Category: Nouvelles Valeurs



Comprendre le fonctionnement du cerveau est l’un des enjeux de la convergence des technologies à la fois parce qu’il est devenu un objet de technologie, mais également parce l’étude de son fonctionnement permet d’envisager des technologies pour dépasser ses limites. C’est ce que va essayer de nous faire comprendre Rémi Sussan dans ce dossier d’InternetActu.

Comment penser mieux ? Comment organiser notre vie mentale ? Pas forcément pour devenir un athlète du sudoku, ou un génie à la Léonard de Vinci, mais simplement pour intégrer dans notre mode de vie ce que nous connaissons aujourd’hui du cerveau et de l’esprit ?

Reconnaissons-le : du cerveau, de l’esprit, on ne sait aujourd’hui pas grand-chose, en tout cas pas grand-chose de pratique. Et lorsqu’une technique marche, on ne peut savoir si oui ou non on a affaire à un effet placebo ou pire, à quelque chose de vraiment efficace, mais qu’il faudra payer au prix fort.

Les modes d’action sont multiples. On peut chercher à travailler au niveau des composants de base de notre cerveau, en modifiant directement le fonctionnement de nos neurones ou synapses. Cela se fait aujourd’hui directement de façon chimique à l’aide de produits comme la caféine, l’alcool, ou des composés plus risqués ou moins recommandables, et peut être demain à coup d’implants cybernétiques. On peut travailler sur son fonctionnement par l’entraînement, en lui faisant faire des exercices destinés à booster certaines fonctions primaires, comme la mémoire. C’est le tout nouveau champ en plein boum de l’entrainement cérébral. On peut peut-être, mais c’est plus mystérieux, agir sur les fonctions au plus haut niveau de la conscience, contrôler les fonctions qui gouvernent la religion, l’art, et celles qui structurent la personnalité elle-même.

Mais avant d’aborder ces technologies complexes, examinons une approche plus simple : apprendre de nouvelles méthodes qui nous aident à penser mieux, à faire un bon usage de nos perceptions, de nos connaissances, à prendre de bonnes décisions.

Mieux comprendre comment on apprend à connaître

L’une des premières méthodes que nous pouvons chercher à adopter consiste à renforcer notre « épistémologie ». L’épistémologie est la discipline philosophique qui cherche à comprendre l’acte de connaître. A première vue, il s’agit donc d’un champ très abstrait réservé aux spécialistes universitaires. Pourtant, dans notre monde gouverné par l’information, l’épistémologie devient une science de la navigation, une disciple qui nous concerne tous.

C’est la voie choisie notamment par Richards Heuer, dont le livre Psychology of intelligence analysis a été placé gratuitement en ligne par son éditeur… la CIA, dans un souci de transparence si louable qu’on serait presque tenté de le trouver suspect.

L’essentiel du livre de Heuer consiste à enseigner aux analystes de l’Agence les bases de la formulation et de la vérification d’hypothèses. Ainsi, il applique au Renseignement la thèse de la « réfutabilité » de Karl Popper, le plus célèbre épistémologue du XXe siècle. Selon lui, il est impossible de déterminer si une théorie scientifique est vraie : car elle pourra toujours être démentie plus tard. En revanche, on peut toujours essayer de voir si elle est fausse. Une théorie véritablement scientifique est donc réfutable. Ce sage conseil est aujourd’hui sorti du milieu de la philosophie des sciences pour envahir des domaines beaucoup plus prosaïques. Dans son manuel, Richards Heuer précise ainsi qu’il est préférable de chercher à rejeter des hypothèses plutôt que de chercher à les confirmer. La meilleure hypothèse est en général celle qui a le moins d’éléments contre elle, et non pas pas celle qui possède le plus d’indices en sa faveur. Idée reprise aussi par Nicholas Nassim Taleb dans son Cygne noir, qui suggère de l’appliquer au domaine financier.

Un autre exemple de nos limites cognitives est la trop grande stabilité de ce qu’il nomme les « structures mentales » (mind-set). Autrement dit, lorsque nous percevons un motif, une structure (pattern), nous avons du mal à en changer par la suite. Par exemple, ceux qui voient dans la continuité auront tendance à voir dans la série de dessins représentés ci-dessous un visage masculin, alors que la dernière image représente de toute évidence le corps d’une femme. A l’opposé, ceux qui voient la série à l’envers auront tendance à continuer à y voir une femme, malgré les modifications qui l’approchent de plus en plus d’un visage masculin.


Image extraite de Psychology of Intelligence Analysis.

