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Via Scoop.itCoaching de l’Intelligence collective

Maîtriser votre concentration. Un pouvoir qui mène vers l’extase de tous (sportif, sicentifique, religieux, managers, artistes, amoureux, etc..).   Toutes les techniques au banc d’essai!

Le cerveau attentif, contrôle et lâcher-prise
Développer l’attention des enfants   Au pays de l’écologie cognitive et des nouvelles technologies, différentes méthodes existent et rivalisent de promesses. Le Monde de l’Intelligence a sélectionné pour vous 5 techniques à mettre en œuvre.

Via mondeo.fr

Posted by jyhuwart on 26/09/11 

« Ce qui caractérise le contexte économique, aujourd’hui, c’est que la seule constante est le changement. Nous observons une logique de vitesse qui s’impose parfois au détriment de la qualité de l’information. « 

Cette réalité vaut pour les grandes entreprises comme pour les PME

Les grandes entreprises disposent de moyens très significatifs, comme des centres d’étude, de puissants logiciels de data mining et d’aide à la décision, ou autres, pour les aider à naviguer aux instruments.

Du côté des PME, cela dit, pas besoin de mettre sur pied une war room de 15 analystes, d’investir des centaines de milliers d’euros dans des systèmes informatiques d’aide à la décision ou de payer des fortunes pour des rapports exclusifs réservés à quelques initiés de par le monde… Une PME qui s’ouvre, qui utilise les nouveaux outils web de façon efficace, est capable d’utiliser les réseaux comme un bras de levier. Cette petite ou moyenne entreprise peut, si elle en prend conscience de cette capacité, étendre considérablement son rayon d’action, sa vision et son champs de prospection stratégique.

Tel est l’un des messages du livre « Small Business Intelligence« , publié ces jours-ci par les éditions Edipro.

Claude Lepère, son co-auteur, est expert en intelligence stratégique, diplômé, notamment, de l’Ecole de Guerre Economique de Paris et de la Boston University.

Selon lui, la quête de l’information pertinente devient aujourd’hui une arme compétitive essentielle pour n’importe quelle PME. Elle permet une meilleure maîtrise de son environnement, toujorus plus mouvant. Elle est aussi le corollaire de l’agilité.

Toutefois, ajoute Claude Lepère, si la recherche d’information est essentielle, c’est surtout son analyse et son enrichissement qui sont désormais déterminants.

« En interne, il s’agit de stimuler la remontée d’information, l’innovation. En externe, il s’agit de limiter la « solitude » de l’entrepreneur. Une partie de la solution réside donc dans la prise de conscience que ces besoins nécessite un changement d’approche managériale et culturelle. Il convient de s’ouvrir, tout en décuplant ses sens pour percevoir les changements dans son environnement ».

Bien sûr, les possibilités offertes par les outils digitaux amplifient les capacité de perception et d’influence des petites ou moyennes structures

« Anciennement, les livres ou les revues scientifiques étaient bien plus lourds à manipuler que les fichiers numériques actuels qui se sauvegardent, se modifient, se « tracent » et se partagent aisément, note Claude Lepère. Les conséquences de l’hyper-digitalisation sont nombreuses, avec des impacts dans tous les domaines. Les entreprises doivent dès lors être désormais sensibilisées au management agile et aux nouvelles méthodes de gouvernance des organisations en matière de gestion de l’information. (…) Grâce à ces nouvelles techniques, un meilleur décryptage de leur environnement permettra aux dirigeants d’être plus efficaces dans leurs prises de décision. Et pour les aider dans ce processus, d’autres grilles de lecture doivent leur être proposées ».

 

Ed. Edipro
Claude Lepère
Jean-Christophe Marcoux

Je souhaitais trouver, depuis un moment déjà, le moyen de vous parler de l’intelligence rusée. Pas si simple d’évoquer une telle subtilité sans faire trop long. Mais trop intéressant pour y renoncer !

L’intelligence rusée, appelée aussi mètis chez les grecs (1), est une intelligence de l’action, une intelligence pratique (2) que nous possédons tous. Guidée par le désir de réussite, elle a permis à Ulysse avec son cheval de Troie, au Petit Poucet avec ses cailloux, ou encore à Gretel en gagnant du temps pour Hansel, de sortir d’impasses. Ainsi, cette mètis n’use pas de lois ou de facteurs toujours très rationnels. Elle combine les cinq sens qui renseignent, le sixième intuitif, mais également du bon sens et des savoirs antérieurs : de là, s’imagine une « bidouille » pour s’en sortir. Ainsi, tel un judoka qui utilise l’énergie et les caractéristiques de l’adversaire, la mètis déjoue les imprévus de la vie en s’y adaptant : elle « fait avec » les propriétés du contexte, en les utilisant comme des atouts, plutôt que de lutter contre. Elle convoque implicitement toute une logique de perceptions et d’émotions qui la guide vers l’élaboration d’une technique ad hoc, dès que l’on se retrouve en difficulté. Exactement comme un surfer qui n’attend pas de prendre une vague de plein fouet, mais se sert des forces en présence pour la surfer ou passer par dessous. 

Voici un exemple pour lequel je grossis le trait volontairement : je pense aux transformations organisationnelles, vous savez les conduites du changement. 75% de ces conduites en grandes entreprises sont des échecs. Ça coince ? Oui, en faisant passer par l’imposition une nouvelle politique de fonctionnement à des fins économiques. Alors les salariés font de la résistance ! Mais ne peut-on se servir de cette motivation à résister ? Ne serait-il pas rusé d’en faire basculer la polarité et de l’intégrer dans la dynamique du changement, faisant ainsi gagner du temps et de l’énergie à tous ? Consulter les personnes concernées serait une voie de solution. Plutôt que de lutter contre la résistance induite par la peur, intégrer au processus du changement ces forces initialement menaçantes, en ferait un levier de réussite ! Par sa souplesse, sa polymorphie, l’intelligence rusée ouvre sur un panel de techniques spécifiques à chaque contexte.

L’intelligence de l’action est donc un genre de micro-laboratoire individuel de recherche-action en fonctionnement constant.  Elle repère dans les contraintes de la situation desmoyens de réussite pragmatiques. Et très vite son efficacité s’accroît considérablement dès que l’on partage avec autrui ses trouvailles (dont la transgression d’interdits fait quelques fois partie). Autrement dit : 1+1 vaut bien plus que 2 ! C’est pourquoi, généralement au travail, lorsque des difficultés sont soumises à la hiérarchie, c’est qu’elles n’ont pas pu être résolues. Discuter de « comment on fait« , débattre d’idées et d’expériences diverses, même devant la machine à café, est profitable à tous. Ce mode de pensée, cette posture intellectuelle rusée trouve subtilement des idées là où la science trouve ses limites. Je me hasarderais même à dire qu’elle est un pré-requis technique. Technique qui après avoir été éprouvée dans le temps et validée en nombre, peut être susceptible de devenir une règle de l’art d’une pratique. Si la mètis, par sa forme d’intelligence sensitive et intuitive ne peut être modélisée ni enseignée, les techniques d’action qui en découlent sont, elles, transmissibles !

(1) VERNANT, J.-P. ; DETIENNE, M. 1974. Les ruses de l’intelligence. La métis des Grecs, Paris, Flammarion.

(2) SALMONA, M. 2010. « Une pensée de l’action avec la nature et le vivant : la Mètis et Jean-Pierre Vernant », in Y. Clot, D. Lhuilier, Agir en clinique du travail, Paris, Erès.

 

 

 

http://emmanuelleperrier.wordpress.com/2011/09/21/lintelligence-rusee/

Un dossier pratique à la portée de tous

 

trouver un point de vente)

par Estelle Leroy, le 5/11/2010

Les équipes ou les groupes ont une forme d’intelligence collective, et celle-ci pourrait être mesurée, selon une étude menée aux Etats-Unis par la Carnegie-Mellon University, au sein du MIT.

L’intelligence d’une équipe a finalement peu à faire avec le QI des individus qui la compose ! Elle émergerait des interactions qui se font entre les membres . Voilà ce qui ressort d’une étude menée par les chercheurs de Carnegie-Mellon University, au sein du MIT, aux Etats-Unis.

Les performances d’un groupe ne seraient donc pas dues aux capacités individuelles de chacun des membres. Car le niveau maximum d’intelligence des individus formant un groupe ne présage pas de façon significative de la performance du groupe en tant que tel. “Avoir un éventail de gens intelligents dans un groupe ne veut pas dire qu’on a un groupe intelligent” explique Thomas S. Malone, qui a piloté cette étude au sein du MIT.

Cette étude a été menée auprès de 699 personnes réparties dans des groupes comprenant jusqu’à cinq personnes. Chacun des participants était équipé d’un badge électronique portable afin d’enregistrer les échanges entre les membres du groupe. Les chercheurs ont mesuré l’intelligence des groupes à travers une série de tests, puzzles, jeux, et autres exercices de brainstorming. Certaines équipes se sont révélées plus performantes que d’autres. Ce qui a permis aux chercheurs de calculer des scores d’intelligences pour chaque groupe, et a permis d’établir ce que pourraient être leurs résultats sur des activités plus sophistiquées.

“Nous avons trouvé qu’il y avait une sorte d’efficacité, une intelligence collective du groupe qui permet d’appréhender les performances d’un groupe dans de nombreuses situations,” poursuit Thomas Malone. Pour les auteurs de cette étude, l’intelligence collective participe pour 30 à 40 % dans la variation de la performance.

Mais alors qu’est ce qui rend certains groupes plus intelligents –ou performants- que d’autres ? L’analyse montre qu’il s’agit des groupes où le niveau de participation de chacun des membres est équivalent, dont les membres ont des niveaux de « sensibilité sociale » plus élevés, selon l’étude. Il faut souligner d’ailleurs que les groupes comprenant plus de femmes tendent à avoir une intelligence collective plus élevée. “Ce n’était pas un des objectifs de l’étude de montrer cette différence par genre, mais cela ressort parce qu’en général les femmes ont une « sensibilité sociale » plus développée” souligne Thomas Malone.

” La « sensibilité sociale » est liée à la capacité des membres du groupe à percevoir les émotions des uns et des autres » explique Christopher Chabris, co-auteur de l’étude et professeur de psychologie à l’Union College de New York. “Ce facteur ajouté à un niveau de participation équivalent chez chacun des membres permet d’expliquer pourquoi les capacités cognitives du groupe peuvent dépasser la somme de celle de chacun des membres”. Bref, l’ensemble est plus performant que la somme. Finalement lorsqu’une personne domine le groupe, celui-ci est moins collectivement intelligent que les groupes où les interventions des uns et des autres sont équilibrées.

Quelle application ce type de travaux peut trouver dans le monde du travail ou des affaires ? “Nous pensons qu’on peut améliorer l’intelligence du groupe en modifiant sa composition, ou en changeant le comportement des membres, en leur apprenant à améliorer leurs façons d’interagir ou de travailler avec des outils collaboratifs. Il faut aussi voir quel groupe peut fonctionner au mieux dans quelle situation” ,expliquent les auteurs. Evidemment, les implications ne seront pas les mêmes selon qu’il s’agit d’un groupe de jurés dans un tribunal ou d’une équipe de R&D dans une entreprise.

Dernier point, que dire alors de la « stupidité collective » sorte d’incapacité du groupe à tirer partie des capacités des membres du groupe , qui est le pendent de cette intelligence collective. Un champ à creuser pour la prochaine étude !

025polaroidOn entend de plus en plus parler d’intelligence collective. Ce concept d’un groupe qui se mobilise autour de la création et du partage de savoirs et de connaissances est difficile à appréhender. Utopie pour les uns, mode performant d’organisation du travail, vecteur de progrès humain entraîné par les TIC dans la vulgarisation des savoirs pour les autres… Pistes de réflexion.

 

L’intelligence collective est un concept qui a vu le jour à la Renaissance, autour de « L’océan des savoirs », cette quantité incommensurable de connaissances qui fonde notre société. Il a fallu d’abord identifier les limites de cet océan des savoirs, pour tenter d’organiser les compétences. Ce qu’ont tenté d’accomplir les Lumières, via l’Encyclopédie. La représentation d’intelligence collective a évolué ensuite, aux 19e et 20e siècles, autour des révolutions technologiques successives. Mais c’est la révolution Internet qui lui permet d’être plus qu’un concept. Les outils ERP (Enterprise resource planning, support numérique d’organisation dans l’entreprise), les outils web 2.0 (les wikis, les blogs…) l’ont matérialisée

Une société

L’intelligence collective est au cœur de notre quotidien… sans même qu’on le perçoive. Des piliers parmi les plus fondamentaux de notre société reposent sur ce concept. Pour Pierre Lévy, philosophe et professeur en charge d’une chaire d’intelligence collective à l’université d’Ottawa, « les sociétés contemporaines les plus avancées reposent sur des institutions dont le principal moteur est précisément l’intelligence collective : la démocratie, le marché, la science… ». L’objectif de l’intelligence collective est de regrouper une société, une communauté autour d’activités d’apprentissage, de retours d’expériences, de perceptions et de résolutions de problèmes. Elle fonctionne ainsi comme une plateforme organisationnelle, exploitant les compétences d’un collectif. C’est elle qui formalise le langage et les codes produits par cette mise en commun. C’est elle aussi que repèrent le philosophe Bernard Stiegler et son association Ars Industrialis dans « l’économie de la contribution », où chacun participe à créer le savoir commun. L’intelligence collective organise les apports de chacun et crée le dialogue dans la société.

Des réalités quotidiennes

Par l’intelligence collective, la société se regroupe en communauté, autour d’activités d’apprentissage, de retour d’expériences, de perceptions et de résolutions de problèmes… Car l’information n’est pas seulement ce qui fait sens, reprend Pierre Levy. C’est également ce qui fait forme, ce qui organise… La notion d’intelligence collective est bien sûr soumise aux critiques. Quand une individualité se met au service d’un collectif, elle prend le risque d’appartenir à ces « foules productrices d’inepties » que dénoncent les sociologues du 19e et 20e siècles Tarde et Le Bon . Si cette critique de la culture de masse s’entend, il n’empêche que c’est bien la norme sociale (école, parents, médias…) qui institue la plupart du savoir que l’individu accumule.

NTIC

L’irruption des TIC, et des outils collaboratifs, peut faire croire que l’intelligence collective n’est qu’une base de données, qui se matérialiserait seulement par des outils tels que les wikis et autres blogs, en une simple plateforme collaborative… Mais l’avènement des technologies de la communication ne doit pas cacher la part humaine. L’outil favorable que représentent les NTIC n’est pas la condition suffisante à la réussite de l’intelligence collective. Il s’agit d’un collectif convergeant vers un but commun : créer un support de connaissances. La dimension sociale est donc cruciale, puisque l’apprentissage et l’appropriation est la condition de cette intelligence collective… Avec Bruno Chaudet, professeur d’information-communication à l’université de Rennes II, qui s’appuie sur l’anthropologue et sociologue Bronislaw Malinowski du 19e et 20e siècles, il faut sans doute souligner la force structurante de l’intelligence collective, véritable « institution » qui intègre aussi bien les outils wikis ou ERP que les tables, les murs et les personnes contribuant à la communauté…

Nouvelles pratiques

Il reste que les nouvelles pratiques apparues dans le champ des plateformes collaboratives ont eu un vrai rôle. Une époque est passée, celle de la division taylorienne du travail avec ces routines des savoirs et des savoir-faire qui répondaient à la demande de production et de consommation de masse. Aujourd’hui, la demande est très personnalisée et beaucoup plus flexible. Le travailleur développe son adaptabilité, le travail se recentre sur des temps différents, des projets multiples, des tâches dématérialisées et interactives… Des nouvelles pratiques qu’illustrent les wikis d’entreprise ou les ERP.

Des limites

L’intelligence collective n’est en tout cas pas la vulgarisation des savoirs, malgré quelques contre-exemples célèbres. La plateforme Wikileaks, sa divulgation d’informations, voire de secrets d’État, sans contrôle ou presque… Ou encore ces multiples plateformes collaboratives où les origines des contributions sont limitées, et les apports succincts… Cela pointe des limites organisationnelles de l’intelligence collective. Il ne faut donc pas tomber dans une vision idyllique…

Vulgarisation de savoirs ?

Pour Bruno Chaudet, « Il faut bien s’entendre sur la notion de savoir qui est très complexe. Pour ma part, je prends en compte la définition de la sociologie des sciences et des techniques qui définit qu’un savoir n’en est un que s’il en acquiert le statut socio-symbolique (reconnu et partagé socialement). Dès lors, le savoir est aussi une affaire d’institutions et de contexte social- historique. Ainsi, à propos de ces plateformes collaboratives, plutôt que de vulgarisation, sans doute vaut-il mieux parler de distribution générale de l’expertise. »

http://www.saideveloppement.com/

Quelle approche pour quels objectifs ?

Par Clark G. KHADIGE, dba, desg

 

ABSTRAITS

Si l’innovation reste un des moteurs de croissance non seulement pour une entreprise mais aussi pour un marché, beaucoup d’échecs montrent l’innovation comme étant complexe et pleine d’incertitudes. Tout concept de créativité et d’innovation n’est réellement valable dans le temps qu’à partir du moment où sa concrétisation prouve sa crédibilité et sa fiabilité.  L’entreprise se doit donc de créer constamment un climat propice au changement, et au développement conséquent, qui va permettre d’innover avec intelligence. L’innovation est une action observée et suivie par la concurrence et peut produire un effet boomerang négatif. La concurrence peut tourner en dérisoire et en inutilité une innovation mal pensée, pour ne pas dire mal conçue.

Inévitablement la question de l’innovation comme clé de succès se pose : dans quelle mesure apporte-t-elle à l’entreprise un avantage inégalable et pour combien de temps ? Est-elle source de compétitivité et de concurrence ?

MOTS CLÉS

Innovation – Compétitivité – Concurrence – Intelligence – Changement – Développement – Intelligence.

ABSTRACTS 

If innovation remains not only one of the growth motors for an organization but also for a market, a lot of failures show innovation as being complex and full of uncertainties. Any concept of creativeness and innovation becomes really valid from the moment where its implementation proves its credibility and its reliability. The organization must therefore create a auspicious climate constantly to the change, and to the consequent development, that is allowing to innovate with intelligence. The innovation is an observed action and consistent by the competition and can produce a negative boomerang effect. The competition can turn in derisory and in pointlessness an innovation badly thought, not to say conceived badly.

Inevitably the question of the innovation as key of success lands in: what measure does it bring to the organization as a matchless advantage and for how long? Is it a source of competitiveness and competition?

KEY WORDS 

Innovation – Competitiveness – Competition – Intelligence – Change – Development – Intelligence.

La nécessité de « se libérer du connu »[1].

Le marketing compétitif des entreprises a poussé ces dernières à trouver des moyens pour contrer la concurrence des entreprises locales et internationales sur un même marché d’opérations. Mais la mondialisation, d’abord, puis la globalisation des marchés leur ont porté un coup dur et suffisamment fort pour les obliger à sortir d’un même cercle de pensée concurrentielle. Il s’agissait de trouver de nouveaux procédés d’adaptation à une dimension nouvelle. Il était donc devenu indispensable, sinon primordial de penser autrement, mieux et plus vite.

Les entreprises se sont donc vues obligées de repenser stratégies et concepts, et durent faire appel au marketing intelligent[2]. Penser et réfléchir intelligemment imposait d’abandonner certaines notions, qui ont beaucoup participé à leur réussite, et se transposer dans une autre dimension, celle des attentes d’un marché et celle non moins importantes des consommateurs et considérer que la recherche de la satisfaction de ces acteurs devait être comprise dans la recherche et la compréhension de la dimension des attentes.

Une première question issue de l’analyse des informations que ces entreprises ont collectées, fut celle ayant rapport au concept de la concurrence : faut-il être concurrent jusqu’au bout ou faut-il être compétitif constamment ?

