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Et si la clef du succès de l’intelligence des groupes résidait dans l’intelligence émotionnelle de ceux qui y participent ?

Qu’entend-on généralement par “intelligence collective” ? Pour le monde du web, la messe est dite : c’est le produit émergent de l’interaction entre plusieurs milliers, voire millions d’individus, certains ne partageant avec les autres qu’une quantité minimale de leur réflexion (c’est la théorie du surplus cognitifchère à Clay Shirky, comme il l’a développe dans on livre éponyme ou chez TED). Et bien entendu, c’est le web lui-même qui est le média de choix de cette intelligence collective.

Cette définition repose sur certains postulats, pas toujours explicites :

- Plus on est de fous, plus on rit. Autrement dit, l’intelligence collective n’apparait qu’avec un très grand nombre d’interactions entre des multitudes d’agents. Le modèle, c’est la ruche, ou la fourmilière.

- Cette intelligence est désincarnée : elle s’exprime via une bande passante extrêmement faible, sous la forme de texte, parfois même d’un simple vote, entre personnes qui ne se voient pas, et souvent ne se connaissent même pas.

Pourtant, il existe une autre approche de l’intelligence collective, bien plus ancienne que le net ou le web : la “fusion” entre quelques esprits, le plus souvent seulement deux, pouvant aboutir à une explosion inattendue de créativité.

Ces derniers temps, une multitude de blogs et d’articles ont traité de cette “petite” (par la taille) intelligence collective : une série d’articles dans Slate, s’intéresse de près au couple créatif en art ; la revue du MIT, plus prosaïque, s’est penchée sur le succès de l’intelligence collective “en petits groupes”. Enfin, deux recherches en neurosciences, dont une française, contribuent à nous faire comprendre comment une interaction entre partenaires se manifeste au niveau des structures cérébrales…

La dynamique d’un couple créatif

Dans une série d’articles pour Slate sur la créativité en couple, l’écrivain Joshua Wolf Shenk s’essaie à comprendre la multitude de couples “créatifs” qui se sont succédé dans l’histoire des sciences et des arts : Watson et Crick, Engels et Marx, etc. et bien sûr Lennon et McCartney auxquels il consacre la plus grande part de sa série d’articles.

Il montre dans ces papiers à quel point il est difficile de faire la part entre l’apport de l’un ou de l’autre au sein d’une de ces paires, voire de déterminer lequel des deux membres est le plus influent.

Ainsi, alors que la légende des Beatles fait souvent de John l’élément avant-gardiste de la paire, Paul étant avant tout l’artisan de mélodies délicates comme Yesterday, on découvre que c’est McCartney qui s’est plongé le premier dans les expériences d’avant-garde, avec les bandes magnétiques notamment, et à recevoir l’influence de musiciens contemporains comme Stockhausen. Et pourtant, c’est bien Lennon qui voudra intégrer le très étrange Revolution number 9 à leur album Blanc.

La nature du leadership au sein de ces couples est également difficile à déterminer. Pour Mick Jagger, le secret de sa collaboration relativement aisée avec Keith Richard tient en quelques mots : il faut qu’il y ait un leader (sous-entendu : lui). Pourtant note Shenk, c’est sous l’impulsion de Keith Richard, et selon ses choix musicaux essentiellement, que fut enregistré Exile on Main Street, considéré par de nombreux critiques comme le chef-d’oeuvre du groupe.

Entre Lennon et McCartney, la situation est encore plus ambiguë. Il semblerait, nous explique Shenk, que Lennon se soit toujours considéré comme le leader du groupe, mais un leader, qui de sa propre volonté, se limiterait pour laisser du pouvoir à son alter ego.

Finalement, peut-être Shenk met-il le doigt sur la nature de leur collaboration en supposant que McCartney représentait avant tout pour Lennon “une perte de contrôle”.

Lorsqu’on les interrogea (après leur séparation, et donc leur brouille) sur la nature de leur travail en commun, il est intéressant de noter que les deux membres de la paire avaient du mal à décrire leur processus de travail. Et Shenk de citer un merveilleux contresens de John Lennon, lequel affirma simultanément dans une interview que les deux associés avaient toujours écrit séparément, avant de continuer en parlant de leur écriture commune.