Ce qui est frappant lorsqu’on lit le livre de Heuer, c’est le peu de place consacré aux émotions. Il est vrai que ce texte date un peu : 1999. Une décennie, c’est long dans le domaine de la recherche en cognition. Les analystes de la CIA apparaissent comme des « acteurs froids », dotés de biais cognitifs, certes, susceptibles d’être corrigés par la « bonne » méthode, mais pas de place pour « le cerveau du lézard » ou pour le « système 1″ que nous évoquions précédemment… On peut bien sûr se demander si cette vision purement intellectuelle du fonctionnement mental est à l’origine de la multitude d’erreurs qui ont émaillé l’affaire des « armes de destruction massive », un exemple quasi parfait du « biais de confirmation » qui consiste à choisir les éléments qui vont dans le sens de l’hypothèse présélectionnée, en ignorant tout ce qui pourrait la réfuter. Mais peut-être la responsabilité de l’erreur ne repose-t-elle pas sur les analystes de la CIA, puisque dès 2002, le patron de l’Agence, George Tenet aurait prévenu George Bush de l’improbabilité de l’existence de ces armes.

Parler de nouvelles langues pour comprendre autrement

On peut envisager une autre méthode pour « penser mieux ». Peut-être peut-on penser différemment en employant de nouveaux systèmes linguistiques ?

L’idée d’une possibilité d’influence du langage sur la pensée est le produit destravaux de deux linguistes de la première moitié du XXe siècle, Benjamin Lee Whorf, et dans une moindre mesure Edward Sapir. Whorf affirmait que selon le langage qu’elles utilisaient, les différentes cultures pouvaient développer des perceptions et visions du monde qui leur étaient propres jusque dans des catégories aussi abstraites que l’espace ou le temps. Depuis plusieurs décennies, l’hypothèse Sapir Whorf était tombée en désuétude… De récentes recherches tendent à la réhabiliter, sans pour autant aller jusqu’à nier l’existence d’un fond commun à toute l’humanité, un relativisme cognitif auquel l’hypothèse Sapir-Whorf risquerait de conduire (mais que ni Sapir ni Whorf n’ont jamais revendiqué). Ainsi, on a découvert que les membres des sociétés traditionnelles dont le système numérique se limitait à, « un, deux, beaucoup », avaient plus plus de mal à compter les objets lorsque ceux-ci dépassaient une certaine quantité. Mais plus récemment encore, une série d’expériences étonnantes laissent à penser que Whorf et Sapir avaient finalement peut-être raison, mais de manière limitée.

La question qui était posée était : le langage influence-t-il la perception des couleurs ? Par exemple, si on ne possède pas de mots pour distinguer plusieurs nuances de rouge (tyrien, magenta, vif, etc.) deviendrait-on incapable de percevoir celles-ci ?Dans une première expérience, menée par Aubrey Gilbert à l’université de Berkeley, on a montré à des sujets des disques de couleurs aux nuances variées situées entre le bleu et le vert, en les plaçant soit à gauche du champ visuel (dirigé par le cortex droit, traditionnellement non linguistique), soit à droite (contrôlé par l’hémisphère gauche du cerveau, celui du langage). Lorsque les cercles étaient vus à droite, les sujets faisaient très nettement des différences entre les cercles considérés comme « bleus » et ceux catégorisés comme « verts ». Lorsqu’ils apparaissaient sur le côté gauche, il leur était plus difficile de tracer la frontière entre les deux nuances. Selon les chercheurs, c’est parce qu’ils avaient plus difficilement accès aux catégories linguistiques leur permettant d’effectuer la distinction.

Une autre expérience (.pdf) opposait des Russes et des anglophones. Les Russes possèdent plus de mots pour désigner les nuances de bleu. On leur demanda de distinguer ces nuances sur des carrés colorés, tout en effectuant une tâche non verbale (visualiser une image), et ils y réussirent mieux que les locuteurs anglais. En revanche, ils furent bien plus lents à montrer leurs talents lorsqu’ils devaient simultanément effectuer une tâche verbale (se répéter des séries de nombres). Leur cerveau gauche étant occupé, ils avaient plus de mal à mobiliser ses ressources pour reconnaitre les couleurs. Autrement dit, Whorf avait raison, mais pour une partie du cerveau seulement. Et uniquement pour les adultes, apparemment, puisque le système de perception des couleurs semble différent chez les enfants de moins de six mois, comme l’a montré une troisième expérience. Ceux-ci semblent en effet utiliser plus volontiers leur cerveau droit (non-linguistique) pour reconnaitre les couleurs, au contraire des adultes, qui recourraient plus volontiers au côté gauche.

Si l’hypothèse Sapir-Whorf est vraie, même de manière limitée, est-il possible de changer nos perceptions en apprenant des langues, voire en créant de nouveaux dialectes ? Rien n’est moins sûr, car il faudrait s’assurer que non seulement le langage influence grandement la pensée, mais que cette capacité n’est pas réservée exclusivement à notre langue maternelle. Cependant, cela n’a pas empêché certain de tenter l’expérience. En fait, comme on le verra, l’idée est partiellement à l’origine de la naissance des actuelles interfaces informatiques.

