Un grand nombre d’études expérimentales ont mis en évidence des comportements coopératifs, notamment  dans  des  contextes  où  la  théorie  économique  standard prédit au contraire des comportements égoïstes. L’hypothèse d’empathie, qui conditionne toute représentation de l’autre, court-circuiterait les exigences de la rationalité postulée.

L’empathie  (du grec ancien ὠν,  dans, à l’intérieur et πάθoς, souffrance, ce qu’on éprouve)  désigne   le   mécanisme   par   lequel   un   animal   ou   un   humain   peut « comprendre »  les  sentiments  et  les  émotions  d’un  autre.  L’empathie  est  une capacité à partager les émotions avec autrui, sans confusion entre soi et l’autre, c’est un puissant moyen de communication interindividuelle et l’un des éléments clés dans la relation thérapeutique. L’empathie se différencie de la contagion émotionnelle dans laquelle une personne éprouve le même état affectif qu’une autre, sans conserver  la  distance  entre  soi  et  autrui.  Alors  que  l’empathie  repose sur  une capacité de représentation de l’état mental d’autrui indépendamment de tout jugement de valeur, la sympathie est une réponse motivationnelle qui repose sur une proximité affective avec qui en est l’objet. Carl Rogers (1973) a étudié différents facteurs facilitateurs aux échanges dans les groupes et parmi eux l’empathie.

L’empathie a fait l’objet depuis, de nombreuses investigations neurophysiologiques. Un mécanisme de résonance sensori-somatique entre autrui et soi, relativement primitif sur les plans évolutif et ontogénétique, en place dès la naissance, jouerait un rôle crucial dans le développement de l’empathie et de l’évaluation éthique, en nous permettant de partager la détresse des autres et de déclencher une inhibition des comportements agressifs.

La théorie des « systèmes de neurones miroirs » de giacomo Rizzolatti (2007), met en valeur une catégorie de neurones du cerveau qui présentent une activité, aussi bien lorsqu’un individu (humain ou animal) exécute une action, que lorsqu’il observe un autre individu, en particulier de son espèce, exécuter une action, d’où le terme « miroir ». Ils ont d’abord été observés dans le cortex pré-moteur ventral du singe (aire F5), mais aussi, par la suite, dans la partie rostrale du lobule pariétal inférieur. Ce type de neurones a également été trouvé chez certains oiseaux, où ils sont activés à la fois lors du chant et lorsque l’animal écoute un congénère chantant.

La synchronie est une forme très ancienne d’adaptation aux autres. Elle se construit sur  l’aptitude  à  cartographier  son  corps  à  partir  de  celui  de  l’autre  et  à  s’en approprier les mouvements, ce qui fait que le rire ou le bâillement d’une autre personne, induisent les nôtres. Durant la grossesse, le fœtus partage le même milieu que la mère. Une synchronie pré-natale s’organise entre la mère et son fœtus, synchronie physiologique, hormonale et sensorielle. A la naissance, les signes de synchronie et les échanges s’intensifient avec les proches et en particulier avec la mère : échange de regards, des voix (vocalises et babillages du bébé, mamanèse de la mère, imitation dans les expressions face à face, réactions aux mouvements de l’autre, au toucher). La communication va mettre en jeu tous les sens. Lorsqu’il y a interaction entre plusieurs personnes, on peut observer soit qu’elles bougent ensemble (entièrement ou en partie), soit qu’elles n’ont pas le même rythme et interrompent   celui   des   autres   participants.   Généralement,   les   individus   en interaction remuent ensemble dans une sorte de danse, mais ne se rendent pas compte de la synchronie de leurs mouvements et les exécutent sans musique et sans orchestration consciente. Être en synchronie est une forme de communication. Les messages du corps (non conscients et conscients), sont souvent plus révélateurs des sentiments réels (mais parfois non conscients), que ses paroles. William Condon (in

