Les outils informatiques qui favorisent l’intelligence collective

Un texte préparé par le groupe Intelligence Collective de la Fing coordonné par Chloe Chevallier.

Introduction
La notion d’intelligence collective implique celle de communication, de collaboration et de partage de la connaissance. L’intelligence va émerger des interactions et des réflexions menées par des groupes d’individus.
Les outils informatiques, les réseaux et surtout le réseau Internet vont permettre une évolution des notions d’intelligence collective. En permettant une communication tous-tous, et surtout au-delà des limites de nos frontières, Internet ouvre de nouvelles voies de coopération et d’accès à la connaissance.
De nombreux logiciels ont été développés dans le but d’exploiter le potentiel de communication et de collaboration offert par les réseaux informatiques, notamment le web, ainsi que pour organiser la masse d’informations qui s’y trouve. Les différentes techniques et outils mis au point ont été regroupés sous le nom de Ntic (Nouvelles technologies de l’information et de la communication).
La liste des outils présentés ci-dessous n’est pas exhaustive. La plupart des logiciels développés et utilisés en entreprise exploitent plusieurs des techniques introduites, en fonction de leurs besoins.

1. Outils facilitant l’accès à l’information
L’intelligence collective suppose une agrégation d’intelligences individuelles. Les outils favorisant l’accès de chacun à la connaissance des autres vont augmenter les capacités individuelles. Ces allers retours entre l’individuel et le collectif produisent une optimisation de l’intelligence collective, inséparable de la composition des connaissances de chacun de ses membres.
L’accès à l’information est primordial pour l’évolution individuelle et donc collective.

1.1 Outils de représentation et de modélisation des données
Ces outils ont pour objectif de faciliter l’accessibilité des informations, en en donnant une représentation structurée. Les structures sont entourées de normes, indispensables pour une communication efficace.

1.1.1. Normes et standards
La création de standards permet de normaliser l’information sur Internet. Les logiciels vont pouvoir traiter des formats de données compatibles.
En voici une liste partielle :
– Les formats d’enregistrement de données : base de données Sql, Oracle, LDAP,
– Les formats de documents : html, xml, xhtml, XPointer, XML Base, XLink, XSL, RDF, SMIL, SVG, WML, OPML, VRML…
– Les langages de définition de type (DTD, XML Schema, RDF Schema)
– Les langages d’ontologies permettant la représentation de concept (OML, XOL, OIL)
– Les langage de “service” : Web services, SOAP, XML-RPC

1.1.2. Outils de cartographie de l’information
Les outils de cartographie ont pour objectif de permettre une visualisation aussi simple que possible d’un nombre très élevé de données. On pourra citer notamment :
– Les arbres de connaissances de Pierre Lévy et Michel Authier exploité dans le module Gingo du logiciel See-k, développé par la société Trivium
– La cartographie dynamique des membres d’un réseau leur permettant de se rencontrer géographiquement et de traiter des problèmes de dimension régionale (par exemple Tela Botanica)
– L’arbre des forums : lorsque la communauté croit en dimension il est nécessaire de répartir les discussions sur des forums thématiques distincts. Afin de garder la vision globale de l’ensemble, Tela Botanica a développé une représentation graphique de la communauté des forums sous forme d’un arbre dont les attributs (position et longueur des branches, couleur des feuilles) sont indexés sur les caractéristiques des forums (nombre de messages, date de création du forum, nombre de personnes…)

Beaucoup d’autres logiciels utilisent des représentations cartographiques. par exemple Calliope qui recherche la pertinence dans les textes, Kartoo.com, un moteur de recherche dont la sortie est une cartographie des résultats obtenus, l’outil de Textmining de Temis ou encore MindManager?, développé par la société Mindjet, un outil pour le travail collaboratif dans les organisations qui utilise des cartes mentales.

1.1.3. Le Web sémantique
Le web sémantique a été élaboré par le W3C avec l’aide de nombreux chercheurs et d’industriels. L’objectif est de trouver un autre langage que le langage naturel pour représenter les données dans les différents documents afin qu’il soit analysable et interprétable par les différents logiciels. Sa structure est basée sur la technologie RDF (Resources Description Framework). Il s’agit d’une extension de l’utilisation du web dont l’objectif est de mettre en collaboration effective les hommes et les machines.

