L’ intelligence ambiante est ce que pourrait devenir l’informatique dans la première moitié du 21ème siècle en repoussant les limites technologiques qu’elle avait à la fin du XXème siècle. Ce concept semble pouvoir tenir lieu de traduction non littérale aux concepts nés en Amérique du Nord sous le vocable initial de « Informatique Ubiquitaire », « Systèmes Pervasifs » ou encore « Ordinateur évanescent ».

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L’évolution des ordinateurs : la course à la miniaturisation et à la diffusion dans le milieu ambiant

Dans cette approche, le concept même de système d’information ou d’ordinateurchange : d’une activité de traitement exclusivement centrée sur l’utilisateur, l’informatique devient interface entre « objets communicants » et personnes, et entre personnes.

Sommaire

Facteurs en jeu

L’évolution technologique permet de fabriquer des ordinateurs et composants informatiques minuscules, des capteurs et senseurs qui pourront être omniprésents (nano-informatique) et communiquer entre eux et avec différents réseaux. Elle ouvre à presque tous les objets de la vie courante, la capacité à déclencher un échange spontané d’informations, sans interaction avec leur utilisateur.

Les concepts informatiques évoluent vers des systèmes complexes en réseaux, fondamentalement différents des systèmes informatiques du xxe siècle et de la notion d’ordinateur (disque dur, mémoire propre, interface par clavier, écran et souris…) qui lui était couramment rattachée.

Ces nouveaux concepts pourraient induire de profonds changements dans le monde social, culturel et de l’entreprise et s’introduire dans la vie quotidienne. De nombreux prospectivistes pensent qu’une évolution inéluctable des modes de vie est entamée, ainsi qu’une évolution capitale des activités et métiers informatiques.

Vers une informatique diffuse

L’Internet a consacré l’avènement des réseaux planétaires conventionnels, mais une prochaine mutation semble pouvoir favoriser le développement de l’intelligence ambiante par une informatique diffuse, qui déjà se prépare sur différents terrains :

  • celui des réseaux d’objets (voir aussi Internet des objets) sans fils et à très grande échelle.
    Ces nouveaux réseaux s’affranchissent de la chaîne d’antennes fixes. ils constituent un réseau planétaire dont les nœuds actifs ou antennes seraient constitués par les terminaux eux-mêmes (c’est-à-dire les objets communicants). Ces systèmes de télécommunication seraient capables de s’autogérer (un principe analogue à celui du peer to peer, parfaitement adapté à la mise en œuvre d’un réseau très capillaire où les objets communicants seront devenus omniprésents).
  • l’Internet des réseaux sociaux
  • le calcul distribué
  • les objets communicants, voire apprenants

Les composants élémentaires de l’intelligence ambiante

L’intelligence ambiante met en œuvre quatre éléments de base :

  • L’ubiquité : la capacité pour l’utilisateur d’interagir (activement ou passivement), n’importe où, avec une multitude d’appareils interconnectés, de capteurs, d’activateurs, et plus globalement avec les systèmes électroniques « enfouis » (embedded software) autour de lui. Tout cela à travers des réseaux adaptés et une architecture informatique très distribuée.
  • L’attentivité : la faculté du système à « sentir » en permanence la présence et la localisation des objets, des appareils et des personnes pour prendre en compte le contexte d’usage.
    Toutes sortes de capteurs sont disponibles à cette fin : camérasmicrosradarscapteurs biométriques (dont de premiers nanocapteurs, ainsi que la technologie des puces et lecteurs à radio-fréquence (RFID) pour l’identification, etc.
  • L’interaction naturelle : l’accès aux services doit pouvoir se faire de la façon la plus naturelle / intuitive possible. A la différence de l’interface traditionnelle de l’univers informatique (dénommée WIMP, « Windows, Icons, Menus and Pointing device », (fenêtres, icônes, menus et dispositif de pointage), l’interface homme-machine est multimodale. Elle s’articule autour de la reconnaissance vocale, de la reconnaissance gestuelle et la manipulation d’objets réels.

