Category: Théorie de la psyché



Vers une cognition globale, des super-organismes,communautés, organisations.

 

Quatre formes d’état  distinguent les super organismes émergeants :

  • Le premier super-organisme serait neuro programmé. Comme notre cerveau collectif conditionné par notre culture et éducation.
  • La seconde, serait plus autonome. L’un des processus les plus typiques signant ce genre de comportement est la rétroaction, ou feedback, par lequel un système (méta-individu) est capable de moduler ses entrées pour garder un fonctionnement optimal. Nous devrions observer une multiplication des phénomènes de rétroaction.
  • La troisième, à l’autonomie s’ajoute l’intelligence collective. Cette intelligence en viendra à transcender le mode de pensée humain individuel. Ce qui émerge en ce moment.
  • La quatrième, émergera le superorganisme conscient. L’apparition d’une conscience de soi en réseau d’individus. Le Réseau se manifestera par la génération d’une représentation de lui-même : autrement dit, le réseau développera sa propre cartographie mentale, sa propre représentation et perception collective de la réalité– en temps réel, incluant, bien sûr, une représentation de ladite représentation…on inclut dans le système global des éléments déjà conscients : autrement dit, les êtres humains eux-mêmes.

Après avoir expérimenté différentes méthodes dans le but d’augmenter la conscience individuelle et collective en créant une connexion favorisant l’intelligence collective, une réflexion s’impose sur la modélisation expérimentale de la cognition collective émergeante de super-organismes composés d’un assemblage communautaire de cerveaux humains.  Tout en excluant  volontairement l’aspect systémique dans cet article, l’influence de la culture et les champs sociaux qui ont forcément une très grande influence sur la psyché groupale afin de nous concentrer davantage sur les liens entre individus favorisant des états de conscience et d’intelligence supérieures.

Lorsqu’une émergence collective surgit du néant, une sensation accompagne le groupe comme la suspension du jugement, la légèreté, la profondeur,  une forme d’incompréhensibilité du vécu accompagné de sensation de vide très réel.  La psyché groupale ainsi constituée à partir d’une intention profonde, et dans un espace de cognition d’ensemble, pose la question de l’existence d’un cerveau collectif composé d’un assemblage de cerveaux reptiliens, limbiques et néo cortex (réseau de cerveaux). En effet, dès que le bruit du mental s’estompe suivant un processus défini de  mise en lien collectif et de communication  d’informations entre individu suivant une direction prédéterminée, un état de conscience globale émerge à partir d’une sensation de vide de cognition. Une sorte de pensée a-symbolique et a-culturelle presque inconsciente et pourtant émergente de l’invisible apparaît. Un peu comme si lesschémas mentaux de tous, les croyances collectives s’associaient pour voir plus grand, entendre plus loin, être et faire quelque chose de plus vaste dans un tout plus étenduque soi à la manière d’une super-psyché d’un super organisme avec son propre système nerveux central collectif.

Les sensations collectives ressenties distinctement et individuellement surgissent dans une ambiance très spécifique de ralentissement de la cognition et de silence profond, créant un espace de conscience collective nouveau  à partir d’une sorte de vide fertile. Des méta-individus avec une intelligence et une posture particulière échangeant desinformations limitées et profondes sont capables de mettre en commun des ressources pour accomplir un objectif au-delà des capacités individuelles. De ses ressources supérieures nées un système auto-organisé, sans structure ni leadership, à l’instar des vols d’oiseaux ou des bancs de poissons.

Imaginons une multitude de groupes d’individus composée de 5 personnes (réseaux) souhaitant mettre en commun leur réflexion suivant un processus d’émergence  plus élevé en complexité, nous verrions les groupes s’auto-organiser en structure de commandement  et d’organisation. C’est ainsi que nait un méta-individu ; un individu collectif né de la fusion de ses composants (autres méta-individus), possédant sa propre conscience et son propre système nerveux en lien avec un organe supérieur.

Suivant le mode d’échange égotique ou de conscience de soi, le système identifiera au sein de ces superorganismes des forces antagonistes assurant la cohésion interne (lesgardiens de la conformité), le renouvellement (les générateurs de complexité), l’optimisation de l’affectation des ressources, etc. Ces forces peuvent être exercées par des individus, tels que les chefs, leaders ou leurs serviteurs, consciemment ou inconsciemment. Mais elles peuvent aussi résulter d’un mode et d’une dynamique propre aux échanges de messages entre individus, que ce soit au sein des bancs de poissons, des vols d’oiseaux ou des sociétés humaines. Il disposera notamment, comme le système cognitif, d’agents d’introspection (des hommes en charge de cette fonction) qui l’analyseront en permanence de l’intérieur et produiront des images du groupe mobilisant les agents sensoriels et moteurs (d’autres méta-individus) en relation avec le monde extérieur. Par ailleurs, le concept de superorganisme, nous l’avons vu, aura l’intérêt d’obliger les agents du groupe à le considérer comme un tout, au lieu de disperser leur attention sur les individus qui le constitue.

Le super organisme se trouvera au niveau des capacités d’auto-représentation collective et de génération d’états de conscience partagés (psyché collective). Les groupes humain au contraire auront un très grand nombre d’agents d’introspection indispensables à la prise de conscience de soi dans son environnement et un système nerveux central pour supporterune conscience de soi globale.. Il pourra également mémoriser, globaliser et transmettre ses états de conscience avec une très grande puissance, dans le temps et dans l’espace.


L’être humain, le méta-individu – et aussi les groupes d’êtres humains – sont en chemin vers ce stade d’évolution de la cognition collective au travers de l’éveil à l’intelligence collective.


La psychologie sociale s’intéresse, quels que soient les stimuli ou les objets, à ces événements psychologiques fondamentaux que sont les comportements, les jugements, les affects et les performances des êtres humains en tant que ces êtres humains sont membres de collectifs sociaux ou occupent des positions sociales .

Via Scoop.itCoaching de l’Intelligence et de la conscience collective
Si vous commencez à penser différemment, vous voyez les choses différemment. Et toutes vos actions commencent à changer.    Un savoir-être, à la fois, en tant que comportement de la personne qui agit pour penser le système, que du comportement du système lui-même, que du comportement à mettre en œuvre par les acteurs qui veulent mettre en œuvre ce « nouveau savoir-penser », cette nouvelle façon de se représenter un système.   Le savoir-être se situe essentiellement dans un nouveau regard porté sur les systèmes humains.
Via www.dailymotion.com

Comprendre le fonctionnement du cerveau est l’un des enjeux de la convergence des technologies à la fois parce qu’il est devenu un objet de technologie, mais également parce l’étude de son fonctionnement permet d’envisager des technologies pour dépasser ses limites. C’est ce que va essayer de nous faire comprendre Rémi Sussan dans ce dossier d’InternetActu.

Jusqu’ici, les méthodes de hacking cérébral que nous avons survolées dessinent une image morcelée et souvent incohérente du cerveau : les diverses fonctions (la mémoire, la perception, l’action, la décision, l’émotion) semblent toutes inextricablement imbriquées les unes dans les autres sans pour autant que ce réseau complexe d’interactions ne dessine une totalité compréhensible. Pourtant, ce n’est pas notre expérience quotidienne : je ne suis pas un ensemble plus ou moins emberlificoté de fonctions, “je” suis présent, et c’est cette présence qui me définit plus que l’état de ma mémoire de travail ou les produits chimiques qui circulent entre mes synapses. C’est ce que le philosophe australien David Chalmers appelle le “problème difficile” : celui qui est posé par le passage des fonctions multiples découvertes par les sciences cognitives à l’existence d’une conscience de soi capable de ressentir l’expérience. Autrement dit, pourquoi chacun d’entre nous a-t-il la sensation d’exister en tant qu’individu et n’est pas qu’une simple machine à traiter les informations ? Et que dire des activités humaines les plus importantes, tels l’art, la culture, la spiritualité ?

La religion, justement, parlons-en. On l’aime ou on la déteste, mais une chose est sûre : d’un point de vue neuroscientifique, c’est un sujet compliqué ! Elle constitue un terrain idéal d’investigation pour comprendre les fonctions les plus complexes du cerveau. Elle est donc un bon moyen de se frotter au “problème difficile” qu’évoquait Chalmers. Au coeur du phénomène religieux se trouve “l’expérience de signification” : lors de certaines activités, grâce à certaines croyances, le monde devient porteur de sens. Peu importe que ce sens soit porté par des croyances obsolètes ou contradictoires entre elles. Y a-t-il une chimie, une biologie de la signification ? Notre expérience spirituelle a-t-elle des fondements biologiques, chimiques, cognitifs qui l’expliquent au moins en partie ? Si nous pouvions agir à ce niveau là du cerveau, travailler directement sur nos motivations les plus profondes et notre perception du monde cela vaudrait certainement tous les systèmes de jeux cognitifs du monde, non ?…

Les débuts troublés de la neurothéologie

Le paradis par Jérôme Bosch

Si le mot “neurothéologie” est nouveau, l’idée, elle ne l’est pas. C’est même à cause d’elle que se sont déroulés les premiers débats et conflits politiques sur le “hacking” du cerveau.

Tout a commencé dans les années 60, lorsque les adeptes des drogues psychédéliques comme le LSD, la psilocybine ou la mescaline ont prétendu que ces molécules était capables de “brancher” directement les zones du cerveau activant le sens du sacré. L’une des expériences les plus connues dans ce domaine est celle de Walter Pahnke. Celui-ci, sous la houlette de ses directeurs de thèses Timothy Leary et Richard Alpert, fit absorber à une équipe d’étudiants en théologie une dose de psilocybine, tandis qu’un groupe témoin se voyait distribué un placebo (de la vitamine B3). 9 sujets sur 10 proclamèrent alors avoir eu une expérience mystique (ce que n’éprouvèrent pas les sujets du groupe test, évidemment). Bien sûr, c’était une époque (1963) où le sujet était abordé plutôt calmement ; l’époque où les expériences d’Aldous Huxley avec la mescaline recevaient une critique favorable de la National Review, organe de presse des conservateurs américains. C’était avant les hippies, les Beatles et les Stones, avant que Richard Nixon ne dise du directeur de thèse de Panhke, Timothy Leary, “qu’il était l’homme le plus dangereux des Etats-Unis” et ne le fasse jeter en prison. Après une longue période de tabou et d’hystérie, les choses tendent à se calmer, et en 2006 une équipe de la John Hopkins Universitya confirmé les travaux de Panhke : 60 % des sujets prenant de la psilocybine décrivirent avoir éprouvé une sensation de type mystique, et pour un tiers, il s’agissait même de l’expérience spirituelle la plus significative de leur vie.

D’un autre côté, force est de reconnaître que les évènements des années 60 ont montré que les extases théologiques étaient loin de toucher la majorité des utilisateurs de psychédéliques, qui y voyaient plutôt un bon moyen pour s’éclater. En fait, l’usage de ces produits semble hautement dépendre du contexte de la séance, et des attentes de leurs utilisateurs. D’ailleurs, le peuple guerrier des aztèques était très friand de ces psychédéliques et cela ne les a pas pour autant converti au Flower Power. Une preuve de plus que ces produits ne nous permettent pas de faire l’impasse sur la culture, la personnalité. Les “problèmes difficiles” nous échappent toujours…

Reste que ces molécules nous donnent peut-être quelques indices sur la manière dont l’expérience spirituelle se manifeste dans le cerveau. Leur mode d’action est encore un peu mystérieux, mais il semblerait bien qu’ils aient pour point commun (à part la mescaline, légèrement différente) de posséder une structure chimique ressemblant à un important neurotransmetteur, la sérotonine, impliquée dans la régulation de l’humeur.

A cause de cette similarité, le psychédélique peut agir de deux façons : il peut être unantagoniste de la sérotonine, c’est-à-dire inhiber son usage dans le cerveau, ou unagoniste, c’est-à-dire activer sa production.

Le problème, c’est qu’il semble bien que les chercheurs aient du mal à se mettre d’accord sur l’effet obtenu. Certains symptômes (excitation, montée du rythme cardiaque, émotions très fortes) laissent à penser qu’il s’agirait d’un antagoniste. Mais toute la gamme des effets “extatiques”, mystiques, pourrait plutôt indiquer qu’il s’agit d’un agoniste.

Allan Hobson, l’un des plus grands spécialistes du rêve, penche plutôt pour la solution antagoniste. Comme il l’explique dans son livre The Dream Drugstore, les drogues psychédéliques nous placeraient dans un état proche de celui du rêve, mais les yeux ouverts. Cet état se caractérise effectivement par un blocage de la sérotonine, qui du coup laisse le champ libre aux centres émotionnels du cerveau. Cela a pour effet de faire ressortir les sensations primaires d’angoisse et de peur liées à la survie. Ce qui explique que la plupart des rêves soient plutôt inquiétants, même lorsqu’il ne s’agit pas de cauchemars et que bien des “voyages” au LSD commencent comme des “mauvais trips”. Et les extases mystiques ? Hobson ne s’étend pas dessus, mais note que la sérotonine a aussi tendance à inhiber ladopamine, la molécule qui nous récompense lorsque nous avons réussi quelque chose. Du coup, les montagnes russes émotionnelles pourraient parfois être ponctuées par des “shoots” ponctuels de dopamine libérée par le blocage de la sérotonine.

Il se pourrait bien que la sérotonine, en dehors de toute prise de drogue, joue un rôle fondamental dans l’expérience religieuse. En effet une équipe d’expérimentateurs suédois a soumis une série de patients à un questionnaire de personnalité avec une série d’interrogations sur leur “rapport à la transcendance”. Ils ont découvert que ceux qui avaient le plus haut score dans ce domaine possédaient une moins grande densité de récepteurs à la sérotonine. Pour le concepteur de l’expérience, Lars Farde, la sérotonine servirait de filtres à un certain nombre de pensées et sensations qui seraient plus libres de parvenir à la conscience lorsque son action est inhibée, permettant d’éprouver des expériences ou des perceptions inusuelles. Mais ce n’est qu’une hypothèse, car on n’est pas sûr qu’une densité moindre de récepteurs à la sérotonine implique obligatoirement une quantité moindre de sérotonine dans le cerveau.

Bref, si on sait que la sérotonine joue un rôle important, on ignore encore lequel exactement. Et elle n’agit certainement pas seule, dans une complexe interaction avec les autres neurotransmetteurs : dopamine, noradrénaline, acétylcholine, etc. Notre cerveau semble plus sensible au cocktails qu’aux substances pures.

Zen, mantras et prières

Le jardin zen du Ryoan-JiAprès les drogues, la méditation est devenue un autre sujet d’intérêt et de controverse pour les neurothéologiens. Pourtant, là, l’ambiance devrait être plus calme, me direz-vous. Détrompez-vous ! Les études sur la méditation peuvent s’avérer aussi lourdes de connotations idéologiques que les drogues. Ainsi, lorsque le Dalaï-Lama voulut se rendre à un colloque sur la neuroscience en 2005, une vive protestation se fit entendre de la part d’un groupe de scientifiques qui y voyait une tentative de mainmise de la religion sur la science. Certes, les chercheurs en question étaient d’origine chinoise (mais travaillant aux Etats-Unis), ce qui a du jouer un certain rôle dans leur protestation, cependant cet événement montre bien à quel point ce sujet peut amener à s’interroger sur une possible confusion des genres.

Dans le même ordre d’idées, on peut s’irriter que bon nombre de neuroscientistes travaillant sur le chant de mantras (technique de méditation consistant à chanter un son pendant un temps très long) s’obstinent dans leurs études à nommer cette pratique “TM” (Transcendantal Meditation). Le chant de mantra est aussi vieux que l’Inde, mais on trouve aussi son équivalent dans bien d’autres religions, comme leChristianisme orthodoxe ou l’Islam soufi. “TM”, en revanche, est un terme plus récent qui fait ouvertement référence au mouvement fondé par le Maharishi Mahesh Yogi, ex-gourou des Beatles et personnalité fort contestée. C’est dire si dans ce domaine le moindre terme peut être chargé de connotations ! Pourtant, on ne compte plus les études sur les bienfaits de la méditation. Elle améliorerait les facultés d’attention, dissiperait le stress, etc.

Et l’expérience mystique ? Andrew Newberg et son équipe de l’université de Pennsylvanie ont examiné le cerveau de moines bouddhistes lorsque ceux-ci atteignaient le plus haut niveau de leur méditation, le moment où ils avaient l’impression de fusionner avec l’univers entier. Selon cette recherche, les techniques mystiques agiraient sur une petite zone du cerveau qui détermine notre orientation dans l’espace et la conscience des limites de notre corps. En inhibant le fonctionnement de cette zone, nous perdons le sens des limites et entrons dans la conscience cosmique. CQFD. Avons-nous trouvé là une technique qui nous permettrait d’expérimenter les états mystiques sans recourir à la croyance religieuse ?

Ray Kurzweil, qu’on pourrait difficilement suspecter de religiosité exacerbée, propose dans Serons nous immortels ? une technique de méditation “agnostique”, inspirée du mantra, mais basée sur des sons sans signification, et bien sûr, sans gourou. Mais est-il possible de poursuivre la pratique (difficile) de la méditation sans aucun contexte mythico-religieux susceptible d’entretenir la motivation du pratiquant ?

Il serait intéressant de faire une étude sur le nombre de méditants purement utilitaristes, qui ne font référence à aucune sorte de culture religieuse et de voir s’il sont en mesure de poursuivre leur pratique pendant des années sans fléchir. Après tout, même le Zen, qui est considéré comme l’approche la plus épurée, la moins religieuse de la méditation, offre en réalité tout un contexte rituel, intellectuel et esthétique susceptible de motiver ses adeptes. De plus, certains pratiquants de la méditation athée recourent peut-être à des facteurs mythologiques inconscients (comme par exemple, chez Kurzweil, le désir de se préparer à l’avènement de la Singularité !). A l’instar des drogues, la méditation n’échappe donc peut-être pas non plus à la question des attentes de ses adeptes et de l’environnement culturel.

Mais si l’Orient ne vous sied pas, les bonnes vieilles méthodes occidentales fonctionnent aussi. L’équipe de Newberg a également scanné le cerveau de nonnes et a trouvé des résultats similaires à ceux trouvé chez les bouddhistes : la même zone du cerveau, que les auteurs nomment “l’aire associative d’orientation” et qui gère notre rapport à l’espace, voyait son activité décroitre. Chaque pratique présente sa spécificité. Ainsi, le moine Zen verra son cortex préfrontal (qui gère la planification) fortement activé, ce qui indique une pratique intense de la concentration. Au contraire, la recherche de Newberg sur des femmes se livrant à la glossolalie, cette prière chantée dans une langue qu’on ne comprend pas, a montré une baisse d’activité du même préfrontal. La glossolalie est une pratique répandue dans certains groupes chrétiens qui consiste, au moment de l’extase, à se mettre à prononcer une suite incompréhensible de syllabes. Un tel type de transe impliquerait, selon Newberg une perte du contrôle exercé habituellement par le préfrontal.

A la recherche de la zone Dieu

Après les drogues et la méditation, pourquoi pas l’électronique ? On a vu que la stimulation magnétique transcraniale (TMS) semblait recéler des potentialités intéressantes. Peut-on l’utiliser pour étudier l’expérience mystique ?

Michael Persinger a fait beaucoup parler de lui avec ses expériences sur la TMS. Ce neuroscientiste canadien prétend en effet depuis des années avoir découvert la “zone Dieu” du cerveau. Il suffirait d’appliquer convenablement les ondes sur le crâne du patient pour lui faire prendre conscience de l’existence d’un “Autre” dans lequel, selon la culture, on peut voir Dieu, le Christ ou un esprit. Ses recherches n’ont pas convaincu tout le monde. Le biologiste Richard Dawkins, porte-parole de l’athéisme anglo-saxon (et dont le livre Pour en finir avec Dieu a été traduit récemment en français), a essayé la machine et n’a rien vu du tout, ce qui laisserait à penser que les attentes culturelles jouent un grand rôle dans la machine de Persinger comme dans l’usage des drogues ou la méditation. Une équipe suédoise a également tenté de répéter les expériences de Persinger sans obtenir les résultats escomptés.

L’idée de l’existence d’une “zone Dieu” bien spécifique semble aujourd’hui s’éloigner. Une récente étude de Mario Beauregard de l’université de Montréal sur le cerveau de 14 nonnes carmélites a montré que l’extase mystique produisait des effets sur un grand nombre de zones cérébrales différentes. Un exemple de plus qu’on ne peut pas s’attaquer à des phénomènes mentaux complexes avec des explications trop simples.

Rituels, mythes, sacrements…

Masque Fang du musée du Louvre
L’expérience mystique reste l’apanage d’une rare catégorie de praticiens chevronnés. La plupart des croyants se contentent d’une approche plus légère : participation aux rites, adoption de divers mythes… Mais ces pratiques ont-elles aussi une répercussion dans le cerveau ? Newberg et Aquili expliquent ainsi le rôle du rituel, dans leur livrePourquoi Dieu ne disparaitra pas : celui-ci consiste tout d’abord à adopter un comportement “bizarre”, en tout cas différent du quotidien, avec pour conséquence de réveiller l’amygdale (qui réagit en cas de danger), ce qui, combiné à des gestes et des stimuli répétitifs susceptibles de réduire la tension et de provoquer des sensations agréables, donnerait cette caractéristique propre au Sacré d’être à la fois terrifiant et attractif.

Lorsque le rite se base, non plus sur des actions lentes, mais au contraire très rapides (danses frénétiques ou tournoyantes, transes, etc.), le résultat serait un peu différent. La surcharge de stimulation neurale ferait perdre le contrôle à l’hippocampe, dont le rôle de “chien de garde” consiste à réguler le flux d’information. Cela amène cet organe à réagir en baissant la quantité d’informations externes reçues par certaines parties du cerveau, et notamment, cette fois encore, “l’aire associative d’orientation”.

L’anthropologue Pascal Boyer s’est intéressé lui aux croyances et aux mythes, et comment notre cerveau les fabrique. Selon les sciences cognitives, le cerveau contiendrait différents modules “précablés” nous aidant à reconnaître ce qui nous entoure. Par exemple, il y aurait un module spécialement consacré à la reconnaissance des visages, un qui reconnaitrait tout ce qui est vivant, etc. Pour Boyer, au centre de la création de mythes se trouve une “violation ontologique” : autrement dit, on active simultanément deux modules du cerveau incompatibles. C’est ce paradoxe qui marque les mémoires et sert de base aux mythes et religions. Par exemple, explique-t-il dans son livre Et l’homme créa les dieux, la grande question à laquelle cherchent à répondre les rites funéraires n’est pas d’ordre métaphysique, mais bien plus pragmatique : “que va-t-on faire du corps ?” En effet, un cadavre, par sa nature même est une violation ontologique des catégories cérébrales. Il s’agit manifestement d’une personne, mais c’est aussi un “objet”. Les différents rites et mythes auraient avant tout pour but de conjurer cet inquiétant paradoxe.

Comme on le voit, on aurait tort de se concentrer exclusivement sur les aspects “spectaculaires” de l’expérience mystique. Le simple geste d’assister à une cérémonie, d’allumer un cierge, voire de lire un mythe, une histoire sacrée ou même un conte de fées pourrait être liés à certains modes de fonctionnement de notre cerveau.

Le futur de la religion

Peut-on manipuler ces systèmes religieux et mystiques ? On raconte que l’expérience avait été tentée il y a bien longtemps par Hassan Ibn Sabbahle “vieux de la montagne” à la tête de l’ordre des assassins, comme le raconte l’histoire de la forteresse imprenable d’Alamut dans le Nord-Ouest de l’Iran actuel. Pour s’assurer de la part de ses disciples un fanatisme absolu, il leur faisait ingérer une drogue (on a soupçonné le haschich, et on a même prétendu, probablement à tort que le mot “assassin” venait de hashishin), puis les réveillait dans un jardin merveilleux entouré de splendides jeunes Houris. Les soldats étaient persuadés d’avoir vu le paradis et étaient à partir de ce moment prêts à sacrifier leur vie pour le Maitre. Réalité ou légende ? En tout cas, toutes les tentatives pour utiliser ce type de techniques pour effectuer des lavages de cerveau ont pour l’instant échoué : la CIA a essayé dans les années 50 avec le LSD pour peu de résultats. Mais rien n’indique qu’on en restera là.

Rick Strassman, auteur d’un fameux livre sur le DMT (l’un des plus puissants psychédéliques, dont la particularité est d’être produit par le cerveau humain) n’hésite pas à imaginer des manipulations génétiques qui boosteraient notre capacité à produire naturellement cette substance. Selon le magazine Slate : “un généticien intelligent et sans scrupules pourrait nous transformer en mystiques sans notre consentement en produisant un virus capable de provoquer cet effet.”

Pour le chimiste Alexander Shulgin, spécialiste des drogues psychédéliques, un accès trop aisé à l’expérience mystique pourrait donner des résultats inquiétants : “Si nous accédons trop facilement à la béatitude mystique”, a-t-il expliqué au journaliste de Slate“il n’y aura plus de motivation, plus de désir de changer quoi que ce soit, plus de créativité.” Mais l’histoire ne nous montre-t-elle pas au contraire que les mystiques ont toujours disposé d’une énergie redoutable, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire ?

Toujours est-il que si, comme le disent Newberg et Aquili, “Dieu ne disparaitra pas”, si le sentiment religieux est une production naturelle de notre neurochimie, alors il est temps de se poser la question du Sacré dans la société future en de nouveaux termes. Allons-nous vers des “designers de religions” comme on parle déjà de “designers de drogues” ? De nouvelles sacralités conçues sur mesure pour manipuler notre taux de sérotonine ou l’activation de notre amygdale ?… Allez savoir !

Rémi Sussan

Ce dossier est paru originellement de janvier à février 2009 sur InternetActu.net. Il a donné lieu à un livre paru chez Fyp Editions : Optimiser son cerveau.

Comprendre le fonctionnement du cerveau est l’un des enjeux de la convergence des technologies à la fois parce qu’il est devenu un objet de technologie, mais également parce l’étude de son fonctionnement permet d’envisager des technologies pour dépasser ses limites. C’est ce que va essayer de nous faire comprendre Rémi Sussan dans ce dossier d’InternetActu.

Lorsqu’on parle d’agir sur le cerveau, le moyen le plus ancien, le plus spectaculaire (ce qui ne signifie pas forcément le plus efficace) passe par la chimie. “Ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est la pipe”, disait déjà le poète Roger Gilbert-Lecomte (que l’abus de Laudanum allait tuer prématurément). L’un des premiers textes de l’histoire, le Rig Veda hindou, ne nous dit-il pas : “Nous avons bu le Soma, nous sommes devenus immortels, nous avons connu les dieux.” On s’interroge encore sur ce mystérieux Soma : pure métaphore ? Elaboré à partir de l’Amanite tue-mouche, de la psilocybine, ou du cannabis ? Dérivé de l’éphédrine, dans laquelle on a cru voir un moment un parfait exemple de “drogue intelligente” (ou smart drug, désignant des produits toniques avec une toxicité très faible) avant que ses dangers pour la santé n’apparaissent ? On ne saura sans doute jamais…

Toujours est-il que 3000 ans après, le sujet fait encore débat. Il a été relancé il n’y pas bien longtemps lorsque la revue Nature a publié un manifeste coécrit par une équipe de chercheurs sous la houlette du professeur de droit Henry Greely : “Pour un usage responsable des drogues d’amélioration cognitive chez les sujets sains” (.pdf).


Image : Si c’était si simple, par ZebraPaperClip.

Quelles drogues prendre ?

Le cerveau est une machine complexe, les différents produits agissent chacun à leur manière, altérant des fonctions variées.

Les cholinergiques, par exemple, agissent sur les récepteurs de l’Acethylcholine, un neurotransmetteur connu pour son rôle dans la mémoire. Le Piracetam est le plus connu et le plus ancien de ces produits. Un autre produit de cette famille, leDonépézil est utilisé en général pour atténuer les effets de la maladie d’Alzheimer.

Il est possible aussi d’agir sur la Dopamine, qui gère, entre autres, la concentration, le plaisir et la motivation. Parmi les nombreux ingrédients capables d’augmenter le niveau de cette précieuse molécule, on en mentionnera un qu’on trouve naturellement dans le thé, la L-Théanine, qui agit sur les niveaux de stress et augmente les capacités de concentration.

