Marie Bérubé et Marc Vachon, psychologues.

puceSeptième outil : être flexible

Vous avez décidé ce que vous voulez, l’état d’esprit que vous voulez vivre, et vous vous êtes mis en mouvement en agissant avec les moyens que vous aviez en main ? Or, voilà que vous constatez que certaines de ces actions, malgré que vous les avez faites de façon consistante, n’apportent pas les résultats escomptés. Ne vous découragez pas ! Ne vous blâmez pas ! Ne vous culpabilisez pas ! Ne condamnez pas non plus les autres ! Ne cherchez pas de coupable ! Si ce que vous faites ne fonctionne pas, ESSAYEZ AUTRE CHOSE ! N’importe quoi d’autre est préférable à ce que vous faites actuellement qui n’est pas efficace.

Malheureusement, combien de fois ne voit-on pas des personnes qui refont inlassablement les mêmes choix d’action, alors qu’elles savent pertinemment que ces moyens ne fonctionnent pas. Nous pourrions comparer cela à une mouche prisonnière dans la maison et qui cherche à sortir. En voyant la lumière de la fenêtre, elle fonce vers la liberté, mais se frappe dans la vitre. Elle pourra faire cela pendant des heures, jusqu’à l’épuisement et même la mort, même si ce moyen est complètement inefficace. Elle meurt d’un manque de flexibilité !!!

Heureusement, l’être humain a une capacité d’apprentissage pratiquement illimitée. S’il se comporte parfois comme une mouche, ce n’est pas par incapacité génétique, mais parce qu’il n’explore pas d’autres choix. On ne peut pas le blâmer d’agir comme il le fait, mais on doit plutôt lui présenter d’autres possibilités d’action et l’inciter à faire autre chose… Et éventuellement l’inviter à renoncer à certaines choses pour un mieux-être.

Une des dimensions importantes de la flexibilité, c’est la capacité à lâcher prise. Voilà sans doute pourquoi il nous est parfois si difficile d’être flexible: cela implique de faire le deuil de quelque chose auquel nous tenons. Ce peut être le deuil d’une façon de faire, le deuil de collègues de travail, d’un environnement familier, le deuil de ma sécurité, etc.

Si le changement demandé implique que je doive faire le deuil d’une valeur importante à mes yeux, il se peut que je ne veuille jamais en changer. Par exemple, une infirmière qui devrait faire le deuil du temps qu’elle peut passer avec un client en raison d’une réorganisation d’un plan de soin, et qui a comme valeur importante la relation qu’elle établit avec le client, trouvera très difficile de faire le deuil de cet partie de son travail. Pour elle, ce serait se renier elle-même, renier sa mission. Nous pouvons comprendre alors l’énorme résistance qu’elle développera, résistance qui pourra aller jusqu’à se chercher un milieu de travail plus satisfaisant.

En résumé, donc, être flexible, c’est accepter de lâcher prise si les moyens que vous utilisez ne fonctionnent pas, c’est faire autre chose, c’est vous mettre en recherche active de d’autres moyens pour arriver à vos fins. La première condition, c’est d’accepter de laisser aller certaines choses. (1)

puceHuitième outil : Se poser de bonnes questions.

À chaque seconde, des millions d’informations bombardent nos sens, parmi lesquelles notre cerveau doit faire un choix. Nous ne pouvons accorder notre attention à tout en même temps et, par voie de conséquence, nous sélectionnons certaines d’entre elles et éliminons toutes les autres.

Or, nos états d’esprit, nos émotions dépendent beaucoup de ce sur quoi notre attention est dirigée. Pensez à cet instant où, pendant une semaine de vacances, alors que vous êtes absorbé à regarder pousser une fleur, quelqu’un vous demande subitement combien de temps il vous reste avant de retourner au travail. Tout de suite, votre attention se déplace vers le lundi suivant et  vous pouvez ressentir un malaise au creux de l’estomac : votre état d’esprit s’est modifié dans un instant parce que vous avez modifié ce sur quoi portait votre attention.

Et les personnes qui réussissent mieux à traverser des moments difficiles semblent décider consciemment à quoi elles veulent accorder leur l’attention ; c’est leur état d’esprit qui en dépend. Changez le focus de votre attention et vos changerez immédiatement votre état d’esprit. Nous allons maintenant voir comment..

Une des meilleures façons d’orienter notre attention consiste à nous poser des questions. Nous passons notre temps à nous poser des questions, consciemment ou pas, orientant par le fait même notre conscience sur un point donné et éliminant ainsi pendant quelques instants tous les autres points. Pensez aux occasions où quelqu’un vous a demandé le nom de telle personne ou de telle place ; aussitôt votre cerveau a cherché dans sa mémoire pour trouver l’information pertinente pour répondre à cette question, parfois même pendant plusieurs minutes, oubliant tout le reste. C’est là une des façons qu’a notre cerveau de fonctionner, c’est une façon qu’il a d’appréhender la réalité.

Attention donc aux questions que nous nous posons de façon régulière. Dans quel état d’esprit, pensez-vous, vont nous mettre les questions suivantes :

  • Pourquoi ces choses-là n’arrivent qu’à moi?
  • Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cela?
  • Pourquoi suis-je obligé de faire ce travail-là?
  • Pourquoi est-ce que je ne parviens pas à prendre le dessus?
  • Pourquoi n’ai-je jamais de chance?
  • Pourquoi tout ce que j’entreprends ne fonctionne jamais?
  • Pourquoi la vie est-elle si injuste?
  • Comment ils pensent qu’on va réussir à s’en sortir?
  • Pourquoi personne ne se préoccupe de nous?

Soyez certains que le cerveau va chercher et nous livrer des réponses, parce que c’est son rôle. Mais ces réponses ont toutes les chances de miner notre confiance en nous-mêmes, de provoquer l’impuissance, l’accablement, le sentiment d’être une victime, le doute, etc. Quelle différence quand nous comparons avec les réponses que notre cerveau va finir par nous donner si nous nous demandons plutôt :

  • Qu’est-ce que je veux vraiment?
  • Qu’est-ce que j’ai à apprendre de cette situation désagréable?
  • Qu’est-ce qu’il y a de drôle dans cette situation?
  • Qu’est-ce qu’il faudrait que je change pour que cela fonctionne à mon goût?
  • Comment pourrais-je faire cela en m’amusant?
  • Qu’est-ce que je pourrais faire aujourd’hui qui me ferait avancer vers l’atteinte de mon objectif?
  • Comment pourrais-je rendre ma journée agréable aujourd’hui, avoir du plaisir?
  • De quelle façon je pourrais faire plaisir à quelqu’un que j’aime?
  • Comment est-ce que je pourrais me réaliser dans ce nouveau travail?
  • Qui d’intéressant vais-je rencontrer aujourd’hui?
  • De quoi est-ce que je suis fier dans ma vie?
  • Qui est-ce qui m’aime?

Les questions que nous nous posons de façon régulière et les réponses que nous y donnons ont le pouvoir de nous mobiliser ou de nous paralyser. Posons-nous les bonnes questions, celles qui vont nous aider à avoir accès à nos propres ressources intérieures. Le meilleur critère pour savoir si une question vaut la peine d’être posée : sa réponse peut-elle m’être utile.

Exercez-vous à votre tour à écrire quelques questions que vous pourriez vous poser consciemment et dont les réponses vont vous aider à préserver votre confiance et votre estime de vous-même. Faites-en une liste exhaustive et prenez le temps de vous les poser avec le désir sincère d’avoir une réponse. Rappelez-vous: à chaque moment, nous pouvons centrer notre attention sur ce qui nous fait nous sentir bien ou, au contraire, sur ce qui nous fait nous sentir encore plus mal. Posons-nous les questions qui vont nous mettre en contact avec nos ressources, qui vont nous rendre «proactifs».

puceNeuvième outil : Apprendre à se protéger.

Il est très curieux d’entendre des gens se plaindre de l’ennui d’un téléroman et de les voir continuer à l’écouter, semaine après semaine.  Curieux aussi d’entendre des gens se lamenter du climat de travail infect et de les voir en petit groupe, dans les corridors, s’empresser d’écouter et d’alimenter les derniers ragots, les derniers potins sur un ou une telle ou sur ce qui s’en vient (le pire, évidement). Étrange également d’en écouter d’autres déplorer que tout aille mal dans le monde, et de les voir se jeter en premier sur les mauvaises nouvelles.

Ne sous-estimons pas l’impact sur notre moral et, à fortiori, sur notre motivation, de ce à quoi nous prêtons attention. Il ne s’agit pas de nous isoler derrière une cloison hermétique d’indifférence, mais il faut parfois pratiquer volontairement une forme de protectionnisme intellectuel. C’est une mesure de sécurité incontournable pour ceux et celles qui veulent survivre dans un climat particulièrement déprimant. Prenez donc la décision de vous défendre.

Cela implique que vous décidez volontairement de couper court, par exemple, à une conversation qui n’aboutit qu’à miner votre moral, que vous refusez la compagnie de certaines personnes particulièrement enclines à ne voir que des problèmes, en résumé que vous décidez d’agir sciemment pour vous préserver de ces personnes qui «polluent», bien malgré elles parfois, votre environnement. À tous les points de vue, donc, décidez à qui et à quoi vous désirez faire cadeau de votre attention. Et s’il y a des occasions où il est difficile de faire autrement, de grâce, ne les provoquez pas.

Encadré 5 . Apprendre à se protéger

Quels moyens utilisez-vous ou pourriez-vous utiliser pour vous protéger et garder votre énergie. Que pourriez-vous zapper pour protéger votre état d’esprit et consacrer votre attention à ce qui importe pour vous?