Perspectives économiques

L’intelligence ambiante ouvre des perspectives de marchés nouveaux pour des entreprises ou États qui (via des clusters économiques ou pôles de compétences par exemple) cherchent à renforcer leur position dans certains domaines tels que les communications mobiles, l’électronique grand public, les logiciels enfouis (embedded software) ou la microélectronique.
Dans le même temps, l’informatique diffuse pourrait favoriser de nouvelles logiques collaboratives hors des logiques commerciales classiques, voire des phénomènes émergents imprévisibles.

L’Europe mise sur l’intelligence ambiante à l’horizon 2010

Plus de 7 milliards d’Euros sont consacrés aux programmes de recherche IST (Information Society Technologies) et financés pour moitié par l’Union européenne et dévolus aux technologies de l’information. C’est la composante du 6e PCRD (Programme-cadre de recherche et développement européen pour la période 2002-2006). Ces programmes regroupent des thèmes aussi variés que la nano-électronique, les micro-systèmes, les réseaux sans filsInternet large bande, des capteurs et systèmes de capteurs innovants ou encore des méthodes decalcul distribué.

Ces recherches ont en commun de participer au développement à long terme d’une vision ou d’un concept dit «Intelligence Ambiante».

Limites et questions éthiques et philosophiques

Ces capacités nouvelles posent de nombreuses questions :

  • Question éthiques et philosophiques, quant à l’intrusion des réseaux informatiques et d’objets communicants dans la vie privée(environnement pervasif), quant aux nouvelles relations aux objets, quant au risque de voir émerger une dépendance forte de l’humain à l’informatique. La question de la Gouvernance des systèmes d’information se pose également, avec de nouveaux risques, et de nouvelles possibilités offertes par exemple par les approches collaboratives. Le risque d’une perte de contrôle d’un réseau devenu « intelligent », qui est un thème de science fiction, pourrait également se matérialiser.
  • Questions techniques immédiates : saturation des réseaux téléphoniques et internet, saturation et gaspillage de la bande passante par des usages « gadgets » et le large développement de la haute-définition, détournement, risques pour la sécurité informatique, etc.
  • Questions prospective de soutenabilité du système : malgré la miniaturisation, l’informatique en réseau et distribuée consomme de plus en plus d’électricité, génère une quantité croissante et préoccupante de déchets électroniques (déchets pour partie toxiquespolluants etdangereux en amont et en aval des filières. La plupart des composants électroniques ne sont ni biodégradables, ni facilement recyclables. La question des impacts possibles sur l’homme ou les écosystèmes du smog électromagnétique n’a pas encore de réponse consensuelle.
    Une des solutions pourrait être l’évolution vers une bio-informatique diffuse utilisant plus de polymères et composés organiques (recyclables ou biodégradables), mais sa faisabilité à moindre coût n’est pas encore démontrée, ni sa durabilité (des composés biologiques et biodégradables risquent également d’être vulnérables outre aux vers et virus informatiques, aux vrais bactéries,champignonsinsectes, mutations, etc.)

Bibliographie

  • Nano-informatique et Intelligence Ambiante, Jean-Baptiste Waldner, Hermes Science, London, 2006, ISBN 2746215160
  • Technology Forecast: 2000 – From Atoms to Systems: A perspective on technology, PriceWaterhouseCoopers, PriceWaterhouseCoopers Technology Center, 2000 , ISBN 189186503X
  • PriceWaterhouseCoopers, Navigating the future of software: 2002-2004, PriceWaterhouse Coopers Technology Center, 2002
  • Le futur des télécommunications? Des réseaux de nœuds, Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique, Horizons, 2004
  • De l’inéluctabilité du Réseau Pervasif, Rafi Haladjian, Ozone, 2003
  • Des robots doués de vie, A. Guillot & J.A. Meyer, Le Pommier, 2004 ISBN 9782746501720
  • Et la matière devint vivante, André Brack, Le Pommier, 2004 ISBN 9782746501508
  • L’Europe mise sur l’intelligence ambiante, Nicolas Kuhn , Electronique International Hebdo, 2003