3.5.        Les approches de l’Intelligence collective

L’intelligence collective désigne les capacités cognitives développées par les interactions multiples entre des membres d’espèces différentes ou d’une même espèce. L’intelligence collective est différente de la somme des intelligences individuelles qui la composent. Elle s’observe dès l’émergence de la vie, dans les phénomènes de symbiose, On l’évoque aussi dans les relations d’interactions entres différentes espèces, végétales et animales, co-habitant un même espace, un écosystème local, voire l’écosystème à l’échelle planétaire. On l’a étudié plus spécifiquement chez les insectes sociaux (fourmis, termites, et abeilles), chez les animaux se déplaçant en formation (oiseaux migrateurs, bancs de poissons), chez les mammifères sociaux chassant en meute (loups, hyènes, lionnes) et chez les primates et les humains.

3.5.1.          Les différentes sortes de symbiose, dans le processus évolutif

L’association d’éléments hétérogènes caractérise la fabrication de la matière et l’émergence de la vie, le passage du simple au complexe, de l’inanimé au vivant. A la coalition des atomes formant les molécules constitutives de la vie ont suivi  des phénomènes évolutifs d’endosymbiose, qui ont conduit à la formation des organites : mitochondrie et chloroplaste, dans les cellules eucaryotes, élément constitutif des végétaux et des animaux. Les composants distincts d’une cellule eucaryote se sont assemblés par coopération entre des créatures individuées plus simples, à savoir les bactéries, qui ont troqué leur statut indépendant pour appartenir à un nouvel agrégat. La gouvernance d’un organisme multi-cellulaire est hautement décentralisé (Damasio, 2010, pp.45, 55). L’endosymbiose permet de décrire au niveau cellulaire une coopération entre des micro-organismes simples, et les cellules d’organismes plus évolués qui les contiennent et dont ils favorisent le fonctionnement. Tout au cours de l’évolution naturelle, on observe diverses sortes de symbiose : association intime et durable entre deux et parfois plus, organismes hétéro-spécifiques, comme le parasitisme, le commensalisme, le mutualisme, la coopération.

Le parasitisme est une relation symbiotique dont un des protagonistes tire profit en se nourrissant, en s’abritant ou en se reproduisant… aux dépens d’un ou de plusieurs hôtes. Certains parasitismes peuvent être considérés comme des cas particuliers de prédation, mais de nombreuses formes de parasitisme peuvent se révéler« utiles » à l’hôte et/ou à son espèce ou à la biocénose; par exemple, de nombreux parasites interviennent efficacement dans le rétro-contrôle de la démographie de populations, dont les individus – sans parasitisme – pulluleraient rapidement, jusqu’à faire disparaître leurs ressources alimentaires. La sélection naturelle favorise l’apparition constante de moyens de défense chez les hôtes. Le parasite évolue pour continuer à pouvoir rencontrer son hôte et survivre sur ou dans l’hôte. Dans le même temps, l’hôte évolue pour ne pas rencontrer le parasite, s’en débarrasser ou s’en défendre. Les interactions durables concernent les parasites de la faune ou flore sauvage, ou les maladies qui affectent les humains en entretenant l’immunité humaine au cours de la longue histoire de la coévolution de l’Homme et de ses pathogènes.

Le commensalisme est un type d’interaction biologique fréquente ou systématique entre deux êtres vivants dans laquelle l’hôte fournit une partie de sa propre nourriture au commensal : il n’obtient en revanche aucune contrepartie évidente de ce dernier. Le bénéfice de cette relation n’est pas réciproque.

Le commensalisme est une exploitation non-parasitaire d’une espèce vivante par une autre espèce.

Le mutualisme est une interaction entre deux ou plusieurs espèces, dans laquelle le symbiote et l’hôte tirent tous les deux profit de cette relation qui est nécessaire pour les deux espèces. À l’inverse du commensalisme, il y a adaptations chez les deux espèces associées, car la modification de l’une peut influer sur la survie et la reproduction de l’autre. La sélection naturelle en a favorisé l’évolution, car le coût qui lui est associé est largement compensé par un bénéfice net immédiat en faveur des participants. La majorité des oiseaux et des mammifères manifestent ce comportement dans différents contextes, notamment pour la protection contre les intrus ou les prédateurs, et l’accès facilité à des sources de nourritures.