Aujourd’hui, de nouveaux produits font parler d’eux : au premier plan d’entre eux, la Ritaline. Ce produit est d’une efficacité certaine sur les enfants atteints de “Troubles du déficit de l’attention” ou hyperactivité. Mais quel est son effet exact sur des sujets sains ? Pour certains, s’il booste la concentration, ses effets sur la créativité seraient nuls, voire négatifs. Le Modafinil, surtout utilisé pour combattre la fatigue, fait également beaucoup parler de lui. Il agirait à la fois sur la Dopamine, la Sérotonine (qui aide au repos), et la Noradrénaline (qui aide à la concentration). Selon Anders Sandberg, du Future of Humanity Institute d’Oxford et grand spécialiste de ces “nootropiques” comme on appelle ces produits qui modifient la pensée, le Modafinil pourrait bien être considéré comme “la première drogue susceptible réellement d’augmenter l’intelligence“. Même si, là encore, cette drogue n’est pas sans effets secondaires (agressivité, anxiété, rôle sur le sommeil…), comme le rapportent certains de ceux qui l’ont testé.

Questions d’éthique ?

Dans leur article pour Nature, les auteurs du manifeste pour les drogues d’amélioration cognitive analysent les réticences à l’idée de généraliser cette classe de médicaments. Ils commencent par rejeter l’objection philosophique selon laquelle l’usage de méthodes chimiques d’amélioration ne serait pas “naturelle”.

“L’usage de drogues peut apparaître comme un type d’amélioration spéciale, parce que provoquant des altérations dans le fonctionnement du cerveau, mais on a pu montrer que c’était aussi le cas de toute intervention susceptible d’améliorer la cognition. De récentes recherches ont démontré l’existence de modifications neurales bénéfiques obtenues grâce à l’exercice, la nutrition, le sommeil, ainsi que par la lecture ou l’éducation. Bref, les drogues d’amélioration cognitives sont moralement équivalentes à d’autres méthodes plus familières d’amélioration.”

Reste que si les effets sont les mêmes, l’acceptation sociale des drogues, par rapport à d’autres techniques qui nécessitent des efforts ou de l’attention, est encore loin d’être admise.

Dans leur manifeste, les auteurs réclament également une politique responsable et libérale qui laisserait les individus choisir les produits qui leur conviennent, tout en mettant en place des structures politiques qui permettraient d’éviter la coercition (“obliger” certaines personnes à prendre ces drogues) et les fractures économiques (seules les riches auraient accès à ces molécules) ou les abus divers et variés. Ils proposent aussi la mise en place d’un programme de recherche sur l’usage de ces médicaments par des sujets sains. En effet, les auteurs ne versent pas dans l’angélisme. On ne sait pas encore bien quels pourraient être les effets secondaires à long terme de tels produits. De plus, des conséquences acceptables pour une personne malade le sont beaucoup moins pour une personne en bonne santé : par exemple, “un médicament qui restaurerait de bonnes fonctions cognitives chez des personnes atteintes de démence sénile, mais qui causerait de sérieux problèmes médicaux pourrait être jugé suffisamment sûr pour être l’objet d’une prescription médicale, mais les risques seraient inacceptables pour un individu sain cherchant une amélioration”.

Les auteurs semblent plus mal à l’aise avec le problème de la coercition. Peut-on forcer certaines personnes et notamment des soldats, ou pire encore des enfants, à prendre ces drogues ? Pour ces chercheurs il faut bien entendu éviter la coercition directe (sauf dans le cas où la prise du produit augmenterait la sécurité de celui qui la prend ou des personnes qui lui seraient associées, par exemple dans le cas d’une molécule qui augmenterait le talent d’un chirurgien lors d’opérations complexes), mais aussi la coercition indirecte, à l’école ou à l’entreprise. Sur ce point, leur recommandation nous semble appartenir au domaine des voeux pieux. Comment peut-on se prévenir de la coercition indirecte, c’est-à-dire de la pression sociale ou de ses pairs ? Comment éviter que les utilisateurs de drogues d’amélioration se trouvent avantagés au sein d’un milieu social où la compétition est la règle (et ce, même si ces produits s’avèrent destructifs à long terme, où s’ils produisent une modification de la personnalité indésirable pour l’usager !) ? Du reste, l’usage même du terme “d’amélioration” peut être interprété comme une forme de coercition indirecte, de pression : en effet, quelle personne saine d’esprit pourrait refuser de se faire “améliorer “? Même si cela ne suffisait pas à résoudre toutes les questions que posent la polémique, un terme plus neutre, comme celui de “modification” ou “d’altération”, permettrait peut-être un débat plus équilibré ?

Des puces aux ondes magnétiques… jusqu’à la lumière

Les amateurs de science-fiction imaginent volontiers une autre manière de changer le cerveau : y introduire des dispositifs électroniques, des implants qui changeraient notre rapport à l’intelligence et feraient de nous des cyborgs mentaux. Une approche dont Kevin Warwick s’est fait le champion, à coup de démonstrations spectaculaires, mais peu innovantes sur le fond (hormis le fait d’être introduites dans le corps).

Mais il existe déjà des technologies électroniques capables de produire des effets sur notre cerveau. Au premier plan desquelles on trouve la stimulation magnétique transcraniale (TMS). Cette opération consiste à envoyer des impulsions électromagnétiques à travers le crâne pour stimuler ou inhiber certaines parties du cerveau. Cette technique est de plus en plus en plus utilisée en thérapie, contre la dépression, et même, selon certaines recherches, comme traitement de l’autisme. Mais certains souhaitent aller plus loin : pour Allan Snyder du Centre pour l’esprit à Sidney, on pourrait utiliser la TMS pour stimuler la créativité. Dans une expérience impliquant 17 sujets, Snyder a ainsi affirmé avoir pu augmenter leur talent de dessinateurs en moins de 15 minutes !

Snyder a été inspiré par l’exemple des savants autistes, comme Kim Peek, qui inspira Rain Man. Ces personnages semblent en général complètement inadaptés à leur environnement, sauf dans un certain domaine dans lequel ils excellent. “Ma recherche”, explique-t-il dans le New Scientist (.pdf)“part de l’idée que vous pouvez activer certaines capacités extraordinaires en débranchant une partie du cerveau”. Un “débranchement” qu’il obtient précisément grâce à la stimulation magnétique transcraniale.

Vous êtes sceptiques ? Moi aussi. Pourtant Snyder est une personnalité reconnue du monde scientifique – il est même l’un des quatre entrepreneurs à l’origine de la startup Emotiv systems qui commercialise Epok, l’un des premiers casques d’interface cerveau-machine dédié au grand public. Quoi qu’il en soit, la TMS ne pouvait que fasciner les “cognhackers” ! On ne s’étonnera donc pas de l’existence d’un projet openrTMS, qui se propose de construire et publier les spécifications d’un système de TMS en open source, à faire soi même !

Aux ondes magnétiques, on peut aussi rajouter l’influence de la lumière.

Ici encore, on frise apparemment la pseudo-science, mais il y a au moins un cas vérifié et bien documenté. En 1997, 618 adolescents sont hospitalisés à la suite du visionnage d’un épisode des Pokemon dans lequel Pikachu émet une série rapide d’éclairs rouges et bleus. 11 000 adolescents ressentiront un malaise.

Ces enfants sont en fait sujet à une forme assez rare épilepsie, l’épilepsie photosensible… C’est à cause de ce désordre nerveux qu’il existe aujourd’hui un avertissement sur tous les jeux vidéos.

En partant du principe que si quelque chose est assez puissant pour faire du mal aux gens, il peut aussi leur faire du bien (et réciproquement), peut-on utiliser la lumière pour améliorer notre cerveau ? De fait, la première machine de cognhacking fonctionnait sur un principe assez analogue à l’épisode des Pokemon. Créée dans les années 50 par le peintre beatnik Brion Gysin, grand ami de l’écrivain William Burroughs, la “dream machine” était constituée d’un cylindre perforé de divers orifices tournant sur un mécanisme (un tourne-disque 78 tours faisant l’affaire), de façon à exposer le spectateur, les yeux fermés, à 8 à 10 flashs lumineux par secondes. Selon Gysin et Burroughs, cette succession d’images lumineuses était susceptible de provoquer des effets hallucinogènes, voire des crises mystiques, chez les utilisateurs. Il existe aussi des Dream machines en ligne (aucun effet de mon côté, mais peut être n’ai-je pas attendu assez longtemps ?), mais attention si vous êtes sujets à l’épilepsie photosensible ! Environ 1 adulte sur 10 000 serait sensible à cette forme d’épilepsie et ce nombre doublerait chez les enfants.

En fait, Burroughs et Gysin avaient probablement redécouvert la méthode de Jan Purkinje,présentée par Jonah Lehrer dans le Boston Globe. Ce pionnier des neurosciences (1787-1869) avait coutume, lorsqu’il était enfant, de se placer face au soleil et de déplacer rapidement sa main devant ses yeux, les doigts légèrement écartés. Il pouvait alors faire apparaître des images mentales de plus en plus complexes et précises.

Certains nourrissent beaucoup d’espoirs sur le pouvoir de la lumière. Ainsi l’écrivain Terry Pratchett, bien connu des amateurs de fantasy pour ses livres à l’imagination débridée, a appris récemment qu’il était atteint de la maladie d’Alzheimer à l’âge précoce de 59 ans. Il est en train de tester une étrange machine projetant des flashs de lumière susceptibles, pensent ses concepteurs, de ralentir la progression de sa maladie. Espérons pour lui qu’il s’agit d’une recherche sérieuse, mais certaines analyses permettent d’en douter.

L’usage de ces technologies plus ou moins invasives n’a pas fini de susciter des interrogations, tant à propos de leur efficacité réelle que de leur danger supposé. Les peurs suscitées sont aussi intenses – et justifiées – que les espoirs qu’ils font naitre.Comme le disait dès 2004 le prix Nobel Alan Kandel, il se pourrait que “la capacité de l’humanité à altérer ses fonctions cérébrales pourrait bien transformer l’histoire autant que le développement de la métallurgie à l’âge de fer, de la mécanisation pendant la révolution industrielle ou de la génétique pendant la seconde moitié du XXe siècle.”

Toujours est il que, malgré les objections pertinentes des auteurs du manifeste deNature, l’usage de produits chimiques apparait toujours comme une tricherie, contrairement à la mise en place d’un système d’apprentissage et l’usage d’exercices. L’usage de tels produits ne va-t-il pas mettre en danger tout notre échafaudage culturel basé sur la notion de travail, d’effort, de responsabilité ? Et si nos fonctions mentales sont susceptibles d’être si aisément manipulées, qu’en est il de la réalité de notre personnalité, de notre existence même en tant qu’individus ?

Rémi Sussan

Ce dossier est paru originellement de janvier à février 2009 sur InternetActu.net. Il a donné lieu à un livre paru chez Fyp Editions : Optimiser son cerveau.

Comprendre le fonctionnement du cerveau est l’un des enjeux de la convergence des technologies à la fois parce qu’il est devenu un objet de technologie, mais également parce l’étude de son fonctionnement permet d’envisager des technologies pour dépasser ses limites. C’est ce que va essayer de nous faire comprendre Rémi Sussan dans ce dossier d’InternetActu.

Le champ des exercices cérébraux a fait beaucoup parler de lui ces derniers mois, en partie grâce aux campagnes publicitaires de Nintendo concernant ses jeux :Docteur Kawashima (Brain Age en anglais sur DS) et Cerebral Academy (Wii). En dehors de l’effet de mode et des arguments publicitaires, il semble bien qu’il soit possible de domestiquer le cerveau par une série d’exercices : presque tout le monde est d’accord là-dessus ! Mais un certain nombre de questions continuent à se poser, et notamment de savoir quels exercices effectuer.

La première d’entre elles nous place d’emblée dans le domaine du marketing, puisqu’elle peut être formulée de manière très prosaïque : faut-il payer pour des exercices cérébraux, et combien ? Un jeu Nintendo comme Dr Kawashima est-il plus efficace qu’une partie d’échecs, des mots croisés ou des grilles de sudoku ?

Y’a-t-il de “bons” exercices pour le cerveau ?

Que penser par exemple de cette expérience effectuée dans une école britannique, à Dundee, au cours de laquelle des enfants entrainés avec Dr Kawashima ont vu leurs résultats en mathématiques améliorés considérablement par rapport à deux autres groupes tests, l’un qui ne faisait rien de particulier et l’autre qui utilisait une méthode dite de brain gym une espèce de gymnastique physique supposée améliorer les performances cognitives et enseignée dans de nombreuses écoles au Royaume-Uni ?

On peut en déduire, qu’il vaut mieux utiliser ce jeu vidéo que de ne rien faire, ou que de se contorsionner selon cette gym un peu spéciale (et d’ailleurs elle aussifortement controversée). Mais cela serait prendre ces résultats au pied de la lettre.

Alain Lieury, professeur de psychologie cognitive de l’université de Rennes, a menéune série d’expériences qui montre au contraire que des enfants effectuant des exercices classiques de logique et de mathématiques avec un crayon et un papier font autant de progrès dans les domaines mathématiques que ceux qui utilisent une Nintendo DS, tandis que ces derniers se débrouillent plutôt plus mal en mémorisation que leurs équivalents “prénumeriques”. Autrement dit, Dr Kawashima, c’est du marketing.

C’est oublier peut-être rapidement le plaisir. Explorer le comportement d’enfants lors d’une expérience est une chose, c’en est une autre de demander à sa progéniture de faire un calcul avec un papier et un crayon alors qu’il pourrait jouer avec sa DS. Mais on sort alors du domaine de la pure efficacité des exercices pour entrer dans celui du plaisir, et donc, d’une certaine manière, de l’art.

En fait, l’entente n’est pas parfaite sur ce qui constitue un bon exercice d’entrainement mental et sur le rôle de la motivation dans son succès. Par exemple, la société Posit Science propose un système basé essentiellement sur le son. Selon eux, le déclin cognitif est lié à une difficulté grandissante à filtrer les informations. Le son présenterait un bon moyen de s’entraîner à séparer le “signal” du “bruit”. MaisBernard Croisille, neurologue aux hôpitaux de Lyon, et cofondateur de la société SBT, société proposant elle aussi des exercices cérébraux, comme le systèmeHappyneuron, est réservé sur la technologie Posit. Il a expliqué lors d’une récente conférence du programme Plus longue la vie que, selon lui, les exercices proposés par la société américaine ne sont pas assez variés et que la sensation d’ennui qu’ils procurent rend difficile leur usage sur le long terme.

Les jeux vidéos entraînent-ils notre cerveau ?

Mais si le plaisir et la variété apparaissent comme des éléments fondamentaux d’un système réussi, ne peut-on pas se demander si les bons vieux jeux vidéos, en proposant une immersion et donc un plaisir encore plus intense que les exercices Nintendo, ne boosteraient pas encore mieux le cerveau ?

Pour Bernard Croisille, les jeux vidéos donnent un rôle démesuré à la vitesse : il faut jouer rapidement. Une erreur à ne pas commettre, en tout cas si on s’adresse à des joueurs un peu âgés qui n’ont plus les réflexes d’autrefois. C’est d’ailleurs un des défauts des jeux d’entrainement proposés par Nintendo.

Mais certains jeux du commerce ne demandent pas de réflexes prodigieux. Une équipe de recherche de l’université de l’Illinois a ainsi effectué une étudesur l’influence d’un jeu de stratégie, Rise of nations, sur les capacités cognitives de 40 seniors, qui jouèrent pendant plus de 23 heures… Il s’est avéré que ce groupe a pu améliorer ses performances dans différents domaines, comme la capacité de raisonnement, la mémoire visuelle à court terme et surtout la capacité de changer rapidement de tâche et la mémoire de travail. Celle-ci est en quelque sorte le “buffer” (pardon pour cette métaphore informatique) de notre esprit. C’est là que nous stockons des souvenirs à très court terme, utiles lors de tâches que nous accomplissons. Par exemple, si vous faites une opération de calcul mental un peu difficile, comme une multiplication à deux chiffres, c’est dans cette mémoire de travail que vous allez stocker les résultats intermédiaires ou les retenues nécessaires pour terminer votre calcul. Autant d’informations que vous pourrez oublier aussi sec une fois le résultat trouvé.

En revanche, Rise of Nations n’a pas permis aux sujets d’effectuer des progrès notables sur la capacité à retenir une liste de mots ou d’autres tâches mémorielles plus classiques.

Mais qu’en est-il des plus jeunes ? Pour Stephen Berlin Johnson, auteur d’un livre au titre délicieux, Everything bad is good for you (Tout ce qui est mauvais est bon pour vous), les jeux vidéos, au côté des séries TV contribuent grandement à l’effet Flynn. Ce nom désigne un phénomène constaté (et contesté - l’article de la Wikipédia française étant beaucoup plus critique que la version anglo-saxonne) par les psychologues : la montée étonnante du quotient intellectuel au cours du dernier siècle. Pour Johnson, les médias, et singulièrement les plus méprisés, joueraient un rôle non négligeable dans cette progression. Les jeux, explique-t-il, entrainent les capacités de planification et de décision. Les séries télé, dont la complexité ne cesse de croitre (une série comme les Sopranos contient une multitude de sous intrigues à corréler et à mémoriser). Pour démontrer que les séries récentes sont bien plus complexes que les anciennes, Johnson trace dans son livre le graphe du réseau social de Dallas et le compare à celui de 24 heures : le second est bien plus riche, tant par le nombre des éléments qui le constituent que par celui des relations existant entre eux. Même les reality shows style Koh Lanta (qui entraineraient notre intelligence émotionnelle par l’observation des stratégies sociales et affectives des joueurs) auraient un impact positif sur notre mental !

Jusqu’où les exercices peuvent-ils changer notre mental ?

Les exercices ont parfois des effets très profonds et inattendus. C’est le cas du “dual n-back”.

En avril 2008, Alexis Madrigal présenta avec enthousiasme dans Wired les résultats obtenus par Suzeanne Jaeggi et Martin Buschkuehl avec ce test (.pdf). Son principe est le suivant. On présente à une personne deux stimuli différents simultanément : l’un visuel, l’autre auditif. Et cette personne doit les garder en mémoire pour détecter s’il se répètent. Par exemple, on présente à un sujet à la fois à un carré bleu pouvant se trouver dans neuf positions différentes sur une grille, tandis qu’est prononcée une lettre de l’alphabet. A charge pour le cobaye de se souvenir si la même lettre, ou le même motif, ont été déjà utilisés deux coups en arrière. Quand on est fort à ce jeu (si vous souhaitez tester), on peut travailler sur trois, quatre ou cinq coups en arrière… La documentation de Brain Workshop, une version open source du dual n-back affirme que certains sont capables de monter jusqu’à 11 coups !

Selon les chercheurs, ce test aurait la capacité d’améliorer ce qu’ils nomment “l’intelligence fluide” : autrement dit la capacité de repérer des modèles, des structures, et de trouver de nouvelles solutions face à des situations inédites. Un style cognitif à l’opposé de “l’intelligence cristallisée”, qui repose sur l’usage d’un socle de connaissances déjà stockées dans notre cerveau.

Mais il y a mieux. Dans le cadre de l’intelligence fluide, les compétences acquises se transfèrent. En conséquence, quelqu’un qui aura exercé son intelligence fluide sera capable de s’améliorer dans d’autres domaines, sans rapport immédiat avec l’exercice d’origine. Ainsi, explique Madrigal, il est facile d’augmenter les résultats d’un test de QI en passant de nombreuses fois le test : mais tout ce qu’on fait, c’est devenir meilleur dans l’exécution des tests de QI. Pour le reste, on n’a pas forcément progressé. Mais le dual n-back semble différent. D’après l’expérience de Buschkuehl et Jaeggi, il semblerait qu’après s’être exercés pendant 25 minutes par jour au dual n-back, les cobayes se seraient montrés capables d’augmenter de 40% le taux de réponses exactes à un test de QI qui comporte des questions, qui, répétons-le, n’ont pas de rapport direct avec le dual n-back.

L’effet de ce jeu serait en fait d’augmenter deux capacités liées à l’exercice de cette intelligence fluide : la mémoire de travail et le contrôle de l’attention.

Une fois encore, on voit à quel point le cerveau est une machine complexe, qui va à l’encontre de nos habitudes de raisonnement. En général, nous cherchons à isoler les variables. Travailler la mémoire, eh bien, ça sert à augmenter la mémoire. Mais on voit ici qu’améliorer un certain type de mémoire augmente un certain type d’intelligence. Et ce n’est pas tout. L’équipe de Torkel Klinberg de l’institut Karolinska à l’université de Suède a cherché à comprendre quels étaient les effets d’un travail intensif sur la mémoire de travail au niveau le plus bas du cerveau, sa chimie. Il s’avéra qu’une amélioration de la mémoire de travail tendait à augmenter le nombre des récepteurs à la dopamine.

La dopamine est libérée pour nous récompenser d’une action réussie. Ce n’est donc pas réellement une “drogue du plaisir” qui nous laisse heureux et béats, mais plutôt une “carotte” qui nous est donnée lorsque nous avons fait la preuve de nos compétences. Un niveau insuffisant de dopamine peut entrainer toute une série de désordres comme les déficits de l’attention, voire la schizophrénie. Quelqu’un qui manque de dopamine ne pourra pas fixer son attention, car il ne sera pas récompensé de ses efforts et perdra vite toute motivation.

On voit encore comme les choses sont compliquées : la mémoire de travail joue un rôle à la fois comme composant d’un certain type d’intelligence, mais aussi dans la production d’un neurotransmetteur jouant manifestement un rôle émotionnel sur notre caractère !

De simples exercices peuvent provoquer des modifications très profondes sur le fonctionnement de notre esprit. Mais l’on voit bien que ce n’est pas n’importe quels types d’exercices : selon leur action sur différentes zones de la mémoire et de l’intelligence, leur effet peut-être réel ou… inexistant.

Rémi Sussan

Ce dossier est paru originellement de janvier à février 2009 sur InternetActu.net. Il a donné lieu à un livre paru chez Fyp Editions : Optimiser son cerveau.

Via Scoop.itCoaching de l’Intelligence collective

Le stress est la « maladie du siècle ». Nous nous sentons stressés par notre rythme de vie, notre travail, les transports, etc. Or une vie très stressante favoriserait l’apparition de maladies neurodégénératives. Mais le stress renforce aussi aussi l’attention, la mémoire et les capacités d’apprentissage. Comment le contrôler efficacement ?

Tous les deux mois Cerveau et Psycho décrypte le fonctionnement du cerveau et vous livre des clés pour mieux comprendre vos comportements et ceux d’autrui. Pourquoi vous mettez-vous en colère ? Pourquoi rougissez-vous ? La maladie d’Alzheimer, quels traitements ? Dans chaque numéro, retrouvez : – Des articles de psychologie : le comportement au travail, la séduction, la violence sociale… – Des articles de neurobiologie : la migraine, la mémoire, les illusions – Des dossiers de synthèse : les rêves, les émotions, les dépendances aux drogues… – Des débats, des rubriques, des interviews Et désormais chaque trimestre depuis février 2010, L’Essentiel Cerveau et Psycho vous propose un dossier complet sur une question de psychologie ou de neurobiologie.
Via www.viapresse.com

Via Scoop.itCoaching de l’Intelligence collective

Maîtriser votre concentration. Un pouvoir qui mène vers l’extase de tous (sportif, sicentifique, religieux, managers, artistes, amoureux, etc..).   Toutes les techniques au banc d’essai!

Le cerveau attentif, contrôle et lâcher-prise
Développer l’attention des enfants   Au pays de l’écologie cognitive et des nouvelles technologies, différentes méthodes existent et rivalisent de promesses. Le Monde de l’Intelligence a sélectionné pour vous 5 techniques à mettre en œuvre.

Via mondeo.fr

Comprendre le fonctionnement du cerveau est l’un des enjeux de la convergence des technologies à la fois parce qu’il est devenu un objet de technologie, mais également parce l’étude de son fonctionnement permet d’envisager des technologies pour dépasser ses limites. C’est ce que va essayer de nous faire comprendre Rémi Sussan dans ce dossier d’InternetActu.

C’est la crise. Le patient château de cartes élaboré au fil des dernières années par les institutions financières s’est effondré d’un seul coup. Une occasion – de plus – pour constater les limites de la croyance en l’homo economicus, animal rationnel qui sait en toutes circonstances choisir ses options en fonction de son intérêt bien compris.

Nous avons vu que le cerveau humain ne correspondait guère à un ordinateur de type PC, en ce qui concernait les entrées-sorties ou la mémoire… Un coup d’oeil sur la manière dont il prend les décisions nous fera comprendre que le cerveau n’est pas, et de loin, une CPU classique (Central Processing Unit pour “Unité centrale de traitement” c’est-à-dire le processeur d’un ordinateur qui interprète les instructions et traite les données d’un programme). Notre raisonnement abstrait n’est pas seulement influencé par le corps, les émotions, et les sens ; bien plus que cela, il est bâti dessus. Pour le linguiste cognitif George Lakoff, même l’architecture la plus abstraite conçue par l’homme, les mathématiques, repose finalement sur un ensemble de métaphores qui trouvent leur origine dans le corps. Dans son livre, Philosophy in the flesh (Philosophie dans la chair), il résume ainsi sa conception de l’esprit :

“L’esprit est fondamentalement incarné.
La pensée est la, plupart du temps inconsciente.
Les concepts abstraits sont largement métaphoriques.
Voici les trois découvertes majeures des sciences cognitives. (…) A cause de ces découvertes, la philosophie ne pourra plus jamais être la même.”

L’intuition et la raison

Selon Jean-Michel Cornu, le neurologue Alain Berthoz divise en deux circuits nos capacités de décision : il y a les “voies courtes”, capables de réagir en 80 ms, et donc idéales pour faire face aux dangers, et les voies longues, qui correspondent à la “pensée” au sens où on l’entend habituellement.

D’autres préfèreront opposer les différentes parties du cerveau. C’est le genre de choses qu’on voit dans les analyses utilisant l’imagerie par résonance magnétique (IRM) tant prisées par les adeptes du neuromarketing. On évoque alors l’activité de l’amygdale (qui réagit face au danger) du cortex préfrontal, qui correspond à nos capacités de planification et de décision, etc. Mais il n’est pas toujours facile d’associer une fonction mentale avec une zone du cerveau. Un économiste comme Terry Burnham simplifie les choses en se contentant d’opposer l’ancien cerveau (Burnham parle du “cerveau du lézard” dans son livre Mean Markets and Lizard Brains), celui qui s’est progressivement développé au cours des millions d’années d’évolution et le cerveau moderne, celui qui héberge nos facultés de raisonnement abstraites. Mais en fait, point n’est besoin d’entrer dans des considérations anatomiques. On peut voir les choses de manière complètement abstraite. C’est largement suffisant pour notre hypothétique cognhacker, qui se pose les questions pratiques (Que faire ? Comment ça marche ?).

Ainsi, le philosophe Nassim Nicholas Taleb, dans son livre Le Cygne noir, la puissance de l’imprévisible, récemment traduit, oppose simplement le “système 1″ au “système 2″… Le “système 1″ est ce qu’on nomme l’intuition. C’est un système rapide, reposant largement sur les émotions, mais qui peut commettre des erreurs. Le second est notre pensée rationnelle classique. La plupart des problèmes explique Taleb, arrivent lorsque nous agissons en utilisant le “système 1″ alors que nous croyons employer notre “système 2″.

Mais ce “système 1″ ne doit pas être sous-estimé. S’il est piètre calculateur et dirigé par l’émotion, il est aussi parfois plus perspicace et plus rapide que le cerveau “rationnel”. L’intuition, ce n’est pas juste un truc New AgeLa fameuse expérience de Bechara et Damasio, effectuée en en 1996, en est l’illustration.

Bechara et Damasio ont ainsi proposé à leurs cobayes de jouer à un jeu truqué. Selon les piles de cartes que l’on tirait, on pouvait avec certaines gagner ou perdre de petites sommes, mais dans l’ensemble, on gagnait de l’argent. Dans les autres piles, on avait beaucoup plus de chance de tirer de mauvaises cartes et donc de perdre gros. On gagnait ou perdait de plus grosses mises, mais au final on était plutôt perdant.

On a remarqué qu’au bout d’un certain nombre de tirages, les sujets avaient spontanément tendance à choisir de plus en plus fréquemment dans les “bons” paquets, et rechigner à piocher dans les “mauvais”. Ce n’est pourtant que bien plus tard qu’ils se rendaient consciemment compte que les chances étaient inégalement distribuées.