“L’affirmation de John apparait comme un non-sens”, explique Shenk. “Nous écrivions séparément, mais nous écrivions ensemble. Impossible de prendre cela au sens littéral. Sauf si cela exprime assez bien la nature de leur collaboration”.

Mais la confrontation entre deux génies à l’ego démesuré ne constitue que la face visible de l’intelligence en couple. Le plus souvent, explique Shenk, les collaborations se composent d’un acteur public et d’un autre, plus discret : éditeur pour un écrivain, producteur pour un musicien, etc. Le rôle de ce dernier est souvent ignoré. Pourtant si l’on se penchait un peu plus sur l’histoire des grandes oeuvres, le rôle des collaborations apparaitrait bien plus important qu’on ne l’imagine. Shenk rappelle ainsi que le psychanalyste et théoricien Erik Erikson a reconnu être incapable de distinguer dans son travail sa propre contribution de celle de sa femme Joan. “Il est l’un des plus célèbres sociologues de l’histoire. Elle n’a même pas son entrée dans la Wikipedia”, conclut Shenk. Parfois, le “partenaire” est même condamné par l’histoire, et voué aux gémonies. Ainsi Malcolm Cowley qui travailla dur à mettre en forme et publier l’oeuvre de Jack Kerouac Sur la route, avant que ce dernier et ses amis ne le dépeignent comme le “traitre” qui avait osé défigurer l’oeuvre en brisant la continuité du “tapuscrit” original (qui, rappelons-le, avait été frénétiquement tapé à la machine sur un unique rouleau de papier, ce qui avait inspiré à Truman Capote la fameuse formule “ce n’est pas de l’écriture, c’est de la frappe”).

L’intelligence émotionnelle, clé du succès des groupes ?

Mais l’intelligence de groupe n’est pas réservée aux génies créateurs. Toute équipe doit un jour se demander si la pensée collective qu’elle produit est de qualité supérieure ou inférieure à la somme des individus qui la composent.

Une équipe de chercheurs de diverses universités menée par Thomas Malone du Centre pour l’intelligence collective du MIT a étudié les conditions d’apparition d’une intelligence collective en petit groupe, nous explique la revue du MIT. Ils ont pour cela effectué deux études impliquant 699 sujets, réunissant des petits groupes de deux à cinq personnes et leur demandant de s’attaquer à une batterie de tests, puzzles et autres jeux.

Ils ont effectivement découvert que la réflexion collective pouvait, dans certains cas, se montrer supérieure à celle des individus. Mais cela n’est pas automatique ; les performances des groupes peuvent connaître jusqu’à 30 à 40% de variations.

Pour réussir une intelligence collective, il faut prendre en compte plusieurs facteurs. Première surprise, la “bonne ambiance” importe peu. La motivation des participants n’est pas non plus fondamentale, ni le niveau intellectuel des individus impliqué. Les trois facteurs qui auraient effectivement joué sont d’abord la “sensibilité sociale” des participants, sensibilité sociale qui a été calculée en soumettant chaque sujet au test de “lecture de l’esprit dans les yeux”. Autrement dit, la facilité qu’à un sujet à déduire l’état émotionnel d’autrui en observant son regard (vous pouvez faire le test ici). Autre paramètre important : dans les groupes les plus efficaces, les participants tendaient à se partager plus ou moins équitablement le temps de paroles. On n’y trouvait pas une monopolisation de la parole par une minorité des membres. Enfin, troisième facteur, et non le moindre : le succès d’un groupe était corrélé au nombre de femmes y participant.

C’est donc bel et bien l’intelligence émotionnelle de ses membres qui apparait comme l’ingrédient fondamental au succès d’un groupe. Cette recherche nous montre à quel point la nature de la collaboration est avant tout physique, incarnée dans le corps.

