Au delà de la pression médiatique, il existe des raisons économiques de prévenir le stress en entreprise. (20/05/2010)
La publicité, dit-on, crée les besoins et suscite les désirs. Si tel est le cas, la cause de la prévention du stress en entreprise devrait progresser rapidement, tant le sujet est abordé dans les comités de rédaction et sur les ondes françaises. Et si cette stratégie a sans doute pris du plomb dans l’aile avec l’abandon du « nommer et blâmer » par le nouveau ministre du travail, tous les espoirs ne sont pas perdus. Car en marge de la pression médiatique, les raisons fondamentales incitant à la prévention du stress chronique demeurent. 

Briser le phénomène
Il faut en premier lieu prévenir le stress, car sans action corrective ce phénomène tend mécaniquement à s’auto entretenir et à s’amplifier. Le stress est un phénomène d’adaptation à des événements perçus comme menaçant la satisfaction de nos besoins fondamentaux. Le problème vient principalement du fait que les trois principaux éléments qui caractérisent cette relation (l’événement stressant, la perception de cet événement et les conséquences de la réaction à cet événement) sont intimement liés. Illustrons ceci avec une séquence classique : je dors mal, je suis fatigué(e) le matin, je fais des erreurs au travail, les clients sont insatisfaits, je ne tiens pas mes objectifs, j’ai davantage de pression (pression que par ailleurs j’ai tendance à davantage percevoir négativement), je suis angoissé(e), je dors encore plus mal … Trop simple pour être vrai ? Si tel était le cas nous ne serions par les champions du monde … de la consommation d’antidépresseurs. A la fin de ce cercle vicieux invisible et silencieux il peut y avoir le choc brutal de l’épuisement et de l’arrêt maladie. Un burnout c’est souvent un salarié absent pendant six mois.

Eviter la contagion
Il faut également prévenir le stress parce que ses conséquences sont contagieuses. Les manifestations individuelles (cognitives, comportementales, physiologiques ou émotionnelles) ou collectives (absentéisme, démission, démotivation, etc.) de la détresse d’un employé ont une incidence sur l’humeur et la performance de ses collègues.Ainsi en entreprise, il n’est pas rare que l’absentéisme des uns entraîne la surcharge des autres et que cette dernière se transforme sur le long terme en démotivation ou en… absentéisme. Sans action spécifique et appropriée, la situation se dégrade alors inexorablement. Si les médecins nous expliquent qu’une grippe est contagieuse, selon les psychologues, une ambiance délétère ne l’est pas moins.

Limiter les coûts
Conséquence directe des caractéristiques évoquées ci-dessus, il faut prévenir le stress à cause de son coût économique. Vous connaissez la valorisation de votre stock, les économies promises par votre nouveau progiciel et vos tableaux de bords financiers sont à jour. Avez-vous également quantifié les coûts associés à l’absentéisme, au turnover et à la démotivation dans votre entreprise ? Si ces coûts sont indirects et cachés car exclus des normes comptables et ils n’en demeurent pas moins potentiellement significatifs !Car caché ne signifie pas insignifiant et indirect ne présuppose pas de l’amplitude du phénomène observé. Dans une économie de la connaissance et des services, dépendante de la créativité, de la flexibilité et de l’engagement des salariés, la prévention du stress est un investissement rentable sur le moyen terme.

Assumer sa responsabilité
Ajoutons bien entendu que la prévention du stress est nécessaire en ce sens qu’elle est liée au bien-être des salariés et donc en réfère à notre responsabilité sociale d’êtres humains, c’est à dire doués d’humanité. Pour finir et faire bon poids, le législateur s’invite dans le débat et la prévention est désormais rendue nécessaire par un cadre juridique qui s’étoffe, au fil des années et des drames, en France et dans de nombreux pays dans le monde.

Au delà des injonctions ministérielles, de la pression médiatique et des risques dits psychosociaux, il existe donc des raisons systémiques et des intérêts économiques pour prendre le parti pris de la prévention du stress chronique avant qu’il ne faille payer le prix fort pour le gérer.