Certains évoquent, de façon très explicite, le sentiment d’avoir été portés par une sorte d’euphorie qui favorise implication et concentration, tout en faisant perdre la notion du temps6. L’évocation de cette émulation collective à son paroxysme au moment de terminer le travail du groupe correspond en tous points à cet état optimal de l’expérience humaine que Csikszentmihalyi (1990, 2004) appelle le flow.

Cette expérience est si gratifiante qu’elle justifie à elle seule que ceux qui l’ont vécu (au moins une fois) se donnent parfois beaucoup de mal pour réunir toutes les conditions afin de pouvoir la revivre à nouveau.

Les répondants déclarent souvent être très surpris par l’efficacité du travail collaboratif : dès qu’ils ont l’occasion de constater que le résultat du travail du groupe dépasse de beaucoup ce qui aurait été obtenu par une simple juxtaposition coopérative des contributions de chacun, cette prise de conscience provoque parfois une sorte de choc émotionnel. Ceux-ci reconnaissent que par la suite, ils s’investissent bien au-delà de ce qu’ils avaient envisagé, un peu comme s’ils étaient grisés par le sentiment d’efficacité collective du groupe.