Ce que les entreprises ont surtout compris, c’est la constitution d’un capital humain consommateur qui est le seul garant d’une continuité, d’une évolution et d’une survie garantie. Pour cela concevoir une stratégie de rétention totale et relationnelle à long terme : fidélisation et loyauté[3]. Pour cela, il s’agissait d’être imaginatif, créateur, innovateur donc acquérir un esprit compétitif. On se battra, maintenant sur un champ de bataille nommé compétitivité et non plus concurrentialité.

Mais si les champs d’affrontement ont changé, les outils aussi : ce fut l’ère de l’apparition des idées porteuses d’avenir. Tout un nouveau concept.

 

INTRODUCTION

Si l’analyse de l’aspect concurrentiel d’une entreprise est chose relativement facile à entrevoir et à comprendre, il n’en est pas de même quand il s’agit d’analyser son côté compétitif. Ainsi on la qualifiera de

  • Concurrentielle quand elle apportera à des consommateurs des avantages matériels concrets et distincts (prix, qualité, etc.)
  • Compétitive une entreprise dont les résultats ont été soit atteints, soit dépassés, soit encore inattendus grâce à quelque chose qui a été conçu, pensé différemment, appliqué avec précision et qui a montré un concept d’intelligence positif. On la qualifiera, aussi, de compétitive quand elle aura apporté à un marché ce que d’autres n’ont pu faire, etc.

Mais, qu’implique le critère, l’adjectif ou le qualificatif, être compétitif ? Avant d’élaborer quelque article sur ce sujet, référons-nous au dictionnaire de la langue française[4] pour en comprendre la définition et le sens à donner à ce terme :

Compétitif : susceptible, grâce à ses qualités, à ses caractéristiques d’affronter la concurrence.

 

Serait-ce, par extension de pensée, un quelque chose d’unique qu’une entreprise aurait, et que les autres n’aurait pas ? Ceci n’est valable que si ce quelque chose est défini dans une dimension particulière et non pas applicable à tout. C’est donc un critère limité et l’on pourrait être compétitif dans le critère de prix, sans l’être dans celui de la qualité.

Cet article voudrait proposer une autre dimension du terme compétitif en le plaçant dans le contexte de l’Intelligence d’Entreprise. Etre compétitif serait être doué de suffisamment d’Intelligence pour penser, planifier et appliquer une action qui devrait permettre à l’entreprise de vaincre la concurrence sur plusieurs dimensions à la fois.

 

Ainsi, nous pourrions proposer la définition de l’Intelligence Compétitive que nous avions conçue dans notre glossaire[5], publié sur notre blog (2010) :

« Intelligence Compétitive :

  • Capacité nécessaire pour faire face à la concurrence,
  • Faculté de soutenir facilement la comparaison en matière de concurrence,
  • Processus d’obtention et d’analyse de l’information compétitive de sources publiquement disponibles pour aider à réaliser les objectifs de l’organisation[6].
  • Competitive Intelligence is the art of always staying one step ahead of the competition[7]”.

Qui est totalement différente en sens et en action de l’Intelligence Concurrentielle :

  • « Intelligence Concurrentielle : faculté de concevoir des stratégies permettant à l’entreprise de se pourvoir de compétitivité sur les marchés d’opérations »,  

La compétitivité demanderait de la connaissance, de la créativité et du courage pour renverser les acquis de la certitude et surtout, confirmer un esprit de concurrence quand la concurrence en représenterait la concrétisation.

Mais, au fond, ne serait-ce pas être devant la concurrence, (en tête de ligne) comme le propose DELTL[8] (n.d) dans son article Competitive Intelligence ?

 

 

MARCHÉ ET SITUATION

Si la concurrence devient de plus en plus serrée à cause principalement de la globalisation et de la technologie, la réponse des entreprises devient soit plus brutale, soit plus rapide, soit encore plus (ou moins) efficace en fonction des données et des facteurs présents.

La stratégie de réaction ne prendra plus en compte le concurrent mais l’ennemi. Il s’agira de déployer les moyens nécessaires pour faire face à l’attaque. Cette stratégie va obliger l’Entreprise Intelligente à considérer une forte comparaison entre le SWOT de l’entreprise et celui de l’ennemi[9]. Plusieurs cas d’étude seraient donc à prévoir :

1 – La comparaison simple élément-élément[10] entrainant des analyses possibles différentes :

  • Se comparé à Sc,                       è                   Se > Sc / Se < Sc / Se = Sc
  • We comparé à Wc,                    è                   We > Wc /  We < Wc  /  We = Wc
  • Oe comparé à Oc,                     è                    Oe > Oc / Oe <Oc / Oe = Oc
  • Te comparé à Tc,                      è                    Te > Tc / Te <Tc / Te = Tc

 

2 – Soit une analyse comparative générale entre SWOT(e) et SWOT (c). Cependant la déduction qui en découlera ne pourra pas être comprise dans le sens

  • SWOT (e) > SWOT (c).
  • SWOT (e) < SWOT (c).
  • SWOT (e) = SWOT (c).

car une force de l’entreprise peut être supérieure à celle du concurrent quand les opportunités du concurrent lui sont supérieures. Les combinaisons de recherche n’en finiraient pas.

3 – Soit une analyse globale Entreprise – Marché :

 

  • SWOT (e) > SWOT (m).
  • SWOT (e) < SWOT (m).
  • SWOT (e) = SWOT (m).

 

4 – La comparaison couple-couple avec presqu’autant d’analyses de dérivées possibles :

 

  • SW (e) et SW (c) è     SW (e) > SW (c) / SW (e) < SW (c) / SW (e) = SW (c)
  • SW (e) et OT (c) è    SW (e) > OT (c) / SW (e) < OT (c)/ SW (e) = OT (c)
  • SW (c) et OT (e) è      SW (c) > OT (e) / SW (c) < OT (e) / SW (c) = OT (e)
  • Ø OT (e) et OT (c) è     OT (e) > OT (c) / OT (e) < OT (c) / OT (e) = OT (c)

5 – La comparaison “tripartite” comme le montre la figure ci-dessous :

Une analyse plate donnerait à toute entreprise inexpérimentée des déductions, ou des conclusions, qui lui seront enrichissantes. Par contre, une analyse en profondeur ferait émerger les points suivants des parties en présence :

  • L’esprit concurrentiel
  • L’esprit compétitif
  • L’esprit créatif
  • L’esprit innovatif

Et pourquoi pas :

  • L’Intelligence Concurrentielle
  • L’Intelligence Compétitive
  • L’Intelligence Créative
  • L’Intelligence Innovative ?

Cet échiquier, que représente tout marché pour les entreprises, ne ressemble-t-il pas un peu à un champ de bataille où s’affronterait une coalition d’entreprises ?

Cela ne rappelle-t-il pas, un peu, les fameuses batailles d’Austerlitz et d’Iéna où Napoléon dut faire face aux armées Anglaise, Prusse, Russe et Austro-hongroise ? Dans combien de batailles Napoléon s’est-il trouvé en situations d’effectifs plus faibles face aux armées ennemies mais qui le l’ont pas empêché de remporter ces victoires historiques ?  A quoi les dut-il ? N’est-ce pas un peu une question d’Intelligences Compétitive, Concurrentielle, Créative et Innovative dans les moyens, la planification et l’exécution de sa stratégie militaire ? N’y a-t’il pas eu aussi la participation de l’Intelligence Anticipative et de l’Intelligence Stratégique ?

Si la concurrence globale sur les marchés devient plus pressante, la compétitivité des entreprises n’en est pas moins aussi intense. Pour les entreprises qui savent devancer les autres, l’importance de l’Intelligence d’Entreprise reste primordiale. Il y a donc à envisager deux stratégies complémentaires :

  • La stratégie Concurrentielle
  • La stratégie Compétitive

Dans le premier cas, entrer en concurrence est une activité normale que toute entreprise traduira tangiblement au niveau d’une stratégie marketing classique. Dans le second, entrer en compétition, les choses sont tout à fait différentes puisqu’il va falloir penser et réfléchir avec intelligence. Il va falloir :

  • En premier lieu, fixer des objectifs et leur donner des stratégies gagnantes.
  • En second, l’analyse des acteurs et des facteurs actifs en présence doit être faite avec soin et forte attention, ne laissant aucun détail au hasard et surtout éviter de mépriser des détails anodins. L’analyse SWOT, (vue plus haut) aura ici son importance.
  • En troisième, penser action c’est penser quelle réaction ? Donc prévoir, donc anticiper !

 

Il va donc falloir travailler avec intelligence, une fois de plus.

INTELLIGENCE CONCURRENTIELLE, INTELLIGENCE COMPETITIVE ET GESTION DES CONNAISSANCES

Etre concurrentiel et compétitif à la fois, dépend de beaucoup de choses. La base de départ est, bien entendu, l’ensemble des connaissances. Comment agir, ou réagir, quand l’information acquise est incomplète, ou insuffisante, d’une part, et, d’une autre quand l’information devient une arme décisive ?

Le savoir va constituer une force pour l’individu, et pour l’entreprise, à condition qu’il soit utilisé à bon escient. Toute information est un secret d’État pour l’entreprise, car tout détail qui fuit est un point de départ possible pour comprendre la mentalité de l’autre et sa manière de comprendre les choses et d’en tirer déductions et conclusions. Ce qui met, déjà, l’entreprise en position de faiblesse quand l’information tactique, ou stratégique, est partagée.

 

Comprenons, ici, un point des plus importants : le partage de l’information, de la connaissance et du savoir.  Cela a déjà été dit une quantité de fois : l’information doit être diffusée et partagée. Nous pourrions alors dire, comme beaucoup avant nous, qu’une bonne gestion du savoir devient de plus en plus un enjeu dans la compétitivité des entreprises et dans leur performance.

Arrêtons-nous quelques instants sur cette notion d’importance : l’information doit être diffusée et partagée :

 

  • Oui, quand il s’agit de diffuser et de faire partager l’information, la connaissance (souvent sous forme d’expérience) et le savoir à l’intérieur de l’entreprise. Plus on sait, mieux on fait !
  • Non, quand il s’agit de concurrence sur un marché. Et c’est là où le bât blesse : une même information constructive dans l’entreprise devient inévitablement un atout de compréhension et d’analyse pour l’ennemi donc un point faible pour l’entreprise elle-même. Alors que faire ? La réponse est simple : c’est grâce à l’Intelligence Compétitive que l’entreprise saura avoir un pas en avant de la concurrence et si l’information tombe entre des mains concurrentes, elle n’en sera que désuète. D’où l’importance de l’association de l’Intelligence Concurrentielle avec l’Intelligence Compétitive, l’Intelligence Créatrice, l’Intelligence Créative, l’Intelligence Innovatrice et l’Intelligence Innovative. Une sorte de collectivité d’intelligences dans la stratégie de concurrence et de compétitivité à la fois.

Pour se distinguer des autres avantageusement, et se positionner comme une entreprise enseignante, l’entreprise doit donc savoir se servir de la communication comme outil constructif de valeur ajoutée. Il ne peut être question pour elle, de concevoir son identité et sa personnalité comme entreprise apprenante (puisque l’acquisition de connaissances est un processus constant) sans réaliser, qu’au fond, elle est aussi une entreprise enseignante. N’enseigne-t-elle pas à son marché comment vivre mieux et comment accéder à une qualité de vie supérieure avec un même revenu[11] ?

En bon stratège, et en esprit compétitif, elle doit savoir relier et utiliser culture et communication. Ainsi :

 

  • La Culture de l’entreprise a besoin de Communication. Tout cet amalgame de connaissances, de traditions, etc…, qu’elle a su accumuler durant des années d’opérations et de recherches, a besoin d’être diffusé sur une très large échelle. Si on parle, aujourd’hui, de mondialisation et de globalisation des marchés, on parle aussi de mondialisation et de globalisation des connaissances. Le temps de la conservation des connaissances comme système d’évolution par pays, est aujourd’hui révolu. Les nations s’échangent toutes formes d’informations dans le but d’une évolution générale de la civilisation et des peuples. Tout le monde est concerné par tout le monde, plus personne ne peut vivre dans son coin. C’est pourquoi, il faudra s’attendre à ce que le XXIème siècle développe de nouveaux véhicules de communication et dont le rôle ne sera plus de toucher les masses par une communication générale, mais bien de toucher l’individu indépendamment et personnellement. L’Internet a déjà ouvert la porte du futur.

 

  • La Communication de l’entreprise a besoin de Culture. Si la Communication porte surtout sur des échanges de connaissances et d’informations diverses, intéressant tous les secteurs économiques, technologiques et culturels, il n’en est pas moins que leur transmission a besoin de substance solide. Répandre un enseignement sur ce que l’on a déjà appris ou découvert, c’est presque créer une culture pour une masse très hétérogène. Cette dernière est-elle capable d’acquérir et d’assimiler la culture qu’on va lui proposer ?

 

Les enjeux

 

Pour en revenir aux enjeux dont nous parlions plus haut, ils vont se traduire concrètement, à travers les résultats d’entreprise, suivant la conception et l’application de deux types d’avantages stratégiques distincts : l’avantage concurrentiel et l’avantage compétitif.

Dans cet ordre de choses, comment en faire réellement la différence ?

1 – Un avantage concurrentiel pourrait être défini comme étant un quelque chose en plus offert par l’entreprise et que tout individu s’attend à recevoir.   Il est donc[12] :

  • Unique à l’entreprise, puisqu’il distingue avec spécificité le produit, la marque, le prix, la communication relative et la distribution.
  • Contribue fortement à l’apport de la valeur ajoutée, puisque chaque individu consommateur va en tirer quelque chose qui lui est propre, un avantage psychologique distinct,
  • Est souvent difficilement copiable, ou imitable, car la concurrence, souvent en perte de créativité, va se rabattre sur ce qui est fait par les autres, afin de gagner un peu de temps pour innover et créer, et va tenter d’offrir la même chose avec de meilleurs avantages, quoique inferieurs, plus physiques que psychologiques.
  • Est, cependant limité dans le temps car rien n’étant éternellement inimitable, tout avantage va devoir laisser la place à un autre dont les caractéristiques répondront mieux aux attentes des consommateurs.

2 – Un avantage compétitif pourrait être défini sous l’angle du bénéfice complémentaire : la valeur ajoutée dans le concept de la qualité de vie. C’est là où deux facteurs d’importance vont intervenir : celui d’efficacité et celui d’efficience.

Définissons, en premier lieu, ces deux termes, afin de mieux comprendre l’objectif de cet article :

  • Efficience : faire les choses qui doivent être faites (Effectiveness : do the right things)
  • Efficacité : faire les choses correctement (Efficiency : do the things right)

 

D’où l’Intelligence Efficace qui est la faculté, ou la capacité, de faire les choses qu’il faut et l’Intelligence Efficiente qui est la faculté de faire les choses correctement et celle d’utiliser des banques de données dans la réalisation des objectifs.

L’esprit innovateur et innovatif d’une entreprise est un des facteurs d’évolution à ne pas négliger. Ces aspects de l’Intelligence d’Entreprise renforcent simultanément l’efficacité et l’efficience de l’Intelligence Compétitive, aussi bien que ceux de l’Intelligence Concurrentielle.

Dans l’entreprise, l’innovation ne consiste pas seulement à faire évoluer les produits et/ou l’organisation de façon maîtrisée, pour augmenter la compétitivité, mais consiste autant à lui donner les moyens de faire la différence et de sensibiliser le marché aux avantages apportes.

Michel SERGHEERAERT[13] (2011) dans son article innovation et compétitivité écrit : « L’enjeu est de taille, il s’agit de ne pas se tromper, il est donc impératif de mettre en place des dispositifs d’écoute clients, de veille scientifique, technique ou économique afin de satisfaire rapidement les besoins des clients à partir des données recueillies tout en améliorant les capacités de production et la productivité.

L’innovation peut concerner des produits nouveaux, les processus mis en œuvre, et même si nécessaire les structures de l’entreprise. C’est ainsi que nous pouvons distinguer :

  • l’innovation incrémentale qui nous amène à améliorer des produits existant avec une technologie connue.
  • l’innovation radicale qui, à partir de nouvelles connaissances, de nouvelles technologies, permet de mettre sur le marché des produits totalement nouveaux qui donnent à l’entreprise un net avantage concurrentiel.

On voit donc l’intérêt pour l’entreprise de se donner les moyens d’innover, en mobilisant certes ses moyens de Recherche et Développement mais aussi en donnant à l’ensemble de ses acteurs les moyens de faire remonter des idées, issues du terrain, du vécu quotidien de tout un chacun et notamment de ceux qui sont au contact direct des clients et/ou confrontés aux difficultés de la mise en œuvre des procédures ».

Pour être réellement innovatrice et efficace, l’entreprise doit pouvoir entretenir et maintenir son degré de certitude, ses connaissances, son savoir et leur applicabilité dans les actions qu’elle choisit. L’objectif n’est pas de développer de nouvelles compétences en matière de prise de décision, mais de maintenir et de faire évoluer l’esprit compétitif, c.-à-d. suffisamment d’intelligence pour valoriser ses actifs.

Etre compétitif serait donc être concurrentiel sur des avantages psychologiques concrétisés avec efficacité et efficience en considérant créativité et innovation, ainsi que nous pouvons en déduire de ce qui précède.

INTELLIGENCE COMPÉTITIVE ET CONCURRENCE

 

Peut-on opposer ou réunir tangible et intangible ? Peut-on concevoir une complémentarité entre physique et psychologique ? Peut-on associer concret et abstrait ? Beaucoup de questions se posent quant à joindre dans une même stratégie la compétitivité et la concurrence.

 

Réussir, ou atteindre, des objectifs difficiles en considérant l’état positionnel de l’entreprise et la disponibilité réelle de ses ressources reste du domaine classique de la gestion quotidienne de l’entreprise. Mais réussir est un processus de continuité qui commence à l’intérieur de l’entreprise et qui finit non seulement dans l’évaluation des résultats des activités externes de l’entreprise mais aussi dans la planification future. Ainsi l’esprit de la compétitivité et celui de la concurrence doivent d’abord trouver leur source de départ à l’intérieur de l’organisation agissante.

 

Ainsi deux dimensions complémentaires de travail sont à considérer :

1 – La dimension interne ou point de départ de l’esprit concurrentiel et de la compétitivité de l’entreprise. Dans les différentes formes, ou applications, du concept choisi de management d’entreprise on peut noter deux styles d’importance :

  • La gestion dite démocratique, ou gestion qui prendra en considération la richesse de l’expérience individuelle de chacun des membres du personnel. Ecouter reste une activité enrichissante alliant le comment-faire des ressources humaines au quoi-faire managérial. Il serait inutile, ici, de répéter encore une fois l’importance de la concertation autour d’un projet.
  • La gestion participative qui est un style de travail engageant toute la collectivité des membres actifs de l‘entreprise et dont l’objectif est d’allier ce qui est réalisable efficacement à ce qui est conçu efficiemment. Partager les responsabilités et en accepter toutes les conséquences positives et/ou négatives. Il y a ici un processus d’osmose management-ressources humaines et un autre ressources humaines-management. Appliquer, en quelque sorte le principe des vases communicants.

Deux grandes questions se posent alors :

  • Faut-il favoriser la concurrence inter-employés ?
  • Faut-il développer l’esprit de créativité et de compétitivité de chacun des individus ?

A la première question, il serait facile de répondre oui. Cependant, les conséquences en seraient graves si cette concurrence n’était pas contrôlée et supervisée par la direction. Le chaos s’installe facilement et l’individualisme risque de faire déboucher les relations humaines vers une guerre de nerfs où seuls le stress et les tensions deviendraient les règles du jeu : prouver des incompétences pour éliminer des dangers possibles à des intérêts qui auront tendance à devenir personnels au détriment de ceux de l’entreprise.

A la seconde question, la réponse est définitivement oui. Seule la créativité est garante d’’une évolution de la pensée stratégique du changement permanent, de l’innovation et du développement durable. Au même titre que l’Intelligence Collective pourrait être considérée quelque part comme une résultante d’efforts et d’expériences, la créativité collective devient un outil incontournable de l’Intelligence d’Entreprise débouchant sur l’Intelligence Compétitive dont chaque entreprise a besoin non seulement pour se démarquer des autres mais bien aussi pour se positionner parmi les entreprises compétitive par créativité et par innovation.

