LA PRATIQUE DE L’INTELLIGENCE COLLECTIVE

http://journal.coherences.com/article249.html

La pratique de l’intelligence collective suppose que l’on considère le “collectif”, en l’occurrence la communauté humaine, aux prises avec des enjeux de réalisation et d’évolution. Pour une équipe de travail, un groupe de projet, une association, une institution, une entreprise, une organisation voyons déjà que l’intelligence collective se justifie par leur enjeu, leur vocation, mais n’est possible que si est cultivée cette propriété humaine partagée, à partir d’un Sens du bien commun, propre à leur conSensus.

Si on considère qu’un déferlement de haine collective, fait de conSensus sur tel autre Sens, capable de déterminer ou d’imposer sa loi, comme étant un exercice d’intelligence collective alors c’est confondre configuration de comportement avec intelligence, structure du cristal avec intelligence des molécules, structures naturelles avec intelligence de la nature.

C’est bien la croyance que tentent de cautionner un grand nombre de travaux sur une intelligence collective prétendue. Si toutes les communautés humaines sont porteuses potentiellement d’intelligence collective, elles ne sont pas toutes engagées dans cette voie. Un taylorisme caricatural avec un collectif d’ouvriers à la chaîne pourrait être considéré comme méthode d’intelligence collective puisqu’il débouche sur des productions effectives par le biais d’une structuration des comportements (le fordisme). C’est bien d’ailleurs ce que nous promettent implicitement ces travaux.

Défaisons nous de notre humanité, de notre libre arbitre et laissons les systèmes naturels et configurations résiliaires produire pour nous des lendemains enchanteurs régis par le biais de la nature des choses, “mathématiques” il se doit.

Un autre argument, récusé d’avance par ces courants antihumanistes, est le suivant : si l’intelligence collective ne sert pas le bien commun de la collectivité ou que celui-ci n’était que l’arbitraire d’un équilibre conjoncturel alors rien ne justifierait qu’on s’y intéresse, qu’on le cultive, qu’on envisage de le développer.

L’anthropologie de l’Humanisme Méthodologique permet de faire l’économie de cet argument dans la mesure où elle montre que l’intelligence collective comme intelligence symbolique en développement n’est possible que par un consensus sur le Sens du bien commun propre à la communauté.

Il faut néanmoins apercevoir qu’ont pu être taxés d’intelligents à tort des comportements qui desservent le bien commun par le fait qu’ils semblent produire des résultats dont on se garde d’évaluer la valeur pour la communauté.

“Faire de l’argent” peut quelque fois être considéré comme fruit d’intelligence, indépendamment des moyens employés et des fins visées. C’est ce que nous récusons ici. Nous récusons le fait que toute structure comportementale supposée opérante soit taxée d’intelligente indépendamment des fins et moyens, c’est-à-dire du Sens du bien commun et des processus de l’intelligence symbolique.

Revenons en aux prémisses de la pratique de l’intelligence collective. D’abord considérer la communauté, le consensus et, parmi tous ses Sens possibles, le Sens du bien commun. A celles déjà citées il nous faut ajouter communes, pays, régions, nations, continents (Europe, grandes régions, Méditerranée…), peuples sans territoires, vastes communautés religieuses ou foisonnantes communautés virtuelles. A chaque fois la communauté est à considérer comme communauté humaine, communauté de Sens, justifiée par la recherche et la poursuite du Sens du bien commun.

Dès lors on voit que l’exercice de l’intelligence collective pour chacune est tout à fait liée au Sens du bien commun propre, c’est-à-dire,

– à une culture particulière de cette intelligence collective avec ses processus et modalités spécifiques,

– à des enjeux propres de développement dans le Sens du bien commun comportant aussi le développement de l’intelligence collective en même temps que son exercice.