L’intelligence collective est fonction du corps

Comment cette intelligence collective s’exprime-t-elle au plus bas niveau, celui du cerveau ? Deux récentes recherches nous apportent, sinon une véritable réponse, du moins une succession de faits troublants.

L’une portait sur la conversation entre deux personnes et utilisait la résonance magnétique fonctionnelle. L’autre, menée par une équipe de jeunes chercheurs français, s’est intéressée à la communication non verbale et a recouru à l’électro-encéphalographie (EEG) comme procédure de test. Deux recherches à la fois très proches par le sujet abordé, mais très différentes tant par la procédure expérimentale que par les outils de mesure, donc.

Dans la première recherche, une des participantes de l’équipe a placé sa tête dans un appareil d’IRM tout en racontant devant un magnétophone une histoire remontant à ses années de lycée. Pendant ce temps, la machine enregistrait ses états cérébraux.

On a ensuite soumis 11 volontaires à l’IRM, en leur faisant écouter l’enregistrement de l’histoire. Il s’est avéré que dans un grand nombre de cas, le sujet “allumait” les mêmes zones cérébrales, au même moment, que celles activées par la conteuse lorsqu’elle avait déroulé son récit. Souvent, il existait un délai de deux ou trois secondes, mais dans certains cas la zone s’éveillait chez le volontaire juste avant le moment où elle s’était activée chez la conteuse ; cet effet étonnant serait dû, selon les chercheurs, à l’anticipation du récit par l’auditeur.

Dernier test, on a demandé aux sujets de raconter l’histoire qu’ils avaient entendue. Les passages dont ils se souvenaient le mieux étaient en fait ceux au cours desquels les zones cérébrales avaient été le mieux “synchronisées”.

Le groupe français a utilisé quant à lui des couples de participants qui échangeaient des gestes de la main sans signification particulière, chacun étant libre d’imiter l’autre ou non. Dans le même temps, on examinait leurs ondes cérébrales. Il s’est avéré qu’une synchronisation entre certaines parties des deux cerveaux émergeait lors de cette communication gestuelle, spécialement certaines qui jouent un rôle important dans les relations sociales. Par rapport à l’expérience américaine, l’usage de l’EEG permet non seulement une précision à la milliseconde (l’IRM est beaucoup plus lent) mais autorise surtout l’enregistrement de l’interaction en temps réel, les cerveaux des deux partenaires étant mesurés simultanément, au contraire de expérimentation avec l’IRM, où les sujets se trouvaient isolés et testés chacun à leur tour.

On savait déjà à quel point l’intelligence individuelle était fonction du corps et ne pouvait être séparée de celui-ci. Tout récemment encore, une étude aurait montré que la compréhension des émotions lors de la lecture de certains textes pouvait se trouver ralentie lorsque des injections de Botox avaient été effectuées sur les parties du visage censées exprimer cette émotion (la bouche pour les émotions positives, le front pour les négatives).

L’intelligence collective, de même, devrait beaucoup au corps. Elle ne saurait se réduire à une pure communion platonicienne des esprits…

Rémi Sussan
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Le monde du coaching – Version 8

(Philippe CLEMENT coach professionnel en intelligence collective – le 30 mai 2010)

L’hyperconscience au service de l’intelligence collective

Préambule

Que sa manifestation s’appelle hyperconscience, conscience collective, sagesse collective, psyché groupale, résonance collective, synergie d’équipe, co-intelligence ou encore cerveau de groupe, créativité collective, dynamique collective, égrégore, nous sommes de plus en plus nombreux à reconnaître qu’il existe un niveau de compréhension collectif au-delà de la somme des parties.

Comprendre et construire un groupe nous amène à prendre en compte l’existence d’un champ d’intelligence et de conscience entres les êtres humains, à travers lequel nous nous influençons grandement les uns les autres. Améliorer cette construction et la performance d’une équipe passe de plus en plus par cette prise de conscience de notre remarquable faculté de reconnaitre d’intuition, les pensées et les émotions des autres, de penser et créer avec d’autres sans communiquer par nos cinq sens.