Dans  cette  perspective,  le  mieux  adapté  survit  parce  qu’il  a  une  relation  de coopération étroite avec son écosystème.

3.5.2.          Les sociétés animales de même espèce

Le comportement social s’ébauche, dans le monde animal, à travers les comportements sexuel et parental, qui rendent compte de la communication et des relations entre individus. Il existe des espèces plutôt solitaires et d’autres qui sont au contraire sociables comme les fourmis, le degré de sociabilité étant directement lié aux stratégies de survie et de reproduction : ainsi, les papillons du genre Heliconius, à la coloration signalant une chair non-comestible, vivent en groupes pour augmenter leur effet visuel et dissuader d’éventuels prédateurs.

Un des avantages évidents de la vie sociale est la vigilance accrue vis-à-vis des prédateurs. Un animal solitaire est obligé de passer plus de temps à surveiller son environnement immédiat qu’un animal vivant en groupe. On a remarqué que plus la taille du groupe augmente et plus la vigilance globale de ce groupe (la proportion de temps où un animal au moins surveille les alentours) augmente aussi. Un autre avantage de la vie sociale est ce qu’on appelle l’effet de dilution : un animal se joignant à un groupe a statistiquement moins de chances d’être victime d’une agression. Il existe encore d’autres avantages, comme la chasse en groupe, la défense du groupe, la reproduction coopérative.

La vie en groupe présente néanmoins des inconvénients, car elle a tendance à accentuer la compétition pour la nourriture et les partenaires sexuels. Il existe par exemple un effet de dérangement dans la chasse collective, les animaux, à cause de leur nombre, faisant fuir leurs proies. Le cas de la compétition sexuelle est tout aussi manifeste : lorsque le groupe est dense, la lutte est plus féroce. La lutte peut être plus indirecte, mais tout aussi meurtrière, comme chez les corneilles noires qui cannibalisent les œufs et les poussins de leurs congénères, pour les empêcher de se reproduire.

Dans le cadre d’une même espèce, la coopération permet donc à différents acteurs d’agir dans un intérêt commun, par exemple pour la sexualité, le soin aux rejetons, la chasse…

Alors que la reproduction à l’identique est le mode de diffusion des bactéries, des virus, des protistes, la sexualité unit deux cellules (d’une même espèce ou d’espèces proches) : l’ovocyte et le spermatozoïde, pour en fabriquer une : l’œuf. La division sexuée des organismes en sexes complémentaires permet un brassage des gènes par méiose et fécondation, qui favorise la diversité génétique et l’adaptation des organismes à leur environnement. André Langaney (1979, pp.18, 19) a noté que la sexualité n’invente pas de nouveaux gènes, mais utilise pour créer de nouveaux individus la palette de variation offerte par les mutations, dont sont porteurs les parents successifs, elle innove sans cesse à partir des mutations pré-existantes. A l’équation un donne deux de la reproduction, se substitue l’équation deux donne un autre de la sexualité. En même temps est créé un nouvel être qui possède des gènes de sa mère et de son père, tout en étant différent d’eux. Dans les populations sexuées, les individus déjà tous différenciés, changent de génération en génération. Au lieu de se perpétuer dans la  continuité, chaque individu meurt, permettant à l’espèce, de se renouveler différemment à chaque génération. La sexualité accélère le rythme, autrement très lent de l’évolution.

Le problème de la femelle consiste à attirer un partenaire sexuel qui va doter sa progéniture des meilleures chances de survie et de reproduction. Le problème évolutif pour le mâle est d’attirer les femelles malgré la compétition de tous les autres mâles, car les vainqueurs des combats, accédant aux femelles, transmettent leurs gènes à la génération suivante. Toutefois l’agression est limitée :

–     elle ne doit pas s’exercer à l’égard des femelles,

–     elle ne doit pas être systématiquement mortelle sous peine de compromettre la survie démographique de la population.