Dans ce cas, on peut remercier le “système 1″. Il s’est rendu compte bien avant la conscience rationnelle de l’anormalité des évènements et a agi en envoyant au corps une série de sensations corporelles (sueurs, sensation d’insécurité…) afin d’éviter au sujet d’effectuer le mauvais choix. A noter que certains patients atteints de lésions cérébrales frontales ventromedianes continuaient de leur côté à piocher dans les paquets dangereux, sans recevoir d’avertissement de leur corps.

On le voit, le cerveau du lézard est souvent bien meilleur pour évaluer les risques que notre pensée linéaire et discursive. C’est pourquoi la Darpa essaie de mettre au point des jumelles capables de court-circuiter le conscient et se brancher directement sur les parties primitives de notre cerveau pour repérer plus efficacement les dangers.

Comment notre cerveau nous protège des risques et comment on peut le tromper

Mais le “cerveau du lézard” n’est pas toujours aussi efficace. Par exemple, il est très effrayé à l’idée de perdre de l’argent. Si on demande à quelqu’un de parier en lui promettant soit une perte de 100 euros soit un gain de 150, sachant qu’il peut parier autant de fois qu’il le désire, il aura tendance à refuser. Pourtant sur plusieurs coups, les risques non seulement s’annulent, mais vont dans les sens du gain. On a statistiquement des chances de terminer la partie 25% plus riche qu’au départ. Mais le lézard n’aime pas le risque. Lorsqu’on propose ce type d’expérience à des patients possédant des lésions dans l’une des parties du cerveau concernées par le processus de décision, ils semblent dépourvus de cette “aversion à la perte”.Autrement dit, des cerveaux défectueux s’avèrent parfois davantage capables d’effectuer de bons investissements que ces cerveaux sains !

Naturellement, si des lésions cérébrales sont en mesure d’influencer nos décisions, de nombreux stimuli sont en mesure d’interférer avec notre rationalité. Dans nos colonnes, nous avons relaté à plusieurs reprises comment notre objectivité pouvait être trompée dans les mondes virtuels par l’aspect de nos avatars : par exemple, un avatar plus grand aura de meilleures chances de réussir une transaction. De même, il vaut mieux qu’il soit fortement sexué, l’androgynie ayant tendance à ne pas favoriser les échanges virtuels…

Dans le monde réel, aussi, nos choix dépendent de conditions tout à fait particulières, au premier rang desquelles on trouve bien sûr les produits chimiques.Une expérience de psychologie sur la confiance donna des résultats particulièrement positifs après que les sujets eurent inspiré un produit contenant de l’Ocytocine via un spray nasal. Cette hormone, qui déstresse et augmente la sociabilité, est produite dans le corps lors de l’allaitement, de l’accouchement et des rapports sexuels… Mais point n’est besoin de recourir à des composants aussi difficiles à trouver. Vous voulez mettre toutes chances de votre côté ? Selon une récente expérience, vos transactions auront plus de chances d’aboutir si vous offrez une boisson chaude à votre partenaire. Lui proposer une boisson glacée aura tendance, littéralement, à refroidir l’atmosphère.

Pour le professeur d’économie comportementaleDan Ariely, nous sommes non seulement irrationnels, mais, aussi bizarre que cela paraisse, notre irrationalité est prévisible. Autrement dit, nous refaisons toujours les mêmes erreurs. Parmi les comportements répétitifs, il y a par exemple l’incapacité de juger un prix indépendamment de son contexte. Ainsi, explique-t-il, nous avons tendance à choisir toujours le produit à coût moyen, à mi-chemin entre le plus onéreux et le meilleur marché. D’où l’intérêt, selon lui, qu’ont certains restaurateurs de proposer toujours un plat hors de prix – afin de pousser les clients à demander celui qui se trouve juste en dessous – un plat dont on aura, bien entendu, optimisé le rendement.

Dan Ariely raconte d’autres expériences quasiment surréalistes. Par exemple,on a demandé à un panel de sujets de se remémorer les trois derniers chiffres de leur numéro de sécurité sociale. Ensuite, on leur a présenté une série de produits à acquérir et leur a demandé : “Combien seriez-vous prêts à payer pour chacun de ces produits ?”. Conclusion : ceux qui avaient les numéros de sécu les moins élevés étaient également ceux qui étaient le moins disposés à payer de fortes sommes. C’est ce qu’Ariely nomme “l’ancrage”. Les sujets avaient été “ancrés” dans leurs évaluations par leur numéro de sécurité sociale.

Notre trop grande confiance en nous est un autre exemple classique de nos biais cognitifs. Posez à quelqu’un une question à laquelle il doit répondre par un nombre, mais dont il a peu de chances de connaitre la réponse (combien d’habitants à N’Djamena ?). Proposez-lui ensuite de fixer une marge d’erreur, de la taille qu’il désire. La plupart du temps, sa réponse sera non seulement fausse, ce qui est normal, mais tombera même en dehors de la marge d’erreur, à laquelle il aura assigné une largeur trop étroite. Nous voulons bien admettre avoir un peu tort, mais nous pensons trop souvent être approximativement justes. Nous ne soupçonnons pas à quel point nous pouvons nous tromper.

Ariely expose de nombreux autres comportements de ce type dans son livrePredictably Irrational et sur son blog.

La politique de l’irrationnel

L’ensemble de ces travaux sur la décision a donné naissance à une nouvelle discipline, la neuroéconomie, également nommée économie comportementale et à son fameux rejeton, le neuromarketing. Mais si le neuromarketing laisse souvent sceptique, la neuroéconomie, elle, n’est pas aussi dépréciée. Cette science qui étudie l’influence des facteurs cognitifs et émotionnels dans les prises de décision joue un rôle important pour comprendre les comportements politiques, et a eu une vraie influence sur le retour des démocrates sur la scène américaine et lors de l’élection de Barack Obama. Notamment au travers de Thaler et Sunstein, auteurs du livre Nudge, improving Decision about Wealth, Health and Happiness(que l’on pourrait traduire littéralement par Coup de coude pour améliorer la décision sur la richesse, la santé et le bonheur - et qui a été traduit en Français depuis)…

Alors que le néolibéralisme imagine que chacun est un acteur économique rationnel, capable de maitriser pleinement ses choix, et que les keynésiens souhaitent réguler le marché soulignant par là que chaque acteur économique ne maitrise pas toutes les conséquences de ses actions, Thaler et Sunstein préfèrent une stratégie de l’incitation : plutôt qu’imposer des règlements, l’Etat “pousserait du coude” (Nudge) les citoyens à choisir les meilleures options à coup de formulations appropriées. Ce qu’ils appellent le “libertarisme paternaliste“. On n’oblige personne à faire le bon choix, mais on oriente insidieusement les gens dans la direction voulue. Les deux auteurs prennent exemple sur les associations de charité qui suggèrent de donner “50, 100, 1 000 ou 5 000 dollars”, sachant que le fait de simplement mentionner des sommes aussi élevées va avoir tendance à augmenter les sommes données. On n’est pas loin de la technique d’”ancrage” de Dan Ariely… Les “architectes du choix”, comme ils nomment les décideurs politiques de demain, se trouvent dans la même position qu’un designer ou un spécialiste des interfaces. Un de leurs plus gros travaux consiste à correctement déterminer l’option par défaut. Celle vers laquelle les gens se laisseront naturellement couler.

“Lorsque vous entrez dans une cafétéria”explique Thaler“vous vous retrouvez généralement en face du bar à salade. C’est une bonne chose, car si vous deviez passer par les hamburgers et les frites avant d’arriver aux salades, vous auriez plus de chances de craquer.”

Ainsi, on peut rendre certaines actions plus complexes, tandis qu’on simplifie celles qu’on souhaite voir adoptées. Par exemple, parmi les coups de coude que suggèrent les auteurs (.pdf), il suffit de ne plus interdire aux motards de circuler sans casque. Mais ceux qui voudront rouler tête nue devront passer un permis supplémentaire. Pour remédier à certains des mauvais comportements du consommateur américain, les deux auteurs suggèrent ainsi que les salariés souscrivent automatiquement au plan d’épargne retraite de leur entreprise, sauf s’ils le refusent explicitement. “Dans le monde idéalisé de l’économie néoclassique”, explique John Cassidy dans la New York Review of Books“cela ne fait pas une grande différence. Les gens rationnels décident de ce qui est le mieux pour eux. En fait, à cause de la tendance à maintenir le statu quo, ou par pure paresse, l’option par défaut compte énormément.” En fait, selon le même article, le nombre de gens inscrits à un tel plan d’épargne passe de 50-60% à 90% lorsqu’une telle mesure d’inscription automatique est mise en place.

On a appris en début d’année que Cass Sunstein était nommé à la tête du bureau des régulations de l’administration Obama. Attendons-nous donc à une série de “nudges” dans les prochaines décisions américaines en matière d’économie…

Nous voici donc avec notre cerveau incarné dans un corps, et dont les perceptions comme les actions se manifestent de façon beaucoup plus embrouillées et complexes que notre éducation ne nous y a préparée. Il est donc temps, maintenant, de tenter un début de réponse à la plus grande des questions philosophiques : et maintenant, on fait quoi ?

Rémi Sussan

Ce dossier est paru originellement de janvier à février 2009 sur InternetActu.net. Il a donné lieu à un livre paru chez Fyp Editions : Optimiser son cerveau.

Premier Commandement
Tu délimiteras les caractéristiques qui distinguent la science de la pseudoscience.

Deuxième Commandement
Tu distingueras scepticisme de cynisme.

Troisième Commandement
Tu distingueras scepticisme méthodologique de scepticisme philosophique.

Quatrième Commandement
Tu distingueras les propositions pseudoscientifiques des propositions qui sont tout
bonnement fausses.

Cinquième Commandement
Tu distingueras la science des scientifiques.

Sixième Commandement
Tu expliqueras les fondements cognitifs des croyances pseudo-scientifiques.

Huitième Commandement
Tu présenteras aux étudiants des exemples issus de la vraie science, autant que des exemples issus de pseudosciences.

Neuvième commandement
Tu adopteras une seule et même exigence intellectuelle.

Dixième Commandement
Tu distingueras les revendications pseudoscientifiques des revendications religieuses purement métaphysiques.

Comprendre le fonctionnement du cerveau est l’un des enjeux de la convergence des technologies à la fois parce qu’il est devenu un objet de technologie, mais également parce l’étude de son fonctionnement permet d’envisager des technologies pour dépasser ses limites. C’est ce que va essayer de nous faire comprendre Rémi Sussan dans ce dossier d’InternetActu.

On imagine trop souvent le cerveau comme l’organe central supervisant le corps entier. Un organe enfermé dans une boite (crânienne), recevant des nouvelles du monde via les sens et communiquant ses dictats au corps (qui n’est pour lui qu’un appendice secondaire, mais bien utile) pour effectuer des actions. Dans une perspective informatique, le cerveau serait le processeur qui est capable à tout moment de consulter sa mémoire, tandis que les organes sensoriels sont les périphériques d’entrée et le corps dans son ensemble le périphérique de sortie.

Qu’est-ce qui, dans cette description, correspond à la réalité biologique ? En gros, rien.

Le mystère de l’incarnation

D’abord, finissons-en avec la machine à penser enfermée dans une boite. Notre esprit est incarné. Nous pensons avec notre corps. Nous percevons en agissant. L’expérience des chatons de Held et Hein, qui date de 1958, en reste un exemple frappant, malgré son ancienneté. Les chercheurs ont pris un groupe de chatons peu après la naissance et les ont enfermés dans le noir. Une heure par jour, ils les sortaient à la lumière, mais le groupe était divisé. Une première équipe devait se déplacer dans la pièce en tirant une carriole miniature. Les autres chatons se tenaient dans la carriole, immobiles. Au bout de quelques jours, les animaux furent libérés. Le premier groupe, celui des “pilotes”, n’eut aucun problème à s’adapter au monde extérieur, mais les chats “passagers” restèrent comme aveugles : parce qu’ils n’avaient pas pu interagir avec le monde extérieur, ils ne pouvaient donner du sens à leurs perceptions visuelles. Comme l’explique Francisco Varela dans L’inscription corporelle de l’esprit :“voir des objets ne consiste pas à en extraire des traits visuels, mais à guider visuellement l’action dirigée vers eux.”

Un autre exemple particulièrement éclairant est issu des recherches d’Umberto Castiello (.pdf), professeur de psychologie à l’université de Padoue. Celui-ci a démontré que nous avons tendance à esquisser les gestes de préhension d’un objet situé dans notre champ visuel, même si nous n’avons pas l’intention de le prendre dans nos mains. Pour cela, l’équipe de recherche a examiné la manière dont on prend une cerise sur une table, puis ensuite comment on prend une pomme. De façon évidente, l’écart entre les doigts de la main est plus large lorsqu’on saisit la pomme que la cerise ! Mais là où les choses deviennent bizarres, c’est lorsque la pomme et la cerise se trouvent toutes les deux sur une table et qu’on demande au sujet de prendre la cerise. L’écart entre ses doigts sera alors plus large que nécessaire, comme si la seule présence de la pomme obligeait les doigts à s’écarter. Comme l’explique Chris Frith dans son livre Making up the Mind“l’action nécessaire pour saisir la cerise interfère avec mon action d’attraper la pomme.”

Les exemples de ce genre sont multiples. Ils suffisent à montrer que la différence entre les “entrées” et les “sorties” est loin d’être aussi claire qu’on pourrait le penser. Dans l’expérience des chatons, la “sortie” (l’action musculaire) détermine “l’entrée” (la vision). Dans le second cas, “l’entrée” perturbe la “sortie” (le mouvement des doigts).

Ces constats ouvrent la porte à de nouvelles méthodes d’éducation. Selon le Boston GlobeSusan Goldin-Meadow, professeur de psychologie à l’université de Chicago, a découvert que les enfants ayant des problèmes mathématiques s’en tiraient mieux s’ils réfléchissaient en gesticulant. De même, un acteur se remémorera mieux le texte qu’il doit apprendre s’il le fait en bougeant. Aristote, qui enseignait la philosophie en marchant, avait-il déjà entrevu l’existence de ce rapport entre le corps et l’esprit ?

Comme Angeline Lillard, professeur de psychologie à l’université de Virginie, l’a expliqué au Boston Globe, un tel type de recherche validerait les méthodes d’une pédagogue comme Maria Montessori, où les enfants apprennent la lecture, l’écriture ou les mathématiques par la manipulation systématique d’objets : “nos cerveaux ont évolué pour nous aider à vivre dans un environnement dynamique, à y naviguer, y trouver la nourriture et échapper aux prédateurs. Il n’a pas évolué pour nous aider à écouter quelqu’un, assis sur une chaise dans une salle de classe, puis à régurgiter l’information.”

On peut se demander cependant si les enfants qui ont des capacités manuelles limitées ou des problèmes visio-spatiaux, comme ceux qui ont tendance à ladyspraxie, ne se trouveraient pas, eux, handicapés par un tel type d’enseignement. Peut-être ne suffit-il pas de remplacer une méthode “universelle” par une autre ?

On aperçoit là une question qui pose le problème de la neurodiversité, une notion sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir.

La mémoire n’est pas la mémoire

Nous n’avons pas de disque dur interne. Se rappeler, c’est recréer. Et nous ne nous souvenons pas d’un évènement, nous nous rappelons la dernière fois que nous nous en sommes souvenus, ce qui est bien différent. C’est que semble montrer la fameuse expérience “d’effacement des souvenirs” de Nader,Schafe et LeDoux. On a dressé des rats à associer deux stimuli, dans la bonne tradition pavlovienne : par exemple un bruit de cloche et une stimulation électrique. Puis on a laissé mariner les malheureuses bêtes pendant 45 jours, afin de les laisser bien intégrer cette association dans la “mémoire à long terme”. Ensuite, on a réactivé le souvenir en utilisant le premier des deux stimuli. Immédiatement après, on a introduit dans le cerveau du rat un produit chimique effaçant la mémoire à court terme. Le rat était donc incapable de se souvenir de ce dernier évènement. Pourtant, après l’expérience on découvrit que les rats étaient amnésiques. Ils avaient oublié l’association entre les deux stimuli, faites 45 jours plus tôt. En supprimant leur dernier souvenir, les rongeurs avaient perdu la trace de leur souvenir plus lointain.

Pour Jonah Lehrer, journaliste à Seed Magazine et auteur du brillant Proust was a neuroscientist, ce genre d’expérience confirme l’intuition de Proust qui considérait la mémoire non comme un entrepôt d’informations statiques mais comme une constante réactivation et recréation de l’expérience. Comme il l’explique“cela nous montre que chaque fois que nous nous souvenons de quelque chose, la structure neuronale de la mémoire est délicatement transformée en un processus nommé reconsolidation (Freud appelait ce processus Nachtraglichkeit ou “rétroaction”). La mémoire est altérée en l’absence du stimulus original, elle est de moins en moins concernée par ce dont vous vous souvenez et de plus en plus par vous-même”.

Une telle “mémoire créative” est bien sûr aux antipodes de l’archivage d’un disque dur, ou de techniques comme le lifelogging, et donc d’une part de la question de l’identité numérique. Si la mémoire est une création constante, en quoi puis-je être considéré comme étant identique à “mes traces” ? Si mon expérience subjective diverge radicalement de l’accumulation de données concernant mon passé, le risque de ces pratiques ne serait-il pas, non de nous faire perdre la mémoire, comme le craignent certains, mais plus subtilement (et plus dangereusement) d’asservir notre psyché un modèle de la mémoire radicalement opposé à notre mode d’être et surtout non créatif, non stimulant pour le fonctionnement du cerveau ?

On a parlé de l’importance du corps dans la perception. Mais il jouerait aussi son rôle dans la mémoire. En effet une récente étude affirme que la posture corporelle peut influencer fortement le rappel de certains souvenirs. Ceux-ci parviendraient effectivement plus vite à la mémoire si la position adoptée leur correspond. Par exemple, il est plus difficile de se remémorer sa participation à un match de basket si on est assis le dos bien droit sur une chaise, les mains sur la table.

Il existe bien d’autres manières d’évoquer les différences entre le cerveau biologique et les ordinateurs. Voici une une liste qui insiste sur des points différents de ceux abordés ici.

Reste le problème du processeur, de l’unité centrale. Comment raisonnons-nous ? Comment prenons-nous des décisions ? Sur ce point encore, nous divergeons radicalement de l’ordinateur. Nous ne sommes pas des programmes informatiques La rationalité est loin d’être le facteur déterminant de nos pensées et de nos actes, ainsi que nous allons le voir dans la prochaine partie.

Rémi Sussan

PS : Bien entendu, et cet avertissement vaut pour tous les exemples donnés dans ce dossier, il est très difficile de dire que ces expériences “prouvent” quoi que ce soit. Nous ne sommes pas dans le domaine de la physique nucléaire, où les mesures sont très précises. Avec l’humain, on est beaucoup plus dans le flou : la qualité du groupe test, le type d’interprétation adoptée, les méthodes mathématiques utilisées pour les statistiques, tout cela joue fortement dans les résultats obtenus. Il faut donc prendre toutes ces recherches avec une certaine distance. Et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’IRM ne constitue en rien, du moins pour l’instant, un facteur objectif “irréfutable”.

Ce dossier est paru originellement de janvier à février 2009 sur InternetActu.net. Il a donné lieu à un livre paru chez Fyp Editions : Optimiser son cerveau.

L’outil suprême de la mobilisation de l’intelligence collective

Entrez dans la Zone

Entrez dans la Zone

Damien Lafont

Quelle est cette mystérieuse Zone dont parlent de nombreux athlètes?

La Zone c’est cette sensation d’euphorie qui efface le doute et la fatigue. C’est cet état qui survient lors de ces moments où tout semble parfait, tout se met en place naturellement, tout devient simple et fluide. Comme si le corps savait quel est le bon mouvement. Car si la Zone est affaire de mental, notre corps est aussi de la partie.

Damien Lafont apporte un éclairage nouveau et complet sur cette dimension cachée du sport. Il passe en revue toutes les hypothèses et donne sa vision sur ces moments de vie intenses. Une enquête fascinante menée auprès des meilleurs spécialistes du domaine : athlètes, entraîneurs, chercheurs et écrivains touchés ou fascinés par la Zone ; un voyage étonnant !

Jusqu’à présent, cette expérience ne semblait accessible qu’au cercle restreint des champions. « Entrez dans la Zone » nous montre que nous avons en chacun de nous le potentiel pour la créer et nous donne les clés pour y parvenir. « Entrez dans la Zone » est une invitation à chercher, expérimenter, non pas pour trouver la Zone, mais notre propre Zone d’excellence. Un livre étonnant qui change notre vision du sport.

Biographie de l’auteur

Damien Lafont a longtemps joué au tennis sur le circuit des tournois français et participé aux championnats de France universitaires. Brevet d’état de tennis puis diplômé en sciences du sport, il est également Docteur en physique. Apres avoir travaillé au prestigieux Jet Propulsion Laboratory de la NASA, il fait maintenant partager son expérience hors du commun dans le monde du sport et des sciences, à la fois comme auteur spécialiste du tennis, de la perception et du mental et aussi, depuis 2010, comme consultant aux États-Unis pour Mental Training Inc.©

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Voir également extase et performance extrême sur http://hyperconscience.wordpress.com/

ce n’est plus la guerre économique qui importe aujourd”hui c’est la capacité de se remettre en cause psychologiquement et collectivement qui est l’atout majeur des société moderne. C’est cette capacité collectivement de se comprendre, de comprendre le soi collectif pour s’éveiller à des prises de conscience collective. Se transformer collectivement, c’est prendre conscience ensemble de la complexité, accepter le chaos pour sortir vers le haut.

La psychologie du corps social, des organisations, des groupes, pour mobiliser l’intelligence collective, développer la créativité et l’innovation devient un outil majeur de conquête des marchés, d’adaptation, de changements, face aux environnements complexes que nous traversons.

L’importance de la psychologie dans un processus de veille et d’influence

Psychosocio & Engagement changer de comportement psycho sociale

Par Rémi Sussan le 05/04/11 |

Dans un débat sur le posthumain qui tend à s’enliser dans les arguties quasi théologiques sur laSingularité ou la machine intelligente, Mark Changizi explore une voie originale.
Ce spécialiste des neurosciences évolutionnistes, dirigeant la section “cognition humaine” au 2ai Labs, n’est pas complètement inconnu des lecteurs d’InternetActu. Il a dirigé l’équipe qui s’est penchée sur les étonnantes ressemblances entre la structure d’une ville en développement et celle du cerveau humain.

L’avenir n’est ni à la Singularité, ni au cyborg!

harnessed
En avant-goût de son prochain livre Harnessed (qu’on pourrait traduire par “Domestiqués”), Mark Changizi a publié dans un “manifeste” dans Seed Magazine et quelques autres articles, notamment dans Wired et surtout Forbes, où il tient depuis peuune chronique régulière.

Pour lui, les spéculations sur un posthumain hybride associant homme et machine, voire l’idée de l’humain purement et simplement remplacée par son équivalent artificiel, n’ont guère de chances de se réaliser. Les manipulations génétiques ? Encore faudrait-il bien comprendre les liens entre phénotype et génotype, et on en est loin, rappelle-t-il. Quant aux cyborgs, esprits téléchargés et autres machines intelligentes, ce sont des perspectives encore plus futuristes : “Aussi excitantes que ces choses puissent paraître, elles ne se produiront pas. En tout cas, pas rapidement. Pas dans le prochain siècle. Probablement pas non plus dans un millénaire. Peut-être jamais”, prédit-il dans Forbes. Mais de préciser aussitôt après :“Toutefois je ne veux pas que l’on croie que je suis un vieux technophobe ronchon. Je propose une vision alternative, au moins aussi romantique que celle des chats robotiques, des Intelligences artificielles émergentes ou du Borg.” Cette vision, qu’il nomme “l’humain 3.0″ repose sur la reconnaissance des capacités extraordinaires du cerveau humain tel qu’il s’est constitué au cours de l’évolution.

Car les fous de cybernétique font, selon lui, une erreur fondamentale, celle de croire “que notre intelligence et notre corps s’articulent de manière non optimale. Selon leur point de vue, la sélection naturelle serait tellement sujette aux accidents, et surchargée de contraintes liées au développement que le hardware biologique et le software ne sauraient constituer qu’une solution “tout juste correcte” et certainement pas une mécanique de précision. Du coup, il n’est pas étonnant que beaucoup d’entre eux prévoient l’avenir en partant du principe que l’invention humaine – via le génie génétique ou l’augmentation cybernétique via l’intelligence artificielle – surpassera ce que l’évolution nous a accordé et amènera ainsi notre espèce à un niveau supérieur. Ce suroptimisme effréné à propos du pouvoir d’invention humaine se retrouve aussi parmi ceux qui attendent le salut d’une singularité technologique ou qui s’imaginent que le Web pourra un jour devenir intelligent.”

Vers un nouveau recyclage neuronal pour réorganiser notre cerveau

Mais Changizi souligne que, bien au contraire, la structure de notre organisme est beaucoup plus fine, plus subtile que les techno-enthousiastes ne le pensent. Prenant comme exemple son champ d’investigation favori la vison (il a écrit un livre remarqué que le sujet, The Vision RevolutionLa révolution de la vision) :

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“Par exemple, les illusions d’optique… ne sont pas des exemples des pauvres capacités du cerveau, mais, plutôt les conséquences du logiciel révolutionnaire complexe capable de produire des perceptions qui corrigent les latences neurales dans des circonstances normales. (…) Il ne s’agit pas d’un bidouillage “assez bon”, mais de quelque chose de plus que simplement intelligent. Quelque chose de plus brillant que les inventions humaines.”

La thèse de Changizi reprend entre autres les théories du scientifique français Stanislas Dehaene (Wikipédia) qui a montré comment l’évolution culturelle a été capable de “reconfigurer” d’anciennes parties du cerveau pour développer la lecture.

Un tel “recyclage neuronal”, pour employer l’expression de Dehaene, est déjà intervenu selon Changizi à l’aube des temps historiques, transformant le primate hominidé en “humain 2.0″ par l’intermédiaire de trois grandes inventions fondamentales : le langage, l’écriture et la musique.

C’est cette possibilité de réorganiser radicalement notre cerveau que Changizi nomme la “domestication” (harnessing), sujet de son prochain livre. Le propre d’une telle “domestication” de nos facultés innées n’est pas de les transformer du tout au tout, mais au contraire de se baser sur leur mode d’opération pour leur donner une nouvelle dimension, un nouveau champ d’action. Ainsi, l’exemple de l’écriture. Il semblerait qu’il existe une grammaire de formes fondamentales, déjà présente chez l’enfant préalphabétisé. Dans la lignée des travaux de Dehaene, les recherches de Changizi (.pdf) ont semblé établir que ces formes constituent les briques de bases de toutes les écritures existantes. Celles-ci ne sont donc pas des créations purement “artificielles” mais l’aboutissement d’une lente “domestication” de notre cerveau.

Une telle “reconfiguration” de notre système nerveux est-elle encore possible ? Jusqu’ici, en effet, cette reconfiguration a été une propriété émergente sur laquelle nous n’avions aucun contrôle. Avec nos connaissances accrues sur le cerveau et le système nerveux, il serait peut être possible de diriger cette évolution :

“La route à l’Homme 3.0 et au-delà résultera plus que jamais de cette sorte de domestication. Bien que nous ne puissions pas facilement prévoir les nouveaux pouvoirs que nous gagnerons ainsi, nous ne devrions pas sous-estimer l’ampleur potentielle des changements possibles. Après tout, le changement de l’Homme 1.0 en 2.0 a transformé un singe intelligent en un philosophe technologique qui dirige le monde.

La question que nous devrions nous poser est de savoir si l’homme, plutôt que la nature, guidera notre transformation d’homme 2.0 en homme 3.0.”

Comment la technologie va nous y aider

Bien qu’il ne soit pas question pour la technologie de remplacer l’humain, celle-ci peut jouer un rôle fondamental dans cette “domestication”. Par exemple, Changizi est convaincu que la nouvelle technologie des écrans 3D pourrait avoir des répercussions psychologiques bien plus profondes qu’on ne le pense. A condition déjà de lui donner une meilleure définition, et de cesser de parler de “3D” pour parler de “technologie binoculaire”. Lorsqu’on a compris cela, et sachant que la vision binoculaire a joué un rôle fondamental dans le processus d’hominisation, on peut réfléchir à son apport réel. Ainsi, la technologie binoculaire nous permettrait de restituer concrètement le fait de regarder le monde depuis la perspective d’un autre. Pour accroître cet effet, explique-t-il, il ne faudrait pas hésiter à changer la nature de l’image, inclure les parties du corps intégrées dans le champ de vision du sujet (la pointe du nez, le contour des yeux, voire les bras ou les jambes). En bref, la technologie binoculaire serait une version améliorée du bon vieux “plan subjectif” tellement apprécié dans les thrillers. Et lorsqu’on sait à quel point, être “incarné” dans un avatar virtuel peut changer notre perception, on comprend que Changizi voie là un moyen de transformation bien plus puissant qu’un simple parti pris esthétique…

Pour changer l’intelligence, il faut l’utiliser différemment

Si la plupart des spéculations posthumaines reposent largement sur une base mythologique (rappelons que le concept de “singularité” a été principalement popularisé par un auteur de science-fiction, Vernor Vinge, et que la notion d’un “web”, ou pour utiliser la terminologie d’origine, d’un “cyberespace”, devenant conscient est au coeur de la trilogie neuromancienne de l’écrivain William Gibson), il faut s’attendre aussi à ce que l’humain 3.0 génère et exploite ses propres mythes.