Peut-on créer par exemple des langages entièrement logiques, qui nous éviteraient de commettre les erreurs épistémologiques qui empoisonnent nos décisions. C’est ce qu’ont tenté les créateurs du lojban (issue d’un projet plus ancien, le loglan). Cettelangue construite se conçoit explicitement comme un test de l’hypothèse Sapir-Whorf. Mais une telle idée n’est pas neuve. Umberto Eco, dans son livre La recherche de la langue parfaite dans la culture européenne mentionne déjà le désir, à la fin de la Renaissance, de créer des « langues a priori » qui élimineraient les « fausses idées » implantées en nous par les langages naturels. Il cite notamment le travail du savant écossais George Dalgarno, qui, dès 1661, nous explique-t-il,« affirmait la nécessité d’une langue qui parvienne à réduire, les redondances, les anomalies, les équivoques et les ambiguïtés, et précise que cela ne pourra que favoriser la communication entre les peuples et guérir la philosophie de la maladie des sophismes et des logomachies ». Eco oppose ce projet de « langue philosophique » avec l’autre vision de la langue parfaite, celle des alchimistes, qui imaginaient eux une « langue des oiseaux » basée essentiellement sur la métaphore, dont ils considéraient (à tort) les hiéroglyphes égyptiens comme l’exemple parfait.

De nouvelles interfaces pour parler et penser autrement

L’idée de changer de mode de pensée ou de langage pour acquérir une meilleure compréhension du monde est en fait à la racine de l’informatique personnelle. Dans son texte séminal de 1962, »Augmenter l’intellect humain« , Douglas Engelbart, l’inventeur de la souris, s’inspirait de ces thèses pour proposer une hypothèse « néo-whorfienne » : l’idée selon laquelle notre pensée n’est pas seulement liée au langage, mais aux systèmes que nous utilisons pour exprimer nos concepts. En conséquence, changer notre appréhension des choses peut se faire par l’usage de nouvelles interfaces. Des systèmes comme l’hypertexte, qui ont donné naissance au web, ou les systèmes bureau clavier-souris de l’informatique contemporaine pouvait donc servir, selon Engelbart, à augmenter nos capacités cognitives. « Si l’hypothèse néo-whorfienne pouvait être prouvée », explique-t-il, « et si nous pouvions voir comment nos méthodes de manipulation des symboles influencent à la fois notre langage et notre manière de penser, alors nous possèderions une aide précieuse à l’augmentation des capacités humaines ».

Pour des chercheurs comme Mitchel Resnick, du Lifelong Kindergarden (le « jardin d’enfants pour la vie ») du MIT, les langages de programmation peuvent être conçus comme des moyens d’élargir nos capacités cognitives. Ainsi, le langage inventé par Resnick, Starlogo, destiné à simuler les comportements des entités collectives, a moins pour but de recréer des situations réalistes que faire toucher du doigt à l’utilisateur un phénomène contre-intuitif pour lequel nos manières de penser ne nous ont pas préparées. Il s’agit, comme le dit Resnick, « de stimulation, pas de simulation ».

Dans cette optique « néo-whorfienne », la réalité virtuelle apparait comme l’interface, le langage, capable de changer le plus en profondeur nos habitudes mentales et qui, évitant les erreurs de la cognition classique, intègre avec le plus de facilité le corps et l’émotion. Jaron Lanier ne pensait pas autrement lorsqu’il a inventé le concept, puisqu’il imaginait qu’une telle technologie permettrait une communication post-symbolique qui ferait de nous tous des poètes. Une idée qui ressemble fort à cette « langue des images » des hermétistes de la Renaissance, mentionnés par Eco.

De son côté, Jean-Michel Cornu, s’inspirant en partie de l’art de la mémoire des mêmes penseurs prémodernes promeut l’usage d’une « pensée 2″ qui permettrait de cartographier et positionner dans un espace sémantique des idées qui s’opposeraient si elles étaient exposées dans une logique linéaire propre au langage traditionnel. Il deviendrait ainsi possible d’utiliser l’espace virtuel pour obtenir une représentation « allocentrée » de la plupart des débats en cours, et autoriserait le dépassement des rapports de force difficilement évitables dans les débats politiques ou éthiques. « Cette vision cartographique », explique-t-il, « nous donne la possibilité, contrairement à la pensée linéaire du discours, d’appréhender pleinement la combinaison des différentes positions dans un groupe. Elle permet en cela de sortir des oppositions pour inventer de nouvelles convergences »

De fait, si, comme on l’a vu, la réalité virtuelle a trop souvent tendance à augmenter nos biais plutôt qu’à les éliminer, elle a également montré, à plusieurs reprises, ses aspects positifs. Du traitement des douleurs après amputation à celui des désordres post-traumatiques en passant par l’augmentation de la confiance en soi, les mondes virtuels nous offriront-ils une possible confirmation que notre pensée ne se résume pas au langage, mais est aussi influencée par les interfaces que nous utilisons pour l’exprimer ?

Rémi Sussan

Ce dossier est paru originellement de janvier à février 2009 sur InternetActu.net. Il a donné lieu à un livre paru chez Fyp Editions : Optimiser son cerveau.


 

« Vivre ensemble, mourir ensemble ! ».

« L’enfer, c’est les autres » avait écrit Jean-Paul Sartre pour sa pièce de théâtre Huis clos (1944).

