Par Philippe Mougel,Sociologue cognitif, chef de projet à Welience et par Aurélien Trioux,
chargé de mission « Mobilité et Territoire », Octobre 2010

Dans de nombreux cas, l’engagement n’est pas conscient et pour expliquer les comportements cohérents, nous avons eu recours notamment à l’analyse des stratégies   de   « la   Communication   engageante ».   Le   « sentiment   d’efficacité personnelle »,  étudié  par  albert  Bandura  (2007),  va  nous  permettre  d’aborder l’engagement,  à  partir  de la  prise  de  conscience  d’un individu à propos  de ses propres capacités, quand cela devient possible. Carl Rogers (1967) avait postulé que chaque individu détient une capacité d’auto-direction  et de développement de ses potentialités, avec une tendance actualisante et un système d’auto-régulation.

Le S.E.P. peut être défini précisément comme une attitude de jugement effectué par une personne quant à sa capacité à faire face aux exigences d’une situation précise, ou à atteindre un objectif.

L’auto-efficacité  agit  comme un mécanisme  auto-régulateur  central  de l’activité humaine. La confiance que la personne place dans ses capacités à produire des effets désirés  influence  ses  aspirations,  ses  choix,  sa  vulnérabilité  au  stress  et  à  la dépression, son niveau d’effort et de persévérance, sa résilience face à l’adversité. Quand les humains ne disposaient que d’une compréhension très faible du monde environnant et de peu de moyens pour modifier son fonctionnement, ils faisaient appel à des forces surnaturelles, censées contrôler leur existence. Ils utilisaient des rituels et des codes de conduites élaborés, afin de gagner la faveur des puissances surnaturelles ou de s’en protéger. L’augmentation des connaissances au cours de l’histoire humaine a amélioré l’aptitude à prévoir les évènements et à les contrôler. La croyance  en  des  systèmes  de  contrôle  surnaturel  a  ainsi  laissé  place  à  des conceptions qui tiennent compte du fait que les humains ont le pouvoir de façonner leur propre destinée. L’ingéniosité et les efforts humains ont supplanté les rituels de conciliation envers les divinités comme moyen de changer les conditions de vie. A partir de leurs connaissances, les hommes ont fabriqué des technologies physiques qui ont radicalement modifié leur vie quotidienne.

L’ingénierie de la mobilité par exemple, a ainsi suscité des découvertes, des inventions, des expériences. Elle a ouvert un champ d’exploration du monde terrestre,  aquatique,  spatial.  Elle  permet  d’observer  la  bio-  diversité  végétale, animale et humaine. Elle les a amenés à voyager, à s’enrichir culturellement par la rencontre d’autres peuples de cultures différentes. Elle permet d’entretenir des relations familiales élargies. Elle répond aux besoins pour travailler, échanger des services, pratiquer des loisirs…

Les processus de pensée sont des activités  cérébrales émergentes (Sperry, 1993), mais  elles  exercent  aussi  une  influence  déterminante.  De  nombreux  systèmes nerveux concourent au fonctionnement humain. Ils agissent de manière inter-active sur différents sites et niveaux, pour produire des expériences cohérentes, à partir de la multitude des processus d’information. Les processus de pensée générés par le système cérébral supérieur sont impliqués dans la régulation des sous-systèmes viscéraux, moteur et d’autres niveaux inférieurs. Une foule d’activités micro- sensorielles, perceptives et de traitement de l’information font émerger le sentiment d’efficacité personnelle. Cependant, une fois formées, les croyances d’efficacité personnelle régulent les aspirations, les attitudes prises, les choix de comportement, la mobilisation et la poursuite de l’effort, ainsi que les réactions émotionnelles. Une agentivité émergente interactive permet de rendre compte du processus évolutif de la conscience.

