Une dérive ou une émergence significative ?
vendredi 17 septembre 2004
par  Roger Nifle

Participant à un groupe de discussion concernant l’intelligence collective, les échanges m’ont inspiré ces quelques réflexions.

Il y a un marché des idées toutes faites avec son petit nuage idéologique et sentimental qui sert de caution éthique et scientifique, “de source sure” et ses traductions bien concrètes :

- gonflement de la bulle du discours bien pensant,

- business des vendeurs de bulles de savon,

- développement technologique de la production de bulles de savon ce qui confirme le sérieux de l’affaire,

- vote d’une loi pour protéger des dangers de l’éclatement des bulles.

L’intelligence collective est-elle de cet ordre là ? Sommes-nous ici pour alimenter ce moulin ?

Pour ma part je crois à quatre raisons de s’intéresser à l’intelligence collective.

1) La mutation avec l’émergence d’un nouveau sens communautaire après des siècles d’individualisme.

2) La mutation avec la découverte du 6° continent, l’espace virtuel, espace des communautés virtuelles.

3) La mutation avec la montée de l’autonomie responsable des communautés (territoriales par exemple).

4) La tentative antihumaniste qui cherche à prouver qu’il y a de l’intelligence partout sauf dans la conscience des hommes.

L’intelligence collective est un phénomène dont une nouvelle conscience émerge. En même temps que son intérêt, le souci de la développer partout où des enjeux collectifs le méritent est grandisssant. Il faut des visionnaires pour “voir” et “concevoir”, cela merci à Pierre Levy d’y avoir apporté sa pierre.

Je vois trois terrains d’expérience privilégiés de la question :

- les groupes

- les entreprises

- les territoires

L’Humanisme Méthodologique dispose d’une clé le Sens (clé de l’intelligence symbolique) et le ConSensus (clé de l’intelligence collective) et toute une batterie de techniques et de méthodes pour le mettre en pratique.

Les apports de l’extension virtuelle avec Internet notamment ne valent que comme dépassement d’un stade antérieur d’approche des phénomènes en question. Leur méconnaissance ferait entrer la discussion sur l’intelligence collective dans un âge de pierre de l’intelligence des phénomènes collectifs.

Pourquoi voudrions-nous que les exigences qui ont construit la civilisation dont nous bénéficions disparaissant par la magie des outils technologiques et la découverte d’une spontanéité miraculeuse ?

Pour développer une compréhension approfondie de l’intelligence collective il faudrait au contraire un surcroît d’exigence pour devenir collectivement plus intelligents et en particulier :

- engager une discussion théorique approfondie du concept,

- établir des “terrains d’expérience” partageables pour y caractériser l’intelligence collective.

- mettre à plat différentes pratiques, méthodes ou techniques de développement de l’intelligence collective sur ces terrains, pratiques anciennes ou nouvelles.

- en tirer des enseignements :

– sur l’intelligence collective et son actualité

– sur les conditions et les moyens opportuns de développement de l’intelligence collective.

Voilà des chantiers pour plusieurs cercles de discussion.