Intuitivement, tous les passionnés de sport savent que derrière tout succès d’une équipe, il y a bien plus qu’une somme de talents individuels.

« Le tout est supérieur à la somme des parties. » (courant de la gestalt). Sportifs et entraîneurs lient fréquemment les succès et les échecs à la cohésion du groupe, de l’équipe.

Un principe bien connu en sport : un groupe soudé est bien plus efficace que des joueurs œuvrant chacun de leur côté. Les exemples de cette nature foisonnent dans les journaux.

L’équipe de France de football lors de la Coupe du Monde 2006 nous offre une illustration de l’impact de la cohésion de groupe sur la performance avec sa légendaire formule « vivre ensemble, mourir ensemble », qui dénote à la fois cette profonde attirance pour le groupe mais aussi cette envie d’avancer dans le même sens, vers un but commun.

Cette volonté d’être Champion du Monde n’est pas la seule émulation lors de cette compétition. Une conjoncture tout à fait particulière va unir et souder ce groupe pour lui permettre de « déplacer des montagnes ». Et c’est justement dans la montagne à Tignes, lors de l’ascension du glacier de la Grande Motte, que cette aventure prend un tournant particulier.

Raymond Domenech, entraîneur de l’équipe de France a pris soin, lors de cette ascension, de former des cordées de quatre joueurs évoluant aux mêmes postes. « Le but est que les membres de la cordée ne fassent qu’un. Si l’un d’entre eux lâche du lest, les autres sont là pour le motiver » avait dit R. Domenech. « Pour Raymond, le mondial a démarré avec l’expédition », confirme l’organisateur de la randonnée.

Rien de tel en effet pour souder un groupe d’être attaché ensemble, au sens premier du terme, et de pouvoir ainsi relever un défi qui nécessite à la fois de se dépasser mais aussi de faire preuve de solidarité, le tout dans un décor hors du commun, pour un objectif peu commun.

Enfin, un autre ingrédient vient s’ajouter ; chaque match joué après les qualifications est un match couperet pour Zinedine Zidane, footballeur emblématique et charismatique qui stoppe sa carrière à la fin du mondial. C’est l’émulsion d’un groupe qui permet de retarder tous les jours un peu plus sa mise en retraite.

La cohésion est en effet essentielle pour l’efficacité collective et individuelle.

Les caractéristiques de la cohésion.

Carron définit la cohésion des groupes comme « un processus dynamique qui se caractérise par la tendance d’un groupe à se serrer les coudes et à demeurer unis dans la poursuite de ses objectifs ».

Une autre définition est proposée par Festinger (1950) qui définit la cohésion comme « l’ensemble des forces qui agissent sur les membres pour les faire demeurer au sein du groupe ».Selon ces auteurs, des forces distinctes agissent sur les membres pour les garder dans le groupe. La première est l’attrait du groupe, qui se rapporte au souhait individuel d’avoir des interactions interpersonnelles avec les autres membres du groupe et au désir de participer à des activités de groupe.La seconde catégorie de force se réfère au bénéfice qu’un membre peut retirer de son association au groupe. Cette seconde catégorie de force est appelée le contrôle des moyens.
Les recherches menées dans ce domaine ont fait ressortir deux concepts permettant de saisir le lien entre la cohésion et le comportement d’un groupe : la distinction entre la cohésion opératoire(phases d’exécution de la tâche) et la cohésion sociale. La cohésion ne se limite pas à l’aspect affectif et social mais elle se réfère aussi à la tâche.
La cohésion opératoire et la cohésion sociale sont deux composantes indépendantes. La cohésion opératoire est le degré de collaboration des membres du groupe dans la poursuite d’un but bien précis.
La cohésion sociale est le degré d’attirance entre les membres du groupe et le degré de satisfaction des membres de ce groupe à évoluer ensemble.
Ces deux composantes sont donc indépendantes dans le sens où les membres d’un groupe peuvent tendre vers un but sans pour autant qu’il y ait un sentiment fort entre les membres de ce groupe. Le monde sportif nous offre des exemples multiples dans ce sens.En 1992, Carron et Spink ont démontré qu’il y a une adhésion plus évidente à un programme d’activités physiques lorsque la cohésion sociale du groupe s’améliore.Modèle conceptuel de la cohésion des équipes sportives de Carron :
les déterminants de la cohésion.
Modèle conceptuel de la cohésion des équipes sportives de Carron
Les facteurs environnementaux, personnels, d’équipe et de leadership sont déterminants dans la cohésion au sein d’un groupe et ceci va fortement influencer les performances.Cohésion et performance.Le concept de performance ne se limite pas au fait de gagner. Il englobe à la fois les résultats positifs mais aussi l’atteinte d’objectifs fixés. Une équipe peut par exemple se fixer comme objectif de se maintenir dans la même division, et cet objectif, s’il est atteint, constitue une performance. La performance peut aussi être rattachée aux notions de transformation et de progression, comme améliorer son revers lifté par exemple.Les recherches ont invariablement montré qu’il existait une forte corrélation entre la cohésion et la performance sportive. Cette corrélation est plus forte pour la cohésion opératoire. Cette relation entre cohésion et performance est circulaire : si la cohésion augmente la performance sportive, le succès renforce la cohésion.De même, les groupes sportifs qui font preuve d’un niveau élevé de cohésion, essentiellement de cohésion opératoire, augmentent leur efficacité collective (Kozub et Mc Donnell, 2000). Mais cette cohésion doit être homogène, c’est-à-dire que l’ensemble du groupe doit être concerné et non pas seulement les plus performants. Par exemple, cette cohésion doit être forte chez les titulaires d’une équipe, mais également chez les remplaçants, si l’entraîneur souhaite augmenter son efficacité collective.
Ainsi la victoire dans une compétition ne revient pas forcement à l’équipe constellée de stars qui réunissent les plus grandes qualités tant sur le plan physique, technique, tactique et mental. Et les exemples sont nombreux.