3.5.2.1.   Les insectes sociaux

Si nous prenons l’exemple des fourmis, des termites, des abeilles… il apparait un comportement émergent, effet global qui résulte de l’application de règles locales. Les études réalisées par les éthologistes ont montré que certains comportements

collectifs des insectes sociaux étaient auto-organisés. L’auto-organisation caractérise des processus au cours desquels, de l’organisation  émerge au  niveau collectif, à partir d’une multitude d’interactions simples entre insectes, sans être codées explicitement au niveau individuel. C’est un phénomène de mise en ordre croissant, et allant en sens inverse de l’augmentation de l’entropie; au prix d’une dissipation d’énergie qui servira à maintenir cette structure. Ces espèces présentent un type d’organisation sociale particulière, appelée eusocialité, qui se manifeste par une division du travail, la présence d’une caste stérile (ouvrières) et une absence de séparation franche entre les différentes générations. Le fait que certains individus (« ouvrier » ou « ouvrière ») de la colonie ne se reproduisent pas s’explique par le fait que le bénéfice n’est pas donné à leur progéniture, mais à celle d’individus qui leurs sont étroitement apparentés. Les individus fertiles sont chargés de la reproduction, tandis que les autres s’occupent de les nourrir et de les protéger, accordant ainsi aux petits plus nombreux une plus grande chance de survie.

Les   fourmis   présentent   des   adaptations   qui   peuvent   conférer   un   avantage écologique dans certains environnements :

–    un registre comportemental limité,

–    des capacités cognitives pas assez développées pour permettre à un seul individu d’obtenir  assez  d’information  sur  l’état  de  la  collectivité  pour  garantir  une division des tâches efficace, condition nécessaire au bon fonctionnement de la colonie,

–    des facultés de communication avancées par le biais des phéromones, favorisant des interactions multiples.

La  colonie  dans  son  ensemble  est  un  système  complexe  stable  et  auto-régulé capable de s’adapter très facilement aux variations environnementales les plus imprévisibles, mais aussi et surtout de résoudre des problèmes sans contrôle externe ou mécanisme de coordination central, de manière totalement distribuée. Les tâches accomplies par la colonie ne sont naturellement pas à la portée d’un individu seul ou d’un groupe identique dénué d’intelligence collective. Cela a permis aux fourmis de s’imposer partout sur le globe terrestre, puisqu’on considère que la biomasse des fourmis est à peu près identique à celle de l’espèce humaine.

 Les oiseaux

John Crook a appliqué une méthode de comparaison d’espèces étroitement apparentées confrontées à des problèmes cognitifs différents, parce que liés à des différences écologiques. Crook a travaillé sur 90 espèces de tisserins, des oiseaux qui vivent en Afrique et en Asie. Ces oiseaux présentent des organisations sociales très diversifiées selon les espèces. En particulier, les espèces des forêts sont solitaires,

cachent leur nid et sont monogames, alors que les tisserins de savane vivent en bandes, nichent en colonies et sont polygames, d’où un fort dimorphisme sexuel, avec des mâles aux couleurs vives. Une telle différence s’explique par deux facteurs : la nourriture et les prédateurs. La nourriture en forêt est difficile à trouver, les prédateurs plus discrets, c’est-à-dire redoutables. C’est pourquoi les deux parents ne sont pas de trop pour nourrir et surveiller les jeunes ; en outre, leurs couleurs ternes constituent un bon camouflage. A l’inverse, la nourriture est relativement dense et abondante  dans  la  savane,  et  les  prédateurs  à  découvert.  Il  est  alors  utile  aux tisserins de parcourir en bandes leur territoire pour trouver plus facilement leur nourriture, qui sera de toute façon en quantité suffisante. L’aspect voyant des mâles est dès lors moins dangereux. Les oiseaux sont capables d’apprendre, on sait par exemple que les petits coucous apprennent le chant de leurs parents adoptifs ou que les corbeaux font leur apprentissage en imitant leurs semblables. Les plus communes de leurs capacités sont certainement leur représentation spatiale (qui leur permet de s’orienter, de retrouver une source de nourriture ou de construire des nids sophistiqués) et leurs capacités de communication. Certains ont l’aptitude à se servir d’objet comme outil. Le corbeau calédonien, par exemple, est capable de se servir d’un bâton pour déloger les insectes, dont il se nourrit. Certains oiseaux sont même capables de compter, comme les Psittacidae. On a également observé des oiseaux capables de se soigner, par exemple en ingérant de l’argile destinée à combattre les effets néfastes des toxines alimentaires.

