Entretien avec Patrice Van Ersel, journaliste et co-créateur du Jeu du Tao. Quelle est la fonction des neurones-miroirs ? Quels sont les éventuels obstacles aux mécanismes de l’empathie ?

N.B.: aux USA, l’autisme est reconnu comme pouvant avoir des causes principalement biologiques.

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Neurones miroirs et conscience de soi

Une nouvelle étude montre un lien entre les neurones miroirs et l’empathie

Marie-Christine Désy
Marie-Christine Désy a fait un exposé de sa recherche qui lui a valu l’un des prix de la meilleure présentation affichée.

Selon des travaux réalisés par Hugo Théoret, les neurones miroirs – ces étranges neurones du cortex prémoteur qui s’activent lorsqu’on observe quelqu’un faire un geste – joueraient un rôle essentiel dans l’empathie en nous permettant de ressentir ce que ressentent les autres.

Une nouvelle étude, menée par l’une de ses étudiantes au doctorat, Marie-Christine Désy, apporte des éléments inédits quant au lien entre neurones miroirs et empathie. En cherchant à savoir si les neurones en question jouent un rôle dans la conscience de soi, l’étudiante a incidemment fait ressortir que les neurones miroirs des femmes s’activaient plus que ceux des hommes.

«Les neurones miroirs se situent dans le cortex où loge la représentation de chaque partie du corps, signale la chercheuse. Lorsque nous regardons un mouvement, comme une main qui bouge sur un écran d’ordinateur, les neurones miroirs liés à l’exécution de ce mouvement s’activent chez l’observateur sans qu’il esquisse le mouvement. Cela ne se produit que dans le cas d’un “mouvement biologique”; la réaction ne survient pas si l’observateur perçoit qu’il s’agit d’une main artificielle, en métal par exemple.»

Des travaux récents donnent à penser que ce système exercerait une action dans l’établissement de la distinction entre soi et les autres; les neurones miroirs réagiraient davantage quand l’observateur est en présence de personnes présentant des similarités avec lui sur le plan de la personnalité ou des opinions. Ce système semble donc jouer un rôle dans la conscience de soi, et Marie-Christine Désy et son directeur ont voulu savoir comment les neurones miroirs répondraient en présence de caractéristiques physiques similaires et différentes de celles de l’observateur.

Des résultats contre-intuitifs
La chercheuse a présenté à  48 sujets des séquences vidéo où des mains de femmes, d’hommes, de Noirs et de Blancs exécutaient un mouvement de l’index. «D’après les études précédentes, nous nous attendions à ce que le système miroir soit plus actif lorsque la personne observée possède des caractéristiques qui ressemblent aux nôtres», précise-t-elle.

À son grand étonnement toutefois, la différence notée a été contraire aux attentes: l’activité  s’est avérée plus importante quand la main différait radicalement de celle de l’observateur, c’est-à-dire lorsqu’elle était d’une autre race. «Le système des neurones miroirs est donc plus sensible quand la personne observée diffère de soi», souligne Marie-Christine Désy.

À son avis, la différence entre ces résultats et ceux des études antérieures serait due au fait que les autres travaux prenaient en considération des éléments de la personnalité qui demandent une évaluation cognitive supérieure à celle des simples différences physiques.

La plus grande surprise, cependant, a été de constater que la différence d’activité neuronale ne s’est produite que chez les femmes et que dans l’hémisphère droit, c’est-à-dire lorsqu’elles regardaient le mouvement d’une main gauche. Ceci a été remarqué chez toutes les femmes, tant chez les Blanches que chez les Noires. «Ces résultats sont à mettre en relation avec les autres travaux ayant montré que l’hémisphère droit joue un rôle plus important que le gauche dans la conscience de soi», affirme la chercheuse.

L’empathie féminine
Mais pourquoi uniquement chez les femmes? L’étudiante avance deux explications possibles. D’une part, la différence entre soi et l’autre pourrait susciter un affect plus marqué chez les femmes. Mais l’interprétation la plus probable est liée à l’empathie.
Comme l’ont démontré d’autres travaux d’Hugo Théoret, les sujets moins prédisposés à l’empathie, comme les autistes, présentent un déficit d’activation des neurones miroirs; ce déficit pourrait être, selon le professeur, l’une des causes de la difficulté pour les autistes de pouvoir se mettre dans la situation de l’autre.

Par contre, il est reconnu que les femmes sont généralement  plus disposées que les hommes  à l’égard de l’empathie. Cela a  de nouveau été confirmé dans cette étude par un questionnaire  évaluant le degré d’empathie  de chaque participant: sur une échelle de 80, le score moyen des hommes a été de 41 alors que celui des femmes a grimpé à 47. Cette différence est jugée significative et est de même proportion que celle précédemment obtenue par l’auteur du questionnaire auprès de 197 sujets. À ce même test, le score des autistes est de 20 sur 80.