Lorsque la performance se manifeste, un phénomène « psy » collectif se met en route. Ce processus rend directement accessible à la conscience certaines dimensions qui resteraient difficiles à saisir autrement. Elle émerge à la base d’une perception et d’une représentation collective immédiate de la réalité ou d’une influence au-delà des sens, provenant d’une apparente capacité de la conscience à opérer par delà les contraintes du temps et de l’espace. Tout comme nous pouvons créer de l’ordre dans les systèmes physiques par l’intention ou l’attention focalisée, un nombre appréciable d’expériences complexes suggèrent que deux personnes ou plus peuvent créer une synchronisation ou de la cohérence entre leurs systèmes nerveux pour appréhender l’hyper complexité de nos organisations ou projets.

La représentation en tant que mode d’accès à la conscience, se traduit par un « flash » où l’essentiel est dépouillé de l’accessoire et où il ne reste plus que quelques éléments de base reliés entre eux dans une image à laquelle on attribue une réalité concrète et presque palpable (simplification).

Il est admis et encourageant d’admettre fortement que la mise à contribution et le développement de ces champs d’intelligence et de conscience collective nous apporteraient de grands bienfaits interpersonnels, organisationnels et sociaux: amélioration de l’empathie, de la compréhension et du respect, de la santé, de la coopération et de la collaboration créative.

Qu’est ce que cette compréhension collective particulière face à l’hyper complexité de nos organisations ?

L’intelligence collective est partout. Elle nous transporte. Elle nous transfuse et personne ne l’appréhende comme un élément fondamental de notre psyché individuelle et collective. Nous ne la voyons pas, nous ne la percevons pas, et pourtant, elle est en permanence active. Nous ne la sentons qu’à de rares moments d’exception. Pourtant dans la nature, l’intelligence collective est à la source de toute évolution. Partout dans nos organisations, elle est active et agit en permanence dans les moindres détails au cœur des liens et interactions de nos systèmes.

Qu’est-ce qui fait que nous nous sommes déconnecté de cette intelligence globale ?

Bien que nous nous discernions comme des penseurs émancipés et libres, il est inaccoutumé qu’une pensée vraiment indépendante non conditionnée nous traverse l’esprit. Pour quelle raison ces pensées indépendantes nous surprennent et nous perturbent ?

La société a élevé l’individualité et l’indépendance à un statut quasi sacré, la seule notion de « conscience collective » risque d’en faire fuir plus d’un, et pourtant, elle est un état naturel et préexistant à toute notre construction mentale. Nous l’avons oubliée et nous redécouvrons avec surprise aujourd’hui ces bienfaits avec suspicion. En effet, nous appréhendons cette nouvelle conscience culturelle qui s’impose à nous, face à la complexité, comme si nos présupposés culturels, nos croyances et nos idées nous retenaient d’avoir ensemble des échanges intéressants sur des sujets d’importance. Une forme d’égoïsme qui nous empêcherait donc de valoriser le bien être des membres d’une équipe. Or, il semble que se reconnecter à la sagesse collective consciemment provoque une rupture de la chaine des peurs, des craintes, des désirs de l’ego en laissant place à une préoccupation bien plus vaste du destin collectif du groupe, d’une organisation, d’un système, d’un peuple, de l’humanité.

Quelles sont alors les conditions permettant d’abolir tout ce qui entrave l’émergence ponctuelle de cette créativité collective pour en faire une capacité permanente ?

Nous nous sommes séparés du monde et avons fragmentés notre environnement des objets qui nous entourent afin de faire émerger en nous une conscience de nous-mêmes (du je). Nous nous sommes donc extraits de notre propre inconscient individuel et collectif pour prendre conscience de notre existence et de notre propre conscience. Nous nous sommes ainsi extraits de la nature et de son évolution. Néanmoins, nous faisons tous déjà partie d’un « esprit collectif » nous fluidisant au niveau de la conscience collective où nous sommes déjà connectés pour le meilleur comme pour le pire sans que nous ne sachions quoique se soit.