 

Rappelons-nous un point extrêmement important qui est celui de la richesse de l’expérience personnelle et collective des individus au travail.

 

2 – La dimension externe. Une question de taille apparait dans cette dimension de réflexion : le marché est-il intelligent ou profite-t-il seulement de son expérience par instinct ou par réflexe ?

 

  • Intelligent c’est-à-dire qu’il est rationnel et qu’il réfléchit plus au profit tiré de la fonctionnalité des choses et non pas seulement aux avantages intéressés. La question de la valeur ajoutée se pose.
  • Profite-t-il de son expérience ? Oui, inévitablement. La bonne expérience, autant que la mauvaise, sont des conducteurs d’un comportement, d’une attitude et d’une personnalité affirmés.

INTELLIGENCE CONCURRENTIELLE ET COMPÉTITIVITÉ

 

Posons la problématique suivante avant de débattre du sujet : L’Intelligence Concurrentielle débouche-t-elle sur la compétitivité ? Ou, du moins, en est-elle une source possible ?

 

Pour en comprendre l’aboutissement, Michael E. Porter[14] (2008), nous invite à réfléchir plus profondément, sur les forces internes et externes qui façonnent, d’une manière comme d’une autre, la stratégie de l’entreprise.

Pourquoi, cet article propose-t-il la dimension de l‘interne, alors que Porter n’en fait pas mention explicitement ? Simplement, parce qu’au début de cet article nous avions considéré que toute réussite d’entreprise trouve ses fondements à l’intérieur d’elle-même.

Porter considère donc que cinq forces façonnent la stratégie d’entreprise :

  • La menace apportée par les nouveaux entrants (les nouvelles entreprises locales ou internationales qui s’installent sur un marché)
  • Le pouvoir de négociation des fournisseurs
  • Le pouvoir de négociation des consommateurs
  • La menace créée par les substituts de produits ou de services, ou même, les produits ou services de remplacement.
  • La rivalité inter-concurrents.

La transposition de ces forces dans la dimension interne, pourrait proposer ce qui suit :

  • La menace apportée par les nouveaux employés avec des expériences et des idées nouvelles et/ou différentes
  • Le pouvoir de négociation des ressources humaines et du collège managérial,
  • Le pouvoir de la technologie présente,
  • La menace pour les marchés créée par des produits ou des services proposés par l’entreprise avec des niveaux de qualité, ou de fonctionnalité, moins, (ou plus), complexes, plus, (ou moins), compliqués, etc.
  • La menace des marchés créée par des produits ou des services proposés par la concurrence avec des niveaux de qualité, ou de fonctionnalité, moins, (ou plus), complexes, plus, (ou moins), compliqués, etc.
  • La concurrence inter-individus, ou même inter-groupes.

Développer la concurrence à l’interne et à l’externe, commence par une bonne communication qui doit être simple, claire et suffisamment compréhensible par tous. L’information, qui la compose, doit être diffusée au moment où le besoin s’en fait sentir, dans le format adéquat et à celui qui en a besoin.

Sans revenir sur les grands principes de la communication d’entreprise, rappelons-nous en des grands objectifs :

  • La communication interne a pour but de stimuler des énergies de travail par la compréhension de l’information et la connaissance des objectifs. Elle doit donc être perçue par tous d’une même manière.
  • La communication externe a pour rôle de motiver, donc de faire naitre des raisons personnelles d’action, loin des obligations, et développer une volonté personnelle d’agir.

 

Mieux maitriser la communication, sa conception, son utilisation et sa diffusion, donc mieux connaitre son importance et son impact, reste un investissement incontournable et constant pour l’entreprise. L’information engendre la connaissance, qui entraine un savoir et qui débouche sur la culture dont chaque individu, chaque groupe et chaque entreprise a besoin. C’est à cette condition qu’un esprit rationnel devient créatif et innovateur, base de l’esprit concurrentiel et compétitif.

Des cinq forces proposées par Porter, arrêtons-nous quelques instants sur la cinquième : la rivalité inter-concurrence. « La rivalité est particulièrement destructive quand il s’agit de profits, ou de bénéfices directs, puisque la concurrence sur les prix transfère les avantages financiers de l’entreprise vers le consommateur[15] ».  Mais qui dit rivalité pense concurrence et qui pense concurrence réfléchit compétitivité. Ces trois critères se retrouvent dans la fameuse théorie des 4 P, ou plutôt celle des 5 P : Produit, Prix, Place, Promotion et Positionnement. Le tableau suivant indique les différences notoires à considérer :

 

 

RIVALITÉ

CONCURRENCE

COMPETITIVITÉ

 

 

PRODUIT

- Distinction

- Différentiation

Ratios :

- qualité/prix

- qualité/volume

- qualité/volume/prix

- Innovation

- Créativité

- Qualité de vie

 

PRIX

Référant

 à la qualité

offerte

Guerre

des

prix

Prix adéquat au niveau de vie

 

PLACE

Sélection

des

points de ventes

Distribution

totale

Distribution

sélective

 

 

PROMOTION

Créativité

et

impact

Parts

de

marché

Naissance d’une volonté personnelle d’action

 

POSITIONNEMENT

Échelle

de

valeurs

Échelle

de

choix

Échelle

de

préférences


Fig. 2 – Argumentaire de l’Intelligence Compétitive.

Notons simplement que la guerre des prix n’a jamais profité à long terme aux entreprises.

Dans l’optique de la stratégie d’entreprise, l’élimination de la concurrence est-elle recommandable ? Question délicate, car la tendance serait de répondre par un oui suffisamment fort et inconditionnel. Mais est-ce réellement une politique bénéfique ?

Dans un cas affirmatif, l’entreprise ne se trouverait-elle pas en danger à moyen ou à long terme ? La disparition des concurrents serait donner à l’entreprise l’occasion d’établir un monopole qui la détruirait à longue échéance car la concurrence est une source riche en informations et en innovation. Dans cet ordre de choses, l’entreprise encourt deux risques :

  • Le premier est celui de se reposer sur ses lauriers. De là, moins d’attention sur ce qui se passe sur le marché et moins d’attention à la satisfaction attendue par les consommateurs. En conséquence directe, une chute des ventes est à considérer, ainsi qu’une perte de consommation ce qui entrainera un surplus de production invendable et des produits invendus. N’oublions pas qu’un marché a besoin d’être compris dans ses attentes et n’acceptera jamais de réduire sa qualité de vie.
  • Le second est soit de voir ses consommateurs et clients fondre et disparaitre, soit de voir et de favoriser l’apparition d’une nouvelle concurrence qui va jouer sur les sensibilités du marché et affaiblir définitivement l’entreprise. Favoriser sa chute reste du domaine d’une stratégie de sabordage qui ne s’est jamais vue dans l’histoire d’un marché.

L’INNOVATION FACE A INTELLIGENCE COMPETITIVE ET A L’INTELLIGENCE CONCURRENTIELLE

L’esprit compétitif, nous l’avons vu plus haut, nécessite créativité et innovation.  Ces conditions sont indispensables à toute tentative d’assurer à une entreprise un changement permanent, un développement durable et, par suite, une survie et une continuité. Nous pourrions affirmer, dans cette optique, que cet esprit compétitif est porteur d’avenir.

Innovation et compétitivité

Dans le contexte de la guerre des marchés, l’innovation va apporter de forts changements dans la mentalité des marchés, des entreprises et des individus. Elle va obliger, dans un certain sens, à mieux réfléchir :

  • Sur la qualité de vie à promouvoir
  • Sur la qualité de vie recherchée individuellement

Il faudra, cependant, concevoir durabilité :

  • De la pensée innovatrice
  • De l’apport innovateur dans les styles de vie
  • Des changements d’orientation et de développement
  • Des risques apportés sur un marché
  • Etc.

 

L’innovation devra donc permettre de renforcer l’esprit de compétitivité et celui de concurrence de l’entreprise au niveau marque (la qualité de vie) et au niveau produit (qualité de style de vie). L’objectif est, ici, de créer de développer et de maintenir un esprit de productivité, considérant ce terme comme signifiant la valeur ajoutée à la créativité d’entreprise. Porter souligne que l’innovation est la clé de la compétitivité des entreprises parce qu’elle conditionne leur capacité à maintenir des avantages concurrentiels durables sur des marchés évolutifs.

Ainsi, innover permet à l’entreprise d’avoir un avantage concurrentiel en termes d’avantages concrets (prix cout, etc.) et la stratégie de différenciation est alors porteuse de valeur ajoutée recherchée par un marché. Mais toute innovation n’est pas garante de rentabilité ni de profits. Ici, encore, les tests de pré-lancements ont leur importance décisive dans l’utilisation de ces stratégies. Mais tout dépend aussi, de la connaissance d’un marché et des incertitudes-certitudes qu’une entreprise possède.

Tout changement perturbe des habitudes et rencontre réticences et résistances. Réussir est donc fortement lié aux stratégies de motivation et de stimulation choisies et appliquées.

 

Cependant, le problème certitude-incertitude reste posé. Le rythme des innovations, des changements et du développement aussi bien des marchés que des styles et qualités de vie participe fortement a des ralentissements et a des raccourcissements des cycles de vie de produits et de marques.

Qu’est-ce qui est réellement certain ? Où réside l’échec ? Peut-on dissocier innovation de prises de risques ?

CONCLUSION

 

Une fois de plus, une collectivité d’intelligence participe à la constitution de l’Intelligence Compétitive : l’Intelligence Rationnelle, l’Intelligence Créative, L’Intelligence Créatrice, l’Intelligence Innovatrice et l’Intelligence Innovatrice.

Une entreprise peut-elle, aujourd’hui, renoncer à être concurrentielle et compétitive à la fois ? Doit-elle renoncer à l’Intelligence Compétitive tout en restant concurrentielle ? Peut-elle ne rester que concurrentielle sans vouloir être compétitive ?

Nous pourrions donc affirmer, avec certaines réserves, qu’une entreprise :

  • Peut être concurrentielle
  • Peut être compétitive,
  • Peut être concurrentielle sans être compétitive
  • Ne peut pas être compétitive sans être concurrentielle.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

 

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WEBOGRAPHIE

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DELTL J., (n.d) – Be ahead of the competition – www.acrasio.com 2

NOUBEL, J.F., (2006) – Intelligence Collective, la Révolution Invisible - www.thetransitionner.org/ic.

 

 


[1] Krishnamurti

[2] Lire Le marketing Intelligent du même auteur : cgcjmk.blogspot.com

[3] Idem.

[4] Le Petit Larousse 2010

[5] KHADIGE C., – Glossaire des qualificatifs multidimensionnels de l’intelligence – cgcjmk.blogspot.com 

3 IAN G. (1989) – « Beat the Competition » – (un des premiers livres sur “l’Intelligence Compétitive”).

[7]DELTL J.,  www.acrasio.com 2

[8] Be ahead of the competition. de Johannes DELTL  www.acrasio.com 2

[9] Pour faciliter la compréhension de ce qui suit, e sera le qualificatif associé à l’entreprise et c celui du concurrent. NDA.

[10] Comprendre S = Strengths ou Forces, W = Weaknesses ou faiblesses, O = Opportunities ou opportunités et T = Threats ou menaces. Ainsi Se représente les Forces de l’Entreprise et Sc les forces du concurrent (ou ennemi dans le texte), etc.

[11] Voir article de l’auteur Le marketing intelligent – cgcgjmk.blogspot.com

[12] Reference est ici faite à l’ouvrage de HOOLEY, PERCY and NICOLAUD – Marketing Positioning and Competitive Advantage – 5th Ed – Pearson Education

[14] PORTER M. E., The five competitive forces that shape strategy – Harvard Business Review – Jan. 2008 – p 79.

[15] PORTER M. E., – op cit

De façon générale, l’intelligence collective définit les capacités cognitives d’unecommunauté résultant des interactions multiples entre ses membres (ou agents). En appliquant cette définition à la communauté virtuelle sur l’Internet considéré comme ultime média cognitif, de nouvelles capacités résultent des interactions entre les internautes. Ces agents humains prolongés par les technologies de l’Internet, et au comportement très varié, peuvent ainsi accomplir des tâches cognitives complexes inattendues, grâce à un mécanisme fondamental appelésynergie.

Ainsi, l’intelligence collective sur Internet est définie par le philosophe canadienPierre Lévy comme « le projet d’une intelligence variée, partout distribué ; sans cesse valorisée, coordonnée et mise en synergie en temps réel ; et qui aboutit à une mobilisation effective des connaissances » 1. L’intelligence collective est formée de « grains de pensée » mixés par les nouvelles technologies numériques ; et qui s’assemblent pour former une superconscience !

Cependant, les membres de la communauté des internautes ne possèdent qu’une perception partielle de l’environnement virtuel danslequel ils baignent ; et n’ont pas conscience de la totalité des éléments qui influencent le groupe en interaction. Mais, sous certaines conditions particulières, la synergie créée par la collaboration fait émerger des facultés cognitives de création et d’apprentissage supérieures à celles des individus isolés. L’étude de l’intelligence collective sur Internet implique ainsi l’étude des effets psycho-sociologiques des interactions entre membres d’un groupe d’internautes, en situation virtuelle.

Sommaire

Internet, le réseau cérébral planétaire

L’Internet, ce réseau d’ordinateurs interconnectés, prolongements électroniques des cerveaux/esprits humains et d’où émergerait une intelligence collective, a suscité l’intérêt de certains théoriciens pour valider ou non la thèse de l’intelligence collective sur l’Internet.

On dispose désormais de quelques études sur l’histoire de l’Internet, son fonctionnement, l’organisation des internautes, pour pouvoir discuter. Au départ la création d’Internet semble correspondre en tout point au modèle de l’intelligence collective. Le premier réseau d’ordinateurs (Arpanet), apparu en 1969, a été impulsé par le ministère de la Défense américain, mais il s’est vite développé chez les informaticiens et universitaires comme un système autonome, largement auto-organisation. L’essor de l’Internet s’est réalisé selon un modèle d’innovation technologique tout à fait intéressant, mariant innovation sociale et technique.

Mais l’esprit militant des premiers informaticiens, de ceux qui ont créé l’Internet, a été débordé par son développement. Chacune des communautés scientifiques – physiciens, mathématiciens, ingénieurs, informaticiens – a appliqué sur l’Internet les modes d’organisationqui étaient les siens, reflétant ses propres règles du jeu. L’esprit communautaire des pionniers a cédé la place à des formes d’organisation anarchique. On retrouve sur l’Internet à peu près toutes les formes de structurations sociales du savoir : des communautés spécialisées de chercheurs, des réseaux d’amateurs, des écoles de pensées, des forums de discussion anarchiques, des revues et journaux commerciaux, de l’enseignement en ligne…

Par la rapidité de l’information et par la collaboration à distance, l’Internet a certainement permis une réalisation plus rapide de découvertes scientifiques. Mais il n’a pas changé le mode de collaboration entre chercheurs en compétition. On évoque la concurrence acharnée entre spécialistes d’un même domaine, le jeu subtil de coopération et de confrontation entre collègues, les secrets stratégiques qu’il faut conserver un temps pour ne pas dévoiler une découverte en cours d’élaboration, puis la nécessité de la diffuser au plus tôt de peur « de se faire doubler » ; il évoque aussi l’hyper-sophistication des modèles, qui limite à un cercle très restreint de spécialistes la communication scientifique.

Les fameux forums (sortes d’agoras intellectuelles où l’on discuterait librement de tous les problèmes, sans souci de priorité), qui sont le modèle de la démocratie cognitive chère à Pierre Lévy, ne sont pratiquement pas utilisés par les chercheurs.

Désormais des acteurs diversifiés évoluent simultanément aux nœuds des réseaux informationnels, communicants et potentiellement créateurs : ce sont les “neurones” d’un cerveau planétaire en voie d’émergence. Ce ne sont plus les “usagers” de naguère, passifs utilisateurs de services pensés par d’autres, mais les producteurs/consommateurs de nouveaux outils interactifs décuplant le pouvoir et l’efficacité de chacun.

« Comme pour les neurones du cerveau, disait Joël de Rosnay 2, notre propension à communiquer est sans limites. Placés dans un milieu nutritif, les neurones en culture se divisent, forment des prolongement et des filaments qui leur permettent de se connecter les uns aux autres. Filmés en prise de vue accélérée, on les voit « se chercher », établir des liaisons étroitement imbriquées ».

Toute l’histoire de la vie sur la terre, de la molécule biologique à l’humanité planétaire, fait ressortir les mêmes principes en œuvre : la formation de réseaux d’échanges, de matière, d’énergie et d’information (par contact direct, par signaux chimiques, par circulations d’électricité dans les câ­bles, de sons ou d’images, etc.) ; entre molécules dans les cellules, entre cellules dans l’organisme, entre individus dans les sociétés humaines, entre les socié­tés de l’humanité tout entière.

Aujourd’hui, les réseaux de communication par satellites (télévision) ou ceux de l’informatique (Internet) figurent parmi les circuits du système nerveux des so­ciétés, similaire au système nerveux des individus. Les hommes qui participent à la création de ces réseaux ou qui les utilisent régulièrement, sont considérés comme les cellules des nouveaux nerfs et organes sensoriels dont se dote la planète. Ils sont les neurones de la Terre : les cellules d’un cerveau en formation aux dimensions de la planète Terre.

Nous sommes donc en train de vivre l’ère de l’expansion des réseaux d’échanges au niveau de la planète : échange de l’information par le téléphone, le câble, la fibre optique, les satellites de télécommunication, les systèmes de stockage d’information. Nous voyons se développer de nou­velles synergies entre les êtres humains, à travers l’ordinateur et la télécommunication, conduisant à la création des “synapses” à l’échelle de la planète. La diffusion de l’information, grâce à la constitution de ces réseaux, s’effectue de manière plus large dans le temps et l’espace.

La culture de l’intelligence collective

Les sociétés humaines en particulier n’obéissent pas à des règles de l’intelligence collective aussi mécaniques que d’autres systèmes naturels, par exemple du monde animal. Les formes d’intelligence collective sur Internet sont plus sophistiquées et très diverses selon les types de communauté virtuelle et les membres qu’ils réunissent. Les systèmes collectifs sont formés par des prolongements électroniques en réseaux des cerveaux/esprits en interaction. La structure émergente est avantageuse à la collectivité : les individus trouvent un bénéfice à collaborer et leur performance est meilleure que s’ils avaient été seuls.

La culture de l’intelligence collective est fondée, en premier lieu, sur un principe fort que chacun sait quelque chose. « Le réseau (Internet) est le réceptacle organisationnel d’une intelligence collective mobilisatrice. Personne ne sait tout et tout le monde sait quelque chose ». Il s’agit là d’une extension du projet de garantir l’accès de tous au savoir et à l’art. Car ne parler que de l’accès maintient l’exclusion de principe de ceux qui sont victimes de l’échec scolaire. Au départ émancipateur, ce slogan consacre aujourd’hui le monopole de la validation officielle des connaissances. Il fait surtout le jeu des “marchands du savoir et de l’art” sur l’Internet et le multimédia. Ceux-là peuvent toujours prétendre qu’ils offrent un meilleur accès, plus facile, plus libre, plus ludique au savoir et à l’art, et s’engouffrer ainsi dans les failles des services publics d’éducation.

Mais si chacun sait quelque chose, nul ne sait tout. Accès au savoir et à l’art, oui, mais conçu comme accès de tous au savoir et à l’art de tous : de l’échange des savoirs et des arts comme nouvelle forme du lien social. Chaque être humain est, pour les autres, une source de connaissances. L’intelligence collective n’est donc pas la fusion des intelligences individuelles dans une sorte de magma communautaire ; mais, au contraire, la mise en valeur et la relance mutuelle des singularités.

Avant de promettre l’accès aux informations à distance, la culture de l’intelligence collective veut donc promouvoir dans les écoles, dans les quartiers, dans les entreprises, la reconnaissance des compétences et des savoirs déjà acquis. Au cercle vicieux de la disqualification, elle oppose une dynamique de l’expression, de l’écoute et de la requalification… Cependant, l’exclusion, l’enfermement des activités dans de trop étroites limites, l’absence de participation des citoyens aux décisions qui les concernent, ainsi que les cloisonnements disciplinaires et administratifs, représentent autant de gaspillages qui font obstacle.

