches mallarméennes : le rythme y restait enfermé dans sa définition métrique traditionnelle et considéré comme une simple succession de temps forts et de temps faibles organisée arithmétiquement. Il revient, me semble-t-il, à Henri Meschonnic d’avoir opéré la synthèse des aspects les plus avancés de la conception bachelardienne et de la pointe des travaux symbolistes.
Selon celui-ci, la « littérarité » d’un discours, ce qui lui donne sa qualité littéraire, dépend en effet de ce qu’il appelle son « rythme », c’est-à-dire de « l’organisation des marques par lesquelles les signifiants, linguistiques et extra-linguistiques (dans le cas de la communication orale surtout) produisent une sémantique spécifique, distincte du sens lexical, et [qu’il] appelle la signifiance : c’est-à-dire les valeurs propres à un discours et à un seul. Ces marques peuvent se situer à tous les “niveaux” du langage : accentuelles, prosodiques, lexicales, syntaxiques » (Meschonnic, 1982, p. 216-217).
Comparée à celle de Bachelard, cette conception apporte au moins deux nouveautés. La première concerne le langage. Bien que l’énonciation et le discours intérieur lui imposent tous deux un certain degré de linéarité, l’existence même de la littérature montre qu’il est certainement très superficiel d’aborder celui-ci à travers ce seul facteur, comme on le fait encore très couramment et en particulier dans les neurosciences lorsqu’elles le définissent comme un lexique associé à une série de règles syntaxiques. Ce qui fait sens et parfois nous bouleverse, c’est toujours le système entier des marques qui sont actives dans un discours. Ces marques peuvent être lexicales et syntaxiques, mais elles peuvent tout aussi bien être prosodiques et métriques. La plupart du temps, les sons, leurs oppositions et leurs échos au cours du temps, la disposition des silences, sont plus importants pour la signification et l’effet qu’ils ont sur nous que ce que l’on appelle habituellement le « contenu sémantique » (la référence à un objet, à un événement ou à une idée). Comme l’avait déjà entrevu Mallarmé, le sens est produit par un entrecroisement d’interactions entre les signifiants qui se superposent à la linéarité imposée par l’articulation.
La deuxième conséquence de cette conception concerne la littérature. Contrairement à ce qui est souvent affirmé à partir de considérations idéologiques ou esthétiques, celle-ci ne s’oppose en rien au langage ordinaire. Elle ne constitue qu’un usage maximalisé d’une activité signifiante rythmique, commune à l’ensemble des êtres humains. La puissance informationnelle et suggestive d’un discours dépend du système entier des signifiants qui constitue son « rythme », c’est-à-dire de l’organisation signifiante de son flux. Or, la qualité littéraire d’un discours est à son maximum quand ce rythme porte en soi suffisamment de tensions irrésolues pour que se créent une sorte de réverbération continue et donc un potentiel jamais épuisé pour de nouvelles lectures. Dans ce cas – et seulement dans ce cas –, le discours humain atteint un niveau rythmique grâce auquel il devient absolument unique mais aussi complètement partageable. Le présent contient alors non seulement le passé, mais aussi, au moins d’une manière potentielle, le futur. Et c’est ce qui donne son prix à la littérature pour les êtres humains.
En proposant de considérer les discours à partir de leurs « rythmes » et non plus de leurs « mélodies », Meschonnic se place – sans d’ailleurs vouloir le reconnaître – dans le sillage de Bachelard. Il en adopte clairement la position anti-bergsonienne et certaines de ses prémisses : la volonté de surmonter par le rythme l’opposition continu/discontinu, la pluralité des rythmes et leur caractère synthétisant et actif. Mais en redéfinissant le concept de rythme comme système de marques signifiantes produisant une sémantique spécifique, Meschonnic puise aussi directement à la source mallarméenne, ce qui le fait s’écarter assez vivement de la définition métrique conservée, en dépit de tout, par son prédécesseur. Mu par des questions soulevées par sa pratique de l’écriture et de la traduction, ainsi que par des suggestions provenant de la linguistique de l’énonciation, il introduit ainsi dans les idées bachelardiennes des conceptions provenant du travail de démétrification de la poésie accompli par Baudelaire, les symbolistes et Mallarmé au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.

