« L’Homme indépendant, coupé du monde » est un mythe. Les humains sont des animaux sociaux. La solidarité est un mode d’engagement et de dépendance réciproques entre des personnes à l’endroit des autres, généralement des membres d’un  même  groupe  liés  par  une  communauté  de  destin  (communauté,  famille, village, profession, entreprise, nation, confédération, planète, etc.). La solidarité caractérise des personnes, qui choisissent ou ressentent une volonté d’assister une autre  personne  et  réciproquement.  La  solidarité  se  distingue  de  l’altruisme   : l’altruiste peut souhaiter aider autrui, sans pour autant se sentir concerné par ce qui lui arrive, inversement on peut se rendre solidaire d’autrui, simplement par intérêt bien compris (attente d’une réciprocité). La solidarité fait appel directement à l’intelligence stratégique. C’est une forme d’échange mutuel, où chaque membre se rend solidaire des autres parce que les autres se rendent solidaire de lui. Il peut relever d’un calcul économique.

D’après richard Rorty (1993, p.263), Il n’est pas nécessaire que la solidarité   soit conçue comme la reconnaissance d’un « moi profond », « l’essence de l’Homme » chez  tous  les  êtres  humains,  il  semble  plus  pertinent  de  l’envisager  comme  la capacité de juger insignifiante, une masse toujours plus grande de différences traditionnelles (tribales, religieuses, raciales, coutumières, etc.), en comparaison de similitudes touchant la douleur et l’humiliation ; la faculté d’englober dans le champ du « nous » des gens très différents. Elle se tisse sur la base d’une compréhension mutuelle des différences, édifiées à partir d’un principe de modestie. Dès lors que l’on reconnaît mutuellement la valeur des différences, la culture humaine devient plus riche. Mais la solidarité élargie à l’humanité, ne s’est pas réalisée spontanément et elle est encore loin d’être acquise, elle a emprunté des parcours civilisationnels variés et complexes, de conflits et de guerres, associées à des capacités de plus en plus grandes de destructions, mais aussi d’apprentissage de la tolérance, de la négociation,  des  compromis, de  la  médiation  et  de  la  résolution pacifique  des conflits. Si la tolérance a bien pour effet de mettre fin à la persécution et aux massacres,  elle  n’est  pas  une  utopique  « Harmonie  sociale »  excluant  le  conflit (Walzer, 1998, p.144). Christian Ruby (1997) estime également qu’il est vain de rechercher un « fondement » de la solidarité dans diverses instances transcendantes (Dieu, la Nature, la Nature humaine…) et de vouloir ramener les actions solidaires à « la  source  d’une  idée  innée ».  Il  nous faut  déconstruire ces  justifications  et  les mythes qui finissent par détruire l’aptitude humaine à esquisser une perspective sociale d’ensemble. Si une solidarité quelconque se manifeste, elle s’est construite socialement et historiquement sur un processus empathique. La question devient alors : « Qu’est-ce qui peut stimuler un sentiment ou une conscience de la solidarité et les encourager à advenir ? ».

 Les communautés humaines

Les humains sont des êtres grégaires, rassemblés en groupes. Cela leur permet d’exercer la sollicitude parentale, la coopération dans la protection, l’éducation, l’alimentation (la chasse, la cueillette…), la construction d’abris, d’outils, de biens et de services. Il nous a fallu nous unir pour ne pas périr en tant qu’espèce. L’humanité a vécu à l’état nomade, durant tout le Paléolithique avec l’australopithèque, Homo habilis, Homo erectus, Homo heidelbergensis, Homo neandertalensis et vers la fin du Paléolithique, avec Homo sapiens. Les anthropologues évoquent ensuite l’époque mésolithique, durant laquelle, elle est devenue peu à peu semi-nomade pour commencer à se sédentariser, durant le Néolithique. Mais certains groupes sont restés nomades jusqu’à nos jours, et d’autres ont récemment choisi ce mode de vie, mais cela reste un phénomène minoritaire. On appelle « communauté » un groupe humain constitué géographiquement ou historiquement sur un territoire donné, et qui partage une culture ou une langue commune. D’un point de vue historique, une tribu consiste en une formation sociale, existant après la formation de l’État. Dans certains pays comme les États-Unis ou l’Inde, les tribus sont des peuples indigènes, qui ont une reconnaissance légale dans le pays concerné.

Par Philippe Mougel,Sociologue cognitif, chef de projet à Welience et par Aurélien Trioux,
chargé de mission « Mobilité et Territoire », Octobre 2010