Le fonctionnement de notre champ mental, au niveau le plus profond, est donc conditionné par les échanges avec notre environnement naturel, social et économique et se développe en relation avec les autres individus de notre espèce pour former une conscience culturelle. Ces champs mentaux en constante interaction les uns avec les autres, forment des champs sociaux qui ont une énorme influence sur notre comportement individuel.

Lorsque qu’un groupe s’interroge sur des questions élevées et que l’émergence de l’intelligence collective s’active, le groupe devient conscient que leur pensée s’élève en chacun jusqu’au même niveau. Les cerveaux, les cœurs, les corps, les voix, tous sont dans cette unité, unis à un tourbillon de positivité sans limites dans une maîtrise de soi d’un ordre supérieur. Comme si une forme de conscience cohérente se construisait dans l’instant en chapotant la somme des consciences fragmentées. Un peu comme si les cellules d’un corps s’organisaient pour créer un organe supérieur dont la fonction globalise le sens de chaque cellule.

Dans ces groupes chacun est conscient d’un état de réceptivité qui le rend disponible à une conscience collective plus profonde et préexistante. L’attention de chacun se fusionne à celle des autres, et des potentialités nouvelles et inattendues voient le jour. Les participants semblent oublier leurs préoccupations personnelles. Ainsi, identifier les objectifs communs capables de capter l’attention collective assez longtemps permettrait d’ouvrir les portes à la sagesse d’un groupe. Une fois apparue, cette résonance collective semble continuer de sa vie propre jusqu’à sa réactivation qui l’amplifiera durablement. Une forme de conscience culturelle nouvelle émerge du champ d’informations échangé entre les participants.

Quel est ce besoin de transformer pour naître au nouveau, tout en préservant pour se passer de l’ancien, dans notre culture ?

Cette potentialité nouvellement reconnue attire de plus en plus l’attention des esprits innovateurs, intrigués par la possibilité créatrice du collectif, en vue de résoudre nos problèmes les plus complexes ou de conduire de véritable changement à l’échelle humaine au sein de notre culture et de nos organisations. Le collectif devient alors un instrument qui permet de percevoir le Tout à un autre niveau de compréhension. Quand les membres d’un groupe sont bien rodés, cela peut mener à des prises de décisions intuitives très rapides, qui est un moyen de connaissance plus direct que le procédé linéaire. Prendre conscience de cette forme d’intelligence collective et englobante est une chance pour nos organisations face à l’hypercomplexicité de celles-ci.

Accompagner la transformation des membres d’un groupe vers une aspiration commune focalise leur attention vers un but plus vaste  et plus élevé que le leur, propre et individuel, semble un des préalables à l’émergence. Lorsque des individus se rassemblent avec une intention commune et dans un environnement conducteur, quelque chose de mystérieux prend corps dont les capacités et l’intelligence dépassent de loin celles des individus concernés.  Il semble qu’un potentiel collectif d’ordre supérieur plus profond émerge entre les membres du groupe, un ordre plus élevé ou plus englobant dans lequel les aptitudes individuelles (même les plus évoluées) paraîtraient modestes. Comme si l’intelligence collective du groupe s’ordonnançait à mesure que le système se connecte à lui-même de façon créative. Une connaissance plus élevée et plus incarnée de l’interdépendance entre les membres vers le but recherché apparaît, les membres du groupe parlent à partir d’une compréhension partagée et d’une sorte de responsabilité collective.

Le groupe à tâtons, cherche le chemin dans une nouvelle dimension de la conscience collective  avec cette capacité de réunir au centre nos différents angles de vue essentiels.  Ce mode de fonctionnement de groupe connecte l’individu à son potentiel d’avenir le plus élevé, il inscrit son projet individuel dans un projet collectif dont il a été le créateur. Ce qui étonne, c’est qu’en jouant à l’intérieur de ses compétences naturelles et individuelles, le groupe active un potentiel supérieur au-delà des compétences en jeu. C’est comme si une vaste impersonnalité rendait totalement dépassée la notion d’importance individuelle.

Comment se manifeste ce phénomène d’intelligence collective ?