 La pensée comme rhuthmos langagier

Le lecteur voit peut-être déjà en quoi le modèle formel qui s’esquisse ici peut intéresser les neurosciences. Il peut en effet leur permettre de dépasser la simple juxtaposition d’un bergsonisme plus ou moins conscient (la notion de « mélodie ») et d’un structuralisme plus ou moins avoué (la notion de « consensus partium »), juxtaposition qui leur sert pour le moment de cadre théorique dans leur réflexion sur les processus de pensée.
Tout d’abord, les neurosciences y trouveraient une théorie du langage beaucoup plus opérante que celles qu’elles utilisent couramment, dont les principes lexicalistes et syntaxiques sont pour la plupart obsolètes. Je passe rapidement sur cet aspect mais il est essentiel car on ne laisse pas de s’étonner du caractère plus que rudimentaire des conceptions du langage qui sont mobilisées par les neurosciences, à la fois dans leurs théories, comme chez Changeux, ou dans leurs expériences, comme dans les travaux d’imagerie mentale dont elles sont aujourd’hui friandes.
Ensuite, elles pourraient y puiser des concepts qui devraient leur permettre d’aller bien plus loin qu’elles n’ont pu le faire pour penser l’articulation des instants de conscience ordinaires et des instants d’illumination, de souvenir intense ou de percée imaginative. Vu de la poétique, on comprend mieux ce qui manque aux notions d’ordre empruntées à cet effet par les neurosciences aux différents arts et pourquoi elles restent sans liens avec les formes de progression mentale les plus banales : elles font toutes référence à des formes achevées qui ne possèdent aucune signification propre. Pour parler comme Benveniste, que ce soient les formes architecturales, picturales, mathématiques ou même musicales, ces formes mobilisent des sémiotiques sans sémantique. Autrement dit, elles sont toutes des formes d’organisation extra-langagières et d’une certaine manière extra-temporelles qui dépendent entièrement du langage qui les sémiotise. À partir de la poétique et du primat du langage qu’elle présuppose, on peut en revanche imaginer des solutions théoriques qui permettent de lier ensemble les instants de conscience ordinaires et les instants d’ « harmonie d’ensemble », comme sont liés les discours ordinaires et les discours littéraires.
Enfin, les neurosciences y retrouveraient des notions d’unité dynamique différenciée, d’écho ou de résonance des parties au sein d’un tout, auxquelles elles sont désormais attachées. Le rythme d’un discours, et en particulier d’un discours littéraire, se présente comme un phénomène dynamiquehautement « complexe », très précisément au sens d’Edelman et Tononi : il constitue un système simultanément fluant, différencié et intégré ; il possède des sous-ensembles spécialisés mais chacun d’eux a un effet sur tous les autres, grâce à des interactions constantes (L. Bourassa, 2009). C’est unrhuthmos, pas un skhéma. Ce que sa définition poétique apporte en plus, toutefois, c’est l’idée que le rythme du discours ordinaire est capable de franchir un seuil de complexité qui le rend à la fois absolument unique mais aussi complètement partageable. Le présent contient alors non seulement le passé, mais, au moins d’une manière potentielle, aussi le futur. Une chaîne de réactualisations infinie et non déterminée à l’avance peut alors s’enclencher.
Résumons. Edelman et Tononi pensent, nous l’avons vu, que le développement de la pensée se fait au cours d’une trajectoire de quale en quale, c’est-à-dire d’état de conscience complexe en état de conscience complexe qui seraient spatialisables comme des points dans un espace à N-dimensions. Ils n’en disent pas plus et ne se prononcent pas sur les raisons qui, au fond, motivent cette trajectoire.
Bien qu’il pèche par un représentationnalisme dépassé, Changeux ajoute à cette première conception deux idées importantes : la première, d’origine clairement bergsonienne, est que cette trajectoire n’est pas quelconque, qu’elle ne relie pas seulement des qualia indifférents les uns aux autres, mais qu’elle a elle-même une certaine « qualité synthétique » qui la fait ressembler à une mélodie, c’est-à-dire qu’elle a une unité qui, sans vraiment faire « sens », possède une certaine « cohérence ». La deuxième est que cette trajectoire peut prendre parfois une « qualité synthétique » instantanée qui étend alors transversalement la notion d’un ordre qui n’était jusque-là apparemment que linéaire. De cela, nous avions déjà conclu que cette qualité synthétique instantanée est probablement toujours déjà anticipée dans les moments de conscience ordinaires et que c’est elle qui motive la recherche d’une solution aux problèmes posés. Mais il manque àChangeux un concept qui lui permette de penser ensemble l’organisation et le mouvement, la linéarité et l’anticipation constante d’une totalité transversale, c’est-à-dire la « qualité synthétique d’un flux d’interactions » ou ce que j’ai proposé ailleurs d’appeler tout simplement une « manière particulière de fluer » (Michon, 2007). Les concepts d’organisation diachroniques – la mélodie, la phrase, l’enchaînement – restent séparés des concepts synchroniques – le plan, la composition, la structure – et empêchent de penser l’unité des modulations du cœur dynamique.
Nous pouvons maintenant aller plus loin. La théorie du rythme poétique – au sens qui s’est petit à petit dégagé depuis Mallarmé – fournit, me semble-t-il, un modèle formel qui rend précisément possible de dépasser l’opposition de la mélodie et de la structure, de la diachronie et de la synchronie. Les processus de pensée ne sont probablement pas composés, comme le soutientChangeux, d’une succession de phrases musicales et d’accords, de suites linéaires et d’instants d’élargissement. Ils constituent, vraisemblablement et plus simplement, des séquences d’états du cœur dynamique de complexité variable, éventuellement progressives, dont les modulations sont guidées par la recherche des gratifications associées au dépassement de certains seuils d’intégration-différenciation. Ils se caractérisent donc comme des manières de fluer, des rhuthmoi, plus ou moins complexes. Rien au cours de ces processus ne permet de distinguer des formes d’organisation différentes du cœur : les moments de souvenir intense, d’illumination intellectuelle et d’enthousiasme créatif sont seulement aux séquences d’états de conscience qui les précédent ce que les textes littéraires sont aux discours ordinaires ; nous n’avons jamais affaire qu’à des différences de degré de complexité du cœur dynamique et à la possibilité que celui-ci prenne parfois un aspectsursaturé ou maximalisé.
Ainsi en arrivons-nous à la conclusion suivante : le souvenir intense, l’illumination intellectuelle ou le coup de génie imaginatif qui constituent les guides de tout processus de pensée ne peuvent pas se limiter à des moments d’adéquation réussie avec la réalité présente, ils doivent surtout représenter des moments d’intégration-différenciation maximalisés du cœur dynamique, des sortes de moments de surcomplexification, qui font bien surgir en son sein une forme d’adéquation, mais aussi bien avec le présent qu’avec le passé ou le futur. Dans cet état sursaturé, le cœur dynamique est alors doté d’une énergie potentielle particulière qui fait que l’un et l’autre, l’un ou l’autre, sont alors comme contenus dans le premier. Le cœur peut re-créer un état de conscience antérieur ou créer un état entièrement nouveau qui peut représenter la solution d’un problème actuel ou à l’inverse la production d’un problème qui prendra à l’avenir une importance déterminante.
Cette conclusion fait ressurgir, nous le voyons, une très vieille thèse : celle de la parenté profonde entre le langage et la pensée, mais elle le fait en plaçant celle-ci sous un jour entièrement nouveau. Si nous pouvons penser, ce n’est pas parce que le lexique nous permet de découper le monde en entités logiques manipulables que nous pourrions ensuite, grâce à la syntaxe, organiser en propositions. Ce n’est pas non plus parce que nous disposerions d’un système linguistique qui constituerait la matrice formelle de toute production de sens. C’est parce que le langage nous dote d’une puissance poétique, c’est-à-dire non pas de la capacité de créer des fictions plus ou moins plaisantes, mais de produire des discours dont la « complexité » ou le « rythme », c’est-à-dire la manière de fluer, sont tels qu’ils leur confèrent un potentiel sémantique indéfiniment ouvert, qui nous permet à la fois d’imaginer et de nous souvenir, de recréer le passé et, en un certain sens, de prophétiser le futur. Cette conclusion paraîtra peut-être audacieuse, mais elle n’est pas différente en son fond, non seulement de la position de Bachelard, qui voyait dans le rythme « des passages, des accords, des correspondances toutes baudelairiennes entre la pensée pure et la poésie pure » (Bachelard, 1932, p. X), mais aussi de celle d’Edelman et de Tononi qui notent pour leur part : « Tout acte de perception est, d’une certaine manière, un acte de création, et tout acte de mémoire est, en quelque sorte, un acte d’imagination. » (Edelman-Tononi, 2000, p. 101)