En outre, si on peut dire que l’exercice de l’intelligence collective d’une communauté humaine sert son développement et celui de cette intelligence même, on doit aussi considérer que cet exercice sert les autres communautés auxquelles chacune concoure. Ainsi on peut parler de vocation d’une communauté humaine tant vis-à-vis d’elle même que d’autres, avoisinantes ou plus lointaines. Cette vocation est actualisation du Sens du bien commun, exercice et justification de son intelligence collective.

L’idée de “génie propre” d’une culture, d’une communauté humaine a été vilipendée par des prétentions universalistes qui n’étaient que généralisation normative d’une spécificité culturelle, peu encline à considérer l’altérité dans les communautés humaines. Pour éviter de faire de l’intelligence collective un système standard de procédures et de configurations dénué de Sens humain, cette idée de génie propre est à réhabiliter sans tomber dans un “ethnos” proche du “pathos” nationaliste par exemple.

Sens du bien commun, génie propre, vocation, culture, développement, service tel est le champ dans lequel s’inscrit la problématique et la pratique de l’intelligence collective.

Dès lors il est possible de considérer les situations où elle s’exercera. Les enjeux spécifiques de chaque groupe ou communauté vis-à-vis de son développement, ses projets, sa vocation et ses missions.

De ce fait les formes de l’intelligence collective sont aussi variées que les cultures propres de ces communautés humaines. Elles ont toute en commun d’être celles de communautés de nature humaine et en cela ressortissent de l’exercice de l’intelligence symbolique.

I – L’EXERCICE DE L’INTELLIGENCE COLLECTIVE COMME PROCESSUS DE RÉALISATION, EXERCICE D’UNE MAÎTRISE COLLECTIVE

Nous allons envisager les conditions d’exercice de l’intelligence collective dans un groupe ou une communauté humaine. Dans une seconde partie nous envisagerons les conditions de son développement.

1) Les problèmes

Au commencement, c’est toujours une situation, des circonstances qui posent un problème, provoquent l’engagement d’un projet, d’une réalisation. C’est un peu comme si le contexte appelait à réagir, à agir, à réaliser ce qui justifie qu’une “intelligence collective” soit mobilisée.

De là ce raccourci terrible : passer du contexte à l’action sans passer par l’humanité grâce à quelque artifice ou procédure doués du pouvoir opératoire ; diagnostic – action.

Le premier stade de l’exercice de l’intelligence collective, c’est de reconnaître le contexte comme celui de la communauté, le problème comme celui de la communauté, la recherche de solution ou de réalisation comme justifiée par le service du bien commun, l’intelligence collective comme moyen approprié pour le Sens du bien commun.

Les négateurs de l’humain voudrait qu’il y ait des contextes, des problèmes, des analyses, des actions, une intelligence indépendants de l’existence humaine et de sa condition communautaire érigeant leur analyse humainement contingente, en vérité extra humaine.

Le contexte, la situation, sont relatifs au monde communautaire, le problème n’est problème que par rapport au Sens du bien commun. Le tout dans la culture propre à la communauté. Vouloir transposer un standard de problèmes, de solutions (et d’intelligence collective) est négateur de l’humanité communautaire, du génie propre à chaque communauté humaine en fait de toute intelligence collective, réduite à un système de comportements. C’est l’un des caractères du jacobinisme à la française par exemple.

2) L’évaluation communautaire

C’est par rapport au devenir de la communauté dans le Sens du bien commun que s’évalue une situation. Dès lors cela suppose que la communauté connaisse ses valeurs, soit engagée dans ce Sens et pour cela que sa cohésion soit assurée, que des rôles soient tenus, qu’un dynamisme soit activé. Le discernement des Sens, l’activation des consensus pertinents (cohésion, dynamisme), la capacité d’évaluation à l’aune des valeurs communautaires sont ici les conditions de l’intelligence collective. Cela ne veut pas dire que tout un chacun dans la communauté en est capable mais que celle-ci s’est doté de cette capacité et la développe. Ressources propres, rôles et compétences humains, ressources extérieures sollicitées, contribuent à faire exister une certaine capacité d’intelligence collective sans laquelle la communauté ne peut être considérée comme majeure (aubaine pour le jacobinisme).