Actuellement, non seulement les structures sociales organisent souvent l’ignorance sur les capacités des individus, mais elles bloquent lessynergies transversales entre projets, ressources et compétences, elles inhibent les coopérations. Pourtant, la multiplication des intelligences les unes par les autres est la clef du succès économique et social, à l’échelle aussi bien des régions que des entreprises. Ce serait également une des voies du renouveau de la démocratie. Une société “intelligente partout” sera toujours plus efficace et vigoureuse qu’une société intelligemment dirigée, et cela à l’échelle aussi bien d’une entreprise, d’une nation que de l’humanité tout entière.

Toutefois, si les individus sont tous intelligents à leur manière, les groupes déçoivent souvent. On sait que, dans une foule, les intelligences des personnes, loin de s’additionner, auraient plutôt tendance à se diviser. La bureaucratie assure une certaine coordination, mais au prix de l’étouffement des initiatives. Sans doute de bonnes règles d’organisation et d’écoute mutuelle suffisent-elles à la valorisation réciproque des intelligences dans les petits groupes. Mais, au-delà du millier, la planification hiérarchique et la gestion de l’humain par catégories massives a longtemps semblé inévitable. Or les techniques de communication contemporaines pourraient changer la donne.

Autre bouleversement avec l’Internet : l’émergence des personnes qui est une dimension profonde et significative de l’informationnel. Désormais, c’est l’abondance de variété et de diversité que les hommes politiques devront gérer, eux qui s’étaient habitués à un univers régi par les statistiques, les probabilités et les sondages d’opinion. Ce décalage est la conséquence d’un changement de paradigme, d’un saut culturel. La pensée cartésienne, analytique, linéaire, séquentielle et proportionnelle, partagée par tant de décideurs politiques et industriels formés aux mathématiques et au droit, appartient au passé. La culture de l’intelligence collective, partie intégrante du nouveau paradigme, se réfère au non linéaire, au multidimensionnel.

Internet, un mixeur des médias cognitifs

Que la conscience de l’action des médias cognitifs, en dehors de tout “contenu” ou de tout programme, soit de plus en plus grande, cela apparaît clairement. La plupart des opinions traditionnelles illustrent à quel point nous étions naguère inconscients des effets sociaux et psychiques des médias cognitifs, en tant que tels. On trouve jusque dans les théories de la communication les plus récentes et les plus radicales cette même lucidité globale qui révèle pourquoi la vraie problématique anthropo-sociologique est relative à la configuration du média lui-même. La toute dernière méthode d’étude des nouveaux médias considère non seulement le contenu d’information, mais le média en soi ; par exemple, le réseau Internet et la matrice culturelle à l’intérieur de laquelle il agit. C’est ce que McLuhan appelle : « le médium, c’est le message ».

L’effet de la configuration technologique d’un média cognitif est brouillé parce qu’on lui donne, comme “contenu d’information”, le contenu d’autres médias cognitifs. Par exemple, le contenu d’un film cinématographique peut être le roman d’un livre, une pièce de théâtre ou un opéra. Et l’effet le plus important du cinéma n’a pas grand-chose à voir avec le contenu romanesque du livre correspondant. Autre exemple, le “contenu” de l’écriture ou de l’imprimerie, c’est la parole ; or, le lecteur ne porte à peu près pas attention à la différence entre l’imprimé et la parole. Un dernier exemple, le “contenu” de l’Internet, le dernier-né des médias cognitifs, est tous les autres médias classiques que l’on connaît : la parole, l’écriture, l’imprimerie, la photographie, la presse, la poste, le téléphone, le cinéma, la télévision… D’où la confusion de catégorie que nous constatons chez les utilisateurs de l’Internet.

L’Internet, considéré comme l’ultime média cognitif, est en fait un mixeur des médias cognitifs traditionnels. La technologie Internet, qui est l’interconnexion de tous les types de réseaux de communication électronique, sert de support à tous les moyens traditionnels de cognition etcommunication. C’est un ensemble de réseaux électroniques à l’échelle mondiale, à l’intérieur duquel on fait passer le contenu de ce que l’on veut des médias cognitifs : courriers, textes, livres, images fixes, presse écrite, radio, télévision, communications téléphoniques, etc. Et le Web qui les mélange pourmieux les exploiter, devrait-il aussi s’appeler Intermédia ?

Ainsi, les réserves culturelles et spirituelles que les civilisations orientales peuvent entretenir devant les technologies occidentales des médias cognitifs ne leur serviront à grand-chose pour les refuser. Car ce n’est pas au niveau des contenus que ces technologies ont les effets les plus importants : ce sont les modèles matériels de configuration des médias qui sont déterminants, et qui font changer, petit à petit, les rapports de signification et de perception des esprits…

L’Internet, ce nouveau média cognitif, est-il une nouvelle étape de la pensée universelle? L’idée est séduisante : le réseau des réseaux n’est-il pas ce formidable outil de partage des savoirs et des arts, de mémorisation des données, de création collective dont nous parlent les « prophètes » du Web? On trouve sur l’Internet toute une série d’instruments utiles pour la connaissance : bases de données, sites dedocumentationbibliographies en ligne, forums de discussionjournauxrevuesmusiquesvidéoradio et télévisionarchives électroniques de toutes sortes… Mais cela suffit-il à produire de l’intelligence collective?

Les théoriciens de l’intelligence collective sur Internet

L’Internet, réseau d’ordinateurs interconnectés et d’où émergerait une intelligence collective, a suscité l’intérêt de théoriciens, comme Pierre Lévy (philosophe). Ce philosophe s’est imposé comme l’un des principaux théoriciens de l’Internet à travers une série d’ouvrages aux titres évocateurs : La Machine univers (1987), Les Technologies de l’intelligence (1990), L’Intelligence collective (1997), Cyberculture (1999)… Tous ces essais sont à mi-chemin de la philosophie, de la technique et de l’utopie sociale.

Dès son livre La Machine univers, il soutenait que l’avènement de l’ordinateur est comparable à l’invention de l’écriture ou de l’imprimerie. Il va permettre un nouveau bond dans l’histoire de la pensée humaine. A condition toutefois d’ancrer l’outil technique à un projet social : celui d’une culture informatique fondée sur l’échange des savoirs et des arts. Pierre Lévy situe ses analyses dans le cadre d’une utopie sociale totalement assumée.

Dans son dernier essai World PhilosophiePierre Lévy reprend ce thème, qui lui est cher. Il y est question de la convergence de toutes lessciences, les religions, les philosophies, les sagesses d’Orient et d’Occident: « Après le feu, la magie de l’art, la ville, l’écriture, voici donc lecyberespace, où convergent à la fois le langage, la technique et la religion. Le cyberespace est l’ultime machine à explorer toutes les formes ». Plus loin, le ton devient prophétique : « Nous sommes les fils et les filles de toutes les sciences et de toutes les techniques. Dans l’espace de communication universelle convergent en chacun de nous, nous parvenant du fond, de longues lignées de chanteurs, dedanseurs, de comédiens et d’artistes. Nous sommes les fils et les filles de tous les poètes. Tous les efforts humains pour élargir notreconscience convergent dans une noosphère qui, désormais, nous habite, parce qu’elle est l’objectivation de la conscience et de l’intelligence collective de l’humanité ».

Sur l’Internet, chacun est potentiellement émetteur et récepteur dans un espace qualitativement différencié, non figé, aménagé par les participants. Ici, on ne rencontre pas les gens principalement par leur nom, leur position géographique ou sociale,mais selon des centres d’intérêt, sur un paysage commun du sens ou du savoir. L’Internet manifeste des propriétés neuves, qui en font un instrument decoordination non hiérarchique, de mise en synergie rapide des intelligences, d’échange de connaissances et de navigation dans les savoirs et les arts. Pourquoi ne pas saisir ce moment rare où s’annonce une culture nouvelle pour orienter délibérément l’évolution en cours ?

La thèse de l’intelligence collective est également diffusée à travers une série d’essais américains. Dans un article consacré au phénomène, la philosophe américaine Joan Houston, qui dirige la Fondation de la recherche sur l’esprit, déclare que Teilhard de Chardinest « devenu le saint patron de toute une coterie de théoriciens d’Internet  » 3. Dès 1995, on voit fleurir – sur le Web – de nombreux sites consacrés à Teilhard de Chardin 4 : la noosphère, l’intelligence collective et la cyberculture. Ces sites présentent un curieux mariage despiritualité et de culture high-tech. Il y est question de “conscience planétaire”, d’”Esprit émergent“, d’”intelligence collective“, de “cerveau global“, de l’”esprit du Cyberespace“.

Aussi, dans l’Intelligence des réseaux 5Derrick de Kerckhove, professeur de français à l’université de Toronto et directeur du programmeMcLuhan sur les liens entre culture et technologie, baptise « ”webitude” cette nouvelle condition cognitive qui résulte de l’interconnexion de millions d’intelligences humaines à travers l’Internet ». Ce réseau est fondé sur plusieurs principes : l’interactivité (la personne reçoit et agit sur son environnement numérique) ; l’hypertextualité (tous les contenus de connaissances sont liés les uns aux autres) ; la connectivité (les personnes sont connectées entre elles). En somme, la pensée n’est plus hiérarchique mais interactive ; le savoir ou l’art n’est plus localisé mais dispersé. Il n’appartient plus à une élite mais est partagé et produit par tous.

Au-delà de l’énoncé des principes généraux, la littérature des théoriciens du Web est assez évasive sur la description concrète de la production intellectuelle sur l’Internet. La bibliothèque universelle contenant tous les savoirs du monde, accessible à tous, est-elle vraiment en passe d’être réalisée, comme le soutient Pierre Lévy ? « Quand j’étais petit, dit-il, j’allais à la bibliothèque et je lisais des livres d’astronomie. Aujourd’hui, je peux non seulement visiter le site de la Nasa – qui est comme une bibliothèque – à la maison, mais je peux discuter avec des astronomes. Et cela, je ne pouvais pas le faire avant » 6. Les communautés de savoirs sont-elles en train de fusionner en une “conscience universelle”?

Organisation de l’Internet et émergence de l’intelligence collective

Autre idée phare de l’intelligence collective sur Internet : celle de bibliothèque virtuelle universelle, où se trouveraient rassemblés tous les savoirs et les arts du monde. Là encore, elle ne résiste guère à l’expérience. L’Internet met à disposition de nombreuses sources d’informations : les encyclopédies (telle Wikipédia ou Encyclopoedia Britannica dont l’accès en ligne est gratuit), des bases de donnéesbibliographiques, des portails spécialisés, des archives historiques, des sites de références… C’est en cela un outil nouveau et très utile.

Mais l’idée d’une bibliothèque universelle où se trouveraient consignées toutes les oeuvres humaines se heurte à quelques contraintes – économiques, juridiques – évidentes. Les droits d’auteurs interdisent aux bibliothèques de mettre en ligne les ouvrages qui ne sont pas dans le domaine public. Par exemple Gallica, la bibliothèque en ligne de la Bibliothèque nationale de France, a numérisé des milliers de livres qu’elle met librement en ligne. Mais la consultation en ligne est limitée par les droits d’auteurs et les droits commerciaux pour tous les documents pour plusieurs dizaines d’années. Or, surtout en matière scientifique, ce sont bien évidemment ces documents les plus récents qui intéressent les lecteurs.

Au demeurant, même si elle était réalisable, la bibliothèque universelle ne résoudrait pas les questions majeures de la documentation électronique : comment s’y retrouver dans une information proliférante? La somme des informations séparées ne suffit pas à faire une intelligence globale.

Toutes ces questions relèvent bien de l’organisation de la pensée humaine, et non de la seule mise en connexion des données. La théorie de l’intelligence collective repose sur un présupposé implicite. La connexion des intelligences (par le biais des ordinateurs et des réseaux de télécommunication) suffirait à produire une conscience collective ”émergente“, un univers de pensée virtuel où il n’y aurait plus de frontières entre les disciplines scientifiques, les sciences et la philosophie, les arts, la religion… Belle utopie, mais qui ne permet pas de comprendre les conditions sociales, institutionnelles, épistémologiques de production et de diffusion des savoirs et des arts.

Philippe Breton parle de “culte” à propos d’Internet 7. Pour lui, en lisant un certain nombre de textes consacrés à cette nouvelle technologie, il a été surpris par la récurrence des références religieuses. C’est manifeste dans des ouvrages comme World Philosophie de Pierre Lévyou La Planète des esprits de Philippe Quéau. La métaphore du culte s’est d’autant plus imposée que cela est associé à des pratiques qui, sans être comparables aux rites religieux, n’en intéressent pas moins l’anthropologue.

Dans les discours des plus fervents défenseurs de l’Internet, on retrouve en effet toutes sortes de traditions : la culture zen, le New Ageparticulièrement prégnant en Californie… Egalement très prisé dans le milieu l’Internet, le jésuite Teilhard de Chardin, auquel on doit la notion de noosphère, qui est aux idées ce que la biosphère est à la vie. En permettant de détacher les esprits de la matérialité, celles-ci devaient contribuer à les “collectiviser”. Ces thèmes de la société de la communication et de la noosphère n’ont cessé de gagner en influence au sein de la société. Des auteurs comme Marshall McLuhan ont contribué à les populariser avec la même religiosité. Qu’exprime la société de l’information ou le village global, si ce n’est l’aspiration à mieux relier les hommes pour une nouvelle fraternité ?

En focalisant sur les discours, ne sous-estimons-nous pas les transformations concrètes dans la société? Nous ne sommes pas contre l’Internet ; seulement, nous pensons que les discours trop enflammés nous empêchent d’en voir les vraies potentialités. Le problème du discours technophile, c’est qu’il assène l’idée que par nature, l’Internet va transformer notre existence. Or, aucune technique ne peut par elle-même nous apporter quoi que ce soit, sans transformation sociale et travail de l’homme. Si nous nous livrons à ce travail critique, c’est pour que les techniques trouvent leur vraie place dans notre société comme outils et non comme finalité première.

Notes et références

  1.  Définition donnée par Pierre Lévy : Construire l’intelligence collective, Manière de voir N° Hors-série, Le Monde diplomatique, octobre 1996, p.35-36.
  2.  Joël de Rosny : Le cerveau planétaire, Editions Olivier Orban, collection Points, 1986, p.11.
  3.  Joan Houston : L’essor d’une nouvelle conscience, Courrier international, N°511, août 2000.
  4.  Le jésuiteTeilhard de Chardin (1881-1955) fut l’undes grands paléontologues du début du XXe siècle. Il participa à la découverte du sinanthrope en Chine dans les années 1930. Dans son livre Le Phénomène humain, il tente de concilier une approche scientifique de l’évolution et la doctrine chrétienne ; Voir, P. Teilhard de Chardin : Le Phénomène humain, Seuil, 1970.
  5.  D. de Kerckhove : L’intelligencedes réseaux, Odile Jacob, 2000.
  6.  Pierre Lévy (entretien) : Un déluge d’informations, dans Sciences& Vie, édition spéciale, Tout savoir sur Internet, 2000.
  7.  Philippe Breton, sociologue au CNRS (Laboratoirede sociologie de la culture européenne, Strasbourg), a publié : Le Culte de l’Internet. Une menace pour le lien social ?, Editions La Découverte, 2000.

Bibliographie

  • Pierre Lévy : World Philosophie, Odile Jacob, 2000.
  • Pierre Lévy : L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace, Editions La Découverte/Sciences et Société, 1994, 244 pages.
  • Pierre Lévy : Les technologies de l’intelligence. L’avenir de la pensée à l’ère informatique, Editions La Découverte, 1990, 235 pages.
  • Marshall McLuhan : Pour comprendre les médias. Les prolongements technologiques de l’homme, Bibliothèque Québécoise, 1993 (1ère édition 1964).
  • Joël de Rosnay : L’homme symbiotique. Regards sur le troisième millénaire, Seuil, Paris, 1995.
  • Joël de Rosnay : Le cerveau planétaire, Editions Olivier Orban, collection Points, 1986.
  • Nicolas Guéguen et Laurence Tobin(eds) : Communication, société et Internet, Groupe de Recherche Société Information et Communication del’Ouest (GRESICO), L’Harmattan, Paris 1998.

Le management agile peut être vu comme une approche organisationnelle de typeholistique et humaniste basée essentiellement sur la motivation rationnelle des ressources humaines. Son émergence, initiée au début des années 1990, a été portée par la vague des nouvelles technologies (NTIC).

Ses valeurs et principes combinent des aspects sociologiques et technologiques à une approche industrielle 1. Le management Agile s’oppose aux fondements du taylorisme : parcellisation du travail, déresponsabilisation globale ainsi que d’autres principes de productivité individuelle dont la mise en œuvre devient difficilement défendable dans les pays industrialisés, compte tenu du coût des ressources humaines 2 .

Le management agile s’applique au niveau organisationnel et les Méthodes Agiles, si elles s’en réfèrent, ne représentent qu’un secteur de l’application des diverses formes d’agilité managériales (Lean).

Sommaire

Sociologie des valeurs Agiles

Fondements théoriques

L’agilité ne serait pas seulement une simple réaction au changement ou un mouvement limité aux développement des systèmes d’informations, mais représenterait la composante majeure d’un large mouvement d’auto-management, où la résolution de la complexité de détail est confiée à la compétence et à la motivation rationnelle du personnel d’exécution. Cette exigence implique la constitution d’unPatrimoine immatériel formalisé de savoir-faire, ainsi que l’acceptation consensuelle des ressources humaines impliquées dans cette évolution.

Dissociation Agilité et Flexibilité

Agilité et flexibilité sont des concepts pouvant paraître proches en théorie (Lean) . Pourtant ces deux approches présentent des différences notables dans la réalité de leur mise en œuvre et, cela aussi bien sur le plan philosophique, que sur celui des relations humaines sous-jacentes, ou que des pratiques réelles d’implémentation. Si la flexibilité est souvent assimilée à la Réactivité industrielle, il n’en est pas de même pour l’Agilité qui a naturellement émergé d’une recherche d’Amélioration continue du développement applicatif directement issue de l’Intelligence collective des équipes qui le pratiquaient.

Les trois vecteurs de l’entreprise Agile

Une Entreprise est fonctionnellement Agile lorsque ses composants opérationnels collaborent en synergie formelle à anticiper ou à capter le changement, aux fins de le compenser dynamiquement, puis de l’intégrer. En pratique, l’Agilité se matérialise par une orientation « services » et s’instrumente par la conjonction de trois vecteurs :

- la motivation rationnelle des ressources humaines 3 ,

- l’usage intensif des nouvelles technologies 4,

- des processus reconfigurés en continu 5.

La vision Agile implique aussi une forme proactive de Veille technologique basée sur la théorie de l’Anticipation rationnelle. L’instrumentation opérationnelle de cette technique et son acquisition par l’ensemble des ressources humaines de l’organisation sont déterminantes dans l’évolution des trois vecteurs qui permettent d’assurer l’Agilité organisationnelle.

ComposantesAgilité.gif - Wikipedia Orange

Premier vecteur : l’intelligence collective motivée rationnellement

Les systèmes organisationnels d’aujourd’hui, à l’instar du vivant, sont complexes et parfois volontairement et insidieusement compliqués. À défaut de les simplifier immédiatement, ce qui n’est pourtant pas une utopie, il faut, pour les maîtriser, utiliser le pouvoir de l’intelligence collective6. Le principe tire sa force de la connaissance pratique des employés du bas de la « pyramide » dont la participation volontariste à une recherche systématique d’améliorations est suscitée. L’organisation dispose alors d’un fantastique outil de résolution de la « complexité de détail »7

Deuxième vecteur : l’usage optimal des nouvelles technologies (NTIC)

Les nouvelles technologies permettent économiquement la personnalisation de masse des produits et services ainsi que la réduction des délais de mise en marché (Time-To-Market). Couplée à une vision Agile de leur usage, les NTIC proposent un des instruments de réponse à des besoins toujours plus complexes, mixant produits novateurs et services à forte valeur ajoutée. En revanche, l’innovation en matière de SI et de NTIC, lorsqu’elle atteint un certain degré, affecte fondamentalement le cœur du métier et déclenche naturellement la mise en œuvre d’une reconfiguration des processus. L’organisation fait alors face simultanément à la nécessité de plusieurs projets de changement. Unsystème d’information Agile permet de fournir une réponse à l’évolution de l’organisation qu’il instrumente à certaines conditions :

  • D’une part, une granularité trop grosse doit être compensée par une charge additionnelle appliquée aux ressources humaines.
  • D’autre part, des adaptations trop fréquentes du système d’information représentent, non seulement un coût prohibitif en fonction duRetour sur investissement possible, mais souvent un facteur de déstabilisation.