La manifestation du phénomène commence par une forme d’électricité dans l’air, quelque chose de magnétique, où chacun sent plus d’espace autour de lui. C’est presque palpable physiquement. Les membres ressentent un sentiment d’engagement envers lui, une sorte d’amour pour lui. Personne ne l’a créé, mais lorsque chacun s’offre à son expression l’espace s’anime comme une fusion collective. C’est comme si  une énergie à haute vibration passait entre les individus avec cette impression de pénétrer la pensée des autres. Un saut vers un état d’être supérieur naît, bien plus vaste dans son expression et interaction avec les autres. Une combinaison unifiée, profonde, de la conscience pénètre en eux et entre eux, qui semble étonnamment fonctionner en même temps dans sa propre dimension. Le groupe est entrainé dans un processus de prise de conscience et de décisions plus profonde. La synergie du groupe est de plus en plus intense avec les autres dans une sorte d’espace de conscience commun, une façon de voir et de savoir qui unifie le groupe. Un espace où chacun se sent reconnu personnellement, ainsi qu’écouté ou valorisé.

Dès l’émission de ce courant de créativité, d’une élévation harmonieuse d’efficacité, se met à frémir dans l’espace composé par le groupe, le courant emporte tout dans son mouvement. Chaque fois que quelqu’un émet une pensée, une attitude, un ressenti, sa participation semble amener le groupe à une unité plus profonde de compréhension, de vision, d’idées. Les membres du groupe ne fonctionnent plus comme des entités séparées mais ils sont véritablement en train de penser ensemble comme s’ils cessaient provisoirement de s’accrocher à leurs idées. L’écoute des autres est plus attentive et le parler plus authentique. Ce type d’écoute se focalise sur l’essence même de l’autre et du groupe. C’est cet espace en eux qui est connecté avec le potentiel individuel de devenir le plus élevé. Au sein de cet espace de sécurité, inhabituel dans notre monde compétitif, les membres trouvent la liberté d’exprimer leur vulnérabilité et leur authenticité et tendent à faire tomber les barrières sociales en favorisant d’étonnantes rencontres collectives.

Dans cet élan qui emporte, le temps parait ralenti sur un silence commun de réflexion sur ce qui vient de se révéler. Durant les échanges les heures, espacées de profonds silences, passent et personne ne souhaitent s’arrêter. Une intimité et une vulnérabilité inattendues émergent entre les participants.  Personne ne sait ce qui a émergé collectivement, mais tous savent que c’est important et au-delà du nous. Les membres sentent qu’il y a là quelque chose de différent et d‘une immense valeur. Ce qui se passe se rapproche en effet de la révélation, de la prise de conscience, d ‘une intuition collective, c’est un nouvel aperçu de la réalité. Quand quelqu‘un parle, c’est comme si le participant parlait lui-même. Et quand il parle, il parle sans ego, sans jugement, sans craintes, comme si ce n‘était pas réellement lui. C‘est ressenti chez l’individu comme quelque chose de plus grand que lui parlerait à travers lui. Les membres se laissent conduire et penser d’une manière entièrement nouvelle. (fig d’après Otto Scharmer ci-dessus Théorie U)

Le groupe à cette impression qu’un être collectif les regarde, planant au dessus d’eux dans une atmosphère immanente à la totalité du système social interconnecté. Une certaine humilité s’installe grâce à la sensation digne de faire partie de quelque chose de beaucoup plus vaste. Les participants  sentent la présence de ce qui se passe dans l’instant comme une action juste, cohérente, comme une prise de conscience d’un niveau supérieur, et ils se rendent compte que les autres membres du groupe le ressentent aussi. Chacun perçoit que quelque chose s’ouvre à une dimension jusqu’alors inconnue, et que «  ce quelque chose » de plus vaste que lui-même est à l’œuvre. La capacité de communiquer semble s’amplifier. Les participants s’étonnent de la créativité qui s’exprime et ont l’impression que tout le monde crée ensemble, sans savoir comment cela se passe. Les gens cessent de se battre et une sorte d’intuition de groupe se développe parce qu’intuitivement ils savent ce que groupe va faire.

