Les états d’attention et d’hyperconscience sont bien connus des athlètes de haut niveau. Bill Russell, le joueur vedette de la meilleure équipe de basket-ball (les Boston Celtics qui ont gagné 11 championnats en 13 ans), décrit l’expérience du jeu dans cet état :

 

L'important n'est pas le but mais le chemin

 

« De temps à autre le jeu des Celtics s’échauffait jusqu’à devenir non plus physique ou même mental, mais bien magique. C’est une sensation difficile à décrire et je n’en ai assurément jamais parlé lorsque je jouais. Je sentais alors mon jeu se hisser à un autre niveau. Cela arrivait rarement, et pouvait durer entre cinq minutes et un quart temps ou même plus. Trois ou quatre envois ne suffisaient pas pour que cela se produise. Cela n’englobait alors pas que moi et les Celtics, mais aussi les joueurs de l’autre équipe et même les arbitres.

 

A ce niveau particulier, toutes sortes de choses curieuses arrivaient : nous étions au paroxysme du jeu et pourtant je ne nous sentais pas en compétition, ce qui est déjà un miracle. Lancé dans l’effort maximal, surtendu, crachant mes poumons à force de courir je ne sentais pas la douleur. Le jeu se déplaçait si vite que chaque feinte, raccourci et passe étaient inattendus, et pourtant rien ne pouvait me surprendre. C’était presque comme si nous jouions au ralenti. Pendant ces instants, je pouvais pour ainsi dire sentir comment le jeu allait se dérouler et où se situerait l’attaque suivante. Avant même que l’autre équipe ne mette la balle en jeu, je pouvais le sentir si intensément que j’aurais voulu crier à mes coéquipiers, « elle arrive par là ! » -sauf que je savais que tout changerait si je le faisais. Mes prémonitions étaient régulièrement justes et je sentais alors toujours que je connaissais tous les Celtics par cœur, mais également tous les joueurs opposés, et qu’eux aussi me connaissaient tous. Au cours de ma carrière j’ai souvent été ému ou joyeux, mais à ces moments-là des frissons me montaient et descendaient le long du dos. … lors des cinq ou dix fois où le jeu finit à ce niveau spécial, je ne me suis littéralement pas soucié de savoir qui avait gagné. Et même si nous avions perdu, j’étais au septième ciel». (William F. Russell, Second Wind : The Memoirs of an Opinionated Man, 1979)

 

« La connaissance de soi est la connaissance que le soi n’est pas un individu dans le monde, mais l’espace qui accueille le monde ». Douglas Harding