Changizi a déjà son idée là-dessus :

“Cette vision de la domestication des facultés humaines est intrinsèquement humaniste et contraste nettement avec celle des cerveaux artificiels aux relents de science-fiction.

Plutôt que par la science-fiction, mon point de vue serait plutôt illustré par un autre genre de fiction, la fantasy et en particulier la magie qu’on y trouve.

Ancienne, impénétrable et puissante, la magie de la fantasy est, par conséquent, étudiée, conservée et révérée. Et, surtout, le pouvoir de magie ne peut pas être dépassé par les simples inventions humaines. Si vous voulez battre la magie, vous devez trafiquer vous-même avec les forces occultes, exploiter les anciens pouvoirs mystiques à vos propres fins.

Les pouvoirs biologiques innés que des millions d’années d’évolution nous ont donnés sont semblables à de la magie. Anciens, impénétrables et puissants, ils devraient être étudiés conservés et révérés. Et, tout comme on ne peut vaincre la magie avec des inventions humaines, nous ne pouvons espérer utiliser des méthodes d’ingénierie pour reconstruire notre corps et notre esprit.

On a accordé à la condition humaine un nombre fini “de pouvoirs magiques,” et la meilleure manière d’avancer consiste à exploiter ces pouvoirs de nouvelle façon. Le moyen d’améliorer notre intelligence n’est pas de la changer ou d’y ajouter quelque chose, mais de l’utiliser tout à fait différemment.”

 Par Clark G. KHADIGE, dba, desg

Si l’habit ne fait pas le moine, il en donne, cependant, l’image.

 

AVERTISSEMENT

Cet article, comme d’autres qui suivront, sont des réflexions personnelles de l’auteur et, donc, n’engagent que lui. Il n’y aura donc pas d’approche dite scientifique, mais pourrait apporter un complément à la réflexion sur le thème de recherche de l’Intelligence d’Entreprise.

 

 

Chaque personne tend, à travers son comportement et sa communication, à donner une image d’elle-même en souhaitant se voir accorder une certaine valeur, ou statut, sociale. Cette valeur sociale se calque sur une identification à une personnalité recherchée dans le but principal de séduire, d’attirer l’attention ou d’accrocher l’intérêt du vis-à-vis. Notons, aussi, que chaque individu perçoit les choses d’une façon différente, très souvent en fonction de sa propre expérience, de son éducation, de son expérience et de sa compréhension des événements qui l’entourent.

 

En fait ce qui se passe, c’est qu’une image est en train de se former sur une identité sociale revendiquée, image que l’on voudrait conserver et par laquelle on souhaiterait être reconnu. C’est surtout la présentation de soi que l’on soigne en adoptant des traits, des comportements ou même des attitudes socialement acceptées, ou trop souvent tolérées. L’expression orale, les intonations de voix, les gestes, mimiques et postures, les vêtements, la coiffure, etc… accompagnent très souvent l’image que l’on voudrait voir se confirmer par les autres.

 

Ainsi, quand deux interlocuteurs se rencontrent pour la première fois, une certaine impression se forme sur la personnalité de l’un et de l’autre, une certaine idée sur leur personne nait de leur approche. Dès les premiers échanges des premiers traits de caractère apparaissent et donne une identité à chacun, basé sur une perception subjective du comportement que l’on suppose, ou que l’on veut, approprié.

 

Mais, cette première image va créer une situation de dépendance par le fait que l’on dépend de l’image que l’on donne, ou que l’on reçoit, et que l’on va tenter de garder le plus longtemps possible. Sans vouloir parler de « concurrence » d’images, les interlocuteurs se trouvent engagés dans une sorte de compétition : quelle est l’image qui va primer ? Quelle est celle qui va marquer le point ? On va donc projeter une image de soi, en recevant celle de l’autre et en tentant d’en évaluer la force. Cette dernière est aussi puissante que celle émise et entre soit en « harmonie » soit en « opposition » avec elle. Une rivalité !

 

Les situations relationnelles ne se ressemblent jamais, les publics sont distincts, variés et entraînent conséquemment l’adoption de plusieurs images. Ainsi, dans une même situation, ou dans un même évènement, parler avec plusieurs personnes individuellement peut traduire l’adoption d’images différentes, souvent contradictoires. Par contre, dans une situation d’ordre professionnel, l’image peut être conservée dans une même période de temps, mais peut varier dans la situation suivante. Ne dit-on pas souvent « l’impression première était … » montrant ainsi la dualité de l’image sociale elle-même ?

 

Mais, comment jouer avec ces différentes images ? Leur jeu peut trahir, traduire un comportement « adapté » sinon « copié », donc non naturel, qui va d’un moment à l’autre lâcher. La situation qui en découlera mettra en avant un ridicule, tout au plus une infériorisation de la personnalité, et relèvera un manque de maîtrise de soi et pourrait entraîner, en conséquence, des mal dire.

 

Tout individu est donc confronté à une multiplicité de situations impliquant chaque fois des partenaires différents, et qui conduisent à des relations interpersonnelles qui ne sont jamais totalement les mêmes. D’où un va-et-vient d’images pleines de convergences et de contradictions. Le danger réside dans le fait d’identifier une personne à une image qu’on n’est pas sûr de retrouver, ou celui de s’approprier une image qu’on n’est pas sûr de conserver.

 

Mais l’image que l’on renvoie pourra être perçue par l’interlocuteur d’une manière contraire à celle attendue. Elle pourra devenir source :

Ø  De malaise si la perception est négative. Elle s’accompagnera d’une certaine anxiété : « va-t’on accepter, apprécier et valoriser », ou « va-t’on détester, aliéner et rejeter » ?

Ø  De bien-être si la perception est positive. Ici, aussi, une certaine anxiété va exister : « le rôle est-il bien tenu ? a-t’on fait suffisamment d’effet ? ». De là, découle la peur, ou l’angoisse, de ne pas mériter l’image positive.

 

Cependant, l’analyse que l’on fait des images que l’on se forme sur les autres, ou celle que l’on veut projeter de soi-même sur l’entourage, montre que l’on désire en tirer un certain orgueil, montrer une certaine fierté et, souvent, afficher un sentiment de dominance ou de supériorité.

 

De tout ça transpire un besoin d’apparaître, de se faire reconnaître au-delà du masque social. L’image que l’on se donne est faite pour impressionner, par conformisme social, dans le but de montrer une supériorité, une infaillibilité. Le choix se présente comme suit :

 

Ø  Etre soi, c’est donner une image positive et aussi proche de la réalité que possible. Il faut qu’elle soit crédible et durable. Elle ne peut l’être que si elle est réelle et véritable.

 

Ø  Etre ce que la situation commande, ce qui entraîne que l’image voulue peut ne pas être celle qui est donnée, car elle dépend de la physionomie, du dire et du faire. Elle est conditionnée par les différents environnements qui ont une forte influence sur le comportement. Elle peut donc être à la fois affective, émotive, rationnelle et conditionnée aussi bien que crédible ou non, supportable ou non, etc.

 

Mais l’image est susceptible d’être remaniée et enrichie. Elle ne peut être définitive que si sa source est réelle et véritable et son efficacité est fonction des situations. Dans la compétition sociale, l’image est conforme aux intérêts du moment : produire un individu autre que lui-même, plutôt que de faire voir un autre lui-même.

 

L’IMAGE SOCIALE

 

Parmi les définitions du mot produit, que l’on trouve dans les livres, on trouve la suivante :

« C’est un symbole complexe dénotant le statut, les goûts, les positions sociales, les aspirations, les besoins et l’intelligence de ceux qui savent accorder plus d’importance aux résultats donnés qu’à l’étalage de luxe. C’est aussi un ensemble de satisfactions qu’on retire de son achat, de sa consommation ou de son utilisation (n.d.) ».

 

Cette définition peut être approchée et comprise sous l’angle de la recherche de l’image que l’individu convoite. Ainsi les termes-clés, tels statut, goûts, position sociale, aspiration, intelligence et satisfaction, traduisent effectivement une image que le produit a et surtout qu’il confère à celui qui l’obtient. Essayons d’établir la relation « termes-clés – image » par la définition de ces mots :

 

  • Ø  Statut : Ensemble des données qui définissent la position d’un individu dans la société. Ces données comprennent principalement le poste professionnel, le revenu annuel, le niveau d’éducation, la classe sociale. Le croisement de ces quatre facteurs crée une position de dominance ou de soumission, d’accessibilité ou d’inaccessibilité, des appartenances à des couches sociales variées, et principalement une image de puissance, de pouvoir et d’autorité[1].

 

  • Ø  Position sociale : principalement traduite par des facteurs d’appartenance à une couche de la population aisée, du point de vue financier, d’éducation et surtout occupant une position professionnelle importante. Ce qui se rapproche beaucoup du statut. La position sociale met surtout en relief le rôle d’influence et de leader d’opinion qu’elle confère à l’individu. Inévitablement l’image qu’elle traduit, ou qu’elle projette sur l’individu, auprès d’autres couches sociales, est une image de pouvoir, état suprême recherché.

 

  • Ø  Goût : Manière ou style dans lequel une chose est faite. Cela fait d’abord appel à une forme particulière de jugement qui distingue ce qui convient, ce qui plait, de ce qui est imposé par des considérations sociales externes. Dans ce cas, l’image a surtout rapport avec un trait de caractère comme la finesse, la délicatesse ou autre.

 

  • Ø  Intelligence de Navigation Sociale [2]: La recherche de l’image est donc une compétition sociale où l’image adoptée est conforme aux intérêts du moment et dictée par une situation ou des circonstances particulières. L’intelligence réside dans le fait de savoir conserver une même image en abordant différentes situations sous un même regard d’analyse et dans lesquelles le comportement ne change pas. Il s’agit de pouvoir « surfer » entre ces situations. 

 

  • Ø  Aspiration : niveau de réussite que l’on désire atteindre. Il serait simple d’associer le mot « aspiration » avec ceux de « ressemblance recherchée » ou « identification et appartenance ». Mais aspiration ne suppose pas seulement le niveau de réussite à atteindre, mais aussi le niveau social auquel on veut croire appartenir. D’où une application inconsciente de la stratégie des 4 i :

 

1.     Identification ou volonté de s’introduire dans un environnement social supérieur, ou différent, en s’adaptant aux comportements relatifs. En un mot, tenter de se positionner dans un entourage en adoptant une image correspondante.

2.   Incitation ou tentative de promouvoir une image qui permettrait d’évoluer dans un environnement nouveau.

3.    Intégration forcée dans un niveau social choisi, par une adhésion totale aux comportements et valeurs en cours. L’image adoptée sera principalement mise en équilibre instable et risquerait de faire chavirer l’individu par un retour inconscient, un « oubli d’image », à sa nature propre.

4.   Investigation ou appréhension du degré de satisfaction escompté. L’image, avant d’être définitive et fixée dans le nouvel environnement, devra passer par différentes phases d’adaptation, c’est-à-dire que l’individu adoptera plusieurs images avant de choisir celle qui lui permettra d’évoluer plus ou moins aisément et qui sera conforme à la situation sociale de cet environnement.

 

Cependant, l’individu devra faire face à des obstacles qu’il lui faudra surmonter afin de mieux « asseoir » l’image qu’il revendique. Ces obstacles sont d’ordre :

 

ð  Personnels, traduits par des facteurs d’agressivité, de manque de sympathie, de modeste degré d’éducation et de compréhension, de monopolisation de l’information, de souci de cacher un manque d’informations suffisantes, de négligence professionnelle, etc…

ð  Psychographiques mis en relief par d’autres facteurs comme le manque d’objectivité, la peur de se voir découvert, la mauvaise perception et compréhension de certains sujets, un manque de prêt d’attention et d’écoute, une évaluation trop hâtive, etc…

ð  Sociaux principalement l’appartenance à un groupe ethnique ou idéologique non conforme ni à la situation ni au nouveau groupe social, le sexe, les préjugés raciaux, la culture, l’expression et la facilité de communication, etc…

ð  Géographiques car l’origine colore souvent les relations qui s’établissent entre individus : complicité et intimité ou refus et rejet total. L’aspiration devra prendre en considération le problème de l’authenticité et de la crédibilité.

 

Ø  Les résultats donnés :   Toute action peut être considérée comme un investissement dans le temps. Celle de l’adoption d’une nouvelle image doit, d’une manière comme d’une autre, assurer une certaine rentabilité à l’individu. Or cette rentabilité va d’abord se calculer en fonction du temps de maintien de cette image : est-elle toujours la même, aussi authentique et aussi crédible qu’aux premiers jours ?

Ø  La satisfaction : A-t’on atteint l’objectif désiré ? Si oui, est-on satisfait de la nouvelle condition d’évolution ? A-t’on réussit à s’identifier à l’image recherchée ou au niveau social choisi ? Le public environnant a-t’il accepté cette image ?

 

Quelles que soient, finalement, les phases de transition, il faut noter que le catalyseur de l’osmose totale est celui de la Communication. C’est elle qui va valoriser l’image à travers une quantité d’actions, de choix et de décisions à prendre.

 

Mais le stress professionnel, celui de l’attention constante porté au comportement adopté, l’attirance du changement, l’émergence des désirs nouveaux, l’individualisme et le conflit issu du MOI naturel qui tente de reprendre le dessus vont, en fin de compte, engendrer un individu « couleuvre » ou « caméléon », à la personnalité indécise et au comportement imprécis. L’individu va donc s’approprier un nouveau langage, s’immiscer dans une nouvelle logique de choix et d’action, s’intégrer dans des principes culturels incontournables.

 

Pour maintenir ce nouveau style de vie, l’individu va devoir adopter des produits conformes à l’image qu’il pense se donner ou projeter aux publics qu’il croise.

 

 

 

COMPORTEMENT ET RESPECT DE SOI 

 

L’individu, dans sa recherche d’image sociale, accorde plus de prix au respect de lui-même qu’à toute autre valeur et a plus tendance à prendre soin de lui, c’est-à-dire à adopter un comportement égoïste et egoïstique. Il recherchera plutôt des produits et des activités qu’il estime propres à améliorer sa santé, son bien-être et surtout l’impression qu’il veut faire sur les autres. Il désirera acquérir le plus de biens possible propres à confirmer ce niveau de distinction qu’il recherche, restera préoccupé par son bien-être et tentera, par l’acquisition de produits, à satisfaire ce besoin.

 

Pour d’autres individus, une demande accrue pour des biens assimilés au conservatisme, aux traditions, à la nostalgie du passé et aux valeurs d’autrefois, s’ajoutera à cette quête d’image.   Il leur semble plus important de payer le prix pour la qualité que de marchander, et d’acheter une meilleure qualité face à des produits bon marché. Pour eux, il n’existe aucune fidélité ni à une marque, ni à un point de vente et sont généralement prêts à essayer toute sorte de produits dans le but de découvrir celui qui va confirmer le mieux leur image sociale. Ils ont une préférence pour des points de vente présentant des thèmes nostalgiques et des décors du passé.

 

Ainsi, pour les individus qui valorisent le respect de soi,  la perception de  la rénovation de leur domicile est vue comme une activité très désirable, contrairement aux individus qui valorisent l’amusement et le plaisir dans la vie, plus que toute autre valeur, et qui sont prêts à consacrer temps, argent et énergie nécessaires pour trouver des produits et des services adaptés à la recherche du confort physique et moral. Ceux-ci retirent autant de plaisir de l’expérience du « shopping » et de la découverte du produit adéquat, aiment s’offrir des produits luxueux et sont fiers de posséder des produits importés dont la caractéristique principale est d’être rares dans leur propre pays.

 

 

CONSOMMATEURS ET POINTS DE VENTE 

 

Quand on observe les consommateurs lors de leurs achats, leur comportement indique souvent dans quel état d’esprit ils se trouvent et quelle est la situation qui justifie ou explique leur présence dans un point de vente donné. On achète ce dont on a besoin dans l’immédiat proche mais peu dans l’esprit de réserve.

 

Cependant, le besoin qui entraîne l’acte d’achat est issu d’une situation socio-psychologique à définir :

 

Ø  La situation du besoin familial et ménager : produits alimentaires, produits, d’entretien, produits vestimentaires, etc…

 

Ø  La situation du besoin social : les produits achetés uniquement lors d’évènements particuliers, ou ceux qui indiquent soit une position sociale ou professionnelle quelconque, soit une image voulue et projetée sur l’environnement proche.

 

L’attention portée aux consommateurs lors de leurs achats, indique que leur comportement varie suivant le type de point de vente dans lequel ils se trouvent. Ainsi l’achat est :

 

Ø  Plus naturel, plus rationnel quand il se fait chez l’épicier du coin. Cela s’explique par les relations de voisinage et les habitudes que chacun prend dans son environnement résidentiel. Les produits achetés sont d’utilisation immédiate mais ne concernent que des produits achetés “un-par-un”, ou presque, comparativement à ceux achetés dans un supermarché. Les achats sont quotidiens et la fréquentation du point de vente est régulière. Il faut noter que le choix des produits dans ce type de point de vente est assez limité mais extrêmement varié. L’épicier du coin a tendance à exposer des produits connus, d’achat répétitif et d’écoulement rapide. Il évite les stocks et est réticent à proposer des produits nouveaux. Notons d’autre part, que les produits vendus sont souvent ceux dont la marge bénéficiaire est plus grande et que les prix sont souvent plus élevés que dans les supermarchés.

L’achat est rationnel car il doit répondre à deux facteurs importants : répondre immédiatement à un besoin, et achat d’un produit dont on connaît déjà la fonctionnalité.

 

Ø  Plus recherché, plus émotif, plus ou moins rationnel dans les points de vente spécialisés. Ce type de point de vente est beaucoup moins courant que l’épicerie habituelle, car il tente de proposer une gamme de produits dont la qualité est soit différente, soit meilleure mais dont les prix sont généralement plus élevés. Mais la gamme de produits offerte est plutôt dirigée vers un type de produits particuliers tels les produits exotiques, les produits rares ou les produits de grand luxe. La fréquentation de ces points de vente est principalement faite par des consommateurs dont le revenu mensuel, le niveau social et professionnel ainsi que le niveau d’éducation est supérieur à la moyenne. Les consommateurs appartenant à la classe sociale A et B+ sont la cible principale de ces points de vente.

 

L’achat est émotif car il va principalement traduire et confirmer l’image que le consommateur a adoptée et qu’il veut renforcer dans ses relations sociales. Les produits seront donc hors du commun ou de qualité ou de prix supérieurs, donc parfois inaccessibles à la majorité des consommateurs moyens.

 

Ø  Plus courant, plus rationnel qu’émotif et influencé par une situation économique personnelle, dans les points de vente à grande surface, (supermarchés, hypermarchés, etc…). Là, le comportement est assez varié et son observation montre que les consommateurs sont très hétérogènes. Notons la grande importance de ces grandes surfaces : elles représentent un centre de socialisation et de sociabilisation non négligeables. C’est là où l’influence des uns sur les autres peut être observée sous un angle psychologique. Les individus tentent de se représenter mentalement la manière dont les autres choisissent, comparent, s’informent, hésitent et sélectionnent. De cette réflexion, ils essayent de se faire une idée sur leur style de vie. Souvent, ils se posent des questions et ouvrent la conversation pour mieux comprendre et de se comparer à eux. De là, part une conception de vie quotidienne nouvelle à adopter, ou une confirmation d’un mieux.

Ainsi la fréquentation de ces points de vente est faite par :

 

1.       Des consommateurs rationnels qui ont tendance à s’informer le plus possible sur la qualité, l’origine, le mode d’emploi, les ingrédients, etc… et qui tentent d’établir un ratio entre le prix, la qualité et le volume offerts. L’acte de choix, puis celui d’achat se font après conviction totale issue d’arguments rationnels solides.

 

2.      Des consommateurs émotifs qui achètent en fonction soit d’un évènement qu’ils préparent, soit parce qu’ils se sentent observés, soit parce qu’ils ont identifié un niveau social dans lequel ils veulent se confondre, soit encore influencés par une situation économique inférieure ou égale à la moyenne.

 

L’achat peut alors être :

Ø  Très émotif : C’est le cas de la fréquentation des points de vente spécialisés en cosmétiques ou en vêtements. Le facteur principal qui influence le choix d’achat est celui de l’image que l’on revendique et désire donner à son environnement social ou professionnel.

 

Ø  Emotif et rationnel : C’est le cas observé dans les achats dits occasionnels : TV, radio, Hi-Fi, machine à laver, voiture, etc… Emotif car le produit acheté doit traduire une certaine image auprès d’un public, mais il est fortement entaché de rationalité puisque le produit doit être performant et offrir le moins possible d’inconvénients. D’où l’achat se fait après réflexion, recherche d’information, comparaison avec d’autres marques, conseils pris auprès de personnes utilisant ce produit, etc… Notons que particulièrement, dans l’achat d’une voiture la recherche principale se fait autour d’un budget que l’on s’est fixé et des conditions de paiements. Mais si l’on recherche les avantages au niveau des performances et des économies d’énergie, on n’en recherche pas moins l’image que cet achat va donner. Dans de rares cas observés, le choix social passe avant le choix des performances.

 

Ø  Conditionné : Tout consommateur se trouve, d’une manière comme d’une autre, conditionné. Son choix n’est jamais totalement émotif, naturel ou rationnel. Ces trois facteurs ne sont, eux aussi, jamais totalement indépendant. Ils existent ensemble, ou par couple, à des degrés différents.

 

Ainsi l’influence des divers environnements conditionne le comportement, l’attitude et change souvent les habitudes prises, modifient le choix et la prise de décision. Les facteurs qui conditionnent principalement le consommateur sont :

Ø Les relations de voisinage, où le « bouche-à-oreille », le « vu » , le « su » favorisent souvent l’adoption d’un produit différent, mais qui souvent, aussi, ne remplit pas entièrement ses fonctions, dont principalement celui de la satisfaction. Ici, encore, la perception de l’image est faussée, puisque le besoin n’est pas véritablement primordial. Notons, pour finir, que l’image sociale personnelle se trouve confrontée à une identification au milieu où le consommateur vit.

 

Ø  Les relations de côtoiement professionnel, (environnement qui crée principalement les relations inter-humaines), qui influent sur la décision d’agir. Ici, aussi, on assiste à la création d’une image faussée par la réalité des relations qui s’établissent dans une même entreprise, où les divergences psychologiques, culturelles, professionnelles diverses apparaissent et créent des situations de confrontation d’image ou de conflits interrelationnels.

 

Ø  Les relations sociales qui s’établissent dans l’environnement des loisirs où l’image sociale est constamment remise en question par les « dires » et les « performances » présentes. L’image est principalement teintée de « rivalités », souvent amicales, mais qui est source de conflits permanents car elle se présente sous une forme de « largeur d’esprit » non conforme à la personnalité propre de l’individu. L’image elle-même a tendance à changer dans des situations où l’intimité et la complicité règnent.

 

Ø  Les messages convoyés par les différents média qui véhiculent une quantité innombrable de messages publicitaires, promotionnels ou autres. C’est principalement la publicité dite « émotive » qui conditionne particulièrement l’individu, puisqu’elle joue sur l’image que le produit possède et qu’il veut donner. On assiste ainsi à une multiplicité d’images qui se succèdent tant par les situations qui prévalent que par les différents produits achetés en fonction d’un besoin ou d’un événement social auquel on participe.

 

Contrairement à la publicité « émotive », la publicité « rationnelle » tente de confirmer l’image que l’individu recherche, (alors que la précédente donne une image). Ce dernier va donc faire appel à ses facultés d’analyse et de compréhension afin de satisfaire aussi bien un besoin physiologique qu’un besoin d’image représentée souvent par les trois derniers échelons de la pyramide des besoins suivant Maslow.

 

Notons que la publicité dite « répétitive »crée un réflexe d’automatisme, acte irrationnel d’achat par excellence.

 

 

ECHELLE DE MASLOW ET CORRESPONDANCES AVEC LES PRODUITS CHOISIS

 

L’échelle des besoins suivant Maslow est très indicatrice des facteurs d’achat, les motivations et certains produits correspondants. Ainsi, suivant cette échelle, nous pourrions noter les points suivants :

 

1.       Les relations Produits-Images avec les besoins physiologiques 

 

Les produits alimentaires correspondants aux besoins physiologiques, apparaissent comme des produits d’achat rationnel. Cependant dans la catégorisation faite sur les produits existant sur le marché, (rares, courants, de luxe, d’achat répétitif ou occasionnels, etc…), ils sont aussi soumis aux facteurs d’émotivité et de conditionnement social. D’un côté on veut se faire plaisir et faire plaisir, et on s’offre donc, ou offre, ce qu’on n’achète pas souvent. Dans certains moments on veut se donner une nouvelle image de soi-même à soi-même pour un espace de temps très court, dans d’autres on veut donner une image différente à notre environnement immédiat. On est donc, à la fois, émotif et conditionné.

 

La décision finale est emportée, souvent, quand le facteur économique est associé à ces deux sentiments. Par cette situation, on augmente, alors, le degré d’émotivité, “donner bonne impression, donc paraître avoir les moyens”, ou d’abandon, “ne pas avoir les moyens de l’image que l’on voudrait se donner”.

 

D’autre part, la motivation principale est celle de la recherche de revenus constants mais évolutifs, afin de pouvoir satisfaire ce besoin d’image. Plus le revenu évolue, plus la qualité des produits achetés est meilleure. Il faudra encourir le risque financier en considérant que le rapport produit/image est déséquilibré et entraîne un nouveau rapport qualité inférieure/image pauvre. Ce déséquilibre peut prendre ses sources dans le besoin d’estime ressenti par l’individu dans l’environnement qui lui dicte alors son choix.

 

 

2.      Les relations Produits-Images avec les besoins de sécurité

 

Répondre à des besoins de sécurité c’est s’approprier des produits, ou des services, conçus pour être protecteurs contre toute forme de danger extérieur. Ces produits, ou services, sont acquis pour action immédiate ou pour action de prévention.

 

Le premier produit auquel on pense est, bien entendu, la maison. Avoir un toit, c’est se protéger contre les intempéries naturelles. Il en est de même pour les habits, (auxquels on ajoute la protection contre les regards mais qui incitent la curiosité parce-que ce qui est caché attire plus). Ici aussi, comme pour les produits physiologiques, l’achat est autant émotif que rationnel. Emotif, car on veut donner une image d’aisance et de confort, rationnel, par obligation, parce qu’on y veut une fonctionnalité totale.

 

Les services répondant au besoin de sécurité, (de prévention), se rapportent surtout soit à la santé, (assurances), soit à la retraite, (produits bancaire du troisième âge), ou au chômage. L’image principale qui en ressort, est celle de l’homme précautionneux, qui prévoit des possibilités de situations futures, et qui tente de s’octroyer des moyens pour y faire face.

 

Là aussi, la motivation principale est la recherche de revenus constants et évolutifs, permettant l’acquisition de services, ou produits, plus efficaces, plus performants, plus “protecteurs”.

 

 

Note :

 

Il est très difficile de pouvoir parler de services ou de produits pour les besoins qui suivent. Comment définir un produit, ou un service, qui puisse répondre à un besoin d’appartenance, d’estime ou d’accomplissement ? Ces trois besoins caractérisent plus un sentiment, une situation qu’un produit ou qu’un service concrétisé.

 

C’est par sa manière d’agir qu’un individu va confirmer son appartenance, l’estime qu’il porte aux autres et, par conséquent, celle que les autres lui portent, et, enfin, qu’il va réaliser quelque chose de profitable pour les autres et de durable.