Les croyances d’efficacité personnelle constituent un facteur clé de l’agentivité humaine. Composante du self, l’agentivité se définit par le fait de se vivre auteur de nos propres actions. L’esprit humain n’est pas seulement réactif, mais également

producteur, créateur et pro-actif. Les individus peuvent devenir producteurs d’idées originales, novatrices ou se détourner totalement de la réalité, lorsque l’imagination perd tout contact. Si une personne estime ne pas pouvoir produire de résultats, elle hésitera également à s’engager.

En recherchant les motivations du comportement exploratoire, Robert w. White (1959) a proposé l’existence d’une motivation d’effectance,  besoin intrinsèque de traiter efficacement l’environnement par l’acquisition cumulative de connaissances et d’aptitudes à gérer l’environnement. Le comportement est réalisé pour le sentiment d’efficacité qu’il procure. Mais comment expliquer le caractère marqué et la persistance du comportement sur de longues périodes, lorsque des récompenses situationnelles immédiates sont faibles, absentes, voire négatives ? Cette implication prolongée requiert des aptitudes à l’autorégulation,  qui agissent de manière anticipatoire.

L’agentivité  personnelle  opère  au  sein  d’un  vaste réseau  d’influences socioculturelles.  Nous  sommes  liés  les  uns  aux  autres  par  résonance  et  par empathie :  par  résonance,  nous  reflétons  automatiquement  les  attitudes  et  les mimiques des autres, tandis que par empathie, nous ressentons ce qu’ils éprouvent, ce qui nous permet de leur venir en aide. En revanche, l’agentivité nous garantit que nous sommes des agents autonomes, maîtres de nos actes, ce qui évite toute confusion entre soi et autrui. Dans les transactions  agentiques,  les individus sont ainsi à la fois producteurs et produits de leur société.

La liberté n’est pas perçue comme l’affranchissement des influences sociales ou des contraintes  situationnelles,  et  de  tout  déterminisme,  elle  est  définie  comme l’exercice de l’influence sur soi-même, dans le but d’obtenir des résultats souhaités. Cette liberté n’est pas une illusion. Elle est le résultat des luttes populaires pour combattre le pouvoir absolutiste, les abus de l’autorité, la corruption, la violence, les discriminations…, afin de faire reconnaître des droits et des devoirs, en créant des institutions démocratiques.

Isaiah Berlin (2002) distingue deux concepts de liberté : la liberté négative, qui est l’absence de soumission, de servitude, d’entraves, tandis que la liberté positive, proche de l’idée de droit et de réalisation de soi, désigne la possibilité de faire quelque chose de façon autonome et volontaire. Si le mouvement social, qui porta le peuple antique d’Athènes à la possession du pouvoir sur lui-même, peut être considéré comme une expression d’autonomie collective, « d’auto-gouvernement », les combats que menèrent les peuples romains et, plus tard, vénitiens, florentins, hollandais, anglais, américains, français… apparaissent davantage marqués par une attitude de défense contre la tyrannie, l’absolutisme, le totalitarisme et d’invention de contre-pouvoirs (Mougel, 2004, p.231) avec la pose d’« actes préparatoires » à la mise en place de démocraties politiques, sociales, économiques dans des sociétés vastes et complexes.

Amartya Sen (2000),  considère la liberté individuelle comme une responsabilité sociale, qui doit porter à la fois sur la liberté positive, sur la liberté négative et sur l’intégralité de leurs relations réciproques, il lui donne le sens pratique de choisir sa vie, en fonction de ses capabilités. Selon sa situation, chacun privilégie les fonctionnements les plus élémentaires – se nourrir convenablement, jouir de la liberté d’échapper aux maladies évitables – jusqu’à des activités ou des états très complexes – participer à la vie de la collectivité, jouir d’une bonne estime de soi… Nos choix sont effectués dans les limites de ce qui est perçu comme faisable. Il définit la capabilité comme les diverses combinaisons de fonctionnements (états et actions) que la personne peut accomplir. La capabilité d’une personne dépend de nombreux éléments, qui comprennent aussi bien les caractéristiques personnelles que l’organisation sociale. Il s’agit d’une forme de liberté substantielle de mise en œuvre des diverses combinaisons. La capabilité est un ensemble de vecteurs de fonctionnements qui indiquent qu’un individu est libre de mener tel ou tel type de vie, en fonction de ses capacités, mais aussi des opportunités offertes et des besoins pris en compte (Sen, ibid, p.106). Les individus ont des besoins très différents, qui varient en fonction de la santé, de la longévité, du climat, du lieu géographique, des conditions de travail, du tempérament et même de la taille du corps (laquelle influe sur les besoins de nourriture et d’habillement)…