Cosnier, Brossard, 1984, pp. 31, 70) a analysé image par image, des films de personnes conversant ensemble. Il a mis en évidence que les gestes humains sont commandés par des synchroniseurs corporels. Le synchronisme est un phénomène inné,  visible  dès  le  second  jour  de  la  naissance.  Condon  pense  qu’il  n’est  pas pertinent de représenter les êtres humains « comme des entités isolées, émettant des messages timides les uns en direction des autres ». Il  serait plus fécond de considérer la relation qui se crée entre les humains, comme le résultat d’une participation au sein de formes d’organisation partagée. Cela signifie que les êtres humains sont unis les uns aux autres par une succession de rythmes spécifiques à une culture. Ray Birdwhistell (1970, in Winkin, 1981, pp. 292, 301) a défini la kinésique, comme la façon de se mouvoir et d’utiliser son corps. Il s’agit d’une des formes les plus solidement établie, avant même l’apparition des mammifères. Les lézards, les oiseaux, puis les mammifères communiquent entre eux de cette façon et, dans une certaine mesure, communiquent ainsi avec les autres espèces. L’existence ou le manque de synchronie est un indice de fonctionnement ou de dysfonctionnement, et peut être la source non consciente d’une grande tension, en cas de synchronie faible, inexistante ou inadaptée. Chez les humains, notamment dans les rencontres interculturelles, l’interprétation correcte du comportement non verbal et verbal de l’autre conditionne les échanges à tous les niveaux (Hall, 1979, pp.73, 86).

L’empreinte et l’attachement naissent de la synchronie. L’empreinte ou l’imprégnation est un phénomène au cours duquel un jeune animal apprend très rapidement à reconnaître les caractéristiques d’un individu ou d’une espèce, caractéristiques qui vont durablement marquer son comportement. Cette capacité d’acquisition rapide des caractéristiques d’une forme spécifique, orientera les conduites ultérieures (relation affective, choix du partenaire sexuel…). Par exemple, des cris rythmiques et des objets les plus divers en mouvement déclenchent chez l’oison de l’oie cendrée, juste après l’éclosion, la réaction de « suivre ». Il suit aussi bien un humain, une oie ou une quelconque boîte tirée devant lui. S’il suit un tel objet, même un temps très court, il restera avec lui. Un des processus neurobiologiques crucial de l’empreinte se situe au niveau de l’hyperstriatum, une structure du cerveau qui n’existe pas chez les mammifères, le phénomène d’empreinte, tel qu’il existe chez les oiseaux, ne peut être extrapolé ni aux mammifères, ni à l’être humain.

L’attachement  est une relation affective chez les mammifères, notamment parmi eux les primates et particulièrement les humains, entre un individu et une figure d’attachement (en général la mère, le père ou une personne qui prend soin de lui). Des  recherches  tendent  à  relier  le  mécanisme  d’attachement  à  l’effet  d’une hormone :  l’ocytocine.  L’attachement  humain  peut  être  réciproque  entre  deux adultes, ou s’établir entre un enfant et la personne, qui en prend soin ; dans ce dernier cas, le lien est basé sur les besoins de l’enfant en termes de sécurité, de protection et de soins, en particulier dans la petite enfance et l’enfance. John Bowlby (2002, 2007) a dégagé cinq compétences, qu’il considère comme innées et qui permettent au bambin de s’attacher à sa mère :

–    la capacité de succion (téter),

–    la capacité de s’accrocher,

–    la capacité de pleurer,

–    la capacité de sourire,

–    la capacité de suivre du regard.

« L’attachement »  fait  partie  des  besoins  primaires  du  bambin,  qui  doit  pour  se développer et explorer le monde, pouvoir trouver sécurité et réconfort, par un lien privilégié avec l’adulte et il adopte des stratégies adaptatives différentes, selon la manière, dont on prend soin de lui. Les enfants s’attachent instinctivement aux pourvoyeurs de soins et de care : « caregivers », favorisant ainsi leur survie. Les comportements de pré-attachement surviennent dans les six premiers mois de vie. Durant la première phase (les huit premières semaines), les jeunes enfants sourient, babillent et pleurent pour attirer l’attention des caregivers. Bien qu’ils apprennent à cet âge à distinguer les différentes personnes, qui prennent soin d’eux, leurs comportements sont dirigés envers toute personne de l’entourage. Pendant la seconde phase (de deux à six mois) le jeune enfant distingue de mieux en mieux les adultes familiers des non-familiers, devenant plus particulièrement attentifs à ceux qui prennent soin d’eux. L’orientation visuelle et l’agrippement aux personnes sont ainsi ajoutés au rang des comportements.