 

 

3.      Les relations d’action avec les besoins d’appartenance 

 

L’environnement dans lequel l’homme est prédestiné à vivre est l’environnement communautaire, la communauté étant pour lui ce qu’est l’eau aux poissons et l’air aux oiseaux. Dans cette communauté il vit, il établit des relations de toutes sortes, il participe à des activités variées, il s’intègre dans différentes collectivités, etc…

 

Il a besoin d’être entouré, de communiquer, de recevoir, d’échanger, de prendre et de donner. En un mot, il a besoin d’appartenir à une certaine entité vivante dont la plus petite est la famille et la plus grande la nation, et dont il va en défendre les valeurs, la culture et les traditions. Il a donc des motivations de reconnaissance d’existence, d’identification et d’intégration, de participation effective et d’action.

 

C’est donc par un travail constant, régulier et productif, qu’il va se reconnaître dans une communauté et que cette dernière, en retour, va le reconnaître comme un des siens. Dans le cas du besoin d’appartenance, c’est uniquement l’action générale de l’homme et la réaction qui entraîne et qui va confirmer ou non son intégration. Le produit ou le service utilisé ne serait plus qu’un symbole traduisant l’accomplissement ou le simple moyen de réaliser ses objectifs.

 

L’image est surtout celle de l’identification à une collectivité dans laquelle il évolue et dans laquelle il se reconnaît et dont il adhère aux valeurs. Notons aussi, que le besoin d’appartenance répond profondément à un besoin de sécurité. Savoir que l’on appartient à une entité quelconque c’est aussi se rassurer, se sécuriser.

 

 

4.      Les relations d’action avec les besoins d’estime

 

Cependant, il ne s’agit pas simplement d’appartenir à une entité, ni de participer activement à toutes ses réalisations. Il faut que les efforts soient reconnus. L’homme a besoin, psychologiquement, d’être considéré comme un élément actif et que son travail lui soit crédité. Cette considération lui est stimulante au niveau de sa productivité, de sa créativité et de ses initiatives.

 

Le sentiment qui le guide, est principalement celui de la considération et du respect de sa personnalité, par lui-même et par l’environnement social dans lequel il évolue. D’où, l’image qu’il recherche qui est celle d’un homme constructif, traduite par sa participation effective dans des actions d’utilité publique, son assistance aux autres et son attitude altruiste vont déterminer et faire apparaître l’image qu’il veut donner, volontairement ou inconsciemment.

 

Resterait à entrevoir quels sont les facteurs qui relient ce besoin d’estime au besoin de sécurité. Inévitablement, le besoin d’appartenance et celui d’estime sont liés, puisque les actions du second ne peuvent vraiment exister que si elles sont issues de l’appartenance de l’homme à un groupe social, professionnel, idéologique, culturel ou autre. Il existe donc une interdépendance au niveau des besoins des troisièmes et quatrièmes niveaux de l’échelle de Maslow, (Appartenance, Estime).

 

Les produits dits “d’estime” n’existent pas. Cependant, l’estime tient beaucoup plus d’un sentiment recherché et est la source d’une action faite dont les conséquences, positives ou négatives, créent une image auprès d’un environnement quelconque. Et cette image DOIT ETRE positive, car elle entraîne la reconnaissance externe et la considération.

 

5.      Les relations d’action avec les besoins d’accomplissement 

 

Accomplir, c’est réaliser quelque chose de concret, de positif et surtout de bénéfique. Cela va se traduire par la recherche de tâches difficiles à réaliser, car les compétences existent et les performances sont déjà établies, par un défi constant porté par l’individu à lui-même et à son entourage direct. Cela fait souvent appel à une constante créativité et à une prise d’initiatives pour tenter de trouver de nouvelles approches pour résoudre des problèmes ou trouver des solutions parfois exclusives à des besoins toujours renouvelés, toujours émergeants.

 

Trait psychologique d’importance qui favorise l’évolution constructive, le besoin d’accomplissement n’est lié, lui aussi, à aucun produit ni service, au même titre que les besoins d’appartenance et d’estime, mais reste interdépendant des besoins précédent, car sans appartenance et sans recherche d’estime, la finalité de l’accomplissement est nulle.

 

Ici, aussi, le principe de la recherche de l’image est basé sur une action émotive qui, du départ pris dans une appartenance, suscite un besoin de réussite qui entraîne la reconnaissance, donc l’estime personnelle et celle des autres, et qui est confirmée par la satisfaction de l’accomplissement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

TUBBS S. L., MOSS S. – Human Communication –Mac Graw Hill Sixth Edition

 

La Communication, Etat des Savoirs  – Editions Sciences Humaines

 

JOUVE M. – Communication et Publicité –  Collections Synergies – Editions Bréal 2ème Edition,

 

PERETTI J-M., - Ressources Humaines – Edition Vuibert

 

DUHAIME, KINDRA, LAROCHE, MULLER - Le Comportement du Consommateur –– Gaetan Morin Editeur

 

STANTON W.J., ETZEL M.J., WALKER B.J. - Fundamentals of Marketing –Mac Graw Hill – Ninth Edition

 

L’Homme Agressif – Pr KARLI (n.d.)

 

Images, Stratégies et Communication – Edition Touristiques Européennes 1991

 

RUANO-BORBALON J-C - L’Identité, L’individu, Le Groupe, La Société –– Edition Sciences Humaines – 1998

 

SHIMP T. A. – Advertising, Promotion and Supplemental Aspects of Integrated Marketing Communications – Dryden Edition – 4th Edition.

 

Divers Ouvrages sur la Psychologie et la Sociologie.

 


[1] Notons que lorsque l’on parle de “statut”, dans le langage courant, on a tendance à penser à une position sociale importante et influente. C’est dans ce sens qu’il faudrait comprendre ce qui a été écrit. (NdA).

[2] Intelligence de Navigation Sociale : capacité d’un individu, ou d’une entreprise, à pouvoir conserver une image sociale qui n’est pas réelle, adoptée en fonction de circonstances et d’objectifs ou d’intérêt du moment.

 

 (Csikszentmihalyi, 1990, 2004, 2005)

avril 2006, par Jean Heutte

On ne peut comprendre, s’approprier des savoirs (ou des gestes), construire des compétences sans s’investir personnellement fortement dans la tâche, ce qui nécessite un niveau élevé de mobilisation. Cela n’est possible que si le contenu de la tâche ou ses buts sont en eux-mêmes mobilisateurs, s’ils suscitent curiosité, désir, défi, adhésion personnelle, plaisir. Le sens n’est pas alors extrinsèque, lié à un calcul, mais intrinsèque. On ” se prend au jeu “. C’est à partir de ce seuil qu’on travaille sans s’en rendre compte, sans ménager son temps et ses efforts, pour soi et non pour les autres (ses parents, ses enseignants ou son employeur…).

Csikszentmihalyi [1] prononcer « chic-sainte-mihal » ou pour les anglophones « Chick-SENT-me-high »

[2] Dans les versions françaises des textes de Csikszentmihalyi, on trouve indifféremment les termes de « flux », d’« expérience-flux », d’« expérience optimale » ou de « négentropie psychique » (version française de “Mieux vivre”, traduite par Claude-Christine Farny, en 2005)

Le FLOW : l’expérience optimale ou autotélique (Csikszentmihalyi, 1990, 2004, 2005)

avril 2006, par Jean Heutte

On ne peut comprendre, s’approprier des savoirs (ou des gestes), construire des compétences sans s’investir personnellement fortement dans la tâche, ce qui nécessite un niveau élevé de mobilisation. Cela n’est possible que si le contenu de la tâche ou ses buts sont en eux-mêmes mobilisateurs, s’ils suscitent curiosité, désir, défi, adhésion personnelle, plaisir. Le sens n’est pas alors extrinsèque, lié à un calcul, mais intrinsèque. On ” se prend au jeu “. C’est à partir de ce seuil qu’on travaille sans s’en rendre compte, sans ménager son temps et ses efforts, pour soi et non pour les autres (ses parents, ses enseignants ou son employeur…).

Csikszentmihalyi [1] prononcer « chic-sainte-mihal » ou pour les anglophones « Chick-SENT-me-high »

[2] Dans les versions françaises des textes de Csikszentmihalyi, on trouve indifféremment les termes de « flux », d’« expérience-flux », d’« expérience optimale » ou de « négentropie psychique » (version française de “Mieux vivre”, traduite par Claude-Christine Farny, en 2005)

1. Qu’est ce que l’Expérience optimale selon le psychologue Mihaly Csikszentmihaly

Que ce soit au travail ou durant vos loisirs, il vous est peut-être déjà arrivé de vivre de temps à autre des moments où vous parvenez à vous focaliser entièrement votre énergie sur la tâche que vous réalisez, où vous vous sentez maîtres du moindre de vos mouvements, où vos pensées s’enchainent avec élégance, où vos sens paraissent merveilleusement aiguisés, où vos préoccupations quotidiennes disparaissent comme par enchantement,…Le psychologue Mihaly Csikszentmihaly désigne ce genre d’épisodes par le nom de flow - expérience optimale en français. Depuis près de 35 ans, il accumule les recherches et les ouvrages sur le sujet. Le livre qui l’a fait connaître auprès du grand public est Vivre : la psychologie du bonheur, paru en 1990 aux Etats-Unis et traduit quatorze ans après en France.Pour Csikszentmihaly, l’expérience optimale est caractérisée par huit éléments :
- La tâche entreprise est réalisable mais constitue un défi et exige une aptitude particulière ;
- La cible visée est claire ;
- L’activité en cours fournit une rétroaction immédiate ;
- La personne exerce le contrôle sur ses actions ;
- L’individu se concentre sur ce qu’il fait ;
- L’engagement de l’individu est profond et fait disparaître toute distraction ;
- La perception de la durée est altérée ;
- La préoccupation de soi disparaît, mais paradoxalement, le sens de soi est renforcé à la suite de l’expérience optimale.

Examinons un peu plus en détail chaque élément dans un contexte professionnel.

2. Les caractéristiques de l’expérience optimale

2.1 La tâche entreprise est réalisable mais constitue un défi et exige une aptitude particulière ;
- La cible visée est claire ;
- L’activité en cours fournit une rétroaction immédiate.
Ces trois éléments vont de pair et se rapprochent des principes du management par objectif. Même si la tâche est imposée, un individu a toujours une marge de manoeuvre pour l’adapter à ses capacités : il peut par exemple séparer sa tâche en lots plus faciles à aborder et plus courts ou tenter ” d’épicer ” une tâche qui lui semble ennuyeuse (” ça, je peux le faire sans problème, mais comment le faire plus rapidement, plus facilement, avec une meilleure qualité, etc. “) pour la transformer en jeu stimulant !
2.2 La personne exerce le contrôle sur ses actions.
Ce paramètre dépend bien entendu la définition et de la nature de la tâche : moins nous avons de latitude dans la façon d’accomplir notre tâche, plus notre engagement en pâtira.
Il dépend aussi de l’expertise de l’individu. Par exemple, si nous devons constamment interrompre la progression d’une tâche parce que nous ne savons pas comment accomplir telle ou telle action, nous aurons du mal à vivre une expérience optimale !
2.3 L’individu se concentre sur ce qu’il fait ; l’engagement de l’individu est profond et fait disparaître toute distraction.
La concentration est une aptitude essentielle : nous ne donne le meilleur de nous-mêmes que pour les tâches sur lesquelles nous sommes concentrés ! La concentration dépend de la façon dont la tâche a été définie, mais aussi de la motivation intrinsèque de l’individu pour la tâche. S’il est heureusement possible de rester concentré sur une tâche qui ne correspond pas à nos aspirations profondes, l’expérience est clairement plus satisfaisante si elle nous parait importante ou qu’elle est en phase avec nos valeurs et notre personnalité !Bien entendu, les conditions extérieures affectent la concentration : bruit, va-et-vient, téléphone, mails, etc. Cependant, Il est possible d’améliorer sa capacité de concentration via une activité physique régulière ou des pratiques méditatives.Pour limiter les distractions, on peut aussi signaler clairement à ses collaborateurs que l’on ne veut pas être dérangés pendant un certain temps, en le disant tout de go ou en mettant un casque audio sur les oreilles par exemple.

L’ordinateur est une source continue de distractions, entre la messagerie électronique, les flux RSS, les tweets, les recherches sur internet qui dévient de leur objet initial… Fermer un maximum d’application non directement utiles est une solution, mais on peut aussi avoir recours aux logiciels dit ” zenware “, aux fonctionnalités épurées et qui proposent souvent un mode ” anti-distraction ” pour travailler plus sereinement.

Enfin, lorsque les pensées commencent à vagabonder, il faut faire l’effort de se recentrer sur la tâche en cours, ce qui est plus facile si la tâche a été définie selon les trois conditions énoncées plus haut.

2. 4 La perception de la durée est altérée.
Un individu pleinement concentré n’a pas la même perception du temps que dans son état ” norma l”, par exemple, il peut avoir l’impression que le temps file plus vite ou au contraire qu’il s’étire à l’infini. Afin d’éviter de rater un rendez-vous ou une réunion, l’utilisation d’un chronomètre ou un équivalent informatique comme PC Chrono peut s’avérer judicieuse.
2.5 La préoccupation de soi disparaît, mais paradoxalement, le sens de soi est renforcé à la suite de l’expérience optimale.
Au cours d’une expérience optimale, l’individu est tellement focalisé sur ce qu’il accomplit qu’il occulte toutes ses autres préoccupations : il ne fait plus qu’un avec sa tâche. Toutefois, après avoir ainsi employé ses capacités au maximum, il pourra se découvrir de nouvelles aptitudes, ce qui renforcera sa confiance en soi. Et le souvenir du sentiment de plénitude éprouvée lors de l’expérience l’apaisera certainement.
En d’autres termes, un individu parvenant régulièrement à un état d’expérience optimale lors de son travail verra sa satisfaction et sa productivité décuplées !

3. Comment cultiver l’état de flow pour développer son efficacité personnelle et …. collective

Cultiver l’état de ” flow “ est un exercice utile pour apprendre à développer son efficacité personnelle. On peut en s’inspirant des théories des scénarios de réussite de Jerry Fletcher développer sa propre capacité à cultiver cet état ” d’expérience optimale “. Pour y parvenir, nous proposons aux lecteurs la méthode suivante :1°) Il s’agit dans un premier temps de se remémorer 3 situations passées significatives où nous avons été particulièrement efficace. Il est important de sélectionner des situations de réussite où le succès est venu sans trop de difficultés, avec éventuellement des résultats supérieurs aux efforts investis.Après cet effort de mémoire, l’exercice consiste à décrire, par écrit, de façon assez précise les différentes étapes des processus cognitifs, émotionnels et sociaux qui ont été mis en jeu. La plupart du temps on constatera avec étonnement que ces processus comportent des similitudes assez étonnantes. En fait, selonJerry Fletcher, il n’y a évidemment pas de recettes universelles du succès mais c’est comme si chacun d’entre nous avait sa propre recette, son propre formule de réussite.

2°) Après cet exercice portant sur 3 expériences passées significatives, le lecteur est invité à repérer les activités, professionnelles ou de loisir, où il réussit le mieux et surtout avec aisance. Nous l’encourageons là aussi à identifier les processus cognitifs, émotionnels et sociaux qu’il met en jeu à cette occasion. Il constatera qu’il y a un lien évident avec les 3 expériences passées significatives.

3°) Un dernier aspect de la méthode consiste à cultiver la prise de conscience au quotidien de l’état dans lequel il se trouve quand il effectue une action. Y prend-t-il du plaisir ou pas ? Cette vigilance permettra de repérer, au plus vite, si nous sommes dans le ” flow ” ou pas. Si nous sommes en dehors, quels processus sommes-nous en train de mettre en jeu ? Nous est-il possible alors de réorienter notre action en appliquant la formule du succès que nous avons identifiée précédemment ?

Cette méthode peut être aussi réalisée en groupe. Selon Jerry Fletcher la dynamique du succès reposerait aussi sur une formule qu’un collectif pourrait consciemment mettre en place.

Conclusion

Le plaisir au travail est à la fois une source d’efficacité et une preuve que nous sommes dans l’efficacité. Il existe deux notions d’efficacité: l’efficacité masochiste qui consiste à ” redoubler d’efforts pour atteindre nos buts ” et l’efficacité “ épicurienne ” qui passe par le développement d’une véritable intelligence de l’action.La réussite en effet n’est pas liée au degré de souffrance éprouvée mais à la pertinence de l’action : si nous souffrons durablement alors que les résultats ne sont pas à la hauteur des efforts fournis, c’est peut-être tout simplement que nous n’allons pas dans la bonne direction

Mihaly Csikszentmihalyi : creativité, satisfaction et expérience optimale (en anglais)

Le cerveau global est le nom donné au réseau émergent intelligent formé par toutes les personnes sur la Terre, les ordinateurs et liens de communication qui les connectent ensemble. Comme un vrai cerveau, ce réseau est un système immensément complexeauto-organisé, qui traite l’information, prend les décisions, résout les problèmes, apprend les nouvelles connexions et découvre de nouvelles idées. Il joue le rôle d’un système nerveux collectif pour l’ensemble de l’humanité. Aucune personne, aucune organisation, aucun ordinateur ne peut contrôler ce système : ses processus de “pensées” sont distribués sur tous ses composants.

 - Wikipedia Orange

Carte des différents noeuds d’Internet en février 1982 ; le réseau des réseaux était alors en phase de pré-production (beaucoup d’hôtes reliés à ARPANET utilisaient toujours NCP à cette date).

Sommaire

Le superorganisme global

La métaphore du réseau d’information en tant que cerveauglobal peut s’étendre à l’ensemble de la société vue comme un organisme global. Si les processus d’information dans le réseau constituent l’« esprit » de ce système, la totalité des êtres humains composant la société ainsi que ses artéfacts (outils, immeubles, automobiles, etc.) forment son « corps ». L’ensemble des individus en tant qu’organismes peut alors être considéré comme un superorganisme. Ce dernier possède non seulement un « système nerveux » pour traiter l’information, mais aussi un « métabolisme » pour traiter la gestion de l’énergie et des ressources. Le minerai, l’eau, le pétrole sont convertis via différents processus industriels en différentes marchandises et services, transportés vers l’endroit où ils sont demandés, utilisés, et finalement recyclés ou éliminés en tant que déchets. La théorie des systèmes vivants de Miller fournit une correspondance précise entre les différents sous-systèmes d’une société et ceux d’un organisme.

Histoire de l’idée

Comme la diversité de noms le montre, beaucoup de gens ont développé indépendamment l’idée d’une société en tant qu’organisme avec son propre système nerveux, chacun ajoutant ses propres aperçus à notre compréhension du cerveau global. Des analogies simplistes entre un système social et le corps, tel que “le roi est la tête”, “les fermiers sont les pieds”, datent au moins de la Grèce Antique et du Moyen Âge. L’analogie a aussi été utilisée dans un contexte mythologique pour décrire le système de caste hindou (Puruṣa, ou homme cosmique, dont les brahmanes forment la tête). Ces analogies ont inspiré les fondateurs de la sociologie au XIX° siècle, en étant développées peut-être plus en profondeur par Herbert Spencer. Le théologien évolutionniste Teilhard de Chardin fut probablement le premier à se concentrer sur l’organisation mentale de cet organisme social, qu’il a appelé la noosphère. A peu près à la même époque, l’écrivain de science-fictionH. G. Wells a proposé le concept d’un “World Brain” comme un système unifié de connaissance, accessible à tous, très similaire à celle proposée par quelques années plus tôt par le spécialiste en sciences de l’information Paul Otlet. Le terme “global brain” semble avoir été utilisé la première fois en 1983 par Peter Russell. Les premières personnes qui ont fait les connexions avec ce concept de l’Internet émergent peuvent être bien G. Mayer-Kress et Joël de Rosnay. Francis Heylighen, Johan Bollen et Ben Goertzel semblent avoir été parmi les premiers chercheurs à avoir proposé des méthodes concrètes qui pourraient transformer Internet en un réseau intelligent, comme le cerveau.

Internet est parfois aussi comparé, selon l’image de Paul Valéry, à la permanence d’une ville avec ses quartiers spécialisés au cours des âges : ne possédant pas d’intelligence en soi, mais utilisé comme résonateur amplifiant l’efficacité de l’intelligence des hommes.

Le cerveau global en tant que niveau le plus élevé de l’évolution

Même si l’analogie entre l’organisme et la société peut s’appliquer aux société primitives, cela devient clairement plus applicable au fur et à mesure que la technologie se développe. Au fur et à mesure que le transport et la communication deviennent de plus en plus efficaces, différentes sections de la société globale deviennent plus indépendantes. En même temps, la diversité des idées, les spécialisations, et les sous-cultures s’accroissent. Cette intégration simultanée et la différenciation créent un système de plus en plus cohérent, fonctionnant à un niveau bien plus élevé de complexité. L’émergence d’un tel système encore plus ordonné peut être appelé une “transition de métasystème” (concept présenté par Valentin Turchin) ou une “transition évolutionnaire majeure” (voir Szathmary et John Maynard Smith, Nature, 16 mars 1995) . Des exemples de transition de métasystèmes comprennent l’origine de la vie et le développement d’organismes d’organismes multi-cellulaires en dehors de ceux mono-cellulaires. L’apparition d’un cerveau global, fonctionnant à un bien plus haut degré d’intelligence que ses composants humains, semble être un premier exemple d’une telle transition de métasystème.

Technologies de Cerveau Global

Pour faire que le réseau d’information global fonctionne véritablement à un plus haut niveau d’intelligence, au lieu de simplement stocker et transmettre les données, de nouvelles technologies sont requises. Ces technologies sont inspirées par la compréhension que nous avons sur le fonctionnement du cerveau humain : comment il apprend les associations, les pensées, les prises de décision, etc. En même temps, ces technologies doivent prendre en compte que l’information sur le net n’est pas contrôlée par un pouvoir central, mais distribuée par des millions de documents auprès de millions d’individus, avec des milliards de connexions-croisées. Par conséquent, les processus cognitifs au niveau du cerveau global permettent à toute cette information chaotique, hétérogène d’interagir de telle manière que les modèles collectifs puissent émerger. Quelques-unes des technologies plus traditionnelles comprennent les différentes méthodes fondées sur larecherche d’information par mots-clés. D’autres peuvent utiliser des techniques dérivées de l’intelligence artificielle, telles que les agents logiciels, les réseaux neuronaux ou le data mining. D’autres encore, tels que le filtrage collaboratif ou le groupware, permettent la résolution de problèmes collectifs.

L’émergence de la conscience

Des témoignages de personnes aphasiques tendent à montrer qu’une pensée élaborée peut se développer, malgré la détérioration d’aptitudes linguistiques. Ainsi une personne affirmait dans ses mémoires, après une période d’aphasie transitoire :

« En voulant parler, je ne trouvais pas les expressions dont j’avais besoin. La pensée

était  toute  prête,  mais  les  sons  qui  devaient  la  confier  n’étaient  plus  à  ma disposition.  Je  me  retourne  en  moi-même  avec  consternation  et  je  dis  en  moi- même : il est donc vrai que je ne puis parler » (Lordat, in Dortier, 2004, P.166). Une autre personne, après une attaque cérébrale et avant de retrouver le langage, déclarait : « Dans l’ambulance, je fis mentalement la somme de ce qui fonctionnait encore en moi… Je possédais encore les concepts, mais non le langage. J’avais la compréhension du monde, de moi-même et des relations sociales, sans rien savoir, en fait, ni de la grammaire, ni du vocabulaire que j’avais utilisés toute ma vie… Jusqu’à ma guérison, je ne cessais de me servir de concepts » (Alexander, in Dortier, ibid). La  pensée ne suppose pas  le langage,  elle s’y est associée, mais  peut s’en trouver dissociée.

Il existe bien chez l’enfant une pensée pré-linguistique. Les bambins sont actifs et réactifs du point de vue cognitif, ils cherchent le contact à travers le toucher, les expressions vocales, les regards… Ils prennent des initiatives d’exploration de leur environnement. Cette pensée est opératoire, concrète, issue de l’expérience. Elle facilite l’acquisition du langage, avec qui elle va se développer en co-évolution. Elle s’appuie sur l’aptitude à  chercher à  comprendre l’esprit d’autrui, une aptitude à l’inter-subjectivité, que cela soit aux travers des gestes, des mimiques, des vocalisations… (Bruner, 1996). C’est progressivement que, dans les premiers mois après la naissance, le bambin va apprendre à discriminer la prosodie, puis les séquences  importantes  d’une  phrase  (syllabes  mots,  intonations  pertinentes). Annette Karmiloff-Smith  (2003) estime que le langage humain n’est pas inné. Chez certains enfants atteints de lésions cérébrales dans l’hémisphère gauche (centre du langage), l’acquisition du langage s’effectue dans l’hémisphère droit. « Les circuits spécialisés  pour  le  traitement  du  langage,   localisés  dans  le  cerveau  humain, émergent au cours du développement de l’interaction du cerveau avec l’environnement linguistique. » En conséquence : « Le langage  n’est pas  d’emblée une fonction spécialisée du cerveau humain, il le devient ».

Ian Tattersall  (2OO2) présente l’histoire des hominidés, comme celle de la plupart des autres groupes d’organismes : une affaire d’expérimentation évolutive continuelle, avec création de nouvelles espèces, tri entre elles par la compétition et extinction des perdantes. L’évolution est opportuniste, elle se contente d’exploiter ou de rejeter les possibilités à mesure qu’elles apparaissent; ces possibilités à leur tour peuvent être favorables ou non selon les circonstances environnementales, à un moment donné. D’après lui, le succès évolutif de la conscience humaine doit beaucoup à l’invention et à l’expérimentation du langage.  Cette capacité relèverait d’un phénomène émergent, c’est-à-dire d’un hasard heureux dans l’acquisition de capacités    cérébrales.   Le    paléontologue    Stephen    Jay    Gould    (1982)    parle d’« exaptations »   pour  décrire  ce   phénomène  et   de  «  spandrels  »  pour  la caractéristique qui en résulte, comme le langage. Une exaptation  (ou pré- adaptation) est une adaptation sélective, dans laquelle la fonction actuellement remplie  par  l’adaptation  n’était  pas  celle  remplie  initialement,  avant  que n’intervienne la pression de la sélection naturelle. A partir du moment où des innovations culturelles, comme celles de manier des symboles et de les mettre en relation, apparaissent dans une population humaine et qu’elles aient activé des capacités potentielles du cerveau, la propagation de cette aptitude s’effectue alors par diffusion culturelle.

Merlin Donald (1999) a proposé une première forme de langage mimant les actions

ou les objets. Il s’appuie pour cela sur le chimpanzé à qui il arrive de singer ou de “copier” une action. Nous adoptons souvent le mime, quand nous nous  trouvons en tant que touristes dans un pays étranger, dont nous ne connaissons pas la langue. Pour dire manger, nous mettons par exemple sa main à la bouche. Le mime permet de représenter des gestes, des objets absents, des situations…; il a ainsi participé au processus de la genèse de la communication. Il existe des relations fortes entre la fabrication d’outils, la gestuelle et le langage, car ils impliquent tous le lobe frontal et les régions pariéto-temporo-frontales, tout particulièrement au niveau de l’hémisphère gauche, dans la région de Broca. Cette imbrication entre fonctions et aires cérébrales, suggère un développement combiné de ces fonctions. Le langage gestuel se révèle très efficace dans les activités de chasse, où il ne faut pas se faire remarquer du gibier. La gestuelle est pratique pour indiquer les directions lors des déplacements; elle permet aussi de fournir une approximation des dimensions d’un objet. Par contre, la voix présente quelques avantages par rapport au geste, tels celui de communiquer dans l’obscurité et de libérer la main, comme l’adoption de la marche, pour la fabrication et le maniement des outils (Corballis, 2002).