« Personnellement, je vois l’équipe comme un tissu complexe de compétences et d’émotions où il est difficile d’évaluer les mécanismes de stagnation et de régression. Une équipe marche bien s’il y a une part conséquente d’éléments de liens, d’écoute, d’amour, de joie d’être ensemble, ces choses qui font que l’on se transcende naturellement. Regardez l’équipe de France de football de 1998-2000 : les liens comptaient plus que les compétences. En 2002, c’était l’inverse. Ma préoccupation, quand j’étais entraîneur, était toujours d’extraire le meilleur potentiel relationnel d’un mélange de personnalités. Sur le terrain, il fallait des guerriers, des artistes, des stratèges.»

Daniel Herrero, Toulon et PUC, rugby.

http://www.irbms.com/rubriques/Psychologie/cohesion-de-groupe-facteur-determinant-performances-equipe.php


septembre 2003, par Jean Heutte

La distinction entre coopératif et collaboratif s’opère en distinguant les relations qu’entretient chaque individu avec les membres du groupe, sa responsabilité par rapport aux actions, sa capacité à influer sur la définition et l’enchaînement des actions permettant d’atteindre l’objectif assigné au groupe.

Avant de tenter de distinguer ces deux termes, il est important de noter que depuis l’usage de certains vocables anglo-saxons tel « collaborative software », ou encore « Computer Supported Collaborative Learning (CSCL) », dans la littérature scientifique française concernant la formation à distance via les réseaux numériques, leur sens a progressivement été permuté, (perdant le lien historique avec leurs racines éthimologiques respectives).

Dans les lignes qui suivent, la tentative d’éclaissisement se base sur leur usage le plus souvent rencontré actuellement dans la littérature.

Le mode coopératif résulte d’une division négociée (rationalisée) a priorid’une tâche en actions qui seront attribuées (réparties) entre des individus qui vont agir de façon autonome. Les interactions se limitent à l’organisation, la coordination et le suivi de l’avancement (souvent sous la responsabilité d’un individu chargé de s’assurer de la performance individuelle de chacun). La responsabilité de chacun est limitée à garantir la réalisation des actions qui lui incombent : c’est la concaténation progressive et coordonnée du fruit de l’action de chacun qui permet d’atteindre l’objectif (exemple : construire une maison).

Dans le cas d’un travail collaboratif, il n’y a pas de répartition a priori des rôles : les individus se subsument progressivement en un groupe qui devient une entité à part entière. La responsabilité est globale et collective. Tous les membres du groupe restent en contact régulier, chacun apporte au groupe dans l’action, chacun peut concourir à l’action tout autre membre du groupe pour en augmenter la performance, les interactions sont permanentes : c’est la cohérence du collectif qui permet d’atteindre l’objectif (exemple : gagner un match de football).

Le mode collaboratif est plus difficile à mettre en œuvre car il implique davantage l’humain, ce qui serait a priori favorisé par la présence d’individus capables de « mettre leur ego de côté » (« absence de préoccupation à propos du soi » selon l’expression de CSIKSZENTMIHALYI (p101, 2004)). Ceux qui ont eu la chance de connaître au moins une fois dans leur vie ce mode de travail déclarent s’être investi bien au-delà de ce qu’ils avaient envisagé, un peu comme s’ils étaient grisés par le sentiment d’efficacité collective du groupe : ils évoquent le sentiment d’avoir été portés par une sorte d’euphorie qui favorisait implication et concentration tout en faisant perdre la notion du temps. Cet effet correspond à ce que CSIKSZENTMIHALYI appelle le « flow » : état en grande partie lié aux émotions ressenties par celui qui vit une expérience optimale (CSIKSZENTMIHALYI, 1990).