Il y a là à placer un concept malheureusement largement galvaudé avant d’être fondé c’est celui de gouvernance. L’intelligence collective d’une communauté dépend de sa capacité de gouvernance, c’est-à-dire d’une mobilisation culturellement structurée de son “génie propre” au travers de rôles, de compétences, de dispositions collectives, de processus et de méthodes spécifiques.

L’évaluation des situations dépend aussi de cette gouvernance dont c’est l’acte premier. Comment la communauté au travers de sa gouvernance évalue-t-elle les situations (et plus tard les réalisations) ?

Au minimum il faut que quelqu’un l’assume pour la communauté ayant élucidé le Sens du bien commun. Au-delà ce sont des compétences et des rôles engageant le collectif qui sont sollicités jusqu’aux plus larges participations des populations, ou membres concernés selon leurs niveaux de maturation et de contribution à l’intelligence collective. Bien des déviances et des croyances seraient ici à stigmatiser visant à confier au collectif des “pouvoirs d’intelligence” indépendamment des personnes et des rôles dans la communauté. Le déni d’autorité, autorité de compétence ou de repère symbolique, en est un symptômefréquent.

3) La détermination collective

Là l’autorité directrice est indispensable. Son rôle n’est pas mécanique ou coercitive mais symbolique. Rôle du politique dans les communautés territoriales, rôle politique des dirigeants dans les organisations humaines.

Il s’agit de “’donner le Sens” à la communauté.

Il y a pour cela à l’amont la question de la détermination d’une autorité politique et sa traduction dans des termes appropriés et, à l’aval, l’expression et la transmission de cette détermination à toute la collectivité.

A l’amont il faut savoir qu’on ne peut donner à la communauté que le Sens qu’elle possède déjà, on peut simplement signifier, renforcer le Sens du bien commun plutôt que d’autres (il serait temps de réviser les théories du politique non fondées dans le Sens du bien commun et mettre en question les visions de l’homme qui les sous tendent).

C’est par sa personne, ses dires et ses actes que l’autorité politique signifie le Sens du bien commun. Pour cela il faut qu’elle l’ait discerné en la circonstance (la situation problème) et qu’elle se détermine personnellement dans ce Sens. Il lui faudra aussi le traduire en orientation, perspective, ambitions autant d’expression d’une volonté personnelle déterminée, proposée comme volonté collective. Pour se déterminer le dirigeant aura souvent besoin de la confortation d’un petit groupe qui participe à cette détermination et à ses traductions. Ce petit groupe jouera un rôle de relais à l’aval.

A l’aval il s’agit de transmettre une détermination à la collectivité. Pour cela le dirigeant peut avoir besoin de relais qui portent la détermination première et le cas échéant la retraduise pour différents publics.

S’il est vrai que les niveaux de maturité peuvent réclamer des traductions circonstanciées, dans tous les cas c’est le Sens du bien commun qui doit être signifié. Il y a donc à l’aval de cette détermination du Sens et ses traductions générales (ou génériques), à assurer l’appropriation de cette détermination au travers de langages et de vecteurs appropriés.

Lorsque nos sociétés, nos entreprises réclament plus de visibilité, sur le Sens et le projet communautaire nos politiques formés aux techniques de gestion des choses se “répondent” pas, n’ont pas de répondant ne croyant plus en leur rôle symbolique pour se confier aux procédures, techniques, systèmes et arrangements qu’on leur a dit être la vrai cause de l’action et son efficacité.

L’intelligence collective est éreintée par la supposée intelligence des machines et des systèmes dont on a oublié qu’ils ne sont que l’incarnation de l’intelligence humaine et rien d‘autre.