Les personnes posent des actes de façon autonome, ce qui leur procure de l’autosatisfaction et un sentiment de valeur personnelle. L’autonomie est relative, non absolue. Une fois que les capacités auto-réactives sont acquises, les capabilités peuvent se mettre en œuvre et le comportement produit plusieurs types de conséquences, des résultats externes, des évaluations par autrui et des postures auto-évaluatives, qui peuvent à leur tour, influencer diversement le comportement.

Si l’acquisition du langage fournit aux enfants les outils symboliques pour réfléchir à leurs expériences et à ce que les autres leur disent sur leurs capacités, par la pensée réflexive, ils commencent à acquérir une connaissance personnelle de ce qu’ils peuvent faire ou non. Les parents, les enseignants ou d’autres personnes, en verbalisant les évaluations de leurs capacités, les guident par rapport aux situations où ils auront à se débrouiller par eux-mêmes.

Le modèle de la pédagogie de maîtrise se donne pour ambition de définir les approches pédagogiques qui sont les plus susceptibles de conduire les apprenants au succès. Certains critères de réussite découlent directement des travaux béhavioristes et en particulier de l’exigence formulée par Skinner que les objectifs à atteindre à

l’issue d’un enseignement, soient fixés et évaluables en termes de comportements observables de l’élève. Mais, Benjamin Bloom (1975, in Huberman, 1988) estimait qu’il  fallait  prendre  en  compte  les trois dimensions psychologiques :  celles de la psychomotricité, de l’affectif et du cognitif. Le domaine psychomoteur se rapporte à la manipulation ou aux habiletés physiques. Le domaine affectif concerne les émotions et les attitudes générées par l’apprentissage. Le domaine cognitif se rapporte à la connaissance et à la compréhension des métaphores et des concepts.

Les élèves doivent être aidés, quand et là où ils rencontrent des difficultés. La pédagogie de maîtrise insiste beaucoup sur l’importance des remédiations qui vont de pair avec l’évaluation continue des acquis des élèves. A ce propos, Bloom parle d’évaluation formative pour désigner une forme d’évaluation intégrée au processus d’apprentissage et dont le but est le diagnostic immédiat des difficultés pour pouvoir y apporter une réponse rapide, sous la forme de remédiations ajustées aux besoins de chacun. La régulation permanente des apprentissages à travers la passation régulière de tests et l’apport judicieux d’activités de remédiation permet, selon Bloom, d’envisager un enseignement collectif, dont l’efficacité ne serait pas loin d’égaler les effets du tutorat individuel. A ce niveau, Bloom insiste beaucoup pour que les remédiations fournies, propose des activités d’apprentissage différentes de celles qui ont conduit à l’échec et constituent de réelles occasions de différenciation des apprentissages offerts à l’élève. Il recommande de favoriser le soutien familial à l’apprentissage des élèves. Il préconise de prendre en compte les rythmes et possibilités des élèves, tout en se donnant les moyens d’analyser le fonctionnement des apprentissages. Sa mise en œuvre paraît apporter une solution intéressante au problème des pré-requis, le respect des différences de rythmes permettant aux plus lents de prendre des repères sur les plus rapides et, de ce fait même, d’avancer plus vite que ne laissait prévoir le strict « respect » des rythmes individuels. C’est donc une pédagogie interactive, qui aspire à s’inscrire dans la durée pour accorder à l’élève « tout le temps, dont il a besoin pour apprendre ».