Des attachements plus actifs se développent lors de la troisième phase, de six mois à deux ans environ ; le comportement de l’enfant envers les personnes qui prennent soin de lui commence à s’organiser en fonction d’objectifs basés sur les conditions qui le font se sentir « sécure ». Il n’y a pas de lien entre la réactivité de la mère et la fréquence des pleurs pendant les six premiers mois. Mais le reste de l’année, les bébés, dont les pleurs ont suscité une réaction rapide de la mère ont non seulement développé une très large gamme de nouveaux moyens de communication (mimiques, vocalisation, mouvements…), mais la fréquence et la durée des pleurs se sont considérablement réduites. Cela revient à dire que laisser pleurer un bébé pour réduire ses pleurs est contre-productif. Vers la fin de la première année, l’enfant est capable d’exprimer une gamme de comportements d’attachement destinés à maintenir la proximité. Ceci se manifeste par des protestations lors du départ de la figure d’attachement, par des signes de joie lors de son retour, des comportements de cramponnement lorsqu’il à froid, et de suivi, dès qu’il en est capable. Avec le développement de la locomotion, l’enfant commence à utiliser la personne ou les personnes  comme  base  de  sécurité  à  partir  de  laquelle,  il  peut  explorer  son environnement. L’exploration par l’enfant est facilitée par la présence de l’adulte protecteur, car son système d’attachement ne lui procure alors aucun stress et il est donc libre d’explorer. Un attachement « sécure » engendre une meilleure régulation émotionnelle, et minimise par la suite les troubles de comportement chez l’enfant et l’adolescent. Si la personne référente est inaccessible ou ne répond pas, le comportement d’attachement est plus fortement exprimé. Anxiété, peur, maladie et fatigue causeront également un renforcement des comportements d’attachement. Après la seconde année, alors que l’enfant commence à percevoir le « caregiver » comme une personne indépendante, un partenariat plus complexe et basé vers des objectifs différents, se met en place. L’enfant commence à prendre en compte les objectifs et les sentiments des autres, et à agir  en fonction de cela. Par exemple, tandis que les bébés pleurent, parce qu’ils ont mal, les enfants de deux ans pleurent pour faire venir l’adulte référent, et si cela ne fonctionne pas, pleurent plus fort, crient ou le suivent. Le résultat biologique de l’attachement est un accroissement des chances de survie de l’enfant, et le résultat psychologique celui du sentiment de sécurité. Les émotions et les comportements d’attachement humains courants s’inscrivent dans une perspective évolutive. L’évolution vers l’espèce humaine actuelle a inclue la sélection de comportements sociaux qui favorisent la survivance des individus et des groupes. Le comportement habituel d’attachement des jeunes enfants qui restent près des personnes, qui leurs sont familières, a pu conférer des avantages en terme de sécurité, au cours de l’évolution antérieure, et encore de nos jours.  Être  capable  de  percevoir la  non-familiarité,  l’isolement ou  une approche rapide comme des situations  potentiellement dangereuses est ainsi  un avantage évolutif. Selon john Bowlby, la recherche de proximité de la figure d’attachement en face d’une menace est l’intérêt du système comportemental d’attachement. Les expériences précoces avec les caregivers, permettent l’émergence progressive d’un système de pensées, de souvenirs, de croyances, d’attentes, d’émotions, et de comportements à propos du moi et des autres. Ce système, appelé le « modèle opérant interne des relations sociales », continue à se développer avec le temps et l’expérience. Les modèles opérants internes régulent, interprètent et prédisent le comportement lié à l’attachement chez le moi et chez les figures d’attachement. Au fur et à mesure qu’ils se développent parallèlement aux changements environnementaux et développementaux, ils incorporent la capacité à réfléchir et communiquer au sujet des relations d’attachement passées et futures. Ces modèles opérants internes continuent à se développer à l’âge adulte, aidant à faire face aux relations amicales, maritales, parentales, toutes développant différents comportements et sentiments. Le développement de l’attachement est un processus transactionnel : les comportements spécifiques d’attachement prennent leur source dans des comportements de la petite enfance prédictibles et apparemment innés ; ils se modifient avec l’âge d’une façon qui est déterminée en partie par l’expérience et en partie par l’environnement au sein duquel ils prennent place. L’évolution des comportements d’attachement avec l’âge est façonnée par les différentes relations qu’expérimente l’individu. Le comportement d’un enfant lorsqu’il se retrouve avec la figure d’attachement n’est pas seulement déterminé par comment cette personne a traité l’enfant dans le passé, mais aussi par l’histoire des influences que l’enfant a eu sur elle. L’âge, la croissance des facultés cognitives et une expérience sociale continue, font progresser le développement et la complexité du modèle interne opérant. Les comportements liés à l’attachement perdent certaines caractéristiques typiques des jeunes enfants et adoptent d’autres caractères liés à l’âge. La période préscolaire permet la mise en place de la négociation et du marchandage. La théorie de l’attachement fut enrichie par la méthodologie innovante et les études observationnelles de mary Ainsworth (1978, 1967). Elle a distingué quatre types d’attachements, ou schèmes, qu’un enfant peut adopter envers une figure d’attachement :   « sécure,  anxieux-évitant,   anxieux-ambivalent   ou   résistant,   et désorganisé/désorienté ». Le type d’attachement développé par les jeunes enfants dépend de la qualité des soins qu’ils ont reçus. Environ 65% des enfants dans la population générale peuvent être classés comme ayant un schème d’attachement sécure, les 35% restant étant divisés entre les différents types d’« insécures ». Des événements sociaux stressants ou des accidents de vie négatifs — tels que maladie, décès, mauvais traitements, divorce — sont associés à une instabilité des schèmes d’attachement de la petite enfance jusqu’au début de l’âge adulte. La théorie de l’attachement fut étendue aux relations sentimentales adultes par Cindy Hazan et Philip Shaver (1994). Quatre styles d’attachement sont couramment décrits chez l’adulte :  « sécure,  préoccupé, détaché-évitant,  craintif ».  Les  adultes  « sécures » tendent à adopter une vision positive d’eux-mêmes, de leurs partenaires et des relations qu’ils nouent. Ils se sentent à l’aise dans l’intimité comme dans l’indépendance, équilibrant les deux. Les adultes « préoccupés » recherchent un haut niveau d’intimité, d’approbation de la part de leurs partenaires, se montrant excessivement dépendants. Ils ont tendance à être moins confiants, à adopter une vision moins positive d’eux-mêmes et de leurs partenaires, et sont susceptibles au sein de leurs relations d’exprimer à un haut degré leurs sentiments, leurs soucis et leur   impulsivité.   Les   adultes   « détachés-évitant »   recherchent   un  haut   degré d’indépendance, et semblent souvent dans le même temps éviter l’attachement. Ils se perçoivent eux-mêmes comme auto-suffisants, non sensibles aux sentiments d’attachement et n’ayant pas besoin de relations proches. Ils tendent à faire taire leurs sentiments, traitant le risque de rejet en gardant eux-mêmes à distance leurs partenaires, dont ils ont souvent une assez pauvre opinion. Les adultes « craintifs- évitants »  éprouvent  des  sentiments  partagés  au  sujet  des  relations  proches, désirant et à la fois se sentant mal à l’aise avec la proximité émotionnelle. Ils ont tendance à se méfier de leurs partenaires et se voient eux-mêmes comme indignes. De  la  même  façon  que  les  adultes  « détachés-évitant »,  les  adultes  « craintifs- évitants » tendent à fuir l’intimité et à faire taire leurs sentiments. A travers les études menées, il apparaît qu’un adulte n’entretient pas un seul type de modèles opérants internes. Il posséderait plutôt à un premier niveau un ensemble de règles et  d’hypothèses  au  sujet  des  relations  d’attachement  en  général,  et  à  un  autre niveau des informations concernant les relations ou les évènements relationnels spécifiques. Les informations des différents niveaux n’ont pas besoin d’être cohérentes entre elles ;  les  individus peuvent donc entretenir différents modèles opérants internes pour différentes relations (Guédeney, 2006).