4) Conceptions, représentations, créativité, formalisation

Lorsque la communauté est engagée dans le Sens du bien commun encore faut-il qu’elle donne un visage à son projet, à ses horizons, à ses cheminements. Il faut aussi qu’elle se reconnaisse dans ce visage, qu’elle y reconnaisse son histoire et son devenir ainsi que la diversité du monde qui est le sien.

La civilisation des représentations a largement pourvu les sociétés avancées en la matière. D’ailleurs le terme de civilisation est souvent assimilé à une sorte d’intelligence collective qui se traduit dans la production d’oeuvres de connaissance (science), de conceptions, de modélisations juridiques, de visions du monde.

Cependant il est temps de découpler production de représentations collectives et intelligence collective. En effet, c’est lorsqu’elles sont conçues et utilisées comme médiatrices du Sens du bien commun que les représentations deviennent révélatrices ou réalisatrices sinon elles sont divagations et instruments d’antihumanismes. Des représentations (mentales) qui ne sont pas au service du Sens du bien commun le desservent.

L’intelligence collective est ici projection significative, elle préfigure et signifie. C’est comme cela qu’elle identifie, d’une identité non pas stratégie mais historicisée de toute chose.

Le langage, les langages sont instruments de la communauté pour ses représentations et c’est comme telles que les représentations seront traitées avec l’intelligence propre de la communauté. En cela chaque langue témoigne d’une intelligence collective propre ou plutôt de sa possibilité, elle en est aussi une sorte de mémoire.

L’intelligence collective des représentations réclame la participation de chacun et une distribution des rôles traduits en fonctions spécifiques dans la production et l’interprétation, dans la créativité et l’anticipation, dans la projection, la structuration et la formalisation de ce qui traduit, en la circonstance, le Sens du bien commun.

Nous sommes loin des réflexions à l’infini des modèles standards, ou même dans la croyance que les représentations esthétiques ou formelles sont dotées d’intelligence ou de puissance par elles-mêmes.

Le génie propre d’un groupe ou d’une communauté humaine se traduit par les représentations signifiantes et engageantes qu’elle produit et non par l’entretien fonctionnel de règles et procédures.

5) Rationalisations, structurations, organisation

Ce qui est Sens et consensus sur le fond se traduit en une réalité ordonnée dans l’existence communautaire. L’intelligence collective ne s’exprime pas là dans le fait que les choses soient rationnelles ou rationalisées (c’est à la portée de terroristes, fonctionnaires de l’holocauste ou de n’importe qui ou encore de bandes de malfaiteurs quelconques). Elle s’exprime là dans l’ordonnancement de la vie collective, des réalisations, selon des structures qui sont la traduction du Sens du bien commun dans les circonstances particulières. Institutions, structures, mais aussi programmes, méthodes en sont l’expression. La “raison collective” n’est intelligence que si elle sert le Sens du bien commun. Dès lors elle articule des “concourances” entre toutes les parties prenantes.

La notion de concourance est importante pour l’intelligence collective. Elle définit le lien entre les personnes, les groupes et tout ce qui participe à la poursuite du Sens du bien commun et trouve ainsi un ordre d’engagement de l’action. Au lieu de reproduire des structures et des procédures il s’agit pour l’intelligence collective d’établir des processus de concourance, principe de toute participation et de toute organisation.

Les concepteurs de systèmes opératoires trouveront là un principe structurant essentiel (basé sur la trialectique, sujet-objet-projet et le principe quasi fractal de l’actualisation du consensus).

6) Savoir faire et pratique

C’est une figure classique de l’intelligence collective, usages et savoir faire coutumiers, habiletés et talents, réalisations, confort, sécurité, richesse matérielle sont souvent pris pour critère.

L’intelligence collective ne peut être assimilée à une technicité, à un standard opératoire, à l’encontre des universalismes anti humanistes qui règnent.