Troisième vecteur : la maîtrise formalisée de processus améliorés en continu

Les projets d’optimisation continue des processus représentent de puissants moyens d’obtention d’avantages concurrentiels au meilleur coût. Bien déployée, cette technique permet d’optimiser tous les secteurs de l’entreprise. Dans cette quête de productivité, lorsque les règles d’optimisation continue basées sur l’usage de l’intelligence collective sont réellement et complètement implémentées elles deviennent un puissant outil d’optimisation de la qualité.8, la détection et la résolution des problèmes peuvent alors s’appliquer à une multitude de dysfonctionnements mineurs qui pourraient échapper aux échelons supérieurs compte tenu de leur faible visibilité.

Comparatif des principes sous-jacents des deux courants de pensées

Rationalisme Cartésien Empirisme pragmatique
Paradigme Prédictivité Adaptabilité
Méthodes Classiques ou « complètes » Nouvelles ou « Agiles »
Cycle projet En cascade (sans rétroaction) Incrémentiel et itératif (adaptatif)
Forme de levée du risque Descriptive et documentaire Recherche – action – expérimentation
Raisonnement Discursif (prémisses-conclusions) Systémique et heuristique
Vision sous-jacente Isoler pour structurer une partie d’univers figé Exécuter pour comprendre la dynamique des interactions
Pensée Réductionnisme et hypothèses mécanistes Vision holistique des phénomènes (RH, communication, environnement, …)
Philosophie d’analyse Considère la nature des interactions Considère les effets des interactions
Structuration méthode Sur la base figée de niveaux isolants d’abstractions et de préoccupations. Sur la base d’un phasage simple et souple prenant en compte les contraintes du projet
Axe de recherche L’analyse de la structure L’aboutissement des actions
Limites et possibilités Réduction de systèmes simples ou complexes par l’analyse Appréhension de systèmes complexes par leurs finalités
Conduit à des systèmes à forte entropie à forte rétroactivité, « cybernétique »
Aboutissement Recherche d’exhaustivité de la solution Accepte un « rendement satisfaisant »
Philosophie d’action Conduit à une action totalement détaillée et programmée Conduit à une action flexible et pilotée par objectifs
Validation par test de chaque élément sur jeux d’essais ou copie de la réalité confrontation permanente du modèle avec la réalité

Quelques fait et citation notables de l’Agilité

Les paragraphes suivant ont pour objectifs de mettre en évidence l’intérêt de nombreux acteurs de notre société pour le mouvement Agile. L’ordre est totalement aléatoire.

http://rb.ec-lille.fr/l/Socio_orgas/cours-socio_Analyse_strategique.html

L’Intelligence Culturelle rassemble, évalue, et traite la méta-information, ce qui inclut une analyse et une investigation claire des possibilités de dangers sociétaux, culturels, économiques et politiques propres à la société de l’information. L’Intelligence Culturelle sert l’intérêt public en renforçant le pouvoir politique ; de plus, elle agit comme un contre-poids face aux services traditionnels d’intelligence militaire et économique, qui rassemblent l’information afin d’accroître leur contrôle. Les services d’Intelligence Culturelle compensent les tares du public dans le domaine de la méta-information en consolidant les fondations socio-politiques et culturelles pour ce qui concerne la prise de décision. Ces services ont besoin d’entretenir et de protéger la sphère publique et son expression, tout comme la variété et la richesse des expressions culturelles, ceci au cœur d’une société de plus en plus soumise au déterminisme de l’information des technologies de communication.

Pour satisfaire les besoins du public en contenus et informations culturels accessibles et de haute qualité, l’intelligence culturelle étudie l’information dans ses développements et les évolutions probables de son action dans l’infosphère. L’Intelligence Culturelle défend les droits du citoyen en information culturelle, la liberté d’opinion et d’expression, de communication, et la vie privée.
En observant, en analysant et en éclairant les tendances culturelles, socio-politiques, technologiques, et économiques, l’intelligence culturelle contre l’endoctrinement et la propagande.

L’ intelligence ambiante est ce que pourrait devenir l’informatique dans la première moitié du 21ème siècle en repoussant les limites technologiques qu’elle avait à la fin du XXème siècle. Ce concept semble pouvoir tenir lieu de traduction non littérale aux concepts nés en Amérique du Nord sous le vocable initial de « Informatique Ubiquitaire », « Systèmes Pervasifs » ou encore « Ordinateur évanescent ».

 - Wikipedia Orange

L’évolution des ordinateurs : la course à la miniaturisation et à la diffusion dans le milieu ambiant

Dans cette approche, le concept même de système d’information ou d’ordinateurchange : d’une activité de traitement exclusivement centrée sur l’utilisateur, l’informatique devient interface entre “objets communicants” et personnes, et entre personnes.

Sommaire

Facteurs en jeu

L’évolution technologique permet de fabriquer des ordinateurs et composants informatiques minuscules, des capteurs et senseurs qui pourront être omniprésents (nano-informatique) et communiquer entre eux et avec différents réseaux. Elle ouvre à presque tous les objets de la vie courante, la capacité à déclencher un échange spontané d’informations, sans interaction avec leur utilisateur.

Les concepts informatiques évoluent vers des systèmes complexes en réseaux, fondamentalement différents des systèmes informatiques du xxe siècle et de la notion d’ordinateur (disque dur, mémoire propre, interface par clavier, écran et souris…) qui lui était couramment rattachée.

Ces nouveaux concepts pourraient induire de profonds changements dans le monde social, culturel et de l’entreprise et s’introduire dans la vie quotidienne. De nombreux prospectivistes pensent qu’une évolution inéluctable des modes de vie est entamée, ainsi qu’une évolution capitale des activités et métiers informatiques.

Vers une informatique diffuse

L’Internet a consacré l’avènement des réseaux planétaires conventionnels, mais une prochaine mutation semble pouvoir favoriser le développement de l’intelligence ambiante par une informatique diffuse, qui déjà se prépare sur différents terrains :

  • celui des réseaux d’objets (voir aussi Internet des objets) sans fils et à très grande échelle.
    Ces nouveaux réseaux s’affranchissent de la chaîne d’antennes fixes. ils constituent un réseau planétaire dont les nœuds actifs ou antennes seraient constitués par les terminaux eux-mêmes (c’est-à-dire les objets communicants). Ces systèmes de télécommunication seraient capables de s’autogérer (un principe analogue à celui du peer to peer, parfaitement adapté à la mise en œuvre d’un réseau très capillaire où les objets communicants seront devenus omniprésents).
  • l’Internet des réseaux sociaux
  • le calcul distribué
  • les objets communicants, voire apprenants

Les composants élémentaires de l’intelligence ambiante

L’intelligence ambiante met en œuvre quatre éléments de base :

  • L’ubiquité : la capacité pour l’utilisateur d’interagir (activement ou passivement), n’importe où, avec une multitude d’appareils interconnectés, de capteurs, d’activateurs, et plus globalement avec les systèmes électroniques « enfouis » (embedded software) autour de lui. Tout cela à travers des réseaux adaptés et une architecture informatique très distribuée.
  • L’attentivité : la faculté du système à « sentir » en permanence la présence et la localisation des objets, des appareils et des personnes pour prendre en compte le contexte d’usage.
    Toutes sortes de capteurs sont disponibles à cette fin : camérasmicrosradarscapteurs biométriques (dont de premiers nanocapteurs, ainsi que la technologie des puces et lecteurs à radio-fréquence (RFID) pour l’identification, etc.
  • L’interaction naturelle : l’accès aux services doit pouvoir se faire de la façon la plus naturelle / intuitive possible. A la différence de l’interface traditionnelle de l’univers informatique (dénommée WIMP, « Windows, Icons, Menus and Pointing device », (fenêtres, icônes, menus et dispositif de pointage), l’interface homme-machine est multimodale. Elle s’articule autour de la reconnaissance vocale, de la reconnaissance gestuelle et la manipulation d’objets réels.

Perspectives économiques

L’intelligence ambiante ouvre des perspectives de marchés nouveaux pour des entreprises ou États qui (via des clusters économiques ou pôles de compétences par exemple) cherchent à renforcer leur position dans certains domaines tels que les communications mobiles, l’électronique grand public, les logiciels enfouis (embedded software) ou la microélectronique.
Dans le même temps, l’informatique diffuse pourrait favoriser de nouvelles logiques collaboratives hors des logiques commerciales classiques, voire des phénomènes émergents imprévisibles.

L’Europe mise sur l’intelligence ambiante à l’horizon 2010

Plus de 7 milliards d’Euros sont consacrés aux programmes de recherche IST (Information Society Technologies) et financés pour moitié par l’Union européenne et dévolus aux technologies de l’information. C’est la composante du 6e PCRD (Programme-cadre de recherche et développement européen pour la période 2002-2006). Ces programmes regroupent des thèmes aussi variés que la nano-électronique, les micro-systèmes, les réseaux sans filsInternet large bande, des capteurs et systèmes de capteurs innovants ou encore des méthodes decalcul distribué.

Ces recherches ont en commun de participer au développement à long terme d’une vision ou d’un concept dit «Intelligence Ambiante».

Limites et questions éthiques et philosophiques

Ces capacités nouvelles posent de nombreuses questions :

  • Question éthiques et philosophiques, quant à l’intrusion des réseaux informatiques et d’objets communicants dans la vie privée(environnement pervasif), quant aux nouvelles relations aux objets, quant au risque de voir émerger une dépendance forte de l’humain à l’informatique. La question de la Gouvernance des systèmes d’information se pose également, avec de nouveaux risques, et de nouvelles possibilités offertes par exemple par les approches collaboratives. Le risque d’une perte de contrôle d’un réseau devenu “intelligent”, qui est un thème de science fiction, pourrait également se matérialiser.
  • Questions techniques immédiates : saturation des réseaux téléphoniques et internet, saturation et gaspillage de la bande passante par des usages “gadgets” et le large développement de la haute-définition, détournement, risques pour la sécurité informatique, etc.
  • Questions prospective de soutenabilité du système : malgré la miniaturisation, l’informatique en réseau et distribuée consomme de plus en plus d’électricité, génère une quantité croissante et préoccupante de déchets électroniques (déchets pour partie toxiquespolluants etdangereux en amont et en aval des filières. La plupart des composants électroniques ne sont ni biodégradables, ni facilement recyclables. La question des impacts possibles sur l’homme ou les écosystèmes du smog électromagnétique n’a pas encore de réponse consensuelle.
    Une des solutions pourrait être l’évolution vers une bio-informatique diffuse utilisant plus de polymères et composés organiques (recyclables ou biodégradables), mais sa faisabilité à moindre coût n’est pas encore démontrée, ni sa durabilité (des composés biologiques et biodégradables risquent également d’être vulnérables outre aux vers et virus informatiques, aux vrais bactéries,champignonsinsectes, mutations, etc.)

Bibliographie

  • Nano-informatique et Intelligence Ambiante, Jean-Baptiste Waldner, Hermes Science, London, 2006, ISBN 2746215160
  • Technology Forecast: 2000 – From Atoms to Systems: A perspective on technology, PriceWaterhouseCoopers, PriceWaterhouseCoopers Technology Center, 2000 , ISBN 189186503X
  • PriceWaterhouseCoopers, Navigating the future of software: 2002-2004, PriceWaterhouse Coopers Technology Center, 2002
  • Le futur des télécommunications? Des réseaux de nœuds, Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique, Horizons, 2004
  • De l’inéluctabilité du Réseau Pervasif, Rafi Haladjian, Ozone, 2003
  • Des robots doués de vie, A. Guillot & J.A. Meyer, Le Pommier, 2004 ISBN 9782746501720
  • Et la matière devint vivante, André Brack, Le Pommier, 2004 ISBN 9782746501508
  • L’Europe mise sur l’intelligence ambiante, Nicolas Kuhn , Electronique International Hebdo, 2003

Des relations humaines à l’intelligence collective… Par Philippe Rodet

Publié le 29/11/2010

Nombre de personnes s’accordent sur l’importance du facteur humain dans la réussite de l’entreprise. Cependant, si on attache beaucoup d’importance au choix de la technique ou à la formation de la personne que l’on recrute, on n’accorde pas le même intérêt à la culture de l’intelligence collective. Or, le succès sera de plus en plus lié aux synergies que les collaborateurs sauront bâtir.

Et ces synergies ne verront le jour que si l’ambiance de travail le permet, que si une certaine forme de solidarité existe entre les collaborateurs.

Et pour qu’une certaine forme de solidarité émerge, il y a quelques leviers qui peuvent aider et agir comme des ferments.

Encourager les échanges !

Je me souviens d’un grand groupe où les portes des principaux managers étaient toujours ouvertes… Parfois, on voyait un collaborateur venir demander de l’aide à son supérieur hiérarchique, sans crainte… Certains managers avaient même l’intelligence de poser des questions sur le développement de tel ou tel projet pour montrer à leur collaborateur l’intérêt de leur visite. On comprend pourquoi, lorsque l’on a l’impression de faire progresser les autres et de progresser grâce aux autres, on a plus envie de s’entraider…

Cultiver la confiance !

Un des moyens de parvenir à un tel résultat peut passer par une part d’autonomie. On fixe un objectif à son collaborateur, on lui précise le cadre et on lui demande de tout mettre en œuvre pour parvenir au résultat escompté en lui laissant une part d’autonomie. En revanche, plus la part d’autonomie est importante, plus le contrôle, réalisé de manière habile, est nécessaire. Je me souviens des propos d’un chef d’entreprise qui disait : “Je ne supporterais pas que mes salariés pointent, je préfère aller les saluer tous les matins…”

Être perçu comme juste !

Dans des contextes difficiles, il est indispensable d’expliquer, de manière claire et compréhensible, la réalité de la situation à chacun des collaborateurs, afin qu’un sentiment d’injustice n’émerge pas. Lorsqu’un collaborateur n’a pas l’impression d’être considéré à sa juste valeur, il sera tenté de rétablir la situation en se désinvestissant. Ainsi, il dépensera plus d’énergie à convaincre ses collaborateurs de la véracité de son ressenti qu’à les mobiliser pour réussir ensemble un nouveau challenge.

La correction des fautes doit être réalisée de manière très sérieuse afin de ne pas générer un sentiment d’injustice. Cela passe par un entretien au cours duquel on abordera le point à corriger en même temps que deux points où le collaborateur réussit très bien. Ainsi, il percevra que l’on se rend bien compte des efforts qu’il réalise et il sera tenté de considéré l’attitude de son manager comme juste.

Présenter une finalité riche de sens !

Chaque collaborateur doit savoir quel est le but de l’entreprise et avoir envie de contribuer à la réussite de celui-ci parce qu’il prend conscience qu’il est utile au bien commun. Le but ne doit donc pas être qu’une réussite financière. En effet, comme le souligne Gary Hamel, le président-fondateur de Strategos, Cabinet international de conseil en stratégie basé à Chicago, « l’optimisation de la richesse n’a pas le pouvoir de mobiliser pleinement les énergies humaines ». Pour mobiliser pleinement les énergies humaines et faire en sorte que les salariés aient envie de réussir ensemble, chaque collaborateur doit donc connaître le but et percevoir pleinement le sens de celui-ci.

Exprimer sa gratitude !

On ne dit jamais trop merci ! Un soir, une directrice commerciale est peinée de constater que son président s’est contenté de lui envoyer un email avec comme seul message “TB”, alors qu’elle vient de décrocher un très gros contrat. Exprimer sa gratitude vis à vis de ses collaborateurs ne se limite à dire “merci”, il faut prendre le temps de le faire en se souvenant de la célèbre phrase de Christian Lemoine, “les Hommes les plus applaudis sont ceux qui réussissent le mieux”. En outre, s’il est un domaine où le risque de surdosage est très faible, c’est bien celui-ci.

Oser dire pardon !

Il peut arriver à tout manager d’avoir des soucis d’origines très diverses et de ne pas se comporter comme il convient de le faire. C’est une réaction humaine qui montre, s’il le fallait, que nous avons tous des limites. Dans ce cas, il n’y a qu’une attitude possible : aller dire pardon ! Ainsi, cela sera l’occasion d’un échange qui cicatrisera la souffrance provoquée chez son collaborateur et permettra à chacun d’en sortir plus fort.

Ainsi, des relations de qualité existeront entre les collaborateurs permettant à une certaine forme d’affection de voir le jour. Je serais presque tenté de parler d’affection sociétale, au sens de la notion juridique d’affectio societatis, “l’envie de poursuivre ensemble une œuvre commune”. Et lorsque l’on parle de “l’envie de poursuivre ensemble une œuvre commune”, comment ne pas penser à cette belle phrase d’Antoine de Saint Exupery : “S’aimer, ce n’est pas se regarder l’un, l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction”. Et grâce à cette affection sociétale, une certaine solidarité pourra se développer, une solidarité source d’intelligence collective et donc de performance. Mais la solidarité a un autre intérêt, parce que l’Homme est avant tout un “animal social”, elle est aussi à l’origine d’un véritable bien être.

A propos de l’auteur :Docteur Philippe RodetConsultant, auteur de “Se libérer du stress : un médecin urgentiste raconte” aux éditions Eyrolles, Philippe Rodet s’intéresse à l’interaction entre la motivation et le stress depuis une vingtaine d’année. Selon lui, le plaisir inhérent à la motivation annihile une grande partie des effets toxiques du stress, ainsi la motivation permet d’allier performance et santé. Il a consacré deux autres ouvrages à cette approche : « /L’ardeur nouvelle/ » en 1998 et « Le stress : nouvelles voies » en 2007 (Editions de Fallois). En 2006, il fait émerger le blog stress-info (http://www.stress-info.org). En 2007, il contribue à fonder la Commission nationale sur le stress de l’ANDRH (Association Nationale des Directeurs de Ressources Humaines). En 2008, il participe à la création de la Commission nationale sur le stress du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants). En 2009, il intègre « le Cercle de l’Humain » de « L’Expansion ».

LA VIRTUALISATION DE L’INTELLIGENCE ET LA CONSTITUTION DU SUJET

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Après avoir examiné, au chapitre précédent, les opérations de la virtualisation, j’évoquerai, dans le chapitre suivant, son objet, ou plutôt le surgissement de l’objet comme accomplissement de la virtualisation. Mais afin d’aboutir à l’objet par une progression logique, j’entraînerai le lecteur dans une exploration préalable de la virtualisation de l’intelligence. Trois thèmes seront entrelacés dans ce chapitre et le suivant : la part collective de la cognition et de l’affectivité personnelle, la question du “collectif pensant” en tant que tel et l’intelligence collective comme utopie technopolitique. L’intrication de la question de l’objet et de celle de l’intelligence collective ne pourra se justifier que dans le cours de la discussion à suivre.

Nous, êtres humains, ne pensons jamais seuls ni sans outils. Les institutions, les langues, les systèmes de signes, les techniques de communication, de représentation et d’enregistrement informent profondément nos activités cognitives : toute une société cosmopolite pense en nous. De ce fait, malgré la permanence des structures neuronales de base, la pensée est profondément historique, datée et située, non seulement dans son propos mais aussi dans ses procédures et modes de fonctionnement.