 Conclusions

On voit tout l’intérêt qu’il y aurait à faire à nouveau circuler les concepts transversalement, comme cela a été le cas dans la deuxième moitié du XXe siècle. L’exemple des théories récentes de la pensée produites par les neurosciences qui vient d’être analysé le montre suffisamment : celles-ci pourraient beaucoup gagner, du point de vue même des mutations épistémologiques qui les traversent, si elles acceptaient de s’intéresser à des ressources formelles existantes mais qui leur sont, pour le moment, restées totalement étrangères : par exemple, le concept de rythme tel qu’il a été réélaboré par la poétique, mais aussi, très probablement, tel qu’il commence à être reformulé dans les sciences sociales et sur lequel je n’ai rien pu dire ici faute de place (pour une première approche voir Michon, 2005 et 2007).
L’un des problèmes que les neurosciences n’arrivent pas à traiter concerne la qualité spécifique et pourtant partageable des flux organisés qu’elles observent. En réduisant la pensée à un processus d’adéquation purement statistique à la réalité intérieure ou extérieure, les neurosciences ne rendent pas compte du fait que toute expérience mentale possède une certaine consistance propre, c’est-à-dire une manière particulière de fluer, qui lui est assurée par le jeu de la mémoire, d’une part, de la volonté, du désir et de l’imagination, de l’autre. Or, le modèle formel proposé par la poétique pourrait certainement les aider à répondre à ce problème. En s’appuyant sur ce modèle, on pourrait proposer l’hypothèse suivante : l’illumination intellectuelle, le coup de génie imaginatif ou même le souvenir proustien, tous ces moments qui, par le fait qu’ils sont associés à de fortes gratifications, guident la sélection au sein de la profusion mentale, représenteraient des instants d’intégration-différenciation maximalisés du cœur dynamique qui feraient surgir en son sein une énergie potentielle d’un type particulier. L’imagination, la compréhension et la mémoire seraient ainsi liées à la capacité du cerveau d’atteindre des états neuronaux extrêmement complexes, dominés par une sorte de réverbération interne généralisée permettant, en quelque sorte, au passé, au présent et au futur de refluer les uns sur les autres. Ces états particuliers ne feraient toutefois que maximaliser des possibilités neuronales qui seraient déjà présentes dans les états ordinaires du cœur dynamique.
Les neurosciences pourraient donc trouver dans la poésie une alliée paradigmatique efficace pour comprendre la vie du cerveau. Mais une telle alliance devrait bien sûr être recherchée également dans l’autre sens – le narcissisme des littéraires dût-il en souffrir quelque peu. On pourrait se demander, de ce point de vue, si le lien entre la qualité poétique d’un discours et la maximalisation de sa complexité rythmique, tel qu’il a été repéré par les études de poétique depuis Mallarmé, ne pourrait pas s’expliquer, quant à lui, en fonction des formes de dynamiques neuronales. La poésie apparaîtrait comme une fonction langagière aussi nécessaire à la vie des hommes que les moments de forte complexité le sont à la vie de notre cerveau. On attendrait alors peut-être – qui sait ? – à l’un des fondements neurologiques de l’art.

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F. Varela, J.-F. Lachaux, E. Rodriguez and J. Martinerie, « The brainweb : phase synchronisation and large scale integration », Nature Reviews-Neuroscience, 2, 2001, p. 229-238.

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Les égrégores sont des entités produites par de puissants courants de pensées collectives et cohérentes.

L’égrégore est une forme-pensée ou champ énergétique construit par un groupe de personne ayant la même intentionnalité, par exemple : groupe de philatélistes, club sportif, syndicat, église, parti politique… ou tout simplement ensemble de personnes pouvant être disséminées sur la planète mais, vivant les mêmes émotions : amour, haine, colère, compassion…

Un ensemble de personnes qui se focalisent sur un même objet, avec une certaine intensité, déploient une énergie mentale, affective, passionnelle, spirituelle… qu’ils mettent en commun. Cette activité concentrée sur un objet en particulier génère une forme pensée ou, champ énergétique composé d’énergie mentale, d’émotionnelle, d’énergie spirituelle.

L’égrégore est une énergie structurée par l’objet sur lequel elle se finalise, et remplie de toutes les émotions que les participants mettent en commun.

Interaction entre les membres du groupe et l’égrégore

L’égrégore condense, rassemble ce que chaque membre y apporte. Et chaque membre, du coup, reçoit de l’égrégore dans lequel il entre, plus que ce qu’il a apporté. Il y a donc interaction entre les membres du groupe et l’égrégore.

Ce sont les membres rassemblés qui constituent l’égrégore, mais cet égrégore va adombrer les membres. Les membres sont donc sous l’ombre, ou a l’ombre de l’égrégore, qui est comme un nuage au-dessus d’eux. Et il y a bien interaction au sens où le membre nourrit l’égrégore, mais l’égrégore agit sur le membre.

Si nous rejoignons par la pensée un égrégore d’amour, nous recevrons en retour de l’amour. Alors que s’il s’agit de colère, il en sera tout autre et, nous recevrons en retour… de la colère !

L’égrégore est constitué par les personnes qui en sont le facteur déclenchant. La puissance de l’égrégore va s’amplifier en fonction du nombre de participants, mais également en fonction de l’intensité de la recherche, de la focalisation de ses membres sur l’objet et, de leur implication existentielle ou passionnelle. En s’impliquant passionnément dans l’objet d’un égrégore, les membres font un apport important d’énergie à l’égrégore.

L’égrégore est une entité vivante

L’égrégore est un concept vitalisé, réelle entité, qui pour être viable, doit être alimenté régulièrement par les membres du groupe se maintenant tous dans la même énergie vibratoire.

C’est pour cela, que les dirigeants de groupes à l’origine d’égrégores, organisent des meetings, des cultes, des rassemblements… Également, afin d’augmenter le pouvoir de l’égrégore, certains ont recours à des rituels qui peuvent consister en des formules, des symboles, des prières, des invocations, des visualisations d’images concrétisatrices, des courants mentaux, des chaînes d’union, brûler de l’encens…

Chaque membre du groupe devient une « cellule » de l’égrégore. Il vit sur le plan physique par l’intermédiaire des êtres humains membres du groupe, et sur le plan astral par la projection astrale de ceux qui y adhèrent.

La vie matérielle de l’égrégore est assurée par le nombre des membres d’un groupe, par leur discipline, leur union, leur stricte observance des rituels, mais aussi par les courants de sympathie ou d’antipathie du monde…

Forme donnée à l’égrégore

Afin de donner à l’égrégore une forme concrète, on en fait une représentation symbolique, qui sera un support de visualisation. Ce signe représente sa nature, ses buts, ses moyens. Nous aurons donc le sceau-de-salomon, l’étoile de David, le pentagramme, la croix latine, le triangle maçonnique, les symboles du Reiki, etc.

Le symbole porte en lui-même une représentation qui parle immédiatement à l’être humain de façon figurée. Tous ces innombrables signes et sceaux ne sont que des représentations de l’égrégore. Ces signes sont à la fois une protection, un support et un point de contact entre les membres. Ils deviennent alors de véritables pentacles.

L’égrégore peut devenir une entité très puissante qui a sa vie propre et elle se détruit difficilement. Si on désire l’éliminer rapidement, il faut avoir recours à l’incinération de tout ce qui la concerne.