L’efficacité personnelle concerne les évaluations par l’individu de ses aptitudes personnelles. Elle se développe et se modifie non seulement par les expériences directes de maîtrise, mais aussi par les expériences vicariantes, le modelage et l’auto- modelage. Le sentiment d’efficacité personnel dérive d’un programme de recherche sur « l’expérience de maîtrise guidée », à partir d’une méthode dans laquelle on offre à quelqu’un la possibilité de réussir, par étapes, ce qu’il échoue habituellement, ou ce qu’il craint d’échouer. En quelques sessions, on voit diminuer son anxiété, ses réponses biologiques de stress et son comportement phobique. Le traitement induit de la résilience. Mais comment construire un sentiment d’efficacité résilient ? Une façon, qui est aussi la plus efficace, consiste à vivre des expériences de maîtrise : les succès produisent un sentiment d’efficacité robuste, tandis que les échecs le minent.

Mais en même temps, si les gens n’obtiennent que des succès faciles, ils s’habituent à  des  résultats  immédiats  et  sont  très  vite  découragés  par  les  obstacles.  Pour acquérir un sentiment d’efficacité résilient, il faut avoir surmonté des obstacles par des efforts persévérants. La résilience s’acquiert également en apprenant comment transformer les échecs en sources d’apprentissage (Bandura, in Chapelle, 2004, pp.109, 113).

L’expérience vicariante, c’est l’opportunité de pouvoir observer un individu similaire à soi-même exécuter une activité donnée. Elle constitue une source d’information importante influençant la perception d’auto-efficacité. Cette expérience vicariante vaut  pour  les  adultes  comme  pour  les  enfants,  dans  le  domaine  professionnel comme dans le domaine scolaire, voire dans bien d’autres domaines, y compris médical. L’évaluation d’auto-efficacité varie fortement en fonction des performances de ceux qui sont choisis pour établir la comparaison sociale. Voir ce qui n’a pas marché chez autrui élève la confiance du sujet dans de meilleures alternatives. Inversement, constater qu’une personne compétente réussit à peine, malgré des tactiques très habiles, peut conduire le sujet à considérer que la tâche est bien plus difficile qu’ils ne l’avaient supposé initialement.

Le modelage consiste à porter attention à un comportement modèle. On distingue les modèles de coping, et les modèles experts. Dans les modèles de coping, les personnes prises pour modèle, leur ressemblent par les difficultés qu’elles ont à surmonter leurs problèmes. Les sujets sont amenés à les observer et à les entendre vaincre ces difficultés par leurs efforts persévérants. Voir ou imaginer les autres, similaires à soi, agir avec succès augmente les croyances d’efficacité des sujets. Les personnes qui n’ont pas les compétences de résolution de problèmes, tirent un plus grand bénéfice de l’observation d’autres personnes, modelant des pensées auto- guidantes en lien avec les actions, que de la seule observations de leurs actions. Les autres personnes sont une source d’inspiration, de compétences et de motivation. Assister aux efforts persévérants et aux succès de quelqu’un qui nous ressemble, augmente nos croyances en notre propre efficacité. Autrement dit, les personnes les plus expérimentées et compétentes fournissent des modèles de style efficace de pensée et de comportements. Une grande quantité d’apprentissage social survient ainsi au sein d’un groupe de pairs.

Dans les modèles experts, le sujet pris pour modèle est épistémique et réussit les épreuves sans faire d’erreurs. Ces modèles peuvent être progressifs en guidant le sujet vers « l’excellence », par étapes successives.

Toutefois, d’après Bandura (2007, pp.154, 155) le modelage de coping aide à construire  un  sentiment  plus  fort  d’efficacité  d’apprentissage  que  le  modelage d’expertise. Il a plus de chances de contribuer à la résilience de l’efficacité personnelle dans des circonstances difficiles où le chemin vers le succès est long, parsemé d’obstacles, de difficultés et de déconvenues et où la preuve du progrès est longue à se manifester. Ce sont les conditions habituelles auxquelles font face les innovateurs et ceux qui cherchent à effectuer des changements radicaux.