Si le collectif pense en nous, peut-on aller jusqu’à prétendre qu’il existe une pensée actuelle, effective, des collectifs humains ? Peut-on parler d’une intelligence sans conscience unifiée ou d’une pensée sans subjectivité ? Jusqu’à quel point faut-il redéfinir les notions de pensée et de psychisme pour qu’elles deviennent congruentes à des sociétés ? Nous devenons, dit-on, les neurones d’un hypercortex planétaire, il devient donc urgent d’éclaircir ces problèmes et de marquer les différences entre espèces d’intelligence collective, notamment celles qui séparent les sociétés humaines des fourmilières et des ruches.

Le développement de la communication assistée par ordinateur et des réseaux numériques planétaires apparaît comme la réalisation d’un projet plus ou moins bien formulé, celui de la constitution délibérée de formes nouvelles d’intelligence collective, plus souples, plus démocratiques, fondées sur la réciprocité et le respect des singularités. En ce sens, on pourrait définir l’intelligence collective comme une intelligence partout distribuée, continuellement valorisée et mise en synergie en temps réel. Ce nouvel idéal pourrait remplacer l’intelligence artificielle comme mythe mobilisateur du développement des technologies du numérique… et entraîner de surcroît une réorientation des sciences cognitives, de la philosophie de l’esprit et de l’anthropologie vers les questions de l’écologie ou de l’économie de l’intelligence.

En explorant ces problèmes, je ferai travailler les concepts de virtuel et d’actuel dégagés dans les chapitres précédents, ainsi que la théorie de l’anthropogénèse par virtualisation. On retrouvera notamment les opérations d’élévation à la problématique, de déterritorialisation, de mise en commun, de constitution réciproque de l’intériorité et de l’extériorité qui ont été associées à la virtualisation depuis le début de cet ouvrage.

Après avoir rappelé le rôle capital des langages, des techniques et des institutions dans la constitution du psychisme individuel, j’exposerai brièvement les thèmes centraux de l’écologie ou de l’économie cognitive. Dans un deuxième temps, je tenterai de formuler une définition du psychisme compatible avec l’idée de pensée collective. Cela m’amènera à examiner les conceptions darwiniennes de l’intelligence, puis à compléter ces notions par une approche affective, propre à rendre compte de la dimension d’intériorité de l’esprit. Dans un troisième moment, je décrirai les nouvelles formes d’intelligence collective permises par les réseaux numériques interactifs et les perspectives qu’elles ouvrent pour une évolution sociale positive. L’analyse du fonctionnement du cyberespace aura servi à préparer la dernière partie, consacrée à l’analyse de l’opérateur “objet” dans la constitution des collectifs intelligents, du marché capitaliste à l’énigme de l’hominisation. Nous verrons finalement que l’objet, clé de l’intelligence collective, support par excellence de la virtualité, s’oppose à la chose “réelle” comme à son double tenace et pervers.

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L’intelligence collective dans l’intelligence personnelle : langages, techniques, institutions

J’appelle “intelligence” l’ensemble canonique des aptitudes cognitives, à savoir les capacités de percevoir, de se souvenir, d’apprendre, d’imaginer et de raisonner. Dans la mesure où ils possèdent ces aptitudes, les individus humains sont tous intelligents. Cependant, l’exercice de leurs capacités cognitives implique une part collective ou sociale généralement sous-estimée.

Tout d’abord, nous ne pensons jamais seuls mais toujours dans le courant d’un dialogue ou d’un multilogue, réel ou imaginé. Nous n’exerçons nos facultés mentales supérieures qu’en fonction d’une implication dans des communautés vivantes avec leurs héritages, leurs conflits et leurs projets. En arrière-fond ou sur l’avant-scène, ces communautés sont toujours déjà présentes dans la moindre de nos pensées, qu’elles fournissent des interlocuteurs, des instruments intellectuels ou des objets de réflexion. Connaissances, valeurs et outils transmis par la culture constituent le contexte nourricier, le bain intellectuel et moral à partir duquel les pensées individuelles se développent, tissent leurs petites variations et produisent parfois des innovations majeures.

Ce sont plus particulièrement les instruments qui nous retiendront d’abord. Il nous est impossible d’exercer notre intelligence indépendamment des langues, langages et systèmes de signes (notations scientifiques, codes visuels, modes musicaux, symbolismes), qui nous sont légués par la culture et que des milliers ou des millions d’autres personnes utilisent avec nous. Ces langages emportent avec eux des manières de découper, de catégoriser et de percevoir le monde, ils contiennent des métaphores qui constituent autant de filtres du donné et de petites machines à interpréter, ils charrient tout un héritage de jugements implicites et de lignes de pensée déjà tracées. Les langues, langages et systèmes de signes induisent nos fonctionnements intellectuels : les communautés qui les ont forgés et fait lentement évoluer pensent en nous. Notre intelligence possède une dimension collective majeure parce que nous sommes des êtres de langage.

Par ailleurs, les outils et les artefacts qui nous entourent incorporent la mémoire longue de l’humanité. Chaque fois que nous les utilisons, nous faisons donc appel à l’intelligence collective. Les maisons, les voitures, les télévisions et les ordinateurs résument de séculaires lignées de recherche, d’inventions et de découvertes. Ils cristallisent également les trésors d’organisation et de coopération mis en oeuvre pour les produire effectivement.

Mais les outils ne sont pas seulement des mémoires, ce sont également des machines à percevoir qui peuvent fonctionner à trois niveaux différents : direct, indirect et métaphorique. Directement, les lunettes, microscopes, télescopes, rayons X, téléphones, appareils photo, caméras, télévisions, téléphones, etc., étendent la portée et transforment la nature de nos perceptions. Indirectement, les voitures, les avions ou les réseaux d’ordinateurs (par exemple) modifient profondément notre rapport au monde, et en particulier nos relations à l’espace et au temps, de telle sorte qu’il devient impossible de décider s’ils transforment le monde humain ou notre manière de le percevoir. Enfin, les instruments et artefacts matériels nous offrent quantité de modèles concrets, socialement partagés, à partir desquels nous pouvons appréhender, par métaphore, des phénomènes ou des problèmes plus abstraits. Ainsi, Aristote réfléchissait sur la causalité à partir de l’exemple du potier, les gens du XVIIe siècle se représentaient le corps comme une sorte de mécanisme et nous construisons aujourd’hui des modèles computationnels de la cognition. Les artefacts font participer l’immense labeur des hommes et leur intelligence longue à notre perception du monde, ici et maintenant.

L’univers de choses et d’outils qui nous environne et que nous partageons pense en nous de cent manières différentes. Par là, de nouveau, nous participons de l’intelligence collective qui les a produits.

Enfin, les institutions sociales, lois, règles et coutumes qui régissent nos relations influent de manière déterminante sur le cours de nos pensées. Ainsi, que l’on soit chercheur en physique des hautes énergies, prêtre, responsable d’une administration publique ou opérateur financier, dans chaque cas, ce sera telle ou telle qualité intellectuelle qui sera favorisée plutôt qu’une autre. La communauté scientifique, l’Église, la bureaucratie d’État ou la Bourse incarnent chacune des formes différentes d’intelligence collective, avec leurs modes de perception, de coordination, d’apprentissage et de mémorisation distincts. Présidant aux types d’interaction entre individus, les “règles du jeu” social modèlent l’intelligence collective des communautés humaines comme les aptitudes cognitives des personnes qui y participent.

Chaque individu humain possède un cerveau particulier, ayant crû grosso modo sur le même modèle que celui des autres membres de l’espèce. Par la biologie, nos intelligences sont individuelles et semblables (quoique non identiques). Par la culture, en revanche, notre intelligence est hautement variable et collective. En effet, la dimension sociale de l’intelligence se lie intimement aux langages, aux techniques et aux institutions, notoirement différentes selon les lieux et les époques.

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Économies cognitives

Avec les institutions et les “règles du jeu”, nous passons des dimensions collectives de l’intelligence individuelle à l’intelligence du collectif en tant que tel. On peut en effet considérer les groupes humains comme des “milieux” écologiques ou économiques dans lesquels des espèces de représentations ou d’idées apparaissent et meurent, se répandent ou régressent, se font concurrence ou vivent en symbiose, se conservent ou mutent. Nous ne parlons pas seulement des idées, représentations, messages ou propositions individuelles, mais bel et bien de leurs espèces : genres littéraires ou artistiques, modes d’organisation des connaissances, types d’argumentations ou de “logiques” en usage, styles et supports des messages. Un collectif humain est le théâtre d’une économie ou d’une écologie cognitive au sein desquels évoluent des espèces de représentations.

Formes sociales, institutions et techniques modèlent l’environnement cognitif de telle sorte que certains types d’idées ou de messages ont plus de chance de se reproduire que d’autres. Parmi tous les facteurs contraignant l’intelligence collective, les technologies intellectuelles que sont les systèmes de communication, d’écriture, d’enregistrement et de traitement de l’information jouent un rôle majeur. En effet, certains types de représentations peuvent difficilement survivre ou même apparaître dans des environnements dépourvus de certaines technologies intellectuelles, tandis qu’ils prospèrent dans d’autres “écologies cognitives”. Par exemple, les listes de nombres, les tableaux, les connaissances organisées sur un mode systématique ne peuvent aisément se transmettre dans des cultures sans écriture. En revanche, les sociétés orales favorisent le codage des représentations sous forme de récit, qui peuvent se retenir et se transmettre plus facilement en l’absence de support écrit. Pour prendre un exemple plus contemporain, une part croissante de connaissances s’exprime aujourd’hui par des modèles numériques interactifs et des simulations, ce qui était évidemment impensable avant les ordinateurs à interfaces graphiques intuitives. Les types de représentations qui prévalent dans telle ou telle “économie cognitive” favorisent des modes de connaissance distincts (mythe, théorie, simulations), avec les styles, les critères d’évaluation, les “valeurs” qui leur correspondent, si bien que les changements de technologies intellectuelles ou de médias peuvent avoir indirectement de profondes répercussions sur l’intelligence collective.

Les infrastructures de communication et les technologies intellectuelles ont toujours noué d’étroites relations avec les formes d’organisation économiques et politiques. Rappelons à ce sujet quelques exemples bien connus. La naissance de l’écriture est liée aux premiers États bureaucratiques à hiérarchie pyramidale et aux premières formes d’administration économique centralisée (impôt, gestion de grands domaines agricoles). L’apparition de l’alphabet en Grèce ancienne est contemporaine de l’émergence de la monnaie, de la cité antique et surtout de l’invention de la démocratie : la pratique de la lecture étant répandue, chacun pouvait prendre connaissance des lois et les discuter. L’imprimerie a rendu possible une large diffusion des livres et l’existence même des journaux, fondement de l’opinion publique. Sans elle, les démocraties modernes ne seraient pas nées. Par ailleurs, l’imprimerie représente la première industrie de masse, et le développement technoscientifique qu’elle a favorisé fut un des moteurs de la révolution industrielle. Les médias audiovisuels du XXe siècle (radio, télévision, disques, films) ont participé à l’émergence d’une société du spectacle qui a bouleversé les règles du jeu aussi bien dans la cité que sur le marché (publicité, économie de l’information et de la communication).

Il importe cependant de souligner que l’apparition ou l’extension de technologies intellectuelles ne déterminent pas automatiquement tel ou tel mode de connaissance ou d’organisation sociale. Distinguons donc soigneusement les actions de causer ou de déterminer, d’une part, et celles de conditionner ou de rendre possible, d’autre part. Les techniques ne déterminent pas, elles conditionnent. Elles ouvrent un large éventail de nouvelles possibilités dont un petit nombre seulement est sélectionné ou saisi par les acteurs sociaux. Si les techniques n’étaient pas elles-mêmes des condensations de l’intelligence collective humaine, on pourrait dire que la technique propose et que les hommes disposent.

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Machines darwiniennes

La notion d’intelligence collective n’est pas une simple métaphore, une analogie plus ou moins éclairante mais bel et bien un concept cohérent. Nous allons maintenant tenter de construire un tel concept. Il nous faut une définition d’un “esprit” qui soit entièrement compatible avec un sujet collectif, c’est-à-dire avec une intelligence dont le sujet soit à la fois multiple, hétérogène, distribué, coopératif/compétitif et constamment engagé dans un processus auto-organisateur ou autopoiétique. L’ensemble de ces conditions élimine automatiquement les modèles calculatoires ou informatiques de type “machine de Turing”, qui n’ont pas la propriété d’autocréation.

En revanche, les modèles inspirés de la biologie semblent de meilleurs candidats, et notamment l’approche “darwinienne”. Par définition, les principes “darwiniens” s’appliquent à des populations. Ils font jouer un générateur de variabilité ou de nouveauté : mutations génétiques, usage d’une nouvelle connexion neuronale, inventions, création d’entreprise ou de produits, etc. Couplée à son environnement, la machine darwinienne sélectionne parmi les nouveautés injectées par le générateur. Son choix est notamment contraint par la viabilité et la capacité de reproduction des individus ou des sous-populations pourvus du nouveau caractère. Les systèmes darwiniens font preuve d’une capacité d’apprentissage non dirigé ou (ce qui revient au même du point de vue d’une théorie de l’esprit) d’une capacité d’autocréation continue. Par le jeu dialectique des mutations, des sélections et de la transmission des éléments sélectionnés, les machines darwiniennes entraînent leurs environnements avec elles sur le chemin d’une histoire irréversible. Les machines darwiniennes incarnent à leur façon la mémoire de cette histoire.

Les principes des systèmes darwiniens s’appliquent à la fois dans l’écologie des espèces vivantes, parmi les groupes humains considérés comme milieux de développement des représentations, dans l’économie de marché (populations de producteurs, de consommateurs, de biens), dans le psychisme individuel entendu comme société de pensées et de modules cognitifs, ils s’appliquent au fonctionnement du cerveau, enfin, compris selon les principes du darwinisme neuronal. Ajoutons que les systèmes capables d’apprentissage non dirigé peuvent être, avec leurs environnements, simulés par ordinateur. Les algorithmes génétiques et divers systèmes de “vie artificielle” laissent imaginer que le logiciel, symbiotiquement lié au milieu technologique et humain du cyberespace, pourrait bientôt représenter le dernier en date des systèmes darwiniens capables d’apprentissage et d’autocréation.

La machine darwinienne est d’autant plus intelligente qu’elle fonctionne “fractalement”, à plusieurs échelles ou niveaux d’intégration emboîtés. Par exemple, le marché peut être considéré comme une machine darwinienne, mais il est d’autant plus “intelligent” que les entreprises et les consommateurs qui l’animent sont à leur tour des machines darwiniennes (organisations apprenantes, associations de consommateurs). Un cerveau est à la fois le résultat d’un processus darwinien à l’échelle de l’évolution biologique et à l’échelle de l’apprentissage individuel. De plus, il intègre plusieurs types de “populations apprenantes” d’échelles différentes : groupes de neurones, cartes étendues de zones sensorielles, systèmes de régulation globaux, etc.

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Les quatre dimensions de l’affectivité

Même si le fait d’être un système darwinien est une condition nécessaire pour être un esprit, ce n’est pourtant pas, à notre avis, une condition suffisante. Est-ce l’intentionalité ou le fait de se référer à des entités extérieures à l’esprit qui pose problème, comme dans les débats pour ou contre l’intelligence des ordinateurs ? Non, car les machines darwiniennes ne tournent en aucun cas en circuit fermé, elles sont par définition couplées à un environnement. Leur nature est de traduire l’autre en soi ou d’impliquer dans leur propre organisation l’histoire de leurs relations avec leur environnement. En revanche, rien, dans la définition générale des machines darwiniennes, n’implique nécessairement l’expérience subjective, la dimension d’intériorité de la sensation, c’est-à-dire en définitive l’affectivité. Il faut soigneusement distinguer entre l’affectivité et la conscience. Un esprit peut être inconscient, comme l’esprit de certains animaux, comme une part majeure de l’esprit humain ou, nous allons le voir, comme les “esprits” qui émergent de collectifs intelligents. Quant à l’affectivité, qui peut être confuse, inconsciente, multiple, hétérogène, elle constitue – contrairement à la conscience – une dimension nécessaire du psychisme et peut-être même son essence. Sans affectivité, le système considéré retourne à l’insensibilité, à l’extériorité et à la dispersion ontologique du simple mécanisme. Un esprit doit être affectif, il n’est pas nécessairement conscient. La conscience est le produit de la sélection, de la linéarisation et de l’affichage partiel d’une affectivité à laquelle elle doit tout.

Il entre moins dans notre propos de décider de ce qui relève du psychisme et ce qui n’en relève pas, que de donner une définition du psychisme qui puisse s’appliquer aussi bien à un esprit humain individuel qu’à une intelligence collective : un concept d’esprit qui soit entièrement compatible avec un sujet collectif.

Un psychisme intégral, donc capable d’affect, peut s’analyser selon quatre dimensions complémentaires : une topologie, une sémiotique, une axiologie et une énergétique. J’ai déjà évoqué ces quatre dimensions dans le chapitre sur la virtualisation de l’économie, je les développe maintenant plus à loisir.

1) Une topologie. Le psychisme est structuré à chaque instant par une connectivité, des systèmes de proximités ou un “espace” spécifique : associations, liens, chemins, portes, commutateurs, filtres, paysages d’attracteurs. La topologie du psychisme est en transformation constante, certaines zones étant plus mobiles et d’autres plus figées, certaines plus denses et d’autres plus lâches.

2) Une sémiotique. Des hordes mutantes de représentations, d’images, de signes, de messages de toutes formes et de toutes matières (sonores, visuels, tactiles, proprioceptifs, diagrammatiques), peuplent l’espace des connexions. En circulant sur les chemins et en occupant les zones de la topologie, les meutes de signes modifient le paysage d’attracteurs psychiques. C’est pourquoi les signes, ou groupes de signes, peuvent être aussi appelés des agents. Symétriquement, les transformations de la connectivité influent sur les populations de signes et d’images. La topologie est elle-même l’ensemble des connexions ou relations, qualitativement différenciées, entre les signes, messages ou agents.

3) Une axiologie. Les représentations et les zones de l’espace psychique sont liées à des “valeurs” positives ou négatives selon différents “systèmes de mesures”. Ces valeurs déterminent des tropismes, des attractions et des répulsions entre images, des polarités entre zones ou groupes de signes. Les valeurs sont par nature mobiles et changeantes, quoique certaines puissent aussi faire preuve de stabilité.

4) Une énergétique. Les tropismes ou valeurs attachées aux images peuvent être intenses ou faibles. Le mouvement d’un groupe de représentations peut vaincre certaines barrières topologiques (distendre certains liens, en créer d’autres, modifier le paysage d’attracteurs) ou, par manque de “force”, rester en-deçà. L’ensemble du fonctionnement psychique est ainsi irrigué et animé par une économie “énergétique” : déplacements ou immobilisations de forces, fixation ou mobilisation de valeurs, circulations ou cristallisations d’énergie, investissement ou désinvestissement sur des représentations, des connexions, etc.

Il ressort du modèle que nous venons de brosser à grands traits que le fonctionnement psychique est parallèle et distribué plutôt que séquentiel et linéaire. Un affect, ou une émotion, peut se définir comme un processus ou un événement psychique qui met en jeu au moins une des quatre dimensions que nous venons de mentionner : topologie, sémiotique, axiologie et énergétique. Mais ces quatre dimensions étant mutuellement immanentes, un affect est, plus généralement, une modification de l’esprit, un différentiel de vie psychique. Symétriquement, la vie psychique apparaît comme un flux d’affects.

Ce modèle, soulignons-le, est compatible à la fois avec les dernières données de la psychologie cognitive (et notamment ce qui concerne l’organisation “sémantique” de la mémoire à long terme), avec les thèses principales de la psychanalyse, voire de la schizoanalyse, sans contredire non plus l’expérience introspective ou la phénoménologie.

Il est également compatible avec l’approche darwinienne puisque les configurations de l’espace psychique abstrait à quatre dimensions sont continuellement modifiées par des apports “extérieurs” et redistribuées par les dynamiques propres du milieu psychique. On peut faire correspondre ces transformations constantes aux effets du “générateur de variété” de la machine darwinienne. Couplé à son environnement, le système psychique “sélectionne” des dynamiques affectives viables au cours d’une histoire ou d’un chemin évolutif irréversible : constitution de la “personnalité” individuelle ou collective, apprentissages, inventions, obsolescence de langages, investissements ou désinvestissements affectifs.