L’imitation est un facteur important de la communication. C’est une compétence cognitive innée servant de moyen de transmission d’information, parmi certaines espèces animales. Des singes capucins accordent souvent leur amitié à ceux qui les ont imités. Ils préfèrent nettement les personnes qui imitent immédiatement leurs actions à ceux qui se comportent de manière similaire, mais pas en même temps. C’est bien le fait d’imiter, qui permet de gagner l’amitié des capucins et pas simplement de leur montrer plus de familiarité ou d’attention. Comme l’imitation est associée depuis longtemps à un comportement coopératif entre les humains, et qu’elle donne l’occasion de se lier aux autres et de communiquer sa similitude ou son affinité, la  découverte d’un lien entre imitation et comportement amical  chez un primate non-humain, suggère que l’imitation pourrait être un moyen sous-jacent d’induire un comportement social chez tous les primates. Lorsqu’il s’agit d’apprendre des autres, les chimpanzés observent tous les gestes de leur modèle et reproduisent souvent l’action observée avant même d’avoir obtenu eux-mêmes une récompense. Autrement dit, ils ont appris uniquement par observation. L’imitation entre eux des humains, peut être envisagée comme une compétence cognitive, un moyen de transmission culturelle, un principe de l’apprentissage social, un mécanisme d’adaptation, mais aussi parfois comme une stratégie parodique. Les processus d’imitation impliquent des compétences cognitives spécifiques et s’inscrivent dans des  contextes  sociaux  et  culturels.  L’imitation  se  propage  par  ondulation  sur  la société humaine, à condition de ne pas rencontrer d’obstacles, telle une pierre qui produit des ondulations une fois jetée dans l’eau. Celles-ci s’étendent avec plus de facilité à mesure que se développent les techniques de communication et de transport.