Attachement à l’égrégore

Il est également très difficile de se détacher d’un égrégore. Il est prescrit de procéder de façon inverse à celle qui est à l’origine de l’attachement. Ainsi, s’il y a eu une cérémonie d’initiation, lors de la liaison avec l’égrégore, il faudra alors procéder de façon inverse, mais identique pour produire le détachement. Dans la religion catholique, le baptême est annulé par l’excommunication.

Cependant, les réactions de l’égrégore à l’égard de la cellule expulsée sont parfois très dangereuses pour la personne concernée. La meilleure façon de se protéger est d’adhérer à un concept de force équivalente, ne serait-ce que pour un temps… Mais surtout de bien choisir le groupe auquel on adhère, intentionnellement ou non… Les conséquences peuvent être très différentes suivant le groupe.

En tant qu’humain “moyen” ou non initié, la seule chose qu’on puisse faire pour lutter contre un égrégore, c’est savoir se contrôler : sentiments, émotions, pensées. Le fait de penser à un égrégore, on le nourrit. Détester, haïr, aimer, idolâtrer, prier, etc., on le nourrit.

Aspects psychiques et énergétiques de l’égrégore

L’égrégore possède une composante à la foi psychique et énergétique. L’égrégore est une énergie qui contient toutes les vibrations des gens qui le créent, le font vivre… et qui leur échappe.

La concentration des personnes réunies dans un même but, avec les mêmes pensées intenses créées un égrégore qui se constitue, se développe, s’amplifie et devient actif.

Un égrégore est une “boule” d’énergie visualisable dans l’astral qui a été créé la plupart du temps par un groupe d’individus humain. Cette énergie, avec laquelle il est possible d’interagir, possède un caractère qui lui est propre, caractère attribué par ses créateurs. C’est comme un accumulateur d’une énergie possédant ses propres caractéristiques, et motivé par la foi ou la concentration de plusieurs personnes à la fois. Il est alors aisé de comprendre qu’il existe des égrégore de toutes sortes (Égrégore chrétien, égrégore bouddhiste, égrégore islamiste, égrégore sectaire, égrégore satanique, égrégore politique, égrégore syndical, égrégore de guérison, etc.).

Un égrégore peut être perçu comme la résonance vibratoire émise par la psyché d’un groupe de personnes vibrant sur une note déterminée. Les actes, les émotions, les pensées et les idéaux de chaque entité constituant ce groupe, fusionnent pour édifier un tout cohérent, une forme dont les composants sont de nature énergétique. La tradition ésotérique lui donne le nom de « forme pensée aurique».

Bien que d’essence subtile et impalpable, une forme pensée est aussi pénétrante, enveloppante et perceptible qu’une présence matérielle. Ce sont les courants émotionnels, mentaux et spirituels, émanant de l’ensemble des membres d’un groupe qui élaborent une forme pensée, pour ensuite, la structurer.

La notion d’égrégore se rapproche de celle d’inconscient collectif, de conscience collective, de champ morphogénétique ou de champs de conscience opérant entre eux.

Orientation d’un égrégore

Un égrégore est un agrégat de forces constituées de courants vitaux, émotionnels, mentaux et spirituels, suivant la qualité vibratoire de la forme pensée aurique. Ces courants vitaux, créés par le groupe d’individus duquel l’égrégore est issu, pénètrent la conscience du groupe sous forme de désirs, de concepts et d’aspirations.

La patrie, la république, la justice, la guerre, la paix ne sont rien d’autre que des images égrégoriques.

L’égrégore de nature astrale peut être orienté par le mental et nourrit essentiellement par l’énergie émotionnelle, (la forme pensée provoquée par les désirs, les aspirations, les rêves, les décisions, les engagements, les idées, la volonté, d’un ou de plusieurs êtres humains.)

Dans un groupe, on suppose que si les objectifs et les orientations personnelles des participants sont de nature matérielle, les égrégores, leur double subtil, manifestent des intérêts analogues. Si au contraire, les buts et les orientations des personnes constituant un groupe sur le plan physique sont inclusifs, son égrégore sera animé des mêmes intentions.

En se focalisant sur un objectif et en agissant pour lui donner vie, une personne est en mesure de créer un égrégore susceptible de se développer pendant un temps indéterminé. Suivant l’intensité de l’idée émise et du nombre de personnes qui y adhéreront, ce temps peut durer de quelques jours à plusieurs millénaires.

Pour donner deux exemples :

Une association créée par un groupe d’amis, pendant une durée de deux mois autour du projet d’organiser un concert en vue de recueillir des fonds pour réaliser un objectif particulier, va créer un égrégore à durée de vie limitée.

Un égrégore peut être réactivé et transformé au cours des siècles.

L’égrégore de la Franc-Maçonnerie contemporaine, que l’on nomme : spéculative, avait déjà un long passé avant d’être de nouveau réactivé au début du dix-huitième siècle.

La maçonnerie spéculative est un sous-égrégore aurique de celui qui anime l’Esprit de la Maçonnerie qui et beaucoup plus ancien. La Maçonnerie actuelle, fondée en 1717 à Londres, est une émanation aurique de l’Egrégore Maçonnique dont il est difficile de connaître l’origine qui se perd dans la nuit des temps…

Naissance de l’égrégore

L’égrégore est activé par une seule personne à la base et l’idée créatrice fait peut générer l’adhésion d’un nombre important de personnes, lesquelles vont donner vie à l’égrégore.

Selon la recherche ésotérique, un égrégore naîtrait, par exemple, d’une fervente prière collective, d’une thérapie de groupe, d’un projet, d’un rituel qui pourrait être chamanique par exemple. Mais il peut tout autant être la résultante d’extrémismes religieux, politiques ou nationalistes ou même d’un événement traumatisant susceptible d’engendrer une émotion collective puissante et durable tel que les attentats du 11 septembre 2001…

Aspects constructifs de l’égrégore

En Amérique et en Europe, on a expérimenté des “groupes de prières” dans les hôpitaux , qui prient pour la guérison physique des malades qui le leur ont demandé. On s’est aperçu, que des malades atteints de maladies graves, et pour qui priaient ces groupes, se remettaient beaucoup pus rapidement et avaient des chances de guérison beaucoup plus élevées, que des malades qui ne bénéficiaient pas de ces groupes ! Pourquoi ? Tout simplement parce que le “groupe de prières”, par sa dévotion, va canaliser une énergie aurique et faire son propre égrégore que l’on pourrait appeler “énergie de guérison”, et qui va se mêler à l’énergie aurique du malade visé, le rendant ainsi beaucoup plus fort, pour se battre contre la maladie !