Le psychisme constitue une intériorité. En effet, sa topologie n’est pas un contenant neutre, un pur système de coordonnées, mais au contraire un espace qualitatif, différencié, dont les parties sont en rapport les unes avec les autres et composent des figures, ou des arrangements figures/fonds. De plus, les signes et messages, en circulant et peuplant l’espace, en renvoyant l’un à l’autre, en actualisant la connectivité, forgent également l’intériorité de l’esprit. A leur tour, les valeurs s’entredéterminent et forment système. Enfin, l’énergie qui irrigue l’esprit ne quitte une place que pour en occuper une autre, contribuant à une certaine forme de coordination, de codépendance et d’unité au sein du psychisme.

Mais l’unité du psychisme est celle d’une multiplicité grouillante et son intériorité “affective” n’est en rien une fermeture. Comme le dit Gilles Deleuze, l’intérieur est un pli du dehors. Nous avons vu que les psychismes sont aussi des machines darwiniennes, c’est-à-dire qu’ils s’identifient à un procès de transformation-traduction de l’autre en soi, un soi jamais définitivement fermé mais toujours en déséquilibre, en position d’ouverture, d’accueil, de mutation ; un soi dont la fine pointe est peut-être la qualité singulière du procès d’assimilation de l’autre et d’hétérogénèse. Cette ouverture commence à la simple sensation, passe par l’apprentissage et le dialogue, elle culmine avec le devenir : chimérisation ou transition vers une autre subjectivité.

Le modèle que nous avons proposé du psychisme peut s’appliquer à un texte, un film, un message ou une oeuvre quelconque. En effet, dans le cas d’un message complexe, nous avons bien :
- une collection de signes ou de composants du message ;
- des connexions, renvois, échos entre les parties du message ;
- une distribution de valeurs positives ou négatives sur les éléments, zones et liens, ainsi qu’une valeur émergeant de l’ensemble ;
- et finalement une énergie différemment investie sur certains liens, certaines valeurs : des “lignes de force”, une structure.

L’ensemble du message, si l’on s’attache à sa signification, fonctionne comme une configuration dynamique, une sorte de champ de force instable (diversement interprétable) et renvoyant évidemment à son extérieur pour fonctionner : autres messages, référents “réels”, interprètes.

Le message est lui-même un agent affectif pour l’esprit de celui qui l’interprète. Si le texte, le message ou l’oeuvre fonctionne comme un esprit, c’est qu’il est déjà lu, traduit, compris, importé, assimilé à une matière mentale et affective. Un sujet a transmuté une série d’événements physiques en message signifiant, ou plutôt, comme le roi Midas ne pouvait rien toucher qu’il ne transforme en or, l’esprit ne peut jamais rien appréhender qui ne soit, par le fait même, changé en mouvements et replis d’une riche étoffe colorée : en affects. Ce que nous venons de dire ici des messages s’applique exactement de la même manière à tous les éléments de notre expérience, au monde lui-même. Pour nous, le monde, notre monde humain, est un champ problématique, une configuration dynamique, un immense hypertexte en constante métamorphose, traversé de tensions, gris et peu investi dans certaines zones, intensément investi et luxueusement détaillé dans d’autres zones. Les proximités géographiques, les connexités causales classiques ne sont qu’un petit sous-ensemble des liens de signification, d’analogie et de circulation affective qui structurent notre univers subjectif. L’univers physique est un cas particulier du monde subjectif qui l’entoure, l’imprègne et le soutient. Le sujet n’est rien d’autre que son monde, à condition qu’on entende par ce terme tout ce que l’affect enveloppe. C’est donc peu de dire que le psychisme est ouvert sur l’extérieur, il n’est que l’extérieur, mais un extérieur infiltré, mis en tension, compliqué, transsubstancié, animé par l’affectivité. Le sujet est un monde baigné de sens et d’émotion.

L’image que nous venons de donner de l’intelligence vivante ou du psychisme est, identiquement, celle du virtuel. Par nature, et bien qu’il soit toujours connecté à son corps, le sujet affectif se déploie hors de l’espace physique. Déterritorialisé, déterritorialisant, il existe, c’est-à-dire qu’il croît bien au-delà du “là”. Le psychisme, par construction, transforme l’extérieur en intérieur (le dedans est un pli du dehors) et vice versa, puisque le monde perçu est toujours déjà plongé dans l’élément de l’affect. Enfin, le paysage psychique tel que je me suis efforcé de le décrire est de l’ordre de la configuration dynamique. Il est la vie même d’un noeud de forces, de contraintes et de finalités, l’intimité d’un agrégat de tensions, l’image du champ instable d’attracteurs hétérogènes qui définit toute situation problématique ouverte.

L’élément psychique offre un exemple canonique du virtuel. Comment ce virtuel s’actualise-t-il ? Par des affects. De nouveau, les affects désignent ici les actes psychiques, quelle que soit leur nature. La qualité d’un affect dépend du milieu mental qui lui donne sens et qu’il contribue à déterminer. Du fait de l’implication réciproque entre une subjectivité et son monde, les qualités affectives sont aussi dépendantes des qualités de l’environnement, un milieu extérieur qui ne cesse d’offrir de nouveaux objets, de nouvelles configurations pratiques ou esthétiques à investir. Ainsi, il n’existe pas plus de limites a priori à l’éclosion de nouveaux types d’affects qu’il n’existe de bornes à la production d’objets ou de paysages inédits. On pourrait même parler d’une inventivité affective. La classification ordinaire des émotions (peur, amour, etc.) ne présente donc qu’une liste restreinte et fort simplifié des types d’affects.

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Sociétés pensantes

On comprend mieux, maintenant, pourquoi l’intelligence est traversée d’une dimension collective : parce que ce ne sont pas seulement les langages, les artefacts et les institutions sociales qui pensent en nous, mais l’ensemble du monde humain, avec ses lignes de désir, ses polarités affectives, ses machines mentales hybrides, ses paysages de sens pavés d’images. Agir sur son milieu, si peu que ce soit, même sur un mode que l’on pourrait prétendre purement technique, matériel ou physique, revient à ériger le monde commun qui pense différemment en chacun de nous, à sécréter indirectement de la qualité subjective, à travailler dans l’affect. Que dire alors de la production de messages ou de relations ! Voici le noeud de la morale : vivant, agissant, pensant, nous tissons l’étoffe même de la vie des autres.

Et nous comprenons aussi pourquoi des collectifs humains en tant que tels peuvent être dits intelligents. Parce que le psychisme est d’emblée et par définition collectif : il s’agit d’une multitude de signes-agents en interaction, chargés de valeurs, investissant de leur énergie des réseaux mobiles et des paysages changeants.

Les collectifs humains sont des sortes de mégapsychismes, non seulement parce qu’ils sont perçus et affectivement investis par des personnes, mais parce qu’ils peuvent se modéliser adéquatement par une topologie, une sémiotique, une axiologie et une énergétique mutuellement immanentes. Des mégasujets sociaux, quoique sans conscience linéarisante, sont, en tant que tels, traversés d’affects. Un immense jeu affectif produit la vie sociale. Le rôle de sélection et d’affichage séquentiel joué par la conscience chez les personnes est rempli tant bien que mal dans les collectifs par des structures politiques, religieuses ou médiatiques qui, en retour, habitent les sujets individuels. Mais la comparaison entre les services rendus à l’individu par sa conscience et ceux que les médias centralisateurs ou les porte-parole rendent aux collectifs n’est pas toujours à l’avantage des derniers.

Certes, l’intelligence est fractale, c’est-à-dire qu’elle se reproduit de manière comparable à différentes échelles de grandeur : macro-sociétés, psychismes transindividuels de petits groupes, individus, modules infra-individuels (zones du cerveau, “complexes” inconscients), agencements transversaux entre modules infra-individuels de personnes différentes (relations sexuelles, névroses complémentaires…). Chaque noeud ou zone de l’hypercortex collectif contient à son tour un psychisme vivant, une sorte d’hypertexte dynamique traversé de tensions et d’énergies, colorées de qualités affectives, animées de tropismes, agitées de conflits. Et cependant, par sa liaison à un corps mortel et sa conscience, la personne manifeste une tonalité psychique et une intensité affective absolument singulières.

En revanche, il est une qualité répandue à divers degrés dans toutes les sortes d’esprits mais que les sociétés humaines (et non plus les individus) exemplifient mieux que les autres : celle de refléter le tout de l’esprit collectif, chaque fois différemment, dans chacune de ses parties. Les systèmes intelligents sont “holographiques” et les groupes humains sont les plus holographiques des systèmes intelligents. Comme les monades de Leibniz ou les occasions actuelles de Whitehead, les personnes incarnent chacune une sélection, une version, une vision, particulière du monde commun ou du psychisme global.

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Collectifs humains et sociétés d’insectes

La notion d’intelligence collective évoque irrésistiblement le fonctionnement des sociétés d’insectes : abeilles, fourmis, termites. Pourtant, les communautés humaines diffèrent profondément des termitières.

Première différence, dont découlent toutes les autres, l’intelligence collective pense en nous, tandis que la fourmi est une partie quasi-opaque, presque non holographique, un rouage inconscient de la fourmilière intelligente. Nous pouvons jouir individuellement de l’intelligence collective, qui augmente ou modifie notre propre intelligence. Nous contenons ou reflétons partiellement, chacun à notre manière, l’intelligence du groupe. La fourmi, en revanche, n’a qu’une très faible jouissance ou vision de l’intelligence sociale. Elle n’en reçoit pas d’augmentation mentale. Obéissante bénéficiaire, elle n’y participe qu’aveuglément.

Cela revient à dire, d’une façon plus triviale, que l’homme est (plutôt) intelligent tandis que la fourmi est, relativement à l’humain, bête. Non seulement la fourmi reçoit moins que l’humain de l’intelligence sociale mais, symétriquement, elle n’y contribue que dans une faible mesure. Une femme ou un homme, dans le cadre d’une culture, est capable d’apprendre, d’imaginer, d’inventer et finalement de faire évoluer, même très modestement, les langages, les techniques, les relations sociales qui ont cours dans son environnement, ce dont une fourmi – étroitement soumise à une programmation génétique – n’est guère capable. Chez les insectes, seule la société peut résoudre des problèmes originaux, tandis que, chez les humains, les individus sont bien souvent plus inventifs que certains groupes tels que les foules ou les bureaucraties rigides. L’intelligence des sociétés humaines est variable et, dans le meilleur des cas, évolutive, grâce à la nature des individus qui la compose et, ce qui est l’autre face d’une même réalité, des liens, souvent libres ou contractuels, qui la tissent. En revanche, dans le cadre d’une espèce donnée de fourmis, le fonctionnement de la fourmilière est figé.

Le statut de l’individu dans l’un et l’autre type de société cristallise et résume l’ensemble des différences qui les opposent. La place et le rôle de chaque fourmi sont définitivement figés. Au sein d’une espèce particulière, les types de comportements ou les différentes morphologies (reines, ouvriers, soldats) sont immuables. Les fourmis (comme les abeilles et les termites) sont organisées en castes et les fourmis de la même caste sont interchangeables sans reste. En revanche, les sociétés humaines ne cessent d’inventer de nouvelles catégories, les individus y passent d’une classe à l’autre et, surtout, il est en vérité impossible de réduire une personne à son appartenance à une classe (ou à un ensemble de classes) car chaque individu humain est singulier. Les gens, ayant leur propre chemin d’apprentissage, incarnant respectivement des mondes affectifs et des virtualités de mutation sociale (même minime) différents, ne sont pas interchangeables. Les individus humains contribuent chacun différemment et de manière créative à la vie de l’intelligence collective qui les illumine en retour, tandis qu’une fourmi obéit aveuglément au rôle que lui dicte sa caste au sein d’un vaste mécanisme inconscient qui la dépasse absolument.

Certaines civilisations, certains régimes politiques, ont tenté de rapprocher l’intelligence collective humaine de celle des fourmilières, ont traité les personnes comme des membres d’une catégorie, ont fait croire que cette réduction de l’humain à l’insecte était possible ou souhaitable. Notre position philosophique, morale et politique est parfaitement tranchée : le progrès humain vers la constitution de nouvelles formes d’intelligence collective s’oppose radicalement au pôle de la fourmilière. Ce progrès doit, au contraire, approfondir l’ouverture de la conscience individuelle au fonctionnement de l’intelligence sociale et améliorer l’intégration et la valorisation des singularités créatrices que forment les individus et les petits groupes humains aux processus cognitifs et affectifs de l’intelligence collective. Ce progrès-là n’est nullement garanti, toujours menacé de régressions. Plutôt qu’une loi de l’histoire il s’agit d’un projet transmis, enrichi, réinterprété à chaque génération et malheureusement susceptible de sclérose ou d’oubli.

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L’objectivation du contexte partagé

La réactualisation contemporaine de ce projet passe probablement par un usage judicieux des techniques de communication à support numérique. Les technologies intellectuelles et les dispositifs de communication connaissent en cette fin du XXe siècle des mutations massives et radicales. En conséquence, les écologies cognitives sont en voie de réorganisation rapide et irréversible. La brutalité de la déstabilisation culturelle ne doit pas nous décourager de discerner les formes émergentes les plus positives socialement et de favoriser leur développement. Comme un des principaux effets de la transformation en cours, il apparaît un nouveau dispositif de communication au sein de très larges collectivités déterritorialisées que nous appellerons “communication tous-tous”. On peut en faire l’expérience sur Internet, dans les babillards (BBS), les conférences ou forums électroniques, les systèmes pour le travail ou l’apprentissage coopératif, les groupwares ou collecticiels, les mondes virtuels et dans les arbres de connaissances. En effet, le cyberespace en voie de constitution autorise une communication non médiatique à grande échelle qui, à notre sens, constitue une avancée décisive vers des formes nouvelles et plus évoluées d’intelligence collective.

Comme on le sait, les médias classiques (relation un-tous) instaurent une séparation nette entre centres émetteurs et récepteurs passifs isolés les uns des autres. Les messages diffusés par le centre réalisent une forme grossière d’unification cognitive du collectif en instaurant un contexte commun. Néanmoins, ce contexte est imposé, transcendant, il ne résulte pas de l’activité des participants au dispositif, il ne peut être négocié transversalement entre les récepteurs. Le téléphone (relation un-un) autorise une communication réciproque, mais ne permet pas de vision globale de ce qui se passe sur l’ensemble du réseau ni la construction d’un contexte commun. Dans le cyberespace, en revanche, chacun est potentiellement émetteur et récepteur dans un espace qualitativement différencié, non figé, aménagé par les participants, explorable. Ici, on ne rencontre pas les gens principalement par leur nom, leur position géographique, ou sociale, mais selon des centres d’intérêts, sur un paysage commun du sens ou du savoir.

Selon des modalités encore primitives, mais qui s’affinent d’année en année, le cyberespace offre des instruments de construction coopérative d’un contexte commun dans des groupes nombreux et géographiquement dispersés. La communication se déploie ici selon toute sa dimension pragmatique. Il ne s’agit plus seulement d’une diffusion ou d’un transport de messages mais d’une interaction au sein d’une situation que chacun contribue à modifier ou stabiliser, d’une négociation sur des significations, d’un processus de reconnaissance mutuelle des individus et des groupes via l’activité de communication. Le point capital est ici l’objectivation partielle du monde virtuel de significations livré au partage et à la réinterprétation des participants dans les dispositifs de communication tous-tous. Cette objectivation dynamique d’un contexte collectif est un opérateur d’intelligence collective, une sorte de lien vivant tenant lieu de mémoire, ou de conscience commune. Une subjectivation vivante renvoie à une objectivation dynamique. L’objet commun suscite dialectiquement un sujet collectif.

Donnons quelques exemples d’un tel processus. Le World Wide Web, tel que nous l’avons décrit dans le chapitre sur la virtualisation du texte, est un tapis de sens tissé par des millions de gens et remis toujours sur le métier. Du raboutage permanent de millions d’univers subjectifs émerge une mémoire dynamique, commune “objectivée”, navigable. On découvre aussi des paysages de significations émergeant de l’activité collective dans les MUDS (Multi-users dungeons and dragons), sortes de jeux de rôles en forme de mondes virtuels langagiers, élaborés en temps réel par des centaines ou des milliers de jeunes gens dispersés sur la planète. Sur un mode moins élaboré, on trouve également ces mémoires communes sécrétées collectivement dans les conférences électroniques des babillards, ou les news groups d’Internet, dont la liste changeante dessine une carte dynamique des intérêts de communautés vibrionnantes. Dans les meilleurs cas, ces dispositifs constituent des sortes d’encyclopédies vivantes. Les réponses aux “frequently asked questions” (FAQ) de certains forums électroniques évitent les répétitions et permettent à chacun de s’inscrire dans le dialogue avec un minimum de connaissances de base sur le thème considéré. On incite ainsi les individus à participer de la manière la plus pertinente possible à l’intelligence collective.

On trouve encore ces paysages de significations partagées dans les arbres de connaissances, marchés libres d’une nouvelle économie du savoir, qui offrent à chaque participant d’une collectivité une vue synthétique de la variété des compétences de son groupe et lui permettent de repérer sous forme d’image son identité dans des espaces de savoir. Dans les arbres de connaissances, l’information est toujours présentée en contexte, selon la relation visuelle figure/fond, la figure étant l’information et le fond manifestant le contexte. Ainsi, la même information offre un aspect, une image ou un masque différent suivant qu’elle se trouve dans un contexte ou dans un autre. Quant au contexte (l’arbre, ses formes, ses couleurs), il émerge dynamiquement des actes d’apprentissage et de transaction de savoir accomplis par les participants et plus généralement des corpus d’information considérés et de leur utilisation par une communauté.

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Le cortex d’Anthropia

La transmission et le partage d’une mémoire sociale sont aussi vieille que l’humanité. Récits, tours de mains et sagesses passent de génération en génération. Cependant, le progrès des techniques de communication et d’enregistrement a étendu considérablement la portée du stock partageable (bibliothèques, discothèques, cinémathèques). Aujourd’hui, l’information disponible en ligne ou dans le cyberespace en général comprend non seulement le “stock” déterritorialisé de textes, d’images et de sons habituels, mais également des points de vue hypertextuels sur ce stock, des bases de connaissances aux capacités d’inférence autonomes et des modèles numériques disponibles pour toutes les simulations. Outre ces masses de documents statiques ou dynamiques, des paysages de significations partagées coordonnent les structurations subjectives variées de l’océan informationnel. La mémoire collective mise en acte dans le cyberespace (dynamique, émergente, coopérative, retravaillée en temps réel par des interprétations), doit être nettement distinguée de la transmission traditionnelle des récits et des savoir-faire, comme des enregistrements statiques des bibliothèques.

Au-delà de la mémoire, les logiciels sont autant de micro-modules cognitifs automatiques qui viennent s’imbriquer à celui des humains et qui transforment ou augmentent leurs capacités de calcul, de raisonnement, d’imagination, de création, de communication, d’apprentissage ou de “navigation” dans l’information. Chaque fois que l’on produit un nouveau logiciel, on accentue le caractère collectif de l’intelligence. En effet, si la fourniture d’information n’accroît que le stock commun (ou enrichit sa structuration), le logiciel, lui, ajoute aux modules opératoires partagés. La programmation coopérative du logiciel dans le cyberespace illustre de manière frappante l’autopoièse (ou production de soi) de l’intelligence collective, et cela notamment quand le logiciel vise lui-même à l’amélioration de l’infrastructure de communication numérique.

Le cyberespace favorise les connexions, les coordinations, les synergies entre les intelligences individuelles, et cela d’autant plus qu’un contexte vivant est mieux partagé, que les individus ou les groupes peuvent se repérer mutuellement dans un paysage virtuel d’intérêts ou de compétences et que s’accroît la diversité des modules cognitifs communs ou mutuellement compatibles.