La persuasion sociale est une autre façon d’influencer le sentiment d’efficacité personnelle. Des encouragements pertinents peuvent aider à poursuivre les efforts, et augmenter les chances de succès. Mais pour qu’un parent, un enseignant, un chef d’entreprise, un thérapeute ou même un ami… réussisse à induire chez une personne un fort sentiment d’efficacité, il ne doit pas seulement le féliciter quand il réussit, il doit le placer dans des situations dans lesquelles il réussira. Il évitera donc de le confronter trop précocement à des difficultés, qui risqueraient de le mener à l’échec. Enfin, il l’encouragera à s’évaluer par rapport à lui-même, plutôt que par rapport aux autres. Les encouragements, sans les conseils pour rendre plus compétent, ne donnent pas beaucoup de résultats positifs.

Mais les sujets ont non seulement besoin de connaître les stratégies efficaces, mais aussi d’être en mesure d’exercer un meilleur contrôle, en s’appliquant avec sérieux et persévérance. Les sujets observent leurs propres réussites, obtenues dans des conditions organisées pour leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes. Cette forme de modelage constitue un diagnostic direct de ce qu’ils sont capables de faire.

L’objectif prioritaire de l’éducation des enfants et de la formation des adultes est d’équiper les apprenants de capacités auto-régulatrices, qui leur permettent de s’éduquer et de se former eux-mêmes. L’auto-direction contribue au succès tout au long de l’existence. On évalue sa propre efficacité en observant son état physique et émotionnel. Dans les activités physiques, qui demandent force et endurance, la fatigue et la douleur peuvent être interprétées comme des signes d’une faible efficacité personnelle. L’humeur affecte également le sentiment d’efficacité : une humeur positive l’augmente, tandis qu’une négative le diminue. Augmenter la force physique, modifier les interprétations erronées des états physiques, réduire le stress et la dépression, favorisent le sentiment d’efficacité personnelle. L’auto-régulation inclut les compétences à planifier, organiser et gérer les activités d’apprentissage, à solliciter des ressources, à réguler sa motivation et utiliser des compétences auto- évaluatives, pour construire stratégiquement son parcours de formation.

Les efforts visant à contrôler les circonstances de la vie se manifestent dans presque chaque acte de l’existence, car ils procurent d’innombrables bénéfices personnels et sociaux. L’incertitude face à des domaines importants est fortement perturbante. Les réactions de stress sont en grande partie régies par des croyances d’efficacité de coping, plutôt qu’elles ne sont déclenchées directement par les propriétés des menaces et des exigences environnementales. C’est la perception des évènements de vie comme dépassant les capacités de coping de la personne, qui devient la réalité stressante. Un faible sentiment d’efficacité à gérer les stresseurs peut affaiblir la santé humaine. Les cathécolamines sont des neurotransmetteurs qui interviennent dans la sécrétion d’hormones de stress, qui mobilisent le système corporel pour faire face aux menaces perçues. Les niveaux d’adrénaline, de noradrénaline et de dopac, un métabolite de la dopamine, sont bas lorsque les phobiques font face à des menaces estimées contrôlables. Les doutes de soi relatif à l’efficacité de coping produisent une augmentation notable de ces cathécolamines. Alors que celles-ci chutent avec le rejet de la tâche menaçante, le dopac s’élève à son niveau maximal, il est enclenché par la simple perception que les exigences environnementales vont dépasser les capacités de coping de la personne. Quand les exigences de l’activité sont personnellement contrôlables, les individus dont l’efficacité perçue de coping a été  illusoirement  élevée,  parviennent  à  de  meilleures  performances  avec  une tension artérielle et une réactivité cardiaque plus basse que ceux dont les croyances d’efficacité   ont   été   illusoirement   abaissées.   Quand   la   situation   impose   des contraintes sur l’initiative personnelle, les bénéfices d’un sentiment d’efficacité sont mieux obtenus par des enchaînements d’actions soutenant, destinés à relâcher les contraintes, qu’ils ne le sont en luttant contre elles.