En tant qu’expérience optimale (ou autotélique), la performance du travail collaboratif est sans égal : la capacité d’un groupe à valoriser son capital humain est d’ailleurs une marque d’Intelligence Collective (IC). Selon Pierre LEVY (LEVY, 1997), l’IC est une intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences. »

- Partout distribuée : Personne ne sait tout, tout le monde sait quelque chose, le savoir est dans l’humanité et non dans une entité transcendante qui organiserait sa répartition auprès de la société.
- Sans cesse valorisée : Le collectif humain ainsi organisé aurait pour richesse centrale l’humain en personne. Pierre LEVY insiste sur la notion fondamentale d’économie des qualités humaines. Ainsi, chaque membre du collectif serait porteur d’une richesse qu’on ne pourrait négliger et qui lui assurerait une place et une contribution uniques au sein du collectif intelligent.
- Coordonnée en temps réel : La référence est ici faite au cyberespace, outil de support et de soutien de l’intelligence collective, qui seul permet une communication médiatique à grande échelle.
- Qui aboutit à une mobilisation effective des compétences : L’intelligence collective n’est pas qu’un concept théorique ou philosophique, elle peut sous-tendre une nouvelle organisation sociale effective et efficace, basée sur les compétences, le savoir et les connaissances. L’intelligence collective favorise la puissance (dans le sens de « en puissance », à savoir le potentiel créatif qui existe en chacun de nous) plutôt que le pouvoir (qui, au contraire de la puissance, isole, divise et affaiblit). « La puissance rend possible, le pouvoir bloque. » : Pierre LEVY invite à « désinvestir les hiérarchies » …

Cette notion de dynamique est d’ailleurs fondamentale, puisque l’intelligence collective serait par nature mouvante, déstructurante. L’adaptation y serait continue, mais aussi moléculaire, donc subjective. Ainsi, on atteindrait à une organisation sociale du collectif qui serait à chaque instant optimale pour chaque individu car constamment recalculée, redessinée de façon unique pour chaque membre. C’est le principe de la « coordination en temps réel », et l’outil en est le cyberespace. « Le rôle de l’agora virtuelle (…) est ici de contribuer à produire un agencement collectif d’énonciation animé par des personnes vivantes. » (CAILLARD, 2001).

L’intelligence collective a donc les caractéristiques suivantes :
- décentralisation du savoir et des pouvoirs,
- autonomie des individus valorisés en tant que créateurs de sens,
- interactivité constante entre les individus et leur environnement (technique, économique, écologique…) dont les modifications sont perçues et contrôlées en temps réel,
- désagrégation des structures massives au profit d’entités autonomes, petites et conviviales,
- émergence d’une nouvelle convivialité et d’une nouvelle éthique…

P.-S.

sources :

Caillard D. (2001), L’intelligence collective http://barthes.ens.fr/scpo/Presentations00-01/Caillard_IntelligenceCollective/intcol.htm

Csikszentmihalyi M. 1990. Flow : the psychology of optimal experience. Harper & Row. New York, New York, USA

Lévy P., (1997) L’intelligence collective et ses objets, http://t0.or.at/levy/plevy.htm

Heutte j. (2003), Institutionnaliser le management de la connaissance via des communautés virtuelles pour valoriser la richesse humaine des enseignants du 1er degré. Mémoire professionnel 3e cycle, Campus Virtuel des TIC de l’université des sciences et techniques de Limoges.
http://jean.heutte.free.fr/AppliPro…

Prax J.-Y., (2001), Le rôle de la confiance dans la performance collective http://www.polia-consulting.com/default/EN/all/publications/p1051707635697.htm

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3.5.7.2.   Le retour au langage ordinaire

L’enjeu, d’après Sandra Laugier (in Molinier, Laugier, Paperman, 2009, p.187) n’est pas de découvrir une signification cachée. Tout est déjà devant nous étalé sous nos yeux. On retrouve le projet anthropologique de ludvig Wittgenstein (1961) : voir et rendre compte de l’ordinaire, ce qui échappe à la conscience, parce qu’en permanence devant nos yeux. Pour cela il faut retourner au sol raboteux et reconsidérer le langage ordinaire. Wittgenstein dénonçait les ravages du discours de l’abstraction, l’infranchissable abîme entre la conscience et le processus cérébral, la réduction mutilante de la complexité, la rigidité des définitions et des catégories, les barrières qui entravent la fluidité de la pensée et de la communication sociale. Bien que le langage ordinaire soit grossier, polysémique, imprécis, flou, il dispose des moyens pour répondre à nos besoins de description du monde et d’échanges d’informations (Mougel, in astolfi, 2004, pp.138, 139). Qu’un même mot puisse être utilisé dans des propos différents et dans des contextes divers, indique que son usage est en rapport avec des jeux de langage variés, associés à de multiples formes de vie culturelles, vues non comme normes sociales, mais comme contextes où sont lisibles, gestes, manières, styles ordinaires (laugier, ibid, p.179). Wittgenstein considérait le langage ordinaire comme une boîte à outils polyvalente, qui s’adapte et s’enrichit de nouveaux instruments en fonction des situations rencontrées. On peut écarter le préjugé de « la pureté du cristal », si nous prenons les concepts non comme des « essences d’une parfaite exactitude », mais plutôt comme une vague analogie, une palette rassemblant un dégradé de couleurs, un air de famille sur les traits des visages. Le vague et la fluidité de la grammaire offrent des possibilités de créativité langagière, dont les humains peuvent se servir, dans leurs confrontations aux  problèmes  nouveaux  et  dans  leurs  explorations  du  monde.  Le  recours  au langage ordinaire et à ses ressources sont des moyens thérapeutiques pour soigner la pensé humaine de l’intoxication métaphysique. La pensée et le langage ordinaire, qui furent abusivement séparés, peuvent retrouver leur association synergique, car ils se génèrent mutuellement. Par la prise en compte de l’usage humain, pragmatiste et contextuel, on accède de façon immanente au sens. La valorisation du langage ordinaire comme instrument de la connaissance permet de réhabiliter l’expression commune (Mougel, ibid). Sandra Laugier rend hommage à ludvig Wittgenstein, john Austin et willard Quine pour avoir, à travers leurs critiques de la signification, re- légitimé le langage ordinaire (Laugier, 1999).