On sait qu’à chaque époque historique les humains ont eu le sentiment de vivre un “tournant” capital. Cela relativise toute impression du même ordre concernant la période contemporaine. Je ne peux cependant pas me défaire de l’idée que nous vivons aujourd’hui une mutation majeure dans les formes de l’intelligence collective. L’objectivation dynamique du contexte émergeant, le partage massif et croissant d’opérateurs cognitifs variés et l’interconnexion en temps réel indépendamment de la distance géographique semblent renforcer mutuellement leurs effets. Un des caractères les plus saillants de la nouvelle intelligence collective est l’acuité de sa réflexion dans les intelligences individuelles. Les actes du psychisme d’une fraction croissante de l’humanité deviennent presque directement sensibles aux personnes. Certaines formes de mondes virtuels permettent quasiment d’exprimer, de cartographier en temps réel les composantes topologiques, sémiotiques, axiologiques et énergétiques de psychismes collectifs.

L’image satellitaire de notre planète, les informations qui nous en parviennent par une multitude de réseaux mondiaux de capteurs, les modèles informatisés qui intègrent ces données, les simulations qui nous laissent deviner les réactions de la Terre, son histoire, l’inimaginable intimité de sa vie d’une infinie lenteur, opaque, énorme et dispersée, tout cela fait peu à peu surgir, ou ressurgir, dans l’esprit des humains, la figure archaïque de Gaïa. Face à la très ancienne déesse, encore mêlée à sa substance, on peut maintenant presque entendre ou voir penser, croissant sous nos yeux, rapide, crépitant, le grand hypercortex de sa fille, Anthropia.

Tout autant que la recherche utilitaire d’information, c’est cette sensation vertigineuse de plonger dans le cerveau commun et d’y participer qui explique l’engouement pour Internet. Naviguer dans le cyberespace revient à promener un regard conscient sur l’intériorité chaotique, le ronronnement inlassable, les banales futilités et les fulgurations planétaires de l’intelligence collective. L’accès au processus intellectuel du tout informe celui de chaque partie, individu ou groupe, et alimente en retour celui de l’ensemble. On passe alors de l’intelligence collective au collectif intelligent.

A côté de nombreux aspects négatifs, et notamment le risque de laisser sur le bas-côté de l’autoroute une part disqualifiée de l’humanité, le cyberespace manifeste des propriétés neuves, qui en font un précieux instrument de coordination non hiérarchique, de mise en synergie rapide des intelligences, d’échange de connaissances, de navigation dans les savoirs et d’auto-création délibérée de collectifs intelligents.

Je propose, avec d’autres, de saisir ce moment rare ou s’annonce une culture nouvelle pour orienter délibérément l’évolution en cours. À raisonner en termes d’impact, on se condamne à subir. De nouveau, la technique propose, mais l’homme dispose. Cessons de diaboliser le virtuel (comme si c’était le contraire du réel !). Le choix n’est pas entre la nostalgie d’un réel daté et un virtuel menaçant ou excitant, mais entre différentes conceptions du virtuel. L’alternative est simple. Ou bien le cyberespace reproduira le médiatique, le spectaculaire, la consommation d’information marchande et l’exclusion à une échelle encore plus gigantesque qu’aujourd’hui. C’est en gros la pente naturelle des “autoroutes de l’information” ou de la “télévision interactive”. Ou bien nous accompagnons les tendances les plus positives de l’évolution en cours et nous nous donnons un projet de civilisation centré sur les collectifs intelligents : recréation du lien social par les échanges de savoir, reconnaissance, écoute et valorisation des singularités, démocratie plus directe, plus participative, enrichissement des vies individuelles, invention de formes nouvelles de coopération ouverte pour résoudre les terribles problèmes que l’humanité doit affronter, aménagement des infrastructures logicielles et culturelles de l’intelligence collective.

Au-delà de l’intelligence rationnelle
jeudi 24 août 2006
par  Roger Nifle

Les pratiques issues de l’Humanisme Méthodologique et les techniques, outils et méthodes de l’ingénierie du Sens et des cohérences humaines, mobilisent l’intelligence symbolique ou intelligence du Sens. Au-delà de la maîtrise mentale, souvent assimilée à l’intelligence tout court, l’intelligence symbolique touche aux profondeurs de l’expérience humaine et donc aux clés de l’action et des situations.

L’intelligence symbolique est cette capacité humaine d’accéder au Sens des choses et des situations, au-delà de la seule raison, pour connaître et comprendre, pour s’orienter dans le meilleur Sens possible, pour agir et conduire les affaires humaines. Mise en évidence par l’anthropologie de l’Humanisme Méthodologique, elle rappelle aussi certaine conception de la Raison plus d’ordre spirituelle que mentale et qui fait encore confusion.

Qu’en est-il maintenant de l’intelligence rationnelle ? Celle-ci, cultivée depuis plus de deux millénaires, est devenue presque religion de l’occident avec les “Lumières”, du moins avec le “modèle français” dont l’Etat a établit la cléricature.

Nous sommes maintenant en présence de trois problèmes.

En premier lieu celui d’une mutation de civilisation, un nouveau pas de l’humanité franchissant un “seuil de maturescence”. Elle se caractérise par le passage d’un “âge de la Raison” à un “âge du Sens”. Le dépassement de l’intelligence rationnelle avec l’intelligence symbolique. En d’autres temps l’intelligence rationnelle était aussi un dépassement, correspondant à un certain stade d’évolution de l’humanité (individuelle et collective).

Cette mutation est accompagnée de troubles en même temps qu’émergent de nouveaux mondes. Les uns font obstacle au progrès humain, les autres réclament de nouveaux apprentissages.

Le second problème est justement lié à la “crise de la Raison” que nous traversons. Il s’agit principalement des effets d’une déviance rationaliste. En quelque sorte la Raison (avec ceux qui s’en font les clercs) se veut le dernier mot de l’intelligence humaine. A force de vouloir avoir le dernier mot en toutes choses elle ampute l’homme de son humanité. Elle cherche maintenant dans l’ordinateur ou les systèmes biogénétiques le fin mot d’une “intelligence artificielle” qui ne relèverait pas d’une humanité de l’homme, devenue un concept inutile.

Or nous sommes largement conditionnés par les certitudes issues, non pas seulement de la raison mais aussi du rationalisme. Ce conditionnement met d’ailleurs en évidence le “paradoxe” d’une raison qui veut rendre libre. Elle ne fait que réduire la liberté à l’ordre d’une raison “universelle” sinon sacrée et déterminante ou alors nous condamne au règne d’un désordre parfaitement aléatoire et sans signification.

L’obstacle a l’évolution est alors double, celui des effets dérangeants sur les certitudes bien ordonnées, celui des résistances actives des “clercs” déstabilisés dont on voit mille effets dans tous les registres de la vie collective.

Le troisième problème est celui de la découverte et de l’apprentissage de l’intelligence symbolique. Il s’agit d’une faculté humaine comme l’est aussi l’intelligence rationnelle. Comme elle cependant, elle réclame une certaine maturité, plus élevée encore et des exigences spécifiques.

Son apprentissage, comme celui de la raison, peut commencer très tôt, familiarisant chacun aux disciplines nouvelles qu’elle dévoile, disciplines qui sont celles même du grandir et de l’accomplissement humain.

L’intelligence symbolique intègre et dépasse l’intelligence rationnelle de même que celle-ci, non déviée, intègre et dépasse l’intelligence pratique et celle-là intègre et dépasse l’intelligence “sensible” ou affective.

Cette intelligence symbolique est déjà à l’oeuvre dans l’histoire de l’humanité, dans les œuvres humaines, dans les arts et les affaires humaines de même que la raison humaine précédait l’ère des lumières ou les philosophes grecs. Cependant en éclairer les fondements et les processus permet de le généraliser au moment même où la mutation le réclame.

L’apprentissage de l’intelligence symbolique est non seulement l’accès à une compétence humaine le plus souvent insoupçonnée mais aussi la réponse aux attentes d’un monde, très différent déjà de celui des 19° et 20° siècle, qu’il faut apprendre à connaître et à conduire. L’Humanisme Méthodologique en offre les ressources.

L’Humanisme Méthodologique et l’intelligence symbolique

il est bon de resituer l’un et l’autre largement ignorés dans leurs fondements et leurs potentialités et souvent assimilés aux seuls effets d’artifices conceptuels et techniques.

L’Humanisme Méthodologique repose sur trois pieds qui lui confèrent sa cohérence et le Sens même de sa vocation.

C’est d’abord une philosophie de l’humanité de l’homme et son devenir dessinant une “axiologie”. Le “Sens du bien commun” y prend une grande part, notamment dans la définition de la notion de valeurs, celle de l’éthique ou celle encore de toute vocation, individuelle et collective.

C’est ensuite une “science” de l’homme et des phénomènes humains dont la théorie des Sens et des cohérences humaines pose aussi une “épistémologie” de la connaissance et des réalités humaines.

C’est enfin une praxéologie de l’agir humain, philosophie et science de l’action qui se présente au travers d’une “ingénierie du Sens et des cohérences humaines”.

La nouveauté radicale de l’Humanisme Méthodologique a donc trois conséquences simultanées :

- sur le plan de l’éthique et des valeurs

- sur le plan de la connaissance humaine

- sur le plan de l’action humaine.

Toutes trois reposent sur le paradigme du Sens et des cohérences humaines.

L’intelligence symbolique c’est justement l’intelligence du Sens et des cohérences humaines. C’est l’accès au Sens pour le discernement et la connaissance. C’est le choix du Sens pour l’orientation vers le meilleur enrichissement humain, c’est le développement du Sens pour l’action et la conduite des affaires humaines.

Sans l’intelligence symbolique ou intelligence du Sens, la raison reste aveugle sur les conséquences humaines de ses actes. Le 20° siècle l’a abondamment démontré.

Les bienfaits de la raison sont dans le dépassement de l’intelligence affective et de l’intelligence pratique, la projection dans l’espace et le temps de l’existence humaine, la possibilité pour l’homme de se projeter, de réaliser des projets complexes. Seulement elle reste aveugle sur le Sens et, si elle n’a pas de repères, devient aussi bien une raison aliénante que constructive.

La raison sans l’esprit, sans le Sens est une raison folle. Les plus grands délires sont aussi tout à fait rationnels mais rationnel ne veut pas dire “sensé” comme on l’a cru ou voulu le croire. Sensé veut dire non seulement que “cela a du Sens” mais surtout que ce Sens n’est pas n’importe lequel et qu’il se réfère au bien humain et pas a son malheur.

L’intelligence symbolique est l’intelligence de l’humain et ses enjeux au cœur même des choses, des affaires humaines, des réalités humaines. C’est en cela une intelligence du cœur, cœur de l’homme, cœur des choses et des situations.

C’est en effet comme par l’intérieur, de soi et des choses, des communautés et des affaires humaines, que procède l’intelligence symbolique, sans négliger pour autant l’extérieur, la façon dont cela se présente dans la réalité et les situations.

Seulement le “travail de fond” de l’intelligence symbolique rompt avec le “traitement de surface” que le rationalisme déviant a laissé comme méthode dans les esprits. La réalité assimilée à la surface des choses et l’action toute entière envisagée comme remaniement de cette surface des choses.

Le point de vue de l’intelligence symbolique est donc très différent des habitudes d’une intelligence rationnelle déviée. Il est très différent aussi de ces substituts au “fond” que sont idéologies, empirisme spontanéiste, émotions publiques, etc. qui font aussi partie d’une certaine surface des choses.

L’intelligence symbolique remet en question le “savoir sans comprendre” trop fréquent et aussi le “réussir sans savoir” qui confie à la magie ou aux technologies le soin d’agir en lieu et place de l’humain. L’intelligence symbolique sait que c’est un leurre et que seul l’homme agit, autant que fonctionner n’est pas agir.

Pour situer l’apprentissage de l’intelligence symbolique, il est bon de se référer aux “applications” de l’Humanisme Méthodologique. Lorsque l’on parle d’entreprises humaines, de management des dynamiques humaines, de développement durable approprié, de tourisme des valeurs et bien d’autres conceptions très nouvelles comme celle du virtuel, il y a là déjà une relecture des affaires humaines avec le regard de l’intelligence symbolique.

Il faut comprendre que les méthodes et pratiques qui en découlent en relèvent aussi. Il faut enfin considérer que tout cela, sans les prises de position et de responsabilité relatives au Sens du bien commun, reste vain sans cet autre exercice de l’intelligence symbolique.

L’apprentissage de l’intelligence symbolique concerne donc :

- la relecture de toutes les situations, problématiques et les affaires humaines,

- la prise de position et de responsabilité en référence à un Sens du bien commun à élucider,

- l’implication et l’engagement dans une action qui porte au fond sur le Sens et les consensus.

Apprentissages de l’intelligence symbolique, le Programme Cadre.

L’apprentissage de l’intelligence symbolique dans une ère finissante de crise rationaliste n’est pas une sinécure. Le dépassement de l’intelligence rationnelle réclame toutes les exigences de la raison, avec aussi le respect et l’intégration de l’intelligence sensible et de l’intelligence pratique. Les dérives rationalistes l’ont perdu de vue, tendant à l’inverse, à s’en défaire.

A ce titre, l’apprentissage de l’intelligence symbolique réclame donc une saine intelligence classique, c’est-à-dire ouverte à l’humain et aux enjeux humains avec une discipline d’objectivité et de rationalité. En plus c’est une discipline de la subjectivité qu’il va falloir intégrer encore au-delà avec ses découvertes, ses capacités et ses exigences d’un autre ordre.

L’intelligence symbolique est un autre niveau d’accomplissement de l’intelligence humaine et, comme les précédents, son intégration bouleverse bien des choses, peu conscientes auparavant.

La Raison a transformé le monde, le Sens avec l’intelligence symbolique transformera toutes les affaires humaines. C’est même l’enjeu de la mutation de civilisation engagée, passage de l’âge de la Raison à l’âge du Sens.

Avec l’intelligence symbolique la mutation est à la fois personnelle et professionnelle et aussi culturelle, économique et politique. Il serait présomptueux de prétendre en avoir fait le tour en quelques expériences.

Un Programme Cadre d’apprentissage de l’intelligence symbolique a été construit par l’auteur et fondateur de l’Humanisme Méthodologique en quatre niveaux d’appréhension et de maîtrise (qui font aussi l’objet d’un dispositif de certifications).

NC1 – Le premier niveauest celui de la connaissance. Savoir ce qu’est l’intelligence symbolique et sa pratique permettent de participer utilement à des applications de l’Ingénierie du Sens et des cohérences humaines sans pour autant pouvoir les conduire seul. C’est le premier niveau de certification dit de “connaissance pratique”.

NC2 – Le second niveauest celui des apprentissages techniques et de l’acquisition des savoir faire. Il permet de mettre en œuvre des techniques de l’intelligence symbolique dans le cadre de situations ou d’interventions sous contrôle d’une certification supérieure. Il s’agit du second niveau de certification dit de “savoir faire technique”.

NC3 – Le troisième niveau est celui d’un accès à une maîtrise personnelle et professionnelleliée à la capacité de pratiquer l’intelligence symbolique et ses applications en situation avec les exigences et la responsabilité humaine déontologique qui s’y rattache. Le niveau NC3 permet aussi d’enseigner et d’accompagner les cursus de niveau 1 et 2.

NC4 – Le quatrième niveau est celui d’un accès à l’expertise. Elle correspond à une capacité de recherche, de développement, d’innovation et d’oeuvres originales.

L’accès à chaque niveau correspond à un cycle qui réclame l’obtention des cinq certificats du cycle antérieur ou à la validation d’acquis équivalents.

Chaque cycle comporte ainsi cinq modules :

- M1 – Le module théorique et conceptuel indispensable pour comprendre ce que l’on fait.

- M2 – Le module technique et méthodologique pour connaître les processus opératoires.

- M3 – Le module expérentiel pour intégrer l’intelligence symbolique comme développement personnel.

- M4 – Le module professionnel pour intégrer les applications dans les champs de responsabilité personnelle et professionnelle.

- M5 – Le module culturel pour intégrer l’intelligence symbolique dans les contextes culturels où elle change le regard et les pratiques.

Les quatres cycles et leur Programme Cadre

NC1 CONNAISSANCE PRATIQUE

M1 – Module théorique et conceptuel

- L’expérience humaine, le cohérenciel

- Sens conSensus et expérience humaine

- L’intelligence humaine et la trialectique sujet objet projet

- L’intelligence symbolique et ses trois moments

- Théorie et ingénierie du Sens et des cohérences humaines

M2 – Module technique et méthodologique

- Les cartes de cohérences

- L’analyse cohérencielle

- L’analyse figurative

- La créativité générative

- La discipline de centration amont aval

M3 – Module expérientiel de développement personnel

- Cartes des Sens analyses personnelles ou collectives ?

- Attitudes personnelles de qualification exercices

- Recherches d’homologies courantes

- Le pari d’ignorance

- le pari d’incompétence

M4 – Module professionnel

- Les entreprises humaines

- Les communautés humaines en devenir

- Le développement durable et approprié

- Les processus de changement

- Les stratégies de l’action

M5 – Module culturel

- Ateliers dirigés d’échanges et d’expérimentations

NC2 SAVOIR FAIRE TECHNIQUE

M1 – Module théorique et conceptuel

- Sens et Cohérences des situations

- Exemples d’applications

- Théorie de l’action et de la communication

- Sens du bien commun et accomplissement humain

- Théorie de l’évolution humaine

M2 – Module technique et méthodologique

- Les différents types de cartes exemples

- L’analyse figurative étude technique

- La créativité générative étude technique

- Applications du cohérenciel

- Centrations et poly-centrations

M3 – Module expérientiel de développement personnel

- Situations et jeux d’identités

- Carte des mobiles et des actions

- Exercices de centrations

- exercices personnels d’analyse figurative

- exercices personnels de créativité générative

M4 – Module professionnel

- l’écoute activante

- l’animation des groupes

- la conduite des processus

- l’action pédagogique et macropédagogique

- domaines d’applications

M5 – Module culturel

- Ateliers expérimentaux

NC3 MAÎTRISE PROFESSIONNELLE GÉNÉRALISTE

M1 – Module théorique et conceptuel

- Les problématiques humaines

- Les maîtrises humaines

- Les dynamiques humaines

- Expériences et re-présentations humaines

- Les mondes humains

M2 – Module technique et méthodologique

- La discipline de l’analyse figurative

- La discipline de la créativité générative

- Les variantes de l’analyse figurative

- Le processus de créativité générative

- les applications

M3 – Module expérientiel de développement personnel

- Exercices typologiques

- Niveaux de discernement (plans d’analyse)

- Analyses multimodales exercices

- Vocations et projets personnels

- La mutation : lectures

M4 – Module professionnel

- Positions opérationnelles

- Les niveaux de l’action professionnelle

- Problématiques actuelles

- Construire une démarche d’intervention

- Les exigences professionnelles déontologiques

M5 – Module culturel

- Ateliers d’échanges socio professionnels

NC4 EXPERTISES

M1 – Module théorique et conceptuel

- Problématisations

- Créer des applications nouvelles

- La crise de maturescence

- Le temps des réalités virtuelles

- Thèmes choisis

M2 – Module technique et méthodologique

- L’analyse des Sens et cohérences humaines

- Problèmes et usages fondamentaux

- Problèmes et usages d’applications

- Problèmes et usages personnels

- Problèmes et usages collectifs

M3 – Module expérientiel de développement personnel

- L’expérience du discernement et ses problèmes

- L’expérience du conSensus et ses problèmes

- L’expérience de la centration et ses problèmes

- Positionnements personnels

- Projets personnels

M4 – Module professionnel

- Développement d’une expertise personnelle

- Sa problématisation

- Son corps de doctrine

- Sa méthodologie

- Positionnement professionnel.

M5 – Module culturel

- Ateliers de recherche

(Toutes informations utiles concernant les enseignements et formations tirés du “Programme Cadre” seront données en temps utile sur les sites concernés)

http://www.wat.tv/swf2/976930nIc0K113443535

Nos trois cerveaux

Le preneur de décisions (7 secondes avant d’en prendre conscience)

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