Marie Bérubé et Marc Vachon, psychologues.

puceDixième outil : modifier sa physiologie

Comment faites-vous pour savoir qu’une personne est déprimée ou heureuse ou enthousiaste ou démotivée, sans qu’elle vous dise un mot ? Une simple observation de son corps, de ses mouvements, de son regard, de l’inclinaison de sa tête, de sa respiration, de sa démarche… vous permet déjà d’identifier ces émotions. En effet, notre physiologie s’accorde avec notre état intérieur, puisque le corps et l’esprit font partie d’un même système. C’est ce qui explique que, ce qui nous affecte émotionnellement se reflète aussi dans notre corps. Pensez à cette fois où vous avez appris une bonne ou une mauvaise nouvelle et où vous sentiez que vous aviez des ailes ou, au contraire, que vous étiez physiquement écrasé.

Inversement, ce qui affecte notre corps se répercute aussi dans nos émotions. Pensez à l’état d’esprit qui est le vôtre quand vous sortez de votre douche après avoir fait un entraînement physique ou en revenant d’une sortie à bicyclette ou à ski : vous vous sentez joyeux, fatigué mais tonifié. Peut-être même étiez-vous peu enthousiaste avant de faire cette sortie. Mais le mouvement a créé en vous une nouvelle énergie.

C’est là le pouvoir de la physiologie. Voilà un autre outil que nous pouvons utiliser pour nous aider à vivre les états d’esprit qui nous aideraient à faire face aux changements importants. Cet outil est utilisé régulièrement par les athlètes, par les acteurs et par tous ceux qui doivent rapidement se mobiliser Quand ils veulent provoquer un état interne donné, ils se mettent en mouvement et adoptent la physiologie correspondant à l’état désiré, provoquant ainsi rapidement un changement dans leur état d’esprit. Pour en savoir davantage, nous vous référons au chapitre 10 (Comment entrer en scène: faire comme si et se prendre au jeu) de notre livreOser changer: mettre le cap sur ses rêves.

puceOnzième outil : communiquer avec les autres.

Tous ceux qui ont réussi à traverser des périodes difficiles de changement, dans leur vie privée ou ailleurs, ont souligné l’importance de communiquer avec les autres afin d’obtenir de l’aide, du soutien, de l’encouragement. Le fait d’entendre des gens significatifs les encourager avait toujours un impact considérable sur leur état d’esprit. Le fait aussi de pouvoir se confier à des gens les aidait à voir clair.

Il y a plusieurs types de soutien personnel; il y a les modèles (des gens qui font ce que nous cherchons à faire), les compagnons d’activité, les gens qui nous reconnaissent (pas nécessairement présents dans les milieux de travail), les amis intimes, les membres de la famille, les personnes ressources, les consultants et, dans cette dernière catégorie, les PAE (Programmes d’aide aux employés) de plus en plus présents dans les milieux de travail.

Et il y a aussi certaines attitudes à adopter pour construire et maintenir notre réseau de soutien, parmi lesquelles :

  • savoir utiliser les ressources existantes ;
  • être capable d’attirer l’aide (afficher les besoins, ne pas feindre d’être au-dessus de tout);
  • demander le soutien dont on a besoin ;
  • mobiliser ce soutien en demandant directement et fermement ce qu’on veut, en insistant si nécessaire ;
  • voir le soutien lorsqu’il est offert ;
  • savoir recevoir l’aide, prendre ce que les autres donnent ;
  • remercier

(Extrait de : Côté, N., Bélanger, L., Jacques, J. (1994) La dimension humaine des organisations. Gaétan Morin éditeur. p.58)

Encadré 6 . Communiquer

Sur qui pouvez-vous compter pour vous appuyer dans votre démarche? Des compagnons de travail, des amis intimes, un conjoint, une famille, des personnes ressources, un Programme d’aide auz employés …

Si vous aviez besoin d’aide ou de support ou tout simplement d’écoute, qui iriez-vous voir au travail ? À l’extérieur du travail ?

Faites un bref inventaire de votre réseau de soutien et de support.