L’intelligence collective concentre le consensus sur le Sens du bien commun dans la communauté. Elle se donne ainsi des opérations à mener qui ont pu être pensées et programmées antérieurement. Tous les groupes humains engagés dans le Sens du bien commun trouvent les modalités de leur agir ensemble sauf quant elles en sont dépossédées dans la croyance notamment que leurs savoir faire sont invalides ou que d’autres ont valeur universelle.

Factuellement l’intelligence collective se traduit dans la réalisation, re-présentation maîtrisée des conditions de subsistances, d’habitation et de développement de la communauté.

II – LE DÉVELOPPEMENT DE L’INTELLIGENCE COLLECTIVE

La dialectique réalisation/révélation du Sens se re-produit dans la dialectique maîtrisée de réalisations maîtrisées / développement de la maîtrise.

Autrement dit si l’exercice de l’intelligence collective est l’exercice d’une certaine maîtrise communautaire pour des réalisations dans le Sens du bien commun, ces réalisations ne sont jamais des fins en soi mais servent au développement d’une intelligence et d’une maîtrise humaine où le contexte d’intelligence collective sert l’intelligence personnelle. On peut dire encore que le développement communautaire sert l’évolution et l’accomplissement communautaire, révélation de l’homme à lui même par la médiation des réalisations communautaires.

L’anthropologie de l’Humanisme Méthodologique montre comment la séquence de réalisation, déploiement d’un processus d’actualisation est l’inverse de la séquence d’évolution et ses degrés de maturation humaine ou niveau de maîtrise.

L’intelligence collective se développe ainsi selon des niveaux correspondant à des âges de maturation, des âges de civilisation si on parle de grandes communautés ou des niveaux de compétence ou de maîtrise pour des communautés plus petites.

Le niveau de maturité d’une communauté humaine, groupe, entreprise, institution, collectivité territoriale, etc., est un indicateur essentiel pour évaluer le niveau de maîtrise de ses réalisations et poser aussi la base de départ de tout enjeu d’évolution du niveau de maîtrise ou d’intelligence collective.

On peut donc à la fois considérer la singularité culturelle du génie propre de la communauté et aussi son niveau de maturité inhérent à l’humanité de l’homme.

En outre, il faut comprendre que l’intelligence collective d’une communauté est distribué de façon hétérogène et que des personnes ou des groupes en sont à des niveaux ou avec des spécificités très différentes.

Cela réclame d’établir des structures, des organisations, des distributions de rôles et de fonctions qui tiennent compte à la fois de la diversité et de la hiérarchie des niveaux de compétences concourants à l’intelligence collective.

On notera au passage que l’évaluation de la contribution d‘une personne ou d’un groupe à la communauté ne peut se faire que par celle d’une concourance à l’intelligence collective. Celle-ci n’est donc pas la somme des intelligences individuelles mais résulte de la concourance de leur engagement. L’évaluation de l’intelligence individuelle ne se fait que par et pour l’intelligence collective.

Par ailleurs et dans cette optique, l’intelligence individuelle et son évolution sont entièrement liées à l’intelligence collective et aussi à son évolution.

Il ne suffit pas de développer les intelligences individuelles pour développer l’intelligence collective. C’est l’erreur fondatrice de certains systèmes d’enseignement qui font abstraction des conditions communautaires, culturelles et humaines d’exercice de l’intelligence et de contribution à l’intelligence collective.

Ainsi si c’est pas la concourance des personnes que se développe, l’intelligence collective c’est par le développement de l’intelligence collective que se développe aussi l’intelligence des personnes dans la communauté.

On voit là que les communautés humaines ont à engager le développement de l’intelligence collective sans ignorer que ce sont toujours des personnes qui la portent ni que c’est le Sens du bien commun et l’intelligence communautaire qui est son enjeu. De là la proposition d‘un concept de macro pédagogie. Au lieu d’une pédagogie à visées individuelles, c’est une pédagogie de la communauté qui est en question. L’intelligence collective peut être développée au travers d’une macro pédagogie.