Pour le travail, c’est la même chose : vous travaillez dans une entreprise qui vous demande de constituer un groupe afin de réaliser un projet. Si, dans votre groupe, chacun est soudé, “sur la même longueur d’onde aurique”, votre projet sera terminé en un rien de temps, et vous bénéficierez des honneurs de vos employeurs. Par contre, si dans le groupe existent une ou plusieurs “brebis galeuse”, l’énergie développée par votre groupe sera quasiment nulle ou très négative, les idées manqueront, votre travail n’avancera pas et le moral de vos “troupes” sera au plus bas ! Vous essuierez ainsi un cuisant échec auprès de vos responsables. Que se sera-t-il passé ? L’énergie développée par ce groupe à la base “malsain”, sera inexistante, voire malsaine. La meilleure solution aurait donc été que vous fassiez le travail seul, ce qui aurait été plus long, mais beaucoup moins difficile, étant donné que vous n’auriez subi aucune entrave à sa réalisation, contrairement à ce qui se sera passé dans votre groupe aurique négatif.

L’efficacité d’un égrégore repose sur la cohérence du groupe. Cohérence au niveau de l’identité, des objectifs, cohérence dans le temps et par-delà le temps.

Nourriture et mort de l’égrégore…

La puissance d’un égrégore dépend de sa « masse psychique concentrée ou mobilisée ». La puissance et la nature de ces courants émis déterminent la qualité de la forme pensée aurique. Plus elle est alimentée et plus son rayonnement s’étend.

En contrepartie, moins elle est nourrie et plus sa force s’affaiblit. C’est ainsi que les égrégore se créent, se développent, puis s’anémient et disparaissent. La durée de vie d’un égrégore dépend des paramètres identiques à ceux de toutes les institutions humaines. Plus elles sont vitalisées auriquement, plus on leur porte de l’intérêt et plus elles se renforcent. Dans le cas contraire, moins elles sont fertilisées et moins elles sont susceptibles de battre des records de longévité.

Faute d’être entretenu et nourri régulièrement, un égrégore se désagrège et meurt car il n’est pas autonome comme on peut le voir.

par : Jean-Paul Thouny

publié par les agents sans secret à l’adresse 10:23

samedi 19 septembre 2009 à 06:09 :: Général :: #8371  translate  ubersetzen  

C’est sans doute le grand défi du XXI° siècle. Si vous y prêtez attention, où que se porte votre regard – défis écologiques, élections politiques, injustices sociales, éducation à la citoyenneté, guerres de religion, exploitation néocoloniale, ou simples attitudes de consommateurs – se pose une question cruciale : l’humanité saurait-elle faire preuve de conscience collective ? Interrogation à la fois évidente et terriblement fugace dès que vous tentez de la cerner. L’INCONSCIENT collectif, on voit bien ce que cela recouvre, pour le meilleur comme pour le pire : chaque groupe humain dicte implicitement à ses membres, dès la naissance, un ensemble de croyances, de valeurs et de comportements, qui les déterminent ensuite à vie – la liberté individuelle consistant ensuite précisément à se défaire de cette pression du groupe. Mais la CONSCIENCE collective, qu’est-ce que cela pourrait être ?

Les plus grands visionnaires, de Bouddha à Jésus, de Platon à Rousseau, de William Blake au chef Seattle, d’Aurobindo à Teilhard, de Hugo à McLuhan, ont évoqué une telle conscience, portée par la métaphore d’un cerveau global, dont chacun de nous serait un neurone. Mais concrètement ? Ce dossier n’épuise pas le sujet, loin de là. Il ouvre juste quelques pistes. Apparemment, déchirements et haines persistent, en toute inconscience. Mais lisez notre enquête : en sourdine, semble se tramer une mutation de fond. Affaire à suivre… de près !

De « l’intelligence » du monde à l’intelligence collective

Au détour d’un chemin, perdues au cœur des hautes vallées de la Sierra Nevada de Santa Marta en Colombie, une centaine de femmes de la communauté des indiens Kogis sont assises à l’ombre d’un manguier. Présences silencieuses, mais « habitées » qui captent l’attention. Jeunes et moins jeunes, anciennes, enfants, regroupées autour d’un chaman (Mamu), elles « pensent » l’esprit, la forme du pont que les hommes construisent quelques mètres en contre bas. Elles nourrissent la pensée, « l’esprit » de ce que devra être ce pont. Le soir, cette pensée sera partagée avec les hommes, les principes (féminin/ masculin, pensées/actions, esprit/matière…) pourront être régulés et nourrir « justement » leurs actions. Expérience du monde et de ses cycles, chaque fois réinventées, chaque fois (re) parcourue..

Ce travail de « pensée » effectué avant, pendant et après la construction du pont (ou la mise en œuvre d’une action), doit permettre à la fois de nourrir la vision partagée de ce qui va être réalisé, en l’occurrence un pont, ou il doit être construit, quand et par qui, mais aussi et surtout de faire « justement » les choses à savoir, en accord avec le corps social qui a la charge de sa réalisation et l’espace naturel (vivant) dans lequel il s’inscrit.

Construit sans chef, d’une portée de plusieurs dizaines de mètres, le pont est réalisé par une centaine de Kogis en moins de 48h. Il ne comporte ni clous ni fils de fer.. Il est prévu pour rester en place pendant plusieurs dizaines d’années.

Construire une vision partagée porteuse de sens et proposer une démarche à la fois « juste » et transformatrice, qui permette d’atteindre un objectif (action, projet, situation, etc.) n’est-ce pas là, le fondement de l’intelligence collective ?

Oui, si l’on admet que l’intelligence collective englobe les règles, principes de fonctionnement (valeurs) qui permettent à un ensemble de personnes (identité) de faire émerger un projet, une action, de construire une situation (l’équilibre) qui les dépasse, tout en étant nourri de l’énergie et de la spécificité de chacun. Oui si l’on comprend que la règle précède la forme, puisque du choix et de l’animation d’un processus, d’une démarche, dépend la qualité et la « pertinence » (justesse) d’un résultat. (le tireur à l’arc dans la tradition Zen).

Dernière société Précolombienne à avoir su préserver sa culture et ses modes de fonctionnement à travers les siècles de notre histoire, la société des indiens Kogis a fait de « l’intelligence collective » un art de vivre qui imprègne les pensées et les actes de ses membres. Comme nombre de sociétés « racines » ou « traditionnelles » à travers le monde, il n’est pas un acte, une parole qui ne soit pensée afin de « pouvoir gérer » et dépasser les problèmes, d’ego, de territoires, les émotions qui obscurcissent l’esprit.

Savoir canaliser le pouvoir et les énergies pour qu’elles restent source de créativité et non génératrices de violence a toujours fait partie de leurs préoccupations « essentielles ».