Derek Bickerton (1990) a étudié quatre types de sources pour interroger l’origine du langage. D’abord, il s’est référé au langage  des signes appris par les grands singes. Ensuite, il a abordé le langage  des enfants de moins de deux ans ; ensuite, il s’est intéressé à la célèbre histoire de la jeune enfant des États-Unis, appelée « enfant- placard », qui a été séquestrée dans une pièce depuis sa naissance ; enfin, il a exploré les pidgins, langues forgées par des populations de cultures différentes, et qui se retrouvent ensemble pour communiquer. C’est en comparant ces différents types de langages élémentaires, que Bickerton s’est rendu compte qu’ils possèdent des caractères communs. Il a alors fait l’hypothèse d’un protolangage, qui pourrait être celui des anciens Homo, se composant de l’ensemble des représentations qui peuvent décrire les choses : sous formes d’objets, de qualités et d’actions, leur permettant de réaliser toute une série d’actions, ainsi que la coordination des activités. On reconnaît ici l’importance des formes et des verbes d’action. En outre, aucune grammaire n’est présente. La juxtaposition des mots suffit à donner sens. Bickerton suggère par exemple que nos capacités langagières auraient évolué en deux temps : d’abord une protolangue de représentations symboliques matérialisées par des signes vocaux et/ou gestuels qui pourrait avoir duré près de deux millions d’années; puis, il y a environ 50 000 ans, l’élaboration d’une syntaxe plus formelle qui aurait permis d’améliorer de façon significative la précision et la clarté des idées échangées. Car en plus d’étiqueter les choses («empreinte de léopard», «danger», etc.), la syntaxe permet d’unir plusieurs étiquettes pour accéder à encore plus de sens : «Quand tu vois une empreinte de léopard, fait attention ! ». Pour donner une idée du passage possible de l’un à l’autre, Bickerton prend l’exemple des pidgins de l’époque  coloniale,  ces  langues  rudimentaires  développées  par  des  personnes

d’origine  culturelle  différente  ayant  besoin  de  communiquer.  Sans  grammaire aucune, les pidgins deviennent, lorsqu’ils sont appris par une deuxième génération, des créoles, c’est-à-dire des nouvelles langues grammaticales issues de plusieurs langues mères. Ce ne serait qu’avec les débuts de l’écriture, vers 3000 avant notre ère en Orient, que les scribes auraient fixé des règles grammaticales pour enseigner comment parler et écrire correctement.

Si le cerveau d’homo sapiens sapiens a pris sa forme finale durant la préhistoire, avant l’invention de l’écriture, le langage a tenu le même rôle que l’épouillage dans les sociétés de singe. C’est une forme de contact social destiné à entretenir des relations, apaiser les conflits, faciliter la sociabilité. Il lui a permis en plus, d’évoquer des évènements qui se produisent à  un autre moment que celui où il parle. Il a autorisé la référence au passé, l’évocation de l’avenir, le renvoi à ce qui est éloigné dans l’espace comme dans le temps, et à l’imagination. Il nous permet de raconter des « histoires ». Comme l’a observé jerome Bruner (2005), nous commençons très tôt notre vie commune avec « les histoires » et celles-ci nous accompagnent tout au long de la vie. Le processus par lequel nous « construisons la réalité narrative » est à ce point automatique et si rapide, que la plupart du temps, nous ne le percevons pas. La traduction dans les conventions du récit, de l’expérience individuelle en message socialisé, s’effectue à partir d’un fonds plus ou moins commun de contes, de récits populaires, de mythes, d’un sens commun.

C’est encore par exaptation, que l’aire de Wernicke, qui s’était développée avec l’audition et le langage, est dédiée aujourd’hui à la lecture et à l’écriture. De même, le calcul mental active-t-il des aires cérébrales impliquées dans l’attention spatiale, (d’après une étude menée par des chercheurs de l’unité Inserm/CEA “Neuroimagerie cognitive”, à NeuroSpin). Si la littératie est la capacité du cerveau à utiliser et comprendre les symboles écrits pour acquérir et/ou transmettre une information, la numératie est celle qui permet d’utiliser l’arithmétique pour accomplir des actes, pour nous aussi ordinaires que payer un achat, rendre la monnaie ou se repérer dans l’espace.

Le cortex frontal offre ainsi la possibilité à un acteur en situation d’incertitude, de diagnostiquer des situations, de communiquer, de prendre des décisions, d’évaluer leurs impacts et d’en tirer un enseignement pour son comportement futur, sans avoir le pouvoir de contrôle de l’ensemble du cerveau, ni d’ailleurs celui du fonctionnement du corps, même s’il peut agir sur eux. La conscience est nécessaire aux humains pour effectuer des tâches non-automatiques, qui demandent de manipuler de l’information pendant plusieurs secondes. Ainsi, la conscience, malgré et grâce à sa partiellité, ses conflits et ses ambigüités, permettrait à l’acteur, de choisir une stratégie et, si besoin, de la corriger. De plus, elle lui permettrait de se représenter le

contexte de la situation, de décider de continuer ou non à y jouer un rôle, ou encore de s’interroger sur les avantages qu’il peut en retirer. En d’autres termes, l’évolution naturelle a engendré des organismes qui ont des sensations conscientes, ce qui leur confère un avantage sélectif, car la conscience est liée à la faculté de planification, c’est-à-dire à la faculté d’évaluer les conséquences de plusieurs actions possibles et de sélectionner celle qui serait la meilleure pour l’organisme (Koch, 2006, p.221). Il n’en demeure pas moins remarquable qu’une large part de notre vie psychique se déroule en dehors du champ conscient et qu’une pléthore de processus sensori- moteurs accomplissent des tâches complexes, plus élaborés que de simples réflexes, hors de tout contrôle conscient, à travers un traitement rapide, avec une spécialisation pour un certain type de stimuli et un comportement spécifique, en l’absence d’accès à la mémoire de travail. Christoph Koch leur a donné le nom d’« agents  zombis »  (ibid,  pp.223,  233).  Lors  de  crises  d’épilepsie  focale  ou  lors d’épisodes de somnambulisme, des individus peuvent exhiber des conduites relativement élaborées : certains se promènent, déplacent des meubles ou arrivent à conduire une voiture (ibid, p.247).

Comment  décrire  le  sommeil  ?  C’est  un  état  naturel  récurrent  de  perte  de conscience, mais sans perte de la réception sensitive du monde extérieur, accompagnée d’une diminution progressive du tonus musculaire, survenant à intervalles régulier. L’alternance veille-sommeil correspond au cycle du rythme circadien. Chez les humains, le sommeil occupe près d’un tiers de la vie. Le sommeil se distingue du coma par une absence d’abolition des réflexes et par la capacité de la personne endormie à ouvrir les yeux et à réagir à la parole et au toucher. Le sommeil dépend du noyau préoptique ventrolatéral (V.L.P.O.). Déclenché par l’accumulation quotidienne  d’adénosine,  le  VLPO  envoie  aux  centres  de  stimulation  le  signal d’arrêter la production d’histamine et d’autres substances qui nous tiennent éveillés. On distingue plusieurs phases de sommeil : la somnolence et l’endormissement, le sommeil léger, le sommeil profond (où peut se produire le somnambulisme), le sommeil paradoxal. À la fin de chaque cycle, il existe, de façon tout à fait normale, des brefs réveils, en général moins de trois minutes, dont la personne ne se souvient pas le matin. Cependant certaines personnes ne se rappellent que de ces éveils et croient à tort qu’elles n’ont pas fermé l’œil de la nuit. En vieillissant, les périodes de réveil sont mieux mémorisées, donnant l’impression d’un mauvais sommeil, alors que la durée de celui-ci est inchangée.

Par Philippe Mougel,Sociologue cognitif, chef de projet à Welience et par Aurélien Trioux,
chargé de mission « Mobilité et Territoire », Octobre 2010

 « L’Homme indépendant, coupé du monde » est un mythe. Les humains sont des animaux sociaux. La solidarité est un mode d’engagement et de dépendance réciproques entre des personnes à l’endroit des autres, généralement des membres d’un  même  groupe  liés  par  une  communauté  de  destin  (communauté,  famille, village, profession, entreprise, nation, confédération, planète, etc.). La solidarité caractérise des personnes, qui choisissent ou ressentent une volonté d’assister une autre  personne  et  réciproquement.  La  solidarité  se  distingue  de  l’altruisme   : l’altruiste peut souhaiter aider autrui, sans pour autant se sentir concerné par ce qui lui arrive, inversement on peut se rendre solidaire d’autrui, simplement par intérêt bien compris (attente d’une réciprocité). La solidarité fait appel directement à l’intelligence stratégique. C’est une forme d’échange mutuel, où chaque membre se rend solidaire des autres parce que les autres se rendent solidaire de lui. Il peut relever d’un calcul économique.

D’après richard Rorty (1993, p.263), Il n’est pas nécessaire que la solidarité   soit conçue comme la reconnaissance d’un « moi profond », « l’essence de l’Homme » chez  tous  les  êtres  humains,  il  semble  plus  pertinent  de  l’envisager  comme  la capacité de juger insignifiante, une masse toujours plus grande de différences traditionnelles (tribales, religieuses, raciales, coutumières, etc.), en comparaison de similitudes touchant la douleur et l’humiliation ; la faculté d’englober dans le champ du « nous » des gens très différents. Elle se tisse sur la base d’une compréhension mutuelle des différences, édifiées à partir d’un principe de modestie. Dès lors que l’on reconnaît mutuellement la valeur des différences, la culture humaine devient plus riche. Mais la solidarité élargie à l’humanité, ne s’est pas réalisée spontanément et elle est encore loin d’être acquise, elle a emprunté des parcours civilisationnels variés et complexes, de conflits et de guerres, associées à des capacités de plus en plus grandes de destructions, mais aussi d’apprentissage de la tolérance, de la négociation,  des  compromis, de  la  médiation  et  de  la  résolution pacifique  des conflits. Si la tolérance a bien pour effet de mettre fin à la persécution et aux massacres,  elle  n’est  pas  une  utopique  « Harmonie  sociale »  excluant  le  conflit (Walzer, 1998, p.144). Christian Ruby (1997) estime également qu’il est vain de rechercher un « fondement » de la solidarité dans diverses instances transcendantes (Dieu, la Nature, la Nature humaine…) et de vouloir ramener les actions solidaires à « la  source  d’une  idée  innée ».  Il  nous faut  déconstruire ces  justifications  et  les mythes qui finissent par détruire l’aptitude humaine à esquisser une perspective sociale d’ensemble. Si une solidarité quelconque se manifeste, elle s’est construite socialement et historiquement sur un processus empathique. La question devient alors : « Qu’est-ce qui peut stimuler un sentiment ou une conscience de la solidarité et les encourager à advenir ? ».

 Les communautés humaines

Les humains sont des êtres grégaires, rassemblés en groupes. Cela leur permet d’exercer la sollicitude parentale, la coopération dans la protection, l’éducation, l’alimentation (la chasse, la cueillette…), la construction d’abris, d’outils, de biens et de services. Il nous a fallu nous unir pour ne pas périr en tant qu’espèce. L’humanité a vécu à l’état nomade, durant tout le Paléolithique avec l’australopithèque, Homo habilis, Homo erectus, Homo heidelbergensis, Homo neandertalensis et vers la fin du Paléolithique, avec Homo sapiens. Les anthropologues évoquent ensuite l’époque mésolithique, durant laquelle, elle est devenue peu à peu semi-nomade pour commencer à se sédentariser, durant le Néolithique. Mais certains groupes sont restés nomades jusqu’à nos jours, et d’autres ont récemment choisi ce mode de vie, mais cela reste un phénomène minoritaire. On appelle « communauté » un groupe humain constitué géographiquement ou historiquement sur un territoire donné, et qui partage une culture ou une langue commune. D’un point de vue historique, une tribu consiste en une formation sociale, existant après la formation de l’État. Dans certains pays comme les États-Unis ou l’Inde, les tribus sont des peuples indigènes, qui ont une reconnaissance légale dans le pays concerné.

Par Philippe Mougel,Sociologue cognitif, chef de projet à Welience et par Aurélien Trioux,
chargé de mission « Mobilité et Territoire », Octobre 2010

 Le modèle des versions multiples

Il nous faudrait abandonner, selon daniel Dennett, l’idée d’un « théâtre cartésien », sorte de quartier général, ou encore de sanctuaire intérieur, placé entre le cerveau matériel d’une personne et un supposé « esprit immatériel ». Nous aurions plutôt avantage à utiliser « le modèle des versions multiples », où toutes les espèces de perception, de pensées et d’activités mentales – sont traitées dans le cerveau par des processus parallèles et multiples d’interprétation et d’élaboration des entrées sensorielles. La cognition est le produit d’un calcul parallèle opéré par des entités sub-symboliques et la signification découle de l’état du réseau formé par ces entités à un moment donné (Dennett, 1993, pp.135, 178).

Cette approche reprend « le connexionnisme », utilisée en sciences cognitives, en neurosciences et en psychologie… pour modéliser les phénomènes mentaux ou comportementaux, comme des processus émergents de réseaux d’unités simples interconnectées. La forme des connexions et des unités peut varier. À chaque instant, une unité du réseau a un certain niveau d’activation. Une fois le seuil d’activation atteint, l’activation va se propager à toutes les unités connectées. La signification n’est pas localisée dans un endroit particulier du cerveau, mais étendue et distribuée dans un vaste réseau d’unités de traitement (nœuds de réseau) en interaction, qui s’activent avec l’expérience. Le traitement de l’information en parallèle permet de fournir des réponses très rapides aux nécessités de l’instantanéité de l’environnement. Joseph Ledoux  (2003) a observé que dans le cerveau, différents systèmes spécialisés interviennent pour lire, regarder, parler, calculer, etc. Chacun traite un événement de son point de vue, n’interprétant que l’information qui le concerne. C’est par le traitement parallèle que le cerveau peut mettre de la cohérence entre tous les éléments de ce qui pourrait faire penser à un puzzle. Selon lui, non seulement, les systèmes cérébraux peuvent traiter les différents éléments d’un même événement en parallèle, mais en plus, ce faisant ils apprennent et enregistrent  en   même  temps   les   nouvelles  informations   auxquelles   ils   sont confrontés (Ledoux, 2003).

Daniel Dennett exprime une vision pragmatique de la genèse de nos actions volontaires qui, bien qu’elles émergent le plus souvent de processus auxquels nous n’avons pas accès, nous paraissent familières. La plupart des processus du système nerveux sont non conscients. C’est le cas de tous les processus réalisés par la moelle épinière et le tronc cérébral :

-    Tous  les  processus  du  système  nerveux  autonome  (respiration,  digestion, thermorégulation, osmorégulation …).

-    Tous   les   processus   dits    “réflexes »   (réflexe   d’étirement    croisé,   réflexe stapédien, réflexe de préhension …).

Mais c’est également le cas de nombreux processus cérébraux effectués par les structures plus complexes du prosencéphale, dont tout particulièrement le néo- cortex :

-    Tous les processus dits “automatiques” (lecture, conduite d’un véhicule …).

-    La capacité de perception et de localisation d’un stimulus tactile.

-    Les ajustements précis des mouvements liés à la coordination visuo-motrice.

-    La “décision” de l’exécution d’un acte moteur.

-    Certains processus cérébraux liés à des réactions émotionnelles de peur.

-    La  reconnaissance  des  visages  est  un  processus  au  moins  partiellement inconscient…

Alors  que  500  ms  sont  nécessaires  pour  répondre  consciemment  à  un  stimulus tactile d’une intensité proche du seuil, il suffit de 100 ms pour donner une réponse motrice (appuyer sur un bouton) à ce même stimulus. Toutefois, le sujet aura l’impression d’avoir appuyé sur le bouton après avoir senti le stimulus, référant ainsi son mouvement à une expérience consciente ultérieure. La  conscience n’est pas nécessaire pour la plupart des processus cérébraux. Elle ne peut être considérée ni comme  une  étape  nécessaire  à  l’accomplissement  de  certaines  opérations,  ni comme l’attribut systématique de certains secteurs du fonctionnement mental. Il y a une dissociation entre les processus cérébraux et la conscience. Le phénomène de “conscience” n’interviendrait pas dans le fonctionnement des processus cérébraux mais aurait une fonction cognitive de contrôle de l’action en cours, en autorisant la poursuite, ou au contraire en suspendant l’action en cours de préparation.

Marc Jeannerod (2009, p.268) estime que l’important pour s’approprier ses propres actions,  est  peu  ce  qui  se  passe  avant,  puisque  délibérations,  décisions  et motivations  ne  représentent  pas  un  point  fixe  auquel  on  pourrait  se  référer. Benjamin Libet (1985) a constaté que le cerveau décide de préparer l’action bien avant que le sujet lui-même en soit conscient. La complexité des mécanismes en jeu, rend impossible la supervision consciente, qui prétendrait vouloir maîtriser et diriger l’ensemble du processus. C’est pourquoi le facteur décisif qui donne à la conscience son rôle dans le sentiment d’être l’auteur d’une action, est ce qui passe après, avec la connaissance de son résultat. La conscience est là pour éclairer, par la connaissance des résultats, les effets de mécanismes endogènes, qui nous sont restés inconnus, pour assurer la compatibilité avec le reste de notre être cognitif et en définitive pour maintenir notre continuité narrative. La conscience est associée au processus de validation qui suit l’action. Ce processus est avant tout un retour sur soi : j’apprends à me connaître en me regardant agir, j’apprends à me sentir un auteur de plein droit, à pouvoir répondre de mes actes et à m’en désigner comme l’auteur. Henri Ey (1934) avait remarqué que le phénomène d’étrangeté de ses propres pensées n’est pas spécifique au malade mental. L’impression qu’a le sujet, dit « normal », de diriger ses pensées est problématique. Les phénomènes d’inspiration soudaine ou d’intuition, sont autant d’exemples de l’irruption d’éléments nouveaux dans notre pensée. Le sujet « normal » n’a toutefois pas de difficulté à se reconnaître comme l’auteur de ses pensées ou de ses intentions :  il  se reconnaît  comme  agent  de  ses  propres paroles, dans la mesure même où il reconnaît que les idées qu’il exprime sont les siennes, même si les mots viennent tout seul. C’est l’accord entre ses intentions et son langage qui entraîne son sentiment de propriété. Ce qui confère aux pensées du schizophrène leur caractère délirant, ce n’est pas leur déclenchement impulsif et involontaire, c’est la signification qu’il leur attribue, c’est le mécanisme des erreurs d’attribution qui engendre chez lui un sentiment d’emprise et d’influence extérieure. Le cerveau ne serait donc pas un organe qui transfère les commandes de l’esprit vers le corps, une sorte de contrôleur agissant du haut vers le bas, mais plutôt un système qui proposerait en permanence des solutions compatibles avec notre contenu cognitif, avec notre histoire et avec nos besoins (Jeannerod, 2002, p.137, p.171).

La complexité de Soi

David Hume  (1995,  1993, 1991) avait  déjà remarqué,  au XVIII°  siècle,  dans  son « enquête  sur  les  principes  de  la  morale »  et  dans  son  «  traité  de  la  nature humaine », que « le moi » est supposé stable et substantiel, alors que toutes les impressions sont variables et que nous lui rapportons des idées et des impressions. La métaphysique « moderne » de « l’Unité du sujet » fut déconstruite par Hume à travers la genèse de sa formation comme esprit et par le flux des impressions. Le « moi », n’est qu’un faisceau ou une collection de perceptions qui se succèdent dans un flux et un mouvement perpétuel. « Le libre-arbitre » posé a priori, est une fiction, qui permet d’attribuer une responsabilité aux actes et d’arriver à des résultats concrets, la morale est changeante et diverse, comme en témoignent les historiens et les voyageurs. Quant à ce qui se situerait au-delà de l’expérience, Hume préfère, comme les sceptiques pyrrhoniens, suspendre son jugement et laisser de côté les vieux fantômes de la métaphysique.

La délibération, comme toute autre activité, est quelque chose que nous devons apprendre à accomplir. Elle doit être mue par une passion quelconque. Cela implique de concevoir certaines idées et de passer par plusieurs étapes; cela implique également une espèce de mise en scène imaginée des conséquences du choix de diverses options, et ainsi de suite. Plus nous pratiquons la délibération, plus nous avons de facilité à la faire, et plus les avantages de la délibération, dont on peut juger par notre succès dans l’assouvissement de nos « passions calmes » (amour de la vie, tendresse envers les enfants, bienveillance, sympathie…), et la satisfaction de nos intérêts stratégiques, sont considérables. Les « passions calmes », lorsqu’elles sont soutenues par la réflexion et secondée par la résolution, sont capables de maîtriser les passions violentes, généralement plus puissantes. Les passions influencent en effet la décision. L’accoutumance et la répétition sont importantes dans la régulation de nos passions. L’accoutumance rend plus aisée l’effectuation de telle ou telle action, ou encore la conception de tel ou tel objet. Cette aisance, une fois  acquise,  entraîne  une  inclination  à   accomplir  ces  activités,  qui  est  une

intarissable source de plaisir. Quant au processus de délibération, il peut être amené à corriger nos passions existantes. Le « libre arbitre » (relatif) s’élabore à travers le temps, il décrit la propriété qu’aurait la volonté humaine de se déterminer librement

— voire arbitrairement — à agir et à penser, par opposition au déterminisme ou au fatalisme.  Eléonore  Le  Jallé  (2005)  présente  « la  nature  humaine »  chez  Hume, comme un système auto-régulé des passions, qui permet sous l’effet d’une contradiction ou d’une menace de destruction, un changement de direction spontané en faisant appel aux émotions, ou raisonné en ayant recours à leur modération, à la délibération et à la puissance fictive de l’imagination. Les perturbations (internes ou externes) subies par un tel système surgissent d’abord comme de graves désordres pour se trouver ensuite intégrées à l’organisation elle-même, à laquelle enfin elles contribuent. L’organisation n’est ainsi, qu’une suite de désorganisation plus ou moins rattrapées.

Antonio Damasio  (2010) s’interroge sur le « Soi ». Si l’on se réfère à david Hume (1995), on peut lire : « je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment, sans une perception et je ne peux rien observer que la perception… Je peux m’aventurer à affirmer des humains qu’il ne sont qu’un faisceau ou une collection différentes qui se succèdent à une rapidité inconcevable et qui sont dans un flux et un mouvement perpétuel ». Si l’on se réfère à william James (1890), il déclare que la conscience est une somme d’expériences qui se succèdent et entrent dans des rapports infiniment variés les unes avec les autres. Il y a conscience de ces rapports au même titre qu’il y a conscience de leur termes (James, 2005, p.169). James récuse un sujet fondateur et constituant. La conscience est un processus d’interprétation. Avoir conscience, c’est précisément interpréter la pensée présente encore impersonnelle, comme mienne. Dès que se produit l’acte d’appropriation, « l’expérience pure » se transforme et disparaît en tant que telle, elle entre dans une perspective. L’expérience est devenue matière à interprétation. Interpréter, c’est construire des séries. Mais qu’est-ce qui fait la réalité de ces expérimentations, si elles ne sont que des séries de signes? C’est la croyance, la réaction émotionnelle qui nous fait interpréter un événement comme réel. Qu’est-ce que « le sujet » ? Il se construit dans les interprétations. Il est lui- même une interprétation. C’est parce que le corps est toujours au centre des expériences subjectives, que je l’interprète comme un moi. Le  « moi »  n’est  rien d’autre que cet acte d’appropriation toujours renouvelé à travers la variation continue du moi, autrement dit une convention (Lapoujade, 1997, pp.31, 46).

Anselm Straus (1992) évoque une pluralité de « moi » : le « moi d’hier », le « moi d’aujourd’hui »,  le  « moi  de  demain »,  le  « moi  quotidien »,  le  « moi  dans  un contexte  particulier »…  Je  peux  m’interroger  moi-même  sur  ce  que  j’ai  pensé antérieurement d’un acte isolé ou d’une suite de démarches, de l’adéquation de gestes ou de démonstrations affectives, de paroles prononcées et de la façon dont elles  l’ont  été…  Le  réajustement  du  passé  et  la  surprise  apparente  que  suscite l’action du présent, sont à l’origine de l’incertitude du futur. Le « je » sujet, qui remet en  question  ses  « moi »  objets,  progresse  continuellement  dans  un  avenir  aux contours incertains, c’est ainsi qu’émergent nécessairement de nouveaux « je » et de nouveaux « moi », actes critiquant et actes critiqués (Strauss, ibid, p.37). Quant au « soi »,  il indiquerait la  conscience qu’un sujet peut avoir de lui-même, parmi  la pluralité des expériences des « moi ». La conscience serait de la sorte un mélange de diversité (les ingrédients du soi) et d’unité (un noyau d’ipséité). Damasio s’inscrit à leur suite, en présentant une « pluralité /unité de soi », avec un « protosoi », qui est une boucle de résonance en relation privilégiée et directe avec le corps et les sentiments primordiaux issus du tronc cérébral, un « soi  noyau », qui atteste un certain   nombre   d’expériences   vécues   et   qui   porte   sur   l’action,   un   « soi autobiographique », qui intègre des évènements du passé et des anticipations de l’avenir (Damasio, ibid, pp. 20, 38).

Le « Soi » en psychologie sociale, n’est pas une entité fixe : il dépend de la situation. Il inclut le corps, le soi intérieur, le soi interpersonnel et le soi collectif. Georges herbert Mead  (1934) a développé une théorie interactionniste de la conscience, selon laquelle les connaissances et les processus relatifs au soi se construisent dans l’interaction et les contextes sociaux et, en retour, influencent notre interprétation de ces relations et de ses contextes. Bernard Lahire (in Chapelle, 2004, pp.131, 136),1998) a constaté qu’une même personne peut être, tour à tour au cours de sa vie : enfant, adolescent, adulte, parent, grand-parent; accomplir différentes professions, exercer différents niveaux de responsabilité… ou simultanément : être client, usager, citoyen… Cette pluralité renvoie à une diversité de modèle de socialisation. On peut donc faire l’hypothèse d’une multiplicité de schèmes d’action ou d’habitudes. A ce stock de modèles, il faudrait ajouter ceux éventuels des personnes rencontrées, ou mises en communication par le courrier, le téléphone, l’internet, le s.m.s. (short message service)… ; des personnages de la littérature, du théâtre, du cinéma, des vidéos (et jeux-vidéo), de la radio, de la télévision… Tous ces modèles peuvent constituer un répertoire, que l’individu activera en fonction de la situation. La personnalité et les attitudes d’un individu donné résultent de ce qu’il apprit dans sa famille, à l’école, ses métiers, ses loisirs, ses voyages, sa vie sentimentale, ses engagements associatifs… C’est la saisie du singulier, qui force à voir la pluralité.

Mais tous ces modèles n’exercent pas la même influence, certains d’entre eux sont dominants et revendiqués, associés à des souvenirs marquants, intégrés à la biographie, d’autres sont niés, rejetés, oubliés ou mis en attente, pour éventuellement ressortir dans des situations plus favorables. Le soi peut être considéré comme un assemblement de schémas portant sur soi. Les schémas que les gens ont sur eux-mêmes incluent des traits caractéristiques, qu’ils estiment posséder fortement. Ces auto-conceptions persistantes peuvent générer des opinions erronées sur leurs propres performances. Par exemple, quelqu’un qui est persuadé d’être mauvais en mathématiques évitera de se lancer dans des études scientifiques et techniques, malgré des réussites avérées dans ces domaines.

Julian   Rotter   (1966)   a   décrit   le   fait   que   les   individus   diffèrent   dans   leurs appréciations et leurs croyances sur ce qui détermine leur réussite dans une activité particulière, ce qui leur arrive dans un contexte donné ou, plus généralement, ce qui influence le cours de leur vie. Les personnes croyant que leur performance ou leur sort dépendent surtout d’eux-mêmes ont un « locus de contrôle » dit « interne » ; celles persuadées du contraire (c’est-à-dire que l’issue est avant tout déterminée par des  facteurs  extérieurs,  hors  de  leur  influence)  ont  un  locus  de  contrôle  dit « externe ». Par exemple, un candidat échouant à un examen, comme par exemple au permis de conduire, attribuera son échec à une cause externe (examen difficile, manque de chance ou examinateur sévère) s’il a un locus contrôle plutôt externe, mais à ses propres erreurs, son manque de travail, de concentration, etc., s’il a un locus de contrôle plutôt interne. Néanmoins, le locus de contrôle peut être affecté par  différents  facteurs  dont  la  valence  affective  de  la  situation :  d’une  manière générale, les échecs personnels sont perçus comme davantage dus aux circonstances extérieures, tandis qu’on a tendance à adopter un locus de contrôle plus interne vis- à-vis de ses propres succès.