Lorsque le groupe atteint un certain degré de cohérence, de plénitude, d’excitabilité, un niveau supérieur d’ordre apparaît, et les participants le remarquent nettement par une ambiance intuitive et contagieuse difficile à expliquer. Quelque chose a bougé et ils ressentent une très grande force d’attraction vers un mouvement commun. C’est presque comme si le groupe, en tant qu’ensemble, devenait un diapason qui entraîne l’expression d’une forme d’intelligence globale de la psyché groupale. Le groupe ainsi s’engage plus loin et entre dans un courant plus profond qui commence à révéler les préjugés implicites qui sous-tendent nos pensées. Le groupe se propulse à un niveau plus élevé de congruence et à une nouvelle compréhension collective capable d’influer les structures même de la pensée qui sous-tendent toute la culture de l’organisation. Les croyances collectives bougent.

Cette forme de communion inconsciente semble s’être formée au tout début de notre espèce lors de la formation de notre cerveau « tronc cérébral, reptilien, limbique et néo cortex». Un encéphale en relation au monde qui accueille le monde en lui en reflétant l’histoire culturelle et psychologique de l’ensemble de notre espèce.

L’intérêt pour ce qui est du domaine du possible et de l’inconnu devient profondément vivant et innovant. Simplement en prêtant attention les uns aux autres et en gardant ouvert l’espace entre eux, alors quelque chose se passe et le groupe se sent emporté dans une autre dimension. L’effervescence du flot d’idées puisant dans les pensées et les réflexions réagissent de façon à vraiment à rencontrer l’autre. C’est comme si cet esprit créatif fondait sur eux.

La psyché groupale, cerveau collectif, sagesse collective comme un seul corps communique une forme de conscience qui est comme unique et commune à tous. Il y a une écoute et une attention extraordinaire qui émergent, plus vastes, plus spacieuses, plus libres. Une attention et une vigilance particulièrement sensible met en haleine, aiguise la curiosité et excite l’intuition. Le groupe perd le sens du conflit au profit de la co-création et du co-développement. Personne ne s’oppose dans le débat à qui que ce soit, tous les participants s’aident les uns les autres.

Créer les conditions qui amènent à la manifestation de l’intelligence collective est un pré-requis. Une intention forte partagée est une des conditions préalables. Inscrire l’intention individuelle dans cette intention collective un second pré-requis. L’intérêt, la confiance mise en jeu, l’acceptation, la réceptivité à être dans la vulnérabilité et l’écoute bienveillante, attentive et intentionnelle semble propice à cette manifestation dans le moment présent. Cela fait appel à une qualité d’attention partagée inhabituelle, si l’on veut y voir naître des potentialités collectives d’ordre supérieur.

Créer l’environnement favorable et exploratoire positif à cette émergence de la conscience collective est une des qualités du coaching collectif en intelligence collective. De nombreuses méthodes et protocoles progressifs favorisant l’autonomie sont à la disposition du coach dans l’exercice de son métier sur l’éveil de cette intelligence collective. Même si tout se passe dans le moment présent et en intelligence de situation, encourager, faire fleurir la co-intelligence et la résonance collective de ces états d’hyperconscience collective à titre individuel ou en groupe s’inscrit dans une progression pédagogique précise. Cette progression a pour but de rassurer le « mental et les egos », ouvre un espace de sécurité d’accueil à l’émergence et éveil aux prises de conscience au fur et à mesure des succès rencontrés.

Coaching d’intelligence collective, un levier de performance pour l’individu et l’organisation.

Comment concilier la performance économique et le développement social de nos organisations ?

La performance sociale des managers et la capacité à faire émerger l’intelligence collective des groupes, des équipes, doit pouvoir être évaluée. La notion de performance accrue ne se limite pas aux cadres à haut potentiel mais s’applique à l’ensemble de l’organisation.  L’entreprise performante est celle qui se donne les moyens – en favorisant l’émergence de l’intelligence collective – d’identifier, de développer et de fidéliser les hauts potentiels afin d’obtenir d’eux un engagement supérieur à la moyenne.