1.2 Outils de recherche de données

1.2.1. Les moteurs de recherche
Face à la masse d’informations présente sur le Web, de nombreux moteurs de recherches se sont développés. On pourra citer notamment Google, le moteur de recherche actuellement le plus utilisé (plus de 200 millions de recherches par jour), Yahoo ou Altavista qui sont des applications généralistes et destinées à un large public. Beaucoup de moteurs de recherche sont spécialisés dans un domaine précis afin d’obtenir des résultats plus fiables, comme NecResearch? spécialisée dans la documentation scientifique ou Aleph, moteur de recherche spécialisé en Sciences humaines, …

1.2.2. Les agents et outils de veille automatique
En plus des moteurs de recherche, des agents ont été développés. Il s’agit de programmes qui circulent sur les réseaux à la recherche d’informations. Ils sont le plus souvent spécialisés dans des tâches précises, par exemple ceux vendus ou diffusés par la société Agentland :
Copernic Agent Personal, un méta agent qui utilise les résultats de plusieurs moteurs de recherche
InfoFinder, qui peut produire des résumés des sources qu’il parcourt
PicaLoader, spécialisé dans la recherche d’images …

1.3 Quelques techniques de pointe
Certaines techniques d’intelligence artificielle vont également permettre une gestion distribuée des connaissances, notamment les systèmes experts et les CBR (Case Based Reasoning) qui permettent à des experts et à partir de base de connaissances et souvent d’heuristiques de gérer des évènements en fonctions de l’expérience et donc des cas précédemment enregistrés ; également les algorithmes de datamining qui ont pour but de traiter des grandes base de données afin d’en extraire des informations pertinentes. De plus de nombreux algorithmes avancés (algorithmes d’IA, de recherche opérationnelle et d’optimisation) consacrés à la gestion de la connaissance permettent d’exploiter la masse d’information.

2. Outils facilitant la communication
Plusieurs outils facilitent la communication, c’est-à-dire le partage et la confrontation des informations et réflexions qui en découlent, entre les individus au sein de communautés de pratique. Ces outils sont largement utilisés dans le monde de l’entreprise car ils apportent aux employés et aux chefs d’entreprise une nouvelle forme de coopération.

2.1 Les outils favorisant la communication électronique
Les outils les plus utilisés sont les suivants :
– Les messages électroniques ou mails.
– Les « chats »
– Les forums de discussion électronique (newsgroup)
– Les forums-projets (par exemple de Tela Botanica)
– Les systèmes de Foires aux questions (FAQ)
– Les logiciels peer-to-peer de messagerie instantanée
– Les tableaux blancs et les systèmes de visioconférence

2.2 Outils au service de la collaboration

Beaucoup de logiciels ont pour objectif de centraliser les données.
ont notamment utilisés pour une gestion des mails comme Microsoft Exchange ; gestion du temps et des ressources avec par exemple Micosoft Project Server ; centralisation et partage de documents avec Microsoft Share Point ; …
Au-delà du monde de l’entreprise, on pourra citer la technologie Wiki qui permet de partager l’édition d’un site web entre plusieurs internautes. Ces sites offrent un réel espace de collaboration et de partage, chacun ayant la possibilité de modifier le contenu.

Conclusion
Les outils informatiques favorisant l’intelligence collective sont massivement utilisés. Les réseaux et surtout Internet offrent de nouveaux modes de collaboration et d’interactions entre les individus.
Les entreprises s’en servent notamment pour gérer leurs systèmes d’information et pour faciliter leurs communications. Beaucoup disposent désormais de portails, d’ERP (Enterprises Resources Provider), de CRM (Client Resources Manager), d’HRM (Human Resources Management) et d’autres systèmes qui facilitent la coopération et la gestion de la mémoire de l’entreprise.
De plus, il s’agit d’un sujet largement exploité par les chercheurs et qui intéressent les organisations comme par exemple le Web Intelligence Consortium qui vise à améliorer les technologies de l’information sur Internet en utilisant notamment des techniques d’intelligence artificielle.

A l’ère du numérique et du réseau Internet, l’intelligence collective à l’échelle mondiale ne peut avoir lieu sans l’aide de logiciels, d’agents virtuels qui vont rassembler, trier, organiser, et rendre accessible à l’Homme les connaissances dont il dispose. Sans outils, les individus ne sont pas en mesure de communiquer, d’avoir des espaces de travail partagés, de visualiser les données…; ils n’ont pas accès au monde numérique.
Ainsi, les logiciels sont les outils du virtuel. Ils sont nécessaires à son utilisation, à son évolution et en sont l’essence même.
Mais leur succès nous confronte actuellement aux limites de l’essai de partage : « Trop d’information tue l’information ». Il s’agit maintenant de réfléchir aux conditions de rendre l’immensité des connaissances disponibles, non seulement accessibles, mais utilisables, ce qui renvoie à une recherche de modélisation. Il faut tenir compte qu’aussi intelligent soit un individu, sa capacité à sélectionner et utiliser avec pertinence ce dont il a besoin parmi des millions d’informations est forcément limitée et nécessite une aide. Le collectif s’en trouvera automatiquement enrichi.