On croise aussi le projet généalogique de michel Foucault (2001, tome 2, pp.160, 174) de dés-assujettir les savoirs, désensabler des éléments de savoir et les mettre en circulation, faire réapparaître les savoirs locaux des gens, les savoirs disqualifiés, rendre visible ce qui est précisément visible, c’est-à-dire de faire apparaître ce qui est si proche, ce qui est si immédiat, ce qui est si intimement lié à nous- même qu’à cause de cela nous ne le percevons pas. L’ordinaire présente cette difficulté propre d’accès, d’être si proche qu’il faut apprendre à le voir.

Comme le remarque sandra Laugier (2009, p.165), ce projet converge avec celui des théoriciens du care, car le care renvoie à une réalité bien ordinaire que nous ne voyons pas, parce que précisément, elle a une faible visibilité socio-culturelle : le fait que des gens s’occupent d’autres, s’en soucient et ainsi veillent au fonctionnement du monde. Les éthiques du care affirment l’importance des soins et de l’attention portés aux autres, en particulier ceux dont la vie et le bien-être dépendent d’une attention particularisée, continue, quotidienne. Elles s’appuient sur une analyse des conditions historiques qui ont favorisé une division du travail moral, en vertu de laquelle les activités de soin ont été socialement et moralement dévalorisées. Quelle est la pertinence, l’importance du particulier, de la sensibilité individuelle ? Qu’est-ce que le singulier peut revendiquer ? C’est en redonnant sa voix différente au sensible individuel, à l’intime, que l’on peut assurer l’entretien (conversation/ conservation) d’un monde humain. L’ordinaire n’existe que dans cette difficulté propre d’accès à ce qui est juste sous nos yeux et qu’il faut apprendre à voir. Il est toujours objet d’enquête – ce sera le mode d’approche du pragmatisme – d’interrogation, il n’est jamais  donné,  toujours  à  atteindre  par  le  care,  chose  dont  chacun  est  capable. L’enjeu est bien celui du public : rendre public le care, le mettre sous les yeux, publiciser ses buts, ses méthodes, ses résultats et ses formes de pensée. Le public n’est jamais donné d’avance, il émerge à travers le jeu des interactions de ceux, qui décident de donner une expression publique à un trouble perçu de façon privée. Une mise en œuvre politique de l’éthique du care implique une politique de l’ordinaire, avec  à  la  fois  l’intégration  des  pratiques  liées au  care,  dans  les  agendas  de la réflexion démocratique et l’empowerment des personnes concernées : pourvoyeurs de care et destinataires. Elle permettrait de réévaluer les contributions apportées aux sociétés humaines par les exclus, les femmes, les humbles qui travaillent quotidiennement ; une fois que nous nous serons engagés à reconcevoir le monde de façon à ce que leur contributions comptent, nous serons capables de changer le monde ! (Tronto, 2010, p. 16, Laugier, 2009, pp. 198, 200, Laugier, Paperman in Gilligan, 2008, p.37). Franz de Waal (2009, p.326) note que le rôle de la compassion ne se borne pas à donner du temps et de l’argent pour adoucir la situation d’autrui. Elle participe aussi à un agenda politique qui reconnaît la dignité de chacun et cet ordre du jour ne vient pas seulement en aide aux plus nécessiteux, mais à la collectivité elle-même.