La visibilité de plus en plus courte et la charge de plus en plus forte conduisent les  entreprises à agir sous la pression et dans l’immédiateté. Or la santé des salariés constitue aujourd’hui un véritable enjeu, voire un levier de performance, dès lors qu’on  prend en compte les conditions de travail, son organisation, mais aussi la communication et les modes de management. D’où l’importance d’un management de qualité, suffisamment préparé et impliqué. Et des pratiques managériales porteuses de réussite : vérifier la charge de travail et la mise en place de la reconnaissance des collaborateurs, ainsi que l’autonomie, le soutien social au travail, porter plus d’attention à la clarté et au pilotage du changement, à l’épuisement émotionnel, aux conflits éthiques, à l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Pour que chacun se sente acteur du devenir de l’entreprise, le management doit faire partager la vision et fixer des objectifs à court, moyen et long terme pour diminuer la pression.

Pour soutenir au mieux ces mutations annoncées, les managers doivent développer leurs savoir- faire sociaux, leur processus, leurs compétences, faire appel à la participation, à la collaboration et au collectif (identifier et accompagner les managers en difficulté doit être le corollaire).

L’élévation du niveau de conscience culturelle de l’ensemble des collaborateurs et leurs aspirations à davantage d’autonomie plaident pour un management qui développe la motivation et stimule l’intelligence collective en offrant davantage de responsabilité, de contractualisation, de souplesse tout en favorisant l’engagement. Co-création, co-développement, collaboration deviennent indispensables – et particulièrement aux jeunes générations – pour leur donner le sens de l’action, de l’ambition et de l’innovation.

Le coaching d’intelligence collective fait appel à des valeurs qui privilégient la solidarité et le collectif mais également l’autonomie et la responsabilité. Favorise le potentiel et l’aptitude des collaborateurs  à s’investir et/ou conduire des projets transversaux. Il permet en outre de  trouver un juste équilibre entre un engagement « vertueux » produisant de la performance et du bien-être  et un engagement plus discutable voire pernicieux (surinvestissement à court terme et risques psychosociaux).

Quelques outils de coaching d’équipe, d’organisation et d’intelligence collective:

Groupe restreints

  • Le sens de l’observation (l’art de l’observation)
  • La théorie U (l’art de l’émergence de l’IC au cœur du management)
  • Le management de l’IC et les TIC (l’art de la collaboration)
  • La vision intégrale & holacratie (l’art d’observer avec la conscience en management)
  • Sortir de la boite (l’art d’observer son conditionnement et se déconditionner)
  • Sentir depuis le champ d’intention. (l’art de se positionner côté cerveau droit)
  • Communication collective (l’art de méta-communiquer)
  • La décharge émotionnelle collective (l’art de réduire les émotions négatives)
  • Cercle de dialogue (l’art de l’échange en groupe)
  • Open space Technology optimiser le temps (l’art de se comprendre à un autre niveau de compréhension)
  • La carte mentale (l’art de la vision graphique globale)
  • Action Learning (L’art d’apprendre un expérience, diminuer la résistance au changement)
  • Les 5 balises du futurs (L’art de l’anticipation)
  • Outils de « Team building »

Grands groupes

  • L’investigation appréciative (l’approche positive) Appreciative inquiry: construire sur ce qui marche bien
  • Le forum ouvert, World Café: inclure toutes les parties présentes, co-développement (l’art de l’échange)
  • Le questionnement collectif (l’art de questionner en reflet systémique)
  • La théorie du chaos (l’art du lâcher prise)
  • L’art de la récolte (dynamiser la créativité collective)

Prise de conscience

  • La spirale dynamique (évolution de la conscience culturelle)
  • La cohérence cardiaque, stress collectif (l’art de gérer son stress biofeedback)

Jeu

  • Le jeu de l’entraide (l’art de poser des questions ouvertes)
  • Le jeu du Tao (L’art de définir sa mission)
  • Le jeu résolution coaching
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