Marie Bérubé et Marc Vachon, psychologues

puceQuatrième outil:

Décider comment on veut interpréter les événements qui arrivent.

Le changement est inévitable ; seule la perception que l’on en a peut varier. Et le sens que nous attribuons aux événements est largement déterminé par ces croyances ou certitudes que nous avons à propos de nous-mêmes, de nos capacités, des gens, de la vie en général. Une des différences remarquables entre ceux qui réussissent à passer à travers des changements importants et ceux qui n’y arrivent pas, c’est que les premiers ont des croyances qui les aident, alors que les autres ont des croyances qui les paralysent.

Que sont les croyances ? Elles se caractérisent par un sentiment de certitude qui nous fait agir et réagir de telle ou telle façon face à des événements ou à des personnes. Elles ne sont pas la réalité, mais nous agissons comme si elles l’étaient. Elles déterminent très largement notre perception de la réalité et nos comportements. Pour avoir un simple aperçu de leur pouvoir, il suffit de penser à ces fameuses pilules de sucre et autres placebos qui ont un effet réel sur près de 35% des gens. Leur pouvoir de guérison est purement psychologique, mais le soulagement et la guérison qu’ils apportent sont pourtant réels. Des expériences ont en effet démontré qu’un placebo peut effectivement réduire la souffrance et même guérir si la personne croit à son efficacité. C’est cela une croyance dynamisante.

Actuellement, au niveau du travail, plusieurs croyances paralysantes nous rendent le changement plus difficile. Par exemple:

  • Tous les problèmes que nous vivons prouvent que les changements sont mauvais ;
  • Tout va sauter, ce n’est qu’une question de temps ;
  • Tout va revenir comme avant ;
  • Nous sommes volontairement gardés dans l’ignorance ;
  • L’administration a perdu le contrôle, elle n’a pas de cœur ;
  • Il y a un âge pour apprendre, et je l’ai dépassé.
  • Le pire s’en vient, on n’a encore rien vu ;
  • Il n’y a qu’à moi que ces choses-là arrivent ;
  • J’ai pas le choix (L’illusion de ne pas avoir le choix est probablement une des croyances les plus paralysantes qui soit).

En lieu et place de ces certitudes paralysantes, nous devons développer des croyances qui nous mobilisent et nous supportent. Les trois plus importantes, selon nous, et qui constituent des pierres d’assise de la prise en charge de notre moral, sont :

  1. Nous ne pouvons probablement pas empêcher les changements qui arrivent, mais nous pouvons au moins contrôler notre façon d’y réagir ;
  2. Contrôler nos émotions augmente notre contrôle sur la situation ;
  3. Contrôler nos pensées aide à contrôler nos émotions.

Il y en a d’autres bien sûr. par exemple, croire que:

  • Peu importe ce qui arrive, il y a toujours quelque chose de bon à en tirer;
  • Avec le temps on passe au travers de tout si on s’implique vraiment;
  • Si on veut, on peut;
  • On trouve toujours les ressources pour passer à travers n’importe quelle épreuve;
  • Rien n’arrive pour rien.

En fait, les croyances nous aident à donner un sens à ce qui arrive. Sont-elles vraies ou fausses ? En fait, si vous les croyez vraies, elles le sont pour vous, car elles déterminent votre façon de percevoir les choses et vos comportements qui, à leur tour, vont renforcer vos croyances. La question est bien plus de savoir si elles vous servent ou vous nuisent, si elles sont paralysantes ou si elles vous aident à nous épanouir, à atteindre vos objectifs, à vivre.

Il nous revient à chacun de faire un petit inventaire des croyances que nous entretenons en ce qui a trait au travail, à l’avenir, à nos capacités, au changement. Nous y trouverons peut-être explication à notre sentiment d’impuissance et d’accablement actuel. L’important, c’est de choisir des croyances qui nous supportent, qui nous donnent de l’espoir et de l’énergie, qui donnent du sens à ce qui arrive. L’important, c’est aussi de s’y tenir, même si nous n’avons pas de résultat dès le lendemain matin. Nous avons parfois bâti nos croyances paralysantes pendant des années ; donnons-nous du temps pour bien établir de nouvelles croyances qui vont nous aider au lieu de nous nuire.