Une préoccupation issue d’une « expérience » (posture) du monde ( et non pas d’une seule « connaissance ») qui permet de concevoir transmettre et faire vivre un ensemble de mécanismes, processus, (rituels) règles de fonctionnement qui préservent de la folie, qui tiennent à distance les déséquilibres, sources de tensions, de maladies et de mort…Car c’est bien le déséquilibre et la mort que l’intelligence collective, cette « mémoire des possibles » qui se développe entre le passé et le futur » doit permettre de tenir à distance.

Et ce n’est sans doute pas un hasard si c’est aux prémisses d’un XXIème siècle chaotique, aux inégalités criantes, en perte de sens et de repères, ou se multiplient déséquilibres, ruptures et menaces (environnementales, sociétale, politiques etc.) que (ré) apparaît l’impérative nécessité d’une intelligence collective. Car c’est la contrainte (et la menace dont elle est porteuse) qui appelle l’intelligence collective et « la conscience » issue de l’expérience, qui la permet.

Nous voici donc confronté à l’un des plus difficile, mais aussi des plus enthousiasmant défis de notre temps, faire vivre une « intelligence collective »adaptée aux enjeux d’une époque (territoire, culture, représentation etc.), à même de nous permettre de faire face aux déséquilibres issus du fonctionnement de nos sociétés modernes.

Si les Kogis et les peuples « racines » par l’effet miroir qu’ils nous proposent et la mémoire qu’ils ont su préserver, peuvent nous y aider, il nous appartient d’en revisiter les principes, de les (re) parcourir, pour se les réapproprier et en acquérir l’expérience. A 80% urbains, (en 2007, 50% de la population mondiale va vivre en ville),ayant perdu notre relation à l’expérience du monde, à la vie et à nous même, nous avons en grande partie perdu les clés de cette intelligence collective, indispensable à notre survie.

Les Kogis n‘ont jamais rompu ce lien, cette relation au vivant. C’est la nature, et l’expérience fusionnelle qu’ils en ont, qui leur transmet les règles et les principes de vie qui régit leur société et leur permet de maintenir l’équilibre du monde. Temps cyclique, prédominance de l’expérience sur la connaissance, équilibre des contraires, mais aussi humilité, respect, partage, solidarité, circulation, sont des évidences vécues et transmises au quotidien par l’ensemble des membres de la communauté « tout est écrit dans la nature, et notamment la façon dont il convient de maintenir l’équilibre, de canaliser l’énergie entre la vie et la mort, pour éviter le chaos. C’est dans la nature que les lois, et les règles qui régissent notre société prennent leurs racines. C’est là que nous savons comment maintenir le monde en harmonie, comment penser et agir ensemble, afin d’éviter les maladies, les catastrophes naturelles, les grèves et les disputes familiales, car tout est liée. Les règles et les lois occidentales sont faites par les hommes au profit de la société humaine. La loi Kogi est cosmique elle permet de maintenir l’équilibre du monde au service de la vie ».

Faire vivre cette « intelligence collective » la réinventer par choix, accepter l’ouverture qu’appelle l’altérité, quitter ce que nous connaissons pour nous risquer vers l’inconnu du partage et de la construction commune, faire « trembler nos maisons intérieures » c’est bien ce pari, car il est vital, auquel ont choisi de se confronter les membres fondateurs de « L’alliance pour la planète » officiellement crée en mars 2006 à Paris.

Forte de 63 organisations, (WWF, Green Peace, Les Amis de la Terre, la FNH (Fondation Nicola Hulot), Tchendukua Ici et Ailleurs, Ecologie sans frontière etc. L’alliance pour la planète tente de (re) parcourir ce chemin, de réinvestir pas à pas cette intelligence collective du monde, indispensable pour faire émerger ensemble les nouvelles façons d’être et d’agir qu’appelle le monde de demain.

Dans la continuité de la « pensée » Kogi , Il faut pouvoir recréer les champs énergétiques que forme l’interaction de tous les individus membres d’un collectif. L’appartenance à ces champs et les conséquences qui en découlent peuvent être observées à plusieurs niveaux. Le premier est celui de l’identité. Le fait de faire partie du collectif est un élément constitutif et identitaire pour chaque individu. Il ne s’agit pas d’une simple étiquette, mais d’un sentiment profond d’appartenance à un groupe et à ce qui constitue son identité. Ainsi à la question « Qui es tu ? », un Kogi répondra invariablement « nous sommes Kogis, habitants de la Sierra Nevada de Santa Marta ». Le deuxième niveau est celui des valeurs. La valeur de la solidarité par exemple, est une valeur qui relie tous les membres de la communauté Kogi. Elle organise activement toutes les formes que prend le partage au quotidien de la nourriture, du travail et des rituels. Leur « vision » de la solidarité rend possible le développement d’une intelligence collective, car elle oriente chaque individu vers la recherche du bien commun tout en donnant à comprendre les mécanismes collectifs qui permettent le développement et la survie de la communauté.

Le troisième niveau est celui des capacités. Ce que l’on veut, peut et sait faire ensemble doit être en permanence travaillé et partagé par les membres du groupe. Les décisions collectives s’inscrivent alors dans la continuité de ces processus d’appropriation et de partage. Elles se prennent dans une dynamique de construction et de recherche de solution qui révèle un « haut » niveau de compréhension des enjeux d’une décision, reflet d’une vision et d’une compréhension systémique des situations. Une fois construite l’identité, partagées les valeurs et mises en place les compétences, savoir faire et savoir être nécessaire, la conduite des actions, leur exécution ainsi que le partage des informations qu’elle nécessite devient fluide. Le niveau (maturité) d’intelligence collective des situations permet de prendre rapidement des décisions « justes » et pertinentes.

L’intelligence collective ou l’affaiblissement du moi :

Paradoxalement, alors qu’augmente l’urgente nécessité de nouvelles intelligences collectives, nous observons dans nos sociétés occidentales dites « développées » une montée des troubles liés aux difficultés ou aux insuffisances de structuration du moi . Les dérives les plus marquantes sont par exemple l’augmentation des problèmes d’obésité, celles des conduites addictives de tous ordres, ou encore les phénomènes de dépendance et de vassalité dans la formation des « bandes » d’adolescents. Les causes de ces troubles sont multiples et vont au delà de cette réflexion. IL est cependant possible de considérer que ces difficultés sont liées à l’insuffisance des cadres collectifs apprenants, au déficit dans la transmission des savoir faire et des savoir être et à une fuite obsessionnelle devant le risque, le manque, la souffrance de tous ordres. Or l’expérience de la confrontation réussie aux dangers, aux obstacles, source de l’apprentissage et de la structuration du moi, est l’un des facteur majeur de développement de l’intelligence collective . C’est parce que j’ai appris avec les autres à dépasser les épreuves que je peux prendre ma place dans un groupe…