Quelles en sont les caractéristiques ?

Les enjeux et les processus sont communautaires, ils s’adressent à une communauté structurée avec des rôles et des niveaux différentiés. C’est l’évolution de la communauté qui est en jeu mais au travers des groupes et personnes qui la composent. Autrement dit un projet macropédagogique offre aux personnes des parcours différenciés selon leur niveau, leurs spécificités, leur rôle.

Le projet pédagogique implique toutes les réalisations communautaires et les rôles associés qui deviennent aussi des rôles pédagogiques (on retrouve là la fonction pédagogique de toute autorité, de toute profession, de toute responsabilité dans la communauté). Il y a cependant des dispositions spécifiques, des institutions et des rôles spécifiques pour concourir au projet pédagogique communautaire.

Il est clair que l’intelligence collective a à s’exercer pour réaliser un projet macro pédagogique de développement de l’intelligence collective…

On voit aussi que chaque communauté avec son génie propre aura à établir une façon propre de développer l’intelligence collective. Elle aura à le faire aussi en fonction des niveaux passant d’une intelligence factuelle à une intelligence des représentations puis une intelligence du Sens (symbolique) par exemple.

Pour cela il lui faudra établir des lignées de maîtrises, faire évoluer ses pratiques en conséquence. Que ce soit pour des petits groupes, des organisations ou des territoires, le développement de l’intelligence collective passe par un projet macro pédagogique d’évolution étroitement articulé avec les projets de réalisations communautaires dans le Sens du bien commun.

On aura reconnu au travers de ce rapide tour d’horizon des dispositions que les sociétés ou les organisations ont souvent prises dans le passé. C’est dire que l’intelligence collective n’est pas un fait nouveau. Cependant deux choses sont nouvelles ici.

Que ces dispositions soient concevables à partir seulement de la connaissance de l’homme et des communautés humaines qui permet de penser l’intelligence collective.

Que nous entrons dans un âge de maturité de l’humanité qualifié d’hominescence par Michel Serres et que nous reconnaissons à la fois comme seuil de maturescence et comme entrée dans un “âge du Sens” et du consensus c’est à dire de communautés humaines enfin reconnues comme telles (et non pas collections d’individus ou productions juridiques par exemple).

C’est ainsi que l’intelligence du Sens ou intelligence symbolique permet ce comprendre l’intelligence collective comme intelligence communautaire alors qu’antérieurement on ne pouvait qu’en avoir l’intuition.

La possibilité de théoriser l’intelligence collective débouche en même temps sur une toute autre maîtrise de son exercice et son développement. C’est ce qui est fait avec l’Humanisme Méthodologique et l’ingénierie humaine qui y en découle. Plus de 25 ans aujourd’hui de théorisation et de pratiques sont disponibles dans le domaine des entreprises comme celui de territoires par exemple. Seulement ils s’appuient sur des enjeux, des phénomènes, des processus dont beaucoup ne soupçonnent pas l’existence (discernement du Sens, créativité et réalisations, processus collectifs de maturation, de changement ou de réalisation…).

C’est bien là la difficulté d’aborder une nouvelle étape de civilisation humaine, accessible seulement si on consent à dépasser les modèles (notamment modèles mentaux qui ont fait le succès des étapes précédentes). L’intelligence symbolique et l’intelligence collective sont à l’oeuvre depuis qu’il y a une humanité en marche mais le temps vient seulement de leur reconnaissance plus générale comme en d’autres temps la raison individuelle.

A quoi sert l’humanisme Méthodologique sinon à contribuer à cet avènement et au développement d’une nouvelle intelligence collective ou plutôt d’un nouveau niveau de l’intelligence humaine engagée dans l’accomplissement de l’humanité par le Sens du bien commun pour chaque communauté.