Dans le contexte actuel, les individus doivent apprendre à communiquer avec les autres pour aller chercher ce support, cette aide ou tout simplement pour rire, se détendre et prendre un peu de recul par rapport à la situation. Comme me le disait une travailleuse, ce dont les gens ont le plus besoin dans le contexte actuel, c’est  d’être bons les uns avec les autres, d’être ed bons voisins. Plusieurs groupes d’employés ou de cadres ont développé des activités qui les aident à se supporter, en s’aménageant des temps pour rire, pour se détendre, pour jaser de tout et de rien. Ils ont compris l’importance de la communication pour les aider à traverser les moments difficiles que nous vivons.

puceDouxième outil : modifier sa perspective.

Ne vous est-il pas déjà arrivé de rentrer chez vous, un vendredi soir par exemple, en pensant à cette réunion pendant laquelle quelqu’un vous a critiqué assez directement, et de vous sentir frustré, en colère ou triste pendant toute la fin de semaine, incapable de vous débarrasser de l’image de la réunion ou vous répétant sans cesse les paroles des personnes présentes à la réunion ? Ou à l’inverse, n’avez-vous pas déjà passé une semaine entière rempli d’anxiété à la seule pensée de cette rencontre importante, imaginant le pire ? Dans les deux cas, vous avez pu constater comment une représentation mentale peut provoquer en vous des états émotifs paralysants, même en l’absence de la situation réelle.

En fait, le cerveau ne fait pas la différence entre une situation réelle et une situation imaginaire. Dans les deux cas, il provoque en nous les mêmes émotions. Parfois même, la situation imaginée est vécue dix ou vingt fois plus difficilement que la situation réelle : pensez à cette rencontre pour laquelle vous vous êtes fait du mauvais sang pendant toute une semaine, juste à imaginer la façon dont se déroulerait la rencontre ; vous vous êtes peut-être même réveillé la nuit, anxieux et incapable de vous rendormir… Et la rencontre s’est très bien déroulée, pas du tout de la façon dont vous l’aviez imaginée.  Pourtant, votre cerveau vous a fait vivre pendant toute la semaine précédente des émotions paralysantes, comme si vous aviez vécu réellement à l’avance la situation appréhendée. C’est ce qu’on appelle le cinéma intérieur.

Les personnes qui réussissent à entretenir des états d’esprit dynamisants sont capables de modifier leur façon de voir les choses, leur façon de se représenter les situations, pour maintenir un état d’esprit qui va leur permettre de faire ce qu’ils doivent ou veulent faire.  Comment ? En agissant avec leurs représentations mentales un peu comme le fait un réalisateur au cinéma. À ce sujet, nous vous référons au chapitre 9 (Votre cinéma intérieur et vos émotions) de notre livre Oser changer: mettre le cap sur ses rêves.

Ces moyens se développent à force de les pratiquer. Voilà ce que réussissent à faire ceux qui entretiennent des états d’esprit dynamisants : ils jouent avec leur cinéma intérieur, ils modifient la perspective qu’ils ont d’une situation de façon à entretenir l’état d’esprit souhaité.

Conclusion

Plusieurs personnes ont l’impression d’être coincées dans des montagnes russes sans l’avoir choisi. Il n’y a rien de bien agréable dans cela, mais face à cette situation, elles ont trois choix: ou bien elles résistent, se raidissent, ont peur, se tendent, crient, pleurent. Ou bien elles démissionnent, dépriment, abandonnent et se laissent ballotter, secouer, sans réaction. Ou bien elles décident d’accepter l’inévitable de la situation, de faire corps avec la voiture dans laquelle elles sont montées, d’avoir confiance qu’elles arriveront à bon port et de s’engager dans les virages en même temps que leur véhicule.

Les outils que nous vous avons présentés dans ce texte et les précédents ont fait leurs preuves. Utilisés de façon régulière, ils permettent de vaincre l’illusion de ne pas avoir le choix, de faire de l’adaptation au changement une mission possible et de vous rendre cette adaptation plus aisée. C’est en forgeant qu’on devient forgeron.