L’empathie vient naturellement aux humains, mais aussi à d’autres mammifères : les éléphants, chimpanzés, bonobos, singes capucins, dauphins, baleines. C’est ce que frans de Waal (2010) évoque dans un livre intitulé « L’âge de l’empathie. Leçons de la nature pour une société solidaire », qui montre que « la lutte pour la vie », peut aussi se traduire par des comportements de solidarité. L’empathie est une réaction automatique, sur laquelle nous n’avons que peu d’emprise. Nous sommes préprogrammés pour tendre une main secourable. Nous pouvons réprimer cette pulsion,   la   bloquer   mentalement   ou   ne   pas   réagir.   Mais,   hormis   un   faible pourcentage d’humains – qualifiés de psychopathes – personne n’est émotionnellement immunisé contre la situation d’autrui (Waal, ibid, p.70).

Les personnes à forte empathie sont intéressées par les nouvelles d’une victime, juste pour savoir comment la situation a évolué, mais sans considérer que le fait qu’elle aille mieux les récompenserait par leur ressenti d’une joie empathique (Fiske, 2008,  p.421,).  Si  l’empathie  est  une  réponse  affective,  imitant  l’état  émotionnel d’autrui,  on  peut  la  distinguer  d’une  part,  de  la  détresse  personnelle,  qui  se manifeste par des ressentis d’aversion, lors de la perception d’une souffrance et empêche de tenter de ressentir ce que l’autre éprouve, et d’autre part de la sympathie, qui entraîne une compassion ou une tendresse par rapport à la souffrance d’autrui. Alors que la détresse mène à des motivations égoïstes de s’aider soi-même, la sympathie mène à des motivations altruistes. Ainsi, plus les individus disent éprouver de la détresse personnelle, en étant alarmé, affligé, gêné, embarrassé, perturbé, stressé…, moins ils aideront autrui s’ils peuvent eux-mêmes échapper à la situation. Au contraire, plus ils évoquent un élan de compassion, un désir de communiquer de la chaleur humaine, de serrer la personne contre soi, de la protéger, de la soulager, de la soigner…, plus ils participeront à l’aide, qu’ils puissent eux- mêmes échapper ou non à la situation (Fiske, ibid, p. 418).

Les logiques de l’altruisme  réciproque  se distinguent de l’échange mutuellement consenti, par le fait qu’il ne peut être amorcé que par un don à perte, sans contrôle de la situation. Des mécanismes de régulations sont identifiés, le plus évident étant qu’un geste altruiste, qui coûte trop en l’absence de bénéfice, finit par disparaître. Un exemple est celui du partage de nourriture dans les groupes. Le partage consenti par ceux qui ont un excédent, permet à l’ensemble du groupe de mieux équilibrer les disettes ou de s’organiser pour un approvisionnement plus rentable. Dans l’altruisme réciproque, si un individu aide un autre individu, qui l’aide à son tour, alors la survie des deux individus est plus probable.