Les  personnes  ont  de  multiples « soi »  possibles, qui  émergent  en  fonction  des expériences et de l’imagination. L’aspiration à l’homogénéité des différents « soi » peut entraîner des conceptions biaisées d’elles-mêmes, qui offrent une image harmonieuse  au  prix  du  déni  des  « soi »  contradictoires.  Si  les  évènements émotionnels favorisent la connaissance de soi, ils mettent à la lumière ses contradictions. Quand des personnes sont amenées à faire un choix, les aspects positifs de l’alternative rejetée et les aspects négatifs de l’alternative choisie provoquent de la dissonance  avec un état de tension désagréable. Des pressions sont alors exercées en faveur d’une cohérence, en essayant de maintenir une cohésion entre les éléments disparates et d’effectuer une consolidation des positions prises. Comme les cognitions sont plus faciles à changer que les comportements, cela amène souvent à minimiser les côtés dissonants de chaque alternative pour soutenir son choix. Il arrive que l’on déforme nos souvenirs de manière à ce que nos comportements passés ne se trouvent pas en opposition avec nos attitudes et/ou comportements actuels. Les contradictions qui pèsent le plus sont celles qui confrontent « le soi actuel » au « soi idéal », ou au « soi imposé », elles ont tendance à amplifier les échecs et peuvent susciter inquiétudes, nervosité, agitation, anxiétés, dépression… Des observations expérimentales ont montré que ceux qui ont un concept de « soi complexe » sont moins moroses que ceux qui ne disposent que d’un « soi » simple et restreint. Les évènements de la vie ont globalement moins d’impact

sur les premiers, parce qu’ils peuvent circonscrire l’évènement à un aspect limité de soi,  en  en  laissant  beaucoup  d’autres  non  affectés.  Les  personnes  au   « soi multifacettes » présentent des réactions plus modérées au stress, amortissant les coups de la vie quotidienne. Tandis que les schémas soulignent les traits de personnalité, l’identité  met davantage l’accent sur les rôles sociaux. Les identités n’ont  pas  non  plus  le  même  degré  de  complexité  et  la  complexité  identitaire protège également les personnes du stress du fait de leur niveau plus élevé de tolérance envers l’ambiguïté. Entre tous les concepts de « soi » présents et possibles, ayant rapport aux traits de personnalité ou à l’identité, l’aspect de soi qui vient à l’esprit, est celui qui est accessible, en fonction du contexte. Le concept  de « soi actif » identifie de façon instantanée les aspects actifs du « soi », mobilisés à un moment donné, selon les circonstances (Fiske, 2008, pp. 214, 244). Ainsi donc, L’élucidation des mécanismes neuraux sous-jacents à l’esprit conscient révèle que notre soi n’est pas toujours avisé et ne contrôle pas chacune de nos décisions. L’élucidation des processus mentaux conscients et non conscients accroît nos possibilités de renforcer nos pouvoirs délibératifs. Le soi ouvre la voie à la délibération et à l’exploration scientifique, ouvrant le dossier de la responsabilité humaine, en termes éthiques, en matière de justice et au niveau politique (Damasio, 2010, p.39).

Les troubles de conscience de soi des patients schizophrènes nous mettent sur la piste de mécanismes mentaux, qui la rendent possible. « Schizophrénie » provient de « schizo » du grec « σχίζειν » (schizein) signifiant fractionnement et « φρήν » (phrèn) désignant l’esprit. C’est une « coupure de l’esprit », au sens d’une perte de contact avec la réalité ou, d’un conflit entre le moi et la réalité. L’hérédité est un facteur qui en accroît le risque. Le risque de schizophrénie augmente chez les adultes dont la mère a été infectée par un virus grippal, lors de sa grossesse. Ce n’est pas le virus lui- même qui affecte le développement cérébral du fœtus, mais ce serait plutôt la réponse immunitaire au virus des cytrokines, qui jouent un rôle important dans le développement du cerveau. La schizophrénie se manifeste par des signes de dissociation mentale, de discordance affective et d’activité délirante, ce qui a pour conséquences une altération de la perception de soi-même, des troubles cognitifs, et des  dysfonctionnements  sociaux  et  comportementaux,  allant  jusqu’au  repli autistique. Les individus schizophrènes présentent davantage de risques d’être atteints d’éléments de comorbidité, tels que les troubles anxieux et dépressifs. Ils sont  également  davantage  touchés  par  des  troubles  addictifs,  ainsi  que  des problèmes sociaux comme le chômage de longue durée, le sans-abrisme et la pauvreté. Des symptômes assez fréquents ont été décrits : Les symptômes négatifs manifestent le déclin des fonctions de la conscience et se traduisent par une altération des fonctions cognitives complexes d’intégration : altération des fonctions mnésiques,   difficultés   de   concentration,   pauvreté   du   langage   spontané,   du comportement    moteur :    aboulie,    amimie,    apragmatisme,    mais    aussi    du fonctionnement   social   ou   émotionnel :   altération   de   la   vie   de   relation,   un abrasement des affects et de la motivation, athymhormie. Les symptômes positifs, ainsi dénommés car s’ajoutant à l’expérience de la réalité et aux comportements habituels,  comprennent  les  éléments  sémiologiques  communs  aux  états psychotiques   aigus :   idées   délirantes,   hallucinations,   déréalisation,   impression d’étrangeté  du  monde,  qui  paraît  irréel,  flou,  qui  manque  de  sens, dépersonnalisation (par exemple : l’impression de sortir de son propre corps), ainsi que les troubles cognitifs regroupés sous le terme de désorganisation ou troubles du cours de la pensée (tel le phénomène du « coq à l’âne », quand le discours passe d’un sujet à un autre complètement différent). Du fait du grand nombre de combinaisons différentes possibles entre ces symptômes, aboutissant ainsi à des formes cliniques variées, certains considèrent la schizophrénie comme un syndrome, une traduction clinique de pathologies multiples et non comme une pathologie unique. Des témoignages sont cités : tel, la croyance d’un(e) patient (e) à certains moments que ses pensées et ses actions lui sont imposées par une force extérieure, qu’elles sont accessibles à autrui, que tout le monde s’intéresse à lui ou à elle, que son esprit est sous contrôle ou qu’il a un contrôle abusif sur des évènements extérieurs (Chapelle, 2004, p.23). Les individus peuvent sombrer dans la schizophrénie, quand ils sont soumis à une « double contrainte », comme l’a étudié gregory  Bateson.   Une  « double  contrainte »  désigne  deux  obligations   qui  se contrarient en s’interdisant mutuellement, augmentées d’une troisième qui empêche l’individu de sortir de cette situation. Deux exemples de double contrainte : « vous êtes damné si vous le faites, et vous êtes damné si vous ne le faites pas ». Paul Watzlawick évoque un panneau autoroutier indiquant “ignorez ce panneau”.

« Les  pensées   intrusives »  s’imposent  au  sujet,  contre  sa  volonté.  Elles  son ressenties  comme  étrangères  à  lui-même  et  inacceptables,  car  elles  perturbent l’ordre moral et social. Elles activent un schéma de danger. Pour s’en préserver, le patient fait appel à une pensée neutralisante, qui a pour effet d’apporter une diversion, en constituant un rituel mental et d’éloigner le danger. La lutte entre la pensée intrusive inacceptable et la pensée automatique neutralisante constitue l’obsession.  Si  le  sujet  dit  « normal »  fait  preuve  d’un  traitement  efficace  de  la pensée obsédante par un contrôle vigilant et un rejet rapide, le sujet obsessionnel se sent obligé d’édifier tout un système complexe pour la neutraliser, car il ressent une culpabilité et une angoisse importante à penser ainsi (Cottraux, 1992, pp.53, 54).

Le Trouble de la personnalité multiple appelé aussi trouble dissociatif de l’identité (T. D.I.) qualifie un désordre psychiatrique apparu en Amérique du Nord dans les années 1980. Les patients atteints présentent des alternances de personnalité (ou d’états de personnalité) différentes, et peuvent passer de l’un à l’autre sans pouvoir le contrôler par exemple une femme adulte peut subitement parler avec la voix d’une fillette de 5 ans et parler comme telle, puis « devenir » un homme de 50 ans, etc.)… La personnalité  peut être définie par « le résultat chez un sujet donné de l’intégration dynamique de composantes cognitives, pulsionnelles et émotionnelles, l’agencement de ces différents facteurs constituent les  traits  de  personnalité,  à savoir les modalités relationnelles de la personne, sa façon de percevoir le monde et de se penser dans son environnement ».

La personnalité présente deux propriétés :

-    elle est relativement stable dans le temps, ce qui garantit la continuité d’être de la personne,

-    elle est unique, caractéristique de la personne, la distinguant des autres.

On parle de trouble de la personnalité lorsque certains traits de la personnalité se rigidifient entraînant soit une souffrance, soit des dysfonctionnements. La personne victime du Trouble de la personnalité multiple est, au niveau conscient, persuadée d’être  tour  à  tour  telle  ou  telle  autre  personne.  On  peut  produire expérimentalement et transitoirement un phénomène de personnalité multiple par utilisation de l’hypnose : on suggère à la personne, sous état de transe hypnotique, qu’elle a telle ou telle caractéristique et on peut constater qu’elle se plie à cette suggestion  et  se  donne  le  rôle  proposé.  On  a  montré  que  si  la  suggestion  est contraire à des choix profonds de la personne, elle refuse d’entrer dans le personnage et éventuellement, sort même de son état de conscience modifiée. Il ne s’agit pas de simulation, les changements de personnalité n’étant pas placés sous le contrôle de la volonté. Chaque « personnalité » a une façon d’agir, de parler, de se comporter, de penser et d’appréhender son environnement et elle-même de façon particulière. Ces personnalités doivent être au moins deux à prendre le contrôle du sujet. Aussi, les différentes personnalités du sujet ne sont pas nécessairement au courant de leur coexistence dans le même corps et dans ce cas, le temps qui passe lorsqu’une des personnalités est en interaction consciente avec le monde extérieur est perdu pour les autres personnalités. Ceci implique que les autres personnalités sont amnésiques pour les événements pendant ce temps et ce fait peut rendre la vie du sujet très compliquée et angoissante. Dans le cas où les différentes personnalités du sujet sont partiellement ou complètement capables d’interactions, le sujet ou les personnalités du sujet peuvent communiquer via des « voix dans la tête ». Le T.D.I. a été interprété comme étant un mécanisme de défense du sujet qui lui permet de continuer à vivre dans des situations de vie menaçantes, contradictoires et désespérantes.

La  dépersonnalisation  ou  déréalisation,  désigne  l’expérience  d’un  sentiment  de perte de sens de la réalité. Une personne souffrant de ce trouble a l’impression qu’elle a changé et que le monde paraît moins réel, flou, comme dans un rêve, ou

qu’il manque de sens. Les individus souffrant de dépersonnalisation se sentent à la fois détachés du monde et de leur propre identité / incarnation physique. Souvent, les personnes ayant expérimenté la dépersonnalisation disent avoir l’impression que la vie ressemble à une fiction. Certains sujets disent aussi avoir l’impression d’être des  « fantômes ».  Malgré  ses  efforts,  l’individu  n’a  pas  l’impression  d’interagir réellement avec le monde. Il est en proie a un « sentiment d’inquiétante étrangeté », lui donnant l’impression de vivre dans un monde absurde sans avoir la capacité d’être  de  nouveau  acteur  de  la  vie  et  d’en  approuver  intellectuellement  la pertinence. Le sujet devient un observateur des choses, et principalement de ses propres mécanismes de pensée : il s’auto-observe sans cesse, cherchant à retrouver le sens et l’ordre des choses, pour unifier sa vision de la réalité et être de nouveau un acteur. La dépersonnalisation est caractérisée par une très grande lucidité de son état : le sujet a une conscience aiguisée des troubles qui l’accablent, mais avec le sentiment d’être démuni quant à eux, que ce sentiment de désordre qui l’affecte est le plus fort, le faisant sombrer dans la dysphorie. La dépersonnalisation est donc une altération de la perception de soi, telle que le sujet se sent irréel. L’intellect sait qu’il s’agit de lui, de son corps, mais il manque la prise de conscience plus vaste pour réintégrer cette donnée dans un système cohérent qui lui ferait adhérer de nouveau à sa réalité : le sujet n’a plus la conscience de la place qu’il occupe, obnubilé qu’il est par des questionnements métaphysiques irrésolus, il se sent en disharmonie et ne consent plus à jouer le rôle qui est le sien, car n’en percevant plus le sens. Le symptôme se déclare souvent après une forte crise d’angoisse ou de panique, et, plus rarement, lorsqu’un élément familier de longue date a soudain changé (décès, rupture, etc.), ce qui rompt le continuum identitaire de l’individu, perdant ainsi l’identification de soi à sa personnalité et donnant l’impression d’être confronté à un monde qu’il ne reconnait plus et où ses marques & repères ne sont plus que des souvenirs auxquels il est devenu incapable d’adhérer.

La  dépression   se  manifeste  la  plupart  du  temps  par  un  certain  nombre  de symptômes comme :

-    l’humeur triste,

-    un sentiment d’inutilité, d’impuissance et de désespoir,

-    l’anhédonie, la diminution du plaisir ou de l’intérêt pour toutes activités, y compris celles qui procurent du plaisir habituellement. Les habitudes se modifient, les passe-temps sont délaissés, tout semble monotone et vide, y compris les activités habituellement gratifiantes,

-    diminution des pulsions sexuelles,

-    évitement des autres,

-    une modification involontaire du poids : prise ou perte de 5 % ou plus du poids habituel en un mois,

-    des  troubles  du  sommeil  avec  soit  une  diminution  (insomnie),  soit  une augmentation (hypersomnie) du temps de sommeil,

-    des troubles de la concentration et/ou du processus de prise de décision,

-    des troubles du comportement : agitation ou ralentissement (bradypsychie) rapportée par l’entourage,

-    l’asthénie : une sensation de fatigue ou de diminution d’énergie,

-    un sentiment de culpabilité hypertrophié, souvent injustifiés et liés à l’auto- dépréciation du patient,

-    des idées morbides ou suicidaires.

Les mécanismes biologiques, neuropsychiques, psychologiques, sociologiques de la dépression sont constamment en interaction.

Un mauvais fonctionnement du circuit de noradrénaline ou de sérotonine contribue à la dépression chez certains individus. La recapture présynaptique des monoamines serait trop forte, ce qui crée un manque de ces neurotransmetteurs. Il a aussi été observé que la noradrénaline est détruite par des enzymes, les monoamines oxydases, en une substance qui se retrouve dans les urines : le méthoxyhydroxyphénylglycol (M.H.P.G.). Le rôle du cortisol, hormone dont la production est augmentée en cas de stress, semble également crucial. Son taux est significativement augmenté en cas de dépression. Il est retrouvé parfois un déficit intracérébral   de   B.D.N.F.   (« Brain-derived   neurotrophic   factor »),   un   facteur permettant la croissance des neurones et la plasticité des synapses.

Sur le plan comportemental, une personne dépressive a tendance à voir la réalité de façon négative, ce qui amplifie les émotions dépressives, qui influencent les comportements, amenant par exemple de la passivité, avec à son tour, un impact sur les pensées et les émotions. Sur le plan sociologique, un environnement pénible comme un rythme de vie effréné, des soucis professionnels et/ou familiaux, l’expérience du chômage, d’un divorce, d’un deuil, l’isolement, un déménagement, un déracinement… peuvent rendre plus sujet à l’apparition et/ou au maintien d’une dépression. L’importance et la qualité du soutien que nous recevons par nos relations interpersonnelles (proches parents, conjoints, enfants, amis…) peut nous protéger contre le stress et les tensions de la vie quotidienne, et réduire les réactions physiques et émotionnelles au stress, l’une d’entre elles pouvant être la dépression. A l’inverse, l’absence d’une relation étroite, de confiance, peut augmenter le risque de dépression. Sur le plan cognitif, l’humeur dépressive est un éprouvé négatif avec des distorsions de la relation du sujet au monde et à lui-même : un sentiment que sa vie est un échec, que la situation est sans espoir, que l’avenir est impossible. On assiste à une perte du plaisir et d’intérêt. Les troubles de l’humeur peuvent être amplifiés par deux autres phénomènes : “l’inhibition” et la “douleur morale” ». L’inhibition est « une sorte de freinage ou ralentissement des processus psychiques de l’idéation, qui réduit le champ de la conscience et les intérêts, replie le sujet sur lui-même et le pousse à fuir les autres et les relations avec autrui. Subjectivement, la personne éprouve une lassitude morale, une difficulté de penser, d’évoquer des souvenirs avec des troubles de la mémoire, une fatigue psychique. La douleur morale s’exprime sous forme d’auto-dépréciation qui peut devenir auto-accusation, auto-punition et un sentiment de culpabilité, avec des idées morbides, parfois suicidaires.

La manipulabilité  et la soumission au contrôle de l’esprit, manifeste une pathologie psychologique, une vulnérabilité aux influences d’autrui, une dépendance sociale excessive, une sorte de déficit immunitaire psychique vis-à-vis des mèmes et des virus de l’esprit (idéologies, religions…), une déficience de l’autonomie de la conscience, une difficulté à l’évaluation personnelle, une immaturité psychique, une régression de la pensée aux automatismes. Si l’être humain influence les autres humains et en est influencé, si les relations humaines sont un tissu d’intéraction et d’influences mutuelles, on peut toutefois discerner une différence entre la suggestibilité et la manipulabilité. Hippolyte Bernheim  (1884) définissait la suggestion comme un acte par lequel une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui. II proposa le concept d’idéodynamisme, propriété des idées à se transformer en mouvement physique ou biologique, sensation ou émotion, comme quoi « toute idée suggérée tend à se faire acte. La suggestibilité est une propriété physiologique du cerveau humain. Mais à l’état ordinaire, cette suggestibilité, cette tendance du cerveau à accepter l’idée et à la transformer en acte, est limitée par l’attention,  l’auto-critique,  le  jugement,  qui  constituent  le  contrôle  conscient cérébral. Tout ce qui diminue l’activité consciente, tout ce qui supprime ou atténue le contrôle cérébral, renforce la suggestibilité, c’est-à-dire augmente l’aptitude du cerveau à accepter et à réaliser l’idée. Certains sujets sont plus particulièrement suggestibles. Chez eux, dans leur état normal, sans sommeil préalable, sans émotion extraordinaire, la suggestibilité est assez grande pour que tous les phénomènes indiqués : anesthésie, catalepsie, contracture, actes, hallucinations, illusions, etc., puissent être réalisés par simple affirmation à l’état de veille. L’idée reçue actionne suffisamment les centres automatiques pour se transformer en acte ; il y a chez eux une réflectivité idéo-motrice, idéo-sensitive, idéo-sensorielle, idéo-dynamique si grande que l’influence modératrice du contrôle n’a pas le temps ou pas la force de faire inhibition. La dissociation, l’angoisse, la peur, la surprise… créent souvent des états qui amplifient la suggestibilité.

Aaron Beck (1983) a distingué la sociotropie de l’autonomie, deux dimensions de la personnalité, la première caractérise une personnalité dépendante, la seconde une personnalité auto-critique. La  sociotropie  pourrait se définir comme tout ce qui attire un individu vers les autres personnes et qui le rend dépendant de ses relations avec les autres pour être satisfait. L’autonomie se définit comme la capacité pour un

sujet de se centrer sur la réalisation de ses objectifs sans contrôle ou contrainte. Un sujet sociotrope pourrait devenir dépressif, si des facteurs externes ou internes sont perçus  comme  des  obstacles  à  « l’approvisionnement  social »,  alors  qu’un  sujet autonome pourrait devenir dépressif si ces facteurs sont perçus comme un incontournable obstacle à « l’accomplissement de ses objectifs ». La manipulabilité est plus forte chez le sujet sociotrope que le sujet autonome. La manipulabilité est associée  à  une  dépendance  excessive  à  l’autre,  à  une  mise  à  disposition  du psychisme et du comportement, à une soumission à la volonté de quelqu’un d’autre.

La relation d’emprise est une relation inégalitaire avec une influence exercée par le dominant sur le dominé, à son insu. La victime n’a qu’une très faible conscience que l’autre contrôle la relation. On peut employer le terme de « colonisation de l’esprit », car il s’agit d’une invasion de l’espace psychique (Petitcollin, 2008, p.24). L’emprise se reconnaît  à  un  certain  nombre  de  procédés.  L’emprise  s’instaure  souvent  avec chaleur, sourires à profusion, enveloppement, proximité physique et psychologique… L’emprise commence par cette technique de rapprochement particulièrement séduisante, quand on est une personne en grande détresse, en manque d’affection, en   état   de   deuil,   en   difficulté   majeure   avec   ses   parents   ou   son   propre environnement (Maurer, 2001). L’individu manipulable peut douter de la pertinence des informations provenant de ses propres sens, de ses capacités affectives et cognitives à résoudre des problèmes. Le mode critique et analytique de traitement de l’information néo-cortical est inhibé. Le sujet exprime une peur de prendre des décisions par lui-même, un manque d’assurance, avec un moi inconsistant. Il sollicite son entourage pour décider à sa place, ou à défaut il cherche des leaders charismatiques, des guides spirituels et/ou des doctrines morales, religieuses, politiques, philosophiques… pour lui indiquer comment il doit agir. Il aspire à l’hétéronomie et abandonne son psychisme aux contrôleurs de l’esprit. Il peut même leur vouer un culte, les idéaliser, les idolâtrer, les diviniser… Dans une relation d’emprise, on peut parler de « fascination ».

L’individu manipulable est souvent très réceptifs aux effets émotionnels des groupes, il cherche à se fondre dans le collectif, à passer inaperçu, à intérioriser des règles et images communes et à se conformer aux modèle comportemental valorisé par le groupe et aux rituels communautaires ou collectifs. Il a peur d’être différent et d’être stigmatisé. Il revendique une identité collective qui dilue les ego et expose à la dénonciation les déviants, les hérétiques, les marginaux, les éléments étrangers…  La manipulabilité est en grande partie non consciente.

Ces troubles de la conscience de soi, nous montrent à la fois la fragilité et les avantages de la conscience pour le cerveau humain

La conscience est une propriété phénotypique, émergente des propriétés neuronales du cerveau, apparue à un moment de l’évolution des espèces, qui a conféré un avantage  adaptatif,  dont la tâche première est de gérer l’imprévu, d’élaborer des projets pour le futur et d’évaluer les actions menées, dont certaines ont été non- conscientes et non-choisies (Koch, 2006, p. 25, p.338). Elle est apparue au cours de l’évolution des vertébrés lorsque les connexions ré-entrantes au sein du système thalamo-cortical se sont mises à relier les systèmes de mémoires antérieurs, qui traitent des valeurs, aux systèmes corticaux plus postérieurs, qui sont dédiés à la perception. Il en a résulté une augmentation du pouvoir de discrimination et de mise en relation associative d’entités disparates (Edelman, 2006, p. 74). Mais notre soi n’est pas toujours avisé et ne contrôle pas chacune de nos décisions. On pourrait comparer  la  conscience  à  un  « concours à  projets »  avec  plusieurs  candidats  en compétition, chacun soutenu par une coalition. L’attention consciente sélectionne une coalition gagnante parmi différentes propositions, qui occupe alors le contenu de la conscience et éclipse les autres propositions pendant un certain temps, jusqu’à ce qu’elle cède la place à une autre. Les coalitions qui ont perdu, ne disparaissent pas toujours, elles continuent souvent leur activité de lobbying et influencent les choix politiques, elles peuvent éventuellement remporter les sélections suivantes (koch, ibid, p. 39). Les évaluations que nous établissons dans nos activités sociales et culturelles de tous les jours ont un lien direct avec les processus de régulation vitale homéostasique. L’homéostasie  est un ensemble de processus régulateurs usant de multiples rétroactions. La boucle de rétroaction (ou feed-back) négative permet de stabiliser un système, de réduire la déviance. Sous sa forme positive, la retroaction est un mécanisme amplificateur qui modifie le système, le met en péril ou l’amène à se transformer. Ce lien avec les processus de régulation explique l’intérêt que représente pour nous la prédiction et la détection des gains et des pertes, à travers l’assignation de valeur. La différence entre la régulation vitale avant et après la conscience, tient au passage de l’automation à la délibération. L’assemblage de la conscience a nécessité un effort de coopération entre les différents partenaires de l’intelligence.  En  liaison  avec  le  thalamus  et  le  tronc  cérébral,  le  cortex  nous maintient éveillé et aide à sélectionner ce à quoi nous sommes attentifs. Toujours en liaison avec le tronc cérébral et le thalamus, il construit les cartes qui deviennent l’esprit et engendre le soi-noyau. En se servant des enregistrements de l’activité passée, qui sont stockées dans les immenses banques du souvenir, il édifie notre biographie, riche de toute l’expérience des environnements physiques et sociaux, dans lesquels nous nous sommes trouvés. Il nous fournit une identité et nous place au  centre  du  spectacle  toujours  en  mouvement  de  la  conscience.  Avant  la conscience, la régulation de la vie était entièrement automatisée, après elle le reste, mais elle développe petit à petit un potentiel de délibération de plus en plus grand. Au  fur  et  à  mesure  que  la  conscience  est  devenue  plus  complexe,  et  que  les fonctions liées à la mémoire, au raisonnement et au langage ont coévolué  pour entrer en jeu, d’autres bénéfices dus à la conscience, se sont introduits. Ils sont en grande partie liés à la planification et à la délibération. Celles-ci portent surtout sur des décisions prises pour des laps de temps très étendus. Nous mobilisons notre réflexion et nos connaissances, quand nous prenons des décisions sur des questions importantes concernant notre existence future. Il est ainsi devenu ainsi possible d’envisager l’avenir et de réviser, de suspendre ou d’inhiber des réponses automatiques. (Damasio, ibid, p.63, p.217, p.302, p.324, p.328). L’homéostasie du corps  humain,  qui  est  régie  de  façon  non  consciente  et  l’homéostasie socioculturelle, qui est crée par l’esprit conscient et réflexif, devraient opérer comme des conservatrices de la valeur biologique et être en interaction constante. Elles sont au service du même objectif : la survie (immanente) des humains. L’esprit humain conscient a donné un nouveau cours à l’évolution en nous procurant des choix, en rendant possible une régulation socio-culturelle relativement flexible, qui va bien au- delà de l’organisation sociale dont les insectes font preuve. Le moteur des développements    culturels    pourrait    être    « l’impulsion    homéostatique ».    La conscience a permis aux humains d’enrichir la régulation vitale grâce à une collection d’instruments culturels : échanges économiques, conventions sociales, règles éthiques, institutrions politiques, procédures de justice et lois, arts, sciences, technologies… Ils réagissent ou plutôt ils devraient réagir à la détection d’un déséquilibre dans le processus vital et ils devraient chercher à le corriger, dans le cadre des contraintes de la biologie humaine et de l’environnement physique, biologique et social. L’élaboration de règles éthiques et de lois, ainsi que le développement de systèmes judiciaires devraient pouvoir réguler les déséquilibres causés par des comportements sociaux (Damasio, 2010, p.37, p.49, p.77, p.354).

Comme le constate john Dewey (2003, « Reconstruction de la philosophie », p.95): « On  a  plus  besoin  de  tout  l’arsenal  kantien  et  post-kantien  de  concepts  et  de catégories « a priori », destiné à synthétiser la soi-disant matière de l’expérience. L’expérience est composée de lignes d’action à visée adaptative, d’habitudes, de fonctions  actives,  d’actions  agies  et  subies,  de  coordination  sensorimotrice ». L’expérience  porte en  elle  des  principes  de  vie,  des  principes  pratiques. L’organisation biologique et sociale inhérente à la vie rend superflue toute synthèse supra-naturelle et supra-empirique. Elle fournit elle-même les matériaux nécessaires à une évolution positive de l’intelligence, comme facteur organisateur au sein de l’expérience.

Emmanuel Kant, en abandonnant l’idée que la liberté est l’objet d’une expérience immédiate et en la présentant comme ce qui permet de s’émanciper des contraintes du monde sensible, fait référence à une « liberté métaphysique », prônée par les stoïciens,  et  notamment  par  Epictète,   dont  la  piété  a  inspiré  le  « piétisme luthérien », dans lequel kant fut éduqué. Cette conception de la liberté, n’est pas au sens   ordinaire,   celle   d’une   volonté   d’agir   concrètement   selon   ses   propres motivations, mais une volonté en l’absence de toute contrainte physique, c’est-à-dire indépendamment    de    « la    causalité    naturelle »,        valorisant    l’insensibilité, l’impassibilité, l’imperturbabilité intérieure, afin d’être disponible à obéir de façon disciplinée, au devoir moral, qui s’imposerait à soi. Le « Libre- Arbitre » kantien est posé comme indépendant à l’égard des contraintes des penchants de la sensibilité. Si l’homme est affecté par des penchants qui influencent son arbitre, il devrait les abandonner par ascétisme, pour agir d’après les seuls motifs issus de « la Raison ». Dans  ce  cas,  « l’Arbitre  et  la  Raison »  transcendent  le  monde  en  dépassant  la sensibilité. Les postulats religieux et métaphysiques de « la Raison pratique » font de la conduite morale une démarche hétéronome. Kant présente « l’Autonomie » de façon paradoxale : « l’individu n’est soumis qu’à sa propre législation, encore que cette législation soit « universelle », la volonté « libre » doit se conformer à agir suivant un « impératif catégorique ». Il fit de la « Liberté » une « idée de la Raison » agissant selon des « lois immuables » et il récusa comme négative et inféconde, la liberté   en   tant   que   capacité   autonome   d’agir,   indépendamment   des   causes étrangères qui la déterminent (Crampe-Casnabet, 1989).