Le  degré  de  sociabilité varie  selon  les  espèces  d’oiseaux  et  les  saisons,  mais  la plupart des espèces sont sociables, à une période de leur vie. Les relations sont principalement de trois types :

–     relations parentales,

–     relations mâle-femelle et concurrence entre mâles,

–     relations   inter-spécifiques   (plusieurs   types   de   commensalismes,   surtout alimentaires, sont connus de la part d’oiseaux, vis-à-vis d’autres espèces mais également le cleptoparasitisme et le parasitisme des nids).

Si les mâles aident les femelles dans l’élevage des petits pour beaucoup d’espèces, ceci n’est pas systématique, mais ce comportement est beaucoup plus courant chez les oiseaux que chez les autres classes de vertébrés. La présence des mâles est donc souvent nécessaire à l’incubation et/ou à l’élevage des oisillons, et dans certains cas les femelles n’y participent pas. Chez certaines espèces, les tâches sont strictement divisées: incubation, défense du nid, nourrissage des petits.

Les regroupements d’oiseaux peuvent avoir un objectif précis, comme la migration ou la nidification. Certaines espèces vivent en groupe pluri-spécifiques, d’autres en groupe  de  la  même  espèce.  Lorsqu’elles  sont  grégaires,  elles  font  preuve  de

comportements sociaux  ou collectifs qui  peuvent  être  très  complexes  comme  la chasse en groupe, la constitution de hiérarchie, la coopération filiale dans l’élevage des jeunes, la présence de guetteur, la constitution de nuées ou volées mono ou pluri-spécifiques, ou tout simplement la constitution de colonies.

Les oiseaux migrateurs doivent parcourir de très longues distances, dans des conditions parfois difficiles. Ainsi, il est important pour eux d’optimiser leur déplacement en termes d’énergie dépensée. Les oies sauvages adoptent des formations en V qui leur permettent d’étendre leur distance de vol de près de 70%, car  chaque  oiseau  prend  l’aspiration  de  son  prédécesseur,  comme  le  font  les cyclistes. Le prix à payer est une perte en vitesse, puisqu’un individu seul vole en moyenne 24% plus vite qu’une volée.

3.5.2.3.   Les mammifères et parmi eux : les primates et les humains

Le cerveau des mammifères se distingue de celui des autres vertébrés par le développement du cortex cérébral (néo-cortex), qui recouvre les hémisphères cérébraux et assure un grand nombre de fonctions, notamment la coordination des activités sensorielles et motrices, ainsi que celle des comportements non réflexes. Ce néo-cortex atteint son degré de développement le plus élevé chez les primates, et particulièrement chez l’homme.

Chez les mammifères, la fécondation est interne, grâce à la copulation, pratiquée par tous les mammifères, sauf les monotrèmes (échidnés et ornithorynque). Ils sont vivipares. Le développement de l’embryon s’effectue dans l’utérus, à l’intérieur du corps de la mère, encore à l’exception des monotrèmes, qui présentent la particularité de pondre des œufs et sont donc ovipares.

Presque tous nécessitent une éducation et ils ne sont pas autonomes à la naissance. L’une des particularités des mammifères est de faire d’autres individus de leur espèce les sources principales de signaux, et tout au moins des relais importants dans la perception des signaux « extérieurs ». Ainsi, dans la situation infantile du jeune mammifère, la mère est la source principale des signaux, ce qui lui permet, par la modulation de ces signaux, d’élaborer une éducation de son rejeton. Elle joue un rôle de déclencheur, passant par le filtre de l’émotivité et de l’affectivité, en mobilisant ce que les physiologistes ont appelé le « cerveau mammifère » ou le « cerveau des émotions ». L’émotion peut dans certaines conditions, jouer le rôle de déclencheur de la réaction instinctuelle, mais très souvent, elle joue un rôle inhibiteur. La satisfaction instinctuelle passe fort souvent par le biais d’une émotion collective, tout à fait codée et organisée, alors même que la satisfaction individuelle reste  interdite  par  l’inhibition.  Tous  les  rapports  sociaux  sont construits sur  des

pulsions émotionnelles. L’émotion et l’affectivité sont les principaux moyens de contrôle sur les groupes. Elles sont à la base de la constitution des systèmes sociaux des mammifères.

