021polaroidL’économie stagne. Une des raisons : l’innovation n’est pas le point fort des entreprises françaises. D’autant qu’innover nécessite de nouveaux savoirs et de nouvelles compétences. Si l’intelligence collective propose des solutions, les temps dédiés aux réflexions de groupe sont encore maigres dans les organisations. Alors que les managers craignent une perte de pouvoir, le retard économique se creuse.

L’ordre asphyxie l’innovation ! Voilà ce qui se passe quand la société du savoir, où domine la diffusion d’informations, se heurte à la hiérarchie pyramidale des organisations. Les marchés économiques occidentaux arrivent à un seuil de stagnation inégalé. Pourtant, l’information, le savoir et la connaissance offrent de nouvelles matières premières aux entreprises. Pour saisir cette opportunité, les organisations doivent permettre des temps de réflexions collectives propices à l’émergence d’idées neuves.

Conscientes du contexte actuel, les entreprises rencontrent pourtant des difficultés à adapter leur mode de management vertical aux évolutions inhérentes à cette société du savoir. Pour Olivier Zara, auteur et consultant en management et médias sociaux, le défi est d’apprendre à articuler « l’ordre » et « le chaos ». « L’organisation hiérarchique pyramidale est le meilleur système pour exécuter des décisions, pour produire, pour les activités courantes. Mais, c’est le pire système qui existe pour prendre des décisions, innover, résoudre des problèmes ou partager des bonnes pratiques. On a donc besoin d’une organisation intelligente». Le chaos est la part de désordre dans une organisation. Il se traduit par la mise en place de groupes de travail qui viennent, à des moments précis, rompre l’organisation pyramidale. Olivier Zara précise que ce nouveau mode de management « impacte une partie de la culture d’entreprise (certaines valeurs, comportements) ainsi que les compétences managériales. Désormais, il faut savoir organiser une réflexion collective dans une logique de co-création ». Les réticences sont alors nombreuses !

 

Jeux de pouvoir

Mobiliser le collectif. Un mot d’ordre difficile à assimiler pour un homme de pouvoir. Dans la majorité des entreprises, le pouvoir stratégique et décisionnel est concentré autour d’un cercle restreint de personnes. Faire appel au collectif signifie lui donner du pouvoir. Pour un manager, cela revient à reconnaître qu’il se trouve dans une impasse et qu’il n’est pas en mesure de s’en sortir seul, « l’intelligence collective peut être perçue par un manager comme la remise en cause de ses compétences, de son expérience et de son indépendance ».

L’information joue alors un rôle clé dans la répartition du pouvoir d’une organisation. Détenir l’information signifie posséder une large compréhension des décisions stratégiques. Cet avantage confirme la position de supériorité des managers dans la logique pyramidale. Nicolas Moinet, professeur des universités en sciences de l’information et de la communication à l’Institut d’Administration des Entreprises de l’Université de Poitiers soutient que « le management centralisateur aspire l’information, l’empêche d’être exploitée et transformée en connaissances ». Il ajoute que « notre société a une logique pyramidale nuisible à la communication et à la création de connaissances puisqu’elle vise à accumuler du savoir pour du pouvoir, et non pour le faire fructifier ».

Et pour transformer ces informations en connaissances il est nécessaire de créer des situations propices au partage d’expériences individuelles. Nicolas Moinet note que « la connaissance naît d’un partage collectif : ce sont de ces informations enrichies par une expérience commune que découlent des décisions opérationnelles ».

 

« Lâcher prise » !

Pour lui, la capacité à mobiliser le collectif s’acquiert en grande partie grâce au « lâcher prise ». Les managers sont fréquemment exposés aux pressions quotidiennes. Ils évoluent dans la crainte permanente de l’erreur. Pour cette raison, ils maintiennent un contrôle vigoureux sur l’organisation. Dans cette ambiance, les marges de manœuvre accordées aux collaborateurs sont étroites. Toute prise de risque est écartée. Un climat de défiance règne au détriment de la confiance. Ce phénomène explique en partie l’attachement des managers à leur indépendance dans les prises de décisions.

Pourtant une bonne décision découle à la fois de la qualité et de la quantité des informations déterminantes. Réfléchir seul, réduit les chances de réunir un nombre suffisant d’éléments nécessaires à une prise de décision éclairée. De la même façon, il s’avère compliqué de déterminer la qualité d’une information sans la soumettre à la critique. L’intégration du collectif dans le processus de réflexion génère en effet une meilleure qualité décisionnelle. Dans ce cas, les managers qui s’enrichissent des interactions positives du groupe sortent grandis de la démarche d’intelligence collective.

Comme quoi intégrer des temps de réflexion collective dans les méthodes de management ne marque pas un affaiblissement de l’autorité. Au contraire, le manager entre dans une nouvelle forme de légitimité basée sur l’échange et la confiance. Lâcher prise fait prendre corps au collectif. Cela renforce le sentiment d’appartenance, affaibli par l’individualisme. L’union et le partage rendent l’entreprise intelligente !

http://obstest.sciencescom.org/?p=755

http://www.saideveloppement.com/

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