Encadré 3 . Mes croyances paralysantes et aidantes

Nous vous suggérons la lecture du chapitre 4 (Développer l’allié en soi) de notre livre Oser changer: mettre le cap sur ses rêves. Vous y trouverez , entre autres :

  • un exercice pour faire l’inventaire des croyances paralysantes et aidantes que vous avez à propos des gens, de vous, de la réussite, de l’école, du travail, du temps, du plaisir, de l’avenir…
  • une méthode en six étapes pour modifier une croyance limitative.

puceCinquième outil

Se donner des règles accessibles et sous son contrôle.

Un enseignant raconte qu’à ses débuts dans l’enseignement, il y a plus de vingt ans, il désirait plus que tout se sentir un bon prof, éprouver le sentiment de la compétence. Or, il s’est aperçu que, pour ressentir cet état d’esprit, il avait certaines règles: par exemple, il fallait que TOUS les étudiants, sans exception, lui accordent leur attention soutenue pendant les trois heures que durait son cours. Si l’un d’eux avait le malheur de bailler ou de regarder ailleurs ou de parler avec son voisin ou, suprême injure, de dormir, il sortait de son cours avec le sentiment d’avoir échoué, d’être un mauvais enseignant, de ne pas être intéressant. Comme vous le constatez, ses règles pour éprouver de la compétence étainet difficiles à atteindre, et leur application n’était pas complètement sous son contrôle. En effet, il ne pouvait pas contrôler la quantité de sommeil que ses étudiants avaient pu avoir la nuit précédente ni le nombre d’heures de travail ou de cours qu’ils avaient eu avant son propre cours ni leur état émotif avant d’entrer au cours et quantité d’autres facteurs indépendants de son bon vouloir qui pouvaient expliquer qu’ils étaient plus ou moins attentifs. En d’autres termes, il se donnait des règles qui lui garantissaient à tout coup de se sentir incompétent. Il se rendait la tâche difficile, sinon impossible, en raison d’une quantité de facteurs externes qu’il ne pouvait contrôler.

Par rapport aux états d’esprit que vous désirez vivre pour faire face aux changements, voyez quelles sont les règles ou les critères que vous avez pour vous permettre de les ressentir. Nous nous condamnons parfois à l’échec avec des critères hors de notre portée et qui ne dépendent pas de nous. Maintenant, par rapport à son enseignement, cet enseignant s’est donné une condition beaucoup plus accessible et qui dépend de lui : s’il a vraiment fait son possible et qu’il s’est impliqué activement dans son travail, il se sent compétent, content de lui. Cela lui permet de ressentir plus souvent le sentiment de compétence et, consécutivement, de se placer dans un état d’esprit qui favorise l’attention dans sa classe.

Pensez à celui qui ne se sentira bien, sécurisé ou heureux que le jour où son hypothèque sera payée, qu’il n’aura aucune dette, que ses enfants seront tous placés et auront réussi, qu’il sera retraité et à l’aise financièrement, qu’il aura gagné à la loto, qu’il n’y aura plus autour de lui le climat de morosité actuel, que lorsque telle personne qui travaille avec lui sera mutée, etc.

Pensez maintenant à celui qui se sent heureux à la seule vue de la lumière dans les feuilles des arbres ou à l’occasion d’une rencontre entre amis ou d’un repas avec sa famille ou lors d’une rencontre impromptue avec une connaissance ou lorsqu’il a le sentiment d’avoir bien fait ce qu’il avait à faire…. Lequel a le plus de chance d’être heureux, croyez-vous ? Sans doute celui qui a les règles les plus accessibles et sous son contrôle.

Il est très important donc de prendre conscience des règles inconscientes que nous nous donnons pour pouvoir ressentir les états d’esprit dont nous avons le plus besoin. Important aussi de les modifier pour nous rendre la tâche plus facile et nous donner ainsi la chance de vivre ces émotions plus souvent.