Les principaux facteurs biologiques qui contrôlent le comportement sexuel des mammifères sont les phéromones, les hormones, les récompenses et les valeurs, marqueurs associées aux représentations cognitives. Les études du sentiment amoureux suggèrent une relation avec « la dépendance addictive », état qui serait provoqué par les endorphines libérées durant les relations amoureuses. Chez l’être humain,  le  chimpanzé, le  bonobo, l’orang outan, le  dauphin…  le comportement sexuel devient un comportement érotique. L’état amoureux peut provoquer des émotions intenses, de détresse ou d’euphorie. La sélection de parentèle favorise les gènes qui poussent à un comportement altruiste envers des individus génétiquement liés à l’animal. Le soin parental et l’éducation sont des formes d’altruisme, parce que le parent place à un second plan ses intérêts individuels, en investissant temps et énergie dans l’accompagnement de ses rejetons et/ou dans l’aide à son conjoint pour  remplir  cette  tâche.  Mais  les  mammifères  ont  des  organisations  sociales variées,  de  la  vie  en  solitaire  à  la  vie  de  groupe.  Dans  l’ordre  des  carnivores, beaucoup d’espèces présentent une vie sociale élaborée et hiérarchisée : c’est le cas notamment des loups et des chacals, qui chassent en groupe, et des mangoustes, qui forment des sociétés très soudées et qui pratiquent l’entraide sociale, s’associant même pour faire fuir les prédateurs. La plupart des primates vivent également en sociétés relativement complexes.

Les rats-taupes nus (Heterocephalus glaber) de l’est de l’Afrique sont un cas unique : ce sont les seuls mammifères, mais aussi les seuls vertébrés, à présenter une organisation sociale similaire à celle des insectes sociaux comme les abeilles et les termites, avec des individus répartis en castes aux fonctions bien précises, et un seul couple reproducteur pour toute la colonie.

Les primates constituent un ordre au sein des mammifères placentaires. Ce clade regroupe les singes – dont l’homme – ainsi que quelques espèces proches dont les lémuriens.

Jane Goodal (1971) a observé un chimpanzé en train de fabriquer et d’utiliser des outils pour attraper des termites. Cette découverte a ébranlé la définition de « l’être humain », qui attribuait alors ce comportement exclusivement à l’humain. Grâce à ses recherches, nous savons maintenant que les chimpanzés sont biologiquement semblables aux humains : ils possèdent de nombreuses capacités intellectuelles, ils chassent pour se procurer de la viande, utilisent des outils, se transmettent des savoir-faire, possèdent une intelligence stratégique et des embryons de culture. Les

membres d’une même famille maintiennent des liens forts et durables et ce, durant toute leur vie. Gordon Gallup (1970) avec “ le test de la tâche”, a montré qu’un chimpanzé reconnaît sa propre image. Il a marqué le front du singe d’une tâche colorée durant son sommeil. Si à son réveil, le singe réagissait devant le miroir en se touchant le front, c’est qu’il avait bien conscience que c’est sa propre image qu’il voit dans le miroir. Or les grands singes (chimpanzés, gorille, orang-outans) réussissent ce test, alors que les autres espèces de primates n’y parviennent pas. Emile Menzel (1978) a démontré l’existence d’une “carte mentale du territoire” chez les chimpanzés. Michèle Fabre-Thorpe et simon Thorpe (1999) ont mis en valeur leur capacité à la catégorisation (de formes d’objet, de couleurs). Ils manifestent des capacités de calcul élémentaire (jusqu’au nombre 6 environ). Au niveau du langage, la communication entre chimpanzés par le langage des signes est attestée, de même qu’un enseignement à des petits. il est aussi établi que les grands singes peuvent apprendre à manipuler jusqu’à 200 ou 300 signes, sans lien avec la forme du mot et l’objet désigné. Les mots utilisés sont des mots concrets, qui servent à désigner des objets, des individus, des situations, mais la construction de chaînes de mots et la grammaire sont limitées. Les chimpanzés comprennent les intentions d’autrui. David Premack  et  georges  Woodruff  (1978)  ont  observé  des  chimpanzés  en  train  de tricher, détournant l’attention d’un individu pour voler un fruit. Andrew Whiten et richard Byrne (1988) ont appellé “intelligence machiavélique”, leur aptitude à comprendre et à jouer avec les intentions d’autrui. Par conséquent, Nous pouvons affirmer que les présupposés cartésiens sur l’absence d’intelligence animale ne sont plus de mise ! (Dortier, 2004,pp. 35, 63).