Le  care,  en  tant  que  conception  du  « bien »  est  un  axe  de  contestation  et  de revendication des populations défavorisées et exploitées, qui peut se réclamer d’une grande partie des praticiens-théoriciens pluralistes du socialisme international (libertaires, communalistes, conseillistes, syndicalistes, démocrates, sociaux- démocates,  travaillistes,  socio-libéraux,  écosocialistes,  écologistes  sociaux…), aspirant à davantage de justice sociale, condamnant les inégalités sociales et l’exploitation des humains par d’autres humains, défendant le progrès social, et prônant l’avènement d’une société démocratique sans caste et sans classes sociales. Ils sont si nombreux que nous ne pouvons tous les citer ici, nous évoquerons juste quelques figures comme pierre kropotkine (2010), louise Michel, Jacques Élisée Reclus,  Joseph Déjacque,  lewis Call  (2002), murray Bookchin  (2003, 1994, 1992, 1976), jean jaurès (1976), edouard Bernstein (1974), léon Blum, carlo Rosselli, willy brandt (1976), olof Palme, bruno kreisky, norberto Bobbio (2007), michel Rocard (2007, 1990, 1989, 1986), jacques Delors  (1994, 1988), anthony Giddens  (2002), bruce  Ackerman  (2000,  1998,  1991,  1980),  bill  Clinton  (2007),  barack  Obama (2006)…

L’évolution  sémantique  fait  que  l’on  utilise  de  plus  en  plus  le  terme  « social- démocratie »  pour  dénommer  le  socialisme  majoritaire.  Cette  modification  de l’appellation a surgi à l’heure de la construction européenne, avec la volonté pour les partis   socialistes   européens   de   se   forger   une   identité   commune,   largement influencée par les modèles allemands et suédois. La social-démocratie déclare se fixer pour objectif la formation d’une société construite à partir de valeurs démocratiques et de l’égalité en droit de tous les citoyens.

Chaque  personne  devrait  pouvoir  être  libre dans  son épanouissement, dans  ses choix, dans ses décisions, tout comme elle devrait pouvoir peser à tous les niveaux de la société dans laquelle elle vit. La « liberté » conjugue deux aspects : celui de ne subir aucune oppression et menace, comme la faim, l’ignorance et la peur de l’avenir avec celui de pouvoir s’engager et participer aux prises de décisions, qui engagent la collectivité. La liberté des citoyens suppose leur égalité, impliquant que chaque personne puisse s’impliquer dans les choix de la société et décider dans la mesure du possible des orientations de sa propre vie, quelques soient les conditions sociales et familiales, dont elle est issue. « L’égalité » suppose le droit de faire des choix et de suivre des trajectoires différentes, sans que ces différences ne mènent à une subordination dans la vie quotidienne. La «  liberté, l’égalité et la solidarité » sont à la fois liées aux droits des personnes et aux solutions collectives de réalisation d’objectifs  systémiques.  Cet intérêt commun suppose la  prise  de  conscience  de notre interdépendance. La société que visent les sociaux-démocrates est une société favorisant l’action commune, dans le respect de chacun et le souci des autres. Tout citoyen doit avoir les mêmes droits et les mêmes possibilités de contribuer aux solutions,  tout  citoyen a le même  devoir  d’en assumer  la responsabilité. Si  « la solidarité » n’exclut pas l’épanouissement individuel, mais y contribue, elle est par contre incompatible avec l’égoïsme extrême, qui justifie d’exploiter les autres, au titre d’un intérêt strictement personnel. La démocratie ou le pouvoir responsable des citoyens, a toujours le droit de tracer le cadre économique et de fixer des limites au marché. Les sociaux-démocrates veulent mettre en place une organisation sociale où citoyens et individus peuvent pleinement peser sur les décisions collectives. Chaque citoyen, en tant que salarié ou consommateur, devrait pouvoir exercer une influence sur l’agencement et la répartition de la production, l’organisation et les conditions du travail. Ces valeurs démocratiques devraient régir tous les niveaux de la société pour que celle-ci soit organisée sans rapport de domination ou de soumission, sans différences de castes et de classes, sans préjugés ou discriminations. Jacques Delors (in Giddens, Blair, 2002, pp. 7, 16) souligne l’intérêt de conjuguer la solidarité sociale avec une économie dynamique, de recourir à une société civile comme contre-poids nécessaire aux pouvoirs du marché et de l’Etat, de responsabiliser les citoyens aux risques environnementaux. Les pistes suivies sont plurielles, selon que les réformateurs   sociaux   s’appuient   plus   sur   la  société   civile,   ou   l’Etat,  ou   les entreprises, pour transformer le système socio-économique.

Joan Tronto (p.17) pense que la démocratie est le cadre qui permet le mieux de décrire ce que serait une théorie du care adéquat pour le monde contemporain. Assumer la différence, accorder à chacun des humains sa dignité et ses droits, prendre en charge les iniquités matérielles, protéger l’environnement de notre planète, voilà des problèmes qu’une théorie du care peut nous aider à traiter. La forme démocratique du care exige des citoyens, qu’ils se soucient de la démocratie. Ils doivent envisager la manière dont ils sont responsables les uns des autres, mais aussi des institutions et des pratiques démocratiques.

Aussi, comme le recommande Dewey, faut-il découvrir les moyens par lesquels un public éparpillé, mobile et multiforme pourrait parvenir à définir et exprimer ses intérêts. Pour l’individu, elle consisterait dans le fait de prendre part de manière responsable en fonction de ses capacités, aux activités de groupes d’influence, partageant ses valeurs. Pour les groupes, elle exigerait la libération des potentialités des membres du groupe, en phase avec les intérêts et les biens communs (Dewey, ibid, p.156).

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