La différence notée entre hommes et femmes dans cette recherche de Marie-Christine Désy pourrait ainsi être liée à la différence intersexe dans l’empathie. «Mais il nous reste à poursuivre les travaux, peut-être avec des autistes, pour mieux comprendre le phénomène», indique-t-elle.

L’exposé de cette recherche, à la journée scientifique annuelle tenue par le Département de psychologie le 21 mars, a valu à Marie-Christine Désy l’un des prix de la meilleure présentation affichée.

Daniel Baril

Empathie : la fin des neurones miroirs ?

Ressentir la souffrance physique d’autrui passe par les neurones miroirs, mais aussi par l’évaluation d’une douleur morale.

Sébastien Bohler

Les neurones miroirs sont des stars des neurosciences. Invoqués depuis une dizaine d’années pour expliquer la plupart des mécanismes de communication émotionnelle, d’imitation, d’empathie ou de compassion chez l’être humain comme chez d’autres animaux, ils véhiculent un concept aussi simple que séduisant : ces neurones ont la particularité de s’activer aussi bien lorsque nous faisons quelque chose, que lorsque nous voyons quelqu’un d’autre le faire. Facile, dès lors, d’expliquer les phénomènes d’empathie : si une personne en voit une autre pleurer ou rire, ses neurones miroirs s’activent en voyant les distorsions du visage de son vis-à-vis, et ce sont les mêmes neurones qui s’activent lorsque cette personne rit ou pleure elle-même. Elle ressent alors le fait de rire ou de pleurer. 

Cette théorie, aussi séduisante soit-elle, commence à donner quelques signes de faiblesse. Récemment, le neuroscientifique Nicolas Danziger, de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, a réalisé des expériences qui montrent qu’il faut aussi, vraisemblablement, un intense travail mental de représentation et d’imagination de « ce que l’autre ressent », qui va bien au-delà qu’un simple mimétisme automatique reposant sur les neurones miroirs.

Prenons l’exemple de la perception de la douleur d’autrui. Selon la théorie fondée sur les neurones miroirs, le cerveau reproduirait l’activité électrique liée à la douleur, si bien qu’un observateur accéderait à l’expérience de son vis-à-vis en ravivant des bribes d’expériences douloureuses du passé. Oui, mais N. Danziger a montré que des personnes insensibles à la douleur (en raison de mutations génétiques) parviennent fort bien à évaluer le degré de souffrance d’autrui à partir de l’expression des visages. Elles le font nécessairement sans raviver des sensations douloureuses qu’elles auraient éprouvées, puisqu’elles en sont dépourvues.

En fait, N. Danziger a montré que chez les personnes insensibles à la douleur, la capacité à évaluer la souffrance d’autrui est reliée à un score psychologique d’empathie, évalué au moyen de questionnaires portant, par exemple, sur les sentiments de pitié ou le désir de venir en aide à autrui dans certaines situations. Ce score d’empathie est lui-même relié à l’activité d’une aire cérébrale nommée cortex cingulaire postérieur, dont la fonction est complexe, probablement à mi-chemin entre abstraction et ressenti émotionnel. Devant une personne qui souffre, peut-être ce cortex cingulaire postérieur « réfléchit-il » à ce que signifie ce visage, en mobilisant des émotions négatives d’un autre ordre que la douleur physique, peut-être des peines morales auxquelles ces personnes sont sensibles.

Pour les personnes insensibles à la douleur, imaginer la douleur d’autrui requiert par conséquent un travail de nature cognitive, visible dans l’activation d’une autre zone cérébrale dévolue aux représentations abstraites, le cortex préfrontal ventromédian. Ce substrat de pure abstraction entre en jeu lorsqu’on montre à ces personnes, non plus des visages de personnes souffrantes, mais des scènes évoquant la douleur (un marteau s’abattant sur un doigt, par exemple). Elles doivent alors faire intervenir tout un raisonnement pour comprendre ce que l’on doit ressentir dans de telles situations. Pour deviner ce que ressent l’autre, ces personnes puisent sans doute dans leur expérience de la souffrance morale.

Deviner ce que ressent l’autre, c’est finalement ce que chacun de nous fait dans la vie quotidienne, plutôt que de reproduire en miroir l’expérience subjective d’autrui. C’est bien grâce à cela que l’on peut prendre en compte des souffrances que l’on n’a pas vécues soi-même. Accepter l’autre, c’est peut-être essayer de comprendre ce qu’il vit, tout en sachant qu’on ne ressentira jamais vraiment la même chose.