Homo sapiens, qui signifie « Homme sage » en latin, est une espèce de l’ordre des primates,  appartenant  à  la  famille  des  hominidés.  Plus  communément  appelé

« humain », il est le seul représentant actuel du genre homo, les autres espèces, une

quinzaine en l’état actuel des connaissances paléontologiques, étant éteintes. D’un point de vue éthologique, le genre Homo se distingue par l’extrême complexité de ses relations sociales, l’utilisation d’un langage complexe transmis par apprentissage, la maîtrise du feu, la domestication de nombreuses espèces végétales et animales, la faculté de fabriquer des outils, ainsi que l’aptitude de son système cognitif à l’invention d’outils conceptuels et à l’innovation, avec la fabrication d’outils techniques, d’objets et de services. Il se distingue de toute autre espèce animale actuelle,   par   la   complexité   de   ses   réalisations   artistiques,   institutionnelles, techniques et scientifiques, l’importance de l’apprentissage et de l’apport culturel dans le développement de l’individu, mais aussi par l’ampleur des transformations qu’il opère sur les écosystèmes. A l’instar des autres primates, les humains peuvent être décrits comme des animaux hautement coopérants qui doivent lutter contre leurs pulsions égoïstes et agressives, ou comme des animaux hautement compétitifs qui possèdent néanmoins la faculté de s’entendre et de faire des concessions (Waal, 2010, p.72)

Les formes d’intelligence collective sont très diverses selon les types de communauté et les membres qu’elles réunissent. Les systèmes humains collectifs sont en effet plus ou moins sophistiqués. Pour les plus simples, les caractéristiques sont :

–    Une   information   locale   et   limitée :   chaque   individu   ne   possède   qu’une connaissance partielle de l’environnement et n’a pas conscience de la totalité des éléments qui influencent le groupe.

–    Un ensemble de règles simples : chaque individu obéit à un ensemble restreint de règles simples par rapport au comportement du système global.

–    Les  interactions  sont  multiples : chaque  individu est en relation avec un ou plusieurs autres individus du groupe.

–    L’organisation  émergente  est utile  à la collectivité : les individus trouvent un bénéfice à collaborer (parfois instinctivement) et leur performance est meilleure que s’ils avaient été seuls.

Sur le plan de la mobilité, les humains sont des animaux terrestres, ils ne peuvent naturellement ni voler dans les airs, ni vivre sous l’eau. La bipédie serait apparue, il y a  six  millions  d’années.  William  Jungers  et  brian  Richmond  ont  montré  que  la marche  debout est  une  des  premières  caractéristiques  humaines  apparues  dans notre espèce, tout juste après la séparation entre la lignée des humains et celle des chimpanzés. C’est à Laetoli en Tanzanie que Mary Leakey a découvert un témoignage de bipédie préservé dans la cendre volcanique : les empreintes de pas d’un hominidé adulte se doublent de celles d’un enfant marchant dans ses traces, il y a quelques 3,5 millions d’années. Mais l’humain sait aussi ramper, marcher à quatre pattes, sauter, nager, escalader, accomplir des acrobaties… La conscience a amélioré l’adaptativité et a permis à ceux qui en bénéficient de créer des solutions nouvelles aux problèmes de la vie et de la survie (immanente), dans de nombreux environnements, sur Terre, dans les déserts et sur les montagnes…, sous l’eau, dans l’air et dans l’espace. Les humains ont évolué de façon à s’adapter à un grand nombre de niches et ils sont capables d’apprendre à s’adapter à des tas d’autres encore. Nous ne nous sommes jamais fait pousser des ailes et des branchies (du moins pas encore), mais nous avons inventé des machines qui ont des ailes et qui peuvent nous propulser dans la stratosphère, naviguer sur les océans et plonger sous les mers (Damasio, 2010, p.76). Les inventions d’outils et de technicités ont façonné de nouveaux comportements. Le développement de la mobilité ne s’est pas déroulé de façon linéaire, mais grâce à des sauts technologiques et à des franchissements de seuil de complexité (comme le fait de  se  déplacer  à  grande  vitesse,  d’explorer  les  profondeurs  aquatiques  ou  les espaces aériens et extra-terrestres…).