Le corps produit ses propres analgésiques appelés endorphines. Des stimulations douloureuses déclenchent la libération de ces substances chimiques, qui bloquent la transmission nerveuse de la douleur. Il a été remarqué que l’efficacité perçue de coping peut apaiser les douleurs par différents moyens cognitifs. Le contrôle de la conscience par l’investissement dans des activités de grand intérêt est une stratégie positive  d’engagement.  Les  personnes  qui  croient  pouvoir  exercer  un  certain contrôle sur la douleur ont aussi des chances d’interpréter les sensations et les états corporels déplaisants plus bénignement que ceux qui pensent ne rien pouvoir faire pour alléger leur douleur. Les techniques telles que la relaxation et les placebos augmentent également l’efficacité perçue à supporter et à réduire la douleur. Plus les individus s’estiment efficaces, moins ils ressentent la douleur. Le mécanisme opioïde  entre  en  jeu  dans  les  phases  ultérieures,  quand  le  contrôle  devient insuffisant pour atténuer la douleur croissante ou pour la bloquer par l’effort conscient. L’efficacité perçue favorise même un engagement plus actif dans des activités, qui peuvent augmenter le niveau et la durée de stimulation douloureuse.

Le fait que les humains puissent faciliter l’apparition de résultats significatifs rend ceux-ci plus prédictibles, ce qui incite à une attitude  adaptative  de préparation. Inversement, l’impossibilité d’influer sur les éléments qui affectent négativement la vie personnelle conduit à la peur, à l’apathie ou au désespoir. Pouvoir obtenir des résultats  désirés  et  prévenir  ceux  non  souhaités,  constitue  donc  un  puissant stimulant pour le développement et l’exercice du contrôle personnel. Plus les individus utilisent leur influence pour agir sur les évènements de leur existence, plus ils  peuvent façonner ceux-ci à  leur goût.  Pour  autant,  reconnaît  Bandura  (2007, pp.10, 12), l’aptitude humaine au contrôle est un bienfait mitigé, car son impact sur la qualité de vie dépend de l’objectif visé. Par exemple, la vie des innovateurs et des réformateurs sociaux, dirigée par une volonté puissante, est souvent difficile. Ils sont l’objet de dérision, de condamnation et de persécution, même si la société bénéficie de  leurs  efforts  persévérants. L’aptitude humaine à  transformer  l’environnement peut avoir un impact non seulement sur la vie présente, mais également sur les générations futures. Nombreuses sont les technologies qui, bien que procurant des bénéfices actuels, entraînent des effets susceptibles de causer de graves dommages à l’environnement. Notre capacité technique à détruire ou à rendre inhabitable une partie de la planète, atteste bien le pouvoir croissant de l’être humain. L’opinion publique est devenue particulièrement sensible à l’avenir que nous préparent les technologies que nous créons. A long terme, la poursuite insatiable de l’intérêt personnel produit des effets qui peuvent être néfastes à la société. L’attitude qui consiste à placer l’intérêt individuel au-dessus de l’intérêt collectif entrave les efforts pour résoudre les problèmes plus larges de la société.

La théorie sociale cognitive remet en cause le fonctionnalisme brut. Aucune décision n’est prise sans émotion, et personne n’est motivé uniquement par le désir de maximiser ses intérêts. De même les gens ne choisissent pas ce qui leur est le plus utile. Ils ont tendance à choisir des actions qui leur offrent une satisfaction personnelle et le sens de leur propre valeur, et rejettent celles qui les dévalorisent. Ainsi, les personnes sont prêtes à adopter des alternatives peu utiles ou même à renoncer à des récompenses matérielles substantielles pour préserver une image positive d’eux-mêmes. Et s’ils sont motivés par le care, la sollicitude, la compassion, ils peuvent placer au second plan leur propre intérêt pour le bien-être des autres (Bandura, in Chapelle, 2004, p.113).