De nombreuses définitions d’un même phénomène

Bandura (1986) suggère que les individus possèdent « un sens de l’efficacité collective leur permettant de résoudre leurs problèmes et d’améliorer leur vie grâce à l’effort commun » (p. 449). À partir de cette première proposition de Bandura, l’observation de la littérature laisse entrevoir différentes définitions pour expliquer ce phénomène. Guzzo et ses collaborateurs (Guzzo, 1986 ; Shea & Guzzo, 1987) proposent un concept assez similaire qu’ils nomment puissance du groupe[[1] Ce concept (group potency) doit pourtant être différencié de l’efficacité collective car il se réfère à une évaluation plus générale de la capacité de performance du groupe.], qu’ils définissent comme « la croyance collective d’un groupe qu’il peut être efficace » (Shea & Guzzo, 1987, p. 335). Pour Shamir (1990) l’efficacité collective se définit comme « la perception de la probabilité que l’effort commun aboutira à la réussite collective » (p. 316). Weldon et Weingart (1993) précisent davantage l’étendue du concept, et le définissent comme « le jugement d’un individu de la manière avec laquelle le groupe peut exécuter l’action exigée pour exécuter la tâche » (p. 11). Enfin, pour Lindsley, Mathieu, Heffner et Brass (1994) il s’agit de la « croyance collective du groupe qu’il peut exécuter une tâche spécifique avec succès » (p. 2). Ainsi, ces définitions soulignent toutes que l’efficacité collective réfère à un jugement effectué par les membres du groupe concernant la capacité du collectif à être efficace. En ce sens l’efficacité collective est donc bien comprise comme une extension de l’efficacité personnelle.

Une définition communément acceptée

Cependant, selon Zaccaro et al. (1995), ces définitions oublient de reconnaître certains facteurs spécifiques d’un fonctionnement groupal. Selon ces auteurs, la translation conceptuelle de l’individu au groupe, effectuée pour l’efficacité collective, signifie qu’une définition de ce nouveau concept doit prendre en compte la notion de coordination collective tout comme l’intégration de contributions individuelles à l’effort collectif. Ainsi, une définition plus adéquate de l’efficacité collective doit effectivement référer à un jugement des membres du collectif concernant les capacités du groupe, mais également concernant la manière avec laquelle les membres du groupe parviennent à travailler ensemble en vue d’atteindre un résultat spécifique. Zaccaro et al. (1995) suggèrent alors de définir l’efficacité collective comme représentant « un sentiment de la compétence collective partagé entre des individus quand ils allouent, coordonnent et intègrent leurs ressources dans une réponse concertée et réussie à des demandes situationnelles spécifiques » (p. 309). Cette définition met en évidence quatre éléments clés.

- Une croyance partagée
L’efficacité collective est une croyance partagée par les membres du collectif. Ce caractère partagé, signifie qu’il existe un degré de concordance significatif entre les appréciations données par chacun des membres concernant l’efficacité du groupe. Selon Zaccaro et al (1995), l’efficacité collective ainsi définie peut être considérée comme un élément de la structure sociale du groupe. Elle représente une aide pour caractériser le groupe, tout autant qu’un filtre permettant aux membres d’interpréter leurs expériences collectives. Ainsi, chaque situation, à laquelle le groupe est confronté, pourra être appréhendée différemment selon le niveau d’efficacité collective perçue au sein du groupe. Une équipe possédant un fort sentiment d’efficacité collective, interprétera chaque succès comme étant la confirmation de son haut niveau de compétence et comme l’assurance de succès à venir, alors que les échecs seront expliqués par des causes non récurrentes et spécifiques d’un contexte particulier (voir Zaccaro et al., 1987).

- Une perception des capacités de coordination du groupe
L’efficacité collective réfère aux perceptions de compétence développées par les membres à l’égard des capacités de coordination du groupe. Il s’agit de l’une des différences majeures entre l’efficacité personnelle et l’efficacité collective. En effet, l’efficacité collective ne correspond pas seulement aux croyances selon lesquelles chacun des membres dispose des ressources nécessaires à la réalisation de la tâche du groupe, elle correspond également aux croyances concernant les capacités des membres à coordonner et combiner leurs ressources.

- Un jugement de la volonté des membres à utiliser leurs ressources pour le groupe
L’efficacité collective correspond aux jugements des coéquipiers selon lesquels leur groupe possède en son sein les ressources suffisantes pour réussir la tâche, mais également que les équipiers disposant de ces ressources sont prêts à les utiliser au profit du groupe.

- La spécificité situationnelle
Enfin, le quatrième et dernier élément de cette définition insiste sur la spécificité situationnelle de l’efficacité collective. Contrairement aux concepts de contrôle collectif (Zaccaro, Peterson, Blair, & Gilbert, 1990 – cités par Zaccaro et al., 1995) ou de puissance de groupe (Guzzo, 1986 ; Shea & Guzzo, 1987), qui réfèrent aux perceptions des membres du groupe selon lesquelles leur groupe peut faire face efficacement à n’importe quelle tâche à laquelle il est confronté, l’efficacité collective opère à un niveau beaucoup plus spécifique.

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Les déterminants de l’efficacité collective

L’efficacité collective est déterminée par des antécédents similaires à ceux censés influencer l’efficacité personnelle (Bandura, 1986, 1997 ; Georges & Feltz, 1995 ; Zaccaro et al., 1995). Toutefois, les spécificités liées au fonctionnement collectif ajoutent d’autres variables à celles associées à l’efficacité personnelle (Zaccaro et al., 1995). En fait, selon Zaccaro et al., (1995), les antécédents des perceptions d’efficacité collective peuvent être classés en deux catégories distinctes. La première réfère à la qualité des expériences (réelles ou vicariantes) antérieures partagées par les membres du groupe. La seconde correspond à la nature des processus sociaux et des influences fonctionnant dans le collectif

Sources de l'efficacité collective (Buton, 2005)Figure 6 : La nature des processus sociaux et la qualité des expériences antérieures : sources de l’efficacité collective. (Buton, 2005, p.88)

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Relations de l’efficacité collective et de la cohésion

La littérature laisse apparaître un certain nombre de travaux abordant les relations entre l’efficacité collective et la cohésion (Paskevich, 1995 ; Paskevich et al., 1999 ; Spink, 1990a, 1990b ; Zaccaro et al., 1995). Selon Spink (1990a) la perception de compétences de groupe élevée est associée à une augmentation de la désirabilité du groupe et donc de la cohésion. Toutefois, d’autres auteurs suggèrent que la cohésion peut être à la fois un antécédent et une conséquence de l’efficacité collective, c’est-à-dire, qu’il existe une relation réciproque entre l’efficacité collective et la cohésion (e.g., Paskevich et al., 1999 ; Zaccaro et al., 1995) ou bien que l’efficacité collective peut être un médiateur de la relation cohésion-performance (e.g., Paskevich, 1995 ; Zaccaro, Blair, Peterson, & Gilbert, 1992 – cités dans Zaccaro et al.,1995), c’est-à-dire, selon Paskevich, qu’une plus grande cohésion contribue à une plus grande efficacité collective qui contribue en retour à améliorer la performance de l’équipe.

P.-S.

Source :août 2008, par Jean Heutte
BUTON Fabrice. (2005) Influence des processus socio-cognitifs sur la performance en situation de groupe : une approche situationnelle et longitudinale en sports collectifs. – TH. DOCT. : STAPS : PARIS-SUD XI, 2005. http://www.u-psud.fr/StapsBib.nsf/5…