Pour Dewey, il paraît absurde d’affirmer des principes indépendants de notre vie psychique  et  de  l’expérience  de  chacun.  Il  refuse  de  définir  d’autorité  une conception du « bien » et du « Vrai » comme « Rationalité », supposée devoir guider les humains. La discipline morale atrophie, étouffe l’activité intellectuelle, elle a pour effet de créer une routine mécanique ou un état de passivité et d’esclavage mental. La liberté est intellectuelle, elle repose sur le pouvoir de penser, sur l’habileté à retourner les choses en tous sens, à les considérer sans idée préconçue, à juger si l’information pour prendre une décision est suffisante ou non et, si elle ne l’est pas, à la chercher (Dewey, in « Comment nous pensons », 2004, p.91).

Ainsi, la liberté relative de choix de notre éthique est-elle plus grande que le jeu du possible des autres espèces, mais cette liberté n’est pas une « essence universelle » de l’espèce humaine, elle s’est élaborée au cours de l’évolution, se poursuit tout au long de l’existence d’un individu humain et peut progresser avec les apports des civilisations (Dennett, 2004, pp.331, 337).

La « liberté de penser et d’action », qui s’est développée de la sorte à la marge, est un processus qui peut toutefois, régresser ou s’amplifier. Elle peut succomber à la puissance des pulsions instinctives, à la ritualisation « totalitaire » des comportements ou encore à des mèmes « métaphysiques » de dénigrement de la vie et du monde matériel, mais elle peut aussi s’institutionnaliser avec la reconnaissance sociale de libertés civiles & politiques, et la construction des mèmeplexes des démocraties pluralistes. « La Vérité, le Beau, le Bien, le Juste », n’étant ni donnés, ni

accessibles, les humains ne peuvent avoir recours qu’à des opinions plus ou moins pertinentes, d’où l’intérêt d’acquérir des connaissances et des compétences, pour diminuer l’incertitude et mieux maîtriser les expériences. Le système politique démocratique présente l’avantage de favoriser largement les influences diverses, l’échange des opinions et la recherche des solutions les plus acceptables et pertinentes, face aux problèmes auxquels sont confrontées les populations (Mougel, 1996, p.39).

Par Philippe Mougel,Sociologue cognitif, chef de projet à Welience et par Aurélien Trioux,
chargé de mission « Mobilité et Territoire », Octobre 2010

C’est un exemple célèbre de la théorie des jeux, caractérisant les situations où deux joueurs auraient intérêt à coopérer, mais où les incitations à trahir l’autre sont si fortes,  que  la  coopération  n’est  jamais  sélectionnée  par  un  joueur  supposé « rationnel »,  lorsque  le  jeu  n’est  joué  qu’une  fois.  Ce  jeu  illustrait  l’idée  selon laquelle la confrontation des intérêts individuels ne débouche pas nécessairement sur l’optimum collectif. Du fait de la grande généralité de la situation décrite, le dilemme du prisonnier a été appliqué, sous une forme formelle ou plus discursive, dans un grand nombre de domaines, comme l’économie, la biologie, la politique internationale ou la psychologie.

La forme habituelle de ce dilemme est celle de deux prisonniers (complices d’un délit) retenus dans des cellules séparées et qui ne peuvent communiquer :

-     si un des deux prisonniers dénonce l’autre, il est remis en liberté alors que le second obtient la peine maximale (10 ans) ;

-     si les deux se dénoncent entre eux, ils seront condamnés à une peine plus légère (5 ans) ;

-     si  les  deux  refusent  de  dénoncer,  la  peine  sera  minimale  (6  mois),  faute d’éléments au dossier.

Chacun des prisonniers réfléchit de son côté en considérant les deux cas possibles de réaction de son complice :

-     « Dans le cas où il me dénoncerait :

o Si je me tais, je ferai 10 ans de prison ;

o Mais si je le dénonce, je ne ferai que 5 ans. »

-     « Dans le cas où il ne me dénoncerait pas :

o Si je me tais, je ferai 6 mois de prison ;

o Mais si je le dénonce, je serai libre. »

-     « Quel que soit son choix, j’ai donc intérêt à le dénoncer. »

Si chacun des complices fait ce raisonnement, les deux vont probablement choisir de se  dénoncer  mutuellement,  ce  choix  étant  le  plus  empreint  de  « rationalité ». Conformément à l’énoncé, ils écoperont dès lors de 5 ans de prison chacun. Or, s’ils étaient tous deux restés silencieux, ils n’auraient écopé que de 6 mois chacun. Ainsi, lorsque chacun poursuit son intérêt individuel, le résultat obtenu n’est pas optimal au sens de vilfred Pareto. « L’équilibre de (john forbes) Nash », où aucun ne modifie sa stratégie sans affaiblir sa position personnelle, ne conduit pas à un « optimum de Pareto » (c’est-à-dire un état dans lequel on ne peut pas améliorer le bien-être d’un individu,  sans  détériorer  celui  d’un  autre).  À  l’équilibre,  chacun  des  prisonniers choisit de faire défaut, même s’ils gagnaient à coopérer. Malheureusement pour les prisonniers, chacun est incité à tricher, malgré les promesses de coopérer. C’est le cœur du dilemme.

Ce problème modélise bien les questions de politique tarifaire : le concurrent qui baisse ses prix gagne des parts de marché et peut ainsi augmenter ses ventes et accroître éventuellement son bénéfice… mais si son concurrent principal en fait autant, les deux peuvent y perdre.

Le  dilemme  repose  sur  la  croyance  que  chaque  participant  effectue  « un  choix rationnel », dans ce  cas aucun des deux ne peut logiquement choisir une autre stratégie que celle de la défection. En revanche si un doute s’introduit quant à cette rationalité prêtée à l’autre, à un niveau quelconque de cette itération mentale, la coopération devient une stratégie logiquement possible. Si je ne suis pas tout-à-fait sûr que l’autre joueur est rationnel et que je me montre sceptique, alors je peux risquer de jouer une stratégie coopérative, qui a son tour pourra enclencher, de sa part, une réponse coopérative. C’est donc à la faveur de l’introduction d’une incertitude sur cette croyance de rationalité partagée, que le piège mis en évidence dans le jeu du dilemme du prisonnier peut être déjoué (Schmidt, ibid, p.234).

Les résultats expérimentaux montrent que le taux ce coopération dépend d’un grand nombre de facteurs, concernant les données du jeu (répartition des gains, communication entre les joueurs, etc.), et/ou les caractéristiques des joueurs (sexe, âge, culture, personnalité, etc.). Concernant « le dilemme du prisonnier » répété, la littérature expérimentale fait apparaître une tendance des joueurs à coopérer, plus ou moins systématiquement, lors des premières périodes de jeu, puis à ne plus le faire à l’approche de la fin du jeu.

Dans un très grand nombre de situations réelles, les espèces vivantes qui en sont capables, mettent au point des processus de socialisation, permettant de résoudre le dilemme du prisonnier, c’est-à-dire de rendre stable la stratégie coopérative, qui est optimale. Il y a deux façons d’obtenir ce résultat :

-     La   première   possibilité   est   la   mise  en  place   d’une  mémorisation  des protagonistes et de leurs comportements, afin de se situer dans le cas du dilemme  répété  (qui  n’est  alors  plus  un  dilemme).  Robert  Axelrod  (2006,

1985) en a proposé une version, appelée dilemme itératif du prisonnier. Deux personnes échangent des sacs, censés contenir respectivement de l’argent et un bien. Chacun a un intérêt immédiat à passer un sac vide, mais il est plus avantageux pour les deux que la transaction ait lieu. La stratégie appelée “Donnant donnant”, qui consiste à coopérer au premier coup, puis à systématiquement copier le comportement de son interlocuteur à la rencontre précédente, s’avère particulièrement robuste. Quand on répète ce jeu durablement  dans  une  population,  les  joueurs  qui  adoptent  une  stratégie « égoïste » y perdent au long terme, alors que les joueurs « altruistes » sont finalement récompensés. Robert Axelrod y a vu une explication de l’apparition d’un comportement altruiste dans un contexte d’évolution darwinienne par sélection naturelle. Sa théorie a été utilisée par richard Dawkins (1996), dans son ouvrage “Le gène égoïste », pour expliquer la nécessaire coopération des gènes (égoïstes) dans l’individu.

-     La seconde solution est d’établir un code de conduite au sein de la société,

associé à des sanctions pour les contrevenants. Chaque joueur a l’opportunité de   « punir »   l’autre   joueur   pour   sa   précédente   non-coopération.   La coopération peut donc survenir dans cette configuration. L’incitation à tricher est  inférieure  à  la  menace  de  punition,  ce  qui  introduit  la  possibilité  de coopérer. De cette façon, la trahison, si elle est plus lourdement sanctionnée que ce qu’elle rapporte, devient moins avantageuse que la coopération. L’espèce humaine a développé une faculté très importante à mettre en œuvre ces deux systèmes de résolution du dilemme du prisonnier, par ses capacités de mémoire et de sympathie, et par un système judiciaire, répressif et préventif très sophistiqué. L’utilisation d’un code de conduite connaissable par tous, permet d’ajuster les comportements. Il suffit d’envisager ce que serait la circulation automobile, si le code de la route n’était pas une connaissance commune des automobilistes. Mais ce code n’est pas seulement formel, il rassemble des dispositions législatives, règlementaires, jurisprudentielles…, qui peuvent être modifiées selon diverses procédures pour réguler au mieux la circulation sur la voie publique et les stationnements. Ainsi, la  démocratie avec sa constitution, ses institutions, ses lois, ses procédures… constitue l’un des moyens les plus avancés qu’a mis au point l’espèce humaine pour résoudre le dilemme du prisonnier, à grande échelle. La théorie des jeux a construit des exemples où l’altruisme peut fournir de meilleurs résultats pour les protagonistes  d’une  situation,  que  l’égoïsme.  Sur  cette  base,  il  a  pu  être montré que, bien que les conditions pour voir l’altruisme apparaître, soient fragiles et complexes, les bénéfices de l’altruisme peuvent être grands pour l’individu. De fait, les règles du dilemme du prisonnier sont autant compatibles avec une interprétation non coopérative qu’avec une interprétation coopérative. La première interprétation engendre une défiance réciproque qui empêche toute alliance, la seconde, qui fait le pari de l’empathie, débouche sur une confiance réciproque, qui pousse à la coalition. Mais comme le note christian Schmidt (2010, p.271), ni la défiance, ni la confiance ne sont eux- mêmes « rationnels » !

Dans « la théorie de l’équité », elaine Walster (1978) a bâti un scénario autour de 4 propositions :

-    1.  Les  individus  tentent  de  maximiser  leurs  bénéfices,  définis  comme  la différence entre gratifications et coûts,

-    2. Ces motivations individualistes potentiellement conflictuelles appellent des normes d’équité pour permettre de maximiser l’efficacité ou la productivité du groupe; ces normes sont associées à des sanctions,

-    3. Des relations estimées inéquitables provoquent de la détresse,

-    4. Les acteurs impliqués dans des relations inéquitables tentent de restaurer l’équité.

Pourquoi cette « détresse face à l’inéquité » et cette volonté de ré-équilibration? Il y aurait deux causes :

-    une cause cognitive : l’inquiété bouleverse les modèles de relations prédictibles des    acteurs,    menaçant    ainsi    toute    la    logique    de    coordination    des comportements,

-    une cause normative: l’inéquité est lue comme une menace pour l’intégrité et l’identité d’ego.

La  « norme d’équité »  serait  donc  un  essai  de  régulation  entre  deux  tendances contradictoires : celle consistant à s’approprier le maximum de biens possibles et celle exigeant la collaboration pour optimiser les biens à disposition.

A travers « le jeu du bien public » et « le jeu de la ressource commune », on retrouve le même conflit entre l’intérêt collectif à coopérer et l’intérêt individuel à ne pas le faire, mais à une échelle plus vaste, avec plus de joueurs et plus de deux stratégies pour chaque joueur.

Par Philippe Mougel,Sociologue cognitif, chef de projet à Welience et par Aurélien Trioux,
chargé de mission « Mobilité et Territoire », Octobre 2010
Par Philippe Mougel,Sociologue cognitif, chef de projet à Welience et par Aurélien Trioux,
chargé de mission « Mobilité et Territoire », Octobre 2010

La psychologie de l’engagement repose sur une vision non cartésienne du comportement humain. Pour elle, loin d’agir comme des êtres « a priori rationnels », motivés et cohérents, les êtres humains apparaissent souvent plutôt comme des captifs de leurs actes antérieurs et des situations sociales dans lesquelles ils se trouvent pris. Ce serait à travers des engagements multiples, qui lui permettent de mener diverses expériences, sans les avoir a priori choisies, que l’individu humain aborde très souvent son environnement. À partir du processus de la dissonance cognitive, et en examinant ses effets tant sur les comportements que sur les représentations mentales des personnes, on a pu dégager diverses situations d’interaction propices à un engagement. Selon charles Kiesler (1971), “l’engagement est le lien qui unit un individu à ses actes”. Seuls les actes nous engagent. Nous ne sommes pas engagés par nos idées, ou par nos sentiments, mais par nos conduites effectives. C’est une variable continue, car les gens sont tout le temps, plus ou moins engagés, dans différents comportements. La théorie de l’engagement porte sur les conditions  et  les  effets  de  l’engagement.  Quelles sont les  conditions de l’engagement : pourquoi un individu se sentira-t-il engagé par son acte ?

Après expérimentation, il en ressort que les facteurs nécessaires sont les suivants :

-     le sujet s’engage par son acte,

-     il doit avoir eu le sentiment de choisir sans soumission à une autorité, de faire ce qui lui était proposé de faire.

-     l’acte doit avoir des conséquences, il doit être public et non anonyme.

L’engagement dans un acte affecte alors l’organisation ou la structure des cognitions liées à cet acte, et il peut se renforcer par la répétition des actes. La structure cognitive des participants engagés deviendrait ainsi fortement organisée et, par conséquent, résistante à toute attaque persuasive. Alors que « la théorie de l’action raisonnée » cherchait à modifier les comportements des gens en changeant les gens eux-mêmes, c’est-à-dire en modifiant leurs croyances, et par la suite, leurs intentions, en passant par l’attitude, la norme subjective, la perception du contrôle, la démarche de kiesler s’adresse directement aux actes.

La psychologie de l’engagement procède ainsi : des actes vers d’autres actes et des actes vers les idées. « Les paris adjacents » sont à considérer comme des actes, qu’ils s’expriment par des promesses, des contrats moraux ou juridiques…

Elle  rejoint  de  la  sorte  « La  pragmatique »  du  langage,  développée  à  partir  de l’ouvrage  de  john  Austin  :  « Quand  dire,  c’est  faire »  (1970),  où  l’auteur  fait remarquer qu’à côté des énoncés constatatifs, qui présentent des faits et sont évaluables  sur  des  critères  de plausibilité, on peut trouver  des énoncés performatifs, qui accomplissent une action et peuvent être évalués en terme de succès ou d’échecs. Alors qu’on avait tendance jusqu’alors à négliger et à ignorer les seconds, Austin se demande s’ils ne sont pas l’expression d’une fonction majeure du langage, au point que tous les énoncés puissent être considérés d’une certaine manière, comme performatifs, accomplissant des actes sociaux. Il distingue ainsi « l’acte locutoire » de dire quelque chose, par la production de sons, de vocabulaire et de grammaire, de sens et de référence, « l’acte illocutoire », que l’on accomplit en   disant   quelque   chose,   l’action   accompagné   d’une   parole,   et   « l’acte perlocutoire », qui suscite des effets sur le sentiment, les pensées, les actes de l’auditoire ou de celui qui parle.

La pragmatique met en valeur dans le langage :

-     le concept d’acte : on s’avise que le langage ne sert pas seulement, ni d’abord, ni surtout, à représenter le monde, mais qu’il sert à accomplir des actions.

Parler c’est agir !

-     le concept de contexte : on entend par là la situation concrète où des propos

sont émis ou proférés, le lieu, le temps, l’identité des locuteurs, etc., tout ce que l’on a besoin de savoir pour comprendre et évaluer ce qui est dit. On s’aperçoit combien le contexte est indispensable lorsqu’on en est privé, par exemple lorsque des propos vous sont rapportés par un tiers, isolés, ambigus, inappréciables.

-     le    concept    de    performance    :    on    considère    comme    performance, l’accomplissement de l’acte en contexte, soit que s’y actualise la compétence des locuteurs, c’est-à-dire leur savoir et leur maîtrise des règles, soit qu’il faille intégrer l’exercice linguistique dans la notion de compétence communicative (Armengaud, 1985).

Un message persuasif au ton impératif et menaçant a des chances d’éveiller « la réactance »  de  la  conscience,  dont  l’intensité  sera  d’autant  plus  grande  que l’importance du comportement éliminé ou menacé est grande. On a remarqué que dès que la possibilité de choix entre deux options est menacée, en rendant l’une d’entre elle trop difficile et peu accessible, l’attractivité pour l’individu vis-à-vis de cette  dernière  est renforcée, mais à condition qu’il en ait pris conscience ! Par contre, une absence d’oppression ressentie par le sujet, peut réduire le sentiment de réactance, si la personne affirme avoir eu un choix sans coercition, pour s’engager dans une conduite particulière. Ainsi, si la conscience du sujet peut se manifester grâce  à  « la   réactance »,  quand  l’individu  parvient  à  résister  aux  tentatives persuasives, afin de préserver un espace de liberté (Brehm, 1966), face aux engagements souvent inconscients, la conscience ne réagit que dans les conditions d’une évaluation explicite de la démarche engagée.

Kiesler a évoqué ce qu’il nomme ” l’escalade d’engagement “, ” une tendance que manifestent les gens à s’accrocher à une décision initiale même lorsqu’elle est clairement remise en question par les faits”. Une fois sa décision prise et l’action engagée,  l’individu éprouve toutes les peines du monde à  faire machine arrière. Ainsi, bien que les faits tendent à lui prouver qu’il fait fausse route, l’être humain a souvent  tendance  à  justifier  ses  choix  par  de  ” bonnes  raisons ”  trouvées  à posteriori. Alors que l’individu pourrait remettre en cause ses croyances mises en échec, souvent il les renforce par des actes, tels les paris adjacents, qu’il va rationaliser, afin  d’augmenter la  cohérence de son comportement. Il s’agit d’une justification a posteriori par laquelle il se donne des raisons à lui-même pour augmenter son sentiment de consonance. Répétant ces justifications, il finit par se persuader  lui-même  de  la  justesse  de  son  choix  et  se  met  lui-même  dans  une position d’engagement ” contraint “. C’est ce que l’on nomme le ” piège abscons “, quand l’individu se retrouve ” engagé dans un processus qui se poursuivra de lui- même jusqu’à ce qu’il décide activement de l’interrompre, si toutefois il le décide “.

Kurt Lewin a évoqué un « effet de gel » : une fois la décision prise, on est comme gelé – c’est comme si on était prisonnier de nos décisions qu’elles soient bonnes ou moins bonnes. Une personne a   tendance à maintenir un comportement même s’il n’a pas les effets attendus et de persévérer dans une situation, même si le but n’est pas atteint. Ainsi, quiconque utilise le système de transport en commun s’est probablement déjà retrouvé dans une situation où « l’effet de gel » était à l’œuvre. En effet, plus on attend l’autobus, plus on est prêt à l’attendre longtemps. Et même s’il commence à pleuvoir durant l’attente, à moins de changer de décision et d’admettre qu’on a attendu pour rien, cela ne fait que nous faire patienter plus longtemps ! Même mouillé, il est encore plus dur de reconnaître qu’on aurait dû partir plus tôt ou chercher un autre moyen de transport. Tout se passe comme si l’individu était placé dans un piège dans lequel la difficulté qu’il éprouve à faire le deuil de ce qu’il a déjà investi en temps ou en argent est accentuée par le sentiment qu’il peut avoir de la proximité du but (Beauvois, Joule, 1987, p.36), ou encore comme si le sujet préférait s’enfoncer plutôt que de reconnaître une erreur initiale d’analyse, de jugement ou d’appréciation (p.43). Le dispositif le moins piégeant est celui qui permet à la personne de se donner des limites à ses investissements, de pouvoir évaluer régulièrement sa situation et de pouvoir prendre des décisions alternatives.

Le stratagème du « pied dans la porte », dite aussi du « doigt dans l’engrenage », a été mis en évidence en 1966 par james Freedman et suzanne Fraser, il consiste à faire une demande peu coûteuse qui sera vraisemblablement acceptée, suivie d’une demande  plus  coûteuse.  Cette  seconde  demande  aura  plus  de  chance  d’être acceptée si elle a été précédée de l’acceptation de la première, qui crée une sorte de palier et un phénomène d’engagement. Les gens sont donc prêts à accepter plus facilement une demande importante, si on a préalablement accepté librement une demande apparentée, mais beaucoup plus banale. Les personnes s’avèrent plus coopératives, parce qu’elles ont été conduites à accéder à une première requête si peu coûteuse, que son refus eût été plus difficile que son acceptation (joule, Beauvois, 1987). L’effet de « pied dans la porte » traduit à nouveau un effet de persévération d’une décision antérieure, les sujets engagés dans un premier comportement, acceptant plus facilement une redemande allant dans le même sens, mais notablement plus coûteuse. Jean léon Beauvois et Robert vincent joule (1987, pp. 183, 184) ont constaté que cette technique a été beaucoup utilisée dans les années autour de 1960, par les commerciaux, notamment dans les démarchages à domicile.

Le stratagème de « la porte dans la face » ou encore dite de « la porte au nez » est une variante inverse de la technique du « pied dans la porte ». Cette technique fut analysée en 1975 suite à une expérimentation menée par robert Cialdini et ses collaborateurs (1975). Prenons un exemple : un locuteur demande à quelqu’un de lui prêter sa voiture pour une semaine. Il essuie un refus auquel il s’attendait, d’autant qu’il n’a jamais réellement voulu emprunter la voiture pour une semaine. Il fait alors une demande moins coûteuse, lui prêter sa voiture pour une journée. Par effet de contraste, de concession perçue cette technique augmente fortement les chances d’acceptation de ladite personne. Plusieurs conditions peuvent être favorables à l’acceptation de la seconde requête : qu’une même personne procède aux deux requêtes, que les deux requêtes ne varient que dans le coût. Elles doivent s’inscrire dans le même projet. La requête est d’autant plus légitimée si elle s’inscrit dans une cause généreuse (aider les pauvres, lutter contre le réchauffement climatique etc.). L’intervalle de temps entre les deux requêtes doit être le plus bref possible. Au delà d’une journée, on n’obtient plus guère d’acceptation à la seconde requête.  Le  face-à-face  doit  être  préféré  au  téléphone  et  au  courrier.  Enfin,  La requête initiale doit être exorbitante, mais ni incongrue ni déplacée ou ridicule. Cialdini donne l’explication suivante : la technique de « la Porte-au-nez » se baserait sur le principe de réciprocité : « puisque l’autre fait un pas en ma faveur, il propose une requête moins coûteuse, je me sens un peu plus obligé d’accepter sa seconde requête ». L’acceptation pourrait découler aussi d’un effet de contraste perceptif, qui nous amènerait à penser que la seconde requête est avantageuse, par contraste avec  la   première.   De  nombreux  vendeurs  d’automobiles  par  exemple,  vous proposent d’emblée à l’achat, une voiture très au-dessus de votre budget, avant de

vous montrer ce qu’ils peuvent vous concéder à un prix plus avantageux pour vous, sans que vous y perdiez trop au change. Vous avez l’impression d’avoir fait une bonne affaire, alors que vous avez payé votre véhicule au prix fort, généralement plus cher que vous ne l’aviez envisagé. Comment expliquer que le stratagème soit particulièrement efficace à propos des « causes généreuses » ? Il serait difficile de ne pas aider « quelqu’un de bien », c’est-à-dire “digne et respectable”. La première requête, sous couvert d’une bonne cause, servirait au solliciteur d’être considéré comme  « quelqu’un  de  bien »,  ce  qui  rendrait  difficile  de  ne  pas  considérer  sa seconde demande, d’autant qu’elle paraît plus raisonnable. En se référant à « la dissonance cognitive », on peut avancer l’idée que le refus de la première demande (par exemple pro-sociale et/ou pro-environnementale…) serait assimilable à la réalisation d’un acte contre-attitudinal. Le sujet ressentirait alors une tension qu’il peut réduire en acceptant la seconde requête.

« La communication engageante » (Girandola, 2003, 2005) est une communication qui implique, d’une part, la réception par la cible d’un message à visée persuasive et, d’autre part, la réalisation par la cible d’un acte ou de plusieurs actes dits « préparatoires ». Aussi, la cible a-t-elle un double statut : un statut de récepteur, mais aussi un statut d’acteur à proprement parler. Aux questions habituelles que les chercheurs ont à traiter : Qui dit quoi, par quel moyen, à qui, avec quel effet ?, s’ajoute donc la question suivante : Quel (s) acte(s) préparatoire (s) doit-on obtenir de la part de la cible ? Il faut qu’un sujet s’engage  à émettre un comportement contre-attitudinal public dans une situation où son identité et sa personne sont clairement exposées. L’engagement correspond, dans une situation donnée, aux conditions dans lesquelles la réalisation d’un acte ne peut être imputable qu’à celui qui l’a réalisé. Le conflit cognitif touche l’individu, qui s’est engagé en personne, dans son « estime de soi ». C’est sous cette condition d’engagement  public sans coercition, qu’une justification externe minimale (faible récompense) conduirait à une réaction de changement d’attitude. L’engagement augmenterait   ainsi avec la visibilité et l’importance de l’acte, à partir de 6 facteurs : son caractère public, son caractère explicite, son irrévocabilité, sa répétition, ses conséquences, son coût (en argent, en temps, en énergie, etc.). La condition génératrice du processus de réduction de la dissonance serait, après coup, la conscience de s’être engagé visiblement dans une action, elle suscite une recherche d’arguments consonants avec cet engagement. Ces arguments peuvent d’ailleurs très bien être en contradiction entre eux et néanmoins réduire le taux de dissonance, à condition que chacun  soit  consonant avec la cognition génératrice  (Doise, Deschamps, Mugny,

1991, p.139). On peut augmenter l’engagement en favorisant des auto-attributions internes, avec quelques mots, comme par exemple : « vous êtes vraiment quelqu’un de généreux ». Ces quelques mots d’étiquetage, valorise la personne et positive son acte. De même, le fait de dire : « je comprendrai très bien que vous refusiez, c’est à vous de voir », permet d’éviter une réactance (Bromberg, Trognon, 2004, pp.205, 218).

L’estime de soi concerne les évaluations de sa valeur personnelle. Elle est multidimensionnelle (travail,  vie  familiale,  vie  sociale,  etc.).  Cependant,  elle  est fragile et changeante. Lorsque nous accomplissons quelque chose que nous pensons valable, nous ressentons une valorisation et lorsque nous évaluons nos actions comme étant en opposition à nos valeurs, nous “baissons dans notre estime”. Il est donc possible qu’elle soit très haute ou très basse selon les périodes de notre vie. Celui qui s’estime positivement a tendance à mettre ses aspirations en avant et à se développer. Au contraire, l’individu dont l’estime est faible peut facilement renoncer à repousser ses limites. Les enfants dont l’estime de soi est élevée, ont des parents ouverts, qui formulent des critères explicites, accessibles et qui procurent à  leurs enfants un important soutien et une grande liberté pour acquérir des compétences utiles à la réalisation de leurs objectifs.

Le locus de contrôle (locus of control) de julian Rotter (1966), que nous avons déjà évoqué plus haut, définit l’estime de soi, comme la croyance de l’individu qu’il est acteur des évènements de sa vie (lieu de contrôle interne) ou victime (lieu de contrôle externe). L’espérance de succès dans une action, dépend non seulement de la fréquence des succès antérieurs, mais aussi, du fait que l’individu « attribue » ses succès à son contrôle et non à des facteurs externes qui lui échappent.

Par Philippe Mougel,Sociologue cognitif, chef de projet à Welience et par Aurélien Trioux,
chargé de mission « Mobilité et Territoire », Octobre 2010
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