Ce n’est donc qu’au prix d’une intelligence collective volontairement réinvestie, que l’humain pourra réellement prétendre devenir « homo sapiens sapiens ».. ; un homme « sage « capable de choisir son avenir en conscience, et non simplement de le subir. Et comme le rappelle Marco Chaman Kogi :

-« Seuls nous ne pouvons pas protéger la terre, ensemble nous pouvons faire quelques chose. Pour cela il faudrait que nous puissions dialoguer, nous comprendre et nous respecter pour voir ensemble ce que nous pouvons faire. Il n’est plus temps de parler mais d’agir »

Une conscience globale est toujours grosse d’un impérialisme spirituel

Les religions produisent une conscience collective sur la question de la place de l’autre. Avec l’avènement des monothéismes, cela risque à tout moment de faire émerger un totalitarisme. Dans la tradition biblique, tout commence avec la construction de la Tour de Babel…

« Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! faisons des briques, cuisons-les au feu. Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom. » (Genèse 11) Ainsi commence l’histoire de Babel et de sa Tour, chronique biblique que Marie Balmary signala comme le premier cas de totalitarisme : projet et pensée unique, consensus forcené, enfermement communautaire uniformisant dans lequel les hommes renoncèrent au « je » individualiste et adoptèrent un « nous » fusionnel, qui, on peut le supposer, a dû éliminer ses dissidents. Dieu désapprouve. Il n’est pas au ciel. On ne l’atteint pas non plus dans un élan commun mais dans une relation singulière. Il éradique l’unanimisme de cette conscience collective en « confondant leur langage et les dispersant sur toute la face de la terre. »

On retrouvera souvent la tentation unanimiste dans l’Histoire et récemment dans la devise du IIIe Reich : Un seul peuple, une seule nation, un seul führer. La conscience morale de chacun devait s’effacer au profit d’une conscience collective à couleur de nationalisme mystique dont le contenu était asséné par la propagande du parti et imposé par une violence sans merci.

« Tous ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous », proclama le Président George W Bush dans un discours qui préparait l’opinion publique au Patriot Act et préludait à la légalisation de la torture et de la détention illimitée sans procès (vote de la chambre des Représentants et du Sénat le 28 septembre 2006). « Un peuple qui veut sacrifier sa liberté à sa sécurité est un peuple d’esclave, » prévenait Thomas Jefferson qui avait juré fidélité à la même constitution que son successeur. La conscience collective du peuple Américain semble avoir choisit. Entre ce degré de sécurité et conformité il n’y a qu’un pas. Il sera vite franchit. Un animisme obligatoire. Babel n’est plus très loin.

__La place de l’autre __ Religion, dont on tire la racine de relegere / religare, signifie relier, recueillir ou relire. On y désigne un ou des Dieux et y assemble les hommes dans une même foi, autour d’une même lecture, en vue d’un même destin. Les religions sont productrices de conscience collective en cela qu’elles dictent des croyances et des valeurs auxquelles le croyant adhère.

Elles unissent, mais écartent aussi d’un même mouvement ceux qui n’ont pas la même foi, ne nomme pas Dieu du même nom, n’adhèrent pas à la même chapelle, ne lisent pas le même livre, n’ont pas le lien du sang requis, ne célèbrent pas de la même façon. Elles modèlent et recueillent les mêmes (peuple élu, ecclesia, oumma) et désigne les différents, les goyim, les païens, les infidèles. Nous et les autres.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même », propose le Lévitique au peuple hébreu. (Lev 19 19) Réa (Ra), qui dit prochain en hébreu, signifie autre, différent. Ce mot, aperçu pour la première fois dans l’expression « arbre de la connaissance tov va-ra », traduit trop rapidement par bien et mal, signifie plus précisément ce qui est et ce qui est autre. Le prochain est donc tous les autres, y comprit les différents.

Jésus précise le commandement du Lévitique : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, si vous réservez vos saluts pour vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? » (Mt 5 46) « Aimez vos ennemis » (Mt 5 44) « Donne aussi ton manteau… ne tourne pas le dos. » (Mt 5 40) Il nous permet de retrouver le sens de prochain étendu à toute l’humanité, sans condition de réciprocité, dans la conscience que nous sommes frères, nés d’un même père. Dans cet élan, le Dieu unique, tribal, des hébreux prend vocation universelle. On gagne la fraternité mais au prix du sacrifice des autres Dieux et de la tolérance. Le polythéisme était tolérant, par définition. Le Dieu unique est exclusif, voir totalitaire, par principe. On y a vu un progrès. Dieu unique, vérité unique, religion unique, conscience balisée, fraternité sans tolérance, croisades, inquisition, on connaît. Jésus annonçait le royaume et c’est l’Eglise qui est venue ! faisait remarquer Alfred Loisy. Fermeture. Retour à Babel. Dieu mélangea leur langue. Il redistribue les cartes.

Il n’y a de Dieu que Dieu. Mohammed et ses successeurs reprennent l’idée d’un Dieu unique à portée universelle et rassemblent ses fidèles dans la Oumma, communauté des croyants qui évoque une matrice par la racine umm, « mère », et donc une fraternité, mais seulement si Mohammed est son prophète. Tout homme qui ne s’en réclame pas pose un déni à ce Dieu et son envoyé et prend le risque d’être broyé par les ceux qui ne supportent pas la relativité de toute chose et de leur foi. Nous sommes encore frères, mais à condition d’adhérer. Et ensuite de se conformer. Caricature interdite. Blasphème à fleur de peau. Babel, le retour.

Sans la tolérance polythéiste, deux religions à Dieu unique – qui ont chacune vocation à occuper, voir à coloniser, la conscience collective – cohabitent mal. La démocratie laïque tempère encore les impérialismes religieux. « Un homme une voix » est une réponse réaliste à Tu aimeras ton prochain comme toi-même et Il n’y a de Dieu que Dieu. Préférant le respect et l’égalité à l’amour, Dieu et ses révélations, la démocratie consulte le peuple. Il n’y a pas que Dieu. Le peuple est souverain.

En Asie

L’hindouisme et le bouddhisme poussent la frontière de la fraternité au-delà de l’espèce pour y inclure tous les êtres, l’Humain n’étant pas considéré comme une forme de vie à part mais comme un type d’être parmi les autres créatures douées de sensations.

Le monisme de Shankara (Inde, VIIIe siècle) soutient que Brahman est le seul être (rien n’existe en dehors de lui) et remet ainsi en question la notion même d’individu. Il s’explique ainsi : le fil dont on se sert pour tisser une étoffe est le même avant et après qu’on ait tissé l’étoffe. Il y a une différence de forme mais non de substance. De même l’univers est Brahman bien que des formes différentes le manifeste.

L’individu est présenté comme une construction mentale relative aux causes qui la suscite, ou encore comme un processus d’identification temporaire de l’être à une somme de phénomènes (un corps et des tendances faites de désirs, dégoûts, attractions, peurs etc.) qui se transforment constamment jusqu’à épuiser leur force de cohésion. Il n’a pas d’existence réelle. Tout ce qui possède une forme physique ou mentale est fondamentalement illusoire, irréel.

Lorsque Brahman, l’unique Soi-même, incarné dans un corps, s’identifie à ce corps, qu’il croit être distinct de l’univers, il devient inconscient de sa nature universelle. Cette erreur sans commencement, cette méprise, cette ignorance, cette illusion est la cause et l’effet du karma, la Loi de causalité qui enseigne que les actes produisent des effets qui se poursuivent dans une rémanence incommensurable. Mais celui qui renonce à se croire l’auteur de ses actes atteint Moksha, la délivrance, la libération, la connaissance constante et définitive de l’ultime réalité. Union avec Dieu pour les dévots, avec le sans-forme pour les philosophes. Délivrance finale de l’âme individuelle grâce à l’abandon de l’idée d’une âme et d’un être individuel.

Il n’y a ni moi ni autre ; nous sommes le même.

Ainsi Shankara tente-t-il de construire une conscience qui rassemble les individus dans la conscience d’un être unique.

Dans cette « conscience réservoir » (alayavijnana), les actes de chacun se répercutent sur tous et sur soi-même. Métaphoriquement, on dit qu’une vie est semblable à une goutte d’eau qui retourne à l’océan de la vie pour s’y dissoudre. Lorsqu’une nouvelle vie apparaît est-ce la même ou une autre ? C’est à la fois la même et une autre, puisqu’elle porte en elle quelque chose de toutes les autres. Nous sommes fils du passé, et pères de ce qui vient.

Mais le monisme de Shankara est ardu, exigeant et minoritaire. Comment penser « je n’existe pas » ? Les religions hindoues anciennes, fondée sur le Veda ont classé les individus en castes et sous castes, brahmane, kshatriya, vaisya, sûdra, paria et mlécha, le barbare (l’étranger)… L’illusion d’être soi est le point du vue qui domine largement en Inde aussi. Mais on y est tolérant. On y est libre de choisir son Dieu car Dieu est un darshan, un point de vue, une opinion.

Bouddhisme

« Tous les êtres ont été ou seront notre propre mère », affirment à leur manière et dans leur cohérence certains bouddhistes qui croient en l’infinie renaissance de soi-même à travers les espèces, et pour ouvrir un rapport à l’autre emprunt de compassion et de bienveillance. Idéal vécu par les végétariens qui possèdent la conscience que tout ce qui vit mérite compassion et entretiennent un respect sans limite de la vie.

L’enseignement et la pratique bouddhique sont centrés sur la conscience, aussi appelée esprit (semnyi).

L’esprit est un mais il a deux aspects qui se manifestent par deux consciences : Namshé, la conscience ordinaire, dualiste, est le cadre dans lequel se jouent le rapport moi-autre, les émotions et les confusions, et où chacun expérimente le monde, soi-même et l’attachement à soi-même. Et Yéshé, une conscience-sagesse, libre, lucide, déprise des appropriations et des émotions, et que l’on discerne dans l’état de présence, sans élaboration, ni attachement, ni distraction. La nature de l’esprit est vacuité. Disponibilité. Non-dualité. Equilibre.

L’esprit n’appartient ni à l’individu ni à la somme des individus mais il constitue le lien entre tous les individus. Dans sa pratique, le bouddhiste dédie en esprit le mérite de ses actes à tous les êtres, tous étant reliés au même et unique esprit. Point de salut sans le salut de tous. Ainsi, si l’esprit est vacuité, l’acte est compassion.

A la recherche d’une conscience collective spirituelle

Qu’est-ce qui nous unit ? Où est le même dans d’autre ? Comment prendre l’autre en compte ?

L’humanité se cherche une conscience collective « spirituelle » où se définit le rapport à l’autre. Dans sa quête de la vérité, elle a trouvé des différentes réponses forgées par des métaphysiques distinctes, mais un même idéal tissé d’amour et de compassion. Cependant, entre l’idéal et la réalité chacun fait des concessions à l’égoïsme, la peur, l’attachement, l’avidité… et divers autres intérêts.

Lucien Goldmann remarque que « chaque individu fait partie d’un nombre considérable de groupes, de sorte que sa conscience est un mélange unique et spécifique d’éléments de conscience collective différents et souvent contradictoires ; de plus, il subit l’influence de groupes auxquels il n’appartient pas. »

L’économie sans conscience

Le libéralisme est la nouvelle religion sans Dieu à vocation globale. Nous y adhérons sans conversion mais par contamination. Des forces économiques auxquels chacun participe plus ou moins directement s’affrontent dans le ciel du commerce dont la doctrine essentielle est le profit maximum.

Un exemple parmi une multitude : les salariés confient leurs économies à des fonds de pension qui font pressions sur les dirigeant des entreprises qui emploient ces mêmes salariés pour qu’ils débauchent ou délocalisent, et cela pour accroître les bénéfices. Le client est aussi la victime. Mais il n’y a aucun responsable. Et personne ne peut y remédier. Le gérant du fond doit maximiser le profit du fond, sinon les salariés porteront leurs économies ailleurs. Le salarié au chômage n’achète plus rien et ne participe donc plus à la création de richesse. A terme, cela appauvrit l’ensemble. La doctrine du profit maximum est suicidaire. Sans conscience.

Ford, qui avait comprit qu’il faut rémunérer largement ses employés si on veut les transformer en clients, payait les siens presque deux fois plus que les autres constructeurs d’automobiles. Inversement, l’accumulation exagérée de richesse entre peu d’individus détruit le système économique qui a généré ces richesses.

Le libéralisme ne reconnaît ni frère ni prochain, il ne discerne que le client et le concurrent. Il se soucie du droit – et abuse du droit – et aucunement de la justice. Le droit, c’est-à-dire le contrat, la commande, le client, le règlement, les traités internationaux, les concessions obtenues par corruption… sans la justice au sens de ce qui est moralement juste. La fraternité, le respect de la vie et de la Terre, et même la démocratie sont pour lui des idéologies rivales. La conscience collective qu’il promeut est l’absence de conscience. Il n’y a que des individus. Chacun pour soi et que croissent les revenus et le rendement.

Cependant, rien ne dure toujours. L’après-libéralisme n’a pas encore de nom mais il est en marche. Il s’organise autour d’une conscience collective qui s’alarme de l’aveuglement collectif. Il faut d’abord sortir de Babel. C’est toujours ainsi que cela recommence.

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Publié par bouddha_hindy


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