Encadré 4 . Se donner des règles plus accessibles

Pensez à un état d’esprit que vous aimeriez éprouver plus souvent.

  • Demandez-vous: qu’est-ce que ça prend pour que je ressente cette émotion? Que doit-il se passer en moi ou autour de moi?
  • Évaluez maintenant si ces règles ou ces conditions sont sous votre contrôle. Dire « la situation devra se stabiliser pour que je me sente moins nerveux » est un exemple d’une condition qui n’est pas sous votre contrôle.
  • Évaluez ensuite si ces règles sont accessibles aisément.
  • Maintenant, décidez, si nécessaire, de nouvelles conditions (accessibles et sous votre contrôle) qui vont vous pemettre d’éprouver cet état d’esprit plus facilement.

puceSixième outil

Décider d’agir.

Décider ce que l’on veut et décider d’agir en direction de son objectif sont les antidotes par excellence au sentiment d’impuissance. Prendre une décision, ce n’est pas uniquement exprimer un souhait ou une préférence vague du genre «J’aimerais me développer dans tel domaine» ou «J’aimerais rencontrer plus de monde» ou «J’aimerais me détendre».  Une vraie décision, contrairement à un souhait, implique donc une action, si minime soit-elle.

Il y a deux façons de se motiver à agir : soit par la perspective d’un plaisir, soit par le désir d’éviter une souffrance. Les gens qui ont traversé des épreuves ont décidé à un moment donné d’agir et de sortir de leur impasse parce que la souffrance qu’ils vivaient était rendue insoutenable. Pour eux, il était plus souffrant de ne rien faire que de faire quelque chose.

Actuellement, dans plusieurs milieux de travail, des gens souffrent aussi des conditions nouvelles qui prévalent chez eux. Peut-être cette souffrance va-t-elle les pousser à agir et à enfin poser les gestes qu’il faut pour sortir de l’impasse de l’impuissance. Il n’y a en effet rien de plus stérile qu’une situation qui ne fait pas trop de mal ou pas trop de bien : on est alors ni heureux, ni malheureux, et l’on ne parvient pas à trouver la motivation nécessaire pour changer et vivre pleinement. Combien de personnes, par exemple, vont attendre pour arrêter de fumer de recevoir un diagnostique de cancer du poumon? Combien d’autres vont attendre l’infarctus avant de maigrir et de s’alimenter sainement ? Combien vont attendre l’épuisement total, le burn-out et la dépression avant de s’occuper activement de leur moral?

Servez-vous donc de votre imagination avant d’être au bord du précipice. Voyez la situation plus souffrante qu’elle ne l’est en imaginant le pire qui pourrait vous arriver si vous n’agissez pas. Le cerveau ne fait pas la différence entre le réel et l’imaginaire. Faites-vous donc une image encore plus effrayante de la situation et de ses répercussions possibles sur votre santé, votre vie personnelle, votre vie de couple, et obligez votre cerveau à vous pousser à l’action pour éviter cette souffrance. Rendez-vous ainsi le fait de ne pas agir plus souffrant que le fait d’agir.

Par la suite, représentez-vous le plaisir que vous retirerez si vous agissez et atteignez votre objectif. Quels effets heureux l’atteinte de votre objectif aura-t-il sur vous, votre santé physique et émotionnelle, sur votre moral, sur les gens qui vivent avec vous, etc. C’est ce qui s’appelle se servir du plaisir et de la souffrance pour se motiver à agir.

Une fois motivé, passez à l’action immédiatement avec les moyens que vous avez en main. Et comme vous savez où vous voulez aller, comme vous avez décidé l’état d’esprit que vous voulez éprouver, ne choisissez pas vos moyens au hasard, mais en fonction de la direction que vous voulez prendre. La performance et l’efficacité, au travail comme dans sa vie personnelle, sont  directement reliées au fait de se percevoir comme ayant du contrôle sur son milieu. Savoir ce que l’on veut et agir en direction de cet objectif sont deux des